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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 15:26



Le  soleil  ouvre  ses  mains  derriere  les  rideauxlatinalma-jean-pierre-mas.jpgJean-Pierre Mas n’est pas  un  voyageur.   Encore  moins  un  touriste.   Et pas du tout  une personne déplacée. Jean-Pierre_Mas.png

Aussi bien que Sheyla Costa,Sheyla-Costa.png

Elvita Delgado,  Juan José Mosalini,  tous trois traversés  par  leurs  racines  comme  par  un  autre  réseau  de  veines,  aussi  bien  que Pierre Barouh, lequel est peut-être bien, selon son rêve, « le Français le plus brésilien de France », il serait plutôt  un scaphandrier de lui-même.

Ce disque  est son ultime  révélateur.   Le bain  où, sous la lampe inactinique,  des formes et des fumées se rassemblent pour faire apparaître un visage, différent  du vrai mais plus vrai que lui.

Dans  sa  Samba  Da  BênçâoVinicius  de  Moraes,   souligne,   sur  une  musique   de  Baden Powell, que, pour faire une samba qui atteigne  à la beauté, il faut um bocado de tristeza : les musiques  sans  nostalgie  sont  «  un  vin  qui  ne  donne  pas  l’ivresse  »,  écrira Pierre Barouh  dans son adaptation,  Samba  Saravah  (celle d’Un homme  et une femme). Aimer ces musiques -   là  é  como  amar  uma  mulher   so  linda   :  revient   à  s’éprendre  d’une «  femme  qui  ne serait  que belle  ».  Car, sans  l’affliction, sans  l’inconsolable douleur,  on n’atteint pas  à  ce blues  qui,  tantôt   exposé  au  grand  jour,  presque  vindicatif, tantôt  tenu  au  secret,  scellé  alors  par  une  pudeur  farouche,  est  commun  à  toutes  les  créations  musicales afro-américaines, qu’il s’agisse du  blues  du  Delta  au  nord  ou  du  samba brésilien   au  sud  (negro  demais  no  coraçâo  :  «  nègre,  bien  nègre  dans  son  cœur  »), comme il apparaît consubstantiel au flamenco, au tango, à la milonga, entre bien d’autres. A travers lui seulement,  on accède à la griserie singulière qui,paradoxalement,  en vous faisant sentir le poids écrasant des choses de la vie et la présence têtue des forces de la mort  à vos côtés,  vous permet  de traverser  le miroir  et  de vous risquer loin  du visible,  dans l’unique endroit où l’imaginaire trouve quelque chance, enfin,  de se matérialiser.Jean-Pierre_Mas-Latinalma.png

« Cet amour à l’horizon qui conserve encore son mystère  » (Corcovado), on ne l’apprivoise qu’en ayant été « si triste, désabusé du monde  ». 

Le bonheur  attend  de l’autre côté. Pour reprendre les  mots  de  Cartola, si  amoureusement  traduits,  comme  ceux  de  Vinicius,  par Didier Lamaison, c’est lui qui donne aux roses ce parfum  qui leur survit.  C’est une croyance sans âge et sans couleur qui se dit  là.  Une forme  de civilisation  étrangère  aux langues et aux cultures, sans respect pour la géographie.  S’il a de la chance (et un peu d’innocence), chacun peut la porter  en soi. Les continents  dérivent,  les océans sont abolis.  Un pianiste  français, fou de
mélodie,  un faiseur de chansons douces et mortelles,  découvre ainsi – j’entends : reconnaît et dévoile – son âme latine,  le même mot,  alma, en espagnol et en portugais.
World music ? Tout le contraire ! Musique de l’homme seul entre tous, depuis beaucoup plus de cent ans. Seul et toujours riche, toujours résonnant de la solitude  des autres. Parce que la mélodie, de manière encore plus énigmatique  que le rythme  et le tempo,  contraint à partager jusqu’à l’incommunicable. L’un des merveilleux  écrivains de ce pays,  Léon-Paul Fargue, publiait  en 1942  ces lignes 1   : « La chanson,  c’est le langage même  du cœur, c’est l’espé- ranto  qui  fait  du Parisien,  du Provençal,  du Chinois, du  Persan,  du  Péruvien  des  hommes comme les autres ; qui
nous relie tous, par les fils pathétiques et secrets de la mélodie,  au ténébreux miracle de vivre ensemble sur cette terre de rivalités.  C’est la caresse d’un rythme providentiel,  à la fois prévu et imprévu, qui nous rappelle aux grandeurs de l’égalité devant l’amour, la tristesse et l’infini ». Mais voilà, magie de proximité,  la mélodie, sinon la chan- son elle-même, est devenue au fil  des décennies, pour de multiples  raisons dont  toutes  ne tiennent pas aux goûts musicaux proprement dits, un mystère en péril. Devant cette menace, je tiens Mas et ses comparses pour des artistes  de résistance.  C’est une culture universelle qu’ils préservent,  prolongent,   raniment 
par  leur  latinité   réelle  ou  fantasmatique.   Le piano se fait  creuset d’alchimiste,
changeant  en songe l’ivoire et l’ébène (par exemple, mais pas uniquement,  dans Aquellos ojos negros et Derrière le miroir  ou mêlé aux poèmes de Cartola, Pierre et Vinicius). Pierre-Barouh.pngPorte-parole de ce dernier, Barouh  – et c’est une question,  diffuse,  de timbre,  de grain, de résonance, de densité et de profondeur – fait entendre en vérité la voix intérieure  de ce disque : celle, non pas des grands discours, mais du silence, de l’ombre, de l’aube. Le bandonéon  de Mosalini  est une porte entrouverte,  qui laisse apercevoir les choses derrière  les choses et des sentiers  sans trace de pas (Si te vas, A la Sombra  de la Luna, en particulier).

 

 

 

Quant aux voix,  aussi légères que passionnées, d’Elvita Elvita.pnget Sheyla, elles racontent chaque histoire comme si toutes n’étaient à jamais que des commencements.
Partir  o  seguir,  partir  ou  continuer,  s’en aller  ou  persévérer,  rompre  ou  aller  de  l’avant, cela ne fait  plus aucune différence.  Tout le monde meurt tout le temps ; personne ne meurt jamais.  « Simplement,  disait encore Fargue, parce que le soleil ouvre ses mains derrière les rideaux ».

Alain Gerber

1 In Refuges (éditions Emile-Paul Frères, puis Gallimard).

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commentaires

powered backups 14/08/2014 14:35

Well all these are good choices. But I would stick to something that your heart says you to do. I always have done so and it had its good and bad. But I am glad I lived life my way. It is was it very important.

Sinclar 15/12/2012 17:48

LATINALMA -(Nov.2012): c'est à découvrir ici..
http://www.musicme.com/#/page.php?q=latinalma

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