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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 14:49

" Un mot qui vient bien,
Ça peut tuer ou humilier,
sans qu'on se salisse les mains.
Une des grandes joies de la vie,
c'est d'humilier ses semblables. »

                                                                                                                                       Pierre Desproges

Dans la vie il est des rencontres stimulantes qui nous incitent à donner le meilleur de nous-même, il est aussi des rencontres qui nous minent et qui peuvent finir par nous briser. Un individu peut réus­sir à en démolir un autre par un processus de harcèle­ment moral. Il arrive même que l'acharnement se ter­mine par un véritable meurtre psychique. Nous avons tous été témoins d'attaques perverses à un niveau ou à un autre, que ce soit dans le couple, dans les familles, dans les entreprises, ou bien dans la vie politique et sociale. Pourtant, notre société se montre aveugle devant cette forme de violence indirecte. Sous prétexee de tolérance, on devient complaisant.
Les méfaits de la perversion morale constituent d'excellents sujets de films (Les Diaboliques d'Henri-Georges Clouzot, 1954) ou de romans noirs et, dans ce cas, dans l'esprit du public, il est clair qu'il s'agit de manipulation perverse. Mais dans la vie quotidienne nous n'osons pas parler de perver­sité.

Dans le film Tatie Danièle d'Étienne Chatiliez (1990), nous nous amusons des terreurs morales qu'une vieille dame inflige à son entourage. Elle commence par martyriser sa vieille employée de maison au point de la faire mourir, « par accident ». Le spectateur se dit : « C'est bien fait pour elle, elle était trop soumise ! » Ensuite, elle déverse sa méchanceté sur la famille de son neveu, qui l'a recueillie. Le neveu et sa femme font tout ce qu'ils peuvene pour la combler, mais plus ils donnent, plus elle se venge.

Pour cela, elle utilise un certain nombre de tech­niques de déstabilisation habituelles chez les per­vers : les sous-entendus, les allusions malveillantes, le mensonge, les humliations. On s'étonne que les victimes ne prennent pas conscience de cette mani­pulation malveillante. Elles essaient de comprendre et se sentent responsables : « Qu'avons-nous fait pour qu'elle nous déteste autant ? » Tatie Danièle ne pique pas de colères, elle est seulement froide, méchante ; pas d'une façon ostensible qui pourrait lui mettre à dos son entourage : non, simplement à petites touches déstabilisantes difficiles à repérer. Tatie Danièle est très forte : elle retourne la situation en se plaçant en victime, mettant les membres de sa famille en position de persécuteurs qui ont aban­donné seule une vieille femme de quatre-vingt-deux ans, enfermée dans un appartement, avec pour seule nourriture des aliments pour chien. Dans cet exemple cinématographique plein d'humour, les victimes ne réagissent pas par un pas­sage à l'acte violent comme cela pourrait se produire dans la vie courante ; elles espèrent que leur gen­tillesse finira par trouver un écho et que leur agres­seur s'adoucira. C'est toujours le contraire qui se produit car trop de gentillesse est comme une provo­cation insupportable. Finalement, la seule personne qui trouve grâce aux yeux de Tatie Danièle est une nouvelle venue qui la « mate ». Elle a trouvé enfin un partenaire à sa hauteur et une relation quasi amoureuse se met en place.

Si cette vieille femme nous amuse et nous émeut tant, c'est qu'on sent bien qu'autant de méchanceté ne peut venir que de beaucoup de souffrance. Elle nous apitoie comme elle apitoie sa famille et, par là même, nous manipule comme elle manipule sa famille. Nous, les spectateurs, n'avons aucune pitié pour les pauvres victimes qui paraissent bien bêtes. Plus Tatie Danièle est méchante, plus les partenaires familiaux deviennent gentils et donc insupportables à Tatie Danièle, mais aussi à nous-mêmes.

Il n'en reste pas moins que ce sont des attaques perverses. Ces agressions relèvent d'un processus inconscient de destruction psychologique, constitué d'agissements hostiles évidents ou cachés, d'un ou de plusieurs individus, sur un individu désigné, souffre-douleur au sens propre du terme. Par des paroles apparemment anodines, par des allusions, des suggestions ou des non-dits, il est effectivement pos­sible de déstabiliser quelqu'un, ou même de le détruire, sans que l'entourage intervienne. Le ou les agresseurs peuvent ainsi se grandir en rabaissant les autres, et aussi s'éviter tout conflit intérieur ou tout état d'âme, en faisant porter à l'autre la responsabi­lité de ce qui ne va pas : « Ce n'est pas moi, c'est l'autre qui est responsable du problème! » Pas de culpabilité, pas de souffrance. Il s'agit là de perversité au sens de la perversion morale.Un processus pervers peut être utilisé ponctuellement par chacun de nous. Cela ne devient destructeur que par la fréquence et la répétition dans le temps.
Tout individu « normalement névrosé » présente à certains moments des comportements pervers, par exemple dans un moment de colère, mais il est aussi capable de passer à d'autres registres de comportement (hystérique, phobique, obsessionnel...), et ses mouvements pervers sont suivis d'un questionnement. Un individu pervers est constamment pervers ; il est fixé dans ce mode de relation à l'autre et ne se  remet en question à aucun moment. Même si sa perversité passe inaperçue un certain temps, elle s'exprimera dans chaque situation où il aura à s'engager et à  reconnaître sa part de responsabilité, car il lui est impossible de se remettre en question. Ces individus ne peuvent exister qu'en « cassant » quelqu'un : il  leur faut rabaisser les autres pour acquérir une bonne estime de soi, et par là même acquérir le pouvoir, car ils sont avides d'admiration et d'approbation. Ils n'ont ni compassion ni respect pour les autres puisqu'ils ne sont pas concernés par la relation. Respecter l'autre, c'est le considérer en tant qu'être humain et reconnaître la souffrance qu'on lui inflige.La perversion fascine, séduit et fait peur. On envie parfois les individus pervers, car on les imagine porteurs d'une force supérieure qui leur permet d'être   toujours gagnants. Effectivement, ils savent naturellement manipuler, ce qui semble un atout dans le monde des affaires ou de la politique.  
( à suivre )

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