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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 23:02

Hitchcock, Noël était presque parfait 4/4 : comment Vertigo peut changer votre vie 

France Culture 29.12.2011 - 10:00  Réalisation: Mydia Portis-Guérin
Adèle Van Reeth reçoit Jean-Pierre Dupuy, philosophe, enseigne à l'Université de Stanford à propos de Vertigo et du commentaire que ce dernier lui a consacré dans La marque du sacré.
Extraits :

- Hitchcock, "it's not the story, it's what you do with it"

- Hitchcock, Vertigo, "it's too late"

- Hitchcock, Vertigo, "the real wife, not you"
novak-and-hitchcock.jpg 
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- "If you loose me, you know thatYou believe that I love you ?" (Croyez-vous que je vous aime ?)
- Yes ! (Oui !)
 - "I love you and wanted to go the one loving" .( Et si vous me perdez, vous vous souviendrez que je vous ai aimé et que je voulais continuer à vous aimer.)
-  "I'don't want to loose you".
Scotty  est amoureux et donc il ne veut pas admettre qu'il va la perdre.
Cette forme d'amour est bien particulière , c'est peut-être la forme d'amour de tout homme pour une femme impossible.
C'est à dire une forme d'amour qui n'est pas tant suscité par la femme elle même que par ce que l'homme y voit, ou ce dont il investit cet objet, c'est à dire la femme  elle même.
Quelqu'un comme Denis Girard dirait que c'est du désir mimétique mais ici il n'imite pas l'amour de quelqu'un d'autre , il serait inexact de dire que Scotty désire Madeleine parce qu'elle est la femme de son mari Gaby Nelser. S'il désire madeleine c'est parce qu'elle lui paraît complètement inaccessible. pendant la première demi heure du film, c'est un film muet car Madeleine ne sait pas qu'elle est suivie.
Qui est ce "je" qui parle dans la bouche de Madeleine ? Madeleine est un personnage de fiction dans la fiction comme tous les personnages d'Hitchcock dans Vertigo. .
Une femme extrêmement belle, sophistiquée, très maquillée, un tailleur gris strict alors que Judy Barton est une fille du Kansas déguisée en Madeleine, qui sacrifie son identité et jusqu'à sa vie en se jetant de la tour, à l'amour qu'elle a pour Scotty frappé de vertige.
D'un amour qui meure, quelle que soit l'amertume,,la rage qui suit,on pourra dire que l'amour aura eu lieu.
Madeleine pour Scotty n'aura jamais existé puisqu'elle est un personnage de fiction. Chez Platon, il y a l'idée et l'incarnation de cette idée et l'artiste ne fait que recopier une idée de l'idée elle même. 
Dans le dernier tiers du film quand Scotty découvre que Madeleine n'existe pas,il découvre mais cette vérité est trop horrible pour qu'il la fasse vraiment sienne,et progressivement il découvre qu'il était amoureux d'une femme qui n'existait pas. Sa manière de s'en sortir face à l'horreur morale,est de faire de Judy Barton la Madeleine que déjà Gaby Elster avait faite. Mais quand Scotty découvre la supercherie il rejette Judy car il est amoureux de  Madeleine dont il sait à ce moment là vraiment qu'elle n'existe pas et quand Judy découvre cela, elle n'a plus qu'une seule solution, se suicider.
"Le possible est l'effet combiné de la réalité une fois apparue et d'un dispositif qui la rejette en arrière. L'idée immanente à la plupart des philosophies et naturelle à l'esprit humain de possibles qui se réaliseraient  par une acquisition d'existences,est donc une illusion pure.Autant vaudrait prétendre que l"homme en chair et en os,provient de la matérialisation de son image aperçue dans le miroir, sous prétexte qu'il y a dans cet homme réel,tout ce qu'on trouve dans cette image virtuelle, avec en plus la solidité qui fait qu'on peut la toucher,mais la vérité est qu'il faut plus ici pour obtenir le virtuel que le réel,plus pour l'image de l'homme que pour l'homme même, car l'image de l'homme ne se dessinera pas,si l'on ne commence par se donner l'homme et il faudra de plus un miroir". BERGSON 

"Scotty n'aime pas vraiment Madeleine, il la désire, et cela est montré dans les derniers dialogues au sommet de la tour à la fin du film. Ce qui émeut Scotty dans ce moment de révélation,ce n'ets pas que Judy était la maîtresse d'Elster, c'ets que lui Scotty a refait en moins bien ce qu'Elster a déjà fait disons que Scotty a été la proie du désir mimétique, il a désiré Madeleine que parce qu'elle était possédée par un autre non pas Elster mais Carlotta.La révélation pour lui n'est pas théorique mais pratique, il n'a désiré qu'une image fabriquée par un autre, cela il le comprend de l'intérieur puisqu'il a à son tour fabriqué la même image. Que Madeleine ne fut rien d'autre qu'une image,il le sait parce qu'il se trouve l'avoir copiée servilement" (JP Dupuy)

vertigo21.jpg
On ne peut pas dire que l'amour de Scotty pour Madeleine est un véritable amour,il aime une image dès le départ avant même qu'il sache que Madeleine est une fausse Madeleine, de même que nous n'aimons tous que des images. Nous les hommes sommes peut-être tous des Scotty, quand nous aimons une femme, quand nous l'aimons avec passion, nous aimons une image dont la réalité est sujette à caution.

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 Ciné-Club de Caen :
Vertigo contient, à l'état de condensé poétique, psychanalytique et métaphysique, tout ce que le cinéma peut offrir : une histoire d'amour, un récit d'aventures, un voyage que les personnages entreprennent au fond d'eux-mêmes, une énigme policière dont l'auteur se plaît à révéler la solution trente minutes avant la fin. Comme à son habitude, Hitchcock enserre le spectateur dans l'intrigue au point qu'elle devient aussi énigmatique que la réalité elle-même.

Admirer le film (qui est assurément l'un des plus admirables qu'on puisse voir) et l'analyser c'est plus encore qu'analyser l'auteur, s'analyser soi-même dans le sens psychologique et psychanalytique du terme. Ainsi vertigo est, dans l'amour et l'admiration qu'on peut lui porter, une œuvre si privée qu'elle invite au silence et à la méditation plus qu'au bavardage, comme un journal intime qu'on n'aurait pas du lire.

Il n'y a pas un fil rouge dans le film mais plusieurs, qui s'entrecroisent indéfiniment : le crime (qui abolit pour celui qui y est mêlé tout avenir), la nécrophilie, l'illusion, le sentiment amoureux. Sur le sentiment amoureux, Hitchcock a tressé d'infinies variations. Ce sentiment est souvent, dans son œuvre, sentiment d'infériorité, voire d'indignité. Ici tous les personnages l'éprouvent dans ses différentes composantes à un moment ou à un autre de l'intrigue ; le personnage de Midge en fournit le contrepoint caricatural (et totalement désespéré).

L'histoire principale des deux héros de Vertigo tient en ceci que, même dans l'amour, ils ne se rencontreront pas. Quand il est enfin sorti du piège des illusions qu'il se faisait sur elle, Ferguson tue celle qu'il aime (c'est à peu près le sens de la scène finale). Quand elle a à peu près tout fait ce qui était en son pouvoir pour rejoindre Ferguson, Madeleine-Judy le perd. L'un et l'autre se perdent avant de se trouver. La morale, évidemment, et le crime auquel a participé Judy resteront éternellement entre eux comme un obstacle insurmontable.

Ce cache-cache tragique unit l'extrême sensualité et proximité physique des personnages (l'interprétation de Kim Novak a été reconnue comme l'une des plus animales de tout le cinéma américain) à une non moins extrême cérébralité, puisque tout le film est aussi le récit des gesticulations mentales de Ferguson pour appréhender l'être de Madeleine-Judy qui lui échappera dans la mort au moment où il croira l'avoir trouvé.

Pour rendre sensible - et en même temps impénétrable- au public cette histoire de vertige et de chute plus forts que l'amour, Hitchcock a usé de tous ses trucs, certains médités depuis quinze ans (l'effet de vertige ressenti par le héros dans la tour). Ils sont comme les rimes d'un poème, visibles, décelables faites pour être repérables mais aussi pour s'abolir à la fin dans la magie déchirante de la musique qu'elles ont aidé à produire. Jamais dans aucun film le cinéma n'a été autant fabrication et confession, spectacle et intimité.


La couleur

Les trois couleurs primaires lumière : le rouge, le vert et le bleu sont utilisées de manière expressionniste et marquent le spectateur qui reste imprégné de cette expérience comme le sont les deux personnages principaux par leur histoire. Le filtre rouge est utilisé dès le générique, il réapparaît lors du cauchemar de la fin de la première partie, il est la couleur dominante du bar dans lequel Scottie rencontre Madeleine pour la première fois, c'est aussi la couleur du pont de San Francisco sous lequel tente de se noyer Madeleine c'est enfin la couleur du bijou fatal. Le vert est la couleur de la robe portée par Madeleine lors de cette première rencontre, la couleur de sa voiture. C'est la couleur des morts qui sera utilisée comme telle dans les fameuses séquences de la seconde partie éclairées par l'enseigne au néon de l'Hôtel Empire, c'est aussi la couleur du gazon du cimetière et de celui de l'église espagnole où auront lieu les deux chutes. Le bleu, couleur plus bénéfique du ciel et de l'eau, présente des occurrences moins nombreuses.



La spirale

La figure de la spirale, utilisée comme telle dans le générique, revient comme un leitmotiv. C'est le chignon de Carlotta Valdes et de Madeleine, c'est l'escalier en spirale, c'est le parcours de la voiture de Madeleine se rendant chez Scottie en tournant autour d'une tour repère. C'est le tronc du séquoia où Madeleine situe sa propre mort. La spirale évoque le cheminement de la vie. Elle tourne autour de la vérité, du centre, s'en approche, puis s'en éloigne, selon le sens dans lequel elle se déroule. Elle provoque le vertige.
           
 
 

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