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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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Maxime NEMO

5 av. Porte de la Plaine

Paris XVè  ce 21-7-41

 

 

Monsieur,

 

Votre article paru dans les « Nouveaux temps »du 20 juillet dernier, traite une si grave question (l’Université et la France de demain) que je vous demande d’intervenir, à titre privé, dans ce conflit.

Depuis 1920, je suis, dirai je, le collaborateur bénévole, sur le plan esthétique de l’université française. A ce titre déjà, la question m’intéresse.

Voulez vous me permettre de vous demander si vous êtes vraiment certain, Monsieur, que la France d’hier était sur le point « d’étouffer » sous le poids de l’intelligence ?  L’ayant parcourue pendant 20 ans, je suis d’un avis opposé. Et je connais l’Europe aussi, en particulier l’Allemagne. Je crois même avoir écrit, en 27, le premier livre français sur l’Allemagne nouvelle. Nous ne chercherons, si vous le voulez bien, la preuve de l’intelligence ni chez les avocats, ni même excusez-moi parmi des milieux d’écrivains. Si nous cherchons notre réalité sociale, sous l’angle intellectuel, c'est-à-dire parmi les chefs d’entreprises, les industriels, le haut commerce, les ingénieurs et l’armée, nous trouverons dans ces éléments des techniciens – et encore (les événements ne l’ont que trop prouvé !) pas au courant des découvertes les plus récentes, mais peu d’esprits aptes aux idées générales. Nous ne trouvons là que de l’intelligence médiocre puisque particularisée. C’est au contraire cette médiocrité intellectuelle, qui, au contact de l’épreuve, a révélé sa médiocrité et je partage ici, l’opinion de que Déat, exprimait dans un article de l’œuvre, il y a quelque temps, dans lequel il prétendait, que nous avions été vaincus par un défaut d’intelligence. Nos diverses techniques ont été manifestement inférieures et ce sont elles les responsables, et uniquement elles. Si nos techniciens n’ont pas encore compris et n’ont pas le courage d’assumer la responsabilité  de leur déficience, leur décadence, dans l’Europe future, nous entrainera.

Je n’ai cessé de glorifier la double exaltation de l’Esprit et du Corps ; concevant le sport comme le développement physique acheminant l’être humain vers la double Beauté, spirituelle et corporelle, je considère que la part faite à la vie entière était insuffisante.

Il me semble cependant excessif de rendre encore le Sport ou le « non-sport » responsable de notre défaite ou de la formation des caractères. Il est une cause profonde, que votre article ne signale ^pas : la déchéance des caractères rendue fatale par la vie telle qu’elle a été « donnée » par l’autre après guerre. Dans cette vie de facilités, l’esprit sportif était, inopérant que l’esprit tout court. Et la sacro sainte Famille prônée par nos thérapeutes vichyssois est, ici directement responsable de cette décadence. Elle a dissout par l’adulation dont l’enfant était l’objet, le peu d’énergie privée ou collective  dont l’Ecole avait pourvu l’enfant. La vie veule a engendré des cadres veulent. Mille témoignages sont venus à moi de cette désagrégation opérée par l’élément familial qui ne dédaignait pas, parfois, de faire appel  à l’influence politique pour que la résistance d’un éducateur fût brisée.  

Que je sache, Monsieur, il y avait sur le front des Flandres, en mai 40, dix divisions anglaises ! Je n’ai pas appris qu’elles aient mieux tenu que les nôtres et je n’ai jamais entendu dire que l’éducation sportive  ait fait défaut chez les anglo-saxons. Je ne pense pas non plus que les générations mobilisées  en 1914 aient été plus sportives que celles de 39.Ce sont cependant elles qui ont opéré le redressement de la Marne et elles étaient pourvues d’une éducation pour le moins aussi livresque que celle qui sévissait à la veille de la dernière guerre ?

Ce qui vient d’être vaincu en nous, c’est une image du bien être particulier, égoïste. On ne transforme pas un sybarite en Spartiate  à l’aide d’un ordre de mobilisation ! Et lorsque le principe de la vie gratuitement aisée atteint – en se développant progressivement-  l’élite ou, au moins l’élément qui dirige un pays, on ne doit pas être surpris que l’état de crise qu’est l’état de guerre, dévoile impitoyablement  l’amollissement particulier et général.

La présence ou l’absence du grec dans les programmes ne permettra de « faire des hommes »

Qu’à la condition que les questions d’ambiance sociale  ne soient pas opposées à la formation de l’esprit, du cœur – et même du muscle ! – que bien des éducateurs tentaient  de réaliser, mais leur œuvre était constamment recouverte par la marée toujours montante de la vie non-énergique, voulue par les influences  économiques, familiales, politiques…pour ne citer que celles-ci !

Si, avec raison, nous concevons l’être jeune comme celui qu’il nous appartient de vraiment former, encore faudrait-il que la « touche » soit juste, sinon, comme en peinture, tout le tableau sera faux !

Je vous serre très cordialement la main, Monsieur en vous priant de croire à mes sentiments les plus distingués.   

Maxime NEMO

 

Lettre adressée à Jean LUCHAIRE  Directeur des « Nouveaux Temps » en Juillet 1941

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