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  • : Seniors Dehors !
  • Seniors Dehors !
  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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Quand on est seul, on trouve que les bruits du monde sont blessants. Les pas des autres résonnent comme des coups trop durs? On a le sentiment que chacun vit dans une sphère séparée.Le réel est ce qui se dérobe sous les pas, sous la musique trop forte et les soupirs.  On peut essayer sans cesse de le conquérir, en faisant varier les plaisirs, mais on n'obtient que les écorces du fruit, des égratignures.
Le réel ne se donne pas dans une vie en éclats. Il se retire, comme la loi de notre monde que nous ne parvenons plus à déchiffrer.

Dans la solitude, c'est la démence du réel qui est approchée. On se rend compte qu'il y a une profusion, une démesure, mais on ne vit alors que l'envers du décor: l'absence.  Les gestes des personnes qui passent, échangent quelques mots, font des transactions et retournent à leurs occupations, ces gestes ressentis tout d'un coup  comme trop lourds, comme trop brutaux,ce monde accoudé aux gadgets n'impressionnent pas; C'est le bruissement des étoffes quand on découvre deux êtres qui se croisent, que l'on remarque l'air humide qui tremble autour d'eux, que l'on suprend l'éclair accroché à leur regard, qui témoigne du grouillement de la vie, de ses eaux merveilleuses et un peu troubles qui sont asséchées par l'agitation quotidienne et l'habitude qu'elle donne de saisir les choses, de les capter, pour en faire un petit capital, des biens qui rassurent, des signes qui renvoient à son identité.
La solitude fait passer du monde du bruit et du béton au silence et aux eaux spontanées de la vie. Mais elle laisse au milieu des deux mondes, dans un perpétuel flottement, qui devient désarroi et souffrance, parce qu'elle n'offre pas la garantie que ces mondes peuvent communiquer.
Le bourdonnement des heures que l'on passe à attendre, le clapotis de sa langue quand on mange et que l'on vérifie que l'on parle encore font entendre le grouillement d'un univers qui dérange, qui est trop présent parce que non partagé. Pourtant dans l'abstention du monde, dans le vide du monde, c'est le monde qui explose. C'est comme une révolution du sens,l'expérience d'un grand dénuement: je n'ai rien à donner, je me donne, je reçois le monde.La solitude et l'amour parlent de ce dénuement, de cette expérience ultime, mais comme les deux faces d'une pièce de monnaie, ils n'y renvoient pas de la même façon;
Dans la solitude, au dessus de ses eaux confuses, j'ai lu comme le chiffre de la vie, mais je n'ai contemplé aucun visage....
La solitude fait vivre une profusion dans l'absence, un peu comme ces extases que les mystiques ont par intermittences. Les mots donnent corps à cette profusion, ils donnent droit à cette absence. Moi je ne prends corps que dans les mots. Même les gestes de l'amour m'angoissent quand ils ne sont pas entourés de mots. Et tant pis si certains disent que les mots sont des mensonges ! Tant pis si celle qui me parle me raconte des mensonges ! Je préfère les mensonges aux petites transactions. le plaisir échangé, lorsque chacun remet ses vêtements, me semble une supercherie de la société actuelle, avec sa fanfare de valeurs empruntées et son honnêteté mal placée. Car il faut du rêve pour s'aimer. Et le rêve est un mensonge qui fait parler la réalité qui lui fait dire des choses vraies: des choses auxquelles il est possible de répondre.(...)
Je me sens piégée par ce monde, immobilisée par tous ces miroirs qui m'envoient une image négative de moi même, de moi même et de mes contemporains. Et quand j'aime quelqu'un, c'est toujours à travers un miroir qui m'empêche de retrouver le fond des choses, le sens de l'amour.
"La flamme ivre" Corinne Pelluchon ( Littérature ouverte - Desclée de Brouwer 1999). 

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