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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 19:41
link  Christian BOBIN invité de la Grande Librairie sur France 5

 

Bobin le très rare. C’est l’antithèse de Frédéric Beigbeder. Christian Bobin appartient à cette espèce en voie de disparition des auteurs vivant loin des médias. Il fait le déplacement du Creusot pour lire son dernier livre « Les ruines du ciel » où il évoque l’aventure janséniste de Port royal contre le faste de Versailles. De Bobin on a aimé « Une petite robe de fête »  et son livre sur Saint François d’assise : Le très Bas. Un écrivain rare.

19h 30 après 30 minutes d’attente la salle Pétrarque bruisse de tous ses fans qui l’attendent , certains ayant déjà son livre en main , d’autres ayant l’un des 52 ouvrages précédents, certains dédicacés et pas encore ouverts. Après la présentation rapide de l’invité par Yann Granjon commence 45 mn de ravissement dans un silence complice et bluffé.

Bobin ouvre par des fragments de livres à naître ou à paraître sous forme de blocs rassemblant des anecdotes, des petites parts de vie. La première  sur « la Sainte des Fraisiers » évoque  une cafetière du Creusot à la robe fraise que Bobin voit en sainte des lieux qui offre des petits moments de convivialité et d’éternité.

Puis vient une longue évocation de sa visite au Musée Fabre de Montpellier : l’allée de platanes noueux du Cours De Gaulle, le hall gigantesque et noir, un tableau de Courbet surpris dans la toute puissance d’un notable montpelliérain sur lequel le regard se focalise sur une bague énorme et qui semble accaparer tout le tableau. Puis vient la salle Soulages  qualifié d’artiste « dense, propre, honnête, sans prétention » Bobin voit dans ses tableaux comme des grandes bêtes vivantes et archaïques. Il y voit « des laves en mouvement où  la souplesse de la lumière rebondit sur le noir aussi doux que la neige » Puis il évoque cette anecdote du gardien noir habillé en noir  qu’il aborde en lui demandant ce qu’il pense de ces œuvres, mais surprise le gardien lui déclare « on n’a pas le droit de dire  ce qu’on pense des tableaux » Ce qui fera dire à un montpelliérain : « Oui mais les Gardiens de Musée changent de section ! »

Vient ensuite un de ces éclairs incongrus de Bobin sur les cloches des tramways de Montpellier qui lui ont fait penser aux clarines des vaches, puis une évocation Allusion brève de la salle d’attente du dentiste de la rue des Martyrs au Creusot où cohabitent une boutique de bonbons judicieusement dénommée « La chique » ce qui fait dire à Bobin que le commerçant et le dentiste sont à coup sur complices ! Alors que Bobin lisait un recueil d’un autre poète rare, Jean Follain , il se livre à un évocation de « la douteuse lumière de la porte vitrée ».

Puis vient une lecture de son dernier roman sur le XVIIè où la langue française est à son sommet : Pascal, la Fontaine…où se chevauchent rencontres insolites de fantômes comme cette « indifférence du temps qui passe » dans le tic tac d’une horloge du XIXè où l’artisan horloger a signé et se trouve affublé par l’officier d’Etat Civil  de la mention « intégralement clochard » André Dhôtel est aussi un de ces écrivains rares et oublié qui a placé dans ses romans des héros marginaux mais lumineux. Bobin se console en apprenant qu’on a donné le nom de Dhôtel à une étoile…

Retour aux "Ruines du Ciel" : Cette haine viscérale et obsessionnelle de Louis XIV envers les Jansénistes ressemble étrangement à celle des régimes totalitaires qui non contents d’arrêter des opposants, de les fusiller, brûlaient leurs corps et répandaient leurs cendres sur les routes pour que les armées puissent circuler sur les chaussées gelées.

Il y a deux Port royal, celui de Versailles dans les marais insalubres et le Port royal de Paris où Mme de Sablé tenait salon jusqu’à sa mort prématurée en 1678.

Bobin glisse alors une anecdote sur le problème des passions exclusives : son problème avec Bach est qu’il est resté « dans un enfermement exclusif dans la perfection » comme dans un Conte de fées qui vous comble.

Dans l’art du coq à l’âne de cet exercice périlleux, Bobin passe alors à l’évocation d’une femme Jacqueline dans cette maison de retraite de Birmingham. « Et puis voilà ça continue… ça continue… »

Viennent alors les questions de Yann Granjon et de la salle et c’est sans doute là que Christian Bobin a fait preuve de sa réelle maîtrise des mots et des images.

Q1 : Pouvez vous nous préciser ce qui vous a intéressé dans l’austérité de Port royal ?

Pas d’austérité dans ce gris ce noir et ce blanc, mais un lieu plein de couleurs. Les cellules sont la preuve de l’amour immodéré du silence. Car la vraie racine de la religion c’est la poésie. les religieuses de Port Royal me font penser à Emily Dickinson . « Vivre sa vie singulière avec une crédulité infantile c’est s’ouvrir à la poésie vraie et authentique »

On est nourri par Pascal qui nous apporte ses clartés pour le présent.

Q2 : Comment avez-vous organisé ce va et vient entre le XVIIè et aujourd’hui… ?

le Mal venait de Versailles, lieu de tous les vices. La poésie est la résistance absolue, ce n’est pas de la décoration pour faire joli mais une lutte à mort avec la mort.

Les Religieuses ont traversé les temps et ont su résister par leur austérité mais aussi leur foi. Echapper à ce monde c’est faire le malin mais on peut faire un pas de côté par l’écriture et la poésie. Les images des poètes ou fous du ciel sont édifiantes, ressuscitantes, plus que celles des Médias qui nous bombardent de fausse images.

Q3 : Comment naissent les images dans la tête de l’écrivain ?

-Je vais prendre le cas de la mort de «  la jeune novice le jour de ses vœux sur la neige de Port Royal  ». Cette image est comme celle des « corps étendus » de Soulages. Il y a toujours une difficulté à déctire le big bang des images qui naissent en moi sur des cintres de papier comme dans un vestiaire. Il faut obéir à ce qu’on voit.

Q4 : Qu’est-ce qui gêne l’écrivain dans l’acte d’écriture ?

Dire sa vie simplement est facile : c’est la parole

L’écrire est plus complexe à cause des références et du barrage mental que l’on met face aux choses. «  La personne qui aimait le plus moi-même c’était moi-même » disait le Gitan de JM Kerliche «  l’Evangile des Gitans »

Gare au style ou aux effets de style : je pense au style funèbre, endormi, convenu comme lors des obsèques  d’une célébrité à la télévision. C’était « un festival de lunettes noires pour ne pas voir l’image de leur mort à venir ! » Le commentaire sobre du journaliste en voix off  aurait dit  du Bossuet !

Q5 : « Prisonnier au berceau » c’est le Creusot voué au paternalisme industriel

Je suis né comme un brin d’herbe sur un timbre poste qui m’a permis de voyager. Le Creusot c’est ma région mentale et écrire c’est me délivrer.

Q 6 : Pourquoi Soulages qui peut paraitre le peintre de  l’anti-lumière ?

Pas d’étiquettes ni de pancartes toutes faites. L’étonnant de cette vie peut être amenée par toutes sortes de messagers les plus improbables et inattendus.

Bobin se laisse éblouir par des toits d’ardoise du XIXè au Creusot. Dans la rue de l’Etang de la Forge ce chef d’œuvre de sinistre, il y trouve des couleurs harmonieuses entre les toits en tôle et les reflets mimosas….

Une vérité de la vie peut venir à l’improviste, surgir comme les nages de la vie avec de drôles de têtes. Après Bach, Armstrong. La Vie nous propose des compagnonnages très curieux, des juxtapositions incongrues, intrigantes mais précieuses.

Quand je repense à Soulages au Musée Fabre, je vois des peintures en souffrance dans ce Musée comme éphémères et prêtes à se libérer.

Q 7 : Quelle est cette fraternité entre les gens de parole et le peuple de l’oral ? 

Jean Marie Kerliche dans les « Jours simples » ou dans « l’Evangile du Gitan »est un auteur en souffrance, marginal, un cerveau illuminé.

Il m’aura fallu 52 livres pour me libérer et ce n’est pas encore fini…

En recevant 20 questions de la traductrice de « Prisonnier au berceau » en grec, je me suis dit que c’est pour cela que j’écris et j’ai eu le vertige en les lisant…

Jean Grosjean a très bien défini les places respectives du Lecteur et de l’auteur. Le lecteur prend le livre et fait un travail de résurrection. L’Ecriture est comment dire…. ?

Je pense à Stevie Wonder ce musicien aveugle qui exprime tellement sa joie et son enthousiasme  qu’il  donne de la lumière. L’œuvre est faite par un aveugle pour donner la lumière… comme dans cette anecdote que je viens de vous donner  sur ma visite au Musée Fabre. 

A un ami poète et réalisateur de France Culture qui présentait son livre sur la station généraliste d’Europe n°1 , je lui a répondu sur son étonnement de savoir que l’avais entendu sur cette antenne, « La vérité n’habite pas seulement sur France Culture, mais aussi sur Europe 1 ou RMC » .Mais je n’ai pas le sens de la répartie, et pratique l’esprit d’escalier.

Q 8 : Parlez nous de la souffrance de l’écrivain ?

Christian Bobin a recours alors à une image du rouge gorge dont la poitrine en feu doit chanter même faux et jusqu’à la fin de ses jours. L’écriture est une fête intime et joyeuse et réjouissante.  Allusion à Flaubert.

La Parole doit être droite, simple, inspirée. Qui n’a jamais lu Maitre Eckart  et les grands mystiques.

Le langage est une fête à partager par tous qui n’est pas réservé à quelques uns. Le langage guérisseur comme une main qui se pose sur votre épaule !

Je suis comme un écorché vif qui déchire ses petits bouts de secrets.

  Revoir Christian Bobin parlant de son livre "Les ruines du Ciel" dans la Grande Librairie sur France 5

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