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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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28 octobre 2012 7 28 /10 /octobre /2012 19:01

"L'intérêt que l'on porte à l'autre, notamment quand cet autre écrit n'est pas l'expression de la sympathie mais plutôt le fruit de la curiosité.
La curiosité n'est friande que de détails biographiques, d'anecdotes plus ou moins piquantes, de potins, de souvenirs rares , de confidences.
la curiosité est pointilliste, elle est à l'écoute des faits divers et compose une chronique criblée de notules,elle fonde ainsi une connaissance superficielle et dérisoire;
la curiosité feuillette d'un doigt désinvolte le livre de la biographie.
ce n'est pas l'amour, c'est le détective et c'ets l'inspecteur de police qui ont affaire à des suspects et qui accumulent à leur insu des renseignements.
En vérité,la sympathie commence là où il n'y a plus de place pour la curiosité.
Et disons plus c'est la cusiosité qui barre la route à la sympathie. 
Si vous êtes curieux de moi, c'ets que vous n'avez pas de sympathie pour moi.
Si vous cherchez à glaner quelque détail scabreux , c'est que vous ne voulez pas me connaître.Oui, la curiosité s'oppose à la sympathie comme l'amateur à l'amant comme ma sélection à l'élection. L'amateur, trie, range et détaille les individus à la manière d'un collectionneur, qui classe des échantillons dans une série abstraite ou un gentre impersonnel.
L'amour par contre est indifférent aux menus détails,aux particularités matérielles,c'ets sa générosité même qui lui donne cette apparence,évasive, négligente et parfois même un peu approximative. L'amour ne sélectionne pas des caractères,il adopte la personne toute entière,par une élection massive et indivise.
L'amour ne veut rien savoir sur ce qu'il aime, c'est le centre de la personne vivante parceque cette personne est pour lui une fin en soi ipséité incomparable, mystère, unique au monde.J'imagine un amant qui aurait vécu toute sa vie auprès d'une femme, qui l'aurait aimée passionnément,qui ne lui aurait jamais rien demandé,et mourrait sans rien savoir d'elle".

( Vladimir Jankelevitch )Jankelevitch.jpg

Si j'aime autant ce texte dit Julie Marie Parmentier c'est par sa parenté avec ce que dit de l'amour, Nicolas Grimaldi, lequel disait de Vladimir Jankelevitch, qu'il est le seul homme qu'il ait admiré.
Et cette dernière phrase de Jankelevitch, Grimaldi la rapproche à sa façon de Quai des brumes,de Marcel Carné avec Jean Gabin et dit de cette histoire que personne ne doute qu'il s'agit d'une histoire d'amouret pourtant tout le monde sait qu'il s'agit seulement de l'histoire d'une nuit,qu'ils se sont aimés, mais qu'aucun des deux ne sait rien de l'autre.Et oui, c'est le grand paradoxe de l'amour,dont on s'éloigne quand on dit: "apprenons à mieux nous connaître."
Jankelevitch n'est pas de ceux qui convertissent le mariage de raison en mariage d'amour et pourtant sa théorie de l'habitude, le fait même qu'au sein de l'habitude on pourrait trouver un élément qui pourrait donner à penser qu'au fond il y aurait une émergence possible de l'amour à l'intérieur des conditions qui semblent le contredire, mais enfin il est quand même le penseur d'une différence de nature, entre l'amour et les raisons de l'amour et entre l'amour et les conditions de l'amour.Bref, il est celui qui permet de comprendre que dans "Vingt quatre heures de la vie d'une femme" de Stephan Sweig, une femme abandonne tout pour un homme qu'elle a rencontré depuis une minute.Il est celui qui peremet de comprendre ce que Nicole Kidman dit à Tom Cruise dans Eyes Wide Shut ,quand elle dit:

"J'ai vu le marin, s'il m'avait fait un clin d'oeil,s'il m'avait dit de venir, je t'aurais quitté immédiatement toi et ta fille c'est à dire la mienne".Eyes-Wide-Shut1.jpg
C'est tout l'inverse de Benjamin Constant,qui dresse la liste des avantages et des inconvénients des femmes avec qui éventuellementil pourrait se marier: celle là n'est pas très jolie mais elle est sympathique... Et c'est aussi l'inverse de Stendhal,dont la dissection de l'amour est paradoxalement est peu stendhalienne,car elle ne rend pas justice à ce que Stendhal est capable de dire de l'amour. Mais chez Stendhal,quand Julien Sorel rencontre Mme de Rênal, il a toutes les raisons de la conquérir parce-que c'est une conquête, une place forte à conquérir,dans le registre de l'ambition et puis,il y a un moment où cette conquête se convertit en amour.Il y a un moment où il tombe amoureux de la femme qu'il a séduite.Finalement les raisons disparaissent derrière un sentiment qu'il ne maitrise plus.
Au fond , que l'amour naisse de façon jésuitique,comme un enfant de la raison,ou que l'amour précède la raison et ne se donne aucune raison,dans tous les cas, le sentiment amoureux n'est pas de même nature que les raisons qu'à priori,ou à posteriori il se donne pour exister.Le premier à avoir théorisé cela, c'est Pascal,qui dans son apologie de la religion chrétienne,(les Pensées, sont une apologie de la religion chrétienne) ne démontre jamais l'existence de Dieu, il dit au mieux qu'on a tout intérêt à parier sur lui parce que l'amour ne fait pas l'objet d'une démonstration; parce l'amour n'est pas de même nature,que les lois du coeur ne sont pas celles de la raison, parce que je l'aime et parce que je l'aime c'est tout."Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas" c'est Pascal qui l'a dit et Jankelevitch ne fait qu'établir des  variations sur cette idée la.
ce qui est intéressant c'est la différence qu'il fait entre la curiosité et la sympathie parcque la curiosité est indicrète,la curiosité est littéraire au mauvais sens du terme,la curiosté recense, tient des registres,c'est Gala...(celle du journal, pas la Gala de Dali )c'est l'indiscrétion qui n'a rien à voir avec l'attention que l'on doit porter à quelqu'un. Etre attentif à quelqu'un c'est comme le narrateur de la recherche du temps perdu, il est si attentif à Albertine quand elle dort qu'il ne cherche plus à savoir si elle l'a trompé ou pas,ou à savoir quels sont ses rêves, il l'aime, il est dans l'élection massive d'un être qu'il aime, c'est un des rares moments d'amour dans la recherche du temps perdu. Pourquoi le narrateur ne regarde pas les lettres qui sont restées dans le kimono resté sur la chaise ? (un peu comme une fille pourrait laisser son portable avec ses SMS dedans.) deux écoles pour l'amant à partir de la: être curieux, être jaloux, vouloir regarder dans le téléphone portable,ou lire les lettres pour avoir le fin mot de la jalousie,ou bien refuser de savoir.Mais cette fois si ce déni de savoir se fait au nom d'un savoir supérieur,c'est pas un éloge de l'ignorance,au sens où il s'agit d'ignorer la personne, il s'agit au contraire de lui être si attentif qu'on sait s'en tenir à la surface de ce qu'elle est, on est ici superficiel par profondeur comme dirait Nietzche.C'est là qu'on aime, on aime tellement qu'on aime qu'on ne veut pas savoir ce qu'il est, ça n'est pas qui compte, il ne faut pas se connaître pour s'aimer, il s'agit de s'aimer pour éventuellement se connaître après.L'amour est le point de départ,l'amour est au commencement,l'amour n'a pas besoin de personne mais de rien.Et c'est en cela que l'amour de quelque'un se convertit souvent en amour de la vie alors que la vie n'a rien d'aimable.L'amour est irrationnel et Jankelevitch défend cette thèse la,et la sympathie est très importante ici c'est la fin de la curiosité:sentir quelqu'un , le connaître en lui touchant la main ou en lui faisant l'amour peu importe mais le connaître de cette manière la,c'ets le contraire justement de la démarche inquisitoriale de celui qui veut savoir ce qu'il en est de sa journée,ce qu'il en est de son passé,ce qu'il en sera de son avenir,et qui donc n'aime dans le meilleur des cas,que l'idée qu'il se fait de l'autre qu'il a en face de lui, lui, c'est un amant tyranique.L'amour que décrit jankelevitch est aux antipodes de cela.
L'amour, comme le dit Bergson de la philosophie, est une longue histoire de commencement.On en finit par le commencement: Jankelevitch est le meilleur interprète au XXè siècle de cette sagesse la:la sagesse des commencements, non pas une sagesse de vélléitaire, que j'ai tendance à voir chez Descartes qui annonce une science qui n'arrive pas, mais s'étonner de ce qu'on a sous les yeux,quoi qu'on ait sous les yeux et de s'étonner de savoir, c'est la sagesse des commencements qui est que l'écriture n'est jamais à la hauteur de la parole orale et en cela Jankelevitch est socratique, cest comme faire le bien, on a jamais fini de faire le bien, on a fait le mal une fois de trop.
Interview de Jankelevitch: "je suis un philosophe oral, ma philosophie est parlée, je suis un professeur,je ne suis pas un écrivain c'est très différent, je ne suis     aps un homme d'un stylo même si j'ai écrit des livres, ma profession n'est pas l'écriture. ma spécialité c'est parler, la communication orale et y renoncer c'est beaucoup pour moi".  . .quelque_part_dans_linacheve20100424.jpg  

Transcription de l'émission "le gai savoir" de Raphael Enthoven avec Julie Parmentier sur France Culture ; Dimanche 28 octobre 2012 

http://www.franceculture.fr/emission-le-gai-savoir-quelque-part-dans-l%E2%80%99inacheve-%E2%80%93-jankelevitch-2012-10-28

                                               
       
                    

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