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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 23:00

La composante ethnique et religieuse des nations relève à la fois de l'évidence la plus communément admise et du déni le plus solidement établi en France et en Europe.

Les États-Unis la reconnaissent, y compris dans leurs statistiques de population, mais les difficultés, parfois comiques, que rencontre l'administration pour donner un sens au mot « hispanique » dans ses recensements illustrent l'impossibilité de réduire la définition d'une communauté, d'un peuple ou d'une nation à sa composante ethnique ; une part des Américains hispaniques se reconnaît dans les cinq races officiellement recensées (Blanc, Noir, Asiatique, Indien d'Amérique, Océanien), une part se dit « autre » au point que la catégorie « autre » apparaît comme le troisième groupe ethnique nord-américain ! Au point aussi que le Bureau du recensement américain est confronté à ce phénomène : l'apparition d'une nouvelle « race », une apparition qui s'explique par la dynamique démographique et identitaire de communautés hispaniques dont les membres se donnent une identité de plus en plus consistante sur la base de leurs origines, réelles ou supposées ! Les mêmes États-Unis s'inquiètent de plus en plus ouvertement d'une évolution qui les sépare de ce que maints auteurs nomment l'« Eurabie »(9) .

Et la majeure partie de l'Asie (Thaïlande, Birmanie, Philippines, etc.) et de l'Afrique (à commencer par le Sahel, où le terrorisme ne doit pas cacher le malheur touareg) est habitée, et parfois déchirée, par ses effets politiques.

L'Union européenne, la Grande-Bretagne et la France en particulier prétendent l'ignorer, se bercent d'un âge post-national qui n'existe que pour ceux qui en parlent, et consacrent des moyens juridiques et politiques exorbitants pour traiter le problème en le niant. Ce faisant, elles choisissent de se rendre aveugles à cette réalité : partout dans le monde, le fait ethnique est en progrès.

C'est l'effet des luttes anticoloniales et des libérations nationales ; de l'Inde à l'Afrique et de l'Asie du Sud-Est au Maghreb, les indépendances ont été terribles pour ceux qui avaient rallié un projet politique étranger, qu'il s'agisse des harkis algériens, des montagnards des hauts plateaux vietnamiens, ou des alliés des Cubains ou des Soviétiques en Angola et au Mozambique ! C'est, en Europe, ailleurs en Occident, l'effet retour de la destruction des nations. Les mondialistes ont semé l'ivraie de la désintégration des nations, les institutions européennes se sont vouées à l'avènement de l'ère post-nationale, ils récoltent les fruits amers du retour aux origines prépolitiques des sociétés humaines. Quand la nation se défait dans la confusion des identités, la race et la religion redeviennent ce qu'elles avaient cessé d'être : les premiers moyens de l'identité individuelle et les déterminants directs de l'établissement politique. Que disent d'autres ces familles d'origine africaine et de nationalité française quand elles vont chez « les Blancs » — c'est-à-dire qu'elles franchissent le périphérique ? Au sein de la grande France, le drapeau français avait uni ceux que tout séparait ; l'idéologie post-nationale détruit le lien national sans y substituer rien, rien qui fasse battre le coeur et qui fasse de l'un avec du divers. L'Europe qui se veut ange post-mondialiste sera-t-elle épargnée par ce qu'elle a semé ? Les États-Unis eux-mêmes, qui ont développé le patriotisme à un point religieux, seront-ils à l'abri de la question ethnique comme identité, comme vouloir vivre et comme entre-soi —ou comme ferment de violence, facteur de fermeture et de repli ?

Après tant de combats pour la laïcité, après tant de luttes pour l'égalité des droits et la liberté des consciences, faudrait-il dresser un constat d'échec ? Ou faut-il plutôt constater que le cadre de la laïcité, de l'égalité et de la liberté est radicalement transformé par les télécommunications, les transports et tout ce que recouvre le terme de « mondialisation » ? La mondialisation à la fois généralise la forme de l'État-nation, mais ruine son contenu identitaire. Elle est directement à l'origine du retour imprévu du fait ethnique et religieux, un fait ethnique et religieux qui est contre l'État, puisque l'État est l'autre nom du mondialisme imposé de l'extérieur. Les mouvements d'indépendance nationale, contre les empires, contre les colons, contre les envahisseurs, ont posé la frontière comme liberté et sécurité à l'intérieur, et comme paix à l'extérieur, entre des nations abandonnant toute revendication territoriale, bien dans leurs frontières et bien avec leurs voisins, et se donnant les unes aux autres quitus pour assurer l'ordre chez elles. Quelle confiance, quelle sûreté de soi, quel confort, que le tempérament national et la fierté nationale ! Quelle ignorance, ou quel mépris, affiche le sans­frontiérisme » envers ces millions d'hommes et de femmes pour qui la frontière, leur frontière, trace le domaine de leur liberté ! Nous avons été de ceux-là, dans les années 1940, quand la ligne de démarcation était une insulte aux frontières de la France... Et ceux que les soldats allemands appelaient « terroristes », ceux qui avaient résisté, à Guémené, au maquis de Saffré, comme ailleurs, et qui en étaient revenus, parlaient de la France, de la République, pas de l'humanité !

Le mouvement de recomposition politique qui s'engage n'est pas achevé, à peine est-il visible, à peine s'affirme sa direction ; qu'il s'appelle régionalisation, nationalisation, il ouvre un débat indécis ; ces frontières seront-elles celles des ensembles régionaux dont les années 1990 ont annoncé à sons de trompe la création, du Mercosur à l'Alena et de l'Asean à la CEI, sans parler de l'Union européenne, ou bien celles des États-nations qui font preuve d'une autre résilience, d'une autre robustesse, et qui ont été les seuls à tenir face aux tempêtes de la crise américaine de 2007-2008, quand aucune institution internationale, aucune union régionale ne peut afficher quoi que ce soit dont elle pourrait être fière ! Ce n'est pas la fin annoncée de l'État-nation, c'est leur multiplication qu'il faut constater, tant sont nombreux à avoir obtenu, ou bien à demander, un siège à l'ONU en gage de leur reconnaissance par ce qu'il est convenu d'appeler la communauté internationale : cinquante et un États membres à la création de l'ONU en 1945 ; cent quatre-vingt-treize États membres en 2013, et treize entités politiques demandant leur reconnaissance à cette date ! Le fait est là : le monde n'a jamais compté autant d'États-nations, et jamais autant n'ont attendu à la porte de la reconnaissance internationale. De Timor au Sud-Soudan, avant-hier ou hier, des confettis de l'ex-Yougoslavie aux marches de l'Empire soviétique jadis, de la Palestine au Kurdistan demain, voire de l'État Kachin à la nation naga, clé des fulgurances de l'Est asiatique, ou de la République touareg tamazight à la nation chrétienne du Niger etc....

Extrait du livre d'Hervé JUVIN "la grande séparation" (le Débat - Gallimard - 2013)

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