Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Seniors Dehors !
  • Seniors Dehors !
  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
  • Contact

Recherche

9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 20:59

Il est né le divin Rousseau 4/4 : les rêveries du promeneur solitaire
C'est en 1778 quelques mois avant sa mort que Rousseau écrit sa 10è promenade celle qui inachève pour l'éternité un des plus beaux textes philosophiques de la langue française.
Après avoir passé sa vie à s'indigner s'attirer les foudres du pouvoir et se fâcher avec ses amis, avoir vu jeter ses livres au feu et des pierres sur sa maison,Rousseau attend l'automne et se met à rêver en marchant. L'automne n'est pas seulement celui de la nature où il se promène et compose ses premières promenades,c'est aussi celui de son âme, lui qui sent la vivacité de son imagination s'éteindre au moment où il réalise, que les vieillards tiennent plus à la vie que les enfants.
Et pourtant cet automne, la saison du temps qui passe sans l'insolence du printemps, va lui permettre de trouver,cet état entre la veille et le sommeil, ce tout petit point si ténu, si précis mais qui lui seul lorsqu'il parvient à coïncider avec lui nous ouvre les portes du pur sentiment de l'existence.Atteindre l'existence en son coeur, la dépouiller de toute affection,se glisser sous sa peau comme on entre dans un bain chaud, Rousseau y parvient dans et par la rêverie, la plus douce des guerre qui nous éloigne contre la réalité. ne plus agiter mais effleurer,ne pas s'immobiliser mais se reposer,dépasser les contradictions,ne plus courir ou mourir mais jouir du simple fait d'exister.
Aujourd'hui c'est au tour de Jean François Perrin professeur de littérature française à l'Université de Grenoble III de s'installer dans la barque aux côtés de Rousseau au milieu du lac de Bienne.

JF-Perrin.jpg
NB: Transcription de l'Emission Les Nouveaux Chemins de la Connaissance ( France Culture Janvier 2012 ) par Patrick Chevrel.

http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-il-est-ne-le-devin-rousseau-44-les-reveries-du-prom

Lecture:par Georges Claisse  "Me voici donc seul sur la terre n'ayant plus de frères... (Ière Promenade )
Adèle: C'est un Rousseau perdu, en détresse même qui s'adresse au lecteur, on n'est pas très loin du ton des Confessions à ce moment là.
JF.Perrin: Oui du ton de la deuxième partie des Confessions,dans ce début et dans un certain nombre de passages des Rêveries et c'est bien d'y insister car c'est un texte où il poursuit une réflexion,sur ce que j'appelerai l'Etat de l'opinion à son époque,une analyse qui est à la fois très personnelle et théoriquement très informée,par sa propre conception de ce qu'est l'opinion publique. Donc effectivement les Rêveries portent encore la trace d'une préoccupation qui était centrale dans un texte antérieur qui s'intitule "Rousseau juge de Jean Jacques" qu'il a écrit entre 1772 et 1776, un texte où il aborde frontalement la question de ce que pensent les autres,et de la logique qui articule leur opinion le concernant mais aussi les concernant eux mêmes.C'est un texte dont les Rêveries sont à la fois proches,et éloignées: proches parce qu'on retrouve des argumentaires dans les Rêveries de la même eau et du même style,que les argumentaires du Dialogue,particulièrement en ce qui concerne les rapports imaginaires des sujets à leur réalité, qu'il s'agisse de lui même . Qu'est-ce que c'est que JJ c'est le nom qu'il se donne dans les dialogues (Jean Jacques) qu'est-ce que c'est que Jean Jacques pour les autres,  est-ce que Jean Jacques est absolument juste sur lui même,au point où il se trouve de sa vie, est-ce qu'il ne s'est pas trompé à telle ou telle occasion sur telle ou telle question, est-ce que sa théorie de l'homme tient encore le coupet sur quels points est-ce qu'elle est fragile. On a des choses comme celles la, et puis comment fonctionne l'opinion ? que disent les gens ? comment ça marche ?
Adèle: Alors , il est intéressant que vous fassiez référence à l'opinion, et maintenant vous parlez de ce texte où il dit être le plus détaché possible de l'extérieur,il veut se détourner de l'extérieur pour se plonger en lui même, même s'il dit qu'il ne comprend pas où il est ni ce qu'il est,mais il y a cette volonté de détachement,de retrait vis à vis du monde dont il a souffert il y a encore peu de temps,et alors que vous en appelez à l'opinion, on a l'impression que du coup il ne peut pas se défaire véritablement de ce monde là, et que toute quête de lui même est quête de l'identité , quel est ce Moi , quel est ce JE ne peut pas se défaire totalement d'une réflexion sur ce que les autres pensent de lui.?
JF.Perrin: Bien sûr, non seulement ce que les autres pensent de lui mais ce qu'ils pensent d'eux mêmes et de la mystification dans laquelle ils sont pris. Je reviens sur sa réflexion sur l'opinion parce qu'elle conditionne un peu la façon dont on voit ses derniers textes, y compris d'ailleurs les Confessions. Rousseau pense à une époque où l'opinion publique est en train de se former,c'ets ce qu'a montré Habermas en tant que telle; elle est en train de se structurer et de devenir un acteur politique,avec laquelle toutes les puisances sont obligées de compter et notamment les écrivains des Lumières,qui se sont longtemps imaginé pourvoir l'orienter à leur guise.Or ce dont ils se rendent compte c'est qu'elle a ses lois, son fonctionnement propre. Donc Rousseau est un penseur de cela et le Contrat Social ne parle également de cet aspect des choses et donc c'ets indissoluble chez lui puisque la lecture qu'il fait de lui même implique l'idée que les autres se font de lui et se feront de sa pensée dans les temsp ultérieurs et c'est vraiment ça qui lui importe lorsqu'il écrit les Confessions. Il y a une méconnaissance de son projet dans la lecture autobiographique stricto sensu,et les Confessions, c'est une forme de vie des hommes illustres menée selon la pensée de Rousseau selon sa théorie de l'homme et c'est donc une analyse qui est chargée de prendre en charge le récit de sa vie,afin de porter sa pensée, telle qu'il veut qu'elle soit portée,devant les générations futures.Alors les textes comme les Dialogues et les Rêveries,héritent de cette problématique la. La différence avec les Dialogues, c'est que les Rêveries,rompent avec le projet de convaincre et de persuader, bien sûr cela fait des années qu'il essaye de convaincre et de persuader, mais les Rêveries ont à peu près, y compris dans leur écriture avec cet entrainement la,pour autre chose qui est dans le fil de ce que Pétrarque appelle "la vie solitaire", de ce que les chrétiens appellent "la vie contemplative" et pour la promenade solitaire, il le dit dans les Confessions, toute sa jeunesse il s'est promené en se faisant des romans dans sa tête,et il n'a jamais vraiment cessé,et c'est dans la promenade et dans la marche qu'il pense et même qu'il écrit dans son cerveau dit-il parce que c'est là que ca se passe beaucoup plus qu'à un écritoire.Donc il y a une grande continuité dans ce titre  "Rêveries du promeneur solitaire " qui est nouveau par rapport à ce qu'on peut trouver sur le marché. ce ne sera pas un livre publié de son vivant, il n'y tenait pas du tout,mais il y a une grande continuité de prendre et sa vie et la pensée et du coup c'est effectivement un texte philosophique qui questionne. Quand on lit les Rêveries, on se rend très vite compte que c'est un texte que Rousseau n'a cessé de méditer toute sa vie, ça on le savait, de méditer d'une façon qu'on ignore un peu aujourd'hui, c'est tout un entrainement la méditation.
Adèle: Et pourtant vous employez ce terme de Méditation, c'est intéressant pour comparer les Rêveries de Rousseau aux "Méditations métaphysiques" de Descartes. Puisque les Rêveries se composent de dix promenades qui sont autant de moments, de temps concetuels d'ailleurs qui s'intéressent chaque fois à un aspect de la vie et du monde,tout comme les Méditations de Descartes qui elles,procèdent par ordre méthodique, mais,qui interrogent dans chacunes d'entre elles, un aspect particulier du monde et du savoir. On a dans la 1ère promenade l'expérience du doute universel,qui va inciter le sujet à renoncer au monde et à ne se fier qu'à lui même,c'est ce que fait Descartes dans la 1ère Méditation où il parle des choses que l'on peut révoquer; on a ensuite dans la 2ème promenade, la découverte d'une sorte d'immédiateté du sujet, de subjectivité transcendentale,alors que dans la 2è Méditation Descartes s'intéresse à l'esprit humain, à la nature de l'esprit humain, il montre que l'esprit est plus aisé à connaître que le corps,et le parallèlme peut continuer ainsi avec d'un côté,avec les méditationsde descartes qui sont beaucoup plus méthodiques et raisonnées,et celles de Rousseau qui prennent la forme de Rêveries.La, il faut s'arrêter sur le terme de Rêverie car de la méditation à la rêverie, Rousseau dit que ces méditations se ponctuent et se concluent par des rêveries, ou que inversement ce sont les rêveries qui engendrent les méditations,mais il y a ce parti pris clairement assumé et explicite chez Rousseau de ne pas proposer une méthode,de ne pas faire système, mais de se mettre lui même dans cet état de son corps et de son esprit qui lui permet d'avoir un certain rapport au monde, qu'il efface ce rapport au monde de toute forme écran et d'obstacle, et qui lui interdise de saisir l'existence en tant que telle,pour toucher ce qu'il appelle le sentiment d'exister. Il y a un texte qui est fondamental pour expliquer cela, la façon dont  la rêverie lui révèle l'existence c'ets au sein de la Vè Promenade.
Lecture Vè Promenade lue par Georges Claisse: "Quand le soir approchait je descendait des cimes de l'île et je .....
Adèle: Ce texte est à la fois philosophique, poétique et musical.On a ici une poésie en prose qui semble jouer avec les termes, avec les mots avec les rythmes,avec ce flux et ce reflux de l'eau du lac dont Rousseau parle,qui lui apporte ce mouvement nécessaire pour que son esprit ne tombe pas en sommeil et soit juste maintenu dans le mouvement pour pouvoir entretenir cet état de rêverie et on se demande, ce qu'il annonce à la fin du texte, cet état simple et permanent et non pas ce bonheur fugitif,comme une substance qu'il arrive à déceler, est-ce que ce n'est pas la vérité que Rousseau a passé sa vie à chercher ?
JF.Perrin: C'est un des textes fameux de Rousseau,qui a été paraphrasé par Maine de Biran pour réfélechir à ses propres états intérieurs,et qui est à la fois un texte extrêmement ancien et qui est toujours ouvert pour nous aujourd"hui. Ancien parce qu'il y a un ancrage chrétien auquel on n'est pas toujours sensible , lorsque Rousseau dit dans la 1ère promenade qu'il est seul sur la terre qu'il est le dernier homme etc..il ne fait que paraphraser les Psaumes,ou le Livre de Job. ce qui nous frappe aujourd'hui dans l'attaque de la 1ère Promenade,frappait sans doute beaucoup moins des oreilles qui avaient l'habitude de cette culture la et dont Rousseau était imprégné jusqu'à la moêlle depuis son enfance. De la même façon, c'est quelqu'un qui était lié à Mme de Warens qui est à la fois issue de la culture piétiste,c'est à dire une mystique du coeur répandue dans les pays de langue allemande,et qui est une catholique convertie comme il le sera lui même pendant un bon nombre d'années. C'est quelqu'un qui dit qu'aux Charmettes avec Mme de Warens, il s'est fixé et il était dévôt à la façon de Fénelon,c'est quelqu'un qui connaît bien la littérature contemplative et qui parle de contemplation, de méditation,qui parle d'élancement du coeur,qui parle de prières muettes,et qui donc fait passer dans la langue d'un moderne, des Lumières, car il est un homme des Lumières,tout un courant qui est encore bien vivant car il ne faut pas oublier que le XVIIIè sièce au moins jusqu'aux années 1750 est encore dans la Contre Réforme,et que Rousseau a une culture religieuse profonde donc,c'est un texte très ancien, on pourrait remonter à "la vie solitaire" de Pétrarque, qui dit des choses très proches de ce que c'ets que la contemplation,et l'absorbtion en soi pour y trouver quoi ? Pour y trouver le fond de l'âme(le terme apparaît un peu plus loin dansla Vè promenade) l'oublidu temps, cet endroit où l'on ne sait plus si on est dans le temps ou dans l'éternité,quelque chose se suspend "le fonds de l'âme ou les puissances de l'âme se suspendent", plus de pensées, l'imagination s'en va,et essaie paradoxalement dit-il, pour qui le lira et pour lui aussi, c'est là une expérience durable du bonheur,qui peut être touché,puisqu'elle peut être remémorée, alors que des expériences plus intenses dit-il , dans son existence, et aussi au début de la IXè Promenade,ne l'ont pas plus marqué que cela.Donc, ce qui l'a nourri, ce qu'il pense emporter avec lui après la mort,(car c'est bien ce sens la aussi, c'est un texte écrit au bord de la mort),c'est à dire le fond de l'âme et l'état de bonheur qu'on y trouve et qui est le bonheur de la vie contemplative.
On parle souvent de la modernité de Rousseau,et bien voilà, lire les Rêveries, c'est aussi une façon,pour quiconque le veut, et il le dit un peu plus loin,c'est difficile parce qu'on n'a pas le temps, parce qu'on travaille,parce qu'on n'a jamais le temps,parce qu'il faut produire, mais en réalité dit-il, qui veut s'y adonner, où que ce soit,y compris en prison et c'ets le bienfait qu'il tire dans ces situations,sur l'Ile Saint pierre, puisque c'est sur l'Ile St Pierre l'année de son exil en Suisse qu'il fait référence,année particulièrement pénible pour lui,qu'il est bani, qu'il a trouvé ou q'il a retrouvé le grand secret de la vie contemplative,et du bonheur des contemplatifs qui ne s'embarrassent de rien d'autre que d'entrer en contact avec le fond de l'âme, et de ce point de vue la,le lac, son flux et son reflux,évoqué dans son caractère ondulatoire par Martin Rueff,peut-être assimilé à la pensée de Rousseau et à son écriture. Il y a un expérience  ondulatoire de la vie intérieure qui vient se mirer dans cette image de l'âme qu'est le lac. Alors ce qu'il y a de particulier par rapport à  ce qu'on peut lire  chez François de Sales, chez Fénelon ou chez Maître Eckart (dans son dernier ouvrage sur Rousseau),est que Rousseau reste très proche de la culture des Lumières et en particulier de Diderot, mais de l'autre côté,avec le même langage, là où les contemplatifs parlent de Dieu, Rousseau qui est croyant et croit effectivement en Dieu autant qu'il le peut parle de jouissance du sentiment de l'existence,d'ancrage dans une réalité terrestre, parle des sensations qui ne doivent être ni trop fortes ni trop faibles,ni dans l'activité ni dans la létargie,donc il laïcise une expérience contemplative en la sortant de l'univers proprement religieux,pour la rendre accessible à qui voudra bien s'y exercer quelles que soient ses postures sur le plan religieux.
Adèle: Vous présentez la méthode de Rousseau avec ses similitudes avec des aspects mystiques et religieux et de l'autre avec les philosophes de Lumières, pour autant, le terme de Rêverie l'explique bien, l'expérience que fait Rousseau,à la base, est une expérience qui le suprend lui même, il le dit, il ne met pas en oeuvre une façon de penser qui viendraient justifier en retour les principes qu'il a énoncés auparavant,pour une fois, cette expérience lui vient presque contre son gré et là je renvoie à la IIè promenade avec l'expérience de son accident où il se fait renverser par un chien énorme, ce qui le propulse à terre le visage en sang, la mâchoire fracassée,et là il regarde le ciel et il fait cette expérience d'une fome d'abstraction de soi, il se rend compte que pour la première fois il atteint un état d'inconscience qui le dépossède de son individualité même,et il constate le plaisir, la plénitude qu'il ressent à être dans cet état là, de mi-veille qui ressemble à celui des rêveries. Cette experience comme celle du lac de Bienne avec le reflux du lac, n'est pas dictée par la pensée de Rousseau lui même, c'est d'abord de manière contingente, qu'il  a pu s'y rendre réceptif.                                               

JF.Perrin: Je trouve qu'il est tout à fait pertinent de rapprocher les suites de l'acccident de Ménilmontant et l'accès au sentiment de l'existence qui en procède.Il y a une suprise d'exister au monde dans l'oubli de soi qui est le coeur de son témoignage,derrière, il faut aussi dire qu'il y a Montaigne et la chute de cheval; Montaigne raconte quelque chose d'à peu près semblable dans les Essais,et Rousseaui connaîtr très bien ce texte et donc,comme toujours chez lui aucune expérience n'est indépendante de tout un contexte littéraire dans lequel il a baigné,et surtout pour répondre à ce que vous venez de dire, il y a un entrainement à la contemplation qui ne s'improvise pas et ,dont il fixe la date à l'époque des Charmettes, ses années de formation avec Mme de Warens,qu'il présente à la fin du livre comme les années les plus heureuses: il dit que "son âme errante, divagante,de jeune picaro,a été fixée par miracle dans une assiette qu'elle n'a depuis plus jamais quittée" et ce grâce à cette femme dont il est tombé amoureux mais qu'il appelait maman par ailleurs,qui a joué un rôle déterminant dans on destin. Ceci n'aurait pas pu advenir mais c'est arrivé et toute la IIIè promenade  est consacrée à son rapport à la foi ( Vous parliez du Président Bouhier et de son ouvrage sur les méditations métaphysiques de JJ Rouseau) Il dit qu'il n'a jamais cessé de douter jusqu'à la fin de ses jours et jusqu'à l'heure présente, pourquoi parce que les arguments matérialistes qu'il connaît par coeur se présentent sous une nouvelle forme, et ont le don de l'inquiéter mais à l'époque de sa retraite à quelques lieues de Paris à l'Ermitage chez Mme d'Epinay,cette époque là a été celle où il a eu du courage parce qu'il a osé enfin affronter la question de l'existence de Dieu et des fondements rationnels de la foi dans toutes les dimensions qui lui étaient possibles. Rousseau  est très proche de Diderot à la fois par l'amitié et par le niveau interllectuel par lequel ils fonctionnent tous les deux et en même temps il est sur des positions antinomiques, donc Rousseau est celui qui parmi les Lumières,connaît le mieux les positions les plus radicales des Lumières - athées et matérialistes - Diderot dit que la matière sent et Rousseau lui de son côté qui connaît très bien ses arguments,pense qu'il faut raisonner en termes dualistes, qu'il faut penser qu'il y a une âme,et qu'il faut penser qu'il y a un corps, mais en même temps,qu'il y a une substance pensante et une substance étendue, ça c'est sa position et qu'en même temps que la position de la sensation est absolument centrale.Dans son expérience personnelle,et à tous les plans, y compris,sur le plan théorique. Comment penser la sensation quand on est un héritier de Descartes ?
C'est là qu'il est intéressant parce qu'on peut le rapprocher de la pensée religieuse ou de la pensée mystique mais en même temps, il est en dialogue dans les Vè Promenade des Rêveries avec l'article délicieux de l'Encyclopédie écrit bien avant où Diderot emploie presque les mêmes termes,concernant l'échappée du temps,le sentiment d'éternité, la douceur des sentiments de l'existence, presque imperceptibles. Il connaît très bien ce texte et joue avec. C'est donc quelqu'un qui est en permanence en dialogue avec ce sentiment du bonheur tel qu'il est travaillé par ses contemporains et en particuilier avec ses amis philosophes.                     .            
Adèle;: Rousseau opère une dissociation assez fantasmatique voisine de la distinction heideggerienne entre être et étant lorsqu'il oppose dans un passage célèbre de la Vè Promenade des Rêveries du Promeneur Solitaire le sentiment de la pure existence et le plaisir particulier qui l'accompagne aux autres et vains plaisirs de la vie. La jubilation de la simple existence est ainsi et aussitôt disqualifiée par le désaveu de chacune des choses qui pour effectivement exister et donner par conséquent lieu à ce que Rousseau appelle des impressions sensuelles et terrestres,en dissiperaient inmanquablement le charme.
"Le sentiment de l'existence dépouillé de toute autre affection est par lui même un sentiment précieux de contentement et de paix,qui suffirait seul pour rendre cette existence chère et douce,à qui saurait écarter de soi toutes les impressions sensuelles et terrestres qui viennent sans cesse nous en troubler ici bas la douceur" écrit Rousseau. En sorte que la perception de l'existence se confond avec la faculté de ne plus percevoir aucune chose existante, comme le charme de la réalité,se confond avec son éventielle capacité à disparaître définitivement de la scène. La réalité n'est en somme tolérable que dans la mesure où elle réussit à se faire oublier". Clément Rosset  les principes de sagesse et de folie.
Adèle: Lorque Rosset pointe la différence entre les plaisirs d'exister et les plaisirs de l'existence, il me semble que ce texte là permet bien de saisir le mouvement de Rousseau qui est à la fois un mouvement de distance vis à vis du monde, et de ressaisir, plus pleine et intense de ce qu'il juge essentiel à savoir l'existence à l'état pur. Cette hiérarchie la, entre le plaisir purement sensuel, terrestre dit-il, et le plaisir d'exister permet de penser peut-être à cette spécificité de cet état qu'est la Rêverie.
JF.Perrin: Je n'ai pas le sentiment que Rousseau soit nécessairement le principal interloculteur philosophique de Rosset qui cherche essentiellement l'expérience de la joie et du réel sans double. Même si, habilement Rosset tire à lui l'expérience du sentiment de l'existence selon Rousseau. cette thématique de l'expérience du sentiment de l'existence traverse toutes les Lumières, elle n'est pas propre à Rousseau,la justification de l'être au monde,c'est précisément l'intensité plus ou moins grande de sentir dont on est capable,que ce soit dans l'actualité du moment présent,là on est du côté spinoziste de la question et donc de Rosset, que ce soit en terme d'imagination et de mémoire,car sentir c'est aussi anticiper et se remémorer.
Dans l'horizon de la question matérialiste, la question du sentiment de l'existence est cruciale,comme la question de la sensibilité parce que hors de cette expérinec là il n'y a rien il n'y aura que ce que nous auront éprouvé, c'est la seule chose.Donc toutes les Lumières radicales et moins radicales,vivent là dessus: on est dans un siècle où pleurer au spectacle est une preuve de sensibilité et de bonté.Ce n'est pas du théâtre ou si c'est du théâtre c'est du théâtre général. Rousseau prétend deux choses, d'une part qu'ils ont raison,que c'est dans la qualité du sentiment de l'existence que l'on accèsde à la vérité du bonheur si jamais on peut l'atteindre mais que ce n'est pas dabs l'intensité des passions ni dans l'intensité des jouissances terrestres en tant que telles, que se trouve les véritables secrets du bonheur. A la fin de cette Promenade, il dit qu'il s'en ira parmi les intelligences célestes.
Adèle: Et pourtant il parle bien de sentiment. Quelle différence entre le sentiment de bonheur terrestre que la vie nous apporte et ce sentiment d'exister qui nous conduit vers la félicité ? 
JF.Perrin: Il y a la sensation et il y a le sentiment. le sentir , Rousseau c'est quelqu'un qui sent intensément -toute son oeuvre en témoigne et c'est un peu sa croix et son bonheur ne même temps,un extrême sensibilité et il n'est pas le seul à en témoigner- dans sa rêverie  contemplative puisqu'il y a contemplation méditation et rêverie, il y a un concours de circonstances,qui aide la rêverie à se développer, il faut qu'il y ait un frémissement de l'eau,des fleurs,il faut que le monde soit là et pas seulement le monde de la nature, dans les Rêveries, il y a un dialogue où un rpêveur est en pleine cité qui regarde des mouvements de cabestans sans penser à rien, il y a un côté promeneur parisien,flâneur.On n'est pas dans St Jean de la Croix "mémoires du créateur" on n'est pas dans l'oubli du créer. Créer est filtré par un état de conscience qui reste dans le sentiment intérieur qui est la conscience en tant qu'elle se sent naturellement bonne indépendamment des viscisitudes de l'existence ou de ses propres actions, et non pas dans le sentir. Donc il y a une connexion entre l'intensité d'un sentir, une expérience intérieure du sentiment éthique avec une particularité que ce sentiment est toujours une mémoire de l'âme, l'âme est mémoire et mémoire de son meilleur.
Adèle; C'est ça qui est étonnant il faiat de sons entiment le garant d'une durée, il parle d'une durée qui ne serait interrompue par la discontinuité de l'existence, un état simple et permament, or le sentiment est par définition quelque chose de changeant et d'éphémère.
JF.Perrin: pas chez Rousseau parce dans une expérience de ce type là l'accès au sentiment extérieur, l'ouverture du "sentiment intérieur", (expression empruntée à Malbranche) est une clé à la fois de la vie philosophique c'est ce qu'il appelle pour aller vite: "la preuve intérieure" (il y a la preuve de l'existence de Dieu sur laquelle on peut beaucoup discuter dit-il) mais le Dieu sensible au coeur là dessus on ne discute pas, c'est l'expérience dont il témoigne et qui lui sert de garant dans la IIIè Promenade et dans la Profession de foi du Vicaire savoyard.
Adèle; le sentiment du bonheur est la garantie d'une existence bonne.
JF.Perrin: le sentiment du bonheur comme écoute de la voix de la nature et tentative pour la faire entendre est une donnée permamnente de la conscience de soi pour autant qu'elle dure. Les états de rêveries contemplatives ne durent pas, ce qui dure c'est leur remémoration possible, par un processus que nous nous appelons "mémoire affective". Il y a cette mémoire heureuse à laquelle Rousseau prétend à laquelle il a accès en permamence et dont son problème en tant qu'écrivain,est précisément que dans l'horizon de lecture du XVIIIè siècle,dans la lecture classique, c'ets impossible de faire ce qu'il pourrait faire,on le voit bien au début du Livre VI des Confessions,quand il parle du bonheur aux Charmettes,comment faire pour rendre compte de ce bonheur là, puisqui'il porte l'infini détail de tout ce qu'il a vécu pendant toute cette période la. Je vais lasser mes lecteurs se dit-il, je ne peux pas faire ce que fait Joyce ou ce que fera Rétif de la Bretonne, il faut trouver un moyen comme écrivain pour rendre compte de la permamence de détails comme la pervenche,dont est capable cette mémoire heureuse,ce sentiment intérieur tout en négociant avec son lecteur des compromis pour lui dire les choses sans trop lui dire.Voilà ce que je peux vous dire sur cette permanence qui est le produit d'une expérience et d'une  vie philosophique et d'une réflexion religieuse et là je rejoindrais Clément Rosset, d'une expérience purement poétique de l'existence au sens où cette expérience là transcendre les limites de l'expérience ordinaire.
Adèle: Et on peut la rapprocher du Livre X de l'Ethique à Nicomaque où le but est d'atteindre cette forme de bonheur qui n'est pas,un bonheur terrestre qui est une félicité suprême qui nous hisse hors de notre condition d'êtres humains contingents.
JF.Perrin: On peut passer par la.
Adèle: Et pourtant dans les Rêveries qui sont certes inachevées, Rousseau évoque dans sa 2è promenade ses souvenirs heureux chez Mme de Warens,qui lui ont donné goût à ce bonbheur là qu'il a perdu ensuite; il y a toujours cette oscilation au sein des Rêveries entre la quête d'un bonheur permanent,un état stable et durable,et cette remémoration qui est la preuve que ces moments de bonheur là ont pu exister sur terre et chez lui dans son enfance, d'un côté un bonheur qui nous élève hors de la contingence et de l'autre un bonheur qui a existé.
JF.Perrin: C'est quelque chose qui est propre à l'écrivain en lui, qui est important comme je le rappelais tout à l'heure, Rousseau dit que ses rêveries, il aurait plus commencer beaucoup plus tôt,vu que son existence n'a jamais été rien d'autre qu'une longue existence de promeneur solitaire. Il dit que les choses qu'il a écrites sont inférieures à celles qu'il s'est raconté dans sa tête sans jamais l'écrire. dans la IIè Promenade, il dit que repenser à ces moments heureux dont il fait état avant la chute de ménilmontant c'est retomber et si ça vaut la peine de les écrire, carde toutes façons quand on se met à les écrire,on les revit.On a affaire à une expérience d'écrivain,de romancier de philosophe et de poète et donc aussi à une expérience de la langue qui témoigne d'un long entrainement pour faire entendre ce qu'il appelle la voix de la nature et cette voix de la tonalité du bonheur dans une langue qu'il juge qu'elle est cacophonique. dans le passage qui a été magnifiquement lu, il y a des répétitions,il y a des battements qu'on entend très bien lorsqu'on écoute le texte,qui ne sont pas forcément adéquats à une rhétorique de l'éllipse,ou du refus de répéter.
Lecture: IXè Promenade "Ah si j'avais suffi à son coeur comme elle suffisait au mien, quel paisible et délicieux jours nous eussions coulé ensemble. Nous en avons passé de tels mais qu'ils ont été courts et rapides,et quel destin les a suivi ? Il n'y a pas de jour où je ne me rappelle avec attendrissement cet unique et court temps de ma vie où je fus moi pleinement,sans mélange et sans obstacle,et où je puis vraiment dire avoir vécu".

Extraits :

- Schubert, Nacht und Träume.

- Vivaldi, Cello concerto in e minor.

- Schubert, An der Mond.

- Gabriel Fauré, Après un rêve.

- Beth Gibbons, Mysteries.


Lectures :

- Rousseau, Les rêveries du promeneur solitaire, Première promenade.

- Rousseau, Les rêveries du promeneur solitaire, Cinquième promenade.

- Clément Rosset, Principes de sagesse et de folie.

 

Réalisation : Mydia Portis-Guérin

Lecture des textes : Georges Claisse


Réf. le sentiment de l'exitence l'Ile Saint pierre 1765 de JJ Rousseau (Ateliers de l'Agneau)

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Pages

Catégories