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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 17:05

On le croyait fini, grotesque, carltonisé, balancé au musée des préjugés genrés et autres vieilleries du XXe siècle. Et voilà que le vieux mâle à poitrail poivre et sel reprend de la vigueur ! Gonflé à bloc, éternellement bronzé, grivois et prodigue, il est prêt à satisfaire toutes les exigences de ces demoiselles, moyennant quelques gris-gris et menues customisations.

Selon l’Institut national des études démographiques, le taux de divorce après un mariage de plus de trente-cinq ans a été multiplié par deux en dix ans et par neuf en quarante. En 2014, 13 947 hommes âgés de 60 ans et plus ont divorcé en France. En 2004, ils n’étaient « que » 8 203. Quoi de plus désolant que la séparation d’un couple grisonnant ayant traversé, main dans la main, les joies et les galères de l’existence ? Quel triste exemple pour la jeunesse amoureuse ! A quoi bon commencer à s’aimer si tout doit tourner en eau de boudin peu avant la ligne d’arrivée? D’autant que la propagande ambiante est clairement en défaveur de la monogamie.
Sociologues, neurobiologistes, publicitaires à barbiche, nous martèlent que l’amour dure trois
ans. Ils nous préparent ainsi au juteux marché de la séduction old style. D’autres évoquent le
« syndrome du conjoint retraité », pour expliquer une soudaine intolérance. Comme si des époux ayant survécu à la poisse, à l’adultère et aux pénalités bancaires devenaient soudain
deux fauves se disputant la barbaque sur le même territoire. On peine à le croire, d’autant que l’arrivée de petites bedaines (ménopause et andropause) devrait contribuer à ralentir la libido des amants. En réalité, la seule explication plausible à l’explosion des divorces chez les seniors est, selon nous, l’autorisation de la mise sur le marché du funeste Viagra, premier médicament du traitement de l’impuissance, en 1998 aux Etats-Unis et 1999 en Europe. Dix ans plus tard, les petites pilules bleues rapportaient 1,92 milliard de dollars à leurs promoteurs. Tandis que la vigueur sexuelle artifciellement rendue aux vieux mâles déployait ses funestes effets pervers sur la paix des ménages…

Julie de los RIOS ( in Marianne 23-29 Juin 2017)
 

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16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 11:51

Lettre d'un jeune acteur qui ne supporte plus les metteurs en scène en guerre contre les œuvres, la beauté et le goût du public.
Où aller pour rêver  ? Pour voir l’impossible  ?

Dans quel théâtre se rendre pour échapper à notre platitude quotidienne ?

Sur les scènes des théâtres publics ou à l’opéra, de folles et grandes œuvres sont pourtant montées comme  Phèdre, Roméo et Juliette, Le Misanthrope, Lohengrin, Iphigénie en Tauride et Samson et Dalila ! Montées ?... ou plutôt démontées. En effet, une majorité de metteurs en scène s’attache à anéantir, à piétiner la dimension onirique et poétique de ces chefs-d’œuvre.
Au théâtre et à l’opéra, lieux à part et hors du temps, lieux de tous les possibles, lieux des rêves les plus fous, de la possible démesure, le rideau s’ouvre trop souvent sur la tristesse d’un décor sage, réaliste et dépouillé (lorsque décor il y a), et sur des acteurs en costume/cravate ou jean/baskets. Le rideau de velours rouge s’ouvre (si le théâtre en dispose encore) pour n’offrir à nos yeux que notre quotidien le plus banal sur la scène de ces temples sacrés, pour les plus anciens, faits de rouge et d’or.
La mode est malheureusement au réalisme bas de gamme, au refus de la beauté, de la sophistication et de l’artifice. L’acteur aussi, contraint par le metteur en scène, joue de manière sobre et raisonnable. Ce n’est même plus la vie quotidienne que l’on voit sur la scène, mais encore moins que cela. Ce n’est même pas du réalisme, mais du sous-réalisme. Et le théâtre subventionné n’a plus le monopole de cette grisaille, qui contamine malheureusement de plus en plus de théâtres privés programmant, comme honteux de présenter des divertissements populaires, des spectacles « sérieux » en espérant ainsi redorer leur image. Voilà la mort du spectacle ! Le théâtre sérieux, le théâtre raisonnable. C’est ainsi que, gouverné par la dictature du bon goût, notre monde passe à côté de ses artistes les plus immenses. Je pense notamment à Michel Galabru, cet acteur de génie qui, malgré l’amour des Français pour lui, aura toute sa carrière durant été méprisé et rangé dans la case des «  ringards  » par le microcosme des «  gens de théâtre et de cinéma  » branchés, faiseurs, fins politiques. Quand il jouait, tout était profondément tragique, voilà pourquoi il était un grand acteur comique, peut-être le plus grand. Dans un siècle, les grands acteurs comiques et populaires sont rares. En ignorer et en mépriser ouvertement un tel que lui est un crime contre l’art. Quel théâtre national, quel metteur en scène vedette du subventionné lui aura donné de grands rôles après sa sortie de la Comédie-Française à l’âge de 35 ans ? Depuis Jean Vilar au festival d’Avignon en 1961 avec Les Rustres de Goldoni, il n’y aura eu que Jérôme Savary. Et voilà de quelle manière le public se retrouve privé de ses acteurs les plus magnifiques dans de grands rôles à leur mesure.
Sully, sur la scène de la Comédie-Française, rugissait, bondissait, se ramassait, miaulait, grondait, s’étirait, giflait le vide, le broyait et qu’il « offrait ensemble le spectacle d’un dompteur qui cravache un lion, et du lion forcé d’obéir ». Les acteurs ont été, ne l’oublions pas, des personnages hors du commun, des personnages qui fascinaient les foules. Pouvons-nous en dire autant aujourd’hui ? À quelques exceptions près… Il y a Gérard Depardieu. Ce monstre sacré bouleverse et fascine le peuple. Cet ogre sublime, libre, nous donne l’impression d’appartenir à la race des dieux. Tout ce que les petits artistes jaloux et lyncheurs lui reprochent, le peuple le lui pardonne, car il remplit sa mission d’artiste auprès d’eux : il les fait rêver !
Par Yannis Ezziadi in Causeur  Juin 2017 p.78

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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 13:38

Universalité de la pensée africaine

Le fait dominant de ce dernier quart du XXè siècle aura été l’irruption du Continent africain sur la scène internationale avec ses ressources et ses valeurs séculaires. La civilisation de demain devra s’enrichir des vertus complémentaires de toutes les communautés humaines sans ségrégation. Lors de trois séjours « africains » au Sénégal, au Niger et en Tunisie ,dans le cadre de la Coopération Culturelle Scientifique et technique (DGRCST)  il m’a semblé que cette assimilation des connaissances et des techniques nouvellement acquises était la préoccupation majeure des institutions d’enseignement  avec lesquelles j’ai pu travailler et par là même de l’ensemble des éducateurs de ce continent lancés dans la recherche d’un homme nouveau, à la fois héritier de sa civilisation mais aussi ouvert aux techniques les plus modernes.

Je garde encore en mémoire les souvenirs de ces multiples rencontres où par le rapprochement des hommes dans un effort solidaire, se construit lentement cet « Humanisme » de demain pour lequel tout éducateur doit œuvrer.

Qu’il me soit permis ici, au sein de l’AMIFRAM,(Association des professeurs de français du Mexique et par son « Bulletin spécial Afrique francophone» N°21 1982 de renouveler à mes amis de ce continent lointain (attachement aux idéaux énoncés lors de ce  Congrès international de l’Education de Dakar (1970), et de rappeler  quelques conclusions de celui-ci sur un projet de « Civilisation de l’Universel », toujours actuel.

Doit-on en changer une ligne ?

Une civilisation de l’Universel

Par civilisation nous entendons nous Français, l’acquis matériel, moral et spirituel d’un milieu historique ou géographique déterminé. Par culture , la prise de conscience de cet acquis et, plus particulièrement, l’attitude collective et critique de l’intelligence  et de la sensibilité tant individuelle que collective ; toute culture implique ainsi un humanisme.

Toute civilisation est formée d’un ensemble de faits, de réalités, de notions, de croyances, de techniques, d’actions et de pensées, de conceptions considérées comme les « instruments » nécessaires à la vie même de la société en cause.

Alors que la « civilisation » relève  du collectif et du général , de l’anonyme pourrait-on dire, la « culture »  c’est la pensée qui s’élevant jusqu’à la prise de conscience des faits de civilisation, soumet ceux-ci à son travail d’analyse objective  de critique, de mise en question et par là même donne naissance au mouvement permettant les bonds en avant et les dépassements du donné objectif de la civilisation.

Même si l’effort d’adaptation amène toute civilisation à se transformer, le statisme prédomine dans les sociétés traditionnelles. Au contraire, le dynamisme s’affirme et s’accélère dans les sociétés modernes. Elles sont animées d’un mouvement qui fait prédominer entre elles les transformations au détriment  des aspects d’héritage et transmission. Dans le même mouvement certaines structures collectives contraignantes se défont et se manifestent des tendances et des mouvements anticonformistes, anti-dogmatiques, au profit de l’individualisation et de l’affirmation de la personne humaine.

Ce qui trouve une vérification expérimentale dans le fait que notre époque est caractérisée par un esprit critique vif et très généralisé, plus particulièrement aigu chez les jeunes, plus sensibles au présent et à l’avenir plutôt qu’au passé.

Les sciences et les techniques se sont imposées dans un nombre de plus en plus grand de sociétés, ébauchant ainsi une sorte de civilisation « planétaire », c'est-à-dire civilisation à dimension de la planète et marquée par des uniformités et de fortes interdépendances.

De cette civilisation planétaire pouvons nous atteindre les bases, les fondements d’une civilisation universelle, c'est-à-dire d’un ensemble de sciences, de techniques, d’institutions, de valeurs reconnues, voulues, assumées par tous les hommes de notre temps parce que moyen de justice et de paix.

Dans l’état actuel des choses, bien des obstacles se dressent ; les structures d’oppression ancienne se sont renforcées et de nouvelles se sont formées, aboutissant à des aliénations multiples et profondes ; les techniques et même les sciences mettent en question sur de nombreux plans, les conditions de liberté ; au nom d’un intellectualisme trop exclusivement tourné vers des méthodes scientifiques, d’autres voies de recherches et de communication risquent d’être sacrifiées.

De nombreux conflits de divers ordres menacent aujourd’hui notre monde : conflits de classes, de groupes de pression, de races, de générations et de sexes.

Plus généralement la civilisation technologique menace l’habitat humain et les conditions essentielles à la vie.

Cependant, des réalités positives incontestables selon certains, une hypothèse de travail pour d’autres, un acte d’espérance pour un laïc , nous engagent à rechercher les moyens permettant d’instituer une civilisation universelle, si du moins elle peut apporter le bonheur aux hommes.

Pour y arriver, faut-il sans doute d’abord maintenir le patrimoine culturel de chaque civilisation. L’universalisation ne devra pas se faire par une uniformisation, une homogénéisation des concepts et des comportements, mais dans le respect des spécificités et des originalités fondées.

Mais par delà ce pluralisme légitime, des valeurs et des attitudes fondamentales doivent être reconnues, répandues et appliquées dans toutes nos sociétés. Quelles sont-elles ?

  • Au niveau du groupe :
  • A) le respect de la personne dans tout individu, ce qui suppose que soient garantis son développement matériel et son autonomie. Le « leadership » social, actuellement aux mains des « producteurs », doit être restitué à la société civile, c'est-à-dire à l’ensemble des citoyens, en fonction de leurs besoins réels ;
  • B) par l’éducation, l’éveil du sens politique, c'est-à-dire une sensibilisation à la chose publique. Dans notre temps, un aspect primordial de l’éducation nationale et laïque est d’aménager les conditions d’une confrontation dialectique entre les jeunes générations et les anciennes ;
  • C) le développement de la raison et la sauvegarde de l’intelligence et du cœur.
  •  Au niveau de l’individu
  • A) l’esprit de compréhension et de tolérance ;
  • B) le sens de la responsabilité et de la solidarité agissante à l’égard du groupe.
  • Pour oeuvrer dans cette perspective, il faut engager ou soutenir des actions et notamment :
  • A) le renforcement des institutions internationales sur le plan mondial et le progrès de leur contrôle démocratique ;
  • B) la diffusion et la vulgarisation intelligente des informations d’ordre scientifique, politique, économique, culturel ;
  • C) le développement des sciences de l’homme et de la nature au service de la sauvegarde de l’environnement ;
  • D) l’étude approfondie, comportant notamment confrontations et colloques, des attitudes, des institutions, des situations diversement conçues ou vécues dans les différentes sociétés, par exemple : le statut de la femme dans le groupe familial ou dans la société politique.
  • La tâche est immense et la réalisation dépend de l’apport de chacun d’entre nous.
  •  
  • Patrick CHEVREL
  • Conseiller pédagogique et Radio Scolaire au NIGER (1971-1972)
  • Responsable d’une Caravane Chantier au SENEGAL ( 1970) dans le cadre des actions de coopération de la Ligue Internationale de l’enseignement. (OFFICO -Albert JENGER)
  • Animateur du GAM au sein de l’AMIFRAM (MEXICO ) (1979-1985 )(Olga Dremay de CARDENAS et Huri SAAVEDRA)
  • Rapport de la Commission « Civilisation » au Congrès International de l’Education. Université de DAKAR 1970 (Sénégal)
  • « la cabal manifestacion de la personalidad cultural de cada pueblo es parte insustituible e inalienable, del patrimonio comùn de la humanidad ». Declaración de BOGOTA
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4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 22:13


Le patronyme CASBAS se trouve déjà dans les archives du Real Monasterio des soeurs cisterciennes de CASBAS -Province de HUESCA dans le Royaume d'ARAGON en 974.
Déjà le 24 Aout 1628 meurt un "Licenciado Miguel de Casbas", grand passionné de la Révérente Soeur Martina d'Aragon.
Miguel CASBAS né vers 1830 quitte la province d'ARAGON ( Huesca - Alcubierre- Lanaja ) et se retrouve en Argentine sans doute vers 1850.
Un autre espagnol originaire des Asturies, Alejandro CARIDE  né en 1836 débarque en Argentine en 1853 il a alors 17 ans et deviendra "hacendado" et fondateur du village de CASBAS dans le partido de Guayimi (Province de Buenos Aires) Les deux familles sont liées par mariage.
Le destin des deux espagnols va basculer quand ils obtiennent des terres sous la Presidence de Avellaneda (1874-1880) Miguel devient Intendant de la Maison du Gouvernement où il se lie avec le Ministre des Finances  Victorino de la Plaza, qui deviendra Presidente de la Nación.
Les deux acquièrent des terres dans le District grâce à des prêts qui permettent à un nombre restreint de personnes de devenir propriétaires de l'effort de toute la Nation
Miguel Casbas serait venu personnellement visiter ses futures terres presque  40.000 hectares, revenant une autre fois en 1882.Il baptisa son premier village -composé d'un ranch et de terres pour le bétail,bâtiments ayant disparu à ce jour- “La Atrevida”, nom encore connu par les habitants du lieu, est aujourd'hui passé entre d'autres mains.
Miguel Casbas s'est marié en 1856 avec  María Osué (ou Azua), avec laquelle il a eu 11 enfants: Agustina (1856),mariée ensuite à  Achúa; Teresa (1857), mariée ensuite à Somoza; José (1859); Miguel (1861); Flora (1866),mariée avec Alejandro CARIDE; Rosa (1871); Exequiel (1877); María Antonia (1888), mariée avec Arini; Manuela (1889) y Petrona et María del Pilar mortes en bas âge.
Le 12 avril 1858 Miguel Casbas dépose un  brevet de machine hydraulique pour élever le niveau d'eau appelée "Torno Argentino".
En 1885, la Cour suprême argentine  Suprema Corte de Justicia de la Nación mentionne que Don Miguel CASBAS,accuse el Banco de la Provincia de Buenos Aires pour non respect de ses engagements d'un contrat.

Miguel CASBAS meurt le 28 juillet de 1891

( Jorge Elorza -  Eduardo Hiriart  )

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Parallèlement, la branche CASBAS d'ARAGON se compose d'Enrique CASBAS CAPISTROS (Lanaja ) marié à Agustina LAFUENTE LINAS (Alcubierre) lesquels émigrent d'Aragon pour venir en Haute Garonne où ils donnent naissance à GABO CASBAZ CAPISTROS à Sta Juliana (Vizcaya) puis à Mathilde CASBAZ à Boulogne sur Gesse le 25 Octobre 1896 qui épousera Jean Cécilien LARRIEU à .Billères (64) et se trouve être ma grand mère maternelle ! (Pour lanecdote, c'est elle qui posera pour le sculpteur Ernest GABARD pour la statue de la Jeune fille à la fontaine à l'entrée de PAU récemment restaurée).
On trouve ensuite un CASBAS (Ramon) né Ie 17 décembre 1886 à Alcubierre (Espagne) qui lui aussi a émigré pour s'installer ,comme entrepreneur des transports demeurant à Aignan (Gers)1
La branche restée en Aragon se retrouve dans le village de Senegüé (Huesca) dans un Hôtel Restaurant sur la route de Biescas. Maria del Carmen CASBAS née en 1942 en est la propriétaire actuelle depuis 2000, mais sa mère Emilia CASBAZ de Gabin se souvient que son père lui parlait d'une tante  à Oloron Ste Marie (64) et d'une autre à Pau (Mathilde)  hotel-restaurante@casbas.com   www.casbas.com
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SOURCES:

Centenaire de la ville de CASBAS (Argentine)
http://centenariodelospueblos.blogspot.fr/p/casbas-historia-biografias-entrevistas.html 

Blog argentin : Casbas mi pueblo

http://www.taringa.net/posts/info/1233321/Casbas-mi-pueblo.html


Genealogías argentinas, Volume 2 page 70
Lucio Ricardo Pérez Calvo
L.R. Pérez Calvo, 2002 - 367 pages
VIIIa. don ALEJANDRO CARIDE MASSINI, n. Bs.As.11.12.1863, hacendado, fundador del pueblo de CASBAS en el partido de Guaymini, provincia de Buenos Aires
3- doña Maria Mercedes Caride CASBAS, n Bs.As.14.2.1896, religiosa, profesa con el nombre de sor Maria Angela, fall. Bs.As.7.10.1971
4- don Abel Caride CASBAS, sigue en IXb.
5- doña Rosa Amalia Caride CASBAS, n.Bs.As.1.3.1901, fall.solt.
6- doña Sara Caride CASBAS, solt.
IX - don PAUL CARIDE CASBAS - 28.1.1904 hacendado fall.
IXb. don ABEL CARIDE CASBAS, n.Bs.As.4.2.1898, hacendado, empresario, fall. Bas As 17.1.1978
SOURCES GENEALOGIQUES MORMONNES :
Miguel CASBAS épouse Maria Azua PADRES en 1868. Il est âgé de 38 ans  et Maria de 32 ans quand nait leur fille Maria AZUA le 9 juin 1868, laquelle est baptisée le 18 septembre 1868 en l'Eglise de Montserrat Bs.As.
Six ans plus tard nait leur 2ème fille Maria del Pilar JASBAZ le 15 avril 1874. (noter l'erreur de transcription à l'état civil argentin CASBAS est devenu :Jasbaz)
Maria Flora CASBAS AZUA se marie le 19 aout 1892 avec Alejandro CARIDE (fils d'Alejandro CARIDE des Asturies et de Mercedes MASSINI -Argentine)) âgé de 30 ans en 1891 à Montserrat.
Nom barré: Flora âgée de 27 ans née en 1867 figure au recensement de 1895 comme fille CASBAS.

 

La statue d'Ernest GABARD à l'entrée de PAU enfin restaurée !

La statue d'Ernest GABARD à l'entrée de PAU enfin restaurée !

La singulière épopée des CASBAS en ARGENTINE (1850-2017 )
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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 14:33

Un ministère à la dérive

Avant-propos

Ce livre ne doit rien à la direction du Quai d'Orsay. Au contraire.

Au début, la réaction du ministère a été des plus courtoises : « Une enquête sur notre maison ? Quelle bonne idée ! Nos portes vous sont grandes ouvertes. » Pourtant, dès que le cabinet de Laurent Fabius a compris qu'il ne s'agissait pas de brosser un panégyrique de cette prestigieuse institution mais d'en comprendre les rouages secrets, ni d'en admirer les lambris dorés mais de regarder sous le tapis, il a pris peur. Peur de ce que je pouvais découvrir derrière les apparences si bien entretenues : cette face cachée du Quai que la haute hiérarchie de la maison dissimule avec tant de soin, depuis si longtemps. Alors les portes officielles se sont brutalement refermées.

Mais voilà : au ministère des Affaires étrangères, l'insatisfaction et la colère sont si grandes que près d'une centaine de diplomates en activité ou à la retraite – une tribu que je côtoie depuis quinze ans comme grand reporter au Nouvel Observateur, devenu L'Obs – ont accepté de briser l'omerta. De me parler on et off. De me confier des documents confidentiels. De raconter les coulisses de ce haut lieu de pouvoir, gardien de la grandeur de la France, du moins en théorie. Bref, de sortir les « cadavres » des placards.

Après deux ans d'enquête, le constat est sévère, bien plus que je ne l'imaginais en commençant. Le succès des négociations sur le climat en décembre 2015, cette COP21 dont Laurent Fabius ne voulait pas, est l'arbre qui cache la forêt. L'organisation réussie de cet événement mondial pourrait bien être le chant du cygne d'un Quai d'Orsay quatre fois centenaire et aujourd'hui en plein déclin.

Minée par le copinage, paralysée par le conservatisme, cette institution majeure de la République initiée en 1547, puis refondée en 1789, traverse la plus grave crise de son histoire. Servie par des fonctionnaires souvent compétents, c'est une administration opaque, davantage obnubilée par son budget que par les intérêts de la France. Un ministère dirigé au doigt mouillé, maltraité par le pouvoir politique sous Sarkozy comme sous Hollande, qui, depuis dix ans, ne sait plus où il va, ni à quoi il sert, si ce n'est à maintenir son pré carré au cœur de l'État.

 Certaines découvertes m'ont sidéré : l'impunité quasi totale dont jouissent encore les ambassadeurs malgré les scandales qui s'accumulent ; le montant de leurs revenus réels, que l'administration s'emploie toujours à cacher avec énergie ; les privilèges de la nomenklatura diplomatique qui, jusqu'à l'année dernière, logeait pour presque rien dans un immeuble ultrachic, propriété du ministère ; le pantouflage croissant dans le privé des plus importants diplomates au mépris des règles de déontologie ; ou encore l'étendue des malversations et du laisser-aller qui règnent dans certains consulats.

J'ai eu d'autres surprises : le poids de plusieurs multinationales dans le Quai d'Orsay, qui vit désormais à leurs crochets ; la vente à la va-vite d'ambassades, de résidences ou d'instituts culturels, joyaux du patrimoine national à l'étranger, pour boucler les fins de mois du ministère ; le coût réel de notre siège de membre permanent au Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations unies (ONU) ; la puissance d'un réseau de hauts diplomates, surnommé « la secte », qui dans l'ombre influence les choix diplomatiques de la France ; la quantité de matériels d'écoutes installés par la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), sur le toit de nos ambassades et le nombre d'espions sous couverture diplomatique...

Puisse ce tableau, dressé sans concession mais sans acrimonie, encourager nos gouvernants, d'aujourd'hui et de demain, à réformer en profondeur ce ministère régalien, dont le rôle, à l'heure de la mondialisation, n'a jamais été aussi précieux.

Quelques extraits suivront :

- le Golden Boy de Madrid 1 & 2

- linge sale des Ambassades 1 & 2

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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 14:24

Allusions « malsaines »

En matière de sanctions, l'histoire récente du Quai est également marquée par l'affaire Dahan. Pour comprendre son importance, il faut rappeler qu'au ministère des Affaires étrangères les commissions de discipline se réunissent par grades : secrétaires, conseillers, etc. Et aussi incroyable que cela paraisse, la commission de discipline des ministres plénipotentiaires – niveau le plus élevé dans la hiérarchie des diplomates – ne s'est réunie qu'une seule fois : le 7 décembre 2010, et justement au sujet de l'ambassadeur Paul Dahan, représentant de la France auprès du Conseil de l'Europe, à Strasbourg. Celui-ci est ministre plénipotentiaire de deuxième classe mais – est-ce un hasard ? – pas énarque. Quand l'affaire débute, il est en poste depuis un an.

Jusque-là, il a fait une carrière plus qu'honorable, puisqu'il a été conseiller diplomatique du premier patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI13), Bernard Squarcini. Mais son passé dans la police ne le protège pas. À l'évidence, il est allé trop loin. Une élève de l'ENA, qui faisait son stage à la représentation à Strasbourg, l'accuse par écrit de harcèlement moral. Alertés par la missive, les inspecteurs collectent sur place plusieurs témoignages accablants.

Dans leur rapport du 20 septembre 201014, ils affirment que l'ambassadeur Dahan aurait multiplié, et depuis longtemps, les blagues et les allusions « malsaines ». « Le face-à-face entre le diplomate et la stagiaire de l'ENA durant la commission de discipline était particulièrement pénible15 », témoigne l'un des participants. « Je ne comprends pas pourquoi elle ment16 », assure Paul Dahan, qui reconnaît l'avoir « engueulée pendant une demi-heure pour avoir mal rédigé un télégramme, mais rien de plus ».

À l'unanimité, la commission de discipline, présidée par le directeur général de l'administration, Stéphane Romatet – futur conseiller diplomatique de Manuel Valls à Matignon –, décide que ce comportement, « gravement fautif, altère sérieusement la réputation du corps des hauts fonctionnaires auquel [Paul Dahan] appartient ». Elle estime qu'« une sanction exceptionnelle doit être prononcée ». Comme l'ambassadeur a soixante-deux ans, elle propose sa mise à la retraite d'office, condamnation la plus grave après la révocation. C'est chose faite par décision du Conseil des ministres, le 10 septembre 2010.

Dans la foulée, Paul Dahan est remplacé par un ancien conseiller de Paris un temps impliqué dans l'affaire des faux électeurs du IIIe arrondissement17, Laurent Dominati, que Nicolas Sarkozy avait exfiltré comme ambassadeur au Honduras et qui, après trois ans d'exil, était impatient de retrouver la France. Après

Allusions « malsaines »

En matière de sanctions, l'histoire récente du Quai est également marquée par l'affaire Dahan. Pour comprendre son importance, il faut rappeler qu'au ministère des Affaires étrangères les commissions de discipline se réunissent par grades : secrétaires, conseillers, etc. Et aussi incroyable que cela paraisse, la commission de discipline des ministres plénipotentiaires – niveau le plus élevé dans la hiérarchie des diplomates – ne s'est réunie qu'une seule fois : le 7 décembre 2010, et justement au sujet de l'ambassadeur Paul Dahan, représentant de la France auprès du Conseil de l'Europe, à Strasbourg. Celui-ci est ministre plénipotentiaire de deuxième classe mais – est-ce un hasard ? – pas énarque. Quand l'affaire débute, il est en poste depuis un an.

Jusque-là, il a fait une carrière plus qu'honorable, puisqu'il a été conseiller diplomatique du premier patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI13), Bernard Squarcini. Mais son passé dans la police ne le protège pas. À l'évidence, il est allé trop loin. Une élève de l'ENA, qui faisait son stage à la représentation à Strasbourg, l'accuse par écrit de harcèlement moral. Alertés par la missive, les inspecteurs collectent sur place plusieurs témoignages accablants.

Dans leur rapport du 20 septembre 201014, ils affirment que l'ambassadeur Dahan aurait multiplié, et depuis longtemps, les blagues et les allusions « malsaines ». « Le face-à-face entre le diplomate et la stagiaire de l'ENA durant la commission de discipline était particulièrement pénible15 », témoigne l'un des participants. « Je ne comprends pas pourquoi elle ment16 », assure Paul Dahan, qui reconnaît l'avoir « engueulée pendant une demi-heure pour avoir mal rédigé un télégramme, mais rien de plus ».

À l'unanimité, la commission de discipline, présidée par le directeur général de l'administration, Stéphane Romatet – futur conseiller diplomatique de Manuel Valls à Matignon –, décide que ce comportement, « gravement fautif, altère sérieusement la réputation du corps des hauts fonctionnaires auquel [Paul Dahan] appartient ». Elle estime qu'« une sanction exceptionnelle doit être prononcée ». Comme l'ambassadeur a soixante-deux ans, elle propose sa mise à la retraite d'office, condamnation la plus grave après la révocation. C'est chose faite par décision du Conseil des ministres, le 10 septembre 2010.

Dans la foulée, Paul Dahan est remplacé par un ancien conseiller de Paris un temps impliqué dans l'affaire des faux électeurs du IIIe arrondissement17, Laurent Dominati, que Nicolas Sarkozy avait exfiltré comme ambassadeur au Honduras et qui, après trois ans d'exil, était impatient de retrouver la France. Après

quoi, en vertu de l'article 40 du Code de procédure pénale, le Quai d'Orsay dénonce Paul Dahan au procureur de la République, le 20 octobre 2010. En octobre 2012, l'ex-ambassadeur est mis en examen pour « harcèlement moral ». Il attend son jugement.

 Épouses tyranniques

Cette affaire a marqué le début d'un changement d'attitude du ministère à l'égard du harcèlement. « Parfois on découvre des chefs de poste complètement dingues, qui traitent leurs collaborateurs n'importe comment, raconte un ancien inspecteur. Souvent ils ne font que reproduire ce qu'ils ont subi d'un patron tyrannique18. » Là encore l'administration a longtemps fermé les yeux. Et puis la loi sur le harcèlement a changé et a durci les peines, en France comme dans beaucoup de pays. Si bien que ce type de déviance peut désormais coûter très cher au harceleur et à son employeur, le ministère des Affaires étrangères. C'est pourquoi le Quai scrute désormais avec attention le comportement des ambassadeurs mais aussi celui de leur... conjoint.

Ces dernières années, plusieurs ont été rappelés à Paris et mis au placard – au moins pour un temps – à cause du style tyrannique ou déplacé de leurs femmes. Dans un pays d'Europe, l'épouse d'un chef de poste jetait régulièrement de la vaisselle à la tête du cuisinier et de l'intendant. Le couple a été rapatrié. Autre cas, qui concerne un diplomate de droite, énarque et toujours très en vue : à peine arrivée dans une nouvelle résidence, son épouse a pris l'habitude de faire licencier la moitié du personnel de maison, recruté localement, même ceux qui sont là depuis des décennies. À la troisième incartade, en 2014, l'ambassadeur en question a été discrètement alerté par l'un de ses collègues : sa carrière risquait de souffrir du comportement tyrannique de sa chère et tendre. À ce jour, la dame n'a pas changé ses manières.

Ces affaires de harcèlement sont si menaçantes pour la réputation et les finances du Quai d'Orsay que Laurent Fabius a décidé de nommer un médiateur, chargé de recueillir les plaintes et de déminer les dossiers le plus tôt possible. ...

La face cachée du Quai d'Orsay de Vincent Jauvert ( Robert Laffont 2016)

 

 

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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 14:21

La tricherie continue

En 1999, le ministre Hubert Védrine entreprend d'assainir le système. Il s'occupe d'abord des alcools, source première de fraude. Les ambassadeurs sont désormais priés d'acheter sur leurs propres deniers leur vin et leur champagne, qui leur sont remboursés sur facture. Pour le reste, la nourriture, les extras, les fleurs, le remboursement se fera au forfait. Mais ce contrôle n'est pas suffisant, la tricherie continue. Alors, en 2012, le Quai décide,

afin d'éviter toute tentation, que les alcools seront achetés et payés directement par le service comptable de l'ambassade, et non plus par le chef de poste. Enfin, à la suite de l'affaire Terral, les ambassadeurs sont tenus d'ouvrir un compte en banque dédié aux seuls frais de représentation, afin que ceux-ci ne soient pas noyés dans la comptabilité générale. « Il est toujours possible de frauder, mais c'est plus visible8 », confesse un inspecteur. La confiance règne...

Aucun ambassadeur, à notre connaissance, n'a été poursuivi pour ce type de pratiques. Même impunité pour les « disparitions » d'objets de valeur dans les représentations diplomatiques. Là encore, des diplomates de haut rang sont régulièrement accusés par la rumeur publique de quitter leur poste en emportant quelques « souvenirs » – sans qu'aucun, selon nos informations, ait été puni par l'administration, et encore moins amené devant les tribunaux pour ces faits. Pourtant, c'est parfois plus qu'une simple rumeur.

 

En juin 2014, le sénateur Roland Du Luart remet un rapport9 accablant sur la gestion des œuvres d'art en dépôt dans les représentations diplomatiques françaises. Il s'agit là d'un patrimoine considérable : 18 000 objets – tableaux, tapisseries, vases... –, parfois de grande valeur. Or, selon les derniers relevés, 1 011 sont considérés comme « non vus », un euphémisme pour dire « présumés détruits ou volés ». 1 011 ! Et encore ce chiffre n'intègre pas « les céramiques de Sèvres, ce qui l'aurait rendu beaucoup plus élevé », dénonce le sénateur, sidéré par un tel laxisme.

Même quand ils sont pris sur le fait, les diplomates énarques risquent moins qu'un citoyen lambda. Marc Fonbaustier est nommé consul général à Hongkong en 2009. Un an plus tard, en novembre 2010, il est rappelé à Paris. Les autorités chinoises l'accusent d'avoir dérobé plusieurs bouteilles de vin extrêmement chères dans plusieurs clubs et restaurants huppés de la ville. Des vidéos de surveillance ont enregistré ses agissements. Les consuls ne bénéficiant pas des mêmes immunités que les ambassadeurs, ils peuvent être arrêtés et emprisonnés par les autorités du pays d'accueil. Ne voulant pas créer d'incident diplomatique avec Paris, les Chinois ont donné quarante-huit heures au consul pour quitter la ville. Il ne s'est pas fait prier.

 

Le Quai décide de ne pas déposer plainte contre lui. Mais, l'affaire ayant fait la une des journaux10, en Chine, le ministère n'a pas d'autre choix que de punir Marc Fonbaustier, qui, ironie de l'histoire, a été décoré de l'ordre du Mérite quelques semaines auparavant. Il est suspendu pendant six mois, sans salaire. Mais à son retour, il est étonnamment bien traité. En 2010, il intègre le centre de crise du Quai d'Orsay comme sous-directeur. Et, en

2014, Laurent Fabius le nomme ambassadeur au Togo, au grand dam des médias locaux11 informés de l'affaire de Hongkong. Pourquoi une telle mansuétude, alors qu'un grand nombre de diplomates irréprochables attendent une affectation depuis des mois, parfois des années ? Est-il protégé par ses nombreux amis bien placés, notamment ses anciens camarades de promotion à l'ENA, en poste à l'Élysée ou à la direction du Quai ? Beaucoup en sont convaincus.

Un pédophile impuni

Depuis quelques années, les affaires de pédophilie sont, elles, traitées avec moins de légèreté. « Longtemps, la maison ne disait rien, voire laissait partir des diplomates suspects de pédophilie dans des pays où les enfants étaient des proies faciles, révèle une ancienne cadre du service du personnel. C'est beaucoup moins le cas aujourd'hui12. » Plusieurs diplomates importants, mais jamais des ambassadeurs, ont été radiés puis traînés devant les tribunaux pour de tels actes. À l'image d'un consul général à Tamatave (Madagascar), condamné en 1997 ; ou d'un consul d'Alexandrie (Égypte), condamné en 2008 à six mois de prison ferme pour avoir agressé sexuellement un garçon de treize ans.

Il reste encore des cas d'impunité. Ainsi ce jeune diplomate détaché récemment du Quai d'Orsay au siège des Nations unies à New York. Comme il n'a été ni condamné ni officiellement sanctionné, on ne peut pas citer son nom. M. X ne sort pas de l'ENA mais il est diplômé d'une prestigieuse école. Un jour de 2013, le FBI monte une opération anti-pédophilie. Parmi les numéros de téléphone des prédateurs, il déniche celui d'un officiel de l'ONU : M. X. L'homme est immédiatement démis de ses fonctions par Ban Ki-moon, le secrétaire général de l'organisation.

Le Quai pourrait remettre le jeune homme à la justice américaine. Mais il veut protéger l'image de la France, ternie après l'affaire DSK, autant que la réputation de la maison. M. X est simplement rappelé. Comme il n'est pas sûr que son immunité diplomatique couvre de tels faits et qu'il a encore en mémoire l'arrestation de l'ancien patron du FMI sur le tarmac de l'aéroport Kennedy, il se rend discrètement en voiture à Montréal, d'où il s'envole vers Paris.

Au Quai, on le prévient qu'il ne sera plus jamais affecté à l'étranger. Mais on ne le poursuit pas et on ne le renvoie pas. On lui confie même un drôle de placard pour un prédateur sexuel utilisant Internet pour assouvir ses pulsions : gérer les réseaux sociaux d'une direction de la maison ! Il y demeure quelques mois. Puis un ancien diplomate de haut rang reconverti dans une prestigieuse banque d'affaires le recrute. Mais il n'est pas rayé pour autant des cadres du ministère. La preuve : en septembre 2015, M. X a pris part à la conférence des ambassadeurs et, simple négligence ou volonté de passer l'éponge, son nom apparaît dans un jury de concours interne au Quai d'Orsay...

 

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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 14:19

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Linge sale

Le Quai rechigne – c'est le moins que l'on puisse dire – à sanctionner ses énarques. « On lave notre linge sale en famille1 », se gausse l'un d'entre eux. Et pour cause ! La haute hiérarchie est le plus souvent issue de la prestigieuse école, dont les diplômés disposent d'un puissant syndicat maison, l'ADIENA2. Si bien que les affaires impliquant ambassadeurs ou consuls se retrouvent rarement exposées sur la place publique et encore moins devant les tribunaux, à la grande déception des « bœuf-carottes » qui les ont mises au jour.

Prenez cette histoire3 qui a fait éclater de rire le Quai, maison d'ordinaire si difficile à dérider. Début 2013, une mission d'inspection du ministère des Affaires étrangères est dépêchée au Luxembourg. Les « bœuf-carottes » ont reçu plusieurs plaintes concernant l'ambassadeur sur place, Jean-François Terral, et son épouse. Certaines dénonciations n'étaient pas anonymes. Un dirigeant de la chambre de commerce du Grand-Duché a pris la plume pour s'étonner de l'extrême médiocrité des repas servis à la table de Son Excellence l'ambassadeur de France. En octobre 2011, la directrice locale d'une compagnie d'assurances française s'est dite, elle, furieuse d'une « indélicatesse » plus grave. Elle aurait confié 1 500 euros au couple Terral afin qu'ils les remettent aux agents de l'ambassade qui l'avaient aidée à résoudre une affaire difficile et qu'elle tenait à remercier. Or les enveloppes n'auraient jamais été données aux intéressés... Bref, la probité du couple serait sérieusement mise en doute.

Jean-François Terral n'est pas un diplomate de seconde zone. Ancien élève de l'ENA, promotion Léon Blum – celle de Bruno Delaye... –, il a dirigé l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA). Pourtant, en épluchant son compte personnel et en interrogeant les employés de l'ambassade, les inspecteurs découvrent des pratiques de grippe-sous. On raconte même que les fleurs déposées le matin sur le monument aux morts de la ville... se seraient retrouvées le soir même en petits bouquets sur les tables de réception de l'ambassadeur !

 

Gratter sur tout

Selon le rapport des inspecteurs, les Terral « grattaient » sur tout. Et particulièrement sur les frais de représentation. La règle veut que, lorsqu'il reçoit des hôtes dans sa résidence, un ambassadeur avance de sa poche les dépenses liées à la réception. Pour se faire rembourser, il doit indiquer à Paris le nombre de convives. À part le vin et le champagne, le remboursement est forfaitaire : 15 euros par personne pour un cocktail et 35 pour un déjeuner ou un dîner. Selon une note de l'inspection datée du 19 mars 2013, les Terral auraient parfois servi de « la nourriture notoirement périmée », notamment celle qu'ils auraient rapportée

plusieurs années auparavant, de Serbie, leur précédent poste.

Selon les inspecteurs, ils auraient facturé souvent 35 euros un déjeuner pour le moins frugal, composé d'une salade et d'une tranche de jambon sous vide. Enfin, ils auraient gonflé le nombre d'hôtes lors de leurs lugubres pince-fesses. Quand ils avaient dix invités, ils auraient prétendu en avoir nourri le double. Cette dernière tricherie, la plus simple, leur aurait rapporté au moins 10 000 euros en trois ans, selon les calculs des inspecteurs.

Qu'est-il alors arrivé à l'ambassadeur Terral ? Rien de bien méchant. Il a été convoqué à Paris. Il a admis « quelques maladresses ». Le directeur général de l'administration lui a écrit une lettre bien sentie. Et c'est tout. « Comme il devait partir à la retraite quelques semaines plus tard, on l'a laissé terminer son mandat4 », explique un haut responsable du ministère. Sans sanction ni dépôt de plainte. On a bien imaginé lui faire rembourser à l'administration au moins les 10 000 euros correspondant à ses invités imaginaires. Selon le principal intéressé5, le Quai « n'est pas allé jusque-là » puisque « le dossier était totalement vide », l'affaire n'étant qu'une « cabale » contre lui. En tout cas, il est parti à la retraite s'occuper de ses vignes en Charente après avoir été discrètement remplacé au Luxembourg par un certain Guy Yelda, un diplomate désœuvré, qui avait connu François Hollande à l'ENA.

Pendant des décennies, le Quai d'Orsay a totalement fermé les yeux sur les petits arrangements avec les frais de représentation alloués aux ambassadeurs – frais qui atteignent aujourd'hui, selon les postes, entre 10 000 et 200 000 euros par an, le maximum étant réservé au représentant aux Nations unies à New York. Jusqu'en 1999, « il était on ne peut plus simple de grignoter quelques dizaines de milliers d'euros chaque année6 », confie un important diplomate. Le ministère versait la somme directement sur le compte personnel de l'ambassadeur, lequel n'avait jamais à justifier de son utilisation ! Les « indélicats » étaient donc libres de n'en dépenser qu'une partie dans le cadre de leurs fonctions et de garder la différence. « Il était de notoriété publique que certains, parfois très bien notés, profitaient du système pour servir de la piquette ou des frites surgelées à leurs invités, révèle un diplomate. C'était désastreux pour l'image de la France dans le pays hôte, mais pas interdit7. »

 

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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 14:17

Le compte personnel de l'ambassadeur

Quand le pli anonyme arrive au Quai d'Orsay au début de l'été 2012, cela fait cinq ans que Bruno Delaye occupe avec faste la résidence de France à Madrid, magnifique propriété de 18 000 mètres carrés, située dans le quartier le plus chic de la ville. Avec sa piscine et ses tapisseries des Gobelins, c'est l'un des lieux les plus prisés de la capitale espagnole. Un palais magique pour organiser des réceptions. Pour la grandeur de la France mais pas seulement. L'ambassadeur ne rechigne pas non plus à louer le lieu. Et c'est là toute l'affaire.La trentaine de photocopies indique qu'il a facturé des sommes rondelettes à des firmes pour la mise à disposition de sa résidence. Cette activité lucrative est encouragée par Paris pourboucler les fins de mois du Quai d'Orsay. Seulement voilà : selon toutes les facturas5 photocopiées, l'argent a été versé directement à la Caixa, la caisse d'épargne catalane, sur le compte personnel de l'ambassadeur – et non sur un compte de l'ambassade !À peine a-t-elle ouvert le mystérieux colis, que sa destinataire, Nathalie Loiseau, la directrice générale de l'administration, comprend que l'affaire est politiquement très sensible. Elle sait que Delaye est un marquis de la Mitterrandie, dont Laurent Fabius, alors patron du Quai, est l'un des princes. Elle marche sur des œufs. D'autant plus qu'elle a été nommée par le ministre précédent, Alain Juppé, dont elle est proche. Et si ce colis était un piège ? Elle réunit ses proches collaborateurs. Ont-ils eu vent, dans le passé, d'irrégularités à Madrid ? « Oui, des trucs curieux », répond l'un d'eux. Elle respire et décide de transmettre la patate chaude à l'inspection générale du Quai, les « bœuf-carottes » des diplomates. Une saisine officielle.Le patron des inspecteurs s'appelle Xavier Driencourt. Ancien ambassadeur en Algérie, c'est un haut fonctionnaire gaulliste apparenté aux Debré. Un fidèle d'Alain Juppé, aussi. Que va-t-il faire de ce bâton de dynamite ? Comme tout le monde au Quai, il est intimidé par le passé et le réseau de Delaye. Et, pour l'instant, Fabius refuse de désavouer le camarade Bruno. Bien que Nathalie Loiseau l'ait informé des soupçons qui pèsent sur lui, le nouveau ministre a décidé de le nommer ambassadeur à Brasília. Après Athènes et Madrid, une troisième ambassade d'affilée, du jamais-vu. Décidément, l'ami Bruno est un cas à part. Le chef des « bœuf-carottes »6 décide de patienter avant de lancer une enquête.L'occasion d'agir se présente quelques mois plus tard, en décembre 2012. Delaye prend ses quartiers au pays de la samba. La voie est libre. En février 2013, une équipe d'inspecteurs déboule à l'ambassade de France à Madrid. Ils épluchent tous les comptes. Leurs soupçons s'alourdissent. Le 23 février 2013, Xavier Driencourt envoie à Laurent Fabius une note de synthèse confidentielle7. Il écrit que Bruno Delaye a, de juin 2008 à juin 2011, reçu sur son compte au moins 91 000 euros de grandes entreprises dans le cadre de la location de sa résidence. Or, ajoute-t-il dans ce texte, aucune facture ne justifie l'utilisation de ces sommes pour payer les frais de pince-fesses, tels que nourriture, boisson, décoration...

Le chef des inspecteurs s'étonne aussi que les sommes reçues par l'ambassadeur soient toujours des chiffres ronds : 6 000 euros de Marie Claire, 4 000 de L'Oréal, 3 000 de Kenzo, 5 000 de Citroën ou de Groupama. Par quel incroyable hasard le bilan comptable de ces soirées tombe-t-il toujours aussi juste ? Last but not least, contrairement aux règles en vigueur, l'ambassadeur n'a jamais informé le Quai d'Orsay de ces locations. « Ces éléments,conclut Xavier Driencourt dans sa missive à Laurent Fabius, ne constituent qu'un faisceau d'indices, de présomption, de détournement de fonds8. » Autrement dit, les inspecteurs soupçonnent Bruno Delaye de s'être discrètement mis dans la poche un droit d'entrée pour la location de la résidence de France, les entreprises achetant elles-mêmes tout ce dont elles avaient besoin pour leurs réceptions.

 Les deux lettres de l'intendant Quand il est informé des résultats de l'enquête, Bruno Delaye tente d'abord d'éteindre l'incendie, seul. Le 8 mars 2013, il fonce à Madrid et convoque Michel P.9, son ancien intendant à l'ambassade. Les deux hommes se retrouvent dans un restaurant. À la suite de quoi, Bruno Delaye remet aux inspecteurs une lettre tapée à la machine et signée par l'ex-intendant – une missive qui le disculpe... Michel P., qui d'ordinaire parle et écrit mal la langue de Molière, y affirme, dans un français châtié, que Delaye lui a confié les sommes données par les entreprises et qu'il s'en est servi pour acheter la nourriture et financer les décorations nécessaires aux soirées. Mais il ajoute que, comble de maladresse, lui, il n'a pas conservé toutes les factures des commerçants et autres fournisseurs !

Pas convaincus, les « bœuf-carottes » retournent à Madrid et interrogent l'intendant qui, d'une main tremblante, rédige une note, datée du 23 avril 201310, dans laquelle il reconnaît avoir menti : « Je n'ai jamais payé de factures pour des événements organisés à la résidence par des entreprises françaises ou locales. » Et il ajoute qu'en réalité tous les frais étaient engagés par les firmes elles-mêmes ; que Bruno Delaye ne lui a jamais remis les sommes en question. Autrement dit, l'ambassadeur aurait bien gardé les 91 000 euros pour lui.

 L'ancien golden boy, qui risque de fortes sanctions si le détournement de fonds est démontré, est immédiatement convoqué au Quai d'Orsay à Paris. Il est interrogé à plusieurs reprises par des hommes qu'il connaît bien, trois ex-ambassadeurs : l'inspecteur général Driencourt, Pierre Sellal, secrétaire général du Quai, et Yves Saint-Geours, directeur général du ministère. Les quatre hommes se tutoient mais l'interrogatoire est pénible. Delaye s'explique laborieusement, s'embrouille. Il argue que tout n'est qu'un problème comptable, mais ne convainc pas. On le laisse retrouver sa nouvelle ambassade, à Brasília.

En juillet 2013, il annonce qu'il doit quitter le Brésil. Pour « des raisons personnelles, à cause de sa vieille mère malade », assure-t-il à la presse. En réalité, il est rappelé par Laurent Fabius. L'affaire fuite dans Le Canard enchaîné11 qui écrit : « Les inspecteurs soupçonnent [Bruno Delaye] d'avoir quelque peu confondu la caisse de l'ambassade de Madrid et la sienne. » L'animal est atteint. Mais il n'est pas mort.

« Il est flamboyant, je suis gris »

Au cours de l'été, Delaye mobilise le Tout-Paris, récolte des soutiens dans tous les milieux. « Jack Lang, André Rossinot, Jean-Pierre Chevènement ou le très influent patron de la Compagnie des signaux [devenue Communication et Systèmes], Yazid Sabeg, interviennent au plus haut niveau en sa faveur12 », raconte un ancien haut responsable. Des artistes, des intellectuels, des politiques, des frères maçons font le siège du cabinet de Fabius, afin qu'il amende le rapport des inspecteurs. Au Quai aussi, certains collègues de gauche intriguent pour qu'il n'écope pas d'une sanction que les « bœuf-carottes » voudraient exemplaire.

Son plus grand soutien est... le directeur général de l'administration en personne, Yves Saint-Geours. Delaye a été son patron pendant trois ans à la direction de la coopération. Et il est issu de la même promotion de l'ENA que son grand frère Frédéric, l'un des dirigeants de Peugeot. Homme strict, Saint-Geours voue un véritable culte à l'extravagant Delaye. « Il est flamboyant, je suis gris13 », confesse ce protestant, sosie d'Alain Minc. Il ajoute : « Cette affaire a été une blessure pour moi. »

Le directeur général du Quai d'Orsay, qui conserve toujours le dossier « Delaye » dans son coffre, assure que, au cours de l'été 2013, Bruno Delaye est finalement parvenu à retrouver les factures de nourriture ou de décoration « qui avaient disparu ». Par quel miracle ? « Il a fait le tour des commerçants de Madrid qui lui ont donné des photocopies14 », affirme-t-il. « Oui, j'ai retrouvé les pièces et, en juillet 2013, je les lui ai remises15 », confirme l'intéressé. Sans préciser comment il a réussi un tel exploit pour les pièces remontant à 2008, c'est-à-dire cinq ans auparavant. Et la seconde lettre de l'intendant qui l'accuse ? Selon Bruno Delaye, « les inspecteurs l'ont forcé à écrire ce tissu de mensonges ». Son ami Saint-Geours ne dit pas cela, il assure seulement qu'à son avis l'ambassadeur « n'a pas détourné d'argent ». Et il précise : « Je le lui ai écrit. » Il admet toutefois que Delaye « n'a pas pu reconstituer les justificatifs de toutes les dépenses ». Et que « peut-être », lui, Yves Saint-Geours, « a été l'idiot utile de cette affaire ».

L'idiot de qui ? La découverte de ces vieilles factures arrange bien l'Élysée, où Bruno Delaye compte là aussi beaucoup d'amis. Le propre conseiller diplomatique du président de la République, Paul Jean-Ortiz, a été son adjoint à Madrid pendant trois ans. Le chef de l'État, lui-même, lui doit un service : début 2012, en pleine campagne électorale, François Hollande se rend à Madrid pour rencontrer le Premier ministre espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero. L'ambassadeur l'accompagne.

Colère de Sarkozy quand il découvre les images de l'entrevue... et la crinière de Delaye au journal télévisé. Jusque-là le président-candidat aimait bien ce diplomate fantasque qui avait réussi à le charmer en exposant dans sa résidence des toiles de son père Pal. « J'étais l'ambassadeur chouchou de Sarko16 », assure l'intéressé. Mais il a ouvertement pactisé avec l'ennemi. Le président décide d'annuler la nomination que Delaye attendait : à Rome et sa prestigieuse ambassade, le sublime palais Farnese. Quand Hollande apprend la nouvelle, il fait venir l'ami Bruno dans son bureau à l'Assemblée nationale. « Je suis désolé, s'excuse celui qui sera bientôt élu chef de l'État, je saurai te renvoyer l'ascenseur17. »

 Ceci explique-t-il cela ? François Hollande a-t-il protégé l'ami Bruno ? Une chose est sûre : le cas Delaye a été traité avec une grande mansuétude. De l'avis de plusieurs diplomates importants, il aurait au moins dû être interrogé par une commission paritaire disciplinaire. Une telle instance – qui se réunit par grade – a le pouvoir d'infliger des sanctions allant de la mise à pied à la radiation en passant par la mise en retraite anticipée. « Plusieurs agents d'ambassade ont été radiés pour avoir détourné quelques milliers d'euros18 », pointe un diplomate important. Mais, pour Delaye, la commission des ministres plénipotentiaires hors classe n'a même pas été réunie ! Il faut dire qu'en dehors du ministre, une seule personne a pouvoir de la convoquer : le directeur général de l'administration, un certain Yves Saint-Geours. « J'assume », clame ce dernier. Notons que dans ladite commission siège, au nom de la CFDT, un proche de François Hollande : Jean-Maurice Ripert, ambassadeur en Russie et ancien de la promotion Voltaire à l'ENA.

D'autres diplomates s'étonnent que les agissements de Bruno Delaye n'aient pas fait l'objet de l'article 40 du Code de procédure pénale, qui contraint tout fonctionnaire qui « acquiert la connaissance » d'un possible délit à en informer sans délai le procureur de la République. « Cela aurait permis, après enquête approfondie de la police, d'en avoir le cœur net et notamment d'interroger les entreprises qui ont versé de l'argent à Delaye, ce que les inspecteurs du ministère n'ont pas le pouvoir de faire », affirment plusieurs hauts responsables du Quai. Mais là encore l'usage veut que ce soit le directeur général de l'administration qui fasse une telle déclaration. Dans d'autres cas, il n'a pas hésité. Pour Delaye, il ne l'a pas jugé nécessaire. « J'assume », redit Yves Saint-Geours, qui jure n'avoir reçu aucune pression politique, ni de Laurent Fabius ni de l'Élysée. On n'est pas obligé de le croire ; d'autant moins que Bruno Delaye se serait personnellement entretenu de son affaire avec François Hollande et le chef de la diplomatie.

L'ex-golden boy s'en tire avec une simple égratignure.

Officiellement, l'administration lui reproche uniquement de ne pas avoir respecté une circulaire de 2007 qui oblige les ambassadeurs et les consuls à signer une convention avec les entreprises lors de la location de leurs résidences. Rien de plus. « Le ministre a décidé de vous infliger un blâme », lui écrit le secrétaire général du Quai d'Orsay, le 4 octobre 2013. Un blâme, comme à l'école ! « C'est plus qu'un avertissement », se défend Yves Saint-Geours, le plus sérieusement du monde. Et encore la sanction – qui sera effacée du dossier trois ans plus tard, c'est-à-dire le 4 octobre 2016 – n'est pas rendue publique. Si bien que Delaye peut agiter ses réseaux dans la presse et prétendre qu'il a été « blanchi19 ». Certes, on l'informe qu'il ne sera pas nommé dans une autre ambassade. Pas pour l'instant du moins. Il doit rester à Paris à lézarder pendant quelques semaines, et donc se contenter de toucher son traitement de base de ministre plénipotentiaire – 5 500 euros environ par mois –, ce qui n'est finalement pas si mal. Surtout que la Mitterrandie vient très vite à son secours.

Dîner d'État à l'Élysée

Deux mois après le blâme, en décembre 2013, Jacques Attali, le patron de PlaNet Finance, le recrute comme conseiller spécial20. Bruno Delaye reste toutefois diplomate. Puis, un an plus tard, il est nommé patron d'Entreprise et Diplomatie, une officine d'intelligence économique, dont l'État détient une minorité de blocage et qui possède un représentant du Quai d'Orsay au sein de son conseil d'administration. Il retrouve là un vieux collègue de la Mitterrandie : Jean-Claude Cousseran, ancien patron de la DGSE, qu'il a connu au cabinet de Claude Cheysson en 1982.

Sa mise à l'écart de la diplomatie française ne dure pas. Début juin 2015, il est convié à l'Élysée pour le dîner d'État en l'honneur du roi d'Espagne, Felipe VI. En septembre, il participe à la semaine des ambassadeurs qui réunit tous les plus hauts diplomates français. Et, fin octobre 2015, il est du voyage de François Hollande en Grèce21.

Notons enfin que le directeur général de l'administration, Yves Saint-Geours, celui qui vénère tant Bruno Delaye, sera nommé ambassadeur à Madrid. Depuis septembre 2015, il loge, donc, à son tour, dans la magnifique résidence, au cœur du quartier chic de la capitale, avec piscine et tapisseries des Gobelins. On ignore s'il la loue.

1. Archives personnelles de l'auteur.

2. Entretiens avec l'auteur, les 4 avril, 7 mai et 29 septembre 2015.

3. Entretien avec l'auteur, le 3 avril 2015.

4. Amours, ruptures et trahisons, Fayard, 2008.

5. Par exemple, la facture no A-28050359 de 4 000 euros en date du 19 février 2009, adressée à L'Oreal Espagne (département

activité cosmétique).

6. M. Driencourt refuse de parler en détail de l'affaire. Entretien avec l'auteur, le 3 février 2015.

7. Source confidentielle de l'auteur.

8. Note au ministre du 23 février 2013.

9. L'auteur préfère taire le nom de ce fonctionnaire modeste qui n'a joué qu'un rôle secondaire dans l'affaire.

10. Archives personnelles de l'auteur.

11. Le Canard enchaîné, 24 juillet 2013.

12. Entretien avec l'auteur, le 8 juin 2015.

13. Entretien avec l'auteur, le 11 mars 2015.

14. Ibid.

15. Entretien avec l'auteur, le 3 avril 2015.

16. Entretien avec l'auteur, le 3 avril 2015.

17. Citation de François Hollande rapportée à l'auteur par Bruno Delaye, le 3 avril 2015.

18. Entretien avec l'auteur, le 7 juillet 2015.

19. Le Nouvel Observateur, 24 octobre 2013. L'information sur le blâme « fuitera » cinq jours plus tard dans une lettre confidentielle (Le Bulletin quotidien, le 29 octobre 2013).

20. Les Échos, 18 décembre 2013.

21. Dossier de presse du déplacement de François Hollande en Grèce, les 22 et 23 octobre 2015.

 

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20 avril 2017 4 20 /04 /avril /2017 14:15

La face cachée du Quai d'Orsay  (suite)

1

Un scandale étouffé

C'est l'affligeante histoire d'un ambassadeur de renom – et de gauche – soupçonné d'avoir confondu la caisse du Quai d'Orsay avec la sienne... et de l'inavouable mansuétude dont il a bénéficié de la part de François Hollande. Un dossier vite enterré parce qu'il révèle certaines pratiques détestables de l'establishment politico-diplomatique.

L'affaire commence au début de l'été 2012, quelques semaines après l'élection de François Hollande, quand un pli anonyme parvient au ministère des Affaires étrangères. Il est adressé à la direction générale de l'administration. Le paquet, dont l'expéditeur reste aujourd'hui encore inconnu, contient une liasse de documents comptables joints par un simple élastique. Il y a là une trentaine de photocopies de factures adressées à de grandes entreprises1 : L'Oréal, Vuitton, Kenzo, Ruinart, Balenciaga, Moët et Chandon, Rochas, Citroën, Relais et Châteaux... Des documents, remplis à la main, qui attestent la remise de confortables sommes – 3 000, 5 000 ou 7 000 euros... – à une seule et même personne : Bruno Delaye, ambassadeur de France à Madrid.

Delaye ? Au Quai d'Orsay, qui ne connaît pas sa crinière blanche, ses pochettes de soie et son teint éternellement hâlé ? Hâbleur, gouailleur, charmeur, ce sexagénaire est l'une des gloires de la maison depuis plus de trente ans. « Observez-le et faites comme lui ! » conseille un jour le publicitaire Jacques Séguéla à un parterre de diplomates agacés. Avec son rire tonitruant et son entregent d'animateur télé, ce renard argenté fascine et horripile. Il est drôle, brillant, bon vivant. Il aime le vin, les femmes et la corrida. Il adore s'afficher en saharienne sur de grosses motos, crinière au vent. C'est un flambeur, à l'aise partout. Il tutoie François Hollande et Carla Bruni. Il est l'ami prodigue d'une pléiade d'artistes, d'hommes d'affaires, de journalistes et d'hommes politiques de tous bords, qu'il reçoit avec faste et chaleur dans ses résidences officielles. Il les charme par sa joie de vivre, son entrain – et aussi par ses soirées légères qu'il organise régulièrement, ainsi qu'en attestent plusieurs de ses hôtes2.

Il est l'enfant chéri du Quai d'Orsay et de la Mitterrandie. Ministre plénipotentiaire hors classe – le grade le plus élevé pour un diplomate –, il maîtrise la machine des affaires étrangères comme personne. « J'ai grandi dans des ambassades3 », aime-t-il à répéter. Son père, Raoul, était lui aussi diplomate. Il l'a accompagné partout, de Bonn à Mogadiscio. En 1975, le jeune Bruno embrasse à son tour la Carrière. Il choisit le Quai à sa sortie de l'École nationale d'administration (ENA), où ses condisciples de la promotion Léon Blum s'appellent Martine Aubry, Alain Minc ou Bernard Bajolet, actuel patron de la DGSE.

À la différence de son père, il a le cœur et l'ambition à gauche. À l'ENA, il milite au Centre d'études, de recherches et d'éducation socialiste (Ceres) de Chevènement. En 1981, il s'introduit vite dans le cœur de la Mitterrandie. Claude Cheysson, premier patron du Quai d'Orsay après la victoire du 10 mai, le prend sous son aile. Il fait de lui un golden boy de la diplomatie française. À vingt-neuf ans, Delaye se retrouve conseiller au cabinet du ministre. À trente-neuf, il est bombardé ambassadeur, un record. Un an après, en 1992, il entre dans le saint des saints, à l'Élysée : François Mitterrand l'appelle à ses côtés pour remplacer son fils, Jean-Christophe, écarté à cause de ses relations d'affaires trop voyantes, à la tête de la sulfureuse « cellule Afrique » – une consécration.

Là, Bruno Delaye se lie d'amitié avec le secrétaire général, Hubert Védrine, avec lequel il gère le dossier empoisonné du Rwanda. Ils en partagent les secrets les plus sombres. Du coup, quand Védrine devient ministre des Affaires étrangères en 1997, il veut l'ami Bruno à ses côtés. Le fêtard coule alors des jours heureux à l'ambassade de France à Mexico, où, le soir, on croise à la fois des reines de beauté et le prix Nobel de littérature, Octavio Paz. Dans la capitale mexicaine, Bruno Delaye, roi des plaisirs, fascine. Il « assiste à des corridas en compagnie de l'actrice María Félix, écrit le journaliste Hubert Coudurier4, ou à des matches de boxe organisés par les gangs locaux qui le font applaudir quand il pénètre dans la salle ».

Son copain Hubert lui confie la puissante Direction générale de la coopération internationale et du développement (DGCID), en charge de sept mille personnes. Il relève le défi avec talent. Après la défaite de Lionel Jospin, retour à la dolce vita : Dominique de Villepin envoie Delaye, qu'il connaît depuis longtemps, dans une autre capitale joyeuse et ensoleillée, Athènes, où il fait merveille, puis à Madrid – autre paradis. Delaye adore l'Espagne, pays des couche-tard et des taureaux, où son père a lui-même représenté la France un quart de siècle plus tôt.

 

 

 
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