Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Seniors Dehors !
  • Seniors Dehors !
  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
  • Contact

Recherche

18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 18:19

L'invention du solitaire dans et par la littérature par Dominique Rabatet

( Coll. Modernité)


Les Nouveaux Chemins de la Connaissance  France Culture - 18 Octobre 2011

Quoi de plus convenu et de plus paradoxal que la solitude de l'écrivain,on n'imagine pas écrire au milieu de la foule,en tendant l'oreille, créer au milieu d'un groupe et pourtant ce sont les êtres autour de lui qu'il décrit, c'est l'humanité et l'empathie ou le dégoût qu'elle lui inspire qui bien souvent guide son travail, en cela l'écrivain est la figure type du solitaire qui ne désire rien tant que d'être seul, mais puise son inspiration dans l'observation des autres et écrit pour être lu par ces mêmes personnes. Etre avec autrui pour mieux être seul quitte à prendre le risque de rencontrer comme le dit Guitry,ces personnes qui augmentent votre solitude en venant la troubler.
La figure de l'écrivain est presque automatiquement celle du solitaire si l'on pense à Flaubert, Kafka,Beckett...
C'est autourde Rousseau que quelque chose change, c'est à dire que l'idée de littérature comme littérature devient autre chose que les belles lettres, impose que l'écrivain soit dans la rupture de la communication. L'écrivain c'est celui qui écrit en différé en l'absence du lecteuret donc il y a une façon de s'absenter.
Rousseau cristallise ce débat; Diderot dit "Un homme solitaire est un homme méchant" alors que toute la fin de l'oeuvre de Rousseau est un plaidoyer pour dire qu'on peut être seul et bon,on peut être seul et condamné à la solitude, mais d'une certaine manière cette solitude est féconde parce que c'est le lieu même de la réinvention de soi, des autres et d'une meilleure société.
La Figure du solitaire a été inventée.Bien sûr il ya avit les solitaires de port Royal, les anachorètes,on a beaucoup de solitaires dans la religion notamment chrétienne des premiers temps mais je crois que ce qui se passe avec Rousseau et juste après Rousseau,c'est plutôt l'idée d'une sorte de divorce essentiel entre l'individu et la société. Rousseau est le premier temps archéologique d'une histoire de la solitude comme fondement de la littérature,mais c'est le Romantisme qui va d'une certaine manière agraver les choses et ouvrir ce qui est pour moi le régime moderne de l'individualisme c'est à dire une sorte de conflit permanent entre la revendication d'être son propre lieu d'autonomie, donc une forme d'individualisme en tant que "je suis coupé des autres" et en même temps une sorte de douleur de cette coupure donc une sorte de rapport problématique entre individu et collectivité.C'est l'image de Chateaubriand cheveux aux vent dans la nature puis celle de Flaubert enfermé à croisset ou Kafka dans sa cave etc...
Il y a une sorte de sésession qui peut prendre toutes formes de dimensions politique, ça peut-être une forme de refus de son temps, le geste est politique sans qu'on puisse lui donner une signification univoque.Il y a toutes sortes de manières de faire sesession.
Nouvelle Revue de Psychanalyse: "Etre dans la solitude":il y a une douleur psychique de la solitude mais il ne faut pas oublier la conquête des possibilités de s'isoler et de vivre seul, il ya bien un choix de la solitude, une manière de retrait. C'est dans la lecture qu'on peut s'isoler;, il suffit de regarder dans le métro, la lecture est une refuge personnel, comme l'écoute de la musique est un espace à soicomme mise à l'écart du groupe, à la fois passive et aussi une intolérance à l'indifférence.;
Lecture :1ère Promenade des Rêveries du promeneur solitaire de JJ Rousseau où on a une affirmation de revendication de solitude blessée. "Me voici donc seul sur la terre" il semble tirer une certaine fierté de cette solitude mais en même temps il souffre de cette mise à l'écart on on a donc là toute l'ambivalence de ce geste du solitaire. La question qui se pose est de savoir dans quelle mesure le solitaire qui s'affirme comme tel,n'est pas de mauvaise foi,en essayant d'incorporer ce dont il est victime.Si c'est la société qui le rejette alors il est facile pour lui de dire non, c'est moi qui la rejette.Il est plus victime que héros de sa solitude.
C'est un texte inaugural de l'apparition de quelque chose d'entièrement nouveau à plusieurs titres: c'est la conversion d'une exclusion en une sorte de liberté qui est une sorte de retournement subjectif absolument admirable, la discussion n'est jamais finie avec Rousseau de savoir s'il était complètement paranoïaque, il l'est certainement mais il y a une radicalisation magnifique: "Seul sur la terre" c'est énorme,car on sait bien sûr que Rousseau n'est pas seul sur la terre,qui est peuplée d'un certain nombre d'individus,mais dans ce retournement l'autre chose que je trouve vraiment capital est cette phrase des Confessions, "je forme une entreprise qui n'eut jamais d'égal" il ouvre la voie à toutes les écritures du Moi au XIXème siècle, c'eyts à dire que le deuxième geste qui accompagne cette revendication,c'est une sorte d'enquête philosophique mais qui n'est pas philosophique au sens cartésien, mais plutôt existentiel faudrait-il direc'est à dire finalement, rendu à moi même, qui suis-je ? Et ce geste la ouvre l'écriture autobiographique que Rousseau a déjà pratiqué dans les Confessions, l'écriture du Journal intime au XIXè siècle et  toutes ces écritures de Soi qui vont accompager le XIXè: cette phrase de Maine de Biran : "Sentir sa vie c'est toucher le fond de ce qu'il y a de plus solitaire dans l'être humain" ou une phrase d'Emmanuel lévinas: "le sentiment d'exister est ce qui fait de nous des monades" (l'impartageable c'est l'exister propre à chacun) et cette dipension la va devenir l'exploration par l'écriture. Dans les Rêveries il y a une sérénité et un plaisir d'être soi avec soi qui est très impressionnante et qui fait que c'ets un texte tout à fait magique.Dans la Vè Rêverie, Rousseau parle de cette paix et de cette sérénité quand il est sur le lac St Pierre en Suisse, qu'il sent en lui ce sentiment d'exister qui va de pair avec ce contentement.
Est-ce qu'on peut dire que le geste de l'écrivain solitaire serait non pas tant le rejet des autres,que la quête d'une identité dans ce retour sur soi. L'écriture impose ce mouvement intérieur qui par définition vous coupe des autres.
Pourquoi ce moment de solitude exige-t-il de s'écrire.Beaucoup de gens sont seuls et n'écrivent pas.
Il y a ce besoin de médiatiser l'immédiat sentiment de se sentir soi comme destinataire et je trouve Rousseau un auteur très intéressant pour ça, car on voit très bien dans les Rêveries, cet espèce de mouvement. cette solitude n'est pas simplement un rapport d'être un mais elle est déjà un rapport d'être un pour soi,et en quelque sorte elle reforme toute une sorte de théâtre dinterlocution ou de dialogue de polyphonie comme chez Beckett.A peine est-on seul,qu'on est ausi avec ses proches avec son histoire familiale, avec toutes sortes de choses qui se mettent à dialogueret des oeuvres comme celles de Thoreau, Walden. L'écrivain solitaire est aussi une sorte de repeupleur. Il s'éloigne des autres pour mieux les décrire, le fond de son oeuvre c'est l'existence humaine, c'est l'Humanité,qu'il y adhère ou qu'elle lui inspire du dégoût.
N'y a-t-il pas une mauvaise foi dans l'homme qui a été rejeté, on sent la douleur mais aussi qui s'est peut-être mis dans la position d'être rejeté par les autres, et en même temps, le fait qu'il l'écrive, montre qu'il veut recréer le monde à partir de son écriture, il y a une forme de narcissisme déguisé,et d'idéalisme, l'écrivain solitaire veut créer le monde a son imageà partir des autres.
Il y a quelque chose qui ne peut pas trouver de solution dans la position de l'individualisme et de la solitude, les écrivains disent ce rêve d'autarcie: si on était suffisant à soi même, comme le dit Pascal ou Guitry (c'est à dire Dieu d'une certaine façon), c'est parfois un fantasme régressif.
L'autre pôle serait en sociabilité entièrement heureuse et Rousseau c'est ne l'oublions pas l'auteur du Contrat Social,de la Nouvelle Héloïse, a inventé l'idéal d'une petite société, ou on est à la fois seul et en compagnie.Rousseau n'est pas encore le solitaire romantique, il en a la verve et ouvre la brèche d'une certaine façon, mais les Rompantiques et Chateaubriand en feront autre chose que Rousseau qui appartient encore au XVIIIè, et des textes futurs vont agraver cela comme Olivier Cadiot un Robinson bavard où la  drôlerie du solitaire veut être seul avec soi même et congédier le monde, et en même temps de mouvement panique, dans cette espèce de solitude dont on ne peut pas sortir, dans une angoisse du soliloque.

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Pages

Catégories