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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 15:50

Alors,  le contact  humain,  la chaleur  humaine,qu'en faites-vous ?
Ce  que  les  hommes  ont  à communiquer  entre eux,  la science et l'art,  ils ont bien des moyens d'en faire  l'échange. J'ai reçu d'eux plus de choses par  le livre  que  par  la  poignée  de main. Le  livre m'a  fait connaître  le  meilleur d'eux-mêmes,  ce  qui les prolonge à  travers  l'Histoire,  la  trace  qu'ils  laissent
derrière eux.
Mais combien d'hommes ne  laissent pas de  trace écrite et qu'il serait  enrichissant de connaître? Ceux qui  souffrent  et travaillent  n'ont  point le  temps d'écrire.
- Oui, mais est-on sûr que la prise de contact avec ceux-là est  empreinte  du  seul  souci  de  la connaissance et  de  la  participation  au  transport  de leur  croix ?  Le  paternalisme,  le  narcissisme,  la recherche  de  la  dominance,  savent  prendre  tous  les visages. Dans  le contact avec  l'autre on est toujours deux.  Si l'autre  vous  cherche,  ce  n'est  pas souvent pour vous trouver, mais pour se trouver lui-même, et ce que vous cherchez chez  l'autre c'est encore vous.
Vous ne pouvez pas sortir du sillon que votre niche environnementale a  gravé  dans  la cire  vierge  de votre  mémoire  depuis sa  naissance au  monde  de l'inconscient. Puis-je dire qu'il m'a été donné parfois d'observer de ces hommes qui, tant en paroles qu'en action,  semblent  entièrement  dévoués  au  sacrifice,mais  que  leurs  motivations  inconscientes  m'ont toujours  paru  suspectes.  Et  puis  certains,  dont je suis, en ont un jour assez de ne connaître l'autre que dans  la  lutte  pour  la  promotion  sociale et la recherche de la dominance. Dans notre monde, ce ne sont  pas  des  hommes  que  vous  rencontrez  le  plus souvent,  mais  des  agents  de  production,  des professionnels.  Ils  ne  voient  pas  non  plus  en vous l'Homme,  mais  le concurrent,  et  dès  que  votre espace gratifiant entre en interaction avec le leur,  ils vont tenter de prendre  le dessus, de vous soumettre.
Alors, si vous hésitez à vous  transformer en hippie, ou à vous droguer, il faut fuir, refuser la lutte si c'est possible.  Car  ces  adversaires  ne  vous  aborderont jamais seuls.  Ils s'appuieront  sur  un groupe  ou une institution. L'époque de la chevalerie est loin où l'on se  mesurait  un  à  un,  en  champ  clos.  Ce  sont les confréries  qui  s'attaquent  aujourd'hui  à  l'homme seul,  et  si  celui-ci  a  le  malheur  d'accepter  la confrontation, elles sont sûres de la victoire, car elles exprimeront le conformisme,  les  préjugés,  les  lois socio-culturelles du moment. Si vous vous promenez seul  dans  la  rue,  vous  ne  rencontrerez  jamais  un autre homme seul, mais  toujours une compagnie de transport en commun.
Quand  il  vous  arrive cependant  de  rencontrer  un homme qui accepte de se dépouiller de son uniforme et de  ses galons, quelle  joie! L'Humanité devrait  se promener  à  poil,  comme  un  amiral  se  présente devant son médecin, car nous devrions  tous être  les médecins  les  uns  des  autres. Mais si  peu  se  savent malades  et désirent  être  soignés! N'ont-ils  pas suivi très  fidèlement les  règles  du  livre  d'Hygiène et  de Prophylaxie  que  la  société  bienveillante a  déposé dans leur berceau à la naissance ?
Cette  distinction  que  j'ai  faite au  début  entre  le réel  et l'imaginaire,  nous  la  retrouvons  au niveau d'organisation  des sociétés.  Les  rapports interindividuels qui s'établissent en  leur sein, fondés sur  le  fonctionnement  du  système  nerveux  humain en situation sociale et qui aboutissent aux hiérarchies professionnelles  et  aux dominances,  sont  bien  réels et  vécus  comme  tels.  Mais  le  fonctionnement
nerveux  est inconscient  de  ses sources structurelles innées et acquises.(...)

ELOGE DE LA FUITE  - HENRI LABORIT- Essais Folio Gallimard

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