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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 18:19

Les souvenirs les plus importants sont dans notre mémoire mais les souvenirs matériels ont ausi un rôle puissant qu'on mesure d'aut(ant plus lorsqu'on les perd.Ils sont la chair du temps comme le suggère le titre du livre de Belinda Cannone  docteur en littérature comparée, romancière et essayiste paru chez Stock;
C'est le journal d'une perte qui part d'un cambriolage dans la "maison des champs" dans le Cotentin;on avait emporté deux malles dans lequelle l'auteur tenait serrés ses journaux intimes, carnets-laboratoire, photos, correspondance et tout son passé qui a disparu d'un seul coup d'un seul... les choses volées ne sont pas seulement des choses que l'assurance peut remplacer mais surtout des souvenirs.Belinda-Cannone.JPG
 « Le 11 mars 2011, lorsque je suis revenue dans ma maison des champs, j’ai découvert que des cambrioleurs étaient passés et qu’ils avaient emporté deux grandes malles dans lesquelles j’avais rangé tout mon passé : plusieurs décennies de journaux intimes, vingt ans de carnets de travail, toutes mes photos et ma correspondance. En somme, situation sans exemple en temps de paix, je venais de perdre la totalité de ma mémoire. Étrange deuil à traverser : j’étais celle qui avait perdu son bien le plus précieux et, en même temps, ce qui était perdu était… moi-même.
Face à dépouillement si radical, à tristesse si atroce, le soir de ma découverte j’ai commencé à tenir le journal de ma perte pour essayer de l’assimiler. Qu’est-ce donc que la mémoire ? Et l’oubli ? Pourquoi être si attachée à des journaux intimes ? Qu’est-ce que j’avais perdu en perdant toutes les lettres d’amour ? Qu’est-ce que le présent ? Etc. Chaque fois la réponse tenait à la nature de cette sorte d’écrits : liés au vivant, à l’individu, au singulier, ils sont comme la chair du temps, périssables et pour cela même infiniment précieux. Il fallait résister à la mélancolie. Je lui ai opposé le désir du livre. » B. C.
 "J'ai entrepris d'écrire un journal de deuil pour essayer de comprendre ce qui se passait devant cette perte, qu'est-ce que représe,ntaient ces journaux, ces souvenirs et qu'est-ce que la mémoire ?" "Je me suis interrogée sur l'origine de ma douleur"
Ces souvenirs perdus amènent à l'idée d'un moi qui est perdu. "J'ai été emputée de ma mémoire et en quoi est-ce grave d'avoir perdu sa mémoire, et à quoi elle nous sert". "Ce qui importe c'est ce qui reste dans la mémoire, non pas cet empilement des ans mais surtout le processus du moi qui change de jour en jour et se tranforme.Le résultat du processus c'est moi aujourd"hui, de même que j'ai mes livres qui sont le résultat d'un certain processus d'invention, mais l'histoire de la fabrication de moi même, qui n'intéresse peut-être que moi d'ailleurs,et ce sont des journaux intimes dont je parle là,et qui sont presque irréparables".
Le journal de la perte fait aussi revenir les pertes familiales,c'est à dire que vous perdez vos souvenir mais aussi vous rejouez l'histoire de la perte d'un membre de la famille,cela fait jouer psychiquement quelques deuils.
"J'étais à la fois le sujet et l'objet du deuil,j'étais à la fois celle qui avait perdu et qui avait à négocier en elle même cette perte,mais ce qui avait été perdu était moi même ceci étant, c'est vrai que des pertes profondes comme celles la,réactivent sans doute en nous la perte, la grande perte et du coup on entre en mélancolie et je suis passée par cette phase mélancolique que le journal était sensé combattre pour retrouver le désir de vivre".
Est-ce qu'on ne peut pas dire que ce journal est un symptome au delà de la perte matérielle et un symbole de ce qui de toutes façons doit s'oublier,c'est à dire qu'il y a une difficulté dans la vie à retenir tout le passé,et que c'est difficile de le larguer d'un seul coup,et c'est cela qui est absolument terrible,mais qu'en même temps, de toutes façons ça doit s'effacer.
"Mais ça s'efface, j'ai une mémoire particulièrement peu fiable d'une part et d'autre part je n'ai pas le goût du passé,c'est à dire que je n'allais jamais voir dans ces carnets , ces lettres ou ces photos".
Il y a donc une superstition, car votre peur de l'amnésie,amène à ce que ça se réalise,on provoque ce qu'on redoute.
"Et c'est une grande vérité psychologique,c'était important pour moi de savoir qu'il y a avait quelque part conservé ce temps passé; ce n'est pas que je m'y référait mais c'était quelque part et en effet ça me rassurait.D'autre part je crois quand même qu'il y a une vérité qui peut ressortir en continu des journaux ou de la correspondance,et ça ce n'est pas vrai qu'on l'a en mémoire".
Mais je continue ce renversement, est-ce qu'il n'y a pas du coup à réinventer son passé,et est-ce qu'il n'y a pas malgré la présence de ces témoignages, de la photo qui nous dit que quelque chose a été effectivement,est-ce qu'il n'y a pas toujours un travail qui fait qu'on réinvente,et donc il y a une condamnation à l'invention ? Chair-du-temps.jpg
 Se réinventer dans la réinvention de soi est un de mes mots d'ordre existentiel.
Est-ce qu'on n'est pas tenté à l'inverse parfois de se dire: je me débarrasse de ces vieilles lettres d'amour de toutes ces photos,pour repartir à neuf ?
"Hélas je ne me sentais pas lestée par elles,puique justement je n'y avais pas souvent recours.
le processus de réinvention de soi et du chaque jour est un jour nouveau, je le vivais déjà comme ça".
"Je me disais je suis comme l'avare qui a sa cassette, qui ne va jamais puiser dedans mais qui se rassure des avoir qu'elle existe.
D'où la présence nécessaire de ces restes matériels,qui sont des résidus de notre vie, c'est si important que cela ?"
"Pour moi ça l'était et j'ai intitulé ce livre "la chair du temps" parce que je me suis aperçue  une fois que je les avais perdus,que précisément ça n'était pas n'importe quels papiers,c'était des traces de singularité, la mienne dans mes journaux mais celle des autres aussi; je dis que quand il y avait des lettres de ma grand mère qui est morte,et de touites sortes de gens car il y a vingt ans on écrivait toutes sortes de lettres,dans ces lettres il y avait la graphie de ma grand mère et c'était comme une trace charnelle d'elle même,et c'est difficile d'avoir perdu ça et c'est vrai que ça réactive le sentiment d'une nouvelle perte".
Du coup votre journal se batit un peu sur les traces de la recherche d'un temps perdu de Proust, et de Sarraute pour essayer de retrouver les choses dont les traces sont définitivement passées.
"J'ai essayé de reconstituer ce que représentait la perte, le souvenir, la mémoire et de voir ce que ça voulait dire pour moi".
Alors aujourd'hui est-ce que vous allez scanner tous vos journaux intimes ?
Et bien je ne le crois pas car je fais le pari qu'on ne me volera pas une deuxième fois.
Et vous faites le pari de la perte et de la réinvention nécessaire ?
Oui absolument.  
       
       
          
          

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24 février 2012 5 24 /02 /février /2012 14:42

Adèle Van Reth:

La pensée du moi est toujours liée à celle de l'amour or précisément la question de l'amour par définition est celle qui fait ressortir de manière flagrante l'absence de définition du moi.
Quand on aime on ne sait pas ce qu'on aime, on ne sait pas qui aime et donc ce thème de l'amour dans le cadre d 'une réflexion sur le moi exacerbe cette absence de lieu assignable au moi et d'identité du moi, il me semble que c'est ce que la pensée exprime.Pierre-Magnard.JPG
Pierre Magnard: ce qui juge du moi c'est l'amour; ce qui pèse le moi c'est l'amour; ce qui évalue le moi c'est l'amour, car précisément ce que nous avions critiqué tout à l'heure à travers "l'amour propre",c'était cette façon qu'avait le moi de s'enticher de réalités à sa mesure, à son niveau,en lesquels sa petitesse, sa laideur, et son indignité n'apparaissaient pas, de telle sorte qu'il pouvait se complaire en soi or, l'expérience qui va juger telle que Pascal la présente ici est bien celle de l'amour.
Dans ce fragment qu'est-ce que le moi,je crois en effet que trois questions vont se poser:
* Pourquoi aime-t-on ?( ou si vous préférez quelles sont les raisons de l'amour ?)
* Qui aime-t-on ? ( quel est l'objet de l'amour ?)
* Qui aime ? (Quel est le sujet de l'amour ? )
Trois questions qui s'enchaînent, la suivante étant impliquée dans la précédente. Trois questions qui sont en effet intimement liées.
1 - Pourquoi aime-t-on, quelles sont les raisons de l'amour ?
Je cite: "Qui voudra connaître à plein la vanité de l'homme n'a qu'à considérer les causes et les effets de l'amour, la cause en est un je ne sais quoi,et les effets en sont effroyables.Ce je ne sais quoi est si peu de chose qu'on ne peut le connaître, remue toute la terre, les princes, les armées,le monde entier, le nez de Cléopâtre, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé."
 - Les causes de l'amour : ce que veut faire valoir Pascal ici,c'est sans doute la catastrophe née de la rencontre entre Antoine et Cléopâtre mais surtout la disproportion entre la cause et l'effet.

La cause est dérisoire, l'effet peut être catastrophique, et c'est cette disproportion qui fait apparaître, l'absence de raison dans l'amour.
L'amour ainsi considéré est le plus sûr indice,de la folie de l'homme,de sa vanité,c'est à dire de son inconsistance.On lisait déjà un peu plus haut: "Vanité,la cause et les effets de l'amour:Cléopâtre. "Et encore: "Rien ne montre mieux la vanité de l'homme que de considérer quelles causes,et quels effets de l'amour car tout l'univers en est changé, voyez le nez de Cléopâtre.

La vanité est de penser de juger et d'agir sans raison, or, si l'amour est déraisonnable,c'est parce que en réalité il est sans justification ni raison et pourtant l'amour n'est-ce pas ce dont tout un chacun veut se prévaloir pour justifier son existence ?

On a quelque raison d'exister dans la mesure où l'on est aimé, or , si l'amour est sans raison, qu'est-il, que reste-t-il de cette justification d'exister ?
Et c'est cela qu'il y a d'absolument terrible dans le texte qu'on nous a lu qui fait apparaître cette disproportion entre la cause de l'amour,un "je ne sais quoi": donc aucune raison qui le fonde,et les conséquences qui peuvent être ravageuses.

Cette disproportion fait apparaître précisément qu'il n'y a pas de raison d'aimer ceci plutôt que cela.        
Adèle: mais pourtant le fait même que cet amour ne soit pas justifié ni en amont ni en aval, qu'on ne sache pas pourquoi on aime ni précisément ce que l'on aime, comment de ce constat là, Pascal tire-t-il la conclusion de la vanité humaine et de son inconsistance puisque le rapport que nous avons à Dieu est un rapport d'amour,l'amour divin peut-être ne s'explique pas,mais l'amour que nous portons à Dieu n'a pas pour conséquence la vanité de soi,c'est un type d'amour qui est ici évoqué.
PM: C'est un type d'amour, ces amours mondaines doivent être prises pour ce qu'elles sont, et c'est la suite du texte qui l'indique bien, puisque on va précisément chercher les raisons avancées,"pourquoi aime-t-on ?"
Et c'est cette analyse très serrée qui fait valoir que ce que l'on aime en un être c'est, sans doute d'abord sa beauté, mais cette beauté étant atteinte par quelque maladie, la petite vérole qui fait perdre à une femme sa beauté,est-ce que l'amour subsiste ? Si l'amour ne s'attache qu'à cette beauté, la femme qui aura été ainsi affligée de cette maladie n'est plus aimée comme telle.Et ainsi la question se pose à Pascal de savoir, si c'est vraiment la personne qui est aimée,ou si c'est quelque chose d'autre.Et le texte introduit cette notion de personne pour faire apparaître une distinction entre la personne et les qualités empruntées dont elle se revêt pour se définir comme telle.
Adèle: Il introduit la notion de "personne" mais également la notion de "substance" et on trouve la notion de "personne" et "les qualités empruntées". On peut ainsi établir un parallèle en la notion de "personne" et ses attributs qu'il nomme "substance" pour mieux ensuite le destituer; il fait du moi une substance pour mieux dire qu'on ne peut pas la saisir en tant que telle et que cette substance est introuvable. C'est tout le paradoxe de sa réflexion sur le moi.
PM: Le paradoxe est fondé sur le fait que la relation qui s'établit ici entre "substance" et "qualité" est une relation contingente. Les qualités ne sont pas inscrites dans la substance,ne sont pas liées à la substance.Il ne faudrait pas se livrer ici à un parallèle trompeur avec Descartes,pour qui n'est de substance sans une qualité principale sans une qualité essentielle.
Adèle: Pourtant la référence est directe à Descartes dans ce texte.
PM: Il y a une transposition d'un texte de Descartes,mais il est transposé.
Adèle: Dans la 2è Méditation, où justement Descartes dit qu'il va se mettre à la fenêtre et qu'il regarde dans la rue des hommes, et il dit je ne vois que des chapeaux et des manteaux, rien de me dit que ces chapeaux et ces manteaux recouvrent des hommes,ce sont peut-être des automates. Il y a une ressemblance il n'y a pas d'analogie parce qu'il voit par la fenêtre ce sont ces êtres qu'il n'a pas cherché à connaître, c'est à dire qu'il voit leur revêtement extérieur, il voit leurs vêtements, il ne voit pas leur substance alors que chez descartes, il y a sans doute la métaphore des gens qu'il regarde par la fenêtre de son séjour hollandais,mais il y a surtout la relation essentielle qui s'établit entre "substance" et "qualité". Or ici dans quel sens prend-il qualité ? Les "qualités" sont extrinsèques par rapport à la "substance": ces qualités cela peut être la beauté, mais cela peut-être aussi telle dignité sociale,telle charge, tel office,puisqu'il prend ces exemples.

Il faut peut-être rappeler le sens qu'a le mot "qualité" au XVIIè siècle:
Au XVIIè "qualité" s'oppose à "condition" : un homme ou une dame de qualité, ce sont de gens qui doivent leur renom à leur mérite,ou à leur charge, ou à leur élévation sociale,et non pas à leur naissance.Un homme ou une femme de condition, ce sont des gens de naissance noble. "Qualité" s'oppose donc à "naissance", ce qui veut dire que la "qualité" n'est pas toujours fondée en "nature" elle est souvent extrinsèque par rapport à celui qui l'assume et c'est pourquoi elle donne lieu à critiques. Voyez les critiques que fera d'un homme ou d'une dame de qualité un Saint Simon. On assiste au XVIIè à cette recherche précisément de ce qui justifie le rang social.Est-ce que les offices confèrent à l'homme une suffisante qualité pour qu'il soit reconnu dans une dignité ? Rappelons nous le mot de Pontchartrain à Louis XIV: "Chaque fois que votre Majesté crée un office,Dieu crée un sot pour l'acheter" Faisant entendre que la qualité reste une sorte de "savonnette à vilain" comme on dira bientôt par lequel l'homme tente de donner à son existence une justification. Autrement dit la qualité ne semble pas traitée à une immédiate appropriation or si on observe un peu la société de ce milieu du XVIIè siècle on peut dire que la relation entre la personne et la fonction,a considérablement changé depuis le Moyen Age. Au Moyen Age, "on fonctionnalisait les personnes" chacune étant parfaitement assimilée à son rôle,aux temps modernes, "on personnalise les fonctions" chaque attributaire tentant de s'approprier celle qu'il remplit d'où la pointe finale de ce texte:

"Qu'on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des offices car on n'aime personne que pour des qualités empruntées."
Adèle: on a là un retournement de tout le texte, pourquoi parce que le retournement de la fonction est ce qui essaie de s'effectuer à une époque, où ce qui compte davantage que le personnage,c'est en fait l'acteur, celui qui joue le personnage, on est dans une série de jeux de rôle car tel est le théâtre de la vie mondaine et sur ce théâtre, chacun joue son personnage encore faut-il qu'il le joue à sa manière propre et c'ets cela que signifie l'appropriation du rôle.                
Alors le texte prend une saveur tout à fait particulière si on le remet dans son contexte d'un théâtre du monde au sens de Calderon de la Barca ou au sens de Gracian qui sont très proches de Pascal,et sur ce théâtre du monde, le paradoxe c'est précisément cette façon,qu'a chacun de vouloir personnaliser son personnage ou son rôle,l'auteur en lui même voulant dominer le rôle. On oublie le rôle que l'on a à jouer dans l'exécution d'un office,et l'on veut absolument lui conférer sa marque,à travers cette pâte que le personnage entend faire prévaloir sur précisément l'office qu'il a à remplir.
Adèle: Puisque justement la substance du moi est inatteignable et peut-être inexistant est tel qu'on ne peut rien en dire,puisqu'on n'aime jamais personne mais seulement des qualités,puisqu'on ne connaît de sgens que leur rôle et non pas leur essence,alors il ne faut plus se moquer de ceux qui demandent à se faire honorer pour des charges, des offices, ou des titres, puisqu'on n'aime personne que pour des qualités empruntées,la conclusion de Pascal est logique: puisque nous ne pouvons jamais saisir les personnes dans leur essence mais à travers leurs qualités, le jeu qu'elles jouent,alors,il ne faut pas mépriser ceux qui semblent par vanité accorder extrêmement d'importance aux titres, aux offices, aux charges,au contraire il faut comprendre que c'est la seule manière que nous avons de perpétuer un mode de fonctionnement social,dès lors qu'il ne repose pas sur une substance clairement définie.
PM: C'est toujours l'attitude de Pascal;dans la section "raison des effets" vous voyez apparaître la pensée de derrière qui fait que l'on cesse de juger comme le peuple, comme les demi habiles,comme les habiles même,pour se réfugier dans son quant à soi et à partir de cette digression,de ce pas en arrière,pour juger autrement qu'on le ferait si on était en prise directe sur cette réalité.C'est à dire que à relire ce fragment 688 il est bien évident que Pascal trouve déplorable que l'on aime quelqu'un que pour ses qualités,autrement dit que pour des réalités extrinsèques,et non point pour sa réalité propre,comme s'il n'avait point de réalité propre,et dans un recul, une fois effectué ce pas en arrière,alors il dit : tout bien pesé,toute la société se fonde la dessus,tout l'ordre social est dans cette considération,qui sont accordé aux signes, aux symboles,aux mots, aux réalités extérieures,et bien soit, jouons le jeu,et bien honorons celui qui se prévaut de tel office,ou de telle charge.                                  

Comment concilier ce moi haissable de Pascal avec l'amour du prochein et de l'autre prôné par le christianisme. Comment les deux sont-ils conciliables,je vous propose d'écouter ce qu'en dit Nietzsche:
 "— Si, d’après Pascal et le christianisme, notre moi est toujours haïssable, comment pouvons-nous autoriser et accepter que d’autres se mettent à l’aimer — fussent-ils Dieu ou hommes ? Ce serait contraire à toute bonne convenance de se laisser aimer alors que l’on sait fort bien que l’on ne mérite que la haine, — pour ne point parler d’autres sentiments de répulsion — « Mais c’est là justement le règne de la grâce. » — Votre amour du prochain est donc une grâce ? Votre pitié est une grâce ? Et bien si cela vous est possible, faites un pas de plus, aimez-vous vous même par grâce - alors vous n'aurez plus du tout besoin de votre Dieu , et tout le drame de la chute et de la rédemption se déroulera en vous même jusqu'à sa fin." (Citation de Nietzsche)
Adèle : La contradiction que pointe Nietzsche dans son paragraphe 79 de son livre intitulé "Aurore" est la suivante, comment le chritianisme peut demander à chacun d'aimer son prochain,alors que le moi de chaque individu est haïssable ? En d'autres termes, comment peut régner la grâce ici bas dans le monde entre des individus qui ne doivent pas se perdre dans l'amour propre qu'ils portent à eux mêmes ?
PM:La référence à Nietzsche s'impose,car il dit dans "le gai savoir" :" Il y a trois auteurs dont je porte le sang dans mes veines,celui de Montaigne, celui de Pascal, celui de Goethe."

Pour Nietzsche, l'analyse du ressentiment dont j'ai montré la place,est immense dans la critique de l'analyse pascalienne. Nietzsche demande quelle place précisément reste à l'amour ou à l'amour de soi ?

Je répondrai en faisant valoir l'avant dernière section des "papiers classés" dans l'Edition Lafuma, sous le titre 'morale chrétienne' où on voit précisément l'amour de soi en quelque sorte imposé par Pascal comme un devoir. On doit s'aimer - pourquoi ? Parce qu'on appartient à un corps, et que dans ce corps, ce qu'il appelle "la république chrétienne", on est dans une relation organique avec tous ses semblables-en aimant le corps, on ne peut pas s'aimer soi même,parce qu'on a de lui, par lui et pour lui, ne faut-il pas si on aime vraiment le corps,que l'on s'aime soi même et il ajoute, pour régler l'amour qu'on se doit à soi même,il faut imaginer toujours ce corps plein de membres pensants car nous sommes membres du tout et voir comment chaque membre devrait s'aimer.
C'est donc par le corps social qu'est réintroduit la notion de l'amour.Et dans le texte de Pascal il y a deux fois le mot "devoir" autrement dit l'amour de soi est dû à notre dignité d'homme,dû à notre solidarité humaine,dû à notre communauté humaine, l'amour de soi est quelque chose de plus fondamental que la haine de soi.
Chanson des Beatles "I me mine" 

Les Nouveaux Chemins de la Connaissance : Là où le moi blesse - Pascal. Entretien d'Adèle Van Reeth et Pierre Magnard le 22/02/2012.

Lectures:par Anana Mougladis

- Pascal, Pensées, 597-455 : le moi est haïssable

- Pascal, Pensées, 688-323 : Qu'est-ce que le moi ?

- Nietzsche, Aurore, paragraphe 79.

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 19:23

Le MOI dans tous ses états...
Peut-on parler de soi sans être narcissique ?
Peut-on dire JE sans se prendre pour le centre du monde ?
Le problème ne se pose pas en terme de langage. celui qui répète moi, moi , moi à longueur de journée ne s'aime pas plus que celui qui prend bien soin de ne jamais proposer le mot interdit gonflant ainsi son amour de soi bien audelà de ceux qui, selon lui,se vautre dans le discours du moi.De même qu'il ne suffit pas de dire pour faire, on peut parler de soi sans s'aimer.C'est dire que la question du moi, plus qu'une question de langage: qui est ce moi qui parle et quel est cet objet moi dont il me parle,est toujours d'une façon ou d'une autre une question d'amour.De l'amour de soi nécessaire à notre identité,jusqu'à l'amour propre qui nous fait réclamer indument l'amour des autres,pour notre propre personne au-delà de toute
question de mérite ou de légitimité.
Pris dans les filets du langage et dans une histoire d'amour et de haine de soi et des autres,le Moi à la fois sujet et objet n'a donc pas de lieu propre,sa nature est inateignable, et bien que l'on puisse en parler, il nous échappe toujours.
De cette impossibilité de situer le MOI et du refus de l'aimer qui peut en découler nous analyserons les Pensées de Blaise Pascal en compagnie du philosophe Pierre Magnard.
Sketch de Guy Bedos puis lecture de Pascal, Pensées, 597-455 :"le moi est haïssable" par Anna Mougladis.
Pascal s'adresse-t-il aux MOI qui dont preuve d'excès dont parlait Elisabeth Roudinesco,dans le narcissisme et la mégalomanie d'un Guy Bedos, ou bien désigne-t-il le MOI en général ? Qu'est-ce qui est haissable dans le MOI, ses excès ou le MOI en tant que tel ?
cette formule de Pascal "le MOI est haissable" ou "la seule et unique vertu est de se haïr" nous fait frémir et on se doit de la replacer exactement dans son contexte.
Première remarque, "le MOI est haissable" il faut souligner que c'est le pronom personnel substantivé et précédé d'un article,qui donne lieu à cette détestation et non pas le pronom personnel simple: je ou moi.
Il faut faire cette remarque aussi de l'apparition du pronom substantivé précédé de l'article est quelque chose de tardif dans notre langue.La première occurence que j'ai pu trouver est dans un Dictionnaire du tendre de 1583.Dans Montaigne aucune occurrence du Moi précédé de l'article.C'est donc après Montaigne bien que Montaigne fut encore vivant en 1583 qu'apparaît cet usage et il s'inscrit tout à fait dans la littérature pascalienne,ce qui veut dire qu'il faut faire un distingo entre moi et le moi. Moi, Pascal en parle,il en parle même parfois avec attendrissement; souvenez vous de cette belle remarque sur ces portraits de lui même de vingt ans en vingt ans,que Montaigne regardait déjà. Montaigne disait: "J'ai des portraits de ma forme de 20 ans 25 ans et 35 ans, je les compare avec ceux d'aujourd'hui, combien de fois,ce n'est plus moi".Ce qui donnait à Pascal d'écrire en écho: "je me sens une malignité qui m'empêche de convenir de ce que dit Montaigne,que la vivacité et la fermeté s'affaiblissent surtout avec l'âge,je ne voudrais paqs que cela fût, je me porte envie à moi même, ce moi de vingt ans n'est plus moi. "invidia" au XVIIè c'est l'équivalent de notre mot haine) Autrement dit cette haine de soi, cvous la trouverez dès l'énoncé de son portrait ou la comparaison qu'il peut faire de deux portraits de lui même. 
Peindre le moi c'est déjà une manière de faire du moi un objet et donc de le substantiver si on fait la distinction netre moi et le moi.
Certes mais essayez de voir comment naît ici la haine de soi ou comment elle survit "Je me porte envie à moi même" , je ne peux pas admettre l'image que me renvoie mon ultime portrait et qui atteste déjà les signes du vieillissement encore que Pascal à l'époque n'ait que 37 ans quand il écrit cela.
cependant c'est cela qu'il veut noter, le moi de 20 ans n'est plus moi autrement dit il y a détestation du moi actuel du moi de 38 ans,et il y a une sorte de complaisance dans le moi de 20 ans.Il s'apitoie sur son moi de 20 ans,et quand il reproche à Montaigne de parler trop souvent de soi,puisque c'est la formule qu'il utilise,il ne peut pas s'empêcher de faire cette remarque, ce n'est pas dans Montaigne mais dans moi que je trouve tout ce que j'y vois.Autrement dit Montaigne est pour lui comme un miroir tendu à son propre moi qui éprouve quelque joie, quelque complaisance,quelque plaisir à s'y retrouver. 
On voit donc qu'il y a une pratique du moi, voir un bon usage du moi, voir un amour du moi, une complicité entre Pascal et son propre moi qui est en contraste avec ce que désigne le moi, c'est à dire le pronom personnel substantivé qui est précédé de l'article,et je dirais que le moi ce n'est pas moi.
Le moi se distingue du moi comme une posture que chacun est libre d'adopter ou de ne pas adopter.. le moi c'est donc une attitude et cette attitude elle consiste en quoi si on prend le texte qui nous a été lu,elle consiste à se vouloir centre de tout, autrement dit la posture que désigne le moi, c'est une posture de centration de l'univers sur soi , c'ets une posture tyranique puisqu'elle en oblige aux autres et c'ets aussi une posture injuste car il n'y a aucune raison que je puisse me poser en centre de l'univers.
Adèle: la distinction entre moi d'un côté et le moi de l'autre, est celle qui est en jeu entre l'amour de soi et l'amour propre, puisque Pascal peut s'aimer lui même, peut aimer son moi, avoir de la tendresse pour son moi,tout en dénonçanyt l'excès du moi extérieur, c'est exactement la différence qu'il y a entre s'aimer et l'amour nécessauire que nous nous devons à nous même,pour rester en vie, nous maintenir en tant qu'être humain,et la déviation de cet amour la qui est l'amour propre qui  au contraire conduit à vouloir rechercher à tout prix l'amour des autres à chercher une forme de reconnaissance au sein du regard des autres.Est-ce que cette distinction là est fidèle ?
PM: L'amour propre tel qu'il est défini dans le fragment 978, la nature de l'amour propre et de ce moi humain est de n'aimer que soi et de ne considérer que soi mais que fera-t-il  ? Il ne sera empêché que cet obhet qu'il aime ne soit plein de défaut et de misère, il veut être grand, il se voit petit, il veut être heuerux, il se voit misérable,il veut être parfait, il se voit plein d'imperfections,il veut être l'objet de l'amour et de l'estime des hommes,et il voit que ses défauts ne méritent que leur aversion et leur mépris. Cet embarras où il se trouve, produit en lui la plus injuste et la plus criminelle des passions,qu'il soit possible de s'imaginer car il conçoit une haine mortelle contre la vérité qui le reprend et qui le convainc de ses défauts. Une haine mortelle de la vérité,pour précisément justifier cette adoration que le moi attend des autres, soumis en quelque sorte à sa tyranie, or,comment s'appelle cette haine de la vérité dans la littérature philosophique moderne et contemporaine ? Elle a un nom et ce nom c'est le ressentiment.J'ai nommé ici Nietzche à travers le ressentiment car c'estlui même qui forgera cette notion pour traduire très exactement cette haine de la vérité qui constitue l'alibi de celui qui voulant se faire passer pour le meilleur, pour le plus beau, pôur le plus grand,pour le plus savant, pour le plus digne d'être aimé,ne peut le faire qu'en faisant en quelque sorte sacrifice de toute vérité.
Adèle;: Et la vérité en l'occurence c'est de savoir que son moi n'est pas à la haureur de ce qu'il escompte, en demandant aux autres de l'aimer, il omet ses propres défauts sa propre faiblesse, si bien qu'il n'est pas un objet digne d'être aimé, c'ets en cela que du coup la vérité est haissable.
Et c'est là que la catégorie nietzchéenne s'impose car lorsque Nietzche définit le ressentiment, il y voit l'expression d'une rancoeur de celui qui voudrait être aimé,et qui précisément s'aperçoit bien qu'il ne parvient pas à mériter l'amour des autres.Or, comme cet amour il ne le mérite pas,il veut en quelque sorte l'imposer, l'extorquer et c'est pourquoi il se fait tyranique.
L'amour propre est donc bien l'expression de cette redistribution de tout le champ de la représentation,autour de soi qui en somme en serait le centre,et à partir duquel tout devrait se définir. 
Adèle: Pierre Magnard, si on sort un instant du vocabulaire de l'estime de soi,de l'amour et de la haine de soi,pour adopter un vocabulaire qui était présent dans le texte entendu au début et qui est plus moral, qui est celui de la justice et de l'injustice: "Je hais le moi parce qu'il est injuste qu'il se fasse centre de tout et donc je le haïrai toujours." Vous en notez l'incommodité mais non pas l'injustice.Que vient faire ce terme d'injustice dans cette réflexion sur le moi, en quoi est-il injuste de ne pas haïr le moi ?
PM: Il y a une relation forte entre injustice et liberté,cette relation a été établie depusi l'origine de la philosophie occidentale,par Socrate,qui meurt précisément parce qu'il est le témoin de la justice et de la vérité conjointes.On ne peut défendre la justice sans défendre en même temps la vérité.Pascal se souvient très souvent de Platon,et de Socrate pour retrouver précisément cette connexion forte entre justice et vérité. Or si on lie justice et vérité,on ne peut accorder d'amour qu'au meilleur,qu'au parfait et c'ets là qu'apparaît dans la perspective pascalienne,la réalité de Dieu. Dieu c'est la connotation du meilleur, c'est la connotation du parfait,en dehors de toute référence théologique,en dehors de toute adhésion à un credo,en dehors de toute appartenance à une église; or l'homme laid  puisqu'il veut paraître beau, puisque mensonger il veut paraître vrai,et puisque petit il veut paraître grand,l'homme du ressentiment n'aura de cesse de vouloir régler son compte à cette instance qui le dérange,à savoir le parfait,l'absolu, Dieu.Et c'est pourquoi Pascal pourra dire:"l'amour propre est cet instinct qui porte l'homme à se faire Dieu" . L'homme du ressentiment dans cette exaltation de son propre moi et qui veut se faire juge de toute réalité et maître de toute chose,ne peut pas régler son compte à tout ce qu'on a pu nommer Dieu,c'est à dire à toute référence à une perfection et donc à un meilleur qui me dominerait ou me dépasserait.19:00
Adèle; PM, invoquer la perfection divine dans la réflexion du moi,permet d'introduire une notion que nous n'aons pas encore évoquée puisque en effet si les règles de la société demandent et imposent à ce que le moi soit le plus discret possible, il ne faut pas parler de soi c'est aussi "vous couvrez le moi mais vous ne l'ôtez pas" vous le recouvrez, vous le cachez, vous le maquillez,mais vous ne l'ôtez pas,  ce que la société chrétienne imopose c'est l'anéantissement du moi, on est là dans un lexique beaucoup plus fort et ces deux registres la, le moi social et le moi au regard de Dieu nous permettent de mioeux comprendre en quoi le moi n'est pas seulement redoutable ou méprisable,mais à proprement parler haissable car le terme est extrêmement fort, il s'oppose d'une manière frontale à l'amour, on est dans une pensée qui est dans les extrêmes,sans aucune forme de modération.
PM: Il y a deux termes qui résumeraient ici votre propos,c'est honnêteté et hulmilité. Miton est l'honnête homme, il va donc couvrir le moi, le dissimuler autant que faire se peut,sans parvenir à le réduire,c'est une nécessité sociale,c'est requis des bonnes manières, mais l'honneteté n'extirpe pas l'origine de l'amour propre, il faut pour cela l'humilité, ce que vous appelez l'anéantissement, je préférerais le dire l'humilité,c'ets à dire ce que Pascal a d'abaisser la superbe, comme il aime à le répéter, s'il s'abaisse je le vante, mais s'il se vante je l'abaissse. Il s'agit précisément de ce cet orgueil,de cet amour propre dans la pratique de l'humilité. De l'humilité pourquoi ?
Il faut bien s'aviser que l'homme est fait pour le bonheur et que être heureux c'est aimer, on est heureux que dans l'amour.Encore faut-il connaître un homme digne d'être aimé.Un être véritablement aimable.De telle sorte que le problème de Dieu se ramène en définitive chez Pascal,au problème du bonheur.Pascal est un hédoniste plus qu'il n'est un religieux. C'est un hédoniste pour qui le bonheur est véritablement la fin de toute existence or.si l'on veut vivre le bonheur, il faut vivre un amour qui soit un grand amour,et pour cela rencontrer un être véritablement aimable.Et cet être "véritablement aimable" c'est dans la religion que Pascal le cherchera.
Or , si le ressentiment est quelque chose de si odieux,c'ets parce que le ressentiment est la réaction du petit devant la grandeur,du laid devant la beauté,du minable devant la dignité. le ressentiment est donc,le rejet ou le refus de cet être véritablement aimable.La contestation qu'un tel être puisse être, un tel être n'a pas lieu d'être, car s'il était alors que serais-je moi ? C'ets donc à travers la pratique du ressentiment que le moi apparaît, se nomme, se dénomme,s'énonce, fait valoir ses titres,moi, dans une alternative dramatique, c'est moi ou lui, c'ets à dire mon petit moi infatué de lui même,mon petit moi narcissique et vaniteux,mon petit moi qui ne cesse de se gonfler à la mesure précisément de son ressentiment, ou lui , c'ets à dire l'absolu, le parfait, c'est à dire le digne d'être aimé, c'ets à dire l'être véritablement aimable.
Adèle: mais le problème ne se pose que si on met Dieu et soi sur la même  échelle de continuité où Dieu serait infiniment supérieur, or chez Pascal justement la distinstion des ordres montre que l'homme st infiniment éloigné de Dieu, et donc de cette infinité nous ne pouvons même pas nous comparer et que nous pouvons nous infatuer de nous même et faire valoir nos propres titres,danbs l'espace du monde dans lequel nous vivons, cela n'a aucune conséquence par rapport au royaume divin en tant que tel.
PM: Oui mais "l'homme passe infiniment l'homme" répète -t-il deux fois,ce qui veut dire que l'homme est toujours en train de surpasser,en quête desa propre réalité, vous parliez des trois ordres,je veux bien mais il ne s'agit pas,de minimiser chacun d'eux.Exceller dans l'ordre de la chair n'a rien qui soit préjudiciable à mon salut, si du moins je sais passer de chair à l'esprit et considérer que les oeuvres de l'art, de la science ou de l'intelligence,valent bien les conquêtes des capitaines ou des puissants.Mais qu'est-ce que l'esprit en regard de la charité qui me fait valoir une grandeur encore plus éclatante encore plus écrasante que celle que j'ai connue au plan de l'esprit.?
Autrement dit il y a là chez Pascal, non pas une volonté d'abaisser mais au contraire toujours d'élever davantage l'homme dans la conscience que l'ordre inférieur symbolise l'ordre supérieur et en quelque sorte le prépare,plutôt qu'il ne le nie; de sorte que nous avons une échelle, une échelle sainte sans doute,mais une échelle qui semble structurée. Toute la volonté de l'homme de s'élever au dessus de lui même et de parvenir à la plus haute noblesse qui puisse être.
Adèle: Mais est-ce que le problème dans ce cas n'est aps de savoir où se situe le moi puisque nous parlons de volonté, nous parlons d'humilité,mais peut-on assigner un espace pour le moi c'est la question que Pascal se pose: Qu’est-ce que le moi ?
"Un homme qui se met à la fenêtre pour voir les passants ; si je passe par là, puis-je dire qu'il s'est mis là pour me voir ? Non ; car il ne pense pas à moi en particulier ; mais celui qui aime quelqu'un à cause de sa beauté, l'aime-t-il ? Non : car la petite vérole, qui tuera la beauté sans tuer la personne, fera qu'il ne l'aimera plus.

Et si on m'aime pour mon jugement, pour ma mémoire, m'aime-t-on? moi ? Non, car je puis perdre ces qualités sans me perdre moi-même. Où est donc ce moi, s'il n'est ni dans le corps, ni dans l'âme ? et comment aimer le corps ou l'âme, sinon pour ces qualités, qui ne sont point ce qui fait le moi, puisqu'elles sont périssables ? car aimerait-on la substance de l'âme d'une personne, abstraitement, et quelques qualités qui y fussent ? Cela ne se peut, et serait injuste. On n'aime donc jamais personne, mais seulement des qualités.
Qu'on ne se moque donc plus de ceux qui se font honorer pour des charges et des offices, car on n'aime personne que pour des qualités empruntées".
Blaise Pascal - Pensées (688 - Édition Lafuma, 323 - Édition Brunschvicg)
suit une Chanson stupide par Les chaussettes noires, "Je t'aime trop" 29.00 ( à suivre....)

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 23:43

Présentation de Rajaa STITOU (Université de Montpellier III)

ROLAND GORI "La dignité de penser" (Editions les liens qui libèrent)Roland-Gori.jpg

Psychanalyste et citoyen engagé, membre de "l'Appel des appels" pour de nouveaux choix de société et pour un insurrection des consciences.Ancien Président du Conseil National des Universités
Comment réhabiliter la liberté de parole ?
Ce qui fait sens est désarmé, le langage est devenu illusion d'une pensée sans faille, c'est le signe d'une société en panne de récits, de mythes et donc de lien social.Le langage porteur de rêve et de fiction sert à lier les hommes, à humaniser, à donner du sens, pour affronter le réel. Quelle place la société contemporaine accorde-t-elle à la parole face à un discours technocratique qui prône la religion du marché qui chosifie l'humain et crée des servitudes volontaires en lieu et place des mythes, des idéologies traditionnelles.Le rapport au savoir prône l'utilitaire d'abord et néglige les rêves et la fiction qui sont l'essence du langage.  
A delà de l'indignation de Stéphane Hessel, Roland.Gori rappelle la phrase de Camille Laurens dans "le grain des mots" : "On ne naît pas homme on le devient".
Il rappelle aussi en prologue que l'expression "faire ses humanités" est devenue désuète  car aujourd'hui on préfère la science, le commerce et la finance car on assiste à une hiérarchisation révélatrice des savoirs, et donc des valeurs d'une société.
La vitesse avait déjà souligné Marx est un des vecteurs du capitalisme comme le disait Jaurès à propos de la guerre: "la nuée porte l'orage ".Mais ne confondons pas le capitalisme financier et le capitalisme industriel auquel se référait  Marx.
Le temps c'est aussi l'art de savoir en perdre rappelait JF. Lyotard.
Comment repenser l'économie dans la société ?
"Les formes de savoir sont inséparables des formes de pouvoir" disait Foucault et donc des formes de pratiques sociales.
JP Vernant a montré que l'émergence de la pensée rationnelle dans la Grèce du Vè siècle sous Périclès est d'abord politique.Les Grecs sont obsédés par la notion d'égalité.
La psychanalyse a correspondu à une époque donnée de la fin du XIXè et créa un savoir qui participait à une construction politique et morale autour des thèmes de la famille, de l'enfant, des affects et de la sexualité.
Aujourd'hui l'homme neuroéconomique est la forme actuelle du sujet social, ce qui compte désormais c'est la rentabilité immédiate, la diffusion de la science et sa médiation utilitariste.
Roland Gori donne plusieurs exemples comme la mise en scène du génétique sur Internet pour cautionner la discriminitiation positive aux Etats Unis dans la recherche d'emplois en mettant en évidence les risques potentiels des candidats face à des risques sanitaires sur un type d'emploi donné; la génétique permet aussi de connaître dans son capital génétique le pourcentage  d'origines caucasiennes, africaines, ou indo-européenne de chaque individu...
On ne parle plus des affinités électives d'un Jules et Jim où on s'assemble pour ses goûts pour Bach ou pour R.Gori...(!) mais selon des affinités chromosomiques édictées par la médecine prédictive et génétique.
Freud dès 1929 avait déjà pointé les risques du passage d'une société humaine à une société animale.dans son "Malaise dans la civilisation" où les termites préfigurent l'organisation humaine. .

Le cas de l'Evaluation à tous les stades de la société est très symptomatique d'une soumission sociale.On est soumis à l'injonction de penser selon le mode d'emploi de la machine.
Ex: Marx a montré comment on est passé de l'ouvrier au prolétaire dans le processus de production, puis du paysan au prolétaire et désormais on assiste à une prolétarisation des classes moyennes (enseignants) et professions libérales (médecins, avocats) soumis à un sentiment de précarité surnuméraire,de peur et d'intimidation.
Les savoirs sont désormais confisqués par des machines et des protocoles standardisés qui aboutissent à un écrasement de l'individu qui n'a plus le temps de penser.
Le rationalisme économique est morbide évoqué par la fabrique du sujet éthique par Foucault met en valeur une morale utilitaire, déralisante, pargamatique où il n'y a pas de place pour le rêve, l'abandon, le délire et la fiction.
On est aujourd'hui dans une guerre civile et une guerre de l'opinion où les mots sont vidés de leur sens et servent uniquement à faire mouche sur le citoyen électeur alors qu'Il faut aller à l’idéal en passant par le réel. Jaurès Jean


Source : Aller à l’idéal et comprendre le réel. Jaurès Jean | Dico - Citations - Dico citations

Il faut aller à l’idéal en passant par le réel. Jaurès Jean

 

"il faut aller à l'idéal en passant par le réel"Il faut aller à l'idéal en passant par le réel.


Source : Aller à l’idéal et comprendre le réel. Jaurès Jean | Dico - Citations - Dico citations

Il faut aller à l'idéal en passant par le réel.


Source : Aller à l’idéal et comprendre le réel. Jaurès Jean | Dico - Citations - Dico citati
disait Jaurès.
Pour revenir à l'Evalutaion formelle dans un CHU on assiste à scette situation absurde où un chirurgien qui n'a enregistré que 45 interventions ce mois ci alors qu'on en avait prévu 125 : que faire ? La performance économique à tout prix au nom d'une prescription sociale masque une idéologie néfaste.
Il existe même un logiciel pour optimioser les actes chirurgicaux dans les CHU. On confond la carte et le territoire par des procédés déréalisants.
La société est obsédée par le risque et ce dès la petrite enfance au point qu'une enquête de l'INSERM montre comment dépister les troubles chez des enfants de moins de 3 ans et les facteurs de risques futurs pouvant engager des actes de pré délinquance. (cf. Collectif  Zéro de Conduite)
Quelles sont les morales actuelles ? "Transformer l'humain en instrument" c'est ce que Marx appelait "la morale d'épicier".
La logique du marché est présente partout dans le domaine médical avec le TAA mais aussi dans les médias avec la dictature de l'audimat.
Dans le champ de l'Education priorité aux compétences, donc de ce qui peut servir!! On prépare une éducation des esclaves par une instrumentalisation selon les besoins du marché.
 La folie de l'évaluation : elle calibre, elle normalise ce qui ne passe pas par le canal formel tel une serrure et si ça ne passe pas, ça n'existe pas. Les thésards en savent quelque chose!
 L'exemple des classes d'âge au Baccalauréat sont également symptomatiques pourquoi 80% et pas 90% ! On regarde les chiffres au compteur et pas la route et encore moins les compagnons de route à fortiori. "l'Homme est-il devenu superflu" disait Hana Arendt.
*  Lire la folie  évaluation les nouvelles fabriques de la servitude de R.Gori où il montre que l'habitus de Bourdieu c'est l'habitude, l'adaptation à être et à répondre.
 Walter Benjamin: "le levain de l'inachevé": "Que peut un adulte ? marcher Que ne peut plus un adulte: apprendre à marcher."
Il y a risque d'adaptation, d'uniformisation, de conformation.
Dès 1973 Pasolini avait montré la puissance de la religion du marché dans un slogan sacrilège: "Tu n'auras d'autre jeans que moi." Le marché n'a plus à s'appuyer sur les valeurs traditionnelles (religion, famille, mythes...) Les lucioles ont disparu...
La Grèce est bien le modèle de l'Europe de demain et on assiste à "la mondialisation du pire" dont parlait Bourdieu.
Adorno a bien montré ces logiques de l'aliénation où la parole est réduite à l'information, c'est à dire à sa part la plus minimaliste et réductrice.
L'art de conter, la faculté d'échanger des expériences ont disparu du langage dans un grand naufrage culturel.
Freud dès 1911 a opéré une révolution dans un geste épistémologique fort en proclamant que le savoir est du côté du patient et non de l'expert.
"Je ne crois pas en Dieu mais je ne suis pas athée" disait Camus. La morale utilitaire prétend remplacer les idéaux du XVIIè et s'érige comme morale de l'intérêt nécessaire et suffisante et donc machiavélique.
"La chose a un prix et l'homme a sa dignité" (Interview de Roland Gori dans le Quotidien -Luxembourg février 2012)
Adorno avait déjà pressenti que l'on allait "traiter les hommes comme des choses".
"Le pire ennemi de la démocratie est la crise de conscience et la perte de confiance d'elle même" Jaurès.

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 18:02

"La Grèce contemporaine" d' Edmond ABOUT (1854 ) réédité chez l'Harmattan en 2000

CHAPITRE VII.    LES FINANCES.
I.
Observations générales sur la situation financière de la Grèce. —La Grèce vit en pleine banqueroute depuis sa naissance. —Les impôts sont payés en nature. — Les contribuables ne payent point l'État, qui ne paye point ses créanciers. — Budget d'exercice et budget de gestion. — Les ressources du pays ne se sont pas accrues en vingt années.
Le régime financier de la Grèce est tellement extraordinaire et ressemble si peu au nôtre, que je crois nécessaire, avant d'entrer dans les détails du budget, de placer ici quelques observations générales.
La Grèce est le seul exemple connu d'un pays vivant en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance. Si la France ou l'Angleterre se trouvait seulement une année dans cette situation, on verrait des catastrophes terribles : la Grèce a vécu plus de vingt ans en paix avec la banqueroute.
Tous les budgets, depuis le premier jusqu'au dernier, sont en déficit.
Lorsque, dans un pays civilisé, le budget des recettes ne suffit pas à couvrir le budget des dépenses, on y pourvoit au moyen d'un emprunt fait à l'intérieur. C'est un moyen que le gouvernement grec n'a jamais tenté, et qu'il aurait tenté sans succès.
Il a fallu que les puissances protectrices de la Grèce garantissent sa solvabilité pour qu'elle négo¬ciât un emprunt à l'extérieur.
Les ressources fournies par cet emprunt ont été gaspillées par le gouvernement sans aucun fruit pour le pays; et, une fois l'argent dépensé, il a fallu que les garants, par pure bienveillance, en servissent les intérêts : la Grèce ne pouvait point les payer.
Aujourd'hui, elle renonce à l'espérance -de s'acquitter jamais. Dans le cas soit les trois puissances protectrices continueraient indéfiniment à payer pour elle, la Grèce ne s'en trouverait pas beaucoup mieux. Ses dépenses ne seraient pas encore couvertes par ses ressources.
La Grèce est le seul pays civilisé où les impôts soient payés en nature. L'argent est si rare dans les campagnes qu'il a fallu descendre à ce mode de perception. Le gouvernement a essayé d'abord d'affermer l'impôt, mais les fermiers, après s'être témérairement engagés, manquaient à leurs engagements, et l'État, qui est sans force, n'avait aucun moyen de les contraindre.
Depuis que l'État s'est chargé lui-même de percevoir l'impôt, les frais de perception sont plus considérables, et les revenus sont à peine augmentés. Les contribuables font ce que faisaient les fermiers ils ne payent pas.
Les riches propriétaires, qui sont en même temps des personnages influents, trouvent moyen de frustrer l'État, soit en achetant, soit en intimidant les employés. Les employés, mal payés, sans avenir assuré, sûrs d'être destitués au premier changement de ministère, ne prennent point, comme chez nous, les intérêts de l'État. Ils ne songent qu'à se faire des amis, à ménager les puissances et à gagner de l'argent.
Quant aux petits propriétaires, qui doivent payer pour les grands, ils sont protégés contre les saisies, soit par un ami puissant, soit par leur propre misère.
La loi n'est jamais, en Grèce, cette personne intraitable que nous connaissons. Les employés écoutent les contribuables. Lorsqu'on se tutoie et qu'on s'appelle frères, on trouve toujours moyen de s'entendre. Tous les Grecs se connaissent beaucoup et s'aiment un peu : ils ne connaissent guère cet être »abstrait qu'on appelle l'État, et ils ne l'aiment point. Enfin, le percepteur est prudent : il sait qu'il ne faut exaspérer personne, qu'il a de mauvais passages à traverser pour retourner chez lui, et qu'un accident est bientôt arrivé.

Les contribuables nomades, les bergers, les bûcherons, les charbonniers, les pécheurs, se font un plaisir et presque un point d'honneur de ne point payer d'impôt. Ces braves gens se souviennent qu'ils ont été Pallicares : ils pensent, comme du temps des Turcs, que leur ennemi c'est leur maître, et que le plus beau droit de l'homme est de garder son argent.
C'est pourquoi les ministres des finances, jusqu’'en 1846, faisaient deux budgets des recettes : l'un, le budget d'exercice, indiquait les sommes que le gouvernement devrait recevoir dans l'année, les droits qui lui seraient acquis; l'autre, le budget de gestion, indiquait ce qu'il espérait recevoir. Et, comme les ministres des finances sont sujets à se tromper à l'avantage de l'État dans le calcul des ressources probables qui seront réalisées, il aurait fallu faire un troisième budget, indiquant les sommes que le gouvernement était sûr de percevoir.
Par exemple, en 1845, pour le produit des oliviers du domaine public, affermés régulièrement aux particuliers, le ministre inscrivait au budget d'exercice une somme de 441 800 drachmes. Il espérait (budget de gestion) que sur cette somme, l'État serait assez heureux pour percevoir 61 500 drachmes. Mais cette espérance était au moins présomptueuse, car l'année précédente, l'État n'avait .perçu, pour cet article ni 441 800 drachmes, ni 61 500 drachmes, mais 4457 drachmes 31 centimes c'est-à-dire environ un pour cent sur ce qui lui était dû.
En 1846, le ministre des finances ne rédigea point de budget de gestion, et l'habitude s'en est perdue. L'État ne veut pas prévoir en principe qu'il ne sera pas payé de ce qui lui est dû. Mais , quoi¬que les budgets suivants soient plus réguliers dans la forme, l'État continue à solliciter vainement ses débiteurs récalcitrants ou insolvables.
Une dernière observation qui m'est suggérée par l'examen des différents budgets de 1833 à 1853, c'est que les ressources de l'État ne se sont pas ac¬crues sensiblement dans ces vingt années.
De 1833 à 1843, la recette moyenne de chaque année a été de 12 582 968 drachmes 9 lepta. La dépense moyenne a été de 13 875 212 dr. 39 lepta. Le déficit annuel de 1 292 244 dr. 301.
En 184.6, les recettes espérées se montaient à la somme de 14 515 500 dr.
Le budget de 1847 était le même que celui de 1846, sauf une augmentation espérée de 360 725 dr. 79 L sur les recettes.
Depuis cette époque, les revenus de l'État ont subi une diminution considérable :
En 1850, par l'affaire Pacifico et le blocus du Pirée, qui arrêta le commerce maritime des Grecs pendant toute une campagne, tandis qu'un hiver extraordinairement rigoureux tuait des troupeaux entiers, faisait périr un grand nombre d'oliviers et d'arbres à fruits, réduisait des deux tiers l'exportation de l'huile, et des neuf dixièmes la récolte des citrons et des oranges ;
En 1851, par la disette de céréales qui condamna la Grèce à importer des blés pour 12 000 000 de drachmes au lieu de 2 000 000 , et fit sortir du pays une grande quantité de numéraire;
En 1852, par la maladie de la vigne, qui détruisit les deux tiers de la récolte du raisin de Corinthe, et enleva au trésor un de ses principaux revenus ;
En 1853, par la disette dont nous souffrons encore, et dont les Grecs, épuisés par quatre années déplorables, souffrent plus cruellement que nous.
II
Recettes. — L'impôt direct ou la dîme. — L'usufruit, impôt quelle peut exister qu'en Grèce., Les douanes. —Un ministre qui espère que ses agents l'ont trompé. — Un gouvernement qui se ruine en battant monnaie. — Pourquoi la Grèce ne frappe que des sous. — Domaine immense qui ne rapporte presque rien. — Les eaux de Thermia, médicament très dan¬gereux. — Forêts inutiles. — L'Etat n'est payé ni par ses débiteurs ni par ses fermiers.
Les recettes de l'État se composent : des impôts directs, des impôts indirects, du produit des établissements publics, du domaine, de la vente des biens nationaux, des revenus ecclésiastiques, des recettes sur exercices clos, de revenus divers, des avances faites par les puissances protectrices.
Les impôts directs représentent plus de la moitié des recettes de l'État. Ils comprennent :
1° La Mme ou l'impôt foncier, qui se perçoit en nature. Le percepteur assiste au battage des grains, à la cueille du tabac, à la fabrication de l'huile, et il prélève immédiatement un dixième de la récolte. L'État se charge d'emmagasiner et de vendre les fruits qu'il a perçus. On devine aisément tout ce qu'un pareil mode de perception a d'irrégulier, et combien il peut étre préjudiciable à l'État. Si la récolte est abondante, il est forcé de vendre à vil prix la part qui lui revient; si la récolte manque, il ne lui revient rien. Mais il sera impossible de percevoir l'impôt foncier en argent, tant que le numéraire sera aussi rare dans le pays.
2° L'usufruit. C'est une sorte d'impôt qui n'existe qu’en, Grèce, et dont l'existence s'explique par l'histoire du pays.
L'État est propriétaire d'une grande partie du territoire. Il possède à peu près tous les terrains que les Turcs possédaient avant la guerre de l'indépendance. Ceux qui sont situés dans le Péloponnèse lui appartiennent par droit de conquête; il a payé les autres, et une indemnité de 12 500 000 drachmes l'en a fait légitime propriétaire.

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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 14:37

La situation en Grèce :
Dimanche dernier, le Parlement grec a voté un nouveau plan d’austérité. Adopté par une large majorité (199 voix pour, 74 contre et 27 abstentions), il prévoit de nombreuses coupes dans les budgets sociaux, notamment, la diminution du salaire minimum, qui passerait de 750 à 586 € bruts. Ce plan se traduit également par le licenciement d’ici au mois d’avril 2012 de 15.000 fonctionnaires, mis en attendant en « réserve » et rémunérés à 60 % de leur salaire. La baisse des investissements publics devrait permettre à l’Etat d’épargner environ 400 millions d’euros, auxquels s’ajouteraient environ 300 millions amputés du budget de la défense. Une nouvelle vague de privatisations rapporterait 4,5 milliards d’euros tandis que la diminution des pensions de retraites complémentaires, le déremboursement de certains médicaments ainsi que l’augmentation des impôts et taxes devraient aider la Grèce à équilibrer ses comptes. Le secteur public n’est pas le seul touché par ce nouveau plan d’austérité. Les entreprises privées auprès desquelles l’Etat a contracté des dettes sont sommées de faire disparaître 70 % du montant de leurs créances, soit environs 100 milliards d’euros. L’adoption de ce plan devrait permettre le versement par l’Union européenne d’une aide supplémentaire de 130 milliards d’euros. Si l’abandon de 100 milliards d’euros d’obligations par les créanciers privés a été acté, l’Union a décidé de reporter à demain l’accord final. Le 20 mars, la Grèce devra rembourser 14,5 milliards d’euros. Jeudi, le président de la BCE Mario Draghi a laissé entendre que l’institution pourrait accepter de renoncer à ses plus-values sur les obligations grecques. « Si la BCE redistribue une partie de ses profits aux Etats membres […], il ne s'agit pas de financement monétaire » des Etats, a-t-il argumenté.

En marge du vote au Parlement, des manifestations de protestation au plan de rigueur ont réuni entre 100.000 et 200.000 personnes aux abords de la place Syntagma à Athènes. Elles ont donné lieu à des affrontements avec les forces de l’ordre. Six ministres du gouvernement de Lukas Papademos, deux socialistes membres du Pasok et quatre membres du parti d’extrême droite le LAOS, ont présenté leur démission entre le 10 et le 13 février. Le premier ministre a annoncé lundi la tenue d’élections législatives anticipées en avril prochain.

Dimanche dernier, le ministre allemand des finances Wolfgang Schäuble déclarait dans un entretien publié dans le journal Welt am Sonntag : « Il est important de dire [que la Grèce] ne peut être un puits sans fond. C’est pourquoi les Grecs vont finalement devoir obstruer ce puits. ». Mercredi, le président grec Carolos Papoulias affirmait : « Je n’accepte pas que mon pays soit raillé par Wolfgang Schäuble ». Evangelos Venizelos, le ministre des finances, analysait quant à lui : « Il faut dire la vérité au peuple grec : il y a plusieurs pays [de la zone euro] qui ne veulent plus de nous. Et il faut les convaincre. […] Le pays se trouve sur le fil du rasoir ». Mercredi, au cours d’un débat au Parlement européen réuni en session à Strasbourg, le député européen Daniel Cohn-Bendit a dénoncé les « talibans néolibéraux qui règnent en Europe » et imposent une « décroissance brutale à la Grèce que personne ne pourrait vivre ». Mario Monti, le président du Conseil italien, s’est quant à lui ému de « la dureté avec laquelle la Grèce est traitée. »

Le chômage atteignait en novembre 2011 20,1% de la population grecque. La croissance reculait au dernier trimestre de deux points, pour atteindre -7%. Le montant du P.I.B. a chuté de 5,5 % l’an passé, le pays étant en récession depuis cinq années consécutives.

Intervention de JL Bourlanges de l'IEP de Paris dans l'Esprit Public sur France Culture le 19 février 2012
 
"Nous avons actuellement en France et dans le reste de l'Europe deux débats sur la Grèce,un débat qui monte de plus en plus fortement qui est un débat sur le caractère moral ou immoral qu'on réserverait à ce pays,et un débat à caractère économique et intellectuel sur ce qu'il convient de faire pour résoudre le problème.
Sur le premier, je suis à contre courant de ceux qui pensent que nous sommes vraiment coupables de ce qui se passe en Grèce,ce n'est pas vrai; je comprends très bien la souffrance du peuple grec,je crois que c'est très difficile de vivre ce que les Grecs vivent,le sentiment de l'injustice est très répandu,mais la cause n'est pas chez nous,elle est chez eux;
La cause, c'est un système politique oligarchique,corrompu, incompétent, une utilisation abusive de libéralités qui avaient été mises à la disposition des Grecs , très abondantes,par l'Europe, un trafic des statistiques,une politique vraiment laxiste: J Cl. Trichet citait l'autre jour,un chiffre connu, public,les salaires dans la Fonction Publique ont progressé au cours des dix dernières années,en valeur brute de 20% en Allemagne, de 35% en  France et en moyenne de la zone euro,de 117% en Grèce.

Quand on est en monnaie unique, c'est évident que ce genre de progression a des conséquences.

Je crois que nous avons en Grèce, une armée pléthorique,une administration inexistante,des impôts imaginaires, un clergé obscurantiste et richissime,des armateurs qui fraudent le fisc de toutes les manières, une société qui n'existe pas sous une forme publique,tout cela est vrai et je dois dire que je ne trouve pas que nous soyons coupables pour l'instant, les prêts qui ont été consentis à la Grèce par le secteur privé,on consent qu'ils soient emputés de 50%.
Ensuite, personne n'empêche les Grecs de sortir de la zone euro, c'est leur choix,leur décision, simplement s'ils ne le font pas ,et je comprends qu'ils ne le fassent pas, c'est qu'ils estiment que les  sacrifices seraient plus élevés encore.
Alors sur la solution, alors là je suis très critique: l'Allemagne est le cocher de l'Europe sur cette affaire,car je crois qu'elles sont dans le déni de réalité.On ne fait pas marcher un âne mort.La Grèce ne paiera pas, c'est dit, elle ne peut pas payer, elle n'a aps les structures sociales, administratives,politiques, on peut faire semblant du contraire,on peut payer son addition en disant vous allez faire tes tas d'efforts, on peut rédiger des textes incroyablement stupides d'ailleurs,comme celui de la troïka où on dit dans les 2 mois, vous devez faire ci vous devez faire ça, ça ne marchera pas, donc,Strauss-Kahn que je trouve meilleur en vie publique qu'en vie privée,avait raison de dire, il fait prendre sa perte,et tant qu'on n'aura pas commencé par ça,on ne résoufdra pas le problème ensuite effectivementquand ion aura accepté ça, c'est aux Grecs de savoir,si, une fois qu'on les aura allégés de leur dette,il sessaient de repartir dans la zone euro ou jhors de la zone euro, c'est un second choix, mais pour nous le premier choix c'est de renoncer à des créances d'une manière ou d'une autre qui techniquement nous ne recouvreront pas. " 

Jean-Louis BOURLANGES, professeur à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris
Relire le texte d'Edmond ABOUT , La Grèce contemporaine (1854 - réédition : L’Harmattan, 2000)  

Texte intégral           Extrait sur les finances

 

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:30

Economie en questions de Dominique Rousset  France Culture
Mondialisation et action publique/   18.02.2012 - 11:00
Raouf Boucekkine, économiste (passé à l'anglophone mais issu d'une université francophone belge !!!!!)
David Thesmar
Philippe Martin
Nicolas Baverez, historien et économiste
Olivier Pastré, professeur d'économie à Paris VIII
1er sujet :
A l'occasion du lancement vendredi 17 février 2012 de l'Ecole d'Economie d'Aix-Marseille (pôle d'excellence "Mondialisation et action publique") : pauvreté, inégalité et action publique dans les pays en développement...
Ce même vendredi, PSE :Ecole d'Economie de Paris, pompeusement baptisée : "Paris School of Economics" fêtait son 5è anniversaire...

Nous aurons donc tout le loisir de commenter le travail et les choix de ces nouvelles écoles d'économie, il y en a d'autres et je fais confiance à mes invités pour nous les signaler (Il n'y aura pas de place pour la concurrence des Universités francophones NDLR) ;
Dans le paysage français et mondial quelle place elles tiennent justement dans ce paysage international ?

Rappel par Olivier Pastré :
Au début il y avait les les pays du Tiers Monde où le terme a été forgé par Alfred SAUVY en 1952 puis popularisé par Georges Balandier à travers les cahiers de l'INED à partir de 1956. On a à tort désigné par tiers Monde tiout ce qui n'est ni capitaliste ou socialiste,or quand on lit les articles d'Alfred Sauvy de 1952 comparait cela au Tiers Etat.
Puis après on a eu un 2è concept dans les années 60-70, celui de Pays sous développés,c'est concept bien FMI bien Banque mondiale et bien fataliste ,ces pays étaient sous développés et ils allaient le rester.
Heureusement le FMI et la Banque mondiale ont réfléchi et dans les années 70-80, on a utilisé le terme pays en développement,pour positiver le concept. Voilà pour les concepts fondateurs, il y anesuite les concepts dérivés,dont les principaux sont les PMA :les pays les moins avancés,concept crée par l'ONU en 1971 avec 3 critères, un PIB par habitant inférieur à 900$, un retard en matière de développement humain,une vulnérabilité économique, ce qui concerne aujourd'hui 48 pays considérés comme pays moins avancés,(25 en 1971)
2ème sous concept , les PPTE : pays pauvres très endettés,créé en 1987 par le FMI et la Banque Mondiale, 43 payus , les 3/4 dans l'Afrique sub-saharienne, 60 Milliards de dettes qui devaient être annulées, sous réserve que ces pays mettent en oeuvre eds réformes qui aillent dans le sens,du développement humain;
Enfin dernier concept, les NPI nouveaux pays émergeants, les dragons d'Asie qui ont réussi : Corée du Sud, Taïwan, Singapour,les Tigres, Malaisie, Singapour, et Thailande,et les Jaguars, Mexique, Chili,Colombie, on appelle cela maintenant les pays émergents, preuve qu'il y a plus d'imagination dans les concepts que dans la gestion des crises au FMI et à la Banque Mondiale.

En direct d'Aix: Raouf Boucekkine, économiste, professeur à l'Université de Louvain(Belgique) et directeur scientifique de l'Ecole d'Aix Marseille; par studio interposé.
A M S E est le sigle anglophone: "Aix Marseille school of economics" c'est aussi le choix de P S E : Paris School of Economics, pour mentionner au passage peut-être pour ceux qui ne le savent pas que les cours sont dispensés à Paris à plus de 90% entièrement  en anglais,c'est un choix qui a été fait maintenant  il y a trois ans, et qui est tout à fait apprécié des étudiants français bien sûr et qui contribue à attirer aussi les étrangers...

DR: C'est une première remarque, Raouf Boucekkine, vous avez  pris la même décision ?
"Oui en tout cas, une grande partie de nos cours, au moment où je vous parle peut-être pas 90%,en tout cas à partir des Masters, les cours sont en anglais. C'est une conséquence de la Mondialisation".
"Ce n'est peut-être pas la plus sympathique..." fait observer Olivier Pastré.
"On peut en discuter, il s'agit d'une certaine manière de s'adapter à la concurrence, il y a évidemment aussi l'idée d'accueillir de plus en plus d'étudiants étrangers,beaucoup d'entre eux ne parlent pas français,c'est une façon aussi d'être hospitalier" note Raouf Boucekkine.
"Et cela marche" conclut Dominique Rousset.

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 11:12

En annonçant, le12 décembre 2011, que le concours d'entrée à Sciences-Po n'inclurait plus l'épreuve de culture générale à compter de 2013, son directeur, Richard Descoings, a simultanément divisé sa propre équipe et suscité une polémique féroce la question est trop brûlante pour ne pas passionner les intellectuels. Les uns se réjouissent de la fin d'un barrage social les autres, plus nombreux, hurlent à la dilapidation de la culture. Tandis qu'Ivan Rioufol, dans le Figaro, évoque des adeptes de la table rase » sacrifiant à « l'idéologie égalitariste , les philosophes Chantal Delsol et Jean-François Mattéi dénoncent l'avènement de la « médiocrité , et Xavier Patier, directeur de La Documentation française,
la « déculturation ». Philippe Sollers est allé jusqu'à annoncer sur France Info une génération d'« esclaves ». L'écrivain Philippe Forest s'inquiète également dans Libération du triomphe des « techniques d'automarketing ».
Face à eux, la voix de Marie Duru-Bellat, sociologue spécialiste des questions d'éducation, professeur à Sciences-Po, que la réforme ne « choque pas », semble bien faible.
Supprimer la culture générale, serait-ce l'avènement du pragma¬tisme dans les études, l'esprit qu'on assassine ? Personne ne semble avoir noté que la très respectable École normale supérieure de Lyon (ENS-LSH) a discrètement fait, pour son concours d'entrée 2012, un choix similaire, qui montre peut-être que les choses sont tout de même plus complexes qu'on ne le dit. Entre les humanistes autoproclamés qui se déchaînent aujourd'hui contre la direction de Sciences-Po et les tenants d'un utilitarisme mercantile, on n'est pas nécessairement sommé de s'enrôler dans une caricature.
Plantons le décor. Dans les structures d'enseignement où le problème se pose, la culture géné-rale n'est pas un aliment pour conversations de salon ; elle reflète ce qui n'est pas l'objet d'un enseignement spécifique, mais ce qu'un étudiant, accablé de travail dans les autres matières, peut encore apprendre sur l'art, la littérature, la philosophie. Jusqu'à nouvel ordre, les épreuves de culture générale sont au programme des nombreux concours des grandes écoles de commerce (HEC, Edhec, Essec, Ecricom). Quant aux filières scientifiques, les concours d'entrée à Polytechnique, à Centrale Supélec, aux Mines-Ponts ou à l'Espci-ENS comportent tous un oral de français qui relève de la culture générale, dans la mesure où il repose sur un
programme constitué d'un thème (pour. 2012, « la justice ») et d'œuvres relevant de divers domaines culturels. La « culture gé » est donc un enseignement où les frontières entre disciplines sont gommées, afin de constituer un support sur lequel les candidats développent
leurs aptitudes à comprendre un problème, à restituer l'argumentation d'un texte et à structurer une pensée personnelle sur le monde.
Or, depuis quelques années, cette forme d'enseignement se trouve en butte à plusieurs types
d'attaques. Les concours des grandes écoles ne sont du reste pas les seuls concernés : dès 2008, les filières techniques de la fonction publique ont remplacé leurs QCM de culture générale par des épreuves pratiques.
Poursuivie par André Santini, alors secrétaire d'État chargé de la Fonction publique, la réforme devait également toucher les concours administratifs recrutant les fonctionnaires des catégories B et C.

Comment cette vague, grossièrement symbolisée par l'anti-intellectualisme de Nicolas Sarkozy et ses rapports difficiles avec la Princesse de Clèves, a-t-elle pu parvenir jusqu'aux institutions censées fabriquer les élites ?
Quatre reproches sont souvent adressés à ce type d'épreuve.
1- D'abord, la culture générale n'est pas une véritable discipline. Elle se construit en réalité tout au long d'une vie.
2- Ensuite, son corpus serait aujourd'hui circonscrit par des limites surannées, excluant les formes plus actuelles de la culture (cinéma, musique, jeux vidéo, etc.).
3- De plus, l'épreuve étant extérieure aux compétences techniques des étudiants, elle ne devrait jouer aucun rôle dans leur recrutement.
4- Enfin, et surtout, l'épreuve pénaliserait les candidats issus de familles défavorisées, car le milieu culturel dans lequel ils ont grandi ne correspondrait pas aux attentes du concours.
Pour plus d'équité
Ces dernières semaines, les partisans de la réforme, Richard Descoings en tête, ont beaucoup mis en avant cet argument social. Le directeur de Sciences-Po a aussi pointé le rôle discriminatoire des prépas privées payantes : «Ces sociétés proposent des manuels et des fiches techniques, 150 sujets de culture géné¬rale ou 1 500 citations à apprendre par coeur. » (Libération, le 31 janvier 2012.)

Pourtant, on sait que les épreuves de langues étrangères sont en fait bien plus injustes que la culture générale : les meilleures notes vont bien souvent aux élèves aisés qui ont eu les moyens d'effectuer plusieurs séjours linguistiques. Modifier plutôt cette épreuve-là a même été l'option retenue dès 2010 par l'École centrale (Paris). Hervé Biausser, son directeur, expliquait ainsi, au lendemain de la Conférence annuelle des grandes écoles, que le concours se recentrerait sur « l'anglais courant », pour ne pénaliser personne (le Figaro, le 8 octobre 2010). Mais, si ces épreuves évaluent des aptitudes acquises en partie ailleurs qu'à l'école, on se demande si la bonne solution consiste vraiment à renoncer à les évaluer. Ne vaudrait-il pas mieux essayer de donner à tous les moyens de les acquérir?
«De quelque manière qu'on s'y prenne, indique Pierre François Moreau, professeur de philosophie et membre du jury à l'ENS de Lyon, même si les correcteurs font tout pour ne pas évaluer la culture familiale, c'est elle qui transparaît fatalement dans les notes en culture générale. Je vous dis, par exemple "La mélancolie." Si votre famille vous a emmené au cinéma, au théâtre, si vous avez lu depuis longtemps des livres qui échappent à la culture scolaire, vous serez mieux armé qu'un autre pour affronter ce sujet
Les uns se réjouissent de la fin d'un barrage social ; les autres, plus nombreux, hurlent à la dilapidation de la culture.
Pour atténuer cet effet, l'ENS-LSH a résolu de transformer en profondeur l'épreuve plutôt que de la supprimer. Adieu la culture générale, bonjour l'approche des sciences humaines. Ce qui change? L'épreuve est désormais sur programme : six ouvrages, renouvelables par tiers tous les trois ans. L'avantage est que cela contourne relativement la culture familiale en permettant aux lycéens de se mettre à niveau avec leurs propres lectures. Au moment de l'épreuve, le candidat devra proposer une lecture personnelle d'un passage avant d'entamer une discussion avec le jury. Seul l'avenir dira si cette nouvelle mouture atteint son objectif : permettre une évaluation générale d'une plus grande équité.
Une épreuve à renouveler
Une remarque s'impose toutefois : ce n'est pas parce que la culture est extraordinairement difficile à évaluer que l'on doit renoncer à la transmettre. Les deux logiques ne se recoupent pas. Le débat actuel est aussi une manière de refouler l'essentiel : la part incalculable des qualités humaines qui ne se laissent pas quantifier. Or, jusqu'à présent, l'épanouissement de celles-là était précisément le but de la culture générale. a Comment une femme ou un homme incapables de faire le lien entre les différentes dimensions - économique, culturelle, religieuse... - de la société pourraient-ils diriger une entreprise ou concevoir le développement d'un produit ? s'interroge un ancien professeur de classe préparatoire adulé par ses élèves. Précisément parce qu'il n'est pas relié à une discipline, ce type d'enseignement est indispensable : il ouvre les étudiants à des questions extérieures à leur domaine. Cela peut également leur permettre, au besoin, de se réorienter. a Demandez-leur ce qui est encore actif et utile, non pas un ou deux ans, mais dix ans après la sortie de l'école... La culture générale , poursuit-il. Au lieu de cantonner les étudiants dans des secteurs spécialisés ou techniques, institutionnels ou commerciaux, la culture générale a élargi les horizons de générations d'étudiants. Un atout précieux en cas d'échec.
La crise de légitimité que tra¬verse la culture générale participe pourtant d'une nécessité : il faut en renouveler les formes. Avec des professeurs exceptionnels, les cours de culture générale sont inoubliables mais il arrive aussi qu'ils versent dans le bavardage mondain.
Comment l'éviter ? Pour commencer, quoi qu'en disent les conservateurs de tout bord, il est indispensable d'en faire évoluer les contenus.
Il y a encore trente ans, explique Pierre-François Moreau, la culture générale désignait ce qui tournait autour de la littérature façon XIXe siècle, avec quelques autres manifestations considérées comme périphériques. Aujourd'hui, la base de la culture s'est élargie : elle implique un peu de sociologie, un peu de psychanalyse, un peu d'histoire de l'art, un peu de littérature, un peu d'anthropologie... ,
En supprimant son épreuve, Sciences-Po donne sans doute à la société un signe inquiétant, comme s'il ne valait plus la peine de développer le sens critique chez tout le monde. Mais on ne saurait en retour défendre aveuglément une épreuve en partie désuète, et qui, surtout, ne règle pas le seul problème qui vaille : comment faire en sorte qu'un socle culturel qui n'est pas commun au départ le devienne à l'arrivée? Entre les salons Belle Epoque et la Culture pour les nuls, il y a bien d'autres formes d'accès à la culture à défendre e à inventer. 

M.R. in Marianne 12 février 2012

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 12:00

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I. Définition de la dépendance affective (DA)

La DA est le fait de ne pas s'aimer, d'avoir une opinion négative de soi, et de faire dépendre l'amour de soi et le sens de sa valeur (estime de soi) de facteurs extérieurs (ex. autrui, biens matériels, travail, position sociale, pouvoir de séduction …).
Cette recherche extérieure représente une stratégie qui s'avérera vaine, pour plusieurs raisons : exigence, difficulté à recevoir, insatisfaction, choix de partenaire inadéquat…
En définitive, seule la personne DA est à même de satisfaire ses besoins, par un processus de reparentage.

II. Suis-je DA ?

On identifie le plus souvent la DA à travers la qualité de la relation amoureuse.
Le DA se retrouve souvent dans une relation où ses besoins affectifs ne sont pas satisfaits ; il en éprouve de la frustration, une souffrance, sans pour autant arriver à se détacher de son(sa) partenaire et à se décider à rompre, parce qu'il est " accro " émotionnellement ou à de rares moments de plaisir, ou parce qu'il s'en sent coupable.
Ce faisant, la personne répète une relation insatisfaisante de son enfance, donnant ainsi l'occasion aux besoins d'être reconnus et assumés, et de faire le deuil de son passé.
Un critère à prendre en compte : y a-t-il plus de moments de souffrance que de moments agréables ?

III. La DA

Il existe une souffrance chez la personne DA ; cette souffrance est à rattacher aux besoins affectifs non satisfaits (ex. besoin d'être aimé), à une estime négative de soi, à la honte et aux sentiments dépressifs.
Lorsque cette souffrance est consciente, le DA en attribue la cause au comportement de son(sa) partenaire.
En fait, il se pourrait que cette souffrance vienne de l'enfance, et que la situation actuelle ne fasse que reproduire et réactiver une situation et des blessures remontant à l'enfance.

Comment surmonter une rupture amoureuse?

Qui sont vos alliés lors d'une peine d'amour? Y a-t-il des choses à faire pour alléger la souffrance ou est-ce que le temps seul peut aider? Comment rendre la rupture moins difficile et tirer profit de cette expérience? Une meilleure compréhension du phénomène de la rupture vous permettra sans doute de mieux traverser cette épreuve. Ce document vise donc à décrire les types et les causes de la séparation ainsi que les étapes à franchir. De plus, quelques stratégies pour vous aider à remonter la pente seront proposées.

Les types de séparation
Trois types de rupture peuvent être distingués: être quitté, décider de quitter l'autre ou se quitter d'un commun accord. La détresse peut varier en fonction du type de rupture. Mais dans tous les cas, le deuil de la relation est inévitable. L'idéal est de se quitter d'un commun accord mais ce scénario est peu fréquent. Choisir de quitter quelqu'un peut s'avérer aussi perturbant que d'être quitté. Dans le premier cas, le processus de décision qui précède la séparation est parfois déchirant et rempli de culpabilité. Il peut néanmoins être suivi d'un sentiment de soulagement. Dans le second cas, la séparation survient brusquement et de façon inattendue. La personne délaissée se trouve donc déstabilisée.

Les causes de séparation: moments difficiles ou relations difficiles
Pour certains couples, des événements peuvent précipiter la séparation : déménagement, perte d'emploi, maladie, infidélité, problèmes personnels, etc. Pour d'autres, la séparation fait suite à une relation difficile ou insatisfaisante : mauvaise communication, peur de l'engagement, manque de plaisir à être ensemble, absence de soutien affectif, violence physique ou verbale, incapacité à surmonter une étape du développement conjugal ou personnel, etc. Que l'origine de l'impasse soit situationnelle ou sentimentale, la rupture devient alors pour certains couples la seule solution envisageable.

Les étapes à franchir
Selon Deits (1999), la détresse qui suit la rupture amoureuse ressemble étrangement à celle ressentie lors du processus de deuil. La personne peut traverser plusieurs étapes soit le choc, puis la dénégation et le retrait, suivi de la reconnaissance et la douleur, et conclure avec l'adaptation et le renouvellement. Bien entendu, plus la relation était significative, plus grand sera le deuil.

La compréhension de ces étapes vous aidera sans doute à surmonter cette rupture et à voir que vous n'êtes pas seul dans cette situation. Elle vous permettra aussi d'expliquer à vos proches ce que vous vivez. Ceux-ci pourront ainsi vous apporter un meilleur soutien. Rappelez-vous que ces étapes vous permettront de mieux vivre la séparation ou toute autre perte.

1. Le choc et l'engourdissement

« Je ne peux pas imaginer qu'elle m'ait quitté. C'est comme un mauvais rêve. » Durant les jours qui suivent la rupture, vous vous sentez abattu ou confus. Cette réaction vient d'un réflexe qui bloque tout le système émotionnel. C'est comme si la nature vous avait prémuni d'une sorte de coussin de protection contre le choc de la séparation.
C'est le moment d'avoir quelqu'un à vos côtés pour vous soutenir. De plus, évitez de prendre des décisions à long terme que vous pourriez regretter par la suite comme de changer de programme d'études, de déménager ou de changer d'emploi.
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2. La dénégation et le retrait

« Je sais qu'il va revenir. » « Ça ne se peut pas! Il va réaliser qu'il s'est trompé. »

Quand l'effet du choc se dissipe, vous n'êtes pas nécessairement prêt à affronter cette réalité. C'est normal, qui songe à la séparation lorsqu'il est encore amoureux! C'est pour cette raison que lorsque la rupture frappe, vous tentez de la nier. La colère envers la personne qui vous a laissé peut prendre toute la place. La dénégation se produit la plupart du temps de façon inconsciente. Mais il faut être attentif aux signes suivants : perte d'énergie, manque d'appétit, manque ou excès de sommeil, douleurs physiques, attente du retour du partenaire, colère, etc.

Parfois, un sentiment de honte peut vous envahir et vous aurez peut-être tendance à vous isoler pour ne pas montrer votre détresse. Pourtant, toutes ces réactions sont fréquentes et normales après une rupture. Il est possible que vous pensiez en avoir fini avec certaines réactions et qu'elles resurgissent des semaines ou des mois plus tard.

3. La reconnaissance et la douleur

« C'est difficile, j'ai encore mal, mais je crois bien que je vais m'en remettre. »

Cette période est souvent la plus longue et la plus pénible. La séparation est douloureuse car vous prenez conscience d'avoir perdu non seulement votre partenaire, mais aussi un mode de vie. Toutefois, la reconnaissance de cette perte est nécessaire pour retrouver votre équilibre. Il est important de prendre le temps nécessaire pour vivre cette période de tristesse. Vous aurez alors peut-être besoin de sentir la disponibilité de vos proches ou d'une aide extérieure comme un groupe d'entraide ou une aide professionnelle. Certaines personnes retournent vers leur ancien partenaire pour trouver du réconfort. Il est possible que des mises au point soient nécessaires pour bien comprendre la rupture, mais l'autre personne peut difficilement être à la fois la cause de la douleur et son antidote. C'est pourquoi il est peu recommandé de multiplier les rapports avec votre ex-partenaire pour faciliter la séparation.

4. L'adaptation et le renouvellement

« Ça va maintenant. Finalement, j'ai appris de cette expérience et je peux passer à autre chose. »

Quand vous passez des « pourquoi » (pourquoi elle m'a laissé?) aux « comment » (comment puis-je tirer profit de cette épreuve?), cela signifie que vous commencez à cicatriser vos blessures. Votre vie ne gravite plus uniquement autour de votre rupture amoureuse. C'est le moment idéal pour entreprendre de nouveaux projets comme faire un voyage ou suivre un cours et qui sait, peut-être s'engager dans une nouvelle relation amoureuse.
En sortant du deuil de la séparation, c'est votre façon d'être et vos habitudes qu'il vous faut changer pour pouvoir vivre de nouvelles expériences. Le défi s'avère alors d'accepter de partir à la recherche de nouvelles sources de satisfaction. Cela implique le risque de faire des erreurs et d'être de nouveau blessé ou déçu. Il est fréquent que des personnes, après une rupture, tentent d'éviter la souffrance en renonçant de vivre une nouvelle relation amoureuse ou en s'engageant dans une suite de relations. Une telle fermeture réduit bien sûr les risques d'être à nouveau déçu ou blessé, mais à long terme elle empêche de combler pleinement le besoin fondamental d'être aimé.

Comment y faire face?
L'entourage propose souvent plusieurs façons de réagir à une séparation :
« Essaie de te distraire. »
« Concentre-toi sur tes études. »
« Passe à autre chose. »
« Trouve quelqu'un pour te consoler. »
« Rends-le jaloux.»
« Avec le temps, ça va passer. »

Malheureusement, ces conseils ne suffisent pas toujours à soulager toute votre souffrance. Voici quelques moyens qui peuvent vous aider à mieux vivre chaque étape de la séparation.

Rencontrez de nouvelles personnes qui sont passées par les mêmes étapes que vous!
Vous trouverez sur ce site des milliers de personnes ayant connu un ou plusieurs échecs sentimentaux et qui sont près à vous écouter et à partager leurs expériences. Inscrivez-vous simplement à notre module de "Rencontre-échange" en cliquant ici. Profitez de notre "Bienvenue" et économisez jusqu'à 20 Euros sur votre accès!

Ne retenez pas vos larmes.
Pleurer ne signifie pas que vous ne vous en sortirez jamais. Cela démontre plutôt que vous réalisez votre perte. Assurez-vous toutefois d'exprimer votre peine avec des gens en qui vous avez confiance. Enfin, sachez que l'intensité de vos symptômes de sevrage n'est pas nécessairement une preuve de la force ou de l'ampleur de l'amour que vous portiez à la personne.

Mettez par écrit toutes les émotions que vous avez pour votre ancien partenaire.
Ceci permet d'exprimer votre agressivité ou votre peine en plus de constater votre progression.

Faites le bilan (pour /contre) de votre relation.
Reconnaissez votre part de responsabilité ainsi que celle de votre partenaire. Ceci vous permettra d'envisager différemment votre prochaine relation sans répéter, si possible, les mêmes erreurs. Vous pouvez constater, par exemple, qu'une dynamique de vos relations et de vos ruptures se répète. Si c'est le cas et si vous êtes insatisfait de cette dynamique, c'est l'occasion de faire le point et d'amorcer des changements. Au delà du blâme de l'autre et de l'apitoiement sur son sort, vous êtes le dénominateur commun de l'ensemble de vos relations!


Identifiez votre style amoureux.
Qu'est-ce qui caractérise le choix de vos partenaires et des relations que vous établissez avec eux? Est-ce l'attraction physique? Le plaisir partagé avec l'autre? L'affection et la tendresse qui se développent progressivement? La bonne entente? L'intensité de la passion? Les intérêts communs? L'exclusivité dans l'engagement? Le don de soi?... ou une combinaison de toutes ces caractéristiques? En connaissant mieux vos goûts et votre style amoureux, vous éviterez de vous faire de faux espoirs et vous ferez un choix plus éclairé. Nous vous invitons à lire le texte Tomber en amour et le rester afin d'en connaître davantage sur les styles d'attachement amoureux.

Soyez patient envers vous et votre entourage.
Il se peut que les membres de votre entourage souhaitent vous voir aller mieux beaucoup plus rapidement que vous ne le pouvez. Ils ignorent souvent quoi dire. Certains iront même jusqu'à vous éviter au moment où vous avez le plus besoin d'eux. Peut-être vous sentez-vous incapable de demander de l'aide et espérez que les autres fassent l'effort à votre place. Les conflits de ce genre sont regrettables mais courants. En le sachant, vous montrerez plus de patience à votre égard et envers les autres. Vous pouvez aussi exprimer clairement vos attentes envers vos amis : « Je voudrais juste que tu m'écoutes un peu», « Je sais que je ne suis pas d'agréable compagnie ces temps-ci, mais j'aurais seulement besoin de sentir votre présence ».

Soyez prudent en ce qui concerne les autres façons de gérer votre douleur.
Vous pourrez être tenté de soulager rapidement votre souffrance dans l'alcool, la drogue ou dans une nouvelle relation amoureuse. Ces moyens ne font que retarder votre guérison en évitant de vivre pleinement le deuil de la séparation.

Sachez vous entourer tout en respectant les périodes où vous préférez être seul.
Après une rupture, vous pouvez craindre la solitude et tenter de l'éviter le plus possible. Vous remarquerez pourtant, surtout après l'étape de la reconnaissance de la douleur, qu'il est plaisant de faire des activités seul et même de tolérer le silence. Vous êtes plus qu'une personne délaissée! Il y a plusieurs aspects intéressants à votre personnalité dont certains étaient peut-être mis de côté durant la relation.

Consultez au besoin un professionnel de la santé ou un intervenant de la santé mentale.
Faites-le surtout si les symptômes physiques comme la perte d'appétit ou l'insomnie persistent et si votre humeur ou votre état général ne cesse de se détériorer, même après plusieurs semaines. Cette aide complète souvent le soutien déjà apportée par votre entourage.

Conclusion
Face à une rupture amoureuse, chaque personne réagit à sa façon. L'anxiété et les symptômes de dépression en font souvent partie. Il est possible aussi que votre rupture se passe bien et simplement. Que le chemin de la guérison soit long et tortueux ou bref, il comporte ses hauts et ses bas. Ceux qui sont passés par là savent que lentement mais sûrement le nombre de bonnes journées finit par surpasser celui des mauvaises. Vous trouverez vos points de repère et en établirez de nouveaux. Ainsi, ce que vous considérez présentement comme un échec se transformera peu à peu en une expérience enrichissante. Malgré la perte, le seul fait de traverser cette épreuve peut constituer une satisfaction. Par ailleurs, la rupture amoureuse est l'une des seules expériences que nous sommes presque tous appelés à vivre.

http://www.nouvellechance.fr/docs/

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16 janvier 2012 1 16 /01 /janvier /2012 12:50

Service Public par Guillaume ERNER  (France Inter 16 janvier 2012)
"Gérer ses ex" (Editions Jouvence - 2011)d' Yves Alexandre THALMANN (Psychologue)Thalmann-Gerer-ses-ex.jpg
"Contributon à la théorie du baiser" et "De la supériorité des femmes" ,"L'Orfelin" (Editions Flammarion)  Alexandre LACROIX directeur de Philosophie magazine
Pour Alexandre Lacroix, il y a un philosophe qui a donné sa dignité à la question des Ex et évidemment ce philosophe c'est Kierkegaard dans son "Journal du séducteur" au XIXè où il raconte un événement terrible c'ets la rupture de ses fiançailles motivée par un immense élan romantique, c'est à dire par l'impossibilité d'atteindre ce que lui appelle le stade éthique de l'existence, grosso modo devenir père de famille , accepter l'amour conjugal,les petit déjeuners en tête à tête etc..et rester au stade esthétique de l'existence dans le don juanisme, la séduction, l'art, l'écriture.
Aujourd'hui, avec le fait que les vies amoureuses soient découpées,ce qui est bien est qu'on peut jongler, on peut passer du stade esthétique au stade éthique puis stade esthétique, et retour au stade éthique... Alors que chez Kierkekaard il n'y avait qu'un sens,un seul déroulé possible et lui a refusé de faire le saut de l'esthétique....
G.Erner : Alors c'est une mauvaise publicité pour la rupture car Kierkegaard incarne la côté noir de l'existence, c'est lui qui a inspiré les existentialistes et qui n'est pas véritablement symbole de légèreté, est-ce que  ça signifie nécessairement qu'il y a un côté tragique dans notre rapport avec nos ex ?
A.Lacroix : Une bonne publicité pour la rupture, j'irais la chercher chez Stendhal,qui dit dans son Traité de l'amour:" Voyez peu la femme aimée,(en parlant d'une ex) et buvez du champagne en bonne compagnie".
Faisons l'exégèse de cette phrase : de deux choses l'une soit vous ne l'aimez plus,et boire de champagne c'est ce qu'il y a de mieux à faire.Mais en imaginant que vous l'aimiez encore,et qu'elle ait un rival, c'est aussi la meilleure chose à faire, parce que vous allez raviver l'ardeur de votre rival,si vous protestez, si vous essayez de la récupérer, et elle même se sentira flattée, se sentira coquette, se sentira aimée par deux hommes en même temps,si vous tentez de la récupérer. Donc la meilleure stratégie même si vous l'aimez encore,c'est de la voir très peu, de ne pas protester,de ne pas tenter de la récupérer,et de boire du champagne en bonne compagnie pour que ça lui revienne aux oreilles, et que cela pique sa jalousie.
Votre exemple de Stendhal est celui d'un homme qui n'a pas été très heureux en amour,et on pourrait même dire que l'amour a été le grand drame de son existence.
A.Lacroix : Des homme malheureux comme ça, on serait assez nombreux a vouloir prendre sa place entre France et Italie...
G.Erner : Yves Alexandre Thalmann vous avez une vision plus pragmatique et plus déniaisée par rapport aux Ex; vous savez que l'on peut être amoureux en amour sans vivre ces drames qu'ont vécu Kierkegaard et Stendhal ?
Thalmann: Heureux dans les ruptures peut-être ?  
 J'ai découvert un cycle de l'amour théorisée par un certain Mark Knapp qui nous dit que l'amour se déroule en dix étapes en suivant la progression de tout ce qui est vivant à savoir, une naissance, une croissance, un apogée,une décroissance et une mort. Et c'est ça qu'on a tendance à oublier, on vit dans une culture romantique qui répugne à nous faire voir la fin du parcours,et sans vouloir être trop pessimiste, mais de toute façon il y aura une fin par ce que rien n'est éternel.
G.Erner: Votre livre jette le romantisme aux orties puisque vous dites qu'il y a dans la vie d'un couple, une phase qui s'appelle "la défusion"
Thalmann: Au début d'une relation amoureuse, il y a une passion,qui nous amène à fusionner avec l'autre,à ne vivre que à travers l'autre et pour lui,on sait aussi qu'il y a la neuro biochimie et que le cerveau fonctionne lorsqu'il est sous le coup de la passion,mais que ça ne peut pas durer et qu'il y a  forcément un moment où on revient à de la distance,à savoir qu'on n'aime pas moins l'autre mais qu'on l'aime différemment. On n'est plus dans le Nous, on est dans le Je, dans le Tu et dans le Nous , c'est un peu différent.
La phase de stagnation montre qu'on est entre deux,les émotions fortes on laissé place à quelque chose de plus tiède,mais dans le bon sens du terme, mais par rapport à la passion cela crée quelque chose de moindre intensité.
A.Lacroix: Je suis en désaccord avec tous les points mais surtout avec le vocabulaire: "Gérer ses Ex": je ne crois pas qu'on gère des êtres humains,même quand on a la notice de fonctionnement et le cycle du produit sous les yeux, et d'autre part je ne crois pas qu'il faille utiliser forcément le terme d'"Ex".Lacroix_s.jpg C'est un terme pernicieux qui ne permet pas de consommer la rupture,or, il est important de nommer de nouveau par leurs prénoms,les personnes avec qui on a été lié par l'amour,et ne pas les appeler EX qui est aussi narcissique que pervers...
Thalmann: C'est un titre marketing, le titre que je voulais donner était plutôt "rester ami ou pas ?" à savoir ce sont des relations qui tout d'un coup changent de statut, et puis très souvent les personnes restent désemparées,et ils ne savent pas comment rester ou pas avec ces personnes.


De-la-rupture.gif G.Erner : Rester ami comment ? Il y a différents types d'amis. 
Thalmann: rester ami, il y a plusieurs stratégies de la relation c'est devenir ami le cas échéant, non pas "on reste ami" car c'est un alibi pour combler le vide,je ne suis plus amoureux ou elle n'est plus amoureuse de moi, mais le vide me fait trop peur.Par contre on fait notre rupture, on fait notre deuil,et puis après on crée une nouvelle relation,le cas échéant parce qu'on a des points communs,alors là ça peut donner quelque chose d'intéressant.
A.Lacroix : La question de l'amitié et de l'amour est une question importante. je suis très pessimiste quant aux tranformations possibles de l'amour en amitié mais néanmoins on n'est plus à étudier le cycle d'un produit ou à s'imaginer que tous les êtres humains suivent un parcours sentimental selon les mêmes schémas.        
Thalmann : Ce n'est plus de l'amour mais pas de l'amitié, on navigue entre plusieurs eaux.Ni passion, ni amour, ni ami-ami.
G.Erner : Une relation d'amour dépassionnée n'est-ce pas philosophiquement désespérant ?
Alexandre Lacroix : Oui car c'est un travers de notre temps du consommateur contemporain que nous sommes tous,que de vouloir gagner sur tous les plans,d'être à la fois bourgeois et bohème. Ainsi j'avais été effrayé d'apprendre que l'écrivain préféré de Jacques Chirac était Jack Kerouac,donc à la fois Président de la République et Beatnik, on veut tout mais à force de vouloir tout on est nulle part...où est le centre de gravité où est la relation princepse et le chanteur préféré de Baladur est Thomas Dutronc.
 N'y a t-il pas un scandale métaphysique dans l'idée que l'amour soit condamné à mourir un jour dans les contrats prénupciaux qui ont déjà prévu et anticipé la fin d'une union ?
A.Lacroix : L'amour n'est pas là pour toujours, dans l'amour on fait l'expérience d'un déchirement dans le temps,de l'impossibilité d'épouser totalement le présent,d'être soi dans le présent, ça s'appelle simplement la Condition humaine.
Freud disait que "le dépressif est celui regarde la réalité telle qu'elle est" alors gérer ses Ex c'est être un peu dépressif en amour ?
Thalmann : A nouveau je rejoins l'aspect pragmatique de cette situation: si je sais qu'une relation amoureuse n'est pas éternelle,à mon avis, ça lui donne plus d'intensité, elle devient plus précieuse.C'est comme un enfant quand on se rend compte à quelle vitesse il grandit,plutôt que de se chamailler sur des choses qui ne vont pas,on peut apprécier plus de moments que l'on passe avec l'Autre, sachant que ça ne va pas durer et que le bébé que l'on tient dans nos bras,le lendemain ils sera déjà à l'école, et le surlendemain il va partir avec quelqu'un pour faire sa propre vie.
Mes clients n'arrivent pas trop à se dépatouiller avec cette souffrance à savoir que ce sont des personnes qui ont subi une rupture,et qui aimeraient savoir comment prendre de la distance,et atténuer la souffrance.             
Chacun d'entre nous a en moyenne six "Ex", ce qui est une situation inédite dans l'histoire de l'Humanité car qui dit ex dit vie amoureuse,en plusieurs épisodes, privilège jadis réservé aux veuves et aux veufs,je ne parle pas des amours adultères, ça me dégoûte.   
"Un seul être vous manque et vous vous retrouvez seul à payer toutes les factures"
"Coucher avec une ex c'est un peu chanter une chanson que tu connais par coeur: tu connais la musique par coeur, les paroles par coeur,le rythme, les arrangements"  

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