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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 15:41

Décrire l'amour comme la dépendance du système nerveux à l'égard de  l'action gratifiante  réalisée  grâce à  la présence d'un  autre  être  dans  notre espace,  est  sans doute  objectivement  vrai.  Inversement,  la  haine  ne prend-elle pas naissance quand  l'autre cesse de nous gratifier,  ou  que  l'on  s'empare  de  l'objet  de  nos désirs,  ou  que  l'on  s'insinue  dans  notre espace gratifiant  et  que  d'autres se  gratifient  avec  l'être  ou l'objet de notre gratification antérieure?
Mais  l'on  se demande  si  ces observations, qui  se voudraient  scientifiques,  objectives,  ont  quelque valeur devant la joie ineffable, cette réalité vécue, de l'amoureux.  La  décrire comme  nous  venons  de  le faire, n'est-ce pas ignorer la part humaine de l'amour,sa  dimension  imaginaire,  créatrice,  culturelle? 

Oui sans  doute  pour  l'amour  heureux. Mais  un  autre  l'a dit, il n'y a pas d'amour heureux. Il n'y a pas d'espace suffisamment  étroit,  suffisamment  clos,  pour enfermer toute une vie deux êtres à l'intérieur d'eux-mêmes.  Or,  dès  que cet  ensemble  s'ouvre  sur  le monde, celui-ci en se  refermant sur eux va,  comme les bras d'une pieuvre, s'infiltrer entre leurs relations privilégiées.  D'autres  objets  de  gratification,  et d'autres êtres gratifiants, vont entrer en relation avec chacun d'eux, en relation objective s'exprimant dansl'action. Alors, l'espace d'un être ne se limitera plus à l'espace de  l'autre. Le  territoire de  l'un peut  bien  se recouper  avec  le  territoire  de  l'autre, mais  ils  ne  se superposeront jamais  plus.  Le  seul  amour  qui  soit
vraiment  humain,  c'est  un  amour  imaginaire,  c'est celui après  lequel on court sa vie durant, qui trouve généralement son origine dans  l'être aimé, mais qui n'en  aura  bientôt  plus  ni la  taille,  ni la  forme palpable,  ni la  voix,  pour  devenir  une  véritable création,  une  image  sans  réalité. 

Alors,  il  ne  faut surtout  pas  essayer  de  faire coïncider  cette  image avec  l'être  qui lui  a  donné  naissance,  qui lui  n'est qu'un pauvre homme ou qu'une pauvre femme, qui a fort  à  faire avec  son  inconscient.  C'est  avec cet amour-là qu'il faut se gratifier, avec ce que l'on croit être et ce qui n'est pas,  avec  le désir  et non  avec  la connaissance. Il faut se fermer  les yeux, fuir  le réel.
Recréer le monde des dieux, de  la poésie et de  l'art,et  ne  jamais  utiliser  la clef  du  placard où  BarbeBleue enfermait les  cadavres  de  ses  femmes.  Car dans  la  prairie  qui  verdoie,  et  sur  la  route  qui poudroie, on ne verra jamais rien venir.
Si ce que je viens d'écrire contient une parcelle de vérité,  alors  je  suis  d'accord  avec ceux qui  pensent que  le  plaisir  sexuel  et l'imaginaire amoureux  sont deux  choses  différentes  qui  n'ont  pas  de  raison  a priori  de  dépendre  l'une  de  l'autre.
Malheureusement, l'être biologique qui nous gratifie sexuellement  et  que  l'on  tient  à conserver exclusivement  de  façon  à  «  réenforcer  »  notre gratification  par  sa  « possession  »,  coïncide généralement  avec celui  qui  est  à  l'origine  de l'imaginaire  heureux.  L'amoureux  est  un  artiste  qui ne peut plus se passer de son modèle, un artiste qui se  réjouit tant de  son oeuvre qu'il veut  conserver  la matière  qui l'a engendrée.  Supprimer  l'œuvre,  il  ne reste  plus  qu'un homme et  une  femme,  supprimer ceux-là, il n'y a plus d’œuvre. L'œuvre, quand elle a pris naissance, acquiert sa vie propre, une vie qui est du  domaine  de  l'imaginaire,  une  vie  qui  ne  vieillit pas, une vie en dehors du  temps et qui a de plus en plus de peine à cohabiter avec  l'être de chair,  inscrit dans  le  temps  et l'espace,  qui  nous  a  gratifiés biologiquement.  C'est  pourquoi il  ne  peut  pas  y avoir  d'amour  heureux,  si l'on veut  à  toute  force identifier l’œuvre et le modèle.
Cependant,  lorsque  l'amour  passe  d'un  rapport interindividuel unique à celui d'un groupe humain, il est  probable  qu'il  pourrait  s'humaniser,  en  ce  sens qu'il devient plus  l'amour d'un concept que celui de l'objet  gratifiant. L'Homme est  par  exemple  le  seul animal  à concevoir  la  patrie et  à  pouvoir  l'aimer.
Mais là encore il n'est pas possible de faire coïncider l'imaginaire amoureux  avec  le modèle  qui  en  est la cause. Le modèle est encore un modèle biologique,celui  de  l'ensemble  humain  peuplant  une  niche écologique,  avec  son histoire et les  caractéristiques comportementales  que cette  niche a conditionnées chez  lui.  Et  cet  ensemble  humain  jusqu'ici  s'est toujours  organisé  sous  tous  les  cieux  suivant  un
système hiérarchique de dominance et de soumission parce  que  les  motivations  des  individus  qui le composent  ont toujours  été  la  survie  organique,  la recherche  du  plaisir,  dont les  moyens  d'obtention passent  encore  par  la  possession  d'un  territoire individuel et des objets et des êtres qu'il contient. Si bien  que cet  amour réel  et  puissant  de  la  patrie,tardivement  conceptualisé  dans  l'histoire  de l'Homme, mais  qui  a,  jusqu'à  une époque  récente,animé  le  sacrifice  de  millions  d'hommes,  a également permis  l'exploitation de  leur sacrifice par les structures sociales  de  dominance  qui  en constituaient,  non  le corps mystique, mais  le corps biologique.  Les  dominants  ont toujours  utilise l'imaginaire  des  dominés  à  leur  profit.  Cela est d'autant  plus  facile  que  la  faculté  de création imaginaire que possède l'espèce humaine est la seule à  lui  permettre  la  fuite  gratifiante  d'une  objectivité douloureuse.  Cette  possibilité,  elle  la  doit  à l'existence d'un cortex associatif capable de créer de nouvelles structures,  de  nouvelles  relations abstraites,  entre  les  éléments  mémorisés  dans  le système  nerveux.  Mais  ces structures  imaginaires restent intimement  adhérentes  aux  faits mémorisés, aux modèles matériels  dont  elles sont issues. Or,  à l'échelon  socioculturel il  est  profitable;  pour  la structure  hiérarchique,  de  favoriser  l'amour  de l'artiste citoyen pour sa création imaginaire, la patrie,qui lui fait oublier  la  triste réalité du modèle social,artisan  de  son  aliénation. (...)

Eloge de la fuite (Henbri Laborit) Folio Essais - Gallimard

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 15:56

Après la vigilance active, voici venu le temps de l'autocensure ?

Exit Audrey Pulvar de France 2 et recadrage des photos sur l'Express....

Voyez plutôt !

Autocensura.jpg

Trierweiler.jpgEt voici ci dessous, la photo "rognée" publiée par l'Express et reprise dans tous les médias!

Plus correct non !!!

Il n'empêche, le doigt d'honneur digne d'un joueur de l'Equipe de France s'adressait explicitement à ses adversaires politiques et sans ambiguité.

Trierweiler-officielle.jpg

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24 juin 2012 7 24 /06 /juin /2012 16:49

A l'invitation de la Société Louise Michel de Montpellier, Philippe CORCUFF maître de conférences à l'IEP de Lyon et chercheur au centre de recherche sur les liens sociaux (CERLIS Paris Descartes CNRS) membre du Conseil scientifique d'ATTAC France est venu ce Mercredi 20 juin 2012 à l'Espace Jacques 1er d'Aragon de Montpellier présenter son dernier livre :

  corcuff-31-01-2008c.jpg

Où est passé la critique sociale ?

Penser le global au croisement des savoirs (Editions de la Découverte)
Double actualité puisqu'il était aussi l'invité la même semaine de France Culture dans la Suite dans les idées du 16 juin sur le même thème.
La Société Louise Michel comme l'a rappelé Anne Freiss en ouverture s'est créée dans le sillage des travaux de Daniel Bensaid théoricien de la LCR dont on connaît les idées militantes (souvent convoqué jadis dans les émissions de Daniel Mermet) dans le cadre d'une remise en cause du système néo libéral par des analyses tournées vers le monde universitaire, les militants, syndicalistes et le mouvement associatif.
les réunions de cetrte Société montpéliéraine ont lieu généralementdans la Brasserie du Dôme.
Contacts: rabadantoine1@gmail.com (Professeur d'Espagnol) ; gille-marquet@orange.fr (Economiste) ; anne-gille.freiss@sfr.fr  (Militante associative)
J'ai fait remarqué aux organisateurs que la "Maison des Sciences de l'Homme Ange Guépin" à l'Université de Nantes travaillait dans le même sens et avec les mêmes problématiques mais ici, on est à Montpellier et peu enclins à regarder vers le septentrion... !
La tonalité libertaire est clairement affichée dans l'après éléction avec ce slogan: que faire de la victoire de la gauche ? Laquelle gauche jugée par Corcuff "en état de mort cérébrale": bien dit.. mais encore...?
Il s'explique, la gauche est sur des rails de pensée automatique mais n'opère pas de véritable travail intellectuel solide. Il y a les légitimistes et les misérabilistes.
Les références des travaux de Corcuff sont connues: Foucault, Rancière, Bourdieu dans des dialogues parasités et des rendez-vous manqués entre la sociologie et la philosophie.
Judith Butler ou Jean Claude Michéa mais aussi en remontant dans l'histoire des sciences sociales: Joseph Proudhon et Karl Marx
On aime entendre aussi des référenecs au travail de Sandra Laugier qui à partir de l'analyse d'une chanson de Michel Jonasz, "les vacances au bord de la mer" démonte le mécanisme dominants/dominés.
Corcuff cite aussi des Revues comme la Revue des livres, Réfraction, Ecorêve qui cependant restent à son avis trop détachées du terrain militant.
Dans ses expertises au sein d'Attac sur la machine néolibérale il montre comment la pensée technocratique ne débat que partiellement et va même jusqu'à la qualifier de "a-pensée non réfléchie"
La gauche de la gauche a contre réagi à travers les groupes comme Copernic ou Attac mais eux aussi frappés de mort cérébrale à travers l'équipe du Monde Diplo ou des mélanchonades qui sussurent un vague discours sur le "méchant néo-libéralisme, enrobé de marxisme rance".
Quant à la déploration du PS elle est empreinte de rancoeur ou d'indignation.
En 1990 dans la Revue "Contre temps" Daniel Bensaïd et la LCR et plus tard le NPA ont essayé de réagir mais la mort de Daniel Bensaïd a laissé un vide comblé par sdes variantes des chants de la "mélancolie de la critique sociale" depuis 2 siècles à travers l'altermondialisme, les Indignados d'Espagne, les Anonymous ou l'Occupy wall Street aux USA. 
critique-sociale.jpg
Corcuff revient alors sur une définition de la CRITIQUE SOCIALE née de l'émancipation des Lumières au XVIIIè siècle avec en 1784 une sortie de l'état de tutelle et une sortie des dominations avec Kant. L'émancipation politique avec la naissance de l'Etat Nation et une ouverture vers l'Universalisme.
Puis au XIXè ce sera l'émancipation socialiste puis communiste et enfin anarchiste.
Au XXIè siècle on assiste à "l'inertie des automatismes de pensée du PS sur ses rails de la légitimité des savoirs savants face aux savoirs ordinaires"
Il est urgent de revoir les logiciels de pensée, de reformuler les méthodologies et de revoir la tyauterie conceptuelle. Il faut sortir du mécanisme des contenus et des contre-propositions.
Pour cela, Corcuff va articuler sa conférences en trois parties:
1 - Secouer les automatismes
2 - Questions sur les émancipations
3 - Qu'est-ce qu'une critique libertaire de l'Etat ?
___________________________________________________________________________________________
I - Philippe Corcuff entreprend alors méthodiquement de lister les logiciels automatiques en vigueur :
1 - le conspirationisme (dans la foulée de Septembre 2001, l'affaire DSK, la chasse à Ben Laden...) la parano et la théorie du complot à gauche comme à droite devient l'idéologie dominante et a été très bien analysée par Luc Boltanski.Certains l'ont qualifié de "trame narrative aux effets explicatifs" à l'instar de "la servitude volontaire" de la Boétie.
2 - l'automatisme essentialiste qui empêche la pensée critique. (Wittgenstein parle d'une "recherche d'une substance qui recherche son substantif":
Exemples: le sarkozysme, le chavisme, demain le hollandisme..;  dans un constant désir de généralisation abusive au détriment des cas particuliers.
Exemple de l'Amour qui renvoie aux essences de l'amour (la passion  le platonique, le sexuel etc...)
On assiste à une tyranie du langage "un préjugé auquel tout doit se conformer". Je fais la critique de "mon" essentialisme contre les autres dans une dualité permanente et tyranique : Chavez/Amérique; Islam/sionisme ; Capitalisme/Communisme...
3 - Le présentisme et son vis à vis nostalgique.
A propos du "présentisme", néologisme, François Hartog évoque le rapport au temps présent qui est la référence montante déconnectée du passé et du futur dans une spirale infernale de consommation de l'événement ( l'Actualité, le scoop, les sondages, le tweet, le buzz.... )
Aujourd'hui "on mange le passé par les commémorations" incessantes et quotidiennes (Camus, Jeanne d'Arc...)
Face au "présentisme" on a la "nostalgie" d'un passé fantasmé à la manière d'Alain Finkielkraut qui s'en défend. On est dans la contemplation d'un passé mystifié. Walter Benjamin parlait de "mélancolie ouverte sur l'avenir mais qui se coltine le présent."
4 - l'automatisme collectif :
Faute de l'individualisme qui fait perdre le sens du collectif, il faut revenir à la solidarité entre les individus. On a souvent caricaturé la droite qui place l'individu au centre duu néo libéralisme et la gauche le collectivisme à travers son apendice syndical.
Déjà en 1914-18, le thème collectiviste était prédominant au détrimpent de l'individualisme qui avait prévalu jusqu'alors depuis la Révolution française et dans les avatars du Romantisme.
Corcuff cite alors quelques figures comme Fernand Peloutier et Emile Pouget qui prônent l'autonomie individuelle ou les militants d'Action Directe de 1910 qui prônent l'exaltation de l'individu. Puis c'ets jaurès et son socialisme républicain et Marx qui dès 1844 peut être qualifié de "penseur individualiste" quand il parle de "l'émancipation sensualiste de l'individu". L'être s'oppose radicalement à l'avoir que préconise le capitalisme et pour cela il faut lui opposer entraide par la solidarité et la coopération.
__________________________________________________________________________________________
II - Repenser l'émancipation aujourd'hui.
1 - la pluralité humaine et le commun (Hannah Arendt)
2 - l'Expérimentation à travers la mutualité
3 - Revenir aux trois fondamentaux : Le syndicat/ le Parlement/ le Coopératif de Jaurès 
Il faut "créer un espace commun sans écraser l'individu" tel était le slogan de la fédération anarchiste de Joseph Proudhon.
La mythologie du "grand soir a échoué (cf.échec électoral de Mélanchon, et du NPA..)
On a vécu dans le slogan du "Ici et Maintenant" de 1972 à 1981.
Comment bâtir une autre société ? Par des expériences, des essais, des erreurs, des rectifications.
Il faut s'inspirer de la philosophie pragmatique de John Dewey (1927) republié à la NRF: "Expérience et nature"
Il faut aussi s'attaquer à l'hégémonie du langage politique actuel qui est un vocabulaire machiste et viriliste car la politique est un combat et un rapport de force.
Explorer, expérimenter et surtout métisser le langage et le vocabulaire des rapports de force pour plus de fragilité et féminiser le langage.
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III  Critique libertaire de l'Etat
Le processus de monopolisation des pouvoirs mis en évidence par Max Weber et Pierre Bourdieu.
Sur ce thème les anarchistes étaient plus prudents que les communistes.
1970 : Etat bureaucratique oppressif.
1980: Robert Castel constate que "l'Etat a  fourni des supports sociaux à l'autonomie des individus" la propriété peut offrir un espace de protection face aux aléas de la vie.
2012: Luc Boltanski dans "De la Critique" précis de sociologie de l'émancipation  reconnaît "assumer l'ambivalence face aux Institutions"
1984: Pierre Bourdieu soutient ce propos apparemment contradictoire  "Il faut toujours risquer l'aliénation politique pour échapper à l'aliénation politique"

Conclusion:
"Comment envisager des institutions publiques qui ne soient pas l'Etat tel que nous le connaissons aujourd'hui ?"
 "Revenir à un anarchisme institutionnel et pragmatique tel est le défi de l'avenir pour repenser la critique sociale".
 Notes prises par Patrick CHEVREL (Montpellier)

Notes 1 - Il vient d’éditer (mars 2011) un “B.a.-ba philosophique de la politique pour ceux qui ne sont ni énarques, ni politiciens, ni patrons, ni journalistes” (éditions Textuel, collection “Petite encyclopédie critique”, mars 2011) qui sera en vente sur place.

Notes 2 Prises de tête pour un autre monde: Philippe Corcuff Textuel, 2004 - 207 pages
La pensée de Philippe Corcuff s'adresse avec humour et justesse à tous ceux qui cherchent une voie politique radicalement à gauche, mais en évitant aussi bien les mollesses de la gauche officielle que les gesticulations gauchistes. Elle participe aux tâtonnements de la nouvelle galaxie altermondialiste. S'affirmant " social-démocrate libertaire ", l'auteur revendique le droit à l'hésitation, " à la différence des maîtres-penseurs sûrs d'eux ". Face aux simplismes médiatiques, il propose un regard décalé sur l'actualité.
Ces textes sont des chroniques parues dans Charlie Hebdo ou d'autres interventions de presse. Elles sont accompagnées de l'ironie tendre des dessins de Charb, tous inédits.
De quoi procèdent ces " vues de biais " sur l'actualité ? D'un regard critique, distancié, nourri d'une double tradition philosophique et sociologique.

Une réflexion et pas seulement un combat " contre " ou la répétition mécanique de slogans fermés sur eux-mêmes : d'où ces véritables " prises de tête ".
" Car le monde est compliqué. Ceux qui nous disent que les choses sont simples mentent. "
Notes 3 : France Culture: 

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 19:29

- Bien sûr qu'ils ne savent rien, et alors ? Ils savent des choses que nous ne savons pas. Ils ont leur langage, leur culture. »

A ce mot, je me retiens pour ne pas sortir mon révolver, et je me retrouve à me justifier :

« Vous savez, je leur ai distribué trois textes très courts : l'un de Rimbaud, "le Dormeur du val" ; le deuxième de La Bruyère, "Vous vou­lez m'apprendre qu'il pleut ou qu'il neige ; dites : il pleut, il neige." ; le troisième, la fin du comice agricole dans "Madame Bovary"... S'ils ne les ont jamais lus, c'est une bonne occasion ; s'ils les ont lus, ils comprendront, et je les y aiderai, que ce sont là de parfaits récits journalistiques. Après tout, vous m'avez fait venir pour cela, non ? Montrer que le récit, romanesque, poétique ou journalistique, obéit à des règles communes, à une obligation d'intérêt, de surprise, de simplicité ; qu'il y a plus de critique sociale dans cette simple phrase de Flaubert : "Ainsi se tenait, devant ces bourgeois épanouis, ce demi-siècle de servi­tude", que dans toutes les envolées révolutionnaires ; que les "deux trous rouges au côté droit" du "Dormeur" est une image plus efficace que tous les pamphlets antimilitaristes. Que pour faire du journalisme, il faut savoir cela. Au moins cela. »

Mon chef me laisse parler. Et conclut : « Ce n'est pas Sciences-Po. »

Parlons-en : c'est quoi, Sciences-Po ?

Historiquement, c'était un prolongement de la fac de droit où les jeunes bourgeois qui n'avaient pas eu la possibilité ou le désir d'intégrer une grande école venaient parfaire une éducation de bon aloi. Après la guerre, avec la fondation de l'ENA, en 1945, c'est devenu l'antichambre de l'antichambre du pouvoir. Dernièrement, avec l'ouverture facilitée aux élèves des classes défavorisées, cela voudrait être un laboratoire d'intégration, la Rolls de l'ascenseur social. A subsisté le respect du client. Tout se passe comme si le fait d'enseigner des rudiments de culture générale au plus grand nombre était devenu politiquement incorrect (on a vu cela sur les campus américains au cours des années soixante-dix), était une offense à leur culture.

« Vous les avez choqués ! Ils ont l'impression que vous méprisez leur culture. »

- Quelle culture ? Je veux bien leur parler en verlan.

- Fini le verlan. C'est plutôt le SMS.

- Et merde ! On ne doit donc pas parler d'Apollinaire à ces enfants perdus ? Les laisser à l'extérieur du monde de la pensée, de l'écriture, c'est cela le mépris ! Et en plus, ce sont les premiers de la classe !

- Vous ne m'avez pas compris. Quand vous commandez un article sur l'adultère en prenant l'affaire DSK comme point de départ, eh bien, ils se sentent, les filles surtout, offensés. Cette affaire DSK les a scandalisés. Qu'on puisse en parler comme d'une histoire banale, ce n'est pas eux, ça, pas du tout. »

J'avais en effet demandé à « mes » étudiants de faire une petite histoire de l'adultère qui commencerait avec le fameux « Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre » (Jésus exhortant les siens à ne pas lapider une femme adultère). En passant par le théâtre de boulevard : « Je t'aime, Maurice, mais physiquement je préfère ta femme » (« les Vignes du Seigneur »). En continuant par le sublime « Je la pris près de la rivière » (« la Femme adultère » de Federico Garcia Lorca). Et en finissant par ce fait divers stupéfiant qu'est l'affaire DSK. Un fait divers ! Appeler ainsi l'affaire DSK, peut-on faire plus politiquement incorrect ?

Revisite chez moi, le ton a un peu changé.

« Vous savez que vous devez les noter à la fin de votre cycle, mais les étudiants aussi vont vous noter. C'est ainsi dans toutes les universités.

- Et alors ?

- J'ai peur que vous n'ayez pas une bonne note et cela risque de nous retomber dessus à tous. »

Et il conclut :

« Nous allons essayer quelque chose de plus haut de gamme pour vous. Là, franchement, je crois que cela ne va pas le faire. »

Certaines expressions dépassent notre quota d'indulgence. Ce « ça ne va pas le faire » dans la bouche d'un recruteur de professeurs d'université me met hors de moi. Je claque la porte.

Qu'allais-je donc faire dans cette galère ? Un reportage ? Pourquoi pas, cela m'aurait rajeuni... Sincèrement, cette perspective d'intéresser de très jeunes gens à la magie de la communication, au mystère du langage, dont tout le monde sait aujourd'hui qu'il structure au moins autant le cerveau qu'il n'est inventé par lui, m'aurait passionné. De leur enseigner l'amour des mots. Il en a été décidé autrement.

Par qui ? Qui gouverne ce petit monde de Sciences-Po ?

D'où vient, coïncidant avec ma mésaventure, cette circulaire annonçant la suppression de l'épreuve écrite de culture générale ? De l'Éducation nationale ? Des « privés » du conseil d'administration ? Qui a voulu qu'au sortir du secondaire on refuse une dernière chance à ces jeunes gens ? Voilà une enquête que j'aimerais demander à « mes » étudiants. Qu'ils fassent vite. Demain, en juin prochain, ils quitteront l'école et s'installeront dans leur fauteuil. L'élite, c'est eux .   P. B.

Le Nouvel Observateur 12 JANVIER 2012 - N° 2462

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 19:22

Polémique

Adieu, Sciences Po ! PAR PIERRE BÉNICHOU

Chargé d'animer un séminaire sur "le récit journalistique", il a dû y renoncer.

C'est passé presque inaperçu. Un petit événement « en interne », comme on dit dans les entreprises bien gérées, mais dont la portée symbolique aurait pu alerter l'opinion. Est-ce parce qu'il a coïncidé avec ma propre mise à l'écart que je m'y suis, plus qu'un autre, inté­ressé ? La nouvelle tient en deux lignes : Sciences-Po a supprimé l'épreuve écrite de culture générale de son concours d'entrée. À quoi sert « la Princesse de Clèves » ? demandait Sarkozy il y a peu. L'Université lui répond : à rien. Eh quoi ?« Les Grecs [...1 vous donneront bientôt d'autres sujets de larmes » (Racine, « Andromaque »). Ce n'est pas le moment de sortir son mouchoir à tout bout de champ. Oui, mais voilà, ce petit événement, j'en ai été le témoin, un témoin privilégié si l'on peut dire.

Tout commence l'été dernier. Coup de téléphone d'un prof de Sciences-Po chargé d'organiser le département journalisme de l'Institut. Il se présente : « Jean-François Fogel, ancien journaliste. » Il me propose de conduire à la rentrée de novembre un séminaire sur « le récit journalistique ». Je n'ai pas le temps de lui dire ma surprise qu'il m'abreuve de compliments sur ma réputation dans le métier, mes quarante ans au « Nouvel Observateur », la reconnaissance, c'est lui qui parle, que me vouent de jeunes confrères devenus patrons de presse, etc., etc. L'embêtant avec les flatteurs, c'est qu'ils vous flattent, vous voyez ? Je réponds que ce temps-là est révolu, que le hasard a fait de moi un autre homme, un « humoriste » comme disent les amis bien intentionnés. Moi, je lui dis : « Un clown. » « Ne croyez pas ça, répond-il, vous avez été coopté. »Et il prononce cette phrase d'une élégance rare : « Prof de fac, ça sera bon pour votre ego. » Je n'ai pas raccroché. Comme la mère de Céline, il avait visé bas, il avait visé juste.

Quelques jours plus tard, lettre d'une responsable de ce fameux département journalisme, Mme Agnès Chauveau, ravissante jeune femme qui m'accueillera par ces mots : « Ils ne savent rien. » J'avais appris par sa lettre que mon rôle serait le suivant : « Tout en s'inspirant des différentes techniques narratives utilisées dans les récits de fiction comme de non-fiction, le cours : "Ecrire une histoire" vise à nourrir l'écriture des étudiants. »

Je me dis, à la lecture de ce galimatias, qu'il y aurait en effet du boulot. Mal payé. Mais quoi, l'ego triomphe, j'accepte la proposition (deux séries de six cours hebdomadaires de deux heures, de novembre à février) et me mets immédiatement en quête de « référents » à qui je propose de venir m'aider. Accueil plus qu'amical, enthousiaste, de Jean Daniel, Philippe Labro, Laurent Joffrin, Franz-Olivier Giesbert. Ils viendront m'épauler une heure chacun. L'ego est en pleine forme. Le Roy (Ladurie) n'est pas mon cousin. Je passe plusieurs jours à peaufiner une « leçon inau­gurale », comme on dit au Collège de France, où j'es­saie de réunir quelques définitions, beaucoup d'anec­dotes, pas mal de « trucs » - l'attaque d'un papier, « prendre le lecteur par les revers de sa veste et ne plus le laisser s'échapper » (Mauriac) - et la contradiction de ce métier où il faut être à la fois flic et poète.

Je propose surtout un programme de lectures com­mentées d'articles particulièrement réussis de confrères célèbres. Cela va, hormis mes référents, de Victor Hugo à Mona Ozouf, de Céline à Lucien Bodard, de Jean Cau à André Breton. Je m'efforce d'être le plus léger possible sans occulter la difficulté profonde de cette activité paradoxale qui consiste à raconter une histoire sans « raconter d'histoires », à écrire                  « naturellement », ce qui est un rêve, car, disait Sartre, « on parle sa langue maternelle, on écrit en lan­gue étrangère ».

Le grand jour arrive : quinze étudiants, sept gar­çons, huit filles, tous âgés de 21 à 22 ans, tous reçus avec mention « bien » (neuf d'entre eux) ou « très bien » (six) au baccalauréat, m'attendent dans une petite salle. Ils sont en deuxième année de Sciences-Po, après avoir fait deux ans d'université (bac +3 donc). Je commence mon laïus. Un désintérêt à peine poli accueille mes propos. De temps en temps, l'un d'eux note fébrilement une formule toute faite. Je m'étais promis de la jouer « interactif », je m'interromps donc souvent pour poser une question du genre : « Quels journaux lisez-vous ? », « Quel journa­liste aimeriez-vous être ? », « Quel est votre poète pré­féré ?» Pas de réponse. Si, à la dernière question, une jeune fille s'écrie : « "Paroles" de Jacques Prévert. »

J'apprendrai plus tard qu'ils ne lisent jamais aucun « journal papier » et qu'une revue de presse hebdomadaire sur le Net leur suffit. Quant aux noms de journalistes, ils n'en connaissent pas un seul. Je risque : « Plutôt Raymond Aron ou plutôt Delteil de Ton ? » Stupeur dans leur regard. La séance prend fin. Je rentre chez moi. Coup de téléphone du susnommé Fogel, il veut me voir d'urgence. Rendez-vous est pris chez moi pour le lendemain.

« Cher monsieur Benichou, je crois qu'on n'y est pas. Vous savez, les bruits vont vite. Ce sont tous des étudiants qui ont déjà un an d'école de journalisme. Ce qu'ils veulent, ce sont des conseils pratiques. Vous leur dites ce qu'ils savent déjà ».

- Mais ils ne savent rien.

MARC SOYEZ-AFP

Le Nouvel Observateur 12 JANVIER 2012 - 2462

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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 16:54

“La culture est une résistance à la distraction”

Pasolini

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 18:43

Extrait d'enjeux n°6  - Chapître V : l'insécurité linguistique

 

Chaque année, plus de 60 000 jeunes gens et jeunes filles de nationalité française sortent de notre système scolaire avec de sérieuses difficultés de lecture, une très médiocre capacité à mettre en mots écrits leur pensée et souvent une maîtrise toute relative de l’explication et de l’argumentation. À des degrés divers, ils sont tous en insécurité linguistique ; c’est-à-dire qu’ils ont noué tout au long de leur apprentissage de tels malentendus avec la langue orale et écrite que la lecture, l’écriture et la parole constituent pour eux des activités à risques, des épreuves douloureuses et redoutées.

 

Défaite de la langue, défaite de la pensée

En d’autres termes, plus d’un jeune français sur dix, après douze ans au moins passés dans les murs de l’école, se trouve dans une situation d’insécurité linguistique globale qui obscurcit sérieusement son horizon culturel et professionnel. Et que l’on ne vienne pas dire que faute d’être doués pour la littérature et la grammaire ils seront bons en mathématiques, en biologie ou bien encore en informatique. Non ! Ils ne seront bons en rien, car ils seront incapables de mettre leurs propres mots sur un savoir qui restera à jamais celui des autres.

 

Et que l’on ne vienne pas dire non plus que faute de devenir enseignants ou cadres supérieurs, ils feront d’excellents plombiers ou d’habiles mécaniciens. Aucune chance ! Car il n’existe pas aujourd’hui de métiers, aussi manuels qu’ils soient, qui n’exigent une solide maîtrise de la langue orale et écrite. Échec scolaire, errance sociale, voilà où conduit l’incapacité de mettre en mots sa pensée avec précision et de recevoir celle de l’Autre avec exigence. Pour tous ces jeunes gens et jeunes filles, la défaite de la langue c’est aussi la défaite de la pensée ; c’est devoir renoncer à agir utilement et pacifiquement sur le monde.

 

Que l’on ne se méprenne pas ! Je ne plaide pas pour une servile obéissance à une norme immuable ; je ne me lamente pas sur la pureté perdue d’une langue que tout changement pervertirait. Dénoncer l’insécurité linguistique, ce n’est pas stigmatiser les fautes d’orthographe et de grammaire en évoquant un temps rêvé où, passé le certificat d’études primaires, on n’en commettait plus ; en matière d’éducation, la nostalgie est toujours mauvaise conseillère. Ce que nous devons exiger de l’école d’aujourd’hui, c’est que la majorité des élèves qui lui sont confiés disposent de mots suffisamment précis, de structures grammaticales suffisamment efficaces et de formes d’argumentations suffisamment organisées pour imposer leur pensée au plus près de leurs intentions et pour accueillir celle des autres avec infiniment de lucidité et de vigilance.

 

Passer plus de douze années à l’école et ne pas maîtriser ce qui conditionne notre capacité à vivre ensemble, ce qui définit le plus justement notre spécificité humaine, tel est le sort injuste que subissent ces enfants qui sont aussi les nôtres. Comprendre ce qui les conduit à l’insécurité linguistique exige que l’on ne se jette pas dans la poursuite de boucs émissaires car en l’occurrence la responsabilité est collective : elle est la vôtre, elle est la mienne. Il nous faut au contraire faire preuve de lucidité sereine afin d’analyser sans complaisance mais sans parti pris comment se nouent les malentendus, comment surviennent les déchirures.

 

Du ghetto urbain au ghetto linguistique

Depuis plus de trente ans, nous avons accepté – et parfois aveuglément encouragé – le regroupement dans des lieux enclavés, de populations qui avaient en commun d’être pauvres et pour la plupart de venir d’un ailleurs estompé et confus. Ils se sont assemblés, sur ces territoires de plus en plus isolés, non pas pour ce qu’ils partageaient en termes d’héritage explicite et d’histoire transmise, mais au contraire parce que, année après année, ils savaient de moins en moins qui ils étaient, d’où ils venaient et où ils allaient.

 

Ces cités, peu à peu abandonnées, sont devenues des ghettos dans lesquels les liens sociaux sont très relâchés et la solidarité quasi inexistante. C’est ce qui les distingue des quartiers londoniens qui sont fondés sur une véritable communauté linguistique, culturelle et économique. Le chauffeur de bus en turban dont la tenue ne choque en rien ses passagers vit dans un quartier où l’on parle indi, où l’on mange indien, où l’on a fidèlement conservé modes de vie et croyances. On a choisi de vivre là et d’y fonder sa famille. Lorsque l’on en sort pour des besoins professionnels, administratifs ou autres, on a les moyens d’affronter la société élargie et on possède notamment le pouvoir linguistique d’y tenir son rôle, d’y négocier sa place. N’allez pas penser que je dresse naïvement un tableau idyllique de « china town » ou de « little India » ; je n’ignore pas les aspects obscurs et les effets pervers de ces regroupements. Mais il faut reconnaître que notre système d’intégration dit à la française a finalement engendré des lieux honteux de repliement et de relégation. Dans ces cités d’enfermement que l’on a baptisé « quartiers », espérant ainsi leur passer un coup de badigeon culturel, on vit parce qu’on y est né et l’on reste parce que l’école, elle-même enclavée, n’y donne pas les moyens d’en sortir.

 

Quelle langue parle-t-on en ces lieux confinés ? Qu’est au juste cette langue dite des banlieues, ces cités ou… des « jeunes »[1] ?... Contrairement à ce que certains démagogues laissent entendre en vantant son expressivité décapante et sa puissance créatrice, il s’agit en fait d’une langue réduite dans ses ambitions et dans ses moyens. Les mécanismes qui conduisent à ce « rétrécissement » sont assez simples à décrire. Il s’agit tout simplement de ce que l’on appelle le phénomène « d’économie linguistique ». Le terme « économie » ne signifiant pas ici « faire des économies » mais « ajuster ses dépenses linguistiques aux exigences d’une situation spécifique de communication ». Plus on connaît quelqu’un, plus on a de choses en commun avec lui et moins on aura besoin des mots pour communiquer ensemble. En bref, si je m’adresse à un individu qui vit comme moi, qui croit dans le même dieu que moi, qui a les mêmes soucis et la même absence de perspectives sociales, cela « ira sans dire ». Je n’aurai pas besoin de mettre en mots précis et soigneusement organisés ma pensée parce que nous partageons tellement de choses, nous subissons tellement de contraintes et de frustrations identiques que l’imprécision devient la règle d’un jeu linguistique socialement perverti.

 

Des mots qui ne veulent plus rien dire

La ghettoïsation sociale induit un tel degré de proximité et de connivence que la réduction des moyens linguistiques utilisés apparaît comme une juste adaptation du poids des mots au choc amorti de photos mille fois vues. Ces mots nouveaux, ou plutôt recyclés, sont toujours porteurs d’un sens exagérément élargi et par conséquent d’une information d’autant plus imprécise. Prenons l’exemple souvent vanté du mot « bouffon ». Bernard Pivot se réjouit de constater que ce mot ancien, tombé en désuétude, se trouve remis au goût du jour par les jeunes des banlieues qui lui donnent une deuxième jeunesse. En fait, ce que l’on constate, c’est que le sens premier de « bouffon » dans le « bouffon du roi » portait une information précise et forte qui faisait que lorsque l’on recevait ce mot, on n’avait aucun doute sur ce qu’il évoquait. L’utilisation de « bouffon » pour qualifier un individu comme dans « ce kum, c’est un bouffon ! » ouvre un champ de signification infiniment plus étendu : il sert à donner une appréciation négative sur quelqu’un, quels que soient les critères qui la fondent et quelle que soit la nature du lien qui nous lie à cette personne… En d’autres termes, tout individu dont le comportement ne nous convient pas est un « bouffon ».

 

On voit donc bien comment ce mot recyclé est devenu une sorte de « baudruche sémantique » gonflée à l’extrême, ballottée à tous vents, prêt à tous les compromis contextuels. Car si n’importe qui, à n’importe quelle occasion peut être appelé « bouffon », ce mot n’a quasiment plus de sens, de même que souffrent de la même anémie sémantique « cool », « grave », « niqué »… Si ce langage fonctionne – et il fonctionne –, c’est parce qu’il a été forgé dans et pour un contexte social rétréci où la connivence compense l’imprécision des mots. Lorsque le nombre de choses à dire est réduit, lorsque le nombre de gens à qui l’on s’adresse est faible, l’approximation n’empêche pas la communication. Mais hors du ghetto, lorsque l’on doit s’adresser à des gens que l’on ne connaît pas, lorsque ces gens ne savent pas à l’avance ce qu’on va leur dire, cela devient alors un tout autre défi. Un vocabulaire exsangue et une organisation approximative des phrases ne donnent pas la moindre chance de le relever. La ghettoïsation sociale engendre l’insécurité linguistique qui ferme à double tour les portes du ghetto : cycle infernal qu’une école elle-même enclavée, se révèle incapable de briser.



[1] Ce qui laisserait supposer qu’il existe une langue des vieux !...

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 21:34

 

Mimizan, du gratin dans les pins

Par Philippe Maffre | article publié à l'hiver 1991, dans le Festin n° 5

Au hasard d'une partie de chasse victorieuse, séduit par le paysage de l'étang d'Aureilhan révélé entre les pins, le duc de Westminster décide qu'en cet endroit précis s'élèvera Woolsack.

DSCF2306.jpgCharles Chaplin et Winston Churchill y séjourneront. Réceptions, cocktail, passage des couseuses de Mlle Chanel,... la forêt landaise transformée en hallucinante colonie britannique...

800px-Woolsack_2.JPG

Lire l'article de Philippe MAFFRE dans Festin n°5 : cliquer ici sur le link 

Coco Chanel et le Duc de Westminster Hugh_Grosvenor-_Duke_of_Westminster_und_Coco_Chanel.jpg

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 14:45

Conférence d'André COMTE SPONVILLE à la Médiathèque Zola de Montpellier

le vendredi 30 mars 2012Comte-Sponville.jpg
"Le sexe ni la mort"  trois essais sur l'amour et la sexualité.
Le titre de l'ouvrage fait directement référence à la maxime de La Rochefoucaud : "Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement".
C'est aussi une allusion aux lieux communs de la petite mort qui désigne l'orgasme ou le sexe est un soleil lui même source de la vie et de la mort, celui qui réchauffe, fascine et éblouit.En bref tout ce qui fait que le sexe est singulier.
Le sous titre de l'ouvrage fait référence à Freud et à son "Trois essais sur la théorie sexuelle"
Le plan de l'ouvrage se décompose en trois essais:
Essai 1 : Amour avec sentiment
Essai 2 : Sexualité avec ou sans sentiment
Essai 3 :  l'Amitié et le couple. 
Il est à noter que le rapport à la sexualité est différent chez l'homme et chez la femme.
Chez l'homme l'amour est au service de la sexualité donc un moyen
Chez la femme le sexe est un moyen au service de l'amour;
On connaît les deux maximes antithétiques: "Un homme est prêt à tout pour pour faire l'amour y compris à aimer et la femme est prête à tout pour aimer y compris à faire l'amour."
ESSAI 1 sur l'Amour
De quoi parle-t-on quand on parle d'amour ?
J'aime mes amis, mes parents, la philosophie, l'argent, la gloire...;
Combien d'amours différents pour des objets différents !
Il existe trois mots grecs pour désigner l'amour :
eros= amour et non sexualité
philia = amitié
agapè = caritas  / charité
                                                                      EROS
EROS = c'est l'amour passion selon Platon dans le banquet à travers le Discours de Socrate. la vérité sur l'amour enseignée à Socrate par une femme/mère et amante Diotime.
L'amour est donc une invention des femmes. Nietsche dit que les femmes ont inventé la passion amoureuse pour que le père reste quelques années au sein de la famille qu'il a constituée.L'amour serait donc à l'origine au service de l'amour parental comme un avantage sélectif du groupe humain;
Une humanité exclusivement masculine n'aurait pu l'inventer car pour l'homme le sexe, la guerre et le football auraient suffi à son bonheur !
On assiste donc à une doyble équation :
l'amour est désir et le désir est manque
L'amour c'est ce qu'on désire, ce qu'on n'a pas, ce qu'on n'est pas, ce dont on manque, voilà pourquoi l'amour manque.
QU'EST-CE QUE LE BONHEUR ?
Etre heureux c'est avoir ce qu'on désire.
Si le désir est manque tu n'es jamais heureux et comme l'écrit Aragon: "Il n'y a pas d'amour heureux". dans l'EROS , pas de passion heureuse.
Quand l'autre est là, il ne manque plus et donc on l'aime de moins en moins.
Le couple met fin au manque et au désir, d'où déception.
C'est parce qu'on est ensemble qu'on n'ets plus amoureux.
Etre en manque de ce qui ne manque pas, c'est pas normal !
Reste un seul choix :
1 - Tomber de Platon en Schopenhauer  ou d'Aragon en Houelbecq
Schopenhauer résume cela en une phrase la plus triste de la philosophie et là on touche le fond :
"La souffrance est due au manque et à la perte du désir qui conduit à l'ennui"
L'absence du bonheur c'ets un rendez-vous manqué: "Ainsi toute notre vie vascille comme un pendule de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui"
De là la souffrance du chagrin d'amour à l'ennui du couple;
Il existe cependant beaucoup de couples où l'on s'ennuie rarement, moins à deux que tout seul et qu'avec tous les autres;
Schopenhauer et Platon ne nous expliquent pas que certains couples sont heureux, c'est rare mais ça existe !

                                                                       PHILIA

PHILIA : c'est l'amitié maritale.
Montaigne évoque ce sentiment que l'on retrouve chez Feydeau ou Labiche au XIXè quand ils décrivent le sentiment petit bourgeois quand les époux se disent :  "mon ami(e)" traduisez, ils ont cessé de se manquer depuis plusieurs années, on peut dir que c'est l'amour de tout ce qui ne vous manque pas.
"Aimer c'est se réjouir" disait Aristote, Aimer est joie et donc il n'y a pas d'amour malheureux sauf dans le deuil et Aragon a tort !
Spinoza a écrit: "L'amour est une joie qu'accompagne l'idée d'une cause extérieure"
"La cause de ma joie est l'idée que tu existes" quelle plus belle déclaration d'amour miraculeuse qui ne demande rien. On passe là d'Aragon à Eluard qui célèbre l'amour du couple heureux.
Quel pourrait être la définition du couple heureux ?
Quand il n'y a plus de manque, il reste la joie, c'est se réjouir de ce qui ne manque pas, de la présence et de l'amour de l'autre.
Pour éviter tous ces mensonges de la Saint Valentin on préférera la formule : " Tu es ma femme et je jouis de ta présence"
En effet, quand on est amoureux, "on aime une femme pour ce qu'elle n'est pas , on la quitte pour ce qu'elle est" écrivait Serge Gainsbourg ce que résumait Eluard : "On ne peut me connaître mieux que tu ne me connais".
Comte Sponville aime les couples heureux et se lasse de la célébration du coup de foudre dans les scénarios de films et dans les chansons et de "l'amour qui dure trois ans" tel que l'écrit Beigbeder (1 an de passion, 1 an de tendresse, 1 an d'ennui)
Comment alors sauver nos histoires d'amour des illusions de la passion amoureuse ?
Un couple heureux est un couple qui a réinventé l'amour-action c'est à dire "philia"
L'amour qu'on fait, que l'on bâtit et que l'on entretient.
On connaît plus de célibataires qui veulent revenir en couple que l'inverse, qui désirent être aimés dans la durée vers un horizon souhaité."Le dur désir de durer" écrivait Paul Eluard.
                                                                   AGAPE
agapè: c'est l'amour selon Jésus ou Simone Weil (+1943) c'est à dire l'amour du prochain. Ce n'est pas l'amour du manque mais l'amour du retrait.
Simone Weil citait Thucydide "Tout être tend à affirmer partout au maximum sa puissance". Dans la politque, la guerre, l'économie, la sexualité masculine. cette théorie est résumée par Sade dans le Philosophie dans le boudoir: "Tout homme est un tyran quand il bande"
L'agapè c'est amour de charité qui renonce à exercer sa puissance. "Les enfants c'est comme l'eau, ils occupent toujours tout l'espace disponible et la mère qui veut les retenir ou les contrôler doit savoir renoncer à exercer son autorité pour un moment de charité face à la candeur et à la fragilité enfantine" (à discuter)
l'agapè c'est aussi la douceur de l'amour, moins connoté religieusement que carités ou charité. Dieu s'est retiré et a renonbcé à occuper tout l'espace pour le laisser aux hommes. Adorno parlait de "Minima Moralia" - "Tu seras aimé quand tu pourras montrer ta faiblesse sans que l'autre soit obligé d'affirmer sa force"
Ce que Desproges parodiait ainsi :"Jésus nous dit, aime ton prochain comme toi même; personnellement je préfère moi même."le-sexe-ni-la-mort-comte-sponville.jpg
                                                                  ESSAI N°2
La sexualité a été peu traitée par les philosophes sinon avec réticence et perplexité. On est passé d'une erreur à une autre.
1 - Le sexe c'est mal , c'est un péché selon Saint Augustin qui en connaissait un rayon ayant été libertin : "Faire l'amour, c'est toujours un péché y compris au sein du mariage sauf pour faire des enfants. Hors du mariage c'est un péché mortel."

2 - A partir du XXè siècle on a pensé que la sexualité était un loisir innocent comme boire un  verre d'eau ou croquer une pomme !
C'est évidemment faux puisqu'on se cache pour faire l'amour par honte dans toutes les civilisations. C'est pas moral donc c'est bon et la pudeur est une vertu.
" Cachez ce sein que je ne saurais voir" (Tartuffe)  Se déshabiller et déshabiller l'autre est délicieux.     
La morale exige de nous que nous manifestions toujours du respect vis à vis de l'autre comme une fin et jamais comme un moyen (Kant)
Célébrer ou profaner sa dignité dans l'obscurité montre bienq ue le sexe est amoral et donc délicieux et voluptueux. L'érotisme est le propre de l'être humain.
"Il n'y a interdit que là où il a transgression" disait Georges Bataille.
Les animaux ne savent pas ce qu'ils perdent, ils jouissent bêtement !
C'est parce que nous sommes de animaux moraux que nous sommes érotiques.
Le sexe nie la mort de l'espèce et l'humanité va continuer à vivre après notre mort. La petite mort qu'est l'orgasme est une perte d'identité. Les trois grandes peurs dans la vie sont la mort, la folie et l'orgasme parce que toutes trois représentent une perte d'identité."Post coitum, animal triste" - film réalisé par Brigitte Roüan. Avec Patrick Chesnais, Boris Terral- 1996)
L'amour est singulier, le sésir est général en effet, l'homme aime une seule femme mais fait l'amour comme il le ferait à n'importe quelle femme.
Les limites et les échecs de l'amour ont été bien analysés à la fois dans la Recherche de Proust et dans les romans de la Collection Harlequin, dans l'une ce sont de petites histoires d'amour "Et dire que j'ai vécu tout ça pour une femme qui ne me plaisait pas , qui n'était même pas mon genre !"( Un amour de Swann) dans les autres, ce sont de grandes histoires d'amour.
Le rapport entre l'érotisme et la pornographie a été analysé par Frédéric JOIGNOT journaliste d'Actuel dans "Pornographie de la démolition" dans un sens plus esthétique que conceptuel."Mesdames quand vous regardez un film porno avec un homme, ne riez pas, regardez comme il est sérieux" lisait-on dans une rubrique des lectrices d'un magazine féminin car "la pornographie c'est l'érotisme des autres" écrivait Robbe Grillet.Même si les actes sont mille fois vus et revus et déroulés dans le même ordre, l'effet reste à chaque fois singulier et efficace.Un conseil de Nancy Houston (épouse de Tzvetan Todorov) à Comte-Sponville, tapez sexe dans Google et vous y verrez violence, misogynie et démolition comme l'écrivait Frédéric Joignot mais comment légiférer pour l'interdire ?
                                                                  QUESTIONS :
Vulgariser la philosophie c'est informer en faisant l'économie de la démonstration. Les Pensées, les essais, les méditations, le gai savoir est-ce de la philosophie populaire au sens où l'entendait Hume ? Est-ce de la vulgarisation ?
La philosophie savante ne sert qu'à éclairer la philosophie populaire.
Philosophia est l'amour de la sagesse qui est en vous
Erosophia est l'amour de la sagesse qui vous manque.
"Les sage est sage, non par moins de folie mais par plus de sagesse" (Alain Fournier)
Mieux vaut un peu d'amour réel que beaucoup d'amour rêvé !
la vraie sagesse est d'aimer la vie telle qu'elle est, heureuse ou malheureuse.
"Pour moi donc j'aime la vie" concluait Montaigne.
Saint Thomas d'Aquin distinguait : " Amour de concupiscence et amour de bienfaisance"  !
 L'amour de concupiscence est pour son bien propre: c'ets l'enfant qui prend le sein de sa mère c'est l'amour qui prend (eros)
l'amour de bienfaisance c'est la mère qui donne le sein à son enfant pour le bien de celui-ci. 
Lire:
L'Amour et l'Occident de Denis de Rougemont
Histoire de la sexualité de Michel Foucault
Georges Bataille : " faire l'amour est toujours un forfait y compris au sein du mariage, c'est le seul désir troublant et bestial."
La sexualité en Inde: les grands sages de l'Inde étaient des ascètes et non des libertins et le kamasoutra fait figure d'exception culturelle.
"ma bête ou ma chienne" ça peut être un mot d'amour au sens où l'amour bestial représente une faute morale. le sexe sans amour engendre la haine et seul l'amour civilise l'acte sexuel.


Les ados et la pornographie : documentaire  

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 13:19

Compte rendu de l’entretien d’Antoine Perraud avec Xavier Combe sur France-Culture le 26/02/12 12h-12h30 dans l’émission Tire ta langue à propos de l’ouvrage de ce dernier : « 11+1 propositions pour défendre le français »


Xavier Combe est traducteur simultané pour France-Inter et France-Culture, interprète de conférences et membre fondateur de l’association AFICI (Association française des interprètes de conférences indépendants). Par sa profession, il vit de l’intérieur l’appauvrissement langagier planétaire et bien sûr français au profit d’une langue véhiculaire de l’économie mondialisée, le globish dont nos contemporains s’emparent peu à peu, alors que ce langage a davantage le statut de compétence que de langue véritable. Ce recours à la facilité a été illustré récemment sous la plume de journalistes qui, le 1°juillet 2011, annonçaient que DSK venait d’être «  libéré sur-parole », traduction qui n’est que le calque, le mot à mot de l’expression « to be release on parole », et déforme complètement le sens véritable qui est : « DSK vient d’être mis sous contrôle judiciaire »…

Dans son ouvrage, Xavier.Combe propose 11 solutions +1 et dans l’un de ses 12 points, il souligne le rôle de l’éducation : on devrait enseigner en primaire une langue plus difficile que l’anglais comme l’espagnol ou l’allemand et aborder l’anglais en 6°.

Il dénonce la contamination de la langue, qui signifie, et il faut bien en prendre conscience, une contamination sur le français d’un modèle non seulement économique mais aussi culturel et idéologique. Mais, défense et valorisation de la langue sont encore possibles. Il ne serait déjà que d’exiger le respect de la loi Toubon de 1994 (son 12° point), loi votée et promulguée puis brocardée et oubliée.

Il préconise aussi la création d’un Comité public populaire visant à la valorisation du français, un comité animé par les usagers eux-mêmes, un comité citoyen dynamique et efficace pour participer par internet et désigner par exemple d’un terme français nouveau une découverte dans le domaine technique, économique venue d’outre atlantique.

Les Québécois sont infiniment plus réactifs que nous à cet égard, les exemples tels que «  remue-méninges » pour « brain storming » et « courriel » pour « e-mail » le prouvent.

Ces constats désolants sont déjà dénoncés vigoureusement par notre association COURRIEL, entité luttant pour la défense du français, dont le combat est quotidien et que Xavier Combe cite d’ailleurs dans son ouvrage.
Par ailleurs, il fait référence au Prix d’Infamie de la Carpette anglaise, sorte de bonnet d’âne décerné chaque année à une personnalité publique française préconisant l’usage de l’anglais en lieu et place du français dans notre pays. Il se trouve que l’association COURRIEL a montré à cette occasion sa vigilance et sa réactivité puisqu’un membre de son bureau faisait justement partie du jury 2012, circonstance dont l’association fait part sur l’un de ses deux sites dont je me permets de rappeler  les coordonnées:
 http://www.courriel-languefrancaise.org/index.php
http://www.defenselanguefrancaise.org/

http://www.langue-francaise.org/Articles_Dossiers/Carpette_historique.php

Simone Bosveuil

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