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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 19:39

Professeur à l'Institutd'étudespolitiquesde Paris, député au Parlement européen de Strasbourg pendant quatre législatures énarque a toujours fait preuve d'esprit critique même quand ses convictions centristes l'ont conduit à rejoindre un parti (l'UDF) ou à soutenir un candidat (François Bayrou en 2007). L'essayiste (Droite année zéro. le Diable est-il européen ?) analyse l'offre politique à la veille des élections municipales et à trois mois des européennes.

Jean-Louis Bourlanges, a fait partie du comité de réflexion sur la réforme des institutions créé en 2007 par Nicolas Sarkozy. Chroniqueur de l'émission de Philippe Meyer, Esprit public, sur France Culture.

Face à ce monde qui change, que pensez-vous des réactions, voire des capacités d'adaptation des socialistes, pour commencer, puisque ce sont eux qui sont aujourd'hui au pouvoir ?

- La vérité, c'est qu'ils réagissent fort mal. A aucun niveau, présidence, gouverne­ment, majorité parlementaire, parti, vous ne sentez un véritable effort pour proposer une offre cohérente, précise et partagée par leurs différentes écoles de pensée, si tant est que l'on puisse parler de pensée dans ces guerres de courants et ces affrontements de crocodiles.

François Hollande n'est-il pas le premier responsable, étant celui qui aurait dû

montrer le chemin, définir un cap, impulser une politique?

- Le magistère de François Hollande souffre de trois défauts principaux. D'abord, il n'est pas fédérateur: personne à gauche ne semble se reconnaître pleinement dans la triple rupture socio-libérale, néo familiale et proaméricaine portée par le président depuis deux mois. Ensuite, le chef de l'Etat délivre des messages, l'« attractivité», après la « responsabilité », mais nous n'avons ni mesure concrète, ni calendrier précis de mise en oeuvre. C'est un jeu de bonneteau : on sait qu'il y a une nouvelle politique économique, mais on ne sait ni de quoi elle est faite, ni ce qu’elle se cache, ni quand elle montrera le bout du museau. Enfin, cet aggiornamento est ambigu, car il se présente comme une proposition de Jean-Louis Bourlanges Pour débloquer le jeu politique, il plaide pour l'institution du scrutin proportionnel. Mais sans illusion puisque, pour le PS, cela équivaudrait à perdre tout contrôle sur les Verts / pacte, alors qu'en réalité, c'est au gouvernement et à lui seul qu'il appartient de déterminer le bon réglage du marché du travail et des prélèvements sociaux et fiscaux. Le président semble dire aux patrons: « Je ne mènerais une politique rai­sonnable que si vous êtes gentils. » Pour se convaincre de l'absurdité de la formule, il suffit de l'inverser: « Si vous n'êtes pas gentils, je mènerais une politique déraisonnable. » Tout se passe comme si Hollande avait peur de sa propre politique, comme la sentait à la fois inévitable et sulfureuse. Les mots ont été lâchés, mais la main tremble.

Et sans rien faire, il aura finalement réussi à se fâcher avec tout le monde?

- Sa majorité parlementaire ressemble de plus en plus au célèbre couteau sans lame auquel il manque le manche. Ses anciens amis le rejettent et il n'a pas de nouveaux amis. Il faudrait, pour qu'il retrouve une assise politique solide, modifier le mode de scrutin en instituant la proportionnelle, ce qui permettrait au centre d'exister indépendamment de l'UMP. Mais il n'en est pas question, car la proportionnelle introduirait au Palais-Bourbon des dizaines d'élus Front national, réduirait à la portion congrue le groupe parlementaire socialiste, et libérerait les Verts de tout contrôle.

Comment sortir, alors, de cette impasse ?

- Gageons qu'après un petit tour en direction du patronat, François Hollande invoquera la mauvaise volonté de celui-ci pour, le moment venu, se recaler à gauche. Le drame c'est que ces jeux n'amusent personne et convainquent moins encore.

Le tableau que vous dressez est bien noir. Avoue écouter, il n'y a pas d'issue.

Or, il nous faudra bien un gagnant…

- L’avenir politique du pays est conditionné par deux incertitudes: l'ampleur des succès du Front national et le choix du candidat de l'opposition dite républicaine. François Hollande ne peut être réélu, me semble-t-il, que s'il est confronté au candidat du Front National au second tour de l'élection présidentielle. Cette hypothèse est peu probable, mais elle n'est pas absurde dans la mesure où les voix de la droite et du centre pourraient se diviser au premier tour. En tout cas, chaque suffrage apporté au candidat du FN est une bonne nouvelle pour le président sortant. Dans l'hypothèse d'un second tour opposant François Hollande à un candidat de la droite classique, il y a évidemment fort peu de chance que le président sortant réédite sa performance de 2012. Mais qui l'emportera à droite? Les gens de ma sensibilité et de ma génération verraient volontiers Alain Juppé s'installer à l'Élysée. Mais je crains, hélas, que l'humeur du pays ne soit assez étrangère à son approche rationaliste et pro-européenne de la politique. Quant aux autres candidats potentiels, aucun ne me paraît en ton- sure de disputer la palme à Nicolas Sarkozy. Je pense que si celui-ci décide d'y aller, œ qui manifestement le démange, l'UMP ne sera même pas capable de lui imposer des primaires.

Peut-être apparaîtra-t-il un jour que l'avenir du pays était tracé dès la soirée de l'élection de François Hollande, soi- rée paradoxale qui a vu le battu prononcer son meilleur discours de président et le vainqueur entamer en Corrèze sa longue série de discours de chef-lieu de canton. •(Extrait: Spectacle du monde Mars 2014)

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