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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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24 novembre 2016 4 24 /11 /novembre /2016 16:46

Square de la ComédieMiscellanées du Lez.

Mercredi 23 novembre

Hier je me suis donc levé de bon matin mais encore sonné par cette Soirée Théma d’ARTE consacrée aux fastes et à la chute de l’Empire Ottoman, pour me rendre à la Clinique du Millénaire pour un nouvel examen du cœur, examen de routine dont ma sœur m’avait dit dans un message qui se voulait réconfortant  que son beau frère en était malencontreusement mort à la sortie du test….RIP.(REP pour les francophones)

Me voilà donc couché et sanglé comme pour une descente de skidoo ou de Bobsleigh ; harnaché de capteurs par une assistante énergique et manifestement habituée à l’exercice ; entre alors une deuxième assistante du professeur qui décrit l’épreuve d’effort avec force détail en précisant bien qu’il faudra maintenir une allure de 55 à 65 pour être qualifié à l’arrivée. On me laisse ensuite quinze minutes en état de sommeil jusqu’à l’arrivée du Professeur qui porte un nom de Casinos et dont j’entends les échanges sonores dans le couloir.

La porte s’ouvre et la préposée suspendue à son téléphone ne cessera de s’entretenir avec ses amies et son assistant (sans doute un étudiant en cardio) bien de sa personne.

On me demande alors de pédaler jusqu’à ce que la côte rende l’effort plus pénible et les injonctions de l’assistante pus pressants. Je respire, suffoque et sens le sang me monter à la tête et dois supporter les conversations de plus en plus animées du Professeur. Impossible de me concentrer sur ma modeste tâche et l’écran affiche en rouge que je ne dépasse pas les fatidiques 55 estimés. L’assistante s’impatiente, l’échographe elle, éclate de rire sur son smartphone dont j’espère une hypothétique panne de batterie.

Voilà, on me libère enfin de mes attaches et de mes capteurs. Les écrans ont produit ce que l’on attendait d’eux à savoir un électrocardio que va interprèter  le professeur qui a enfin mis fin à sa longue tirade téléphonique. Le verdict tombe ; les inquiétudes du cardiologue au vu du scan échographie précédent, qui avait révélé de artères encombrées ne nécessite pas d’opération urgente. Il aura fallu tout de même pas moins de  7 agents médicaux (secrétaires comprises)  pour traiter cette intervention bénigne qui sera facturée 170 euros et soixante six centimes à la sécurité Sociale et à ma Mutuelle . Je peux donc poursuivre une vie normale et me voilà  marchant d’un pas léger sur le trottoir le long du tramway jusqu’à mon café habituel des Rives du Lez pour une revue de presse du matin.

Jeudi 24 novembre

C’est décidé je poursuis donc ce « Journal » commencé en 2011 après l’édition de ma chronique généalogique qui s’est révélée être une quête inachevée et biaisée car encombrée de trop de souvenirs d’une vie palpitante mais qui se résumait à une chanson américaine de Diana Ross « Do you know where you are going » thème du film Mahogany de 1975 astucieusement traduite par Nicole Rieu la chanteuse des années 70  qui en a fait son tube: « En courant ». Je me souviens l’avoir chantée de Mexico au Caire et me souviens des paroles que je fredonnais alors :

En courant, après le bonheur,
Après le soleil, après le vent d'ailleurs,
Tu vas casser ton coeur,
En courant.

En courant, autour de la terre,
De plus en plus haut et par dessus la mer,
Tu ne vois plus l'eau claire,
Du courant.

Tu as perdu l'envie de rire,
Tu ne sais même plus comment t'endormir,
Tu voudrais que les arbres soient toujours verts
Et refaire un autre univers, mais à l'envers.

En courant, sans savoir pourquoi
Comme un oiseau fou, après je ne sais quoi
Tu ne vois même pas
Que je t'attends

Je t'en supplie, arrête-toi
Juste le temps de regarder vers moi
Juste un instant, juste le temps d'être heureux
Et tu pourras repartir après, si tu veux

Et voilà que cette course folle s’est arrêtée au bord du Lez d’où j’écris cette chronique matutinale depuis un lit devenu mon confident entre les derniers "Complots" de Philippe Sollers qui m’enchante quand il virevolte de Mme de la Fayette à Stendhal et de  Shakespeare aux dadaïstes avec brio ou peste et fulmine contre Baudelaire et Flaubert ou démythifie l’extravagante Colette en sa retraite du Palais Royal . J’ai opté depuis quelques années pour la liseuse devenue ma complice où s’accumulent sur  des étagères virtuelles mes plus grandes joies. Je n’ai pas à mes côtés Céleste Albaret pour recueillir mes pensées du soir ou du matin mais comme il serait bon de pouvoir parfois échanger sur ces phrases toutes simples confiées par mes auteurs comme le font les bloggeuses amies secrètes et pourtant inconnues sur les réseaux sociaux qui accompagnent mon quotidien.(Fannie Musedemai par exemple)

Ce matin donc, après cette nuit d’orage qui a emporté Saint Martin de Londres et sorti les rivières de l’Hérault et du Gard selon un principe météorologique qualifié de « phénomène cévenol » bien connu désormais, je me hasarde à jeter un œil par la fenêtre et finalement découvre qu’il est trop tard pour la chronique de Canteloup et trop top pour les Grandes Gueules qui ont d’habitude le don de me jeter sur mon smartphone pour un tweet rageur et impulsif au nom d’une bien pensance  outrageuse et d’une allégation manifestement hypocrite. Il y a longtemps pour ma gouverne et ma bonne santé mentale que je n’écoute plus le 7/9 du Matin sur la Radio d’Etat que certains persistent à trouver « la meilleure de France » selon les sondeurs d’opinion d’Audiométrie et de Médiamétrie. Le ton persifleur et la mauvaise foi y sont passés maîtres et la revue « Causeur » d’une autre professionnelle du persiflage a su en démonter les rouages ravageurs.

Pensant trouver un apaisement à mes éruptions de mauvaise humeur je me cale sur France Culture , autre radio du Service Public et m’installe à la table de la Fabrique de l’Histoire. Hélas, quel idée m’a prise ? On y passe un reportage sur la Laïcité et une relecture de l’Histoire à l’aune d’une expérience jugée pilote . Jugez en plutôt !

Une équipe de jeunes lycéens d’Epinay sur Seine fait visiter sa commune enchantée  du 9-3 à des étudiants de Science-Po de la promotion « Richie » (Alias Richard Descoings si bien décrit par la journaliste Raphaelle Baqué) Les jeunes potes du Lycée Jacques Feyder font applaudir la statue de François Mitterrand en souvenir du Congrès d’Epinay, lieu de la réconciliation du PS en 1971. Les jeunes évoquent ensuite le renouveau de leur commune grâce à un Centre commercial « lieu de  vie  et espace de rencontres ».Malraux lui, croyait encore aux Maisons des Jeunes et de la Culture  On connaît la suite (lire Murray) et je décide d’envoyer un tweet rageur aux amis de la Fabrique (Emmanuel Laurentin) et à Brice Couturier par la même occasion lui qui sait parfois prendre ses distances face à cette Najatocratie triomphante. On sait désormais comment on réécrit l’Histoire dans certains cas et les nouveaux programmes 2017 en font état.

La météo n’est pas assez favorable pour calmer mes humeurs et aucun appel des amies ce matin ne me décide à passer le Lez pour le traditionnel café au Pétrin des Barques, lequel remplace paraît-il une séance chez le psy. A propos de psys, le fils d’Annie est venue de Paris au Congrès National des psys au Corum entouré du gratin Dr Philippe Courtet et Brigitte Rimlinger.pour 4 jours de folies et d’assemblées plénières où 400 confrères doivent pousser leur cri  de colère selon la presse bien informée du Sieur Baylet. La Gazette locale L’Agglorieuse, toujours bien informée me dit à l’oreille que Dame Baylet non contente des agissements de son cher époux est allée trouver refuge chez le Sieur Fabius, un Sage celui là, qui a su pour ne pas éclabousser le Quai, prendre le large au Conseil d’Etat et permettre ainsi au petit Thomas d’être exempté de toute procédure judiciaire à son encontre (L’Agglo Rieuse encore)

Nourritures spirituelles n’empêchent pas nourritures tout court et sur les conseils de mes proches on me dit que la soupe au choux vaut mieux que la « Soupe Pop » qu’a programmée Dame Chevallier à l’Opéra de Montpellier en pleine tourmente depuis qu’il a été épinglé par la Cour Régionale des Comptes. Cet Opéra fait tout pour faire revenir de nouveaux publlcs par des matinées Mozart « gratuites pour les étudiants », l’Orchestre de la Garde Républicaine pour les « sans dents », et des opérations toutes plus racoleuses les unes que les autres. Un ami mélomane me dit qu’il rentre de New York et repart pour Barcelone ou Marseille et attend la Traviata à Sète, c’est tout dire… Il n’y a que Philippe Caubère pour oser avouer chez Claire Chazal dans son « Entrée Libre » pourtant aussi  convenue et consensuelle que du revu et corrigé par Anne Sinclair mâtinée d’Huffington Post, que l’éviction brutale de Jean Marie Besset du Théâtre des Treize Vents fut "aussi ignoble que brutale" . D’autant plus ignoble que le dit Jean Marie a dû quitter les terres montpelliéraines pour rejoindre son fief de Limoux dans l’Aude où il a créé son beau théâtre NAVA des Jeunes Auteurs de l’Aude  où ses fidèles de Paris (Armelle Heliot, Judith Magre ou Philippe Haroir) et quelques uns de Montpellier  viennent éclairer le Château de Serres ou le cloitre de l’Abbaye de Saint Hilaire. Nous somme évidemment loin des gesticulations et imprécations de l’imposteur Rodrigo Garcia qui lui a succédé au " HtH " vite rebaptisé pour faire oublier le label Théâtre National.On ne tweete pas à l’Argentin qui vous lance haut et fort « Vous me faites chier » On se fend parfois d’un courrier aux lecteurs de la consensuelle Gazette ou du Midi Libre pour exprimer sa désapprobation. Une récente émission qui lui était consacrée sur Divergence FM a pu nous permettre de mesurer l’indigence des propos et son niveau de maîtrise du français ,  de celui qui avait toute la reconnaissance et estime d’Aurélie Filipetti et de Philippe Saurel. Je n’oublierai jamais les sorties provocantes de son mentor ibérique Fernando Arrabal qui avait entraîné la sortie du Consul d’Espagne au Théâtre Graslin de Nantes (sous la dictature de Franco il est vrai dans les années 60) sous les huées du public et les boules puantes qui agrémentaient sa prestation.

Mais au moment où je finis cette chronique, je m’aperçois que la nuit est tombée sur Antigone et que je n’ai pas fini mon chapitre sur Stendhal par Sollers, et que m’attendent la biographie de Will le Magnifique de Stephen Greenblatt, "l’homme dé" de Luke Rhinehart et le Dictionnaire amoureux de l’Islam, du trop tôt disparu Malek Chebel. comme le regretté Abdelwahab Meddeb : Ecrivain, poète, directeur de la revue internationale *Dédale* , producteur de l'émission hebdomadaire «Cultures d'islam» que j’avais rencontré à la Comédie du Livre de Montpellier et qui s’étonnait des questions lancinantes et rétrogrades des journalistes locaux sur les « ‘Printemps Arabes » lui qui croyait si fort aux lendemains qui chantent.

6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 19:41

Planète ibérique : une histoire des sons latins qui ont imprégné le monde

par Véronique Mortaigne (France Culture - 27 Aout 2015 )

Le Boléro est né en Espagne au XVIIè siècle,il a été remis au gout du jour au XIXè  dans la province cubaine de l'Oriente bien avant l'installation de la base américaine de Guantanamo en 1903.
Le premier boléro cubain est écrit en 1883 par Pepe SANCHEZ et il s'appelle "Triteza" , (tout un programme !).
A l'origine danse espagnole dans les bals et les théâtres très académiques, codifié en 1783 par Sebastian SEREZO le maître à danser de Charles III, roi d'Espagne et des Indes.
Puis les escuelas boleras se multiplient en Espagne,le mot "bolero" pourrait faire référence au gilet que portent les andalous mais aussi au surnom donné au fameux maître à danser,el "volero" le danseur volant.  
 Le bolero latino-américain est une variante du boléro espagnol, syncopé et rythmé par la clavé.
 Sur Internet évidemment boléro est invariablement associé au gilet court et cintré mais surtout à Ravel.
 Pour l'écrivaine cubaine Zoé VALDES, le plus beau boléro de la terre est "perfidia" du mexicain Alberto Dominguez, immortalisé aux Etats Unis par Nat King COLE . Pourtant lorsqu'elle construit la bande son de son roman "la douleur du dollar" en 1996, elle choisit d'inclure "Perdoname consciencia" (pardonne moi ma conscience) chanté par Maria Ama Cecada. Elle illustre ainsi ce que les cubains appellent le "feelin" (le feeling) mode de vie et d'expression artistique. Voilà bien un exercice franco-espagnol, il s'agit de Gloria Lasso avec l'orchestre de Franck Pourcel en 1959 : "Tuya" : je serai je suis tienne chante la catalane aux 80M d'albums vendus qui se fit connaître en France par des tubes imparables  tels que " Etrangers au Paradis" (1955) une reprise de "Stranger in Paradise" de Tony Bennet ou encore "Amour,castagnettes et tango" et "Buenas noches mi amor" évidemment.
 Elle s'installa au Mexique par amour du pays,mais il est vrai que le Mexique adopta le romantisme du boléro avec un appétit de gourmet. Agustin LARA en fut un pilier.
"Amor de is amores" par Agustin Lara né dans l'Etat de Vera Cruz,au Mexique en 1897. Pianiste de bar dans la capitale, il s'engage dans les troupes de la Révolution mexicaine qui combattent les troupes du Président Porfirio DIAZ.Il est blessé en 1917 et commence à travailler à la radio.Grand amateur de corridas et de femmes, il est le compositeur du fameux "Piensa en mi". Mais pour l'heure poursuivons notre voyage au Mexique.
Jorge Negrete officiait lui aussi à la radio, et avait commencé à chanter de l'Opéra.Il fut un acteur célèbre , passa par la NBC américaine,il a arrangé le boléro à la sauce ranchera avec l'accent mariachi et il a adoré chanter les compositions de ses contemporains tels que "La que se fué" de José Alfredo Jimenez.
José Jimenez était un garçon  au coeur tendre qui adorait sa femme Paloma, et était porté sur la bouteille mais c'est bien son interprète Jorge Negrete qui mourut d'une hépatite en 1953.
L'univers mexicain en séduit plus d'un, dont un brésilien qui n'était pas porté sur la bouteille mais plutôt sur les herbes naturelles,Joao GILBERTO . En 1970, le guitariste et chanteur Joao GILBERTO inventeur de la bossa nova avec Tom JOBIM et Venicius de MORAES, fait un voyage au Mexique avec sa femme la chanteuse MIOCHA, il l'a rencontrée en 1965 après l'épisode Stan Getz/Astrud Gilberto. Ils sont au Mexique avec leur fille BEBEL GILBERTO née en 1966 à New York.Ici ils se trouvent bien au Mexique et le séjour s'étire sur plusieurs années. Joao GILBERTO est un admirateur du mexicain Agustin LARA mais aussi du Cubain Ernesto LECUONA, dont il a interprété cette "Eclipse" en 1970.
En fait, prêt à tous les vague à l'âme, le Brésil a toujours aimé ces chansons sucrées, désespérément fatalistes telles que Maria BETHANIA peut les magnifier.Pour la bahianaise Maria Bethania, CUBA est un pays frère, avec une seule différence, la langue.
En 1996 elle a monté un spectacle et enregistré un merveilleux disque avec la doyenne du Buena Vista Social Club, Omara PORTUONDO.
Ensemble elles chantent une chanson contemporaine de Juan FORMEL le fondateur du Groupe Los VanVan . Excellente chanteuse de boléros romantiques à la sauce brésilienne, Maria Bethania a choisi de mettre ici du nerf dans ses doutes amoureux, pas encore au niveau toutefois de l'effrontée canteautor gitane  Lola FLORES et de son guitariste de feu el Pescailla son mari.Lola FLORES de Barcelone qui nous chante "Historia de un amor" est sans doute une des chansons les plus utilisées sur les karaoké japonais et autres,elle a été composée par le panaméen, Carlos Eleta ALMARAN.L'homme n'a rien d'un artiste maudit, il n'a jamais été pianiste de bar, fonda même la télévision panaméenne et dirigea le groupe industriel familial et fut ministre du Travail, puis des Affaires Etrangères,et négocia avec les Etats Unis le sort du Canal de Panama dans les années 1960. "Historia de un amor" s'envola vers le succès vers les années 1955 grâce à un film du même nom dont le rôle titre était tenu par Libertad LAMARQUE.
Carlos Eleta ALMARAN l'avait écrite après la mort de sa femme Mercédes, fauchée par la polyo en 1954.Il se remaria. L'influence de ce boléro fut énorme, et se propagea vers les inconscients des artistes juqu'à Cuba où des poètes obscurs finissent toujours par rencontrer de jeunes français. Peintre, mélodiste et sculpteur,dont quelques écrits sur l'art et la peinture ont été publiés dans de rares revues culturelles, le cubain, Miguel Angel RUIZ a confié avant sa mort en 2001 quelques bribes de compositions au musicien français Sébastien MARTEL,rencontré à la Havane. Ce dernier monte un groupe avec son frère et des copains comme Vincent SEGAL,"Las Ondas Martenes" en référence aux Ondes Martenot.Il consacre un album à cet auteur méconnu et dissident en 2003 et ils lancent ce texte qui marque la fin de l'amour  et mis en musique ici par Fred MARTEL dans la lignée des boléros dont Almodovar fera un ample usage avec ses interprètes fétiches,Chavela VARGAS, Caetano VELOSO,et Luz CAZAL.
Luz CAZAL fut souvent invitée au Festival Inerceltique de LORIENT,pour être comme Fidel CASTRO ou Gabriel GARCIA MARQUES, d'origine galicienne au nord de l'Espagne où l'on joue de la cornemuse et des fifres en mangeant des poulpes et des palourdes,(je caricature) Avant d'être la voix de "Talons aiguilles"  le film de Pedro Almodovar réalisé en 1991, elle est une énorme vedette poprock de l'Espagne . "Piensa en mi" (Agustin LARA 1937)  est édité sur l'Album "A contra Luz" énorme succès dans la péninsule.   
 Parfois le boléro glisse vers le tango et inversement,surtout quand la suavité du talent est au rendez-vous. Carlos Gardel, un fils de rien né à Toulouse,en avait audelà de toute raison.  "El Dia que me quieras" est un tango composé par Carlos GARDEL sur un texte d'Alfredo LEPERIN.Il l'a enregistré en 1934, un an avant le terrible accident d'avion sur l'aéroport de Meddelin en Colombie.
Et puisque nous nous sommes écartés du boléro mais pas du romantisme,voici l'une des guajiras cubaines les plus célèbres au monde. Ce n'est pas un hasard si Pete Seeger grand héros du folk militant américain mort en 2014, reprit Guantanamera et il s'en explique longuement d'ailleurs dans cet enregistrement public au Carnegie Hall en 1963. Guantanamera c'est un peu, en plus politisé la Lambada parce qu'on ne sait pas qui l'a volé à qui ? Les experts lui ont trouvé une origine andalouse,estimant qu'il s'agisait d'un air connu au XVIIè siècle à CUBA,mais en 1920 le chanteur et animateur de radio Joselito FERNANDEZ,se l'attribue.La justice cubaine d'ailleurs a donné raison à ses héritiers en 1993. Au départ la chanson raconte l'histoire d'une femme,une jolie femme de Guantanamo, puis,le compositeur espagnol Julian ORBON l'embellit et la pare d'un extrait de versos sencillos du poète José MARTI , héros de la guerre d'indépendance de CUBA en 1895, dont d'ailleurs Pete SEEGER nous a raconté la vie. Le peuple en a fait une chanson d'opposition à la politique américaine lors de la Crise des missiles en 1962.A cette époque la Reine de la Salsa, Celia CRUZ s'était déjà réfugiée aux Etats Unis.  "Kiss me my love,my darling, buenas noches mi amor,Celia CRUZ était originaire de Santo Suarez, un quartier pauvre de la Havane,enfant d'ailleurs elle gagna sa première paire de chaussures en chantant pour un couple de touristes.  En 1950, elle est la chanteuse du fameux groupe "la Sonora Matanzera" surnommée le cafe con leche, elle ne cessera de prononcer ce mot fétiche de ses chansons: "Azucar"(le sucre)   
Il fallait bien y ariver, on ne pouvait pas l'ignorer, c'est bien lui le Bolero del Raval,le Bovélo de Babel enfin bref,vous avez d'abord entendu ce détournement total par ce catalan de France Pascal Comelade puis le scat du farceur gascon André Minvielle deux occitants de France.Le Boléro de Maurice Ravel est une musique de ballet pour orchestre qui date de 1928. La béninoise installée à New York Angélique KIDJO a donné une version chantée en langue FON. Le Boléro de Ravel est un des thèmes les plus joués au monde ce qui fait le bonheur de la SACEM la Société des Droits d'Auteurs français.
Le Boléro est un genre qui inspire,et restons donc en Afrique. Di Dor em Mor Teofilo CHANTRE et  Mariana RAMOS décident d'enflammer une ile du Cap Vert en 2001, tous les coeurs chavirent au son du créole capverdien sous les étoiles du port de Mureo passant de douleur en douleur avec délectation et la transformant en or pur.

France Culture - Planete iberique - 2015-08-27 - Bolero.mp3
Planète ibérique (4/5)   Le boléro

Quote by 27 août 2015 - France Culture - Continent musiques d'été Planète ibérique (4/5)
    Le boléro

    A l'origine, le boléro est une danse espagnole de bal et de théâtre, très académique, codifié par Sebastian Cerezo, le maître à danser de Charles III, vers 1780.
    Puis les "escuelas boleras" se multiplient en Espagne.
    Le mot Boléro pourrait faire référence au gilet que portaient les Andalous, mais aussi au surnom donné à Sebastian Cerezo, "El Volero", le danseur volant.

    Programmation musicale


    + + - Te de la vida entera, Perdoname Conciencia par Mariama Secada, "BOF Zoé Valdes"

    + + - Gloria Lasso
    + Tuya
    "Chante en Espagnol"

    + + - Agustin La
    + Amores de mis amores
    "Lo Mejor de Agustin Lara"

    + + - Jorge Negrete
    + La que se fue
    "El Charron Immortal, Sus Grandes Exitos"

    + + - Joao Gilberto
    + Eclipse
    "Joao Gilberto en México"

    + + - Maria Bethania Omara Portuando, Tal Vez

    + + - Lola Flores
    + + - Antonio Gonzalves
    + Historia de un amor

    + + - Las Ondas Marteles
    + Y despues de toto
    "Homenaje à Miguel Angel Ruiz"

    + + - Luz Casal
    + Piensa en mi
    "BOF Almodovar"

    + + - Carlos Gardel
    + El Dia Que Me Quieras
    "El Dia Que Me Quieras Y Sus Exitos"

    + + - Pete Seeger
    + Guatamera
    "We shall not be moved"

    + + - Buena vista social club
    + Dos Gardenias

    + + - Cela Cruz
    + + - Carlos Argentino
    + Mi amor, buanas noches
    "Mucho, mucho, Bolero"

    + + - Pascal Comelade
    + El bolero del Raval
    "El pianista del Antifaz"

    + + - André Minvielle
    + Bovelo de Babel
    "Vocal Chimie d'erre"

    + + - Angelique Kidjo
    + Lonlon (Ravel's bolero)
    "Djin Djin"

    + + - The Beatles
    + Besame Mucho

    + + - Christophe
    + Dernier Baiser
    "Clichés d'amour"

    + + - Teofilo Chantre
    + + - Mariana Ramos
    + Di Dor em Or
    "La nuit du Cap Vert au Zénith"  

3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 19:23

Le bloc-notes est le genre qui convient le mieux au voyageur, à celui qui souffre de ne pouvoir consigner par écrit tout ce que sa curiosité lui offre d’émerveillements ou lui cause de chagrin.

Qu’est-ce qu’un bloc-notes ? Un herbier. Sur le chemin, on cueille une aimable vision, dans un livre, on rafle une pensée. En ville, une scène de la vie quotidienne nous émeut, nous indispose. Sur un mur, une affiche clame un slogan absurde. Dans le ciel, un nuage prend la forme d’un visage aimé. À la radio, un homme politique achève de trahir l’honneur. Ces copeaux, tombés de la roue du temps, sont jetés sur le carnet de notes. Plus tard, à la table de travail, il s’agira d’ordonner la moisson. Chaque pièce, patiemment collectée, s’agencera pour former un motif, dessiner une ligne. Les éclats du kaléidoscope s’agrégeront, les plis se déploieront, les miettes s’ordonnanceront.

De l’harmonisation de ces instantanés jaillira une géographie de l’instant.

Le bloc-notes c’est l’hommage que l’observation rend aux détails. Les détails composent la toile du monde. Ils sont les atomes de la réalité, nom que les myopes donnent à la complexité, à la fragmentation des choses. Le faiseur de vitraux assemble des milliers d’éclats de verre. Soudain, surgit un dessin. Les Parties ont formé un Tout. De même pour le bloc-notes : les notes s’assemblent, elles font bloc.

La plus belle définition de cette forme courte, consistant à précipiter sur une feuille de papier un saisissement de l’âme, un étonnement de l’esprit, un ravissement de l’œil, c’est Baudelaire qui la donne.

Dans une lettre à Arsène Houssaye, il définit ainsi son projet de recueil de petites proses poétiques qui sera publié sous le titre : Le Spleen de Paris.

« Mon cher ami, je vous envoie un petit ouvrage dont on pourrait dire, sans injustice, qu’il n’a ni queue ni tête, puisque tout, au contraire, y est à la fois tête et queue, alternativement et réciproquement. Considérez, je vous prie, quelles admirables commodités cette combinaison nous offre à tous, à vous, à moi et au lecteur. Nous pouvons couper où nous voulons, moi ma rêverie, vous le manuscrit, le lecteur sa lecture ; car je ne suspends pas la volonté rétive de celui-ci au fil interminable d’une intrigue superflue. Enlevez une vertèbre, et les deux morceaux de cette tortueuse fantaisie se rejoindront sans peine. »

Les blocs-notes publiés ici sont des coups de sonde, des carottages donnés dans le chatoyant foutoir du monde.

Sylvain Tesson

Géographie de l'instant

Edition des Equateurs (2012)

24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 17:28

Un matin, en février dernier, alors que j'étais atteint d'une très mauvaise crise de paludisme, le facteur m'apporta une lettre des plus fascinantes que m'avait fait parvenir un compositeur sud-africain dont je n'avais jamais entendu parler, Kevin Volans.

 

« Voilà quelque temps que j'avais l'intention de vous écrire, mais la tentation d'ajouter une invitation quelque peu présomp­tueuse [...] à m'accompagner pour un voyage d'enregistrement au Lesotho [...] m'a retenu. »

Les titres de ses oeuvres étaient merveilleux : L'Homme blanc dort, Celle qui dort avec une petite couverture, Couvrez-le d'herbe. Etudes d'histoire zoulou, Danse à genoux, Chasse, Cueillette.

La fièvre qui me tenaillait était trop forte et je ne pus écouter tout de suite la bande magnétique de Volans, mais je finis par rassembler mes forces et la plaçai sur le magnétophone. C'était une journée éblouissante, glaciale et, sur les murs immaculés de ma chambre, les stores vénitiens blancs découpaient les rayons du soleil en lamelles. J'étouffais de chaleur. Allongé sur le dos, je ne pouvais en croire mes oreilles. J'écoutais L'Homme blanc dort, un morceau écrit pour deux clavecins, viole de gambe et percussion. C'était une musique que je n'avais jamais entendue auparavant et que je n'aurais pu imaginer. Elle ne tirait ses origines de rien ni de personne. Elle était arrivée. Libre et vivante. J'entendais les sons des broussailles épineuses d'Afrique, des insectes et le bruisse­ment du vent dans l'herbe. Mais rien n'aurait pu être aussi éloigné de Debussy et de Ravel.

Je lui téléphonai à Belfast où il était compositeur résidant à Queen' s University. Mon appel fut le premier qu'il recevait sur son répondeur tout neuf. Quelques jours plus tard, il se trouvait à mon chevet. J'avais un ami pour la vie.

 

Kevin vient de Pietemaritzburg, la ville la plus anglaise d’Afrique du Sud et il a trente-huit ans. Ses parents possèdent un de teinturerie. Lorsqu'il eut dix ans sa mère lui acheta A quatorze ans il jouait les concertos pour piano de Liszt voulait devenir pianiste de concert. Terrorisé par les autres dans l'autobus scolaire, il rentrait à pied chez lui par des températures de 40 °C, avec son blazer de flanelle noire, ses pantalons gris du même tissu, ses chaussures cirées et son canotier. sur le trajet il passait devant des Africains qui s'abritaient sous les arbres pour écouter des gens chanter, jouer de la guitare et improviser des rythmes.

 

 

 

 

 

 

Il alla à Johannesburg pour suivre des cours de musique occidentale sans avoir encore pris conscience qu'il aimait les sons de l’Afrique.

Il arriva en Europe en 1973 et devint le disciple de Karlheinz Stockhausen, l'assistant plus tard dans ses tâches d'enseignement. a le piano avec Aloys Kontarsky et la musique de scène Mauricio Kagel. Il commença à se rendre compte que ce qui lait la musique africaine de l'européenne (sauf peut-être musique primitive comme celle de Hildegard de Bingen) n insensibilité à la notion de proportion. La musique africaine n'est pas délibérément asymétrique, elle n'a pas de proportions précises : les structures sont créées par addition, non par subdivision. Dans de nombreux cas la répétition n'est pas perçue. musique s'arrête aussi brusquement qu'elle commence, comme le chant des oiseaux. Aucun rythme n'est obtenu par le calcul — Stockhausen calcule tout.

de retour d'un voyage dans les montagnes du Lesotho, se dirigea tout droit sur Cologne pour y assister à une première du compositeur allemand et acquit brutalement la con­que le langage du sérialisme était mort. La musique occidentale était toujours architecturale et Kevin voulait une musique quelle le toit flotterait, libre de toute attache.

in avait deux collègues, Walter Zimmerman, le fils d'un boulanger de Nuremberg, et Clarence Barlow, natif de Calcutta. décidèrent de retourner chez eux et de mener des recherches liaison entre la musique et sa source géographique. Il ne ait pas d'aller faire ses emplettes dans le monde de )musicologie. Zimmerman présenta ce qu'il a appelé la lokale Musik, ce qui impliquait que le « local » était l'universel : il composa une série de morceaux qui définissaient certains aspects Le la tradition qui était sienne. L'un d'eux était une oeuvre orchestrale dans laquelle il dressa le plan des éléments de son pays natal sur une orchestration de quelque deux cents valses paysannes Lândlertopographien).

 

 

 

 

 

 

 

 

Clarence Barlow revint de Calcutta avec un cycle de vingt quatre heures de bruits de rue et une analyse de la consonance et la dissonance, harmoniques et rythmiques, dans la musique indienne.

Kevin fit plusieurs voyages pour enregistrer les sons de ' Afrique du Sud. Il commença par la musique des rues et se rendit immédiatement compte qu'elle était beaucoup plus intéressante Lie toutes les idées que l'on s'en faisait. Chez les Zoulous la guitare est utilisée non seulement pour accompagner de longs voyages à pied, mais également comme un moyen de se faire des amis et de résoudre des tensions sociales : dans ce qui apparaît comme de l'agression ritualisée, des joueurs de guitare zoulous se livrent un combat où la musique remplace la lutte au bâton. Au début de la rencontre entre les deux joueurs, l'un dit à l'autre :

-Tu frappes le premier. » Les chants comprennent toujours des introductions pleines de fioritures complexes et des poèmes de louanges sont récités à grande vitesse pendant que la guitare joue L basse contrainte.

L'ouverture des Etudes d'histoire zoulou tente de reproduire le grand festival afrikaner qui se tient dans l'église où le roi Dingaan a le chef boer Piet Retief, un des fondateurs de Pietermaritzburg. On célèbre tous les ans la Journée du Covenant qui commémore un massacre de Zoulous perpétré par les Boers.

Kevin vit les visages de l'assistance et prit peur. Il était midi, il partit vivre à l'aventure dans le veld et enregistra les sons préhistoriques des insectes, la montée de la chaleur et, de temps à autre, un oiseau.Il rapporta la bande en Europe et pendant trois ans fréquenta par intermittence les studios de Cologne pour mettre au point une réplique électronique.

Couvrez-le d'herbe est tiré des bruits des travaux des Basothos, notamment des vieillards fendant une bûche, des enfants qui crient des femmes qui chantent tout en jetant des éclats de pierre sur le chantier d'une route en construction.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Kevin_Volans#/media/File:Kevin_Volans_(comp)_2015_(Annamarie_Ursula)_P1200477.JPGKwaZulu Sumer Landscape est une longue composition de sons naturels recueillis au cours d’un voyage qui le ramena dans son pays.

 

Ces morceaux enregistrés servent de lever de rideau à une longue série d’œuvres instrumentales visant à réconcilier les deux esthétiques, l’africaine et l’européenne. L’islam tend à initier ses convertis à de nouvelles techniques, le christianisme apporte de nouveaux objets. Dans le Sud où lde christianisme prédomine , les techniques musicales demeurent traditionnelles, les instruments importés. Kevin décida de monter à l’assaut de la musique européenne, apportant de nouvelles techniques venues du Sud et adaptant les instruments et les formes existants, le clavecin, la flûte, le quatuor à cordes. Il évita de tomber dans l’exotisme.

A son retour d’Afrique, il fut amèrement déçu de découvrir qu’il n’était ni africain, ni européen. Bientôt, il se rendit compte qu’il était libre, libre de composer ce qu’il voulait. Selon un dicton soufi « la liberté, c’est l’absence de choix ». je crois qu’il s’agit là de la musique pieuse du plus hait niveau qui soit. Pour moi Kevin est l’un des compositeurs les plus inventifs depuis Stravinski.

The Songlines, son quatrième quatuor à cordes, a été joué par Kronos au Lincoln Center de New York en novembre 1988.

Bruce CHATWIN  "Qu'est-ce que je fais là" (Bibliothèque Grasset)

21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 22:15

Au printemps de 1859 l'avoué Orélie-Antoine de Tounens ferma les volets gris de son cabinet de la rue Hiéras à Périgueux, jeta un dernier regard sur le profil byzantin de la cathédrale et partit pour l'Angleterre en serrant contre lui une valise contenant les 25 000 francs qu'il avait retirés du compte bancaire familial, précipitant ainsi la ruine des siens.

 

 

 

 

 

                           Huitième fils de fermiers qui habitaient une gentilhommière délabrée du hameau de La Chèze près du hameau de Las Fount, il avait retrouvé is son ascendance un sénateur gallo-romain et avait ajouté un de à son  nom de famille. Il avait le regard halluciné, la chevelure et la barbe noires et abondantes. Habillé comme un dandy, il se tenait excessivement droit et agissait avec l'audace irraisonnée des visionnaires.

En lisant Voltaire il avait découvert les strophes maladroites de l'épée d'Ercilla et, à travers elles, l'existence des tribus indomp­tées du Sud chilien :

Ils n'ont point de barbe,

mais leurs traits sont forts et bien prononcés. Ils ont les épaules larges, la poitrine élevée,

les bras robustes et musculeux.

Opiniâtres, vaillants, téméraires

et durs à la fatigue, ils supportent également La faim, les cruelles rigueurs du froid Et les chaleurs les plus accablantes (1)

1- traduction française de Gilbert de Merlhiac, 1824.

Murat était palefrenier et devint roi de Naples. Bernadotte était clerc d' avoué à Pau et devint roi de Suède. Et Orélie-Antoine se persuada que les Araucaniens l'éliraient roi d'une nation jeune et vigoureuse.

Il l'embarqua à bord d'un navire de commerce anglais doubla le cap Horn en plein hiver et débarqua à Coquimbo, un endroit désert de la côte chilienne où un autre franc-maçon lui offrit le gîte-Il apprit bientôt que les Araucaniens livraient leurs derniers combats contre la République, entama une encourageante correspondance avec leur cacique, Manil, et en octobre traversa le fleuve Bicio, frontière du royaume qu'il s'était assigné.

Un interprète l'accompagnait et deux Français — MM. Lachaise et Desfontaines, respectivement son ministre des Affaires étrangè­res son garde des Sceaux, fonctionnaires imaginaires, dont les noms étaient tirés des hameaux de La Chèze et de Las Fount, et incarnés tous les deux dans la personne de Sa Majesté.

Orélie-Antoine et ses deux invisibles ministres traversèrent d'épais buissons de fleurs écarlates et firent la rencontre d'un jeu cavalier. Le garçon lui dit que Manil était mort et le con­duisit  vers son successeur, Quilapan. Le Français fut enchanté d’apprendre que le mot « république » était aussi odieux aux oreilles de l'Indien qu'aux siennes.

Mais il y avait un fait nouveau qu’il ignorait : avant de mourir le cacique Manil avait prophétisé cette éternelle illusion de l'Amérindien : la fin de la guerre et d.esclavage coïncidera avec la venue d'un étranger blanc barbu.

 

 

 

 

 

 

 

 

              L’accueil des Araucans encouragea Orélie-Antoine à proclamer une monarchie constitutionnelle dont la succession s'établirait au sein de sa propre famille. De son écriture royale et arachnéenne il signa. le document que M. Desfontaines parapha d'une main plus ferme, et en envoya copie au président chilien et aux journaux de Santiago. Trois jours plus tard un cavalier, exténué par deux traversées de la cordillère, apporta des nouvelles fraîches : les Patagoniens acceptaient également le royaume. Orélie-Antoine signa un autre papier, annexant toute l'Amérique du Sud du 42è degré de latitude jusqu'au cap Horn.

Pris de vertige par la grandeur de son geste, le roi se retira dans une pension de Valparaiso et occupa son temps à rédiger la consti­tution, à projeter la création d'une force armée, d'une ligne de paquebots reliant l'Araucanie à Bordeaux et à trouver l'hymne national (composé par un certain Guillermo Frick de Valdivia). Il écrit une lettre ouverte à son journal local le Périgord dans laquelle il présentait « la Nouvelle France » comme une terre fertile regorgeant de richesses minérales, qui compenserait la perte de !Louisiane et du Canada, mais ne mentionnait pas qu'elle était peuplée de guerriers indiens. Un autre journal, le Temps, écrivit ironiquement que « la Nouvelle France » lui inspirait autant de confiance que M. de Tounens en avait inspiré à ses anciens clients.

Neuf mois plus tard, sans un sou et mortifié par l'indifférence générale, il retourna en Araucanie avec un cheval, un mulet et un serviteur du nom de Rosales (en l'engageant il commit l'erreur com­mune chez les touristes de confondre quinze et cinquante pesos).

Dans le premier village il trouva ses sujets sous l'emprise de l’ alcool, mais ils reprirent leurs esprits et transmirent aux tribus environnantes l'ordre de rassemblement. Le roi parla de la Loi naturelle et de la Loi internationale ; les Indiens répondirent avec des vivats.

Debout au centre d'un cercle de cavaliers nus, vêtu d'un poncho brun, la tête ceinte d'un ruban blanc, il saluait mécaniquement avec des gestes napoléoniens. Il déroula le pavillon tricolore en criant « Vive l'unité des tribus ! Un seul chef ! un seul drapeau ! ».

 

 

 

 

 

      Le Roi rêva alors de lever une armée de trente mille guerriers et d’imposer sa frontière par la force. La forêt retentit de cris de guerre et les trafiquants d'alcool itinérants déguerpirent vers les zones civilisées. De l'autre côté du fleuve les colons blancs aperçurent des signaux de fumée et firent part de leurs craintes aux militaires Pendant ce temps Rosales griffonna quelques mots à sa femme(qui était la seule à pouvoir le déchiffrer) l'avertissant du plan qu’il fomentait pour capturer l'aventurier français.

Orélie-Antoine se déplaçait d'un campement à l'autre sans escorte S'étant arrêté un jour pour déjeuner, il était assis sur le bord d’une rivière, perdu dans ses pensées, sans prêter attention au groupe d’hommes armés qui s'entretenaient avec Rosales dans les bois. Soudain un poids s'abattit sur ses épaules. Des mains lui agit èrent les bras. D'autres mains le dépouillèrent de tout ce qu’il possédait sur lui.

 Les carabiniers chiliens forcèrent le roi à gagner la capitale provinciale de Los Angeles et le traînèrent devant le gouverneur, un propriétaire terrien, don Cornelio Saavedra.

Parlez-vous français ? », demanda le prisonnier. Il commença par affirmer ses droits royaux et finit par offrir de retourner au sein de sa famille

Saavedra  sut gré à Orélie-Antoine de ne rien désirer d'autre. Mais dit-il, je dois vous faire passer en jugement comme un criminel de droit commun pour décourager ceux qui voudraient imiter votre exemple. »

La prison de Los Angeles était sombre et humide. Ses geôliers lui balançaient leur lanterne devant les yeux pendant son sommeil. Il attrappa la dysenterie. Il se tordait de douleur sur une paillasse détrempée et entrevoyait le spectre du garrot. Il mit à profit un moment de lucidité pour rédiger son ordre de succession : « Nous, OrélieAntoine Ier, célibataire, par la grâce de Dieu et de la Volonté nationale , Souverain, etc. » Le trône irait à son vieux père — qui en cette saison récoltait ses noix — puis à ses frères et à leur descendance.

Puis ses cheveux tombèrent, ce qui décida de la mise en application, du testament.

Orélie-Antoine renonça au trône (sous la contrainte) et M. Cazotte, le consul de France, le fit sortir de prison et rapatrier à bord d’un navire de guerre français. On le mit à la ration mais les élèves officiers l'invitèrent à leur table.

En exil à Paris, ses cheveux repoussèrent plus longs et plus noirs que jamais, et sa soif de pouvoir prit des proportions mégaloma­niaques. « Louis XI après Péronne, écrivit-il en conclusion de ses Mémoires, François r après Pavie n'en étaient pas moins rois de France qu'avant. » Et cependant sa carrière s'apparenta à celle d'autres monarques déchus : les tentatives picaresques de retour; le cérémonial solennel dans des hôtels minables ; l'octroi de titres pour le prix d'un repas (son chambellan fut un moment Antoine Jimenez de la Rosa, duc de Saint-Valentin, membre de l'université Je Smyrne et autres institutions scientifiques, etc.); un certain succès auprès de financiers parvenus et d'anciens combattants, et a conviction inébranlable que le principe hiérarchique divin s'incarne dans un roi.

A trois reprises il tenta de retourner dans son royaume. A trois reprises il atteignit le Río Negro et remonta le fleuve dans 'intention de franchir la cordillère. A trois reprises il fut contrarié ans son projet et renvoyé en France sans ménagement, la première fois à la suite de la trahison d'un Indien, la suivante à cause de la vigilance d'un gouverneur argentin (qui l'avait reconnu malgré son déguisement — cheveux courts, lunettes noires et pseudonyme de Jean Prat). La troisième tentative a donné lieu à des interprétations divergentes : soit le régime carné des gauchos provoqua un blocage intestinal, soit des francs-maçons l'empoisonnèrent pour avoir renoncé à ses voeux. Le fait est qu'en 1877 il arriva à moitié mort dans la salle d'opérations d'un hôpital de Buenos Aires. Un paquebot des Messageries maritimes le déposa à Bordeaux. Il se rendit à Tourtoirac chez son neveu Jean, boucher son état. Durant une année il remplit péniblement la fonction allumeur de réverbères du village, puis mourut le 19 septembre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                L’histoire récente du royaume d'Araucanie et de Patagonie appartient plus aux obsessions de la France bourgeoise qu'à la politique sud-américaine. A défaut d'un successeur dans la famille Tounens, c'est un certain Achille Laviarde qui régna sous le nom Achille Ier.Il était natif de Reims où sa mère tenait une laverie appelée localement « Le Château des Grenouilles Vertes ».

II était bonapartiste, franc-maçon, actionnaire de Moët et Chandon, expert en ballons de protection contre les raids aériens (dont il en avait un peu l’apparence) et connaissait Verlaine. Il finançait ses réceptions avec les bénéfices de son entreprise commerciale, la société royale de la Constellation du Sud. Il laissa toujours sa cour à Paris mais ouvrit des consulats dans l’Ile Maurice, à Haîti, au Nicaragua et à Port Vendres . lorsqu’il fit des ouvertures au Vatican, un prélat chilien lança : « Ce royaume n’existe que dans l’esprit d’imbéciles avinés. »

Le troisième roi, le docteur Antoine Cros ( Antoine II) fut médecin de l’empereur Dom Pedro du Brésil  et mourut à Asnières après un an et demi de règne. Il dessinait des lithographies dont le stule rappelait  Jérôme Bosch, c’était le frère de Charles Cros l’inventeur di paléophone et auteur du recueil de poèmes :, le Coffret de Santal.

La fille  du docteur Cros lui succéda et passa la couronne à son fils Jacques Bernard. Pour la seconde fois un monarque d’Araucanie  se retrouva sous les verrous, cette fois pour services rendus au gouvernement de Pétain.

M. Philippe Boiry son successeur , règne modestement avec le titre de prince héréditaire. Il a restauré la Maison de la Chèze dont il a fait sa résidence secondaire.

Je lui ai demandé s’il connaissait la nouvelle de Kipling : « L’homme qui voulut être roi »,

-Bien entendu

- Ne trouvez vous pas curieux que les héros de Kipling, Peachley et Dravot aient été également francs maçons ?

- Simple coïncidence répondit le prince.

Extrait de "En Patagonie" de Bruce Chatman

(traduction et Préface JF Fogel) Editions Bibliothèque Grasset 2006

Lire également de Jean Raspail "Moi Antoine de Tounens, roi de Patagonie

20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 20:31

Nous prîmes un bateau pour aller admirer le Perito Moreno de l'autre côté. Le trajet ne fut ni long ni chic. Il n'y avait pas d'espace VIP à bord. Nous fûmes un peu perdus. Michel et moi, pour des raisons incontournables que je révélerai bientôt, nous eûmes une conversation sur les enfants et sur la religion.(...)

Décidément, jamais le tourisme n'avait été honoré, lors d'un même voyage, d'autant de réflexions supérieures sur des thèmes cruciaux pour le futur de l'humanité. Un petit garçon commença à pleurer comme un possédé. Rien ne le consolait. Claudia était dehors, le long des rambardes, mitraillant le paysage avec son infatigable appareil photo numérique.

Les parents de l'enfant  essayaient de le réduire au silence de la façon la moins bruyante possible, conformément aux préceptes en vogue dans la culture occidentale, même au bout du monde. Ils voulaient éviter un scandale encore plus grand ou limiter les décibels des pleurs. Il était évident qu'ils avaient envie d'étouffer le petit ou, pour le moins, de le bâillonner. Ils en furent sans doute empêchés par le fait que les techniques pédagogiques les plus modernes ne recommandent aucune de ces deux alternatives pour maîtriser les enfants démoniaques. Du moins, selon ce que nous pouvons présager, devant un public instruit comme celui qui fait du tourisme en Patagonie, discute de l'existence de Dieu et de la différence entre les pingouins et les loups-marins. J'imaginais que Michel réfléchissait en effets néfastes de Mai 1968 sur l'éducation infantile. La mère décida de faire appel à la bonne humeur dans l'espoir de s'en tirer par l'application d'une pédagogie ludique et sans punition.

- Pourquoi tu ne te tais pas ? Demanda-t-elle, en provoquant le petit garçon avec une référence explicite à l'épisode encore récent et drôle du "Ferme-là" du roi d'Espagne à l'arrogant et bavard dictateur du Venezuela.

Le petit garçon ne se laissa pas impressionner. Soit il n'était pas au courant de cet épisode, simplement diffusé sur toutes les télévisions, y compris dans les programmes pour la jeunesse, et ne pouvait donc saisir l'intertextualité de la langue maternelle, soit il était favorable à Hugo Chavez, hypothèse qui me parut hautement probable dans la mesure où son braillement s'intensifia après cette question de la bien informée, bien que désespérée, femme de langue espagnole. En vérité les cris de l'enfant  commençaient à présenter un risque écologique, vu qu'ils pouvaient facilement provoquer une rupture dans la parie centrale du Perito Moreno. En outre, le nombre de petites détonations n'arrêtait pas d'augmenter et la tragédie était immense. Impuissante, la mère répéta et déclencha l'hilarité générale:

- Por que no te callas ?

Le diablotin passa immédiatement à vingt décibels environ. Rarement, sauf peut-être en écoutant Maria Callas, j'entendis un aigu aussi cristallin. Michel Houellebecq me fit signe de l'index pour que je m'approche de lui. Je m'exécutais immédiatement mais sans comprendre, car comme à son habitude, il parlait très doucement. Quand nos visages se touchèrent presque, il susurra le plus faiblement qu'il put, dans un filet de voix:

- Tu peux me rendre un service ? C'est seulement une question de volonté...

- Bien sûr. Que veux-tu ?

- Peux-tu jeter cet enfant à la mer ?

- Avec ou sans bouée ?

Mieux vaut sans. Sinon nous allons continuer à subir ces hurlements.

Malgré le bien fondé de sa demande et en accord certainement avec la majorité du bord, je refusai. Ce fut difficile. J'hésitai même. Je n'avais jamais rien refusé à MicheL (...)

Extrait de "En Patagonie avec Michel Houellebecq" de Juremir Machado Da Silva docteur en sociologie, écrivain, journaliste et professeur brésilien.Traducteur de Michel Houellebecq.

(CNRS Editions 2011 p. 183 à 185).

 

 

12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 13:53
Folco de Baroncelli
Folco de Baroncelli

Bonne initiative de la Médiathèque Zola et de Fellini que de rendre hommage à la Famille de Baroncelli, une dynastie d’aristocrates au service de la culture

Public clairsemé ce mardi soir, et jamais complice (ici on se toise, on se jauge, on s'observe mais on ne se parle pas!) à l'auditorium Zola de la Médiathèque de Montpellier, pour un hommage entre camarguais,gens de la Paillade et de Prades sur Lez, adeptes de corridas et de courses taurines, fans de Frédéric Mistral et sans doute curieux..anciens lecteurs du Monde,comme moi qui écoutais puis lisais les critiques de Jean de Baroncelli dans le Monde (avant celles de Jean Louis Bory dans le Nouvel Obs).

PHILIPPE MARTEL ET FRANÇOIS AMY DE LA BRETÈQUE deux éminents spécialistes de l'Occitan et du Cinéma de l'Université Paul Valéry de Montpellier se relaient parfaitement pour évoquer la généalogie familiale des Baroncelli de Javon

Les Baroncelli d'Avignon devinrent les banquiers des papes , lorsque ceux-ci durent s'y installer en 1309 pour fuir les troubles politiques qui secouaient l'Italie ! De prêts en intérêts, les papes ne purent rembourser leurs emprunts auprès des Baroncelli. C'est ainsi qu'en 1514, ils s'acquittèrent de leurs dettes (2 500 ducats) en leur offrant par une bulle d'inféodation à perpétuité donnée par le pape Léon X, le maquisat de Javon, près de Murs (Vaucluse), dans le diocèse de Carpentras. Depuis, dans leur titulature, ils portent le nom de DE BARONCELLI-JAVON . Leur arrivée de Florence vers Avignon.La famille de Baroncelli-Javon représente l’une des plus anciennes lignées de France puisqu’on peut faire remonter sa généalogie jusqu’au XIIè siècle.Ces aristocrates d’origine florentine durent s’exiler en 1478 et vinrent s’établir à Avignon, alors possession pontificale. Ils restèrent à son service tant que durèrent les Etats du Pape. Il est intéressant de voir comment, dès lors que le Vaucluse fut rattaché à la République, ces hauts personnages, progressivement ruinés, et quoique restés de conviction monarchiste et légitimiste, s’intégrèrent pleinement à la vie culturelle nationale. On peut suivre cette trajectoire au vingtième siècle à travers trois personnages et en trois étapes logiquement enchaînées : le Félibrige, le nouvel art qu’était le cinéma, et la critique cinématographique dans un grand quotidien national.

Folco, « Lou Marquès », reste le plus connu. Disciple de Mistral, fondateur de la Nacioun Gardiano, il fut l’artisan principal de la promotion de la Camargue et de ses traditions taurines. Il fait chez nous l’objet d’une dévotion encore vive. Par ses gendres, il donna naissance à une lignée de grands manadiers. Hommage au camarguais Folco de Baroncelli http://www.ctlacledabouillargues.com/pages/content/folco-de-baroncelli-la-camargue-son-destin.html

Le Marquis attira chez lui dès les années 1910 des équipes de tournage. Son frère cadet Jacques poursuivit cette entreprise par ses films. Mais son abondante production cinématographique excède ce cadre régional. Il a tourné de nombreux films représentatifs de la qualité française. Avec Louis Feuillade à Arles pour une Mireille qui fut un échec. Réformé en 1914 Il commence à écrire en 1915 mais échoue à parler provençal. Il monte alors à Paris et devient le documentariste de Jeanne de Flandreysy, (amie fortunée de Frédéric Mistral).Renvoyé du journal "l'Eclair" Il devient réalisateur de 1926 à 1931 avec Pêcheur d'Islande en 1924 l'Arlésienne en 1929, Il s’est illustré aussi par la promotion de l’idée coloniale« intégratrice » alors à son apogée. On redécouvre aujourd’hui son œuvre longtemps négligée des historiens. Hommage au cinéaste Jacques de Baroncelli https://1895.revues.org/1762

Le fis de Jacques, Jean, né en 1914 ,romancier devint un des critiques de cinéma les plus importants de l’après-guerre. Marié à Sophie Desmarets il s'installe au mas de la Paillade De 1952 à 1983 il donna au journal Le Monde environ 4500 à 5000 articles. sous l'ère de Pierre Vianson-Ponté. L’éclectisme de ses goûts, son académisme foncier, ses jugements indulgents, le firent parfois juger sévèrement par la jeune génération, mais il mérite d’être réhabilité. Il a dû faire accepter le cinéma dans un journal pour lequel le 7è art n'était pas un objet culturel comme la littérature, la musique ou la peinture. Ainsi en 1961, il promeut le film d'Alain Resnais "l'année dernière à Marienbad" contre la critique d'Avant garde des "Cahiers du Cinéma". ( de André Bazin) puis il défend à Cannes le film de François Truffaut" les 400 coups" qui incarne la Nouvelle Vague. Enfin en 1957, il impose la Strada de Fellini, en 1959 les Fraises sauvages d 'Ingmar Bergman, et en 1965 "Pierrot le Fou" de Jean Luc Godard. (chaudes discussions à ce sujet à la maison dans ma famille....!!!)

Après que le Mas familial de la Paillade ait été vendu à la Mairie de Montpellier sous l'ère de François Delmas (1959 à 1971) ,la famille de Jean de Baroncelli et sa femme Sophie Desmarets s'installent à Prades le Lez où vit toujours leur fille Caroline de Baroncelli de Javon.née le 29 avril 1952.

Ce fut un critique-spectateur indulgent; loin des théoriciens du cinéma, très influencé par Bergman, Bunuel et Fellini. Il a une sensibilité classique, agnostique et modéré qui ne l'opposa pas à ses contemporains véhéments comme JL Bory du Nouvel Observateur. Il pensait cependant que le cinéma était un art mineur aux côtés de la musique, de la peinture et de la littérature. Vaste débat qui opposera plus tard Gainsbourg et Béart à propos de la chanson et de la musique.

Ces trois destins sont bien différents, mais la diversité de leurs investissements cache une continuité profonde : intégrer la culture régionale au projet national, réconcilier la culture élevée et la culture populaire, concilier le goût pour la littérature et d’autres formes d’expression, tel semble avoir été le destin de cette famille d’exception.

L'idée du Marquis de croire en une population ethniquement pure des gardians est une utopie. De même que la popularisation de la farandole provençale oublie qu'il s'agit d'abord d'une danse de guerre et de révolte contre le pouvoir royal. Quant à la célébration de la corrida en Camargue n'oublions pas qu'elle est d'origine espagnole et non d'Occitanie ! Cette récupération est citée par la SPA et les mouvements anti en cette période où Nîmes veut en faire auprès de l'Unesco un objet de patrimoine ! En 1894, Mistral qui n'est pas un aficionado se met à célébrer le taureau et en 1920 apparaissent les manifestations identitaires. Très vite les accents d'autonomie régionale seront vite déçus et on se tournera alors vers "les traditions camarguaises" à travers le patrimoine folklorique par le spectacle dont le Marquis Folco est un organisateur au même titre que Buffalo Bill en 1905. Folco célébrera les Manadiers , les Gitans et les Indiens à l'Exposition Coloniale de Marseille en 1931 puis au Congrès du PCF à Arles. Curieuse récupération des minorités opprimées au point que les indiens Sioux massacrés par les Blancs évoquent pour Folco le massacre des Albigeois après la Croisade !

Dans son élan folklorique, Folco ira même en 1941 jusqu'à présenter son spectacle taurin au Maréchal Pétain (pourquoi pas aujourd'hui au Ministre JM Baylet ?) En 1942, la famille est expulsée de son mas par les Allemands lors du débarquement allié, et est ruinée et amère.

Comment utiliser la tradition pour valoriser un patrimoine identitaire. Les stratégies sont parallèles entre Frédéric Mistral et Folco de Baroncelli qui aboutissent à un repli, à une muséification du costume arlésien.

C'est pour eux, la fin d'un grand rêve qui s'était incarné en 1907 par leur soutien aux révoltes des viticulteurs du Languedoc atteints par le phyloxera.

Curieuse et vaine fascination de Folco "lou marquès" pour les causes perdues dans la défense des gitans, des Boers d'Afrique du Sud contre les Anglais, des Indiens sioux contre les Blancs d'Amérique !

L'amitié et la rencontre de Folco avec "Buffalo Bill" (William Cody) a bien eu lieu mais pas au mas, mais à Paris où il lui a dédicacé une photo et écrit un poème sur les indiens.

Une Famille de Camargue : les "de Baroncelli"
4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 21:12

Impertinent et indispensable LE JOURNAL DE L'OUVREUSE

MOZART FACHO, HAENDEL COMPLICE ! (Causeur N°38 Septembre 2016)
Plus que le critique, le comédien, le musicien et le danseur,c’est l’ouvreuse qui passe sa vie dans les salles de spectacle. Laissons donc sa petite lampe éclairer notre lanterne !

D’habitude, qui fait sa prude ? Qui appelle la censure ?
Vous, ennemis héréditaires de l’art. Vous, le public.Là, les copines et moi on arrive à Aix pour voir un truc que Haendel a composé quand il était ado sur des paroles toutes roses d’un cardinal romain – « Le Triomphe du temps et du dessillement », c’est le titre.
Avant la représentation, on ouvre son Télérama et qu’est-ce qu’on lit ? « Cet oratorio est un scandale. C’est une pure oeuvre dogmatique au même titre que des créations de l’époque stalinienne. Toute représentation ou exécution du Trionfo devrait être précédée d’un commentaire portant sur son contenu idéologique. » Mot pour mot.
Dernière archevêcherie de Christine Boutin ? Perdu. Credo du metteur en scène. Vous ne rêvez pas, c’est le « sulfureux » Krzysztof Warlikowski qui intolère la morale anodine de l’oratorio (l’essentiel est invisible pour les yeux, seul le vrai est beau, etc., etc.). Ce soir, c’est le metteur en scène qui réclame la censure. Le lendemain, même lieu, même heure. Christophe Honoré, le réalisateur de 17 fois Cécile Cassard, prend ses meilleures pincettes pour feuilleter Così fan tutte. Il trouve l’opéra brutal, sexiste, raciste, c’est pourquoi il a « choisi de transposer l’action en Afrique, dans l’empire colonial mussolinien » – où les Noirs sont des victimes et les Blancs des ordures, ce que Mozart, débile mental comme chacun sait depuis Amadeus, a fait semblant
d’ignorer.
J’entends le vain peuple qui grogne : Messieurs les metteurs en scène, on vous demande pas de faire la police, on vous demande de faire le boulot. Si Mozart, Haendel et leurs paroliers vous dégoûtent, n’en dégoûtez pas les autres. Dehors, le metteur en scène !
Mais, vain peuple ! le metteur n’a rien à voir. C’est pas lui qui déteste l’opéra. C’est vous. C’est pour vous plaire qu’il intolère. S’il tolérait, vous ne sauriez même pas son nom. S’il avouait à Télérama sa passion de l’opéra, il ne serait ni à Aix, ni à Paris, ni dans Télérama. Il serait à Vérone, à Orange, où l’opéra est un truc qui se chante. Où il distrait et ne compte pas.
Dans les endroits où l’opéra compte, là où il « fait enjeu » comme on dit rue de Valois, le haïr est la condition de son maintien.
Plus lyrique que Warlikowski, tu meurs. Tout ce que Warlikowski touche chante à tue-tête. Ses potes du Nowy Teatr à Varsovie découvriraient son penchant, ils le jetteraient dans la Vistule. Se forcer à haïr, faire mine de haïr, question de survie.
La faute, dites-vous, au directeur qui engage des traîtres pour laver son orgueil dans la controverse ? Mais non ! Pareil : le directeur fait ce qu’on lui demande, rien d’autre. Que veulent entendre le maire, la présidente de région et le ministre ?
« J’addddddore Puccini, confiez-moi votre théâtre ou votre festival » ? Horreur, surtout pas ! Ils veulent entendre : l’opéra c’est nul, je vais vous faire plein de trucs innovants et transgressifs pour pardonner à Puccini d’être Puccini, vous prouver qu’on est comme vous, qu’on s’en fout de Puccini. On veut pas des spectacles, on veut des CAD. Des Causes À Défendre, des dénonciations citoyennes et des articles dans Télérama. Ouf ! soupirent le maire, la
présidente de région et le ministre, nous voilà frères.
Au fait, Monsieur Warlikowski, il était superbe votre scandale dogmatique. Quels visages, dites donc !
Quelle lumière ! Quelle leçon ! Vous réciterez 10 Ave et 30 Pater. Sinon l’été prochain, chorégies d’Orange ! •

18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 17:32
La Meslerie
La Meslerie

Visite du patrimoine sur Saint Julien de Concelles. pendant que les foules du canton s’enivrent de muscadet, de rocks et de twists des années 60, entre les vieilles voitures exposées et décapotées au soleil. J'ai choisi de redécouvrir la gentilhommière voisine de la commune.

Le propriétaire des lieux M. Guillaume Bonnet (assis à une table de jardin) nous accueille à l'entrée de l'allée du château où se trouve la dite chapelle entourée de prés ou paissent des moutons de Bretagne. Très vite on entre dans le vif du sujet avec un rapide rappel historique de la Seigneurie du Gué au Voyer et du château d'origine qui a brûlé avant la Révolution. Il ne reste donc rien sinon les écuries et la "Cour du Château".

C'est le Seigneur Damien de Champenier (ou Chandenier) fils aîné qui hérite du domaine et entreprend de construire sur ses terres une dépendance dite "la Meslerie". Ayant émigré à la Révolution, ce sont ses soeurs qui revendiquent en 1794 leur droits sur les terres (Inventaire de 1794 en atteste) Le domaine appartenait à une fille de la famille Colbert épouse Rochechouart Mortemart et donc Baronnesse du Gué au Voyer.

Une famille de bourgeois nantais les Saint Aignan rachètent le Gué au Voyer en 1719. Un violent ouragan ayant détruit la toiture de l'église de St Julien, c'est la Chapelle de la Meslerie qui servira de 1734-1739 pour les offices de la paroisse.

Lorsqu'on pénètre dans la chapelle, on découvre une charpente d'époque de 1701 qui devait être recouverte d'un plafond de bois. Le retable lavallois inscrit aupatrimoine comporte deux statues rapportées de St Antoine de Padoue et de St Marc (cf photos), un blason aux armes de la famille. Sur l'autel, (dont il existe un dessin de 1860), une console avec une tête d'ange.

Lorsque la famillle de Gérald et Reynald Van der Kemp (d'origine protestante) occupent le domaine au début du siècle, ils délaissent la chapelle qui n'est plus consacrée puisque n'ayant plus de reliques.

L'actuel propriétaire a rajouté un parquet "versailles", des boiseries du XVIIè, une croix de procession de 1760 et divers objets de la famille dont un curieux tableau représentant André Ripoche (marinier de son état au Loroux qui transportait le muscadet sur la Loire) lors de son arrestation à un calvaire du Bas Briacé en mars 1794. Il sera torturé , exécuté sur la route du Landreau par les bleus, attaché à la queue d'un cheval et trainé...devenant ainsi le martyr du bas Briacé.

L'évocation des liens de Mlle Bretonnière avec Gérald Van der Kemp élevé par Mme Bouyer dans les années 20 permet de resituer les deux gentilhommières face aux menues erreurs de Frank Ferrand sur les caves voutées du château et face à un destin historique tourmenté en période révolutionnaire.

Autel de la chapelle Saint Antoine et Saint Marc ; Arrestation d'André Ripoche en 1794  au Bas Briacé.
Autel de la chapelle Saint Antoine et Saint Marc ; Arrestation d'André Ripoche en 1794  au Bas Briacé.
Autel de la chapelle Saint Antoine et Saint Marc ; Arrestation d'André Ripoche en 1794  au Bas Briacé.

Autel de la chapelle Saint Antoine et Saint Marc ; Arrestation d'André Ripoche en 1794 au Bas Briacé.

Chapelle consacrée en 1701 - le manoir de la Meslerie (XVIIIème siècle). Il s'agit d'un démembrement du Gué-au-Voyer. Propriété successive des familles de Mercy, Castonnet et Guille des Buttes. Charles Guille des Buttes y est décédé en 1850. Le domaine, dont dépendait le manoir, est acheté avant la Révolution par le baron Chandenier, propriétaire de la seigneurie du Gué-au-Voyer ;
Chapelle consacrée en 1701 - le manoir de la Meslerie (XVIIIème siècle). Il s'agit d'un démembrement du Gué-au-Voyer. Propriété successive des familles de Mercy, Castonnet et Guille des Buttes. Charles Guille des Buttes y est décédé en 1850. Le domaine, dont dépendait le manoir, est acheté avant la Révolution par le baron Chandenier, propriétaire de la seigneurie du Gué-au-Voyer ;
Chapelle consacrée en 1701 - le manoir de la Meslerie (XVIIIème siècle). Il s'agit d'un démembrement du Gué-au-Voyer. Propriété successive des familles de Mercy, Castonnet et Guille des Buttes. Charles Guille des Buttes y est décédé en 1850. Le domaine, dont dépendait le manoir, est acheté avant la Révolution par le baron Chandenier, propriétaire de la seigneurie du Gué-au-Voyer ;
Chapelle consacrée en 1701 - le manoir de la Meslerie (XVIIIème siècle). Il s'agit d'un démembrement du Gué-au-Voyer. Propriété successive des familles de Mercy, Castonnet et Guille des Buttes. Charles Guille des Buttes y est décédé en 1850. Le domaine, dont dépendait le manoir, est acheté avant la Révolution par le baron Chandenier, propriétaire de la seigneurie du Gué-au-Voyer ;
Chapelle consacrée en 1701 - le manoir de la Meslerie (XVIIIème siècle). Il s'agit d'un démembrement du Gué-au-Voyer. Propriété successive des familles de Mercy, Castonnet et Guille des Buttes. Charles Guille des Buttes y est décédé en 1850. Le domaine, dont dépendait le manoir, est acheté avant la Révolution par le baron Chandenier, propriétaire de la seigneurie du Gué-au-Voyer ;

Chapelle consacrée en 1701 - le manoir de la Meslerie (XVIIIème siècle). Il s'agit d'un démembrement du Gué-au-Voyer. Propriété successive des familles de Mercy, Castonnet et Guille des Buttes. Charles Guille des Buttes y est décédé en 1850. Le domaine, dont dépendait le manoir, est acheté avant la Révolution par le baron Chandenier, propriétaire de la seigneurie du Gué-au-Voyer ;

Gentilhommière  de  LA  MESLERIE ,  à  Saint  Julien  de  Concelles .  Cette  gentilhommière,  typique du style de Seheult (début XIX), est un bel exemple de maison de campagne de  la  région  nantaise  dont  l'originalité  réside  dans  un  salon  circulaire,  débordant  sur  la  façade arrière. L’ensemble est inscrit MH

Gentilhommière de LA MESLERIE , à Saint Julien de Concelles . Cette gentilhommière, typique du style de Seheult (début XIX), est un bel exemple de maison de campagne de la région nantaise dont l'originalité réside dans un salon circulaire, débordant sur la façade arrière. L’ensemble est inscrit MH

14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 11:01
Paysage à Chailly (1865) Huile sur Toile 81x101cm, The Art Institute,Charles H.and Mary FS/Worcester Colection,Chicago
Paysage à Chailly (1865) Huile sur Toile 81x101cm, The Art Institute,Charles H.and Mary FS/Worcester Colection,Chicago

Avez-vous remarqué dans le square Planchon, en face du temple protestant et de la gare SNCF, un monument édifié par le sculpteur Baussan où un jeune homme offre une grappe de raisin à Planchon ? Ce jeune homme n'est autre que Frédéric Bazille né en 1841 au n°11, de la Grand'Rue, aujourd'hui rue Jean Moulin, d'une longue lignée d'artisans installée à Montpellier depuis au moins le XIIIe siècle. Cette vieille bourgeoisie, orfèvre et protestante, se convertira dans le négoce, la banque, l'agriculture après la Révolution française. Son père, Gaston Bazille, grand bourgeois libéral, d'abord avocat puis horticulteur, puis viticulteur, puis agronome, président de la Société agricole de l'Hérault, a découvert le phylloxéra avec Planchon. Ce qui explique l'édification de ce monument-symbole à la mémoire de Frédéric tué à la guerre de 1870, à l'âge de 29 ans !
Durant ses années de jeunesse, la vie culturelle et artistique montpelliéraine est animée. Courbet est reçu par le banquier Bruyas en 1856. Louis Tissié, banquier et peintre, est l'ami de Bruyas et le futur beau-père de son frère Marc. Louis Bazille, son cousin, est collectionneur de Delacroix. Auguste Fajon, censeur de la Banque de France, peintre du dimanche est un modèle et ami de Courbet auquel il recommandera Bazille à l'automne 1863. Esprit éclectique, Bazille, outre la peinture, est ouvert à tous les arts : danse, opéra, théâtre, musique — il joue du piano à quatre mains avec son ami Edmond Maître, immortalisé dans L'Atelier de la rue de la Condamine (1870). Tandis que roman et poésie l'amènent à côtoyer Coppée et Verlaine.
Son oeuvre se développe de 1863 à 1870. Elle est inclassable et complexe, trente de ses toiles sont en rapport avec Montpellier ou peintes à Montpellier, huit durant les années 1863 à 1866 et vingt-deux durant les années 1867 à 1870. En 1862, il " monte à Paris " et entre dans l'atelier de Gleyre, lequel donne un enseignement classique à ses élèves, mais sans aucune contrainte, en leur laissant une liberté totale. 11 y rencontre Monet, Sisley, Renoir... qui vont former le groupe " Les Intransigeants " que rejoindra Pissarro un peu plus âgé. Autant de jeunes peintres à la recherche d'expressions totalement nouvelles. Le sujet devient la vie quotidienne, la nature vivante, le feuillage frémissant. La lumière et la couleur qui changent constamment au soleil recouvrent un nouvel intérêt. La structure et le format se modifient en fonction de ces innovations qui vont caractériser le début de la modernité.
Pour tout jeune peintre du Second Empire, la réception au Salon qui se tient tous les deux ans est déterminante, en ce sens que, sous le feu des critiques, elle décide de sa réputation. Nous sommes au début des années soixante, au lendemain du scandale des Baigneuses (1853) de Gustave Courbet qui, après le refus de L'Enterrement à Ornans (1855) par le jury du Salon, organise une exposition de quarante tableaux dans son propre " Pavillon du Réalisme " qui va sonner la rupture entre l'art officiel et l'art indépendant. Devant le nombre excessif de 3000 tableaux refusés par le jury, sur les 5000 présentés, en 1863, Napoléon III autorise sous la pression, le Salon des Refusés. Ce qui aura pour conséquence immédiate de priver l'Académie d'une partie de ses pouvoirs et de son monopole et de signer par là même l'acte de naissance de l'art moderne. Le Déjeuner sur l'herbe d'Edouard Manet fait scandale. Et c'est au même " Pavillon du Réalisme " du même Courbet, que deux ans plus tard le même scandale éclatera avec Olympia du même Manet !

Paysage à Chailly (1865) Huile sur Toile 81x101cm, The Art Institute,Charles H.and Mary FS/Worcester Colection,Chicago

En compagnie de Monet, Renoir, Sisley, au printemps 1862, Bazille exécute ses premiers paysages à Chailly, en forêt de Fontainebleau — lieu où il posera pour le Déjeuner sur l'herbe et pour Les Promeneurs de Manet.
Le Paysage à Chailly expérimente une touche plus large et des couleurs plus riches appropriées à ces rochers et à ces masses de feuillage que la lumière vibrante traverse avec peine. Des formes amples semblent plutôt avancer vers le spectateur. Pas de personnage qui anime de façon anecdotique ou sentimentale les paysages de l'école de Barbizon, ni de sentier pour nous entraîner dans l'espace. La lumière découpe les choses, met en évidence des plans et des contours. Pas d'impressions visuelles, pas d'interprétation comme le font Monet, Sysley, Pissarro.
Plus tard, les sources d'inspiration de ses paysages, se feront en plein air dans le Midi, au domaine de Méric, de Lattes... Les Remparts d'Algues-Mortes (1867) ; Vendange (1868/69) ; Les bords du Lez (1870)...
Les ateliers
Bien évidemment, les Intransigeants travaillent aussi en atelier et toujours en commun. Début janvier 1865, Bazille partage avec Monet l'atelier de la rue de Furstenberg, au-dessus de l'ancien atelier de Delacroix ; puis, en 1866, il partage avec Renoir celui de la rue Visconti.
Souvent guidés par un souci d'économie, et faute de modèles dont la location est onéreuse, ils se prennent pour modèles respectifs. Pierre-Auguste Renoir (1867) de Bazille, répond au Bazille peignant à son chevalet de Renoir qui le représente en train de peindre son Héron. Portrait " collectif " qui témoigne des amitiés nouées entre les futurs impressionnistes et de l'intérêt partagé pour les mêmes sujets.
Dans l'Atelier de la rue de la Condamine (1870), Edmond Maître joue du piano. A l'autre bout de l'atelier, penché sur la rampe, Zola parle avec Renoir assis sur une table. Au premier plan à droite, le poêle rougi et au deuxième plan le fauteuil vert Voltaire de L'Atelier de Furstenberg.
Conversation aussi devant la toile que Bazille présente à Manet et à Monet. Et pour tenir tête à la sentence du jury, sur le mur gauche, le Pêcheur à l'épervier — refusé au salon de 1869 — et une toile de Renoir, face au spectateur, refusée au Salon de 1866.
La Vue de village (1868)
Nous avons vu que le rôle de la lumière jouant sur une figure moderne et la couleur qui change constamment au soleil revêtent pour ces jeunes artistes un intérêt grandissant. Ainsi, La Vue de village, (admise au salon de 1869), présentée côté terrasse du domaine de Méric, associe une figure humaine en plein air, un portrait inclus dans le paysage : celui de la fille du métayer de ses parents, jeune fille grave et un peu raide qui pose au premier plan, assise à contre-jour, au pied d'un pin parasol. Timide dans sa robe de fête blanche à fines rayures roses, soulignée d'une ample ceinture corail, elle pose, un ruban rouge éclatant dans les cheveux. Le noir est limité à ses yeux, à ses cheveux, à la fine écharpe de velours
autour du cou — clin d'oeil à l'Olympia de Manet ! Son regard est direct — rares sont les femmes de Bazille qui regardent droit dans les yeux. Dans ses mains un brin de glycine décline une tâche mauve.
Du visage au paysage, les plans sont étagés en hauteur et font apparaître un manque d'homogénéité entre la figure de premier plan et le paysage, qui est dû en partie à une déformation de la perspective, en plaçant la ligne d'horizon et l'eau du Lez trop haut. La rivière devrait se situer en contrebas moins visible. Il ramène le paysage en avancée par un étagement en hauteur des plans et l'abandon de la perspective aérienne (volontaire ?). A droite, la verticale ascendante du pin parasol stabilise et dynamise la composition.
Depuis le bois de Bel-Air du mas Méric, la vue sur le Lez, avec en arrière-plan le village de Castelnau coiffé du clocher roman de l'église Saint Jean-Baptiste, est inondée de lumière et de soleil. Une extraordinaire luminosité sur les pierres roses des maisons disséminée sur les ocres des toits accentue la rigueur architecturale... et préfigure peut-être
Cézanne ? La variété des verts de la végétation, la gamme des bleus du ciel et du Lez, expriment la recherche acharnée des impressionnistes. « Le grand Bazille » s'est exclamée Berthe Morisot, « a fait une chose que je trouve fort bien, il cherche ce que nous avons si souvent cherché, mettre une figure en plein air. Cette fois, il me paraît avoir réussi ! »
Bazille, à la différence de Monet, n'affirme pas de " palpitation " de l'instant visuel, comme ses Gares empanachées de vapeur, mais un intérêt manifeste pour la ligne qui reste solide, une lumière du midi jamais uniforme, des zones d'ombre et de clarté qui contribuent à la construction du tableau et suggèrent l'espace. Contrairement à Degas pour qui tout est affaire de mouvement, à Renoir et ses parties sous la tonnelle, ses canotages, ses bals populaires, il propose l'immobilité, l'harmonie et le silence dans une pose calme, non conventionnelle — exceptés le geste du petit jardinier, le mouvement du nageur et des lutteurs de Scène d'été.
La Toilette (1870)


Pour Bazille, tout a valeur de durée : intérêt pour la forme, l'attitude, le pli des étoffes de La Toilette (refusée au Salon en même temps que la Grenouillère de Monet). Tout ici est précision. Les mains sont vivantes, parlent, étonnent. La jeune Esther (ou Bethsabée ?), figure centrale, sort du bain, nue, de face, sur un divan recouvert d'une fourrure, nonchalante, abandonnée. Elle se laisse parer, une jambe encore couverte par une serviette de bain. une babouche abandonnée (nouveau peut clin a* wu, cette fois-ci aux Femmes d'Alger de Delacroix). Entourée de soins délicats et de gestes harmonieux, elle est peu aguichante, sans aucun frémissement, elle manque de structure interne, de fermeté, avec quelque chose de retenu et de guindé. Ce qui ne saurait gâter l'opulence de la composition, rythmée de trois formes et de trois mouvements. Une femme agenouillée, une assise, une debout et active. Trois figures subtilement liées les unes aux autres, aux textures habilement contrastées. La servante — celle de La Négresse aux pivoines vêtue jusqu'à la taille d'un madras rouge vif aux rayures rouges horizontales, qui vient en contrepoint du fichu qui couvre sa tête, enfile une babouche au pied de sa maîtresse. Le châle présenté par la servante debout, vêtue d'une robe aux rayures noires verticales, les cernes, la tenture murale d'arabesques, paraissent des concessions à l'influence orientale, à la mode de l'époque. Auprès de ces motifs foisonnent les matières, fourrure blanche
et rousse en opposition aux broderies de soie chinoise du châle, à la laine du tapis.
Il semblerait que l'influence de Véronèse soit visible, aussi bien par les couleurs riches, le jeu ombre/lumière, la délicatesse des touches saturées que par la disposition des personnages du tableau Le Mariage mystique de Sainte Catherine qu'il a copié au Musée Fabre. En particulier dans la figure à gauche, agenouillée, vue par derrière et de profil, la forme verticale du personnage à droite et le format carré. Le tableau est transformé en scène de femmes. Son intérêt pour ce mariage mystique symbolise-t-il son mariage avec la peinture ?
On peut y voir aussi l'influence de Delacroix — Bazille exprimant ici la forte émotion éprouvée devant Les Femmes d'Alger — la femme qui s'ennuie, la chair nue contre les fourrures, la servante, les arabesques, la babouche, autant de détails qui suggèrent l'exotisme et qui placent l'oeuvre hors du temps et de l'espace. Ou encore, en filigrane, l'influence d'Olympia de Manet. Avec des différences sensibles, cependant. Un regard vide, mélancolique, des regards mutuels perdus entre la jeune femme et ses servantes, contrairement au regard effronté d'Olympia. Pudique, elle se voile de sa chevelure étalée, ni aguichante, ni sensuelle. Seule, la main blanche posée sur l'épaule noire et nue de la servante, pleine de sensualité, suscite une émotion.
Oeuvre inclassable et complexe en ce sens que tout au long de sa courte activité, il a su affirmer une sorte de compromis entre ses instincts et son admiration pour ses précurseurs et maîtres, Delacroix, Courbet, Manet, les paysagistes de Barbizon et de Honfleur...
Par son refus des règles d'un académisme imposé, par son choix de peindre la vie moderne, par le rôle original donné à la lumière, par la sélection de ses sujets — les intérieurs d'ateliers austères, les vues familières de la campagne montpelliéraine, sa famille — par la vie suggérée dans l'immobilité, l'harmonie et le silence, gageons que nous avions affaire à un préimpressionniste, disparu dans les balbutiements de l'impressionnisme.

BETTY GAVAZZY ( in La Rencontre- Revue des Amis du Musée Fabre N°113 3è Trimestre 2015 p.26-29

Frédéric Bazille : Pierre-Auguste Renoir, 1867, h/t, 61,5 x 50 cm musée Fabre, Montpellier Métropole Frédéric Bazille : La Toilette, 1870, huile sur toile, 130 x 128 cm musée Fabre, Montpellier Métropole
Frédéric Bazille : Pierre-Auguste Renoir, 1867, h/t, 61,5 x 50 cm musée Fabre, Montpellier Métropole Frédéric Bazille : La Toilette, 1870, huile sur toile, 130 x 128 cm musée Fabre, Montpellier Métropole
Frédéric Bazille : Pierre-Auguste Renoir, 1867, h/t, 61,5 x 50 cm musée Fabre, Montpellier Métropole Frédéric Bazille : La Toilette, 1870, huile sur toile, 130 x 128 cm musée Fabre, Montpellier Métropole
Frédéric Bazille : Pierre-Auguste Renoir, 1867, h/t, 61,5 x 50 cm musée Fabre, Montpellier Métropole Frédéric Bazille : La Toilette, 1870, huile sur toile, 130 x 128 cm musée Fabre, Montpellier Métropole

Frédéric Bazille : Pierre-Auguste Renoir, 1867, h/t, 61,5 x 50 cm musée Fabre, Montpellier Métropole Frédéric Bazille : La Toilette, 1870, huile sur toile, 130 x 128 cm musée Fabre, Montpellier Métropole

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