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25 juin 2007 1 25 /06 /juin /2007 15:12
Voici un extrait du chapître "Pêle mêle" dans l'excellent livre de Gaston Kelman, "je suis noir mais je n'aime pas le manioc" 
(Ed. Max Milo 2004) sur ce qui risque d'arriver dans nos classes à force de bons sentiments et de charité repentante dans l'acte éducatif

 

«        Un jour, un professeur m’exprima son étonnement. Elle avait amené sa classe visiter un musée où l’on exposait des ustensiles et autres objets des traditions du monde. Comme elle avait plusieurs enfants d’origine africaine dans sa classe, elle avait cru bon de demander au conservateur de sélectionner les objets des traditions africaines. À son grand étonnement, les enfants noirs avaient détourné leurs yeux de cette collection.

En fait, la première remarque, c’est que ces objets n’ap­partiennent pas à la culture de ces enfants nés et élevés en région parisienne. Même quand ils vont en vacances au pays d’origine de leurs parents, ces objets ne font plus partie du quotidien. Ils sont dans le registre du primitif et je ne pense pas que des adolescents d’une dizaine d’années, blancs ou noirs, de Douala ou de Bordeaux, soient attirés par cette période aujourd’hui surannée. Peut-être ont-ils aperçu ces objets un jour dans l’arrière-pays. Peut-être les trouve-t-on encore dans certaines zones reculées, dans certaines cultures. Mais de là à les imposer à tous les petits Noirs comme des vestiges de leur civilisation, il y a un gouffre à ne pas fran­chir. Les professeurs s’y sont de tout temps essayés.

Mais ceci seul ne justifie pas le désintérêt des élèves, car si ces objets n’ont plus vraiment un usage courant, ils font bien partie d’un patrimoine culturel qui, néanmoins, ne saurait faire la fierté de ces enfants. Pas plus que le continent qu’ils sont sensés représenter.

Chaque fois qu’ils entendent parler de l’Afrique, c’est toujours d’une manière ou d’une autre, à propos de catas­trophes. Ce sont les pandémies, la faim, les guerres, les coups d’État. Parfois, ce continent supposé les attirer et leur être cher, est présenté par les parents comme un lieu de punition: « Si tu n’es pas sage, je t’envoie en Afrique. » C’est comme si, dans mon enfance, je n’avais rien demandé d’autres que d’aller en enfer, ce même enfer dont le prêtre, le catéchiste et mes parents me menaçaient si je mentais.

Kelman.jpgQuand on les amène dans un musée, espace culturel par excellence, ils sont tout à fait en droit d'attendre quelque chose de valorisant. Et que leur montre-t-on? Des calebasses rafistolées et des tam-tams crevés qui pourraient faire le bonheur des anthropologues mais nullement celui de gamins de leur âge, de quelque origine qu'ils soient. De plus, ils sont les seuls à mériter ce traitement, puisque, généralement, personne ne fait ce genre de blague, de tri sélectif à l'intention exclusive des enfants originaires d'autres conti­nents. Je suis sûr qu'aux petits Sud-Américains, on présente les fastes du Temple du Soleil.

J'ai dit au professeur d'essayer autre chose: une exposi­tion reprenant les merveilles du monde qu'elle attribuerait à leurs créateurs ou à leur continent d'origine. Les vestiges de l'université de Tombouctou côtoieraient alors le Tâj Mahal, la tour Eiffel, le tombeau de l'Askia Mohamed à Gao, les pyra­mides inca, les pyramides d'Égypte et la statue de la Liberté. Pour pimenter l'expérience, elle dirait aussi que, selon cer­tains savants, les pharaons bâtisseurs de pyramides, étaient de couleur noire, mais qu'il y a débats à ce sujet.

Le professeur a monté cette exposition. Elle me rap­porta plus tard que les élèves noirs étaient tout simplement déchaînés, survoltés et que les petits Maghrébins, revendi­quant aussi les pyramides d'Égypte parce que basées sur une terre majoritairement musulmane, n'ont jamais réussi à les reprendre aux Noirs qui y tenaient désormais comme à la prunelle de leurs yeux. Un petit Noir déclara d'ailleurs que, désormais, quand il passait près de l'obélisque de la Concorde, il était fier de son continent d'origine. Et Cheikh Anta Diop est devenu le Moïse de ces enfants qu'il a délivrés de la honte d'appartenir à un peuple qui n'avait soi-disant rien apporté à l'humanité' ».

Cheikh Anta Diop (1923-1986 )Nations nègre et culture- Editions Présence Africaine 1954- 1979

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