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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 14:50
  Catherine AUDARD Ancienne élève de l'Ecole normale supérieure (Ulm-Sèvres), agrégée de philosophie, enseigne la philosophie politique et morale à la London School of Economics (Department of Philosophy) où elle est Visiting Fellow et Chair of The Forum for European Philosophy.Catherine-Audard-2009.JPG 
Son avant dernier livre est  John Rawls,  Londres, Acumen Press, 2006. Elle a publié une Anthologie historique et critique de l'utilitarisme, 3 vol., Paris, PUF, 1999 et, en collaboration, John Rawls,  Paris, PUF, 2004 ;  Le Respect, Collection "Morales", Paris, Autrement, 1993 ;
Individu et justice sociale, Paris, Le Seuil, 1988. Elle est l’auteur des traductions en français des ouvrages de J.Rawls, Théorie de la justice (Le Seuil,1987), Justice et démocratie (Le Seuil, 1993), Le libéralisme politique (PUF, 1995),  et de  JS Mill, L’utilitarisme  (PUF, 1999).
Elle présente aujourd'hui au Musée Fabre avec la Librairie Sauramps à Montpellier,son dernier livre "Qu'est-ce que le libéralisme ? Ethique, politique, société (éditions Gallimard). 
Rappels:
"La vie des idées" a publié un long article de Catherine Audard intitulé : Qu'est-ce que le nouveau libéralisme?
Lire la conférence d' Eric Bories sur Qu'est-ce que le libéralisme ? sur le site de l'Académie de Toulouse. Version Word (Documents)
Un utilitarisme libéral est-il un oxymore ? par Catherine Audard
Friedrich  Hayek,  dans  une  célèbre  conférence  de  1970,  « Les  erreurs  du
constructivisme
», déclare que  l’utilitarisme est un ennemi des  libertés, dans  la même catégorie que  le  socialisme  ou  les  idéologies  totalitaires.  Toutes  ces  doctrines  sont,  selon  lui, « constructivistes ». Au lieu de reconnaître et de respecter l’ordre « spontané » que l’on peut observer  dans  les  phénomènes  politiques,  sociaux,  économiques  et  éthiques,  les  utilitaristes cherchent  à  imposer  un  ordre  artificiellement  construit,  fondé  sur  des  jugements  de  valeur
arbitraires, considérés à tort comme des « faits ». Ils ignorent l’existence de « règles de bonne conduite » que l’humanité a patiemment accumulées au cours des siècles afin de résoudre les conflits  et  de  réduire  les  souffrances.  Ce  qui  est  encore  plus  inquiétant  est  le  fait  qu’ils ignorent la distinction centrale entre, d’une part, les lois et la législation résultant de décisions et de volontés politiques particulières, et, d’autre part, les principes généraux de l’État de droit
(rule of law) qui s’expriment dans les Déclarations des droits, les Constitutions et les normes supra-juridiques.  Une  telle  accusation  est  extrêmement  sérieuse  car  les  interventions constructivistes prétendent toutes être légitimes et pouvoir justifier les limitations des libertés individuelles au nom d’un « bien supérieur », quel qu’il soit. 
L’argument d’Hayek peut sembler d’autant plus convaincant qu’il existe une division à  l’intérieur  de  la  pensée  libérale  entre  deux  courants,  le  « libéralisme  de  la  liberté »  et  le « libéralisme du bonheur » (Rawls, Lectures on the History of Moral Philosophy, 2000 : 330), le second étant plus menaçant pour  les  libertés. Cependant, comme nous verrons dans  le cas de  l’utilitarisme  indirect de Mill  et dans  la  conception de  l’éthique défendue par Sidgwick, étant  donné  que  nos  concepts  moraux,  bonheur,  bien-être,  bienveillance,  etc.,  ne  peuvent simplement  se  conformer  à  des  critères  donnés  d’avance, mais  « sont  dérivés  de  la  raison réfléchissant de manière imparfaite sur l’histoire » (James Kloppenberg, 1986), alors le juste et  le  bon,  comme  le  vrai,  doivent  être  détachés  de  toute  certitude  et  ainsi  historicisés.  En conséquence,  des  utilitaristes  comme  Mill  ou  Sidgwick  recherchent  certes  le  plus  grand bonheur pour tous, mais sans aucune garantie et en acceptant la contingence et l’échec comme le  pluralisme  d’une  manière  tout  à  fait  fidèle  à  ce  qui  fait  l’essence  du  libéralisme.
L’expression « un utilitarisme libéral » n’est peut-être pas un oxymore.

 

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