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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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27 février 2011 7 27 /02 /février /2011 00:04


En multipliant les échanges, les réseaux sociaux contribuent au dynamisme intellectuel des seniors
Psychologie
Paul Thielen est belge, possède un humour très british et attire des amis du monde
entier sur Facebook. « J’en ai entre 800 et 900», dit-il, ajoutant avec coquetterie que la plupart de ces membres sont venus le chercher.
Chaque matin, avec quelques copains du réseau, ce neurobiologiste de 72 ans participe aumême rituel.Un premier ami, vers 6h30,envoie un message immuable :
«Je bois mon café dans une jolie tasse de Limoges. » Un autre répond par un poème. Un troisième, Jacques Mercier, animateur célèbre en Belgique, assène alors sa maxime du jour. Paul Thielen y va parfois de sa petite phrase.
Un jeu de rôle qui réjouit le septuagénaire, incapable de chiffrer ses heures passées sur le réseau social. « Je dors cinq heures par nuit, allume mon ordinateur à 6 heures, et il reste ouvert jusqu’à minuit, explique-t-il. Ma génération a été gâtée. Elle est celle de l’ADN, de la télévision, de l’accompagnement de la naissance et de la mort et…des réseauxsociaux.»Cette dernière révolution lui a permis «de retrouver d’anciens étudiants
devenus partenaires, amis et parfoismaîtres à penser». Il suit ainsi avec passion l’agenda d’une jeune députée européenne qui envoie sur le réseau des comptes rendus détaillés de ses missions internationales. Facebook lui permet d’échanger également des moments d’émotion, « comme pour la mort de Jean Ferrat », événement qui a créé, au sein de son réseau d’amis, «une véritable ferveur».
Le réseau social mondial comme élixir de jouvence ? Pourquoi pas, répond le psychiatre Roland Jouvent, auteur du livre Le Cerveau magicien (éd. Odile Jacob,2009). Le recours au réseau social «peut êtreune clef pour éviter l’appauvrissement, le rétrécissement
des échanges qui fait vieillir très vite après le départ à la retraite »,
explique-t-il. Selon ce spécialiste des nouvelles technologies, dirigeant le centre émotion à la Pitié Salpêtrière à Paris, « l’échange entre les individus est beaucoup
plus stimulant d’un point de vue neuronal que l’activité solitaire, fût-elleintellectuelle, comme lalecture ou les mots croisés. Et ce,même par technologie interposée,note-t-il. Les réseaux sociaux non seulement soutiennent l’éveil,
mais enrichissent sur le plan de la métacognition, qui consiste à savoir prendre en compte plusieurs référentiels à la fois. On est obligé de se mettre à la place de
l’autre.» Facebook, comme les autres communautés virtuelles, présente un autre avantage de taille. Il permet de nouer des liens sans avoir à se déplacer, une action bien plus
compliquée avec le grand âge. «Facebook ne dénonce pas la perte de mobilité, la lenteur d’écriture. Il se fait complice de l’image jeune préservée sur le profil », ajoute, tel
un aveu, Paul Thielen. Le docteur Galit Nimrod, chargée de recherche au centre multi-disciplinaire du vieillissement à l’université Ben-Gourion de BeerSheva, en Israël, souligne, elle aussi, les bienfaits des échanges sur le Net. Cette scientifique a suivi pendant un an l’activité de 14 des plus importantes communautés en ligne et a publié ses résultats dans la revue britannique The Gerontologist,en novembre2009. Il en ressort que ces communautés «peuvent apporter un soutien social,contribuer à l’auto-préservation et servir à la découverte de soi et de sa propre évolution», contribuant ainsi «au bien-être des personnes âgées».
Une conclusion scientifique que ne renierait pas Nicole Baudet qui porte haut ses 72 ans et demiCheveux teints en rouge, cette professeur de slam auprès d’enfants
de CP à Saint-Denis est «accro à Facebook» depuis juillet 2010, au point d’y passer entre 3 et 5heures par jour,«souvent jusqu’à une heure du matin», précise-t-elle. Son
mari se dit dépassé. Dans cet espace devenu «un véritable lieu de vie», elle raconte ses joies, ses peines et ses souvenirs. «J’ai mis les photos de ma mère, de mon père
qui fut prisonnier de guerre et de mes quatre enfants ». Une façon
d’ancrer les fondamentaux familiaux et de les faire partager à ses descendants. «Ce sont mes petits-enfants qui m’ont poussée à aller sur le réseau», avoue-t-elle.
Combien sont-ils, ces septuagénaires qui se sont emparés d’un réseau qui n’avait pas été imaginé pour eux? Difficile d’obtenir des informations par Facebook, aussi peu communiquant que Google à ses débuts. Tout juste sait-on, selon Richard Allan, directeur des affaires publiques pour l’Europe,que les plus de 35 ans « représentent la catégorie qui connaît la plus grande croissance ». Selon l’observatoire des usages Internet de
Médiamétrie, 6,5% des plus de 65 ans enFrance (soit 700000personnes) avaient un compte Facebook en décembre2010, une proportion qui a doublé en un an. Cette tendance se retrouve aux Etats-Unis où 4% des plus de 74 ans étaient membres d’un réseau social en 2008. Cette proportion a quadruplé en 2010.
A l’heure des foyers éclatés ou recomposés, ces retraités branchés reprennent par Facebook une place dans un jeu familial parfois complexe, sans avoir la pesante
impression d’imposer un coup de fil. «Cela me permet de rester en contact avec mes neuf petits-enfants, qui ne me téléphonent jamais, de connaître leurs amis, de voir les photos de leurs sorties sans m’immiscer dans leur vie», reconnaît Monique Litvinoff, 73 ans.
Mais la présence familiale de ces seniors n’est pas seulement passive. Danielle Bertrand, 70ans,admet que «Facebook [lui] permet de tenir un rôle qu’il n’est plus trop possible de jouer avec l’éloignement ». Cette agrégée d’histoire basée à Nîmes,qui ne voitque rarement ses petits-enfants et neveux,a ainsides contacts quasi hebdomadaires«par l’intermédiaire de leurs murs [lespages personnelles sur le profil Facebook]. J’ai l’impression de mieux les comprendre ».Ces échanges peuvent être également l’occasion de distiller en douceur des conseilsd’aînés.«Mon petit-fils affichait sans limite sa vie personnelle, son amour pour une fille,puis sa rupture. Je lui ai dit que cela ne se faisait pas. Il a arrêté depuis. » Un rôle d’autant plus intéressant que ce petit-fils a invité sa grand-mère à le rejoindre sur Facebook… mais pas sa mère, qui n’a donc pas accès
à cette part d’intimité.
Laure Belot in Le Monde du 27-28 Février 2011

Ces septuagénaires branchés reprennent par FaceBook une place dans un jeu familial parfois
complexe

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