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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 12:31

Les défauts de paiement de la Grèce cela ne date pas d’hier…la Grèce a déjà fait défaut en 1826, 1843, 1860, 1893 ,1932, 2012…

La Grèce Contemporaine, par Edmond About


Observations générales sur la situation financière de la Grèce. ― La Grèce vit en pleine banqueroute depuis sa naissance. ― Les impôts sont payés en nature. ― Les contribuables ne payent point l’État, qui ne paye point ses créanciers. ― Budget d’exercice et budget de gestion. ― Les ressources du pays ne se sont pas accrues en vingt années.

Le régime financier de la Grèce est tellement extraordinaire et ressemble si peu au nôtre, que je crois nécessaire, avant d’entrer dans les détails du budget, de placer ici quelques observations générales.

La Grèce est le seul exemple connu d’un pays vivant en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance. Si la France et l’Angleterre se trouvaient seulement une année dans cette situation, on verrait des catastrophes terribles : la Grèce a vécu plus de vingt ans en paix avec la banqueroute.

Tous les budgets, depuis le premier jusqu’au dernier, sont en déficit.

Lorsque, dans un pays civilisé, le budget des recettes ne suffit pas à couvrir le budget des dépenses, on y pourvoit au moyen d’un emprunt fait à l’intérieur. C’est un moyen que le gouvernement grec n’a jamais tenté, et qu’il aurait tenté sans succès.

Il a fallu que les puissances protectrices de la Grèce garantissent sa solvabilité pour qu’elle négociât un emprunt à l’extérieur.

Les ressources fournies par cet emprunt ont été gaspillées par le gouvernement sans aucun fruit pour le pays ; et, une fois l’argent dépensé, il a fallu que les garants, par pure bienveillance, en servissent les intérêts : la Grèce ne pouvait point les payer.

Aujourd’hui, elle renonce à l’espérance de s’acquitter jamais. Dans le cas où les trois puissances protectrices continueraient indéfiniment à payer pour elle, la Grèce ne s’en trouverait pas beaucoup mieux. Ses dépenses ne seraient pas encore couvertes par ses ressources.

La Grèce est le seul pays civilisé où les impôts soient payés en nature. L’argent est si rare dans les campagnes qu’il a fallu descendre à ce mode de perception. Le gouvernement a essayé d’abord d’affermer l’impôt ; mais les fermiers, après s’être témérairement engagés, manquaient à leurs engagements, et l’État, qui est sans force, n’avait aucun moyen de les contraindre.

Depuis que l’État s’est chargé lui-même de percevoir l’impôt, les frais de perception sont plus considérables, et les revenus sont à peine augmentés. Les contribuables font ce que faisaient les fermiers : ils ne payent pas.

Les riches propriétaires, qui sont en même temps des personnages influents, trouvent moyen de frustrer l’État, soit en achetant, soit en intimidant les employés. Les employés, mal payés, sans avenir assuré, sûrs d’être destitués au premier changement de ministère, ne prennent point, comme chez nous, les intérêts de l’État. Ils ne songent qu’à se faire des amis, à ménager les puissances et à gagner de l’argent.

Quant aux petits propriétaires, qui doivent payer pour les grands, ils sont protégés contre les saisies, soit par un ami puissant, soit par leur propre misère.

La loi n’est jamais, en Grèce, cette personne intraitable que nous connaissons. Les employés écoutent les contribuables. Lorsqu’on se tutoie et qu’on s’appelle frères, on trouve toujours moyen de s’entendre. Tous les Grecs se connaissent beaucoup et s’aiment un peu : ils ne connaissent guère cet être abstrait qu’on appelle l’État, et ils ne l’aiment point. Enfin, le percepteur est prudent : il sait qu’il ne faut exaspérer personne, qu’il a de mauvais passages à traverser pour retourner chez lui, et qu’un accident est bientôt arrivé.

Les contribuables nomades, les bergers, les bûcherons, les charbonniers, les pêcheurs, se font un plaisir et presque un point d’honneur de ne point payer d’impôt. Ces braves gens se souviennent qu’ils ont été Pallicares : ils pensent, comme du temps des Turcs, que leur ennemi c’est leur maître, et que le plus beau droit de l’homme est de garder son argent.

C’est pourquoi les ministres des Finances, jusqu’en 1846, faisaient deux budgets des recettes : l’un, le budget d’exercice, indiquait les sommes que le gouvernement devrait recevoir dans l’année, les droits qui lui seraient acquis ; l’autre, le budget de gestion, indiquait ce qu’il espérait recevoir. Et, comme les ministres des Finances sont sujets à se tromper à l’avantage de l’État dans le calcul des ressources probables qui seront réalisées, il aurait fallu faire un troisième budget, indiquant les sommes que le gouvernement était sûr de percevoir.

Par exemple, en 1845, pour le produit des oliviers du domaine public, affermés régulièrement aux particuliers, le ministre inscrivait au budget d’exercice une somme de 441 800 drachmes. Il espérait (budget de gestion) que sur cette somme, l’État serait assez heureux pour percevoir 61 500 drachmes. Mais cette espérance était au moins présomptueuse, car l’année précédente, l’État n’avait perçu, pour cet article ni 441 800 drachmes, ni 61 500 drachmes, mais 4457 drachmes 31 centimes, c’est-à-dire environ un pour cent sur ce qui lui était dû.

En 1846, le ministre des Finances ne rédigea point de budget de gestion, et l’habitude s’en est perdue.

L’État ne veut pas prévoir en principe qu’il ne sera pas payé de ce qui lui est dû. Mais, quoique les budgets suivants soient plus réguliers dans la forme, l’État continue à solliciter vainement ses débiteurs récalcitrants ou insolvables. [...]

Les hommes qui ont doté la Grèce de son système monétaire ont cherché dans leurs livres quelle était la valeur de la drachme dans l’antiquité, et ayant découvert que la drachme valait 90 centimes de France, ils ont décidé que la drachme serait une monnaie de la valeur de 90 centimes. Grâce à ce raisonnement archéologique, la Grèce a une monnaie à part, qui ne ressemble à aucune autre. Ne serait-il pas cent fois plus simple de donner à la drachme le poids et le titre du franc, et de mettre le système monétaire de la Grèce en rapport avec celui de la France, de la Belgique, de la Suisse et du Piémont ? Puisque dans ce malheureux pays tout est à refondre, même la monnaie, faisons en sorte que tout soit pour le mieux. [...]

On ne prête qu’aux gouvernements que l’on croit bien affermis.

On ne prête qu’aux gouvernements qu’on juge assez honnêtes pour remplir leurs engagements.

On ne prête qu’aux gouvernements que l’on a intérêt à maintenir. Dans aucun pays du monde, l’opposition n’a fait hausser les fonds publics.

Enfin, on ne prête que lorsqu’on a de quoi prêter.

C’est pour toutes ces raisons qu’il n’y a point de grand-livre en Grèce. Le peuple est trop pauvre et le gouvernement est trop connu pour qu’un emprunt de 100 000 francs puisse être couvert dans le pays. [...]

L’État a cependant des créanciers parmi les citoyens. Mais ce qu’ils ont prêté à la Grèce dans ses dangers, ils le refuseraient au roi Othon dans sa puissance. Ils avaient confiance dans la solvabilité de leur patrie, et ils l’aimaient. Tout est bien changé aujourd’hui, et, si c’était à refaire, ils garderaient leur argent.

Ces créanciers, on ne les paye point. On se contente de leur donner de temps en temps un secours en argent, lorsqu’ils sont sur le point de mourir de faim. Il y a dans l’île d’Hydra telle famille qui a dépensé des millions pour l’indépendance du pays, et qui reçoit 600 drachmes par an. [...]

On paye environ 50 000 drachmes de pensions ecclésiastiques pour dédommager les moines dont on a confisqué les couvents. C’est une dépense que l’équité commande et que l’économie ne réprouve pas. Le ministère de l’Intérieur sert de son côté quelques modiques pensions qui ne ruinent pas le pays.

Ce qui le ruine, ce sont les secours accordés à ceux qui n’en ont pas besoin, les pensions payées aux hommes qui n’ont jamais servi, les aumônes énormes exigées par certains personnages puissants, qu’on paye, non pour le bien qu’ils ont fait, mais pour le mal qu’ils daignent ne pas faire.

Le ministère de la Guerre donne environ 600 000 drachmes, le ministère de la Marine en paye plus de 250 000 à des hommes qui ne sont ni marins ni soldats, et qui souvent n’ont été ni l’un ni l’autre.

Lorsque le gouvernement a besoin d’un homme ou qu’il en a peur, on cherche dans son passé : on y découvre des services éclatants qu’il n’a pas rendus, des blessures qu’il n’a pas reçues, des infirmités qui ne le gênent point, et on lui fait place au budget. [...]

Le traité de 1832 contenait une clause en vertu de laquelle les premiers revenus de l’état grec devraient être avant tout affectés au service des intérêts et à l’amortissement de sa dette extérieure. Non seulement la France ne demanda jamais l’exécution de cet article de la convention de Londres, mais encore, dans un excès de bienveillance et de générosité pour un pays où elle voyait comme une de ses créations, elle cessa, en 1838, de suivre l’exemple de l’Angleterre et de la Russie, qui émettaient des séries de l’emprunt afférentes à leur garantie pour opérer le service des rentes des séries déjà émises, et dans le but de ménager un jour une précieuse réserve à la Grèce, elle se décida à lui faire, à l’échéance des semestres, des avances sur ses propres fonds. Ces avances dépassent aujourd’hui la somme de 13 millions de francs. [...]

Personne n’ignore que la Grèce doit aux trois puissances une centaine de millions qu’elle ne peut payer.

Presque personne ne sait que la Grèce doit à certains capitalistes anglais plus de 200 millions qu’elle ne veut pas payer.

La seule différence entre ces deux dettes, c’est que les Grecs reconnaissent la première, parce que les créanciers ont du canon, et nient la seconde, parce que les créanciers n’en ont pas. [...]

Mais importe- t-il également que la Grèce ait une armée et une marine ? [...] La Grèce n’a personne à attaquer ; il est de son intérêt de n’attaquer personne ; l’Europe ne veut pas qu’elle attaque personne. D’ailleurs ses forces sont en telle disproportion avec celles de tous les états voisins que jamais elle ne serait capable de faire la guerre. [...] D’abord personne ne songe à l’attaquer. Fût- Elle attaquée, ce n’est ni son armée ni sa flotte qui suffirait à repousser les ennemis. Elle sait bien, d’ailleurs que la France et l’Angleterre, qui lui ont fait don de son existence, ne permettront jamais qu’elle soit envahie. Elle n’a donc besoin ni d’une flotte ni d’une armée. [...] Si le budget est régulièrement en déficit, si la Grèce est hors d’état de servir les intérêts de la dette, c’est parce qu’elle a une armée. [...]

La Grèce avait-elle besoin d’argent en 1824 ? Oui. Pouvait-on s’en procurer autrement que par un emprunt ? Non. Était-il possible d’emprunter à des conditions moins onéreuses qu’on ne l’a fait ? Non.

La Grèce a-t-elle profité des 23 millions qu’elle a reçus ? Elle en a beaucoup plus profité que des 60 qu’elle a empruntés sous la garantie des trois puissances ; car ces 23 millions lui ont servi à conquérir son indépendance, et les 63 autres ne lui ont servi à rien.

Est-il juste d’alléguer que le prêt était usuraire ? Non, car en devenant les créanciers du peuple grec, les prêteurs faisaient une spéculation aléatoire ; et l’événement l’a prouvé, puisqu’ils n’ont touché ni capital ni intérêts. Je maintiens qu’ils étaient très généreux, ou, si l’on veut, très téméraires, et que si, aujourd’hui, le gouvernement régulier de la Grèce essayait d’ouvrir un emprunt, aucun banquier, aucun capitaliste ne lui prêterait 23 millions [...].

C’est qu’en 1824 le peuple grec n’avait pas eu le temps de se discréditer lui-même.

C’est que le pays n’avait pas encore démontré qu’il était incapable de vivre.

En 1846, la presque totalité des obligations de cet emprunt se négociait en Hollande. Une obligation de 100 francs se vendait 5 ou 6 francs. Aujourd’hui, la conduite du gouvernement grec leur ôte toute valeur, et celui qui les payerait un centime serait dupe.

Edmond About – La Grèce contemporaine, 1854

Edmond About (1828-1885) était un homme de lettres et journaliste français. Membre de l’Académie française et de l’École française d’Athènes, il a vécu plusieurs années en Grèce, où il a rédigé son essai La Grèce contemporaine (1854). Il est également connu pour ses chroniques dans de nombreux journaux français et ses romans pour enfants.

Le débat continue sur le site http://www.les-crises.fr/la-grece-contemporaine/

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muller 24/08/2015 23:10

la grece

muller 24/08/2015 23:10

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