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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 21:12

Impertinent et indispensable LE JOURNAL DE L'OUVREUSE

MOZART FACHO, HAENDEL COMPLICE ! (Causeur N°38 Septembre 2016)
Plus que le critique, le comédien, le musicien et le danseur,c’est l’ouvreuse qui passe sa vie dans les salles de spectacle. Laissons donc sa petite lampe éclairer notre lanterne !

D’habitude, qui fait sa prude ? Qui appelle la censure ?
Vous, ennemis héréditaires de l’art. Vous, le public.Là, les copines et moi on arrive à Aix pour voir un truc que Haendel a composé quand il était ado sur des paroles toutes roses d’un cardinal romain – « Le Triomphe du temps et du dessillement », c’est le titre.
Avant la représentation, on ouvre son Télérama et qu’est-ce qu’on lit ? « Cet oratorio est un scandale. C’est une pure oeuvre dogmatique au même titre que des créations de l’époque stalinienne. Toute représentation ou exécution du Trionfo devrait être précédée d’un commentaire portant sur son contenu idéologique. » Mot pour mot.
Dernière archevêcherie de Christine Boutin ? Perdu. Credo du metteur en scène. Vous ne rêvez pas, c’est le « sulfureux » Krzysztof Warlikowski qui intolère la morale anodine de l’oratorio (l’essentiel est invisible pour les yeux, seul le vrai est beau, etc., etc.). Ce soir, c’est le metteur en scène qui réclame la censure. Le lendemain, même lieu, même heure. Christophe Honoré, le réalisateur de 17 fois Cécile Cassard, prend ses meilleures pincettes pour feuilleter Così fan tutte. Il trouve l’opéra brutal, sexiste, raciste, c’est pourquoi il a « choisi de transposer l’action en Afrique, dans l’empire colonial mussolinien » – où les Noirs sont des victimes et les Blancs des ordures, ce que Mozart, débile mental comme chacun sait depuis Amadeus, a fait semblant
d’ignorer.
J’entends le vain peuple qui grogne : Messieurs les metteurs en scène, on vous demande pas de faire la police, on vous demande de faire le boulot. Si Mozart, Haendel et leurs paroliers vous dégoûtent, n’en dégoûtez pas les autres. Dehors, le metteur en scène !
Mais, vain peuple ! le metteur n’a rien à voir. C’est pas lui qui déteste l’opéra. C’est vous. C’est pour vous plaire qu’il intolère. S’il tolérait, vous ne sauriez même pas son nom. S’il avouait à Télérama sa passion de l’opéra, il ne serait ni à Aix, ni à Paris, ni dans Télérama. Il serait à Vérone, à Orange, où l’opéra est un truc qui se chante. Où il distrait et ne compte pas.
Dans les endroits où l’opéra compte, là où il « fait enjeu » comme on dit rue de Valois, le haïr est la condition de son maintien.
Plus lyrique que Warlikowski, tu meurs. Tout ce que Warlikowski touche chante à tue-tête. Ses potes du Nowy Teatr à Varsovie découvriraient son penchant, ils le jetteraient dans la Vistule. Se forcer à haïr, faire mine de haïr, question de survie.
La faute, dites-vous, au directeur qui engage des traîtres pour laver son orgueil dans la controverse ? Mais non ! Pareil : le directeur fait ce qu’on lui demande, rien d’autre. Que veulent entendre le maire, la présidente de région et le ministre ?
« J’addddddore Puccini, confiez-moi votre théâtre ou votre festival » ? Horreur, surtout pas ! Ils veulent entendre : l’opéra c’est nul, je vais vous faire plein de trucs innovants et transgressifs pour pardonner à Puccini d’être Puccini, vous prouver qu’on est comme vous, qu’on s’en fout de Puccini. On veut pas des spectacles, on veut des CAD. Des Causes À Défendre, des dénonciations citoyennes et des articles dans Télérama. Ouf ! soupirent le maire, la
présidente de région et le ministre, nous voilà frères.
Au fait, Monsieur Warlikowski, il était superbe votre scandale dogmatique. Quels visages, dites donc !
Quelle lumière ! Quelle leçon ! Vous réciterez 10 Ave et 30 Pater. Sinon l’été prochain, chorégies d’Orange ! •

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