Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Seniors Dehors !
  • Seniors Dehors !
  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
  • Contact

Recherche

14 avril 2017 5 14 /04 /avril /2017 14:03

« Beurk » : c’est par cette simple onomatopée que le Parisien a résumé son point de vue sur À bras ouverts, le nouveau film de Philippe de Chauveron, le cinéaste de Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? Il est vrai que cette histoire d’un intellectuel de gauche à la BHL (à nouveau Christian Clavier, déjà “héros” du précédent film de Chauveron), pris au piège de ses postures généreuses et contraint d’accueillir chez lui une famille de Roms, a tout pour déplaire à la bien-pensance cultureuse. Intellos bobos hypocrites, Roms voleurs et profiteurs : le film assume sans complexe la caricature, sans peur de choquer les professeurs de morale ni finesse excessive. L’humour est assez convenu, et pas de la dernière subtilité, ce qui rendra la tâche d’autant plus facile à ses détracteurs. "Un film dangereux" et "inacceptable" pour Slate, "du racisme à haute dose" pour Le Monde, qui le juge "nauséabond". Des mois avant sa sortie, le film avait été obligé d'abandonner son titre initial, "Sivouplééé", jugé trop stigmatisant... Il est vrai que cette histoire d'un intellectuel de gauche, Jean Etienne Fougerole (Christian Clavier, déjà "héros" du précédent film de Chauveron), dont la chevelure flottante et la chemise ouverte font irrésistiblement penser à BHL, pris au piège de ses postures généreuses et contraint d'accueillir chez lui une famille de Roms, a tout pour déplaire à la bienpensance cultureuse. Mis au défi d'appliquer la morale généreuse qu'il prône à longueur de débat télé, en hébergeant dans sa vaste propriété quelques uns de ces roms qu'il reproche aux Français de rejeter, Fougerole s'y engage, croyant lancer l'une de ces paroles en lair dont il est coutumier. Mais le soir même, une famille Rom, à l'initiative de son chef Babik (Ary Abittan) flairant le bon coup, le prend au mot et menace de le dénoncer à la presse s'il ne tient pas parole...A bras ouverts

Dans sa description des Roms, "A bras ouverts" assume sans complexe la caricature, sans peur de choquer les professeurs de morale ni finesse excessive - le film, d'un humour prévisible et assez pataud, n'a rien d'un chef d'oeuvre. Dents en or, accent à couper au couteau entourés d'un invraisemblable maelström de poules et de cochons, Babik et sa famille cumulent toutes les tares abondamment prêtées à cette communauté par l'opinion populaire et les usagers de la ligne 1 du métro parisien? Sans être foncièrement mauvais ni même antipathiques (le seul vrai méchant est un Français de souche qui se fait passer pour un Rom pour profiter de la "générosité" de Fougerole), ils sont voleurs, paresseux, profiteurs, envahissants. Caricature à l'eau forte, donc, qui ne se soucie pas plus de nuance que, par exemple, le portrait des cathos coincés de "la Vie est un long fleuve tranquille".. Mais vis à vis de certaines communautés, caricaturer, c'est se moquer gentiment; à l'égard d'autres, ce ne saurait être que stigmatiser.

Bande annonce de A Bras Ouverts sur Allo Ciné

Mais est-ce là vraiment ce qui suscite l'ire de la critique ? Car la satire de la gauche caviar est plus féroce encore. Totalement hypocrite, Fougerole est sincèrement atterré de devoir accueillir ces Roms qu'il n'accepte qu'à la suite d'un chantage, et ne réussit à faire contre mauvaise fortune bon coeur que lorsqu'il comprend qu'adroitement médiatisé, l'épisode est susceptible de faire repartir en flèche les ventes de son livre. Artiste contemporaine inepte, son épouse (Elsa Zylberstein) a plus de mal à dissimuler les hauts-le-coeur que lui inspirent ses hôtes forcés et ses craintes pour ses précieux bibelots, serrés tous les soirs dans l'immense coffre-fort de la cave. Seul leur fils affiche un enthousiasme sincère, sans qu'on sache s'il est dû à son ingénuité ou à son attirance pour la fille de Babik, qu'il sera contraint à la fin d'épouser pour réparer l'honneur de celui-ci...au grand désespoir de Fougerole, secrètement effondré d'être ainsi lié pour la vie à cette famille de bons à rien. 

C'est sans doute, avant tout , cela qui focalisera l'indignation des bobos moralisateurs: leur renvoyer une image d'eux mêmes particulièrement ressemblante et pas franchement reluisante. Or, il n'est sans doute pas de milieu qui pratique autant l'entre soi, la bonne conscience sûre de son bon droit, le gauchisme mondain et le terrorisme intellectuel que celui du cinéma. Et beaucoup d'acteurs ou de cinéastes, prompts dans les médias à blâmer les Français pas assez enthousiastes à leurs yeux vis à vis des immigrés, pourront se sentir visés par le personnage de Fougerole. Comme le dit l'un des professionnels du cinéma que nous avons interrogés à l'occasion de cet article, qui ont tous exigé le plus strict anonymat ! "Donnez moi un exemple d'un acteur qui ait logé chez lui un réfugié ? Je n'en connais pas. Mais bien sûr, je ne connais pas tout le monde..."

Le milieu du cinéma est très en pointe dans ce combat, et pas d'aujourd'hui: on se souvient d'Emmanuelle Béart, en 1996, campant avec les clandestins qui occupaient l'église parisienne de Saint Bernard. Plus récemment en septembre 2015, des artistes conduits par le comédien Alex Lutz signaient un appel à la solidarité en faveur des migrants: Isabelle Adjani, Charles Berling, Dany Boon ou Lorant Deutsch figuraient parmi les signataire.

Le phénomène n'est pas exclusivement français, et partout dans le monde des people sont prêts à prêcher aux populations un accueil inconditionnel dont ils seront pourtant les derniers à devoir supporter les conséquences, protégés par un mode de vie bien éloigné des réalités quotidiennes de leur public: ainsi Jude Law s'est-il offert en février 2016 un joli coup de pub en allant visiter la "jungle" de Calais. Lui aussi étranger aux fins de mois difficiles, George Clooney, à la même époque, s'affichait à Berlin avec Angela Merkel et lançait lors d'une conférence de presse: "Et vous, vous faites quoi pour les réfugiés ?"

Sur les écrans français, on ne compte plus les films faisant l'éloge de la "diversité" (les récents Divines ou Bande de filles) ou l'apologie d'une immigration qui ne peut-être qu'une richesse - le titre de l'un d'entre eux, signé Philippe Lioret, résumant la position unanime du cinéma français sur la question: Welcome. D'autres s'attaquent de manière militante au rejet de l'autre, c'est le cas du récent Chez-nous , de Lucas Belvaux, qui visait explicitement, à quelques mois de la présidentielle, à mettre en garde les électeurs contre le Front National.

Malgré le peu d'efficacité de cette stratégie, la lutte contre le FN reste un marqueur indispensable pour qui veut afficher une belle âme de gauche. Lister les appels d'acteurs ou de cinéastes à faire barrage à Marine Le Pen, ou menaçant de quitter la France en cas de victoire du FN, suffirait à remplir un numéro de VA.

Preuve du décalage politique des célébrités du monde du spectacle avec la population française, une soixantaine d'entre elles se transformaient en novembre 2016 en ultime rustine d'un quinquennat en déroute, pour dire "stop au Hollande-bashing": parmi elles: Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Denis Podalydès ou Gérard Darmon... Le milieu des critiques et des attachés de presse n'est pas en reste: l'auteur de ces lignes en sait quelque chose, qui s'est vu bannir , à deux reprises , des listes de deux attachés de presse différents, qui lui reprochaient ses positions trop à droite...

Christian Clavier et Elsa Zylberstein sur France 5

Alors, tous de gauche dans le cinéma ?

Pas forcément mais comme l'explique un jeune cinéaste qui n'en est pas, "il n'y a que les gens de gauche qui peuvent parler; les gens de droite, on les reconnaît à ce qu'ils ne disent rien".

Ou alors c'est qu'ils n'ont vraiment plus rien à perdre, comme Brigitte Bardot. Mais l'exemple de Gérard Depardieu, pourtant le plus prestigieux des acteurs français en exercice violemment pris à partie après ses déclarations de soutien à Vladimir Poutine, a dû en  faire réfléchir plus d'un ....Comme celui de Guillaume Galienne, rappelé à l'ordre par le milieu pour s'être simplement au moment de l'attribution du César 2016 du meilleur film à Fatima, interrogé "sur le choix de la famille du cinéma français à vouloir tout le temps prôner la diversité". On se souvient d'un célèbre acteur que l'on interrogeait sur les intermittents du spectacle, soupçonnant fortement qu'il ne devait guère être favorable à leur agit-prop pas du tout intermittente: "Mais qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Vous voulez que je me fasse crucifier ?"

Les plus courageux se contentent de critiquer les "intellichiants" (Christian Clavier)  ou de confesser un désamour avec une France " où tout est fliqué" (Gérard Lanvin). Seul à oser tacler la gauche et sa générosité en carton-pâte à longueur de spectacles, Fabrice Luchini prend bien soin de préciser qu'il n'est ni de droite ni de gauche: "Je ne suis pas de gauche parce que je pense que l'homme n'est pas de ce que les gens de gauche pensent qu'il est. Je n'aime pas dans la gauche l'angélisme, l'enthousiasme. je ne suis pas de droite parce qu'elle a oublié qu'il y eut une droite qui n'était pas affairiste, parce qu'elle a oublié les Hussards: Antoine Blondin, Roger Nimier, Jacques Laurent...."

Impossible de se dire de droite dans le milieu du cinéma, alors ceux qui le sont s'abritent derrière le qualificatif "anar", comme le réalisateur Pascal Thomas, qui pourtant ne mâchait pas ses mots dans une récente enquête de l'Express intitulée : " Pourquoi donc le cinéma français est-il de gauche ?": "les films réalisés par les gens dits "de gauche" sont le reflet d'une bien-pensance de nantis qui adoptent le style faux cul de la social-démocrassouille."

Mais, pour le milieu du cinéma, la gauche, c'est le camp du Bien, de la fraternité et de la générosité, la droite celui de l'égoïsme, de la haine et de l'exclusion. Il est donc proprement impensable que le monde de la culture abrite de "ces gens là". "Quand vous êtes à la même table qu'eux, nous explique un producteur, ils n'imaginent même pas que vous puissiez être de droite. je me souviens d'une soirée où des gens qui votent à droite se vantaient de voter à gauche. En fait, pour ce milieu, voter à gauche, c'est voter Mélenchon, voter à droite, c'est choisir Hamon..."

Le basculement, là comme ailleurs, s'est produit en 1968, le moment historique où il est devenu inavouable d'être de droite. C'est ainsi que Mai 68 a fourni aux cinéastes de la nouvelle vague, qui ont commencé très à droite, notamment en compagnonnant avec les Hussards Nimier, Laurent et Blondin dans des revues telles que ARTS ou LA PARISIENNE, l'occasion de se couler dans le moule idéologique dominant, seul Rohmer restant fidèle à ses convictions monarchistes: "En 68, analyse notre producteur, ils se sont déguisés, ils ont découvert la bonne conscience de gauche.". Et Truffaut, Godard, Lelouch interrompirent le Festival de Cannes par solidarité avec les ouvriers en grève....

Bonne conscience dont Cannes et les autres Festivals, où tout un milieu sursubventionné se réunit en tenue de soirée pour célébrer sur grand écran la misère du monde, fournissent une illustration caricaturale. A Berlin en 2016, un photo avait choqué: à l'invitation de l'artiste Ai Weiwei, , Charlize Theron entourée d'autres vedettes pareillement accoutrées, avait recouvert, le temps d'un selfie souriant, sa robe de soirée d'une couverture de survie, en solidarité avec les migrants....

Un geste "généreux" qui ne lui coûtait rien, au rebours des très dispendieux bijoux dont elle était parée. Exemple archétypal d'une militance qui vire à la plus atroce indécence.

Laurent DANDRIEU   in Valeurs Actuelles du 13 avril 2017

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Pages

Catégories