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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 09:31
Un roman de Yasmina Reza: «Hommes qui ne savent pas être aimés»

Un Adam de l'amer

Par Denis Olivennes

Avec cette réédition d'«Adam Haberberg», la portraitiste de Nicolas Sarkozy [=> La face cachée de Sarkozy] se montre une moraliste désenchantée

Yasmina-Reza_Hommes-qui-ne-savent-pas-etre-aimes.jpg
Cruel miroir que nous tend ce roman, réédition d'un texte publié sous un autre titre il y a six ans. Son héros, Adam (comme le premier de l'espèce), est l'un de ces hommes faits de tous les hommes et que vaut n'importe qui. Même s'il est plus malheureux, dépressif et exaspérant par sa haine de soi que la plupart de ses congénères, il est ce que nous sommes tous sans parvenir à nous l'avouer. Ainsi contemple-t-il le dérisoire de la condition humaine avec une triste lucidité, tandis que nous nous le dissimulons sous de frivoles divertissements.

Ecrivain nul, mari mal aimé, père inaccompli, affligé d'une maladie de l'oeil soudaine et mystérieuse qui est comme la métaphore d'une existence qui s'assombrit, il paraît privé de tout désir, amputé de toute ambition. Pourtant, il proteste faiblement, au long de ce monologue intérieur, contre l'injustice de ce sort qui lui est un refuge. Assis sur un banc en face des autruches au Jardin des Plantes, ayant trouvé ainsi la «position de l'hospice», il croise une ancienne condisciple du lycée, pas vraiment laide et franchement déclassée. Plutôt que de rentrer chez lui subir les algarades de son épouse et les braillements de ses enfants, il décide, le temps d'un dîner kitch à Viry-Châtillon, de tromper l'ennui avec cette banlieusarde. Tromper l'ennui? Non, l'éprouver pleinement.

C'est tout cela, qui n'est rien en même temps, que Yasmina Reza décrit, par de brèves notations impitoyables, de petits faits cruellement vrais: l'insignifiance d'une existence à côté de laquelle on passe, moyenne en quelque sorte, ni tragique, ni comique, ordinaire, plus exactement de deux existences car celles d'Adam et de Marie-Thérèse, quoique antinomiques en apparence, se répondent en miroir, même si le premier choisit un destin que la seconde subit. Dans cette vie anonyme de gens si peu illustres, on sourit sans cesse de la méchanceté des observations, et l'on pleure à l'idée que ce sort, finalement, est le nôtre. Vaine course du temps, qu'on peut remplir parfois d'illusions mondaines, de réussites apparentes et de rencontres amoureuses, mais qui est cependant, à la fin des fins, comme l'existence d'Adam: une dépression, au sens géologique du terme.

Yasmina-Reza_Lhomme-du-hasard.jpg
Née en 1958, actrice, dramaturge et romancière, Yasmina Reza est notamment l'auteur d'"Art" (1994), de "l'Homme du hasard" (1995) et de "l'Aube, le soir ou la nuit" (2007).
On a dit de Yasmina Reza qu'elle était un mélange de Molière et de Woody Allen: satire sociale et raillerie du moi. Ici, c'est plutôt à Cioran que l'on songe, un Cioran qui connaîtrait les ressorts du roman et de la légèreté. Dans sa préface à Chamfort, Camus écrivait:
«Nos plus grands moralistes ne sont pas des faiseurs de maximes, ce sont des romanciers? [...] Ils n'ont pas fait de phrases, ils ont regardé et se sont regardés.»

Cela va à merveille à Yasmina Reza, moraliste gracieuse et tristement amusée. Ces «Hommes qui ne savent pas être aimés», ce n'est pas la gent masculine et ses déboires sentimentaux; c'est l'espèce humaine, que les temps modernes ont désenchantée.

D.O.

«Hommes qui ne savent pas être aimés», par Yasmina Reza, Albin Michel, 260 p., 15 euros.

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