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9 juin 2013 7 09 /06 /juin /2013 20:39

Conférence d'Abdelwahab MEDEB présenté par Julie MALAURIE (le Point) salle Einstein (Corum- Montpellier ) Dimanche 9 juin 2013.

Le problème de la croyance, de la piété et du mysticisme a déjà opposé dans un débat célèbre Bossuet à Fénelon au XVIIè siècle à propos de Mme GUYON et du quiétisme. On peut dire que Ibn El Arabi  1169 -1240 un andalou auteur de 30000 pages dan un opus Magnum joue dans l'Islam le même rôle que le mystique allemand  Maître Eckhart (1260 1327) pour le christianisme.

Aujourd'hui les attaques contre le soufisme se manifestent par des attaques de lieux saints sacrés ou zaouia pour l'Islam soufi tel le Mausolée de  Sidi Abid el-Ghariani, ou de Saïda Aïcha Manoubia saint et sainte du XIIIè en Tunisie.Il y a des specialistes de cette sainte  voir le site http://www.soufisme-fr.com/des-femmes-c%E9l%E8bres/3154-sa%EFda-%EFcha-manoubia-r.html

De nombreux mausolées du XIIè ou XIIIè qui constituent une mémoire sublime des "moines soldats" de cette période lesquels jouaient le même rôle que les Templiers,et sont aujourd'hui la cible des salafistes.

Pourquoi les islamistes n'aiment pas le soufisme ?

Parce qu'il représente la liberté de penser , le débordement en poésie répond Abdelwahab MEDEB.

Il y a d'un côté l'énoncé: le CORAN qui élimine le sujet et de l'autre l'énonciation avec un engagement du JE.

La poésie soufie fait trembler l'énoncé et donc le sujet.

Selon un persan initié au soufisme par un hindou       

la personne est investie par le Divin et donc la personne se met à parler en tant que Dieu ! C'est une audace qui rejoint là celle du Zarathoustra de Nietzche.

La parole du débordement, telle est la locution théophanique que  décrivent Massignon ou Henri Corbin. tout comme "les fusées" de Baudelaire dans son poème "mon coeur mis à nu".

"JE me suffit à moi même, que MA condition est grande" dit le soufi dans un message subjectif basé sur l'ENONCIATION alors que dans le Coran on lit : "DIEU suffit à lui même, que SA condition est grande."

"Que ma condition est grande" rappelle l'orgueil de soi  et cela est très nietzchéen.

Abdelwahab MEDEB rappelle ensuite ses influences familiales tunisiennes avec un père théologien moderniste mais qui prône l'annihilation du spirituel et donc méfiant par rapport au soufisme.

C'est par sa mère qu'Abdelwahab sera amené à assister à des transes  soufies et c'est ensuite après ses études et à son arrivée en France qu'il découvre "le Théâtre et son double" d'Antonin Artaud et la Revue Tel Quel, lequel s'inspire de la scénographie indonésienne. 

Le culte des saints est une croyance païenne, une rémanence dyonisiaque et son irruption de "l'irrationnel chez les Grecs".analysée par Eric Robertson Dodds (1950)  Dans les issawas ou aïssawas , il y a une filiation rémanente des transes des  "Bacchantes" d'Euripide. Comment ne pas rappeler que Théophile Gauthier ou même André Gide ont été confrontés à des scènes de transe relatées dans le Journal.

On comprend mieux les liens qui unissent les aïssawas marocaines aux culte des saints mexicains ou vénézuéliens très proches des cultes des saints musulmans.

MDEDEB découvre aussi Nietzche dévié par la doctrine nazie qui s'en était emparé,et qui a été relu et corrigé par Deleuze dans les années 60. Il lit Bataille et sa mystique orpheline sans Dieu mais aussi les relectures de Holderlin et Nietzche par Heidegger.

Telles sont les influences culturelles et philosophiques d'Abdelwahab Medeb qui le mettent en relation directe avec le corpus soufi.

Le message est clair: l'enjeu de la croyanace se trouve coupé de l'INTERDIT et du CHATIMENT, de la RECOMPENSE, de la dualité PERMIS/INTERDIT.

Les soufis ne croient pas au paradis coranique tel qu'il est représenté. Jean de Joinville (1224-1317) raconte son pélerinage à Jérusalem et Damas dans ses Chroniques Pour Joinville, il faut détruire le Paradis et l'Enfer pour sortir les gens de l'expérience du bien et du mal. Evocation de l'allégorie d'une Sainte munie d'un arrosoir et d'un brasier.Le Bien on le fait en soi. On ne dépend pas de la récompense et du châtiment divins dit Ibn Arabi.

Les sévices deviendront des délices dans un Enfer qui sera un séjour provisoire: quelle audace et quel message de liberté !

Exemple: le soufisme aménage le sujet/l'objet. Les 40000 dystiques d'Ibn Arabi ont été interprètées par un égyptien (traduit par Nicholson) Il y voit une réincarnation de Platon et d'Aristote et de la polarité de l'école Athénienne.C'est l'allégorie de la main de Raphaêl qui se saisit du monde et l'autre qui montre le ciel.

Quelles sont les interprétations chrétiennes d'Ibn Arabi ? Pour les uns, c'est un "chrétien inconscient"

Il fait l'éloge de la trinité et de l'impair et donc il donne trois sens dans un seul vers. 

le thème de l'impair selon la thèse du poète Michel Deguy ou de Paul Claudel .Dans son poème, "l'Art poétique" Verlaine met en œuvre les principes qu'il énonce. Le poème se scande en 4/5, " de la musique avant toute chose " mais aussi en 3/6 , " ce ton vers soit la chose envolée ", en 2/4/3, "Plus vague et plus soluble que l'air " ou 1/3/5. C'est un équilibre instable qui s'apparente à un faux pas perpétuel.

IBN ARABI dévie par rapport à la doxa de son époque dans le débat judéo-islamique face à la chrétienté: il choisi la tangente.

Il est une thèse qui se développe comme quoi l'Islam a été "la civilisation du milieu" (asie, orient, moyen orient, occident, méditerranée...) s'inspirant de toutes, c'est ce que résume une thèse parue à montréal sur "Taoisme et soufisme" Lire le Mémoire d'Ania Kazi de l'Université Mac Gill 1974 en pdf consacrée à la vision des marges de l'Islam chez Abdelwahab Meddeb.

PARCOURS DE LA MÉMOIRE : L'ISLAM ET SES TRACES DANS L'IMAGINAIRE
D'ABDELWAHAB MEDDEB.
Pour reprendre une expression de Karl POPPER le soufisme représente "la structure ouverte"

Dans un séminaire sur les mystiques, il a été fait référence aux influences du soufisme chez Lacan qui découvre les traductions d'Ibn Arabi dans les années 60..

A ce sujet, il convient de mettre en rapport les deux mystiques espagnols St Jean de la Croix et Ste Thérèse d'Avila du IXè siècle avec Ibn Arabi du XIIè et de se demander pourquoi ce vide historique entre le IXè et le XIIè ? C'est l'espagnol ASIN PALACIOS qui montre la filiation entre ces trois mystiques et le même flux qui les traverse.

Pour Lacan, la sexualité dans Ibn Arabi repose sur Dieu le Père, Eve 2 + 2 = 3  et on peut dire que l'extase divine de Ste Thérèse s'apparente à  un orgasme féminin.Lire le Coran au risque de la psychanalyse d'Olfa Youssef (Ed. Albin Michel)

Questions de la salle:

1 - Quel lien entre le soufisme savant et le soufisme populaire en Tunisie aujourd'hui ?

L'américain Eckerman qui analyse un soufiste savant marocain Cherkawi vivant près de Casablanca.Aujourd'hui un festival de la culture soufie à FEZ en fév 2013 montre bien qu'une décision d'Etat souhaite jouer le confrérisme pour faire obstacle au salafisme.

En Tunisie on voudrait jouer le soufisme contre le salafisme. Bourguiba enfant de la IIIè république a abouti aux temps Modernes et à l'athéologie.

Georges Bataille convoqué par la rédaction des Temps Modernes  et accusé de bigoterie par Merleau Ponty, Beauvoir, Sartre et les censeurs de l'époque !

Quant à ce qui se passe en France, il est clair que l'UOIF est sponsorisé par les pétrodollars et qu'il faut au plus vite réformer la loi de 1901 et former dès que possible des Imams français !

2 - Question sur le rôle du Conte dans la vision soufie et en particulier du personnage de Nasr El Din dans le monde arabe comme moyen populaire de dérision et de désamorçage par la dérision :

Abdelwahab meddeb évite et préfère parler de Proust et de sa lecture des Mille et Une Nuits dans "le temps retrouvé". L'auteure  Dominique JULIEN de l'Université de Sta Barbara en Californie a montré que Proust s'identifie à Shéhérazade à lafin de sa vie sous la menace de la maladie et de la mort . elle relève 200 occurences explicites aux Mille et une Nuits,et de conclure,  le merveilleux du conte contribue dans une opération épiphanique à rendre visible l'invisible.


On peut rêver à une utopie d'une Jérusalem terrestre ouverte à tous car les dogmes créent la guerre, les mystiques eux convergent telles Myriam (rebaptisée Harmonia par Henri Corbin) et Béatrice de "la Vita Nova" de Dante

Applaudissements. 12h30





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commentaires

my medical billings 30/06/2014 14:28

There is more to the old mythologies than that what meets the eye. It has a lot of twisted tales and also does gives us many examples on what to do and not to do through its tales. This is one such example. Thanks for the share.

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