Et cette prégnance de l’activité professionnelle s’accentue d’autant plus que la logique capitaliste exige un marché qui s’approfondisse sans cesse en
inventant de nouveaux biens et services. Toutes les activités et les rôles sociaux sont ainsi convertis en marchandises incontournables, et se trouvent vidés peu à peu de leur sens. Autour du
travail marchand, c’est un véritable désert social. Tous les membres de notre société se trouvent ainsi de plus en plus propulsés économiquement mais aussi socialement, symboliquement, vers le
travail marchand. Être privé d’emploi est source d’une réelle souffrance identitaire. Mais avoir un emploi, c’est être confronté à des exigences d’engagement total de soi pour la cause de son
entreprise, qui enrôle la subjectivité et impose une mise à contribution de la vie privée et familiale (disponibilité, flexibilité et mobilité sont requises). Cet engagement débouche souvent sur
des conflits de valeurs, et pousse à exceller dans des directions qui peuvent nuire à la société : esprit exacerbé de compétition, de concurrence, stratégies pour tenir ses objectifs et
obtenir des primes à tout prix, instrumentalisation de l’autre, rapport narcissique à son travail. Le travail modernisé ne s’éloignerait-il pas de plus en plus de la société ?
(*) Auteure de Travailler sans les autres ? Éditions du Seuil, 2009.
"Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés" (Pearson)
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