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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 20:59

Il est né le divin Rousseau 4/4 : les rêveries du promeneur solitaire
C'est en 1778 quelques mois avant sa mort que Rousseau écrit sa 10è promenade celle qui inachève pour l'éternité un des plus beaux textes philosophiques de la langue française.
Après avoir passé sa vie à s'indigner s'attirer les foudres du pouvoir et se fâcher avec ses amis, avoir vu jeter ses livres au feu et des pierres sur sa maison,Rousseau attend l'automne et se met à rêver en marchant. L'automne n'est pas seulement celui de la nature où il se promène et compose ses premières promenades,c'est aussi celui de son âme, lui qui sent la vivacité de son imagination s'éteindre au moment où il réalise, que les vieillards tiennent plus à la vie que les enfants.
Et pourtant cet automne, la saison du temps qui passe sans l'insolence du printemps, va lui permettre de trouver,cet état entre la veille et le sommeil, ce tout petit point si ténu, si précis mais qui lui seul lorsqu'il parvient à coïncider avec lui nous ouvre les portes du pur sentiment de l'existence.Atteindre l'existence en son coeur, la dépouiller de toute affection,se glisser sous sa peau comme on entre dans un bain chaud, Rousseau y parvient dans et par la rêverie, la plus douce des guerre qui nous éloigne contre la réalité. ne plus agiter mais effleurer,ne pas s'immobiliser mais se reposer,dépasser les contradictions,ne plus courir ou mourir mais jouir du simple fait d'exister.
Aujourd'hui c'est au tour de Jean François Perrin professeur de littérature française à l'Université de Grenoble III de s'installer dans la barque aux côtés de Rousseau au milieu du lac de Bienne.

JF-Perrin.jpg
NB: Transcription de l'Emission Les Nouveaux Chemins de la Connaissance ( France Culture Janvier 2012 ) par Patrick Chevrel.

http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-il-est-ne-le-devin-rousseau-44-les-reveries-du-prom

Lecture:par Georges Claisse  "Me voici donc seul sur la terre n'ayant plus de frères... (Ière Promenade )
Adèle: C'est un Rousseau perdu, en détresse même qui s'adresse au lecteur, on n'est pas très loin du ton des Confessions à ce moment là.
JF.Perrin: Oui du ton de la deuxième partie des Confessions,dans ce début et dans un certain nombre de passages des Rêveries et c'est bien d'y insister car c'est un texte où il poursuit une réflexion,sur ce que j'appelerai l'Etat de l'opinion à son époque,une analyse qui est à la fois très personnelle et théoriquement très informée,par sa propre conception de ce qu'est l'opinion publique. Donc effectivement les Rêveries portent encore la trace d'une préoccupation qui était centrale dans un texte antérieur qui s'intitule "Rousseau juge de Jean Jacques" qu'il a écrit entre 1772 et 1776, un texte où il aborde frontalement la question de ce que pensent les autres,et de la logique qui articule leur opinion le concernant mais aussi les concernant eux mêmes.C'est un texte dont les Rêveries sont à la fois proches,et éloignées: proches parce qu'on retrouve des argumentaires dans les Rêveries de la même eau et du même style,que les argumentaires du Dialogue,particulièrement en ce qui concerne les rapports imaginaires des sujets à leur réalité, qu'il s'agisse de lui même . Qu'est-ce que c'est que JJ c'est le nom qu'il se donne dans les dialogues (Jean Jacques) qu'est-ce que c'est que Jean Jacques pour les autres,  est-ce que Jean Jacques est absolument juste sur lui même,au point où il se trouve de sa vie, est-ce qu'il ne s'est pas trompé à telle ou telle occasion sur telle ou telle question, est-ce que sa théorie de l'homme tient encore le coupet sur quels points est-ce qu'elle est fragile. On a des choses comme celles la, et puis comment fonctionne l'opinion ? que disent les gens ? comment ça marche ?
Adèle: Alors , il est intéressant que vous fassiez référence à l'opinion, et maintenant vous parlez de ce texte où il dit être le plus détaché possible de l'extérieur,il veut se détourner de l'extérieur pour se plonger en lui même, même s'il dit qu'il ne comprend pas où il est ni ce qu'il est,mais il y a cette volonté de détachement,de retrait vis à vis du monde dont il a souffert il y a encore peu de temps,et alors que vous en appelez à l'opinion, on a l'impression que du coup il ne peut pas se défaire véritablement de ce monde là, et que toute quête de lui même est quête de l'identité , quel est ce Moi , quel est ce JE ne peut pas se défaire totalement d'une réflexion sur ce que les autres pensent de lui.?
JF.Perrin: Bien sûr, non seulement ce que les autres pensent de lui mais ce qu'ils pensent d'eux mêmes et de la mystification dans laquelle ils sont pris. Je reviens sur sa réflexion sur l'opinion parce qu'elle conditionne un peu la façon dont on voit ses derniers textes, y compris d'ailleurs les Confessions. Rousseau pense à une époque où l'opinion publique est en train de se former,c'ets ce qu'a montré Habermas en tant que telle; elle est en train de se structurer et de devenir un acteur politique,avec laquelle toutes les puisances sont obligées de compter et notamment les écrivains des Lumières,qui se sont longtemps imaginé pourvoir l'orienter à leur guise.Or ce dont ils se rendent compte c'est qu'elle a ses lois, son fonctionnement propre. Donc Rousseau est un penseur de cela et le Contrat Social ne parle également de cet aspect des choses et donc c'ets indissoluble chez lui puisque la lecture qu'il fait de lui même implique l'idée que les autres se font de lui et se feront de sa pensée dans les temsp ultérieurs et c'est vraiment ça qui lui importe lorsqu'il écrit les Confessions. Il y a une méconnaissance de son projet dans la lecture autobiographique stricto sensu,et les Confessions, c'est une forme de vie des hommes illustres menée selon la pensée de Rousseau selon sa théorie de l'homme et c'est donc une analyse qui est chargée de prendre en charge le récit de sa vie,afin de porter sa pensée, telle qu'il veut qu'elle soit portée,devant les générations futures.Alors les textes comme les Dialogues et les Rêveries,héritent de cette problématique la. La différence avec les Dialogues, c'est que les Rêveries,rompent avec le projet de convaincre et de persuader, bien sûr cela fait des années qu'il essaye de convaincre et de persuader, mais les Rêveries ont à peu près, y compris dans leur écriture avec cet entrainement la,pour autre chose qui est dans le fil de ce que Pétrarque appelle "la vie solitaire", de ce que les chrétiens appellent "la vie contemplative" et pour la promenade solitaire, il le dit dans les Confessions, toute sa jeunesse il s'est promené en se faisant des romans dans sa tête,et il n'a jamais vraiment cessé,et c'est dans la promenade et dans la marche qu'il pense et même qu'il écrit dans son cerveau dit-il parce que c'est là que ca se passe beaucoup plus qu'à un écritoire.Donc il y a une grande continuité dans ce titre  "Rêveries du promeneur solitaire " qui est nouveau par rapport à ce qu'on peut trouver sur le marché. ce ne sera pas un livre publié de son vivant, il n'y tenait pas du tout,mais il y a une grande continuité de prendre et sa vie et la pensée et du coup c'est effectivement un texte philosophique qui questionne. Quand on lit les Rêveries, on se rend très vite compte que c'est un texte que Rousseau n'a cessé de méditer toute sa vie, ça on le savait, de méditer d'une façon qu'on ignore un peu aujourd'hui, c'est tout un entrainement la méditation.
Adèle: Et pourtant vous employez ce terme de Méditation, c'est intéressant pour comparer les Rêveries de Rousseau aux "Méditations métaphysiques" de Descartes. Puisque les Rêveries se composent de dix promenades qui sont autant de moments, de temps concetuels d'ailleurs qui s'intéressent chaque fois à un aspect de la vie et du monde,tout comme les Méditations de Descartes qui elles,procèdent par ordre méthodique, mais,qui interrogent dans chacunes d'entre elles, un aspect particulier du monde et du savoir. On a dans la 1ère promenade l'expérience du doute universel,qui va inciter le sujet à renoncer au monde et à ne se fier qu'à lui même,c'est ce que fait Descartes dans la 1ère Méditation où il parle des choses que l'on peut révoquer; on a ensuite dans la 2ème promenade, la découverte d'une sorte d'immédiateté du sujet, de subjectivité transcendentale,alors que dans la 2è Méditation Descartes s'intéresse à l'esprit humain, à la nature de l'esprit humain, il montre que l'esprit est plus aisé à connaître que le corps,et le parallèlme peut continuer ainsi avec d'un côté,avec les méditationsde descartes qui sont beaucoup plus méthodiques et raisonnées,et celles de Rousseau qui prennent la forme de Rêveries.La, il faut s'arrêter sur le terme de Rêverie car de la méditation à la rêverie, Rousseau dit que ces méditations se ponctuent et se concluent par des rêveries, ou que inversement ce sont les rêveries qui engendrent les méditations,mais il y a ce parti pris clairement assumé et explicite chez Rousseau de ne pas proposer une méthode,de ne pas faire système, mais de se mettre lui même dans cet état de son corps et de son esprit qui lui permet d'avoir un certain rapport au monde, qu'il efface ce rapport au monde de toute forme écran et d'obstacle, et qui lui interdise de saisir l'existence en tant que telle,pour toucher ce qu'il appelle le sentiment d'exister. Il y a un texte qui est fondamental pour expliquer cela, la façon dont  la rêverie lui révèle l'existence c'ets au sein de la Vè Promenade.
Lecture Vè Promenade lue par Georges Claisse: "Quand le soir approchait je descendait des cimes de l'île et je .....
Adèle: Ce texte est à la fois philosophique, poétique et musical.On a ici une poésie en prose qui semble jouer avec les termes, avec les mots avec les rythmes,avec ce flux et ce reflux de l'eau du lac dont Rousseau parle,qui lui apporte ce mouvement nécessaire pour que son esprit ne tombe pas en sommeil et soit juste maintenu dans le mouvement pour pouvoir entretenir cet état de rêverie et on se demande, ce qu'il annonce à la fin du texte, cet état simple et permanent et non pas ce bonheur fugitif,comme une substance qu'il arrive à déceler, est-ce que ce n'est pas la vérité que Rousseau a passé sa vie à chercher ?
JF.Perrin: C'est un des textes fameux de Rousseau,qui a été paraphrasé par Maine de Biran pour réfélechir à ses propres états intérieurs,et qui est à la fois un texte extrêmement ancien et qui est toujours ouvert pour nous aujourd"hui. Ancien parce qu'il y a un ancrage chrétien auquel on n'est pas toujours sensible , lorsque Rousseau dit dans la 1ère promenade qu'il est seul sur la terre qu'il est le dernier homme etc..il ne fait que paraphraser les Psaumes,ou le Livre de Job. ce qui nous frappe aujourd'hui dans l'attaque de la 1ère Promenade,frappait sans doute beaucoup moins des oreilles qui avaient l'habitude de cette culture la et dont Rousseau était imprégné jusqu'à la moêlle depuis son enfance. De la même façon, c'est quelqu'un qui était lié à Mme de Warens qui est à la fois issue de la culture piétiste,c'est à dire une mystique du coeur répandue dans les pays de langue allemande,et qui est une catholique convertie comme il le sera lui même pendant un bon nombre d'années. C'est quelqu'un qui dit qu'aux Charmettes avec Mme de Warens, il s'est fixé et il était dévôt à la façon de Fénelon,c'est quelqu'un qui connaît bien la littérature contemplative et qui parle de contemplation, de méditation,qui parle d'élancement du coeur,qui parle de prières muettes,et qui donc fait passer dans la langue d'un moderne, des Lumières, car il est un homme des Lumières,tout un courant qui est encore bien vivant car il ne faut pas oublier que le XVIIIè sièce au moins jusqu'aux années 1750 est encore dans la Contre Réforme,et que Rousseau a une culture religieuse profonde donc,c'est un texte très ancien, on pourrait remonter à "la vie solitaire" de Pétrarque, qui dit des choses très proches de ce que c'ets que la contemplation,et l'absorbtion en soi pour y trouver quoi ? Pour y trouver le fond de l'âme(le terme apparaît un peu plus loin dansla Vè promenade) l'oublidu temps, cet endroit où l'on ne sait plus si on est dans le temps ou dans l'éternité,quelque chose se suspend "le fonds de l'âme ou les puissances de l'âme se suspendent", plus de pensées, l'imagination s'en va,et essaie paradoxalement dit-il, pour qui le lira et pour lui aussi, c'est là une expérience durable du bonheur,qui peut être touché,puisqu'elle peut être remémorée, alors que des expériences plus intenses dit-il , dans son existence, et aussi au début de la IXè Promenade,ne l'ont pas plus marqué que cela.Donc, ce qui l'a nourri, ce qu'il pense emporter avec lui après la mort,(car c'est bien ce sens la aussi, c'est un texte écrit au bord de la mort),c'est à dire le fond de l'âme et l'état de bonheur qu'on y trouve et qui est le bonheur de la vie contemplative.
On parle souvent de la modernité de Rousseau,et bien voilà, lire les Rêveries, c'est aussi une façon,pour quiconque le veut, et il le dit un peu plus loin,c'est difficile parce qu'on n'a pas le temps, parce qu'on travaille,parce qu'on n'a jamais le temps,parce qu'il faut produire, mais en réalité dit-il, qui veut s'y adonner, où que ce soit,y compris en prison et c'ets le bienfait qu'il tire dans ces situations,sur l'Ile Saint pierre, puisque c'est sur l'Ile St Pierre l'année de son exil en Suisse qu'il fait référence,année particulièrement pénible pour lui,qu'il est bani, qu'il a trouvé ou q'il a retrouvé le grand secret de la vie contemplative,et du bonheur des contemplatifs qui ne s'embarrassent de rien d'autre que d'entrer en contact avec le fond de l'âme, et de ce point de vue la,le lac, son flux et son reflux,évoqué dans son caractère ondulatoire par Martin Rueff,peut-être assimilé à la pensée de Rousseau et à son écriture. Il y a un expérience  ondulatoire de la vie intérieure qui vient se mirer dans cette image de l'âme qu'est le lac. Alors ce qu'il y a de particulier par rapport à  ce qu'on peut lire  chez François de Sales, chez Fénelon ou chez Maître Eckart (dans son dernier ouvrage sur Rousseau),est que Rousseau reste très proche de la culture des Lumières et en particulier de Diderot, mais de l'autre côté,avec le même langage, là où les contemplatifs parlent de Dieu, Rousseau qui est croyant et croit effectivement en Dieu autant qu'il le peut parle de jouissance du sentiment de l'existence,d'ancrage dans une réalité terrestre, parle des sensations qui ne doivent être ni trop fortes ni trop faibles,ni dans l'activité ni dans la létargie,donc il laïcise une expérience contemplative en la sortant de l'univers proprement religieux,pour la rendre accessible à qui voudra bien s'y exercer quelles que soient ses postures sur le plan religieux.
Adèle: Vous présentez la méthode de Rousseau avec ses similitudes avec des aspects mystiques et religieux et de l'autre avec les philosophes de Lumières, pour autant, le terme de Rêverie l'explique bien, l'expérience que fait Rousseau,à la base, est une expérience qui le suprend lui même, il le dit, il ne met pas en oeuvre une façon de penser qui viendraient justifier en retour les principes qu'il a énoncés auparavant,pour une fois, cette expérience lui vient presque contre son gré et là je renvoie à la IIè promenade avec l'expérience de son accident où il se fait renverser par un chien énorme, ce qui le propulse à terre le visage en sang, la mâchoire fracassée,et là il regarde le ciel et il fait cette expérience d'une fome d'abstraction de soi, il se rend compte que pour la première fois il atteint un état d'inconscience qui le dépossède de son individualité même,et il constate le plaisir, la plénitude qu'il ressent à être dans cet état là, de mi-veille qui ressemble à celui des rêveries. Cette experience comme celle du lac de Bienne avec le reflux du lac, n'est pas dictée par la pensée de Rousseau lui même, c'est d'abord de manière contingente, qu'il  a pu s'y rendre réceptif.                                               

JF.Perrin: Je trouve qu'il est tout à fait pertinent de rapprocher les suites de l'acccident de Ménilmontant et l'accès au sentiment de l'existence qui en procède.Il y a une suprise d'exister au monde dans l'oubli de soi qui est le coeur de son témoignage,derrière, il faut aussi dire qu'il y a Montaigne et la chute de cheval; Montaigne raconte quelque chose d'à peu près semblable dans les Essais,et Rousseaui connaîtr très bien ce texte et donc,comme toujours chez lui aucune expérience n'est indépendante de tout un contexte littéraire dans lequel il a baigné,et surtout pour répondre à ce que vous venez de dire, il y a un entrainement à la contemplation qui ne s'improvise pas et ,dont il fixe la date à l'époque des Charmettes, ses années de formation avec Mme de Warens,qu'il présente à la fin du livre comme les années les plus heureuses: il dit que "son âme errante, divagante,de jeune picaro,a été fixée par miracle dans une assiette qu'elle n'a depuis plus jamais quittée" et ce grâce à cette femme dont il est tombé amoureux mais qu'il appelait maman par ailleurs,qui a joué un rôle déterminant dans on destin. Ceci n'aurait pas pu advenir mais c'est arrivé et toute la IIIè promenade  est consacrée à son rapport à la foi ( Vous parliez du Président Bouhier et de son ouvrage sur les méditations métaphysiques de JJ Rouseau) Il dit qu'il n'a jamais cessé de douter jusqu'à la fin de ses jours et jusqu'à l'heure présente, pourquoi parce que les arguments matérialistes qu'il connaît par coeur se présentent sous une nouvelle forme, et ont le don de l'inquiéter mais à l'époque de sa retraite à quelques lieues de Paris à l'Ermitage chez Mme d'Epinay,cette époque là a été celle où il a eu du courage parce qu'il a osé enfin affronter la question de l'existence de Dieu et des fondements rationnels de la foi dans toutes les dimensions qui lui étaient possibles. Rousseau  est très proche de Diderot à la fois par l'amitié et par le niveau interllectuel par lequel ils fonctionnent tous les deux et en même temps il est sur des positions antinomiques, donc Rousseau est celui qui parmi les Lumières,connaît le mieux les positions les plus radicales des Lumières - athées et matérialistes - Diderot dit que la matière sent et Rousseau lui de son côté qui connaît très bien ses arguments,pense qu'il faut raisonner en termes dualistes, qu'il faut penser qu'il y a une âme,et qu'il faut penser qu'il y a un corps, mais en même temps,qu'il y a une substance pensante et une substance étendue, ça c'est sa position et qu'en même temps que la position de la sensation est absolument centrale.Dans son expérience personnelle,et à tous les plans, y compris,sur le plan théorique. Comment penser la sensation quand on est un héritier de Descartes ?
C'est là qu'il est intéressant parce qu'on peut le rapprocher de la pensée religieuse ou de la pensée mystique mais en même temps, il est en dialogue dans les Vè Promenade des Rêveries avec l'article délicieux de l'Encyclopédie écrit bien avant où Diderot emploie presque les mêmes termes,concernant l'échappée du temps,le sentiment d'éternité, la douceur des sentiments de l'existence, presque imperceptibles. Il connaît très bien ce texte et joue avec. C'est donc quelqu'un qui est en permanence en dialogue avec ce sentiment du bonheur tel qu'il est travaillé par ses contemporains et en particuilier avec ses amis philosophes.                     .            
Adèle;: Rousseau opère une dissociation assez fantasmatique voisine de la distinction heideggerienne entre être et étant lorsqu'il oppose dans un passage célèbre de la Vè Promenade des Rêveries du Promeneur Solitaire le sentiment de la pure existence et le plaisir particulier qui l'accompagne aux autres et vains plaisirs de la vie. La jubilation de la simple existence est ainsi et aussitôt disqualifiée par le désaveu de chacune des choses qui pour effectivement exister et donner par conséquent lieu à ce que Rousseau appelle des impressions sensuelles et terrestres,en dissiperaient inmanquablement le charme.
"Le sentiment de l'existence dépouillé de toute autre affection est par lui même un sentiment précieux de contentement et de paix,qui suffirait seul pour rendre cette existence chère et douce,à qui saurait écarter de soi toutes les impressions sensuelles et terrestres qui viennent sans cesse nous en troubler ici bas la douceur" écrit Rousseau. En sorte que la perception de l'existence se confond avec la faculté de ne plus percevoir aucune chose existante, comme le charme de la réalité,se confond avec son éventielle capacité à disparaître définitivement de la scène. La réalité n'est en somme tolérable que dans la mesure où elle réussit à se faire oublier". Clément Rosset  les principes de sagesse et de folie.
Adèle: Lorque Rosset pointe la différence entre les plaisirs d'exister et les plaisirs de l'existence, il me semble que ce texte là permet bien de saisir le mouvement de Rousseau qui est à la fois un mouvement de distance vis à vis du monde, et de ressaisir, plus pleine et intense de ce qu'il juge essentiel à savoir l'existence à l'état pur. Cette hiérarchie la, entre le plaisir purement sensuel, terrestre dit-il, et le plaisir d'exister permet de penser peut-être à cette spécificité de cet état qu'est la Rêverie.
JF.Perrin: Je n'ai pas le sentiment que Rousseau soit nécessairement le principal interloculteur philosophique de Rosset qui cherche essentiellement l'expérience de la joie et du réel sans double. Même si, habilement Rosset tire à lui l'expérience du sentiment de l'existence selon Rousseau. cette thématique de l'expérience du sentiment de l'existence traverse toutes les Lumières, elle n'est pas propre à Rousseau,la justification de l'être au monde,c'est précisément l'intensité plus ou moins grande de sentir dont on est capable,que ce soit dans l'actualité du moment présent,là on est du côté spinoziste de la question et donc de Rosset, que ce soit en terme d'imagination et de mémoire,car sentir c'est aussi anticiper et se remémorer.
Dans l'horizon de la question matérialiste, la question du sentiment de l'existence est cruciale,comme la question de la sensibilité parce que hors de cette expérinec là il n'y a rien il n'y aura que ce que nous auront éprouvé, c'est la seule chose.Donc toutes les Lumières radicales et moins radicales,vivent là dessus: on est dans un siècle où pleurer au spectacle est une preuve de sensibilité et de bonté.Ce n'est pas du théâtre ou si c'est du théâtre c'est du théâtre général. Rousseau prétend deux choses, d'une part qu'ils ont raison,que c'est dans la qualité du sentiment de l'existence que l'on accèsde à la vérité du bonheur si jamais on peut l'atteindre mais que ce n'est pas dabs l'intensité des passions ni dans l'intensité des jouissances terrestres en tant que telles, que se trouve les véritables secrets du bonheur. A la fin de cette Promenade, il dit qu'il s'en ira parmi les intelligences célestes.
Adèle: Et pourtant il parle bien de sentiment. Quelle différence entre le sentiment de bonheur terrestre que la vie nous apporte et ce sentiment d'exister qui nous conduit vers la félicité ? 
JF.Perrin: Il y a la sensation et il y a le sentiment. le sentir , Rousseau c'est quelqu'un qui sent intensément -toute son oeuvre en témoigne et c'est un peu sa croix et son bonheur ne même temps,un extrême sensibilité et il n'est pas le seul à en témoigner- dans sa rêverie  contemplative puisqu'il y a contemplation méditation et rêverie, il y a un concours de circonstances,qui aide la rêverie à se développer, il faut qu'il y ait un frémissement de l'eau,des fleurs,il faut que le monde soit là et pas seulement le monde de la nature, dans les Rêveries, il y a un dialogue où un rpêveur est en pleine cité qui regarde des mouvements de cabestans sans penser à rien, il y a un côté promeneur parisien,flâneur.On n'est pas dans St Jean de la Croix "mémoires du créateur" on n'est pas dans l'oubli du créer. Créer est filtré par un état de conscience qui reste dans le sentiment intérieur qui est la conscience en tant qu'elle se sent naturellement bonne indépendamment des viscisitudes de l'existence ou de ses propres actions, et non pas dans le sentir. Donc il y a une connexion entre l'intensité d'un sentir, une expérience intérieure du sentiment éthique avec une particularité que ce sentiment est toujours une mémoire de l'âme, l'âme est mémoire et mémoire de son meilleur.
Adèle; C'est ça qui est étonnant il faiat de sons entiment le garant d'une durée, il parle d'une durée qui ne serait interrompue par la discontinuité de l'existence, un état simple et permament, or le sentiment est par définition quelque chose de changeant et d'éphémère.
JF.Perrin: pas chez Rousseau parce dans une expérience de ce type là l'accès au sentiment extérieur, l'ouverture du "sentiment intérieur", (expression empruntée à Malbranche) est une clé à la fois de la vie philosophique c'est ce qu'il appelle pour aller vite: "la preuve intérieure" (il y a la preuve de l'existence de Dieu sur laquelle on peut beaucoup discuter dit-il) mais le Dieu sensible au coeur là dessus on ne discute pas, c'est l'expérience dont il témoigne et qui lui sert de garant dans la IIIè Promenade et dans la Profession de foi du Vicaire savoyard.
Adèle; le sentiment du bonheur est la garantie d'une existence bonne.
JF.Perrin: le sentiment du bonheur comme écoute de la voix de la nature et tentative pour la faire entendre est une donnée permamnente de la conscience de soi pour autant qu'elle dure. Les états de rêveries contemplatives ne durent pas, ce qui dure c'est leur remémoration possible, par un processus que nous nous appelons "mémoire affective". Il y a cette mémoire heureuse à laquelle Rousseau prétend à laquelle il a accès en permamence et dont son problème en tant qu'écrivain,est précisément que dans l'horizon de lecture du XVIIIè siècle,dans la lecture classique, c'ets impossible de faire ce qu'il pourrait faire,on le voit bien au début du Livre VI des Confessions,quand il parle du bonheur aux Charmettes,comment faire pour rendre compte de ce bonheur là, puisqui'il porte l'infini détail de tout ce qu'il a vécu pendant toute cette période la. Je vais lasser mes lecteurs se dit-il, je ne peux pas faire ce que fait Joyce ou ce que fera Rétif de la Bretonne, il faut trouver un moyen comme écrivain pour rendre compte de la permamence de détails comme la pervenche,dont est capable cette mémoire heureuse,ce sentiment intérieur tout en négociant avec son lecteur des compromis pour lui dire les choses sans trop lui dire.Voilà ce que je peux vous dire sur cette permanence qui est le produit d'une expérience et d'une  vie philosophique et d'une réflexion religieuse et là je rejoindrais Clément Rosset, d'une expérience purement poétique de l'existence au sens où cette expérience là transcendre les limites de l'expérience ordinaire.
Adèle: Et on peut la rapprocher du Livre X de l'Ethique à Nicomaque où le but est d'atteindre cette forme de bonheur qui n'est pas,un bonheur terrestre qui est une félicité suprême qui nous hisse hors de notre condition d'êtres humains contingents.
JF.Perrin: On peut passer par la.
Adèle: Et pourtant dans les Rêveries qui sont certes inachevées, Rousseau évoque dans sa 2è promenade ses souvenirs heureux chez Mme de Warens,qui lui ont donné goût à ce bonbheur là qu'il a perdu ensuite; il y a toujours cette oscilation au sein des Rêveries entre la quête d'un bonheur permanent,un état stable et durable,et cette remémoration qui est la preuve que ces moments de bonheur là ont pu exister sur terre et chez lui dans son enfance, d'un côté un bonheur qui nous élève hors de la contingence et de l'autre un bonheur qui a existé.
JF.Perrin: C'est quelque chose qui est propre à l'écrivain en lui, qui est important comme je le rappelais tout à l'heure, Rousseau dit que ses rêveries, il aurait plus commencer beaucoup plus tôt,vu que son existence n'a jamais été rien d'autre qu'une longue existence de promeneur solitaire. Il dit que les choses qu'il a écrites sont inférieures à celles qu'il s'est raconté dans sa tête sans jamais l'écrire. dans la IIè Promenade, il dit que repenser à ces moments heureux dont il fait état avant la chute de ménilmontant c'est retomber et si ça vaut la peine de les écrire, carde toutes façons quand on se met à les écrire,on les revit.On a affaire à une expérience d'écrivain,de romancier de philosophe et de poète et donc aussi à une expérience de la langue qui témoigne d'un long entrainement pour faire entendre ce qu'il appelle la voix de la nature et cette voix de la tonalité du bonheur dans une langue qu'il juge qu'elle est cacophonique. dans le passage qui a été magnifiquement lu, il y a des répétitions,il y a des battements qu'on entend très bien lorsqu'on écoute le texte,qui ne sont pas forcément adéquats à une rhétorique de l'éllipse,ou du refus de répéter.
Lecture: IXè Promenade "Ah si j'avais suffi à son coeur comme elle suffisait au mien, quel paisible et délicieux jours nous eussions coulé ensemble. Nous en avons passé de tels mais qu'ils ont été courts et rapides,et quel destin les a suivi ? Il n'y a pas de jour où je ne me rappelle avec attendrissement cet unique et court temps de ma vie où je fus moi pleinement,sans mélange et sans obstacle,et où je puis vraiment dire avoir vécu".

Extraits :

- Schubert, Nacht und Träume.

- Vivaldi, Cello concerto in e minor.

- Schubert, An der Mond.

- Gabriel Fauré, Après un rêve.

- Beth Gibbons, Mysteries.


Lectures :

- Rousseau, Les rêveries du promeneur solitaire, Première promenade.

- Rousseau, Les rêveries du promeneur solitaire, Cinquième promenade.

- Clément Rosset, Principes de sagesse et de folie.

 

Réalisation : Mydia Portis-Guérin

Lecture des textes : Georges Claisse


Réf. le sentiment de l'exitence l'Ile Saint pierre 1765 de JJ Rousseau (Ateliers de l'Agneau)

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 19:12

 Martin Rueff, poète, critique et traducteur, maître de conférence à l'U.F.R. "Lettres, arts et cinéma" de L'Université Paris-Diderot (Paris VII), enseignant à l'Université de Bologne, professeur à l’Université de Genève où il occupe la chaire du 18ème siècle.

Martin-Rueff.jpg 

Lectures:

- Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse, Partie I, Lettre III

Fond : Franck, sonate pour violon et piano en La.

- Rousseau, Julie ou la Nouvelle Héloïse, Partie III, Lettre XVIII

Fond : Elgar, Cello concerto in E minor.

 Réalisation : Mydia Portis-Guérin

Lecture des textes : Georges Claisse

PREFACE de La Nouvelle Héloïse
 "Ce livre n'est point fait pour circuler dans le monde, et convient à très peu de lecteurs. Le style rebutera les gens de goût; la manière alarmera les gens sévères; tous les sentiments seront hors de la nature pour ceux qui ne croient pas à la vertu. Il doit déplaire aux dévots, aux libertins, aux philosophes; il doit choquer les femmes galantes, et scandaliser les honnêtes femmes. A qui plaira-t-il donc ? Peut-être à moi seul; mais à coup sûr il ne plaira médiocrement à personne.

Quiconque veut se résoudre à lire ces lettres doit s'armer de patience sur les fautes de langue, sur le style emphatique et plat, sur les pensées communes rendues en termes ampoulés; il doit se dire d'avance que ceux qui les écrivent ne sont pas des Français, des beaux-esprits, des académiciens, des philosophes; mais des provinciaux, des étrangers, des solitaires, de jeunes gens, presque des enfants, qui, dans leurs imaginations romanesques, prennent pour de la philosophie les honnêtes délires de leur cerveau.

Pourquoi craindrais-je de dire ce que je pense ? Ce recueil avec son gothique ton convient mieux aux femmes que les livres de philosophie. Il peut même être utile à celles qui, dans une vie déréglée, ont conservé quelque amour pour l’honnêteté. Quant aux filles, c'est autre chose. Jamais fille chaste n'a lu de romans, et j'ai mis à celui-ci un titre assez décidé pour qu'en l'ouvrant on sût à quoi s'en tenir. Celle qui, malgré ce titre, en osera lire une seule page est une fille perdue; mais qu'elle n'impute point sa perte à ce livre, le mal était fait d'avance. Puisqu'elle a commencé, qu'elle achève de lire : elle n'a plus tien à risquer.

Qu'un homme austère, en parcourant ce recueil, se rebute aux premières parties, jette le livre avec colère, et s'indigne contre l'éditeur, je ne me plaindrai point de son injustice; à sa place, j'en aurais pu faire autant. Que si, après l'avoir lu tout entier, quelqu'un m'osait blâmer de l'avoir publié, qu'il le dise, s'il veut, à toute la terre; mais qu'il ne vienne pas me le dire; je sens que je ne pourrais de ma vie estimer cet homme-là".
Lorsque JeanJacques Rousseau écrit ces lignes, il vient de s'installer à l'Ermitage à la lisière de la forêt de Montmorency dans une maison prêtée par madame d'Epinay, nous sommes en 1756 dans la plus belle saison de l'année au mois de juin sous des bocages frais au chant du rossignol, au gazouillement des oiseaux.

Après le scandale du Discours sur le fondement de l'inégalité parmi les hommes, Rousseau rêve et imagine au cours de ses promenades,des personnages unis et séparés par le coeur,la passion, l'amitié, la vertu.Ces personnages prennent corps et âme en s'écrivant, la plume décrit leurs tourments,sonde sur le papier leurs coeurs qu'ils cherchent à mettre à nu.De cette correspondance va naître un roman,intitué Julie ou la nouvelle Héloïse et qui fut dès sa publication en 1761 le roman le plus vendu au XVIIIè siècle.
"Ne vous impatientez pas mademoiselle, quand je commençais de vous aimer que j'étais loin de voir tous les maux que je m'aprêtais, je sentis d'abord que celui d'un amour sans espoir que la raison peut vaincre à force de temps, j'en connus ensuite un plus grand dans la fouleur de vous déplaire et maintenant j'éprouve le plus cruel de tous dans le sentiment de vos propres peines. Oh Julie je le vois avec amertume,mes plaintes troublent votre repos, vous gardez un silence invincible mais tout de vous décèle à mon coeur attentif vos agitations secrètes, vos yeux deviennent sombres, rêveurs, fixés en terre, quelques regards égarés s'échappent sur moi, vos vives couleurs se fanent, une pâleur étrange couvre vos joues,la gaîté vous abandonne,une tristesse mortelle vous accable,et il n'y a que l'inaltérable douceur de votre âme qui vous préserve d'un peu d'humeur.Soit insensibilité, soit dédain, soit pitié pour mes souffrances,vous en êtes affectée je le vois, je crains de contribuer au vôtre et cette crainte m'afflige beaucoup plus que l'espoir qui devrait en naître ne peut me flatter, car, ou je me trompe moi même,ou votre bonheur m'est plus cher que le mien. cependant, en revenant à mon tour sur moi,je commence à connaître combien j'avais mal jugé de mon propre coeur et je vois trop tard que ce que j'avais d'avord pris pour un délire passager fera le destin de ma vie. C'ets le progrès de votre tristesse qui m'a fait sentir celui de mon mal. jamais, non, le feu de vos yeux, l'éclat de votre teint,les charmes de votre esprit, toutes les grâces de votre ancienne gaîté n'eussent produit un effet semblable à celui de votre abattement.N'en doutez pas, divine Julie, si vous pouviez voir quel embrasement ces huit jours de langueur ont allumé dans mon âme,vous gémiriez vous même des maux que vous me causez, ils sont désormais sans remèdes,et je sens avec désespoir que le feu qui me consume ne s'éteindra qu'au tombeau".(Troisième Lettre à Julie)
Qu'est-ce qui a pris à Rousseau d'écrire un tel roman éfféminé qui respire l'amour et la mollesse ? 
La Nouvelle Héloïse paraît avant l'Emile et le Contrat et cette position nous est difficile à ressaisir aujourd'hui car on associe ces trois oeuvres,mais il faut penser que pour les lecteurs de Rousseau,ce roman fait suite aux Discours fracassants et au ton très différent.

Argument biographique, Rousseau a presque 50 ans,c'est un homme qui a beaucoup aimé,qui a aimé souvent sans retour,il y a donc tout ce qu'on pourrait appeler d'un point de vue psychanalytique, la sublimation.
Quel rapport existe entre l'Héloïse et ce que Rousseau appelle "son système" ?
1- Rousseau construit une théorie de l'homme qui passe toujours des Confessions au Contrat par le Récit. Pour reprendre un philosophe qui a toujours avoué sa dette envers Rousseau, chez kant la déduction est toujours logique, chez Rousseau elle est chronologique c'est à dire qu'on décrit en racontant.Rousseau est l'inventeur de l'anthropologie narrative, pour montrer les structures de sa théorie de l'homme il faut les raconter, c'est à dire qu'il faut voir comment elle se déploie selon ce qu'il appelle lui même la généalogie.
Il décrit donc un amour passionné entre Saint Preux un jeune homme qui donne des leçons à Julie Betanges etpuis cet amour qui est "selon l'ordre de la nature" (Rousseau),qui va se heurter à l'ordre social incarné par le père, et puis, delà va s'en suivre une série de conséquences néfastes qui vont mener on le verra tout à l'heure à la mort de Julie.
De ce point de vue on peut dire avec des commentateurs aussi fins que Alexis Philonenko "le Traité du Malheur" et Gabrielle Radica  "L'Histoire de la raison" qu'il y a un côté phénoménologie de la vie éthique c'est à dire qu'on raconte la manière dont les individus confrontés à un certain nombre de situations,se "dépatouillent" de leur vie ce que moi j'appelle à propos d'Héloïse,non pas un roman de l'infidélité, mais un conflit des fidélités.A combien de choses peut-on être fidèle dans la vie, à combien d'êtres peut-on être fidèle dans la vie et qu'est-ce qu'un sujet qui s'accroche à plusieurs fidélités.
Julie est prise dans la fidélité à sa famille,ça me paraît plus intéressant de dire ça que c'est l'autorité paternelle qui l'opprime parce que c'est elle même qui incarne et qui porte cette fidélité.
2 - La deuxième manière de comprendre les rapports de l'Héloïse au système de Rousseau, à la théorie de l'homme, c'est me semble-t-il évidemment,la dimension passionnelle. C'est à dire que chez Rousseau,les principes: amour de soi et amour propre,sont des passions.Et ça évidemment c'est fondamental,  c'est à dire que ce n'est pas une anthropologie dans laquelle on va trouver des passions, c'est que les principes mêmes de l'anthropologie sont passionnels.Et finalement l'Héloïse est sans doute une des pièces les plus puissantes du système de Rousseau parce que l'amour est la passion des passions.
Si on comprend ça, on peut lire de manière beaucoup plus utile et convaincante,le rapport qui lie l'Emile et la Nouvelle Héloïse. Parce que souvent les philosophes disent, (et j'en connais de très sérieux) "l'Emile c'est bien jusqu'au livre V, (y compris), c'est à dire jusqu'à ce qu'arrivent la femme Sophie". Or c'est tout le contraire,pour Rousseau si l'amour de soi, c'est cette puissance à persévérer en soi "de manière droite" comme il le dit,cette espèce d'orthonormie des mouvements de la nature, donc si la dérive de l'amour de soi c'est l'amour propre,c'est à dire qu'on finit par aimer ce que la société nous demande d'aimer et non plus ce qu'on aime spontanément.L'amour représente une passion tout à fait singulière, pourquoi ? Parce que dans l'amour, ce n'est pas du tout comme dans l'amour de soi, où je me mets à aimer ce que les autres me demandent d'aimer, c'est que je mets l'autre à la place de moi.Et donc l'amour de soi rencontre avec la passion amoureuse,une puissance extraordinaire qui peut vraiment vous rendre fou ou mener à la mort, parce que dans l'amour passion,il se passe deux choses: c'est qu'on préfère l'autre à soi.La puissance de la passion amoureuse n'est simplement que je mets l'autre à ma place, mais aussi que je veux être le premier. Rousseau dit souvent l'amour de soi est absolu parce qu'il n'est pas comparable à , il n'est pas relatif. Dans l'amour passion, cette absoluité persiste, je veux que l'autre me considère comme son absolu.  

Adèle: C'est là toute l'ambiguïté du livre, vous insistez sur l'importance de la passion dans le  système de Rousseau, la passion comme étant le principe anthropologique premier,et c'est ce qui fait par la description de l'amour que Rousseau s'adonne au genre romanesque passant du statut de narrateur à romancier,il a recours à la fiction, à une invention de personnages et il le dit dans la préface qui est en réalité à la fin du livre qu'il est indifférent de savoir si ces personnages ont existé ou non,il cherche à dépeindre les coeurs et les personnages. On peut comprendre pourquoi l'amour est un sujet propice au développement romanesque, mais au sein de la Nouvelle héloïse justement tout l'enjeu est de savoir dans quelle mesure les personnages eux mêmes sont conscients de ce qui leur arrive, dans quelle mesure,ils sont véritablement honnêtes avec leurs sentiments et dans quelle mesure ils aiment véritablement une autre personne et non pas eux mêmes à travers cette personne là.
 Et cette ambiguïté elle se pose à travers toute l'oeuvre de Rousseau, à travers la distinction entre l'amour de soi, l'amour propre et l'amour d'un autre, mais dans la Nouvelle Héloïse, elle est posée avec une acuité particulièredu fait que ce sont le spersonnages qui se décrivent eux mêmes dans leur correspondance.                       
 Vous avez pointé le rapport fiction-récit qui est une question propre au système car finalement quand Rousseau dans le second Discours parle de l'éat de nature, il dit qu'il fait des hypothèses exactement comme le font des physiciens à propos de l'origine du monde,c'est à dire des fictions. le Contrat Social c'est une fiction transcendantale.
Rousseau a inventé, et c'est là la difficulté essentielle de sa philosophie, c'est que les objets qu'il nous lègue sont  des objets dont le statut ontologique est complexe.C'ets pourquoi dans la seconde préface, entretiens sur les romans, il insiste avec tant de vigueur sur la question de savoir si les personnages ont existé ou non, il ne s'agit pas pour lui de boter en touche, il s'agit de dire que la question de ce qui existe réellement est une question difficile.Qu'estce que ça veut dire exister réellement?
Sur la conscience ou la mauvaise conscience des personnages de la Nouvelle Héloïse, il faudrait évidemment distinguer tous les personnages: Julie, Saint preux qui n'est jamais nommé comme tel,"Lettres à Julie ou de Julie", Claire la cousine de Julie, et l'homme qu'épousera Julie,M. de Volmar.
 Deux personnages qui ont une aile: Julie a sa cousine Claire et Saint Preux a son inséparable, Edouard.
A propos de la mauvaise foi (Mosey et Paul Hoffman) ou de "la duplicité"(Krocker) de Julie est une question à part entière.
3 - Troisième pertienne de la Nouvelle Héloïse par rapport au système et qu'est-ce qui fait de la Nouvelle Héloïse un si grand livre ?
Ce n'est pas qu'on puisse y retrouver des éléments du système de Rousseau:l'économie, l'éducation, la paternité, le paternalisme de Volmar,mais que l'amour y est décrit comme connaissance et je m'appuierai sur l'épigraphe de Pétrarque qui est rarement commenté. "Non la conobe il mondo mentre l'hebbe,Conobil'io,ch'a pianger qui rimali"(Le monde ne la connut pas,alors qu'il la possédait, je la connus, moi qui reste ici bas pour la pleurer.) 
Adèle: Lorsque vous dites que l'amour est une connaissance,de quoi est-il connaissance, car l'amour pour les personnages paraît être un aveuglement car c'est par l'expérience du sentiment amoureux que les personnages  disent être dépossédés d'eux mêmes,à plueiurs reprises, ils disent changer d'identité losqu'ils se sentent sous l'emprise de cette passion là.
Rousseau s'appuie sur ce sonnet de Pétrarque qui dit : "j'ai été le seul à la connaître".Dans le sonnet 165 de Pétrarque,celui-ci ajoutait: "E'1 ciel , che del mio pianto hor li fa" ("Et le ciel de mes pleurs s'embellit")Il y avait une dimension théologique qui a complètement disparu dans le texte de Rousseau.
La notion d'illusion que l'on peut appeler "self deception" qui est inhérente à l'amour,est très présente dans l'Héloïse,mais il n'en demeure pas moins que quand on aime passionnément quelqu'un on le connaît mieux. Rousseau est convaincu de la fausseté du dicton: "l'Amour rend aveugle" .
Bien sur l'amour jette un voile sur l'aimée mais ce n'est pas un voile mensonger,finalement quand on aime quelqu'un on est beaucoup plus capable de le voir dans son identité réelle que quand onne l'aime pas. Aimer c'est connaître c'est sûr et pourtnat Julie fait cette épreuve d'un conflit énorme entre d'un côté cette passion dont elle est victime puisqu'elle la subit, et la nature passionnée de l'autre, ce que la société ou la civilisation lui impose et lui interdit de s'unir à Saint Preux.Le père de Julie ne peut pas admettre une union avec ce jeune précepteur roturier sans argent et toute sa vie elle va essayer de s'accorder à ce choix, qui a été fait de ne pas désobéir à son père,de ne pas rejoindre son amant,d'épouser le mari que lui propose son père qui a plus de 50 ans qui est un homme très digne, très vertueux justement,mais pour lequel elle ne ressent aucune passion,et ce roman peut être lu comme une tragédie interne qui vient de l'absence de résolution de conflit rousseauiste s'il en est, entre la Nature et la Civilisation.
Est-ce que cela n'amène pas à une conclusion que l'amour n'amène pas à une connaissance pour être heureux ?
A quoi servirait la connaissance si elle ne parvient pas à surmonter un conflit qui est celui de tout un chacun ?
 Mais vous avez employé le mot juste c'est une connaisance tragique qui se fonde sur l'impossibilité de mener à bien et de résoudre un certain nombre de conflits.
Saint Preux fait pression de manière à la fois habile et une partie de son habileté est de la cacher justement,pour que Julie avoue la réciprocité qu'il espère et malgré cela,dans ce moment là,qui est un moment inaugural qui est le seuil du roman d'amour, d'une première partie heureuse,ce qui doit frapper le lecteur c'est que déjà le tombeau est là.
Dans la Nouvelle Héloïse, il y a un champ métaphorique très beau qui est celui de la flamme, le feux de l'amour,c'est à la foi l'embrasement du désir mais aussi la consumation de la vie: c'est ça la passion.
Lecture:

"Qu'étions nous et que sommes nous devenus ? Deux amants passèrent une année ensemble dans le plus rigoureux silence, leurs soupirs n'osaient s'exhaler mais leurs coeurs s'entendaient, ils croyaient souffrir et ils étaient heureux, A force de s'entendre, ils se parlèrent, et contents de triompher d'eux mêmes et de s'en rendre mutuellement l'honorable témoignage,ils passèrent une autre année dans une réserve,non moins sévère, ils se disaient leurs peines et ils étaient heureux."
"Ces longs combats furent mal soutenus,un instant de faiblesse les égara,ils s'oublièrent dans les plaisirs. mais s'ils cessèrent d'être chastes, au moins, ils étaient fidèles,au moins le ciel et la nature autorisaient les noeuds qu'ils avaient formé au moins la vertu leur était toujours chère.Ils l'aimaient encore et la savaient encore honorée,ils étaient moins corrompus qu'avilis,moins dignes d'être heureux, ils l'étaient pourtant encore. Que font maintenant ces amants qui brûlaient d'une flamme si pure, qui sentaient si bien le prix de l'honnêteté, qui la prendra sans gémir sur eux.Les voilà soumis au crime, l'idée même de souiller le lit conjugal ne leur fait plus horreur, ils méditent des adultères.Quoi sont-ils bien les mêmes ? Leurs âmes n'ont elles point changé. Comment cette ravissante image que le méchant n'aperçut jamais,peut-elle s'effacer des coeurs où elle a brillé, comment l'attrait de la vertu ne dégoûte-t-il pas pour toujours du vice ceux qui l'ont une fois connu ? Combien de siècles ontils pu produite ce changement étrange, quelle longueurde temps put ainsi détruire un si charmant souvenir,et faire perdre le vrai sentiment du bonheur à qui l'a pu savourer une fois. Ah que si le premier désordre est pénible est lent,que tous les autres sont prompts et faciles, prestige des passions tu fascines ainsi la raison, tu trompes la sagesse et changes la nature avant qu'on s'en aperçoive.On s'égare un seul moment de la vie,on se détourne d'une seul pas de la droite route,aussitôt une penste inévitable nous entraine et nosu perd, on tombe enfin dans le gouffre et l'on se réveille épouvantés de se trouver avec un coeur né pour la vertu ?  Mon bon ami, laissons retomber ce voile, avons nous besoin de voir ce précipice affreux qu'il nous cache pour nous éviter d'en approcher". Je reprends mon récit... (Lettre XVIII 3ème partie)
 Dans cette lettre charnière peut-on entendre que la passion est une corruption de la nature elle même et de faire perdre à l'homme cet état et d'innonence et de bonheur naturel  ?  Si elle s'ppose à la nature il serait logique que Rousseau cherche à la contrer or,il fait de la passion le centre de son système anthropologique.
Structure du roman de 800 pages en six parties,  
 I è Partie- la naissance de l'amour et de la passion amoureuse qui sait qu'elle est promise à des difficultés. 
 (passion et expression amoureuse sont liées sur fond musical)
 L'expression fait partie du sentiment lui même exactement comme un amour déclaré n'est pas le même qu'un amour qui ne se déclare pas car en se déclarant il ne s'agit pas seulement de prédiquer la relation mais aussi de la faire exister d'une autre façon.
 II è Partie- Pour fuir les difficultés que mettrait en cause leur amour aux yeux de la société, Saint Preux va partir à Paris,dans une description ethnologique et sociologique de Paris, avec des lettres célèbres sur les parisiennes, l'Opéra, la société du paraître que Saint Preux dénonce et que Rousseau avait dénoncé dans le 1er Discours,et dans la préface du Narcisse.Mais c'est une partie ou Julie est intériorisée comme image et cela va être décisif pour la suite. Parce que Julie l'emporte avec lui dans son coeur, elle se confond avec le modèle de la vertu,elle est à la fois l'original et la copie,et toute cette partyie va être consacrée à la hantise, car Saint Preux va être possédé par l'image de l'autre.pas seulement métaphorique d('aiolleusr puisque Julie lui fait parvenir son propre portrait que Saint preux juge infidèle et qu'il fait retoucher par un peintre pour qu'il lui soit plus fidèle encore, notamment parce que le peintre a gommé les défauts. La beauté des  hommes ou des femmes qu'on aime, comporte une singularité, et les marques qui font partie de cette beauté.
Julie va exister en Saint Preux,va résister en St Preux,sous le mode de l'image et Rousseau est sans doute un de premiers penseurs de l'obsession amoureuse sous la forme d'une image intériorisée qui va même dans les parties successives, s'interposer entre le corps et nous.Plus durable que le corps de l'autre,il y a son image en nous qui est aussi son corps .
 III èPartie: l'identité: Qu'étions nous et que sommes nous devenus ? Julie après avoir rêvé à s'enfuir avec Saint Preux, va se résoudre à épouser M. de Volmar et cette lettre III, XVIII, est considérée commesa lettre de conversion au mariage,dans laquelle elle semble renoncer à la passion,pour en épouser une autre , mais finalement la passion qui va la lier à M. de Volmar,est d'une toute autre nature que la passion pour St Preux. Et s'agit-il vraiment d'une passion d'ailleurs ou d'un sentiment de calme et de tendresse et d'affection?
Nina Fuccini qui est une des rares à avoir consacré un ouvrage entier à la Nouvelle Héloïse,oppose l'amour passion et l'amour conjugal. Elle dit finalement que se qu'invente Rousseau c'est la différence entre les deux. La vraie question pour Julie est: à combien de relations on peut-être fidèle en même temps. Elle n'a pas choisi Volmar par sagesse en pensant qu'elle pourra revenir à St Preux, C'est beaucoup plus compliqué que ça, comme dans la vie.
IV et Vè Parties qui ont un peu lassé les lecteurs du XVIIIè siècle,décrivent la communauté recomposée par Volmar, Julie les deux enfants, Claire, le père de Julie, et  Saint Preux qui arrive et c'est ça le coup de théâtre de ce roman.

Nouvelle-Heloise.jpg
Volmar par crainte que l'image de Saint Preux,ne hante Julie au point qu'elle ne puisse pas l'oublier,considère qu'il suffit de le faire rentrer dans le champ et que par là le corps va oblitérer l'image.Ces deux parties sont consacrées à Clarens dont on peut décrire l'économie, la règle des comportements (4è Partie)  et l'ordre de Clarens (5è Partie) les vendanges le divertissement.  Comme on a perdu l'ordre de la nature, on essaye de le recréer c'est pourquoi le jardin de l'Elysée est si important et considéré comme une recréation..
VIè Partie:  la vérité et la mort .Malgré la règle,et malgré l'ordre, Julie mourra en rejoignant sa nature fantômatique, elle est présentée comme un ange et qu'est-ce que l'ange sinon cette résistance de l'image en nous,sans corps. certains disent que Julie est déjà morte dès le début... !! comme dans une certaine recréation fictionnelle du roman,elle est décrite comme la grâce, le charme, l'ange,c'est à dire un corps qui peut voyager entre les différents protagonistes. 
Adèle: Tout au long du déroulement du livre, on parle de la passion,du mariage, on récrée cet ordre naturel, qui n'est plus mais que l'homme peut prétendre imiter d'une certaine façon,tout le déroulement du livre semble conduire finalement à ce conflit qu'il a entre la passion et la civilisation, (on l'a dit ne début d'émission)  mais peut-être surtout netre une dimension proprement privée, subjective, et une dimension publique,puisque la société que Volmar veut récreer chez lui à Clarens,avec les domestiques, les personnages qui l'entourent et travaillent avec lui,est une société proprement publique, et y règne une harmonie idéale selon Rousseau,où les gens semblent animés par cette religion civile dont il parle dans le Contrat social en tout cas, toutes les relations sont respectueuses, l'obéissance ne pose pas de problème pûisque toute obéissance envers un maître est juste, chacun y met du sien, et tout fonctionne à merveille, or  la passion c'est l'inverse. Est-ce que finalement Rousseau ne montre pas dans ce texte, n'est-ce pas le fait que la passion nous aliène,nous dépossède de notre propre liberté et donc rned la vie individuelle mais également publique dans une société impossible et que pour le penseur de la liberté qu'est Rousseau c'est inconcevable.
- Oui c'est une lecture possible de l'Héloïse mais le point central est de nous faire comprendre ce que nous appelons les passions, comment nous les vivons.
 - Mais alors est-ce que les passions s'opposent à la nature ou sont le fruit de la nature ?
dans le second discours Rousseau distingue clairement le physique de l'amour c'est à dire finalement la sexualité,qui ne suppose aucune préférence dans l'état de nature,et le moral de l'amour,et pour qu'il y ait moral de l'amour c'est à dire passion amoureuse,il faut qu'il y ait préférence et deux éléments tout à fait décisifs pour Rousseau: un élan imaginaire, c'est à dire que l'autre soit imaginé,et qu'on construise son monde un peu aussi comme chez Stendhal ou chez Proust, il faut aussi que l'autre existe en moi sous forme d'image,et puis un deuxième élement qui est l'expression.

En résumé, "le moral de l'amour" c'est sexualité plus imagination plus expression.
Dans l'état de nature, il n'y a pas de passion amoureuse  et ce serait contre indiqué du point de vue du système même.Mais comme on sait la nature ne se réalise pas pleinement à l'état de nature,sinon ni l'Emile ni le Contrat, ni l'Héloïse ne seraient possibles. La nature de l'homme étant une nature passionnelle et l'amour de soi est une passion pour Rousseau,l'amour passion n'est pas contre nature,et dans l'Héloïse ce n'est pas parce qu'il s'oppose à la nature qu'il va mener à la mort de Julie, mais justement c'ets l'ordre social qui le contredit.D'ailleurs les amants le disent dans la première partie, ils s'aiment selon la nature.A cela il faut ajouter que le rapport physique, la sexualité n'est évidemment pas contre nature, et s'aimer c'est s'aimer.

Lors de la scène du bosquet Julie propose à Saint Preux de la retrouver derrière un bosquet pour lui faire goûter les joies physiques de l'amour auxquelles elle se disait pouvoir renoncer et puis elle se dit qu'elle ne voudrait pas passer à côté de ce charme là de l'amour et donc elle lui donne ce premier baiser qui met Saint Preux dans un état de délire total où il dit "j'aurais préfér ne pas goûter ce baiser car à présent non seulement je me sens changé , je ne suis plus le même homme" dit-il, mais je ne peux pas résister à cette espèce d'excitation,de frustration très sévère qui va d'ailleurs durer un long moment favorisé d'ailleurs par l'écriture épistolaire qui permet de dilater les temps, d'attendre, de s'attendre et de faire ressortir le contraste entre la consommation physique d'un désir et la rétention de ce désir là, rétention qui prend pour Julie la forme d'une quête vertueuse.Julie-baiser.jpg C'est bien autour de ces questions là que le roman tourne entre passion, désir et vertu. Dans l'état de nature il n'y a pas de vertu, il y a la bonté qui est une indifférence au  bien et au mal,l'homme y est bête.Pour qu'il y ait vertu, il le dit de manière appuyée dans l'Emile, il faut qu'il y ait combat, Dieu n'est pas vertueux puisqu'il ne combat pas,et Julie est la vertu. Pour qu'elle soit vertueuse, il faut qu'elle soit passionnée sans quoi elle n'aura rien à combattre. La question de Julie est de savoir à la fois comment être fidèle à la vertu,et fidèle à Saint Preux.Car la passion amoureuse c'est l'exclusivité, la préférence absolue et il faut faire la part de fidélité aux principes de la vertu,aux modèles dont Julie parle dès la première partie,et qu'elle incarne et la passion. Le choix est une illusion: on pourra chosir la vertu mais on ne pourra déraciner la passion qui est en nous qui tue Julie même si elle meurt en essayant de sauver son fils de la noyade, mais elle est affaiblie par ce combat qu'elle n'arrive plus à mener puisqu'elle est de toute évidence éperduement, passionnément amoureuse de Saint Preux,et on l'apprend dans l'aveu qu'elle lui fait au milieu de la 4è partie où elle avoue son "bonheur de mère et d'épouse,mais un seul chagrin m'empoisonne, je ne suis pas heureuse" et c'ets cela le secret de Julie, en suivant la vertu, elle ne parvient pas au bonheur et j'en reviens à cette question, l'amour est une connaissance, mais à quoi sert cette connaissance si elle ne conduit pas au bonheur, Julie va en mourir te donc finalement quelle liberté reste-t-il à l'homme, quel choix,peut-il faire entre la vertu et la passion.Dans le roman il y a des modèles de délibération successives c'ets à dire en fonction de l'évolution de l'antrhropologie du point de vue narratif,c'est à dire des lesquelles on se trouve,  il faut délibérer por savoir ce qui est le plus juste dans telle ou telle situation;Je crois que Julie en dépit de ce que disent certains commentateurs,n'est pas de mauvaise foi,mais qu'elle essaye dans les grands chambardements de son existence,d'aller fer's ce qui lui semble la vertu mais que c'est difficile... mais ce n'est pas le problème de Julie, c'est le problème de la passion et celui de Rousseau qui en fera un roman. Chez Rousseau c'est la société qui empêche la rectitude des mouvements de la nature et si dans un système social meilleur, plus respectueux de certains types de passions,plus ancrés sur l'amour propre et plus sur l'amour de soi, peut-être que le conflit des fidélités serait moins grave. Si la passion rate c'est la faute à la socété et là on rentre dans la doctrine de la volonté chez Rousseau! Il propose un modèle stoïcien,ou polinien, il suffit de vouloir pour pouvoir dans une performativité de la bonne volonté et finalement si je veux être heureux je peux l'être, le vouloir c'est déjà l'être,et puis il y a un modèle de volonté qui entre dans la durée, durée de l'amour et durée dans l'amour. Rousseau comme Hume et Kant est un penseur de la causalité qui pense l'amitié que St Preux a pour Claire et l'amour qu'il a pour Julie, sur lemodèle des ondes sur la mer et des ondes sur un lac,et la passion amoureuse est longue, lente et impossible à combattre. 

 Julie-et-St-Preux.jpg  

(Transcription de l'émission des "Chemins de la Connaissance" du 3 janvier 2012 - France Culture - par Patrick Chevrel ) .                                            
 
 
 
    
 
   

 
 
 
     
   
       

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 18:59

"Au creux même de l'ennui ainsi se libère et s'évade, une sensation diffuse de désespérance et de vide relancée aujourd'hui par le nombre affolant dans les bourgs de pharmacies, de compagnies d'assurances,de coiffeurs,de banques,d'opticiens et de ronds points... " .Jean Christophe BAILLY

Seul signe d'espoir "le barrio-lage" (barrio + bariolage)
Ce qui pouvait faire la vie, à part le marché, n'est plus là.. L'existence de ces boîtes à chaussures que constituent les supermarchés n'est pas là mais en ce qu'elles vident l'existence de bien des lieux de sociabilité; cafés, tabacs,jardins ouvriers (devenus jardins familiaux) où la sociabilité en voie d'extinction "ricoche de parcelles en parcelles" comme à Saint Etienne.
"Marignane c'est le débarras de Marseille dit Joséphine Pinatel,étudiante en géographie du paysage, et moi je suis devant un placard et moi j'ai envie de le ranger, mais il a des qualités dans son désordre".
Ce passé qui chantonne chez Nino Ferrer (C'est un petit jardin qui sentait bon le métroplolitain...), Alain Souchon (J'marche tout seul le long de la ligne de chemin de fer, dans ma tête y a rien à faire...) ou dans les photos de Doisneau...
Nous recevrons l'auteur d'un ouvrage que je crois avoir été le plus beau, le plus dense de l'année, dans les domaines qui nous concernent ici plus particulièrement : ceux du paysage. Il s'agit de Jean-Christophe Bailly. Son livre est intitulé Le Dépaysement. Il est paru au printemps et nous l'avons pour notre part laissé mûrir durant de longs mois, ce qui le rend plus capiteux encore.

Il ne s'agit pas exactement de paysage dans cet ouvrage, de paysage au sens où l'entendent architectes, urbanistes, paysagistes, géographes. Ou du moins pas uniquement. Il s'agit de paysages humains, de paysages sociaux et sentimentaux, mais inscrits dans des paysages physiques, ceux des quatre coins de la France.
Depaysement_Bailly.gif
 

 

 

 

 

• Indications bibliographiques
Le Dépaysement. Voyages en France, Jean-Christophe Bailly, Seuil, 2011, 432 pages, 23 euros.
La Rue de Paris à Montreuil, Jean-Christophe Bailly, photographies de Thibaut Cuisset, Filigranes, 2004, 104 pages.
Henri Gaudin, naissance d'une forme, textes d'Henri Gaudin, Jean-Pierre Le Dantec, Jean-Christophe Bailly et Anne de Staël, éditions Norma, 2001, 224 pages.
Panoramiques, Jean-Christophe Bailly, Christian Bourgois, 2000, 240 pages.
La Ville à l'œuvre, Jean-Christophe Bailly, L'Imprimeur, 2001, 148 pages.
La Ville à l'œuvre, Jean-Christophe Bailly, Jacques Bertoin, 1992, 186 pages.
Description d'Olonne, Jean-Christophe Bailly, Bourgois, réédition collection Titre 110, 2010, 224 pages, 8 euros.
Description d'Olonne, Jean-Christophe Bailly, Bourgois, 1992, 208 pages.Prix France Culture
• Lecture
António Lobo Antunes, A ordem natural das coisas, 1992, traduit du portugais par Geneviève Leibrich, L'Ordre naturel des choses, Christian Bourgois, 1994.
Invité :
Jean-Christophe Bailly, essayiste, écrivain, professeur de paysage.
http://www.franceculture.fr/emission-metropolitains-depaysement-rencontre-avec-l-ecrivain-jean-christophe-bailly-2012-01-01

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 13:02

Winston Spencer CHURCHILL, "le plus célèbre inconnu du XXè siècle" par François Kersaudy
            François Kersaudy, vous êtes Professeur de langues anglaises et anglo-saxonnes à l’Université Paris I Panthéon – Sorbonne, et avez enseigné l’Histoire à l’Université d’Oxford. Auteur de nombreux ouvrages historiques, vous avez consacré plusieurs livres à Winston Spencer Churchill. Votre biographie de ce dernier, parue en 2000 et rééditée en 2009 aux éditions Tallandier, sous-titrée « Le pouvoir de l’imagination », a obtenu le Grand Prix d’Histoire de la Société des gens de lettres et le Grand Prix de la biographie politique. Vous avez également dirigé la publication et traduit les Mémoires de guerre de Churchill, reparues en 2010 (Tallandier).

            Prix Nobel de littérature en 1953, Winston Churchill est l’auteur de quelques trente-sept livres, quatre-cents articles et trois milles discours. C’est dans ce vaste corpus, à quoi il faut ajouter le millier d’ouvrages écrits par des collaborateurs, amis, militaires ou hommes d’Etats, que vous avez puisé pour extraire les six-cent citations qui composent votre dernier livre, Le monde selon Churchill (Tallandier, 2011). Classés selon une vingtaine de chapitres thématiques, ces extraits donnent à entendre la voix de cet homme que vous décrivez en conclusion comme « un monument de contradictions ». Cette idée est développée dans une énumération d’oppositions qui caractérisent aussi bien le caractère de Winston Spencer Churchill que son parcours, ou ses choix politiques. Vous écrivez ainsi : « (…) ennemi juré de l’Allemagne pendant deux guerres mondiales, mais fervent apôtre de la réconciliation avec l’Allemagne après celle-ci ; député renfrogné et dépressif, mais qui érige l’humour en arme absolue dans le discours parlementaire ; ministre exerçant ses fonctions avec zèle, mais cherchant constamment à exercer celles de ses collègues par la même occasion ; Premier ministre qui est un chef d’orchestre admirable, mais qui descend perpétuellement de son pupitre pour jouer la partition du violoniste ou celle du trompettiste tout en prétendant continuer à diriger l’orchestre ;Illingworth-s-cartoon-published-on-August-5--1941W-copie-1.gif lauréat du Prix Nobel de littérature 1953, auquel son père écrivait six décennies plus tôt : « Je te renverrai ta lettre, pour que tu puisses de temps à autre revoir ton style pédant d’écolier attardé » ; vieil homme inusable que ses jeunes assistants s’essoufflent à suivre dans tous ses déplacements, il a traversé des épreuves terrifiantes, pris des risques effarants, et bénéficié toute sa vie d’une chance parfaitement anormale… ».

 

 

 

A cela, on pourrait ajouter une autre contradiction, au cœur de la formule par laquelle vous le désignez en introduction, en le qualifiant de « plus célèbre inconnu du XXè siècle ».

A quelle forme de méconnaissance faites-vous ici allusion ? A quoi tient-elle ?
Les contradictions de Churchill sont profondément réjouissantes, vertigineuses et énergétiques: Il est roux, reporter, a un caniche "Edouard" comme Tintin mais pas de castafiore et ce jusqu'à 34 ans.
"Si les professeurs m'interrogeaient sur ce que je sais,j'aurais de meilleures notes mais ils s'obstinent à m'interroger sur ce que je ne connais pas" écrit avec insolence et panache Winston Churchill à sa mère dès l'âge de huit ans et plus loin, à propos du professeur de latin, "je ne comprends pas pourquoi il veut que certains mots se terminent par i ou par o, quel est vraiment le poids de cette différence".churchill-young.jpg

On voit bien qu'il reste quelque chose de cassé dans son rapport avec les femmes, il y a chez cet homme quelque chose de très original,qui est cette capacité non seulement à surmonter mais peut-être à tranformer en force et en énergie une enfance qui me paraît être extrêmement malheureuse.
Il a une mère frivole et un père déséquilibré mais quatre grands parents exceptionnels avec une vitalité, une intelligence, une culture, un esprit d'entreprise. La neurse a compensé beaucoup de choses dirait le Dr Cyrulnik, sans Miss Everest,(tout un programme...!) elle a fait que le  manque d'affection qu'il éprouvait pouvait être compensé par cette dame qui  a rendu un grand service à l'Empire britannique.
Malgré tout cela a laissé des trace avec de grandes périodes de dépression,ou "black dog" (le chien noir) qui selon certains est héréditaire,cependant lui avait quatre moyens de  combattre la dépression:

- l'alccol à haute dose,

- l'hyper activité,

- l'écriture

- et l'humour.

Moyens qu'il lui arrivait d'exercer en même temps.
Churchill, c'est un équilibre très fragile, car c'est un dépressif jubilatoire, c'est très rare car le dépressif normalement il déprime les autres, Churchill c'est le contraire, c'était quelqu'un qui rechargeait vos batteries; quand vous étiez avec lui, il y avait une sorte d'électricité dans le bâtiment, on sentait qu'il y était car on était poussé à faire des choses qu'on ne serait jamais cru capable de faire et cela se traduisait aussi par l'écrit, quand on recevait ses notes,ses rapports, ses lettres,cela fonctionnait aussi. Fréquenter ses discours, ses archives et parler avec ses témoins qui vous rapportent ses paroles, est extrêmement tonique et vos batteries sont rechargées. C'est le contraire de passer quelques semaines ou quelques mois avec des gens comme Hitler ou comme Staline, leurs archives et propos sont profondément déprimants, ces gens sont des malades et cela se communique, si vous y restez trop longtemps cela n'est pas bon pour votre santé,

Churchill c'est le contraire après avoir lu sa biographie, "on a envie de tuer tous les dragons de la Terre.". Alan Brooks son chef d'Etat Major qui le trouvait insupportable et abominable, affreux, horrible, enfant gâté mais disait : "je ne donnerais ma place pour rien au monde".
 
        

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30 décembre 2011 5 30 /12 /décembre /2011 23:02

Hitchcock, Noël était presque parfait 4/4 : comment Vertigo peut changer votre vie 

France Culture 29.12.2011 - 10:00  Réalisation: Mydia Portis-Guérin
Adèle Van Reeth reçoit Jean-Pierre Dupuy, philosophe, enseigne à l'Université de Stanford à propos de Vertigo et du commentaire que ce dernier lui a consacré dans La marque du sacré.
Extraits :

- Hitchcock, "it's not the story, it's what you do with it"

- Hitchcock, Vertigo, "it's too late"

- Hitchcock, Vertigo, "the real wife, not you"
novak-and-hitchcock.jpg 
______________________________________________________________
- "If you loose me, you know thatYou believe that I love you ?" (Croyez-vous que je vous aime ?)
- Yes ! (Oui !)
 - "I love you and wanted to go the one loving" .( Et si vous me perdez, vous vous souviendrez que je vous ai aimé et que je voulais continuer à vous aimer.)
-  "I'don't want to loose you".
Scotty  est amoureux et donc il ne veut pas admettre qu'il va la perdre.
Cette forme d'amour est bien particulière , c'est peut-être la forme d'amour de tout homme pour une femme impossible.
C'est à dire une forme d'amour qui n'est pas tant suscité par la femme elle même que par ce que l'homme y voit, ou ce dont il investit cet objet, c'est à dire la femme  elle même.
Quelqu'un comme Denis Girard dirait que c'est du désir mimétique mais ici il n'imite pas l'amour de quelqu'un d'autre , il serait inexact de dire que Scotty désire Madeleine parce qu'elle est la femme de son mari Gaby Nelser. S'il désire madeleine c'est parce qu'elle lui paraît complètement inaccessible. pendant la première demi heure du film, c'est un film muet car Madeleine ne sait pas qu'elle est suivie.
Qui est ce "je" qui parle dans la bouche de Madeleine ? Madeleine est un personnage de fiction dans la fiction comme tous les personnages d'Hitchcock dans Vertigo. .
Une femme extrêmement belle, sophistiquée, très maquillée, un tailleur gris strict alors que Judy Barton est une fille du Kansas déguisée en Madeleine, qui sacrifie son identité et jusqu'à sa vie en se jetant de la tour, à l'amour qu'elle a pour Scotty frappé de vertige.
D'un amour qui meure, quelle que soit l'amertume,,la rage qui suit,on pourra dire que l'amour aura eu lieu.
Madeleine pour Scotty n'aura jamais existé puisqu'elle est un personnage de fiction. Chez Platon, il y a l'idée et l'incarnation de cette idée et l'artiste ne fait que recopier une idée de l'idée elle même. 
Dans le dernier tiers du film quand Scotty découvre que Madeleine n'existe pas,il découvre mais cette vérité est trop horrible pour qu'il la fasse vraiment sienne,et progressivement il découvre qu'il était amoureux d'une femme qui n'existait pas. Sa manière de s'en sortir face à l'horreur morale,est de faire de Judy Barton la Madeleine que déjà Gaby Elster avait faite. Mais quand Scotty découvre la supercherie il rejette Judy car il est amoureux de  Madeleine dont il sait à ce moment là vraiment qu'elle n'existe pas et quand Judy découvre cela, elle n'a plus qu'une seule solution, se suicider.
"Le possible est l'effet combiné de la réalité une fois apparue et d'un dispositif qui la rejette en arrière. L'idée immanente à la plupart des philosophies et naturelle à l'esprit humain de possibles qui se réaliseraient  par une acquisition d'existences,est donc une illusion pure.Autant vaudrait prétendre que l"homme en chair et en os,provient de la matérialisation de son image aperçue dans le miroir, sous prétexte qu'il y a dans cet homme réel,tout ce qu'on trouve dans cette image virtuelle, avec en plus la solidité qui fait qu'on peut la toucher,mais la vérité est qu'il faut plus ici pour obtenir le virtuel que le réel,plus pour l'image de l'homme que pour l'homme même, car l'image de l'homme ne se dessinera pas,si l'on ne commence par se donner l'homme et il faudra de plus un miroir". BERGSON 

"Scotty n'aime pas vraiment Madeleine, il la désire, et cela est montré dans les derniers dialogues au sommet de la tour à la fin du film. Ce qui émeut Scotty dans ce moment de révélation,ce n'ets pas que Judy était la maîtresse d'Elster, c'ets que lui Scotty a refait en moins bien ce qu'Elster a déjà fait disons que Scotty a été la proie du désir mimétique, il a désiré Madeleine que parce qu'elle était possédée par un autre non pas Elster mais Carlotta.La révélation pour lui n'est pas théorique mais pratique, il n'a désiré qu'une image fabriquée par un autre, cela il le comprend de l'intérieur puisqu'il a à son tour fabriqué la même image. Que Madeleine ne fut rien d'autre qu'une image,il le sait parce qu'il se trouve l'avoir copiée servilement" (JP Dupuy)

vertigo21.jpg
On ne peut pas dire que l'amour de Scotty pour Madeleine est un véritable amour,il aime une image dès le départ avant même qu'il sache que Madeleine est une fausse Madeleine, de même que nous n'aimons tous que des images. Nous les hommes sommes peut-être tous des Scotty, quand nous aimons une femme, quand nous l'aimons avec passion, nous aimons une image dont la réalité est sujette à caution.

_________________________________________________________________________________ 
 Ciné-Club de Caen :
Vertigo contient, à l'état de condensé poétique, psychanalytique et métaphysique, tout ce que le cinéma peut offrir : une histoire d'amour, un récit d'aventures, un voyage que les personnages entreprennent au fond d'eux-mêmes, une énigme policière dont l'auteur se plaît à révéler la solution trente minutes avant la fin. Comme à son habitude, Hitchcock enserre le spectateur dans l'intrigue au point qu'elle devient aussi énigmatique que la réalité elle-même.

Admirer le film (qui est assurément l'un des plus admirables qu'on puisse voir) et l'analyser c'est plus encore qu'analyser l'auteur, s'analyser soi-même dans le sens psychologique et psychanalytique du terme. Ainsi vertigo est, dans l'amour et l'admiration qu'on peut lui porter, une œuvre si privée qu'elle invite au silence et à la méditation plus qu'au bavardage, comme un journal intime qu'on n'aurait pas du lire.

Il n'y a pas un fil rouge dans le film mais plusieurs, qui s'entrecroisent indéfiniment : le crime (qui abolit pour celui qui y est mêlé tout avenir), la nécrophilie, l'illusion, le sentiment amoureux. Sur le sentiment amoureux, Hitchcock a tressé d'infinies variations. Ce sentiment est souvent, dans son œuvre, sentiment d'infériorité, voire d'indignité. Ici tous les personnages l'éprouvent dans ses différentes composantes à un moment ou à un autre de l'intrigue ; le personnage de Midge en fournit le contrepoint caricatural (et totalement désespéré).

L'histoire principale des deux héros de Vertigo tient en ceci que, même dans l'amour, ils ne se rencontreront pas. Quand il est enfin sorti du piège des illusions qu'il se faisait sur elle, Ferguson tue celle qu'il aime (c'est à peu près le sens de la scène finale). Quand elle a à peu près tout fait ce qui était en son pouvoir pour rejoindre Ferguson, Madeleine-Judy le perd. L'un et l'autre se perdent avant de se trouver. La morale, évidemment, et le crime auquel a participé Judy resteront éternellement entre eux comme un obstacle insurmontable.

Ce cache-cache tragique unit l'extrême sensualité et proximité physique des personnages (l'interprétation de Kim Novak a été reconnue comme l'une des plus animales de tout le cinéma américain) à une non moins extrême cérébralité, puisque tout le film est aussi le récit des gesticulations mentales de Ferguson pour appréhender l'être de Madeleine-Judy qui lui échappera dans la mort au moment où il croira l'avoir trouvé.

Pour rendre sensible - et en même temps impénétrable- au public cette histoire de vertige et de chute plus forts que l'amour, Hitchcock a usé de tous ses trucs, certains médités depuis quinze ans (l'effet de vertige ressenti par le héros dans la tour). Ils sont comme les rimes d'un poème, visibles, décelables faites pour être repérables mais aussi pour s'abolir à la fin dans la magie déchirante de la musique qu'elles ont aidé à produire. Jamais dans aucun film le cinéma n'a été autant fabrication et confession, spectacle et intimité.


La couleur

Les trois couleurs primaires lumière : le rouge, le vert et le bleu sont utilisées de manière expressionniste et marquent le spectateur qui reste imprégné de cette expérience comme le sont les deux personnages principaux par leur histoire. Le filtre rouge est utilisé dès le générique, il réapparaît lors du cauchemar de la fin de la première partie, il est la couleur dominante du bar dans lequel Scottie rencontre Madeleine pour la première fois, c'est aussi la couleur du pont de San Francisco sous lequel tente de se noyer Madeleine c'est enfin la couleur du bijou fatal. Le vert est la couleur de la robe portée par Madeleine lors de cette première rencontre, la couleur de sa voiture. C'est la couleur des morts qui sera utilisée comme telle dans les fameuses séquences de la seconde partie éclairées par l'enseigne au néon de l'Hôtel Empire, c'est aussi la couleur du gazon du cimetière et de celui de l'église espagnole où auront lieu les deux chutes. Le bleu, couleur plus bénéfique du ciel et de l'eau, présente des occurrences moins nombreuses.



La spirale

La figure de la spirale, utilisée comme telle dans le générique, revient comme un leitmotiv. C'est le chignon de Carlotta Valdes et de Madeleine, c'est l'escalier en spirale, c'est le parcours de la voiture de Madeleine se rendant chez Scottie en tournant autour d'une tour repère. C'est le tronc du séquoia où Madeleine situe sa propre mort. La spirale évoque le cheminement de la vie. Elle tourne autour de la vérité, du centre, s'en approche, puis s'en éloigne, selon le sens dans lequel elle se déroule. Elle provoque le vertige.
           
 
 

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28 décembre 2011 3 28 /12 /décembre /2011 18:24

Les Juifs d’Algérie engagés dans la lutte pour l’indépendance

(rediffusion de l'émission du 20-09-11)familles-juives-au-Maghreb.jpg

28.12.2011 - 09:05

Un documentaire de Brigitte Stora, réalisé par Anne Fleury.

En Algérie, pendant la guerre de libération nationale, des Juifs algériens se sont rangés aux côtés du FLN.

Ces enfants du pays se battaient pour une Algérie pluriculturelle et démocratique, débarrassée du joug colonial et de l’assignation à résidence communautaire, d’une « Algérie heureuse ». Quelles que soient leurs origines, ils étaient nombreux alors à partager cet espoir.

L’Algérie indépendante ne sera pas celle pour laquelle ils avaient lutté. Peu à peu ils devront quitter et leurs espoirs et leurs pays.

Ces destins orphelins n’appartiendront jamais à aucune Histoire officielle. Brigitte Stora a recueilli leurs témoignages, notre émission ambitionne modestement de réparer un peu l’outrage de l’oubli.

Claude Joseph SICSU à ma fille...

Lorqu'il ne restera de nous

que des souvenirs pâles et décolorés

Dans la mémoire des autres

Lorsque viendra le temps où les marchands d'images

farderont nos momies pour servir des raïs

Lorsque l'inaccompli s'ouvrira étonné, figé pour l'éternité,

Il sera temps alors ma fille, il sera temps d'ouvrir le livre.

En ce temps là, soyons en sûrs, ils se gausseront de mes infirmités

Il s'esclafferont devant mes maladresses

Et mes plus belles pirouettes et mes plus larges élégances

Ils les trouveront anachroniques et passablement ridicules.

Toi, tu effeuilleras, étonnée le grand arbre de mes souvenirs

Il sera temps alors, il sera temps ma fille d'ouvrir le livre et de lire le témoignage.

Oh, je sais bien en ce temps là les railleurs seront là,

Je n'espère guère les faire taire ou les convaincre de m'entendre

J'aspire à perpétuer le souvenir de l'innommable.

Je porte témoignage pour ces temps de détresse

Où fut déployé fragile et tendre vert qui cinglait l'horizon,

l'étendard d'un espoir fou comme la jeunesse.

Je porte témoignage pour ces temps de malheur

Où nous étions comme les enfants d'une même mère

Prêts à nous immoler joyeux,

Dans le creuset brûlant de son sein.

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 22:09

Derrière ces textes dialogués sur le libertinage au XVIIè siècle et au XVIIIè, certains et certraines se reconnaîtront sûrement et certaines de ces scènes directement issues de la Carte du Tendre expliquée à l'une cet été, lui rappelleront certainement des dialogues incertains et pourtant si proches, même si elle les a bien mal mis en pratique.. 

LA TRANSGRESSION 4/4 LE MASQUE DU DÉSIR DANS L'ÉCRITURE LIBERTINE.
La trangression, on pourrait la voir comme un jeu qui s'amuse à tester ses propres limites à repousser ses bornes, mais peut-on trangresser impunément sans appréhension des conséquences dans une pure jouissance du présent...?
La transgression peut être joueuse, et il est de son essence de jouer avec les limites qu'elle dépasse. Plus souple que la désobéissance,plus subtile que la subversion,la transgression implique une chorégraphie de la limite, une gestuelle,qui se déploie et qui indique la puissance de l'acte lui même autant que la fin qu'il vise.
Jouer avec la limite, la séduire, la caresser,c'est se recouvrir de ses horipeaux pour mieux lui tordre le cou, c'est l'univers des romans libertins;
De Jean baptiste Boyer d'Argens au Marquis de Sade, de Laclos à Crébillon,leçon de trangression libertine avec FLORENCE LOTTERIE, professseur de littérature à Paris VII.
- Mon Dieu Clitandre, quoi c'est vous ?
- Votre surprise Madame a de quoi m'étonner, je vous croyais accoutumée à vous voir me faire la cour. Je ne comprends pas ce que vous trouvez de si extraordinaire dans la visite que je vous fais.
- C'est que je croyais avoir quelques raisons de penser que si vous vouliez bien veiller aujourd'hui avec quelqu'un ce ne serait pas avec moi et que dans les idées que j'avais,votre présence m'a étonnée.
- Cette cérémonie ne produit-elle sur vous que cet effet ?  Ne vous embarrasai-je point plus que je ne vous suprends ? C'est qu'à la rigueur cela serait possible au moins.
- Cette idée vous est nouvelle ? Me permettriez-vous de vous demander ce qui vous la fait naître ?
- Oui, pourvu qu'à votre tour vous vouliez bien m'apprendre aussi pourquoi vous m'avez parue si étonnée de me voir chez vous ce soir .
- je ne vous crois pas aujourd'hui si désoeuvré que je vous ai vu l'être quelque fois.
- J'avais sur vous la même idée.et c'esr précisément ce qui justement me fait avoir quelque inquiétude que vous ne trouviez ma visite un peu déplacée. 
- Un peu déplacée, j'admire toute à la fois, le déplacement de vos termes,et passez-moi l'extravagance de vos idées.Voudrez-vous bien au reste me faire la grâce de me dire pourquoi vous croyez m'incommoder tant aujourd'hui ?
- Oui pourvu que vous vouliez aussi m'apprendre pourquoi ma présence ici vous cause tant d'étonnement.
- Vous serez bientôt satisfait. 
"La  Nuit et le moment" de  Crébillon (1755) adapté au théâtre par Francis Huster dans le rôle de Clitandre qui se glisse dans le lit de la belle Cidalise qui ne dit pas exactement non , elle ne dit pas oui non plus et toute la pièce, tout le dialogue va consister justement à essyer de jouer avec ce refus qui n'en n'est pas un et cet acsuiessement qui ne s'assume pas. Inquiétude, Etonnement, surprise, extravagance,tous les mots semblent avoir un double sens et semblent exprimer autre chose que ce qu'ils disent.
Nous avons affaire corrélée à la transgression, à la contrainte sociale et civile du libertin ne régime de mondanité. Il s'agit de transgression des moeurs dont il s'agit de se détourner par l'utilisation du langage.
Il s'agit d'imiter le code de la manière la plus exacte possible,de façon à la fois à faire valoir l'exploit de l'imitation et la possibilité de la transgression de ce code.Le libertin se trouve dans une situation paradoxale qui est "le paradoxe du conformiste" il faut être le champion du code en même temps qu'on le détourne et on ne le détourne bien que parce qu'on est le champion que parce qu'on l'imite.(...)
    Il s'agit chez Crébillon de répéter à chaque fois la même histoire et ce qui varie c'est la manière de la raconter et la disposition dans laquelle on met l'auditeur, mais ce ne sont jamais que des histoires de carosse, et quand on a eu une femme on en a mille et finalement on les a toujours de la même manière.
    Utilisation polyphonique des personnes dans les dialogue : On, Nous, eux, distance et ironie déplacement des métaphores... Crébillon est une sorte d'adaptation dans le régime de la mondo-aristocratie,de toutes les traditions libertines précédentes.
Le personnages savent très bien qu'à la fin ils vont finir par coucher ensemble, car c'est bien l'enjeu...!
Ces personnages essayent de retarder au maximum le moment de la rencontre charnelle, en jouant le jeu de la séduction, c'est le principe des Mille et Une Nuits.
Mais il faut toujours s'assurer que l'autre en l'occurence la femme sait être aimée comme elle doit l'être. "Puissiez vous être aimée aussi bien que je vous aime" ou "Sachez entendre ce que je vous dis, quand je vous dis que je vous aime" Et Crébillon pratique une pédagogie du discours libertin.     
     "Les égarements du coeur et de l'esprit" de Crébillon dits par Jacques Bonnafé où apparaît la parfaite maîtrise de soi au point de faire du désir un élément supérieur à l'amour puisque le sentiment va corrompre l'âme, et en tous cas,engendrer une perte de contrôle de soi et c'est donc cette volonté de maîtrise de soi qui a pour corrolaire un de saspects importants du libertinage qui est de privilégier sans doute le désir, le plaisir sur le sentiment, sur l'amour.
     
Le discours de Melcour vise à mettre en perspective une espèce d'héroisme du libertin par ascèse mondaine, à "se travailler soi même" ( Laclos) pour échapper à l'emprise de ce qui dans le désir est aliénant c'est à dire l'amour et pour cela, il faut se construire presque contre la nature. Et là on n'ets pas dans la tardition philosophique libertine précédente, on est  bien dans son renversement complet,il s'agit d'être de plus en plus poli comme dit Clitandre de manaière à correspondre de moins en moins, à ses impulsions devenues inquiétantes d'une nature qui nous tirerait vers le sentiment et là le problème est : par quelle discipline va-t-on pouvoir échapper à l'amour ?
La première de toutes les disciplines c'est la pluralité.
Toutes les femmes, une seule ne suffit pas,on est vraiment dans la thématique de Lucrèce : pourquoi celle ci plutôt qu'une autre.. On a là une volatilité possible du libertin mais dans cette volatilité, la maitrise doit demeurer par l'observation de l'autre par surplomb avec cette supposition que l'autre aussi est une machine, que l'autre non plus ne connaît pas vraiment l'amour, et le pari reste un pari naturaliste , lointainement celui du matérialisme. " Je parie qu'il n'y aura pas de sentiment, que quelle que soit mon expérience auprès d'elle ou auprès de lui, ce qui va ressortir c'estla manière la plus polie de se demander réciproquement ce dont on sent qu'on a besoin,pour reprendre la fameuse définition de l'amour civique par Clitandre. 
D'un côté on a une lucidité sur l'origine douteuse de nos sentiments,et le caractère dangereux de ces sentiments, et de l'autre le respect des civilités, de la galanterie,cette importance de la politesse.
Comment à partir du moment où on a pris conscience que rien n'a de sens, que nous sommes ici par hasard et que c'est par la nécessité matérielle que nous nous mouvons,comment ce postulat là peur jutifier ne retour le respect des bienséances,et de la politesse ?
La jouissance de faire jouer deux registres parfaitement antinomiques: à la fois l'extrême politesse et parfois la grossièreté la plus grande.
On voit très bien chez Laclos et chez Sade inclusivement ,qui va donner à ça une puissance de feu bien supérieure, en sortant cette fois du cadre de la civilisation elle même.
Chez Laclos, on voit rès bien que la grande jouissance, le grand exploit du libertin,consiste à maintenir la politesse jusque dans le viol. Pourquoi ? Parce que la maitrise vient s'impliquer dans la violence de la prédation elle même par l'observation; 
Finalement on peut dire que la grande synthèse, c'est la volonté de savoir. Le libertin aime à voir, aime à regarder,de quelle manière son extrême maitrise vient se manifester dans la chute de l'autre, dans le désastre du corps, dans le retour de la naturalité, alors même qu'il y a eu tant de résistance.
Pour Valmont, le grand triomphe, c'est bien de faite chuter Mme de Tourvel, mais la faire chuter lentement,et non pas par une attaque rapide,qui ne permettrait pas de constater, à mesure que les gradations de la chute s'appliquent à quel point le libertin est le champion de lui même sinon il lui sauterait dessus et il ne serait plus libertin.
C'est aussi le cas de Madame de Merteuil,le personnage des Liaisons Dangereuses.(extrait) 
" J'aimerais beaucoup savoir ce qui vous a rendu tellement inventive...? 
- Mais a-t-on le choix, si l'on est une simple femme ?
Une femme est obligée d'avoir bien plus de talents que vous messieurs. Un homme ruine notre réputation avec quelques petites phrases bien venimeuses,c'est pourquoi j'ai du inventer la femme que je suis.ET puis surtout des échappatoires inédites pour mieux me garantir contre votre pouvoir. Si j'ai réussi c'ets que je savais que je suis venue au monde afin de dominer votre sexe et de venger enfin le nôtre.
- Oui, mais par quelle méthode ?
 - Quand j'ai fait mon entrée dans la société j'avais quinze ans, je savais déjà quel était le rôle qu'on m'assignait pour le reste de mes jours, me taire et faire ce qu'on m'ordonnait ce qui m'a permis d'apprendre à sentir, observer. je me moquais bien de ce qu'on me disait cela n'avait aucun intérêt et je m'exerçais à voir ce qu'on essayait de me cacher.Je pratiquais le détachement.J'étais entrainée à sourire pendant que sous la table j'enfonçais une fourchette entre la peau et mes ongles, je devins très vite une virtuose de l'hypocrisie. Ce n'était pas le plaisir que je voulais atteindre mais la connaissance. je consultais d'autères moralistes pour acquérir le maintien, les philosophes pour apprendre à réfléchir,et les auteurs pour voir jusqu'où je pouvais aller, et tout cela je l'ai distillé dans une unique et merveilleux précepte: vaincre ou mourir.Pas d'autre choix.
- Vous êtes infaillible alors ?
- Si je veux un amant je le prends; s'il se sent glorifié, il se cassera les dents.C'est là toute l'histoire.
Lettre 81 des Liaisons dangereuses pour le film de Stephen Frears.   arton404.jpg
   Chanson "Les nuits d'une demoiselle" par Colette RENARD.        
 On est là dans l'exposition du discours de ma méthode féminine de la  Libertine. "Née pour venger mon sexe et maîtriser le vôtre."    
 Dans la lettre on manifeste sa vituosité qui reste un objet de spectacle dans l'ordre de la civilité mondaine et où on manifeste son inventivité dans l'ordre de la langue et c'est ce que fait régulièrement Mme de Merteuil dans un dévoilement de l'action transgressive souterraine dans le corps social, où elle avoue dans une Lettre de confession,qui est un objet armé qui tombe dans les mains de Valmont, de l'homme.
Or, à la fin du roman c'est unr des Lettres qui est publiée dans le corps public,et qui provoque la chute de Madame de Merteuil.Si bien qu'il est diversement dangereux d'expliciter sa méthode et de dire qu'on est transgressif.Lorsqu'on est une femme, on peut le faire à ses risques et périls.
Une fois que l'héroisme s'est manifesté dans sa philosophie: "je suis moi même dans mon propre ouvrage": de là la punition: la petite vérole, la réputation qui chute et reste une affaire sociale...
Sur le plan philosophique, on passe son corps au tamis de ses principes, je parle exactement comme je pense et si ma maitrise me permet de mener les autres alors je vais l'exercer jusqu'à ce qu'ils correspondent.
Dans le libertinage on a du mal à voir qui du corps ou de l'esprit passe en premier puisque si l'on fait du plaisir le principe suprême, ce que l'on doit chercher ne priorité alors c'est le corps qui domine mais lorsqu'on se rend compte qu'il y a tout un courant du libertinage qui est puremenent théorique et d'ailleurs le libertinage est d'abord une pensée,alors on réalise que c'ets peut-être cette envie de contrôle et de maîtrise sur soi qui passe en premier. Comment comprendre ce rapport entre l'esprit, la volonté et le corps , le plaisir de l'autre ?
Chez la Marquise, nous avons l'expression d'un libertinage extrêmement cérébral, Sade dirait "libertinage de tête": "je ne désirais pas de jouir, je voulais savoir ". Alors cette libido là domine largement celle de la libido sexuelle qui est simplement vulgaire.
Elle est facile, elle peut changer d'amants quand elle le souhaite,ce qui est intéressant c'est l'expérience que l"on fait, de vérification,et de confirmation de ses propres principesd'hommes en hommes ou de femmes en femmes, ce qu'elle fait.De ce point de vue bien sûr, on a fait mille commentaires sur Madame de Merteuil, de la frigidité même du libertin en général en régime de mondanités, car effectivement cette extrême rigidité de contrainte dans la civilité du code, où on cherche à prendre du plaisir,débouche finalement sur le renversement de la perspective du plaisir.
C'est tout à fait différent dans le libertinage de traditions philosophiques plus explicites dans lesquelles au contraire,bien sûr, le corps est immédiatement l'allié de la demande du plaisir en tant qu'expression de la  vraie philosophie de la nature.
  Madame de Merteuil met son plaisir dans la manière talentueuse dont elle parvient à faire avouer le corps de l'autre; voir la chanson de Colette Renard, elle l'applique aux hommes: "Dis moi que tu jouis." D'ailleurs lorsqu'elle invite ses amants chez elle, elle relit ses lettres, et les textes de manière à les accorder à sa stratégie, et puis elle vérifie que le corps de l'autre répond à ses stimulis.Ses stimulis sont intéressants parce qu'ils sont réfléchis.Le voilà son plaisir, c'est un plaisir de domination de l'autre.
Le plaisir de la nature, celui que la nature nous autorise prouve que nous sommes des êtres sexués, physiques, tout simplement, est un plaisir qui doit être avoué, formulé  d'abord par soi même au nom d'une quête d'émancipation individuelle.
ce n'ets pas du tout sur cette position que se situet les libertins du régime mondain, ils se situent ne surplomb par rapport à ça, eux mêmes sont ceux qui avaient déjà découvrir ce qu'il y avait à découvrir sur eux mêmes.
les libertins du régime mondain s'opposent à tous ceux qui du discours naturaliste et athée de la fin du XVIIè siècle et début XVIIIè et tel qu'il va être saisi par Sade.C'est pas la même tradition, ce sont deux lignes de front.  
" Apprenez Madame qu'il n'est rien de plus illusoire que les sentiments du père ou de la mère  pour les enfants et de ceux-ci pour les auteurs de leurs jours. Rien ne fonde, rien n'établit de pareils sentiments en usage ici, détesté là,puisque qu'il est des pays où le parents tuent leurs enfants, et d'autre qui égorgent ceux à qui ils donnent la vie. Si les mouvement d'amour étaient dans la nature,la force du sang ne serait plus chimérique,voyez si les animaux les connaissent,non sans doute, c'est pourtant toujours eux qu'il faut consulter quand on veut connaître la nature. Oh, pour les soins ils ne sont jamais les fruits que de l'usage ou de l'orgueil, N'ayant rien fait de plus pour elle que ceux que prerscrivent les meoeurs du pays que vous habitez, assuéremnt Eugénie ne vous doit rien. Quand à l'Education il faut qu'elle ait été bien mauvaise, car nous sommes obligés de refondre ici tous les principes que vous lui avez inculqué,pas un qui ne tienne à son bonheur, pas un qui  ne soit absurde ou chémérique,vous lui avez parlé de Dieu, comme s'il y en avait un,de vertu comme si elle était nécessaire, de religion, comme si tous les cultes religieux, étaient autre chose que le résultat de l'imposture du plus fort et de l'imbécilité du plus faible.  Vous lui avez dit que foutre était un péché  alors que foute est la plus délicieuse action de la vie, vous avez voulu lui donner des moeurs comme si le bonheur d'une jeune fille n'était pas dans la débauche et l'immoralité,comme si la plus heureuse de toutes les femmes ne devait pas être incontestablement celle qui est vautrée dans l'ordure et le libertinage, celle qui brave le mieux tous les préjugés,et qui se moque le plus de la réputation. Ah détrompez-vous, détrompez-vous Madame,vous n'avez rien fait pour votre fille,vous n'avez rempli à son égard aucune obligation dictée par la nature, Eugénie ne vous doit donc que de la haine".( VIIè Dialogue de Dolmancé dans la Philosophie dans le Boudoir de SADE 1795)  philo_boudoir.jpg                 
 Rien à voir avec les textes du XVIIè, ici Sade explique, il nomme crument et ne joue pas avec la langue (le foutre),les équivalences sont claires. Suprématie de la Nature sur l'Education; L'obscénité de Sade est comme couturée dans des registres hétérogènes: celui de la politesse mondaine, héritée de Crébillon avec la violence obscène cette anaphore du "comme-ci" la réputation, la féménité,la maternité, le respect s'oppose à foutre, blasphème religieux...
La langue et les pratiques de la civilisation ne sont que des représentations,et qu'on peut les faire exploser  dans un langage qui vient lui même s'impliquer dans le corps.
Ce que dit le libertin, le sadien le fait directement."Eugénie, placez vous de cette manière, que la position" Sade metteur en scène de l'imposture dans et par le corps doté d'orifices signifiants. Il faut initier des personnes naïves ou innocentes aux vérités du corps et de l'esprit.

On maintient le terme "Madame" alors qu'on lui fait subir les pires outrages.
Le libertin est celui qui brise tous les liens et toutes les limites pour aller vers le pire.
"Madame ne vous ai-je pas donné du mot respect les preuves les plus fortes que vous puissiez en exiger,la situation où je me trouve avec vous est des plus terribles situations dans lesquelles on puisse jamais se trouver je me meurs de désir vous n'en doutez pas, cependant mes mains se sont -elles égarées, ai-je abusé des vôtres,que l'effort que je me suis fait trop cruel,pôur être bon usage de la passion,ô la vérité de mes sentiments..
- J'admire les hommes, je considère avec effroi tout ce que le moment peu... euh...jh'ai plus d'une raison de penser que je ne vous inspire pas d'amour,mais vous êtes désoeuvré, seul avec moi la nuit, et par une impridence que je ne me pardonnerais jamais,qui n'est presque pas croyable et moi même dont je doute encore, j'ai risqué que vous vous immisciez dans mon lit. Quand je serais moins bien à vos yeux,je vous inspirerais des désirs et surtout celui de triompher de moi dans ce moment même pour avoir une aventure singulière à raconter. Convenez que si je vous prête quelques motifs, j'airais beaucoup moins... de cette violente passion que vous voudriez que je vous crusse.
- Cidalise Pourquoi toujours me chercher des crises ? je n'ai jamais osé vous dire que je vous aime, que vous doutez de mon amour,  soit je consens à ne plus vous en parler, perlmettez moi de vous le témoigner sans cesse.
- Ah traitre serais-je assez malheureuse pour désirer que vous me disiez vrai ?
- Oh ma Cidalise,si vous le vouliez vous me rendriez heureux.
- Oh traitre, vous donner mon coeur et tout-ce que je sais que je vous donnerais avec lui, ne serais-ce pas me mettre volontairement dans l'horrible situation dont je ne fais que de sortir.
- J'avais toujours désespéré de me voir dans vos bras. 
- Ah Clitandre, que faites vous ? Ah si vous m'aimez Clitandre, laissez moi je vous l'ordonne.

Crébillon "La Nuit et le moment  "
Dialogue avec action sexuelle, avec langage des preuves et du remerciements dans l'interronégative et les modalités où l'on ne dit pas le désir directement et en même temps la suprise de l'acceptation et de la découverte de soi et d'une forme de naturalité possible, peut-être... ?              

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 13:50

Voilà à quoi a dû ressembler mon histoire après mon abandon à la naissance à l'Hôtpital Trousseau dans le XVIIIè arrondissement à PARIS en ce mois de novembre 1948 .

Après le passage obligé au Foyer St Vincent de Paul de l'Assistance Publique à Denfert Rochereau, le triage a dû être différent pour moi,  mais contrairement à Hervé Villard je n'ai aucun souvenir jusqu'à mon adoption à Rouéssé Fontaines dans la Sarthe en 1951...

Voir mon récit dans "l'Affaire Charles Henri ou les aléas d'un généalogie franco-indochinoise"

Je ne sais pas très bien si je rêve

Ou si je me souviens

Si j’ai vécu ma vie

Ou si je l’ai rêvée

Eugène IONESCO

 

Je dors bien à Paris. Section poulbots de l'orphelinat Saint-Vincent-de-Paul. Derrière les marronniers, l'hospice et l'hôpital servent de mouroirs.

— Encore un qui crève !

Alors, douce, lente, la cloche du couvent se met à sonner. Les orphelins de la guerre grandissent ici, sous les barreaux, les branches, dans la Javel, les traces de merde du couloir de l'infirmerie. La République encourage les filles-mères à abandonner leurs enfants à l'hôpital. Dans la cour voisine, sous un carré de ciel, les filles crient, piaillent, les filles chantent. On entend les voitures remonter le boulevard. Il y a quelque chose au-delà des murs, au-delà des cloches. Je ne suis pas malheureux. Pas timide. Pas révolté. Pas meurtri. Je suis là.

La nuit, parfois, le cœur grandit entre les rangées de lits en fer blanc, un sentiment monte. On ne pense rien. On ne dit rien. Les sœurs ferment les portes en sortant une à une les clefs des poches profondes de leurs tabliers blancs. Et on veut. De toutes nos forces on veut un marron brillant sur le pavé, un verre d'eau, le tablier d'une lingère, l'amidon. Un geste de la main. On sourit et on attend. On a confiance. On est heureux dans l'odeur d'éther.

À la crèche, les jours de visites, il n'y a jamais personne pour René Villard. Ni à Pâques, ni à Noël, personne pour laisser un camion de pompiers rouge, mais le jeudi, quand j'ouvre mon placard, il y a des marrons, des papiers de bonbons et des boutons de tablier. Et puis, un jour, Josiane m'offre le camion de pompiers. Un jouet rouge. Le plus beau des rouges du monde. Il faudrait que les choses, les gens, leurs visages, les jouets, que tout soit à moi.

Je n'aime que ce rouge-là.

Les pions et les pionnes sont aux ordres d'infirmières gradées possédant le pouvoir absolu. Têtes hautes, trois étoiles au galon posé sur un voile bleu. Le dernier dimanche de chaque trimestre, deux infirmières-chefs déroulent une carte de France sur le mur verdâtre du réfectoire. C'est le signal des départs, demain. Alors, de rage, on jette la purée à travers le réfectoire.

—        Départ demain 7 heures... Marchais, Selim,vous êtes transférés à Gien. Duchaussoy... à Tours. Depuis l'âge de trois ans, j'attends. Et, chaque fois que tombe le dernier nom, je respire à nouveau. Mais, ce jour-là, mon nom résonne.

—        Villard, vous irez dans le Cher, à Saint-Amand-Montrond.

La baguette de la Bourseiller pointe le centre de la carte.

— Juste au milieu de la France, ajoute-elle avec sa froideur habituelle.

Je sais l'heure. Je sais compter jusqu'à cent. Et je ne chiale pas, jamais. Je m'appelle René. La dernière nuit est blanche sous la veilleuse violette.

On est ensemble, mais sans se tenir par la main, un groupe de petites capes bleu marine, serrées, en train de traverser Paris dans le fourgon de l'Assistance publique. C'est écrit si gros qu'on a honte, comme on a honte des «guêpes» qui nous dirigent pas à pas. « Vous, là»,

« Vous, là». On les appelle les guêpes parce qu'elles nous piquent tout le temps, à la seringue. À Denfert, on a testé des dizaines de vaccins.

Derrière, nous laissons l'avenue Denfert-Rochereau et puis des rues, des berges, des arbres, des gens.

Dans le hall de la gare d'Austerlitz, les convoyeurs nous attendent sur le quai. Leurs vêtements civils nous font voir l'autre monde, adieu les blouses blanches. On nous passe autour du cou un collier de perles de bois avec une médaille en laiton. Sur le col de mon chandail pend le matricule 764.

Il y a la gare et les bruits, les trains, toute cette grandeur du monde, mais, dans ma tête, ça tricote des sentiments, je pense à mes douces cheftaines, je ne leur ai pas dit au revoir. Ce jour-là, elles n'étaient pas de garde. C'est grave et ce n'est pas grave. Ça continue, la vie, les visages, et les inconnus. Les pas. Le train. Ça soulève le cœur, ça calme aussi. J'ai commencé à devenir quelqu'un là, entre les wagons, les capes, les coups de sifflets, moi dans cette vie qui va d'un point à un autre, toujours d'un point à un autre, par dizaines d'arrachements, partout chez lui, nulle part chez soi avec une mère, un père et des bras.

Le train roule en nous berçant. À chaque arrêt, ils appellent des matricules, et une partie de notre groupe s'éloigne en rangs par deux.

À Vierzon, on déjeune d'un casse-croûte. Le turbulent Duchaussoy lance : « C'est quoi ce bled paumé ?» Alors, Aziz, Adrien, on ne se reverra jamais? Dans la micheline jaune et rouge, il reste deux convoyeurs. Et moi. Un vent chaud fait tournoyer des plumes rousses. Elles doivent venir d'un panier d'osier dissimulé entre les pieds d'un voyageur.

—        Saint-Florent-sur-Cher. Une minute d'arrêt. Je bondis en croyant que c'est mon tour.

—        Rasseye-toi.

Le convoyeur continue de mâcher son chewing-gum. Une grosse citadelle surgit au sommet du village de Château-Neuf.

À Saint-Amand-Montrond-Orval, un convoyeur signe, vite, sans un au revoir, le bras passé par la vitre, mon bulletin de transfert. Le chef de gare crie, tout va vite, tout est comme avant et rien n'est comme avant, je ne suis jamais né, alors je survis à chaque instant. Ce qui va arriver, à chaque seconde, peut m'avaler, m'emporter. Et là, pour la première fois, je découvre un langage inconnu. Le chef de gare s'est mis à rouler les r. Des mots tout neufs, rentrés, mais vivants comme l'écorce, le français des Berrichons.

Les voyageurrres pour Montluçon, en voiturrre. Ferrmer les porrrtières... Attention au déparrrt.

C'est autre chose qu'à Paris. Au milieu du tumulte, il faut se cramponner à des détails, des petites choses bien à soi. La langue rauque de ces gens-là, grave et profonde, me paraît plus ridicule que moi.

Madame Robillat ne dit pas bonjour.

C'est donc toi, mon matricule 764.

Ma médaille, elle la fixe par-dessus ses lunettes. — Viens, nous allons bien nous amuser. Tu es ici pour aller à l'école.

Je suis venu de Paris jusqu'à Saint-Amand-Montrond pour aller à l'école ? Nous montons dans une deux-chevaux. Nous traversons une petite ville silencieuse. Au dernier feu, un cheval tourne son museau vers moi et me regarde. Au bout de la route, je crois qu'il y aura la mer, parce que c'est le début des vacances. Je sais attendre, ça m'oppresse, mais j'at­tends. On est sortis de la deux-chevaux et on m'a posé devant la porte d'un bureau, dans une grosse maison —la COTRELLE - le foyer de l'Aide sociale à l'enfance. Puis, dans sa grandeur, est apparue, avec son chignon rehaussé, madame Sabatier, sous-directrice.

René Villard, écoutez-moi.

Dans huit jours, elle dit que je rejoindrai mes parents nourriciers, à la campagne.

Moi, je veux voir la mer.

—        Taisez-vous, Villard, ici on n'est pas à Paris. Son vouvoiement me fait peur.

—        Et on ne répond pas à sa directrice.

Elle s'oblige à être froide, ils s'obligent tous à l'être, ce n'est pas naturel. Cette froideur, il faut la traverser, la transpercer. Chez madame Robillat comme chez toutes les femmes, il y a quelque chose de chaud et de tendre que je peux atteindre en souriant, en la fixant de mes yeux noirs. On peut obtenir la douceur, je le sais depuis l'orphelinat.

La cuisinière du foyer me tire par la main jusqu'à une chambre pour moi seul, au bout des parquets cirés.

Dans cette grosse maison du foyer de la COTRELLE il y a je ne sais pas combien de chambres, de lits. Je dois dormir là, demain je dormirai ailleurs. C'est la nuit, alors je compte sur mes doigts les souvenirs. Je ne sais pas bien ce que sont les hommes, je préfère les femmes, oui. Des hommes, je n'en ai connu qu'un, qui passait tard pour voir ma mère et qui au matin avait disparu. J'ai eu une maman dans une autre vie, toute petite, lointaine et poudrée, comme prise dans une boule à neige. Je compte sur mes doigts les souvenirs. Les gitans derrière chez nous. La caserne et les cours d'immeubles, les pièces de monnaie qu'on me lance, elles tintent, brillantes, parce que j'ai chanté Nez rouge encouragé par maman. Et quand je chante Nez rouge, la tête dressée vers les plus hautes fenêtres, ma mère est heureuse. Et puis c'est trouble. C'est la nuit, dans la rue. Ma mère n'est pas là, je ne sais pas. Je ne la vois

plus dans le noir. Où allais-je donc à cette heure tardive quand un homme aux yeux doux s'est penché vers moi sous un réverbère éteint?

Ma mère ne m'a pas abandonné. Elle m'a négligé. Une voisine jalouse l'a dénoncée aux services de l'enfance pour un amant qu'elles ne voulaient plus se partager.

Pour aller voir tantine Solaire à Villepinte, nous prenions le car bleu. Ses grands yeux gris, pareils à ceux de maman, devenaient méchants si je marchais pieds nus. Solaire retournait les cartes pour lire le bonheur ou le malheur d'une personne en visite. Un beau gitan aux cheveux longs venait le soir allumer un grand feu et jouer de la guitare dans le jardin du cabanon. J'ai toujours pensé qu'il était mon père.

«Mais je ne suis pas ton père », lâchait-il en palpant sa boucle d'or.

Je pataugeais dans le ruisseau à l'ombre d'un soleil brûlant quand maman m'a dit : « On ne fêtera pas tes quatre ans ensemble. Tu vas partir en colonie, notre pays est rempli de petits ruisseaux comme celui-là et tu verras comme c'est beau la mer

Mentir avec amour, c'est du talent gâché.

Nous sommes rentrés par le car bleu. Des perles d'eau coulaient sur ses taches de rousseur. Devant le

Sacré-Cceur, maman m'a lâché la main. Elle m'a recommandé de bien tenir celle d'une bonne soeur.

En la quittant sur l'escalier, une douleur m'a traversé la poitrine. Je crois que je n'ai pas pleuré. Sage, j'ai attendu que la mer tombe du ciel dans la cour pavée. Tous les jours, un drapeau bleu blanc rouge flottait sur le toit de la crèche où l'on me disait : «Tu appartiens à la République. Ce drapeau est le tien. Tu es un enfant bleu. »

— Alors, dis-moi, soeur Thérèse, je peux devenir rouge aussi, rouge comme un baiser de maman?

— Oui. C'est exactement ça. Ta mère est morte. Elle est partie au paradis sur un nuage blanc.

— Est-ce que tu m'aimes ?

Je demande ça à tout le monde dans la cour pavée.

Pendant les trois premières années de ma vie, rue de la République, à Montreuil, j'ai très peu vécu à la lumière du jour. Le soir descend, cette nuit-là mon ballon de foot part dans les chromes d'une voiture juste avant l'étoile de sang qui laissa à mon front cette cicatrice. La machine à coudre tourne derrière la porte vitrée de la loge de concierge où nous vivons. C'est flou, mais d'un coup je me souviens. Dans le métro, je ne veux pas des wagons verts, je veux le wagon rouge. Je cours, je monte, maman s'essouffle derrière moi, elle dit non, elle me tire vers le wagon d'à côté, les portières se referment sur sa jambe. Elle est blessée et j'ai de la peine. Nous ne passerons pas de la seconde à la première classe, et après ça on nous sépare. Pendant des milliers de jours, je ne reverrai pas maman parce qu'elle est morte. Maintenant c'est la nuit, ici, loin de Paris, et je vais m'endormir.

Au foyer saint-amandois — j'aime bien le mot la COTRELLE -, j'attends. Des inconnus me font des gentillesses. Comme à Paris, à Saint-Vincent-de-Paul où soeur Thérèse était douce. Elle bravait le règlement pour me pendre à son cou et refermer ses bras sur moi, je sentais ses joues, le bout de son nez.

«Non, René, pas : Je vous salue Marie pleine de crasse...» (comme beuglaient les grands au réfectoire) «... non, René : Je vous salue Marie pleine de grâce.» Et elle me soulevait dans ses bras religieux. Je n'en­tendrai plus les plaintes et les gémissements d'un «bleu» de Saint-Vincent, d'un arrivant au dortoir, sous les veilleuses violettes. Toute cette morve, ces tremblements, ces petits yeux torves noyés d'eau. Je ne pleurniche pas. Je ne veux pas partager les cauche­mars et les bruits de la nuit. Au matin, la cuisinière du foyer de Saint-Amand me fait, étonnée :

Au moins, toi, tu dors bien.

Je lui réclame encore mon image, celle de Jésus que soeur Thérèse m'a donnée à Paris. Et puis je suis devant un autre homme, au bout d'un couloir, monsieur Auffort, le grand directeur. Tout en noir, avec sa pochette jaune. Très grave, tranquille, sec et froid. Pour me parler, il me fixe, et toutes les rides de son front se plissent.

Je suis désormais ton tuteur, il faudra m'obéir, tu vas rejoindre dès maintenant tes parents nourriciers.

Je sais que je ne suis plus à Denfert. Je ne lui réponds pas. On ne répond pas à monsieur Auffort. Il se penche vers moi.

Et je te le promets, un jour, tu verras la mer.

Je suis assis sur une table, des sandales aux pieds. À côté de moi, on a posé le trousseau complet de l'Assistance, des vêtements neufs et rêches, culottes courtes, tablier de vichy bleu. Et puis on est partis.

Sur la route, dans la deux-chevaux, la Robillat me fait compter les voitures, un cheval, quatre bicy­clettes, sept charrettes... Et ça continue, c'est inter­minable. On laisse les maisons. Et tout au bout, perdu, enfoui sous le feuillage d'un chemin creux, c'est Le Rondet, chez les Auxiette.

Nous entrons à contre-jour dans la cour de la ferme. Juillet est doré, une ligne vert-de-gris dessine la forêt. Derrière je pense qu’il y a la mer. Une chienne poussiéreuse sort du tonneau.

-        Y a –t-il quelqu’un par ici ?

La chienne hurle.

-        tais toi Mirette ;

Du lavoir monte une petite femme derrière sa brouette ;

-        - Bon Diou, fait-y chaud, le soleil en a brûlé mes roses (...)

Extrait de : l'âme seule d' Hervé VILLARD ( Fayard - 2006)

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4 décembre 2011 7 04 /12 /décembre /2011 17:53

Le drame du vivre ensemble perdu
Quel "Nous" formons-nous ?  Un triste agrégat sans âme  ou une  communauté vivante  ?
Où en est le "vivre-ensemble" en France ?
Sa crise est-elle solvable ou mutant bientôt en catastrophe ?

Autant de questions dont le journal Causeur, dans sa livraison de novembre, (n. 41) s'empare, dossier d'une soixantaine de pages soutenu par un long article d'Alain Finkielkraut.
Intitulé  "Sommes-nous encore un nous ?"  l'article du professeur de culture générale est un résumé de son cours inaugural de cette année à l'école Polytechnique. L'auteur de "Nous autres, modernes, quatre leçons" (Folio Essais, 2009) continue d'explorer les thèmes qui lui sont chers, revenant sur la résistance au voile en France qui a vu  s'opposer laïcs contre laïcs , reposant la question de la signification de l'interdiction du voile  dans un monde qui prétend se délivrer des interdits , s'interrogeant sur le devenir de la galanterie française, le malaise dans l'identité, la guerre des respects,  celui qu'on me doit l'emportant malheureusement sur celui que je dois à autrui .
Entre autres thèmes de prédilection, il y a bien sûr la question de l'école qui continue d'enregistrer sans piper l'étrange effacement de  l'aïdos  entrée qu'elle est, l'école, dans l' âge du fier  ainsi que le disait Philippe Murray.

Article de fond à lire toute affaire cessante avec ses détours érudits et lettrés également autour du  pantalon  ou de l'expression  "politiquement correct"  à propos de laquelle l'animateur de Répliques écrit :  "Elle est le régime de la liberté d'opinion, et le régime de l'Opinion".

Retenons ce jugement critique à propos du "vivre-ensemble" d'aujourd'hui,  devenu  le contraire de "vivre ensemble" ; ce n'est pas un vivre à l'unisson, fusionnel ou communautaire, mais un vivre à distance, indépendant, chacun selon ses convictions, selon ses envies, ses aspirations, libre des autres et en paix avec eux. "Telle est la liberté des Modernes, cette paisible jouissance de l'indépendance privée", comme le dit encore Benjamin Constant.

Démonstration claire et rigoureuse des raisons d'une crise  inquiétante , crise d'un vivre-ensemble  dans laquelle nous sommes impliqués ,  que nous ne voulons pas . À la question de savoir pourquoi  la démocratie a tant de mal à y faire face , face à un amphi attentif, Finkielkraut conclut :  c'est qu'elle est le produit inexorable de son évolution.

Causeur Magazine numéro 41 : Vivre ensemble, la leçon d'Alain Finkielkraut (Extraits)
Par Causeur - Vendredi 04 novembre 2011,
« Je suis né à Paris le 30 juin 1949. J'ai donc grandi et passé une partie de ma vie d'adulte, personnelle et professionnelle, dans une France bien différente de celle que nous habitons aujourd'hui. Dans cette France de naguère, on croyait à la politique, c'est-à-dire à la force de la volonté collective, on avait foi dans le pouvoir des hommes de façonner leur destin. Dans cette France d'autrefois, l'Histoire semblait porteuse de sens. »
" En 1968, nous disions: « Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi. » Essoufflés, nous avons ralenti le pas, nous nous sommes arrêtés, et le vieux monde a disparu.
C'est à travers la notion de changement que l'homme se pensait comme l'auteur de son histoire, et voici que le changement le dépossède de cette prérogative.
J'ouvre le rapport remis le 28 janvier tort au Premier ministre par le Haut Conseil à l'intégration et qui porte sur « Les défis de l'intégration à l'école recommandations relatives à l'expression religieuse dans les espaces publics de la République ». Je lis, chapitre 3 : « La pression religieuse s'invite au sein des cours et dans la contestation ou l'évitement de certains contenus d'enseignement. Ainsi les cours de gymnastique et de piscine sont évités par des jeunes filles qui ne veulent pas être en mixité avec les garçons. Cette dispense d'enseignement, parfois justifiée par des dérogations médicales de complaisance, pose le problème du vivre-ensemble entre filles et garçons. » D'autres faits similaires sont mentionnés un peu plus loin : « Il nous a été signalé que, dans certains quartiers relevant de la politique de la ville, les cantines sont peu fréquentées bien qu'existe une prise en charge des repas pour des familles défavorisées. Ainsi, dans plusieurs collèges des communes visitées par le HCl, la majorité des élèves de l'établissement ne fréquente pas la cantine scolaire pour des raisons principalement religieuses alors que des plats de substitution sont prévus. » Alors que des groupes se forment au sein des classes, et même à la cantine, le HCl exhorte solennellement l'École républicaine à assumer sa mission originelle - être le creuset où se fabrique le vivre-ensemble au-delà de la simple coexistence et tolérance des différences."
[...]
Ainsi commence le texte long, dense et cristallin qu'Alain Finkielkraut a confié à son amie Elisabeth Lévy pour les lecteurs de Causeur. Ces 20 pages, directement issues de sa leçon à la nouvelle promotion de l'Ecole Polytechnique portent sur un sujet délicat entre tous, la crise du «vivre-ensemble».

Un texte comme il est l'un des rares dans ce pays à savoir en faire, personnel et universel. N'étant pas sot au point de tenter de vous résumer son propos, je laisse la parole à Elisabeth, qui en fait une description inspirée dans son texte introductif: «Il ne suffisait pas de déjouer les pièges du politiquement correct pour percer la vérité profonde d'un phénomène qui se déploie dans la grammaire fragmentée de l'actualité. Cheminant à travers les événements du présent en compagnie des auteurs du passé, explorant les soubassements, repérant les minuscules fissures qui deviendront des lézardes béantes, Alain Finkielkraut expose la généalogie cachée de ce qui nous arrive.»

Alain Finkielkraut : malaise dans l’identitéCauseur_Une_41-copie-2.jpg
Quatrième leçon sur le vivre-ensemble (Extrait)
"Le thème (sinon le mot) d’identité apparaît, en Europe, avec le romantisme. Il est la réponse du romantisme à la philosophie des Lumières et à la Révolution française qui postulent que "l’homme devient humain par sa capacité d’être autonome, c’est-à-dire de penser, d’agir, de juger par lui-même. Par lui-même et non par le secours d’une autorité extérieure à la raison".

Cette capacité, les révolutionnaires français en ont revendiqué le plein exercice. Ils ont voulu reconstruire la société humaine sur le fondement de la raison (de leur raison). Du passé, ils ont décidé de faire table rase. « Notre histoire n’est pas notre code », disait fièrement Rabaut-Saint-Étienne. Et il ajoutait : « Tous les établissements en France couronnent le malheur du peuple. Pour le rendre heureux, il faut le renouveler, changer ses idées, changer ses lois, changer ses mœurs, changer les hommes, changer les choses, changer les mots… Tout détruire ; oui, tout détruire puisque tout est à recréer. »

"Le romantisme politique s’est donc formé en réaction à cette entreprise régénératrice et destructrice. La violence révolutionnaire, dit, par exemple, Edmund Burke, dans ses Réflexions sur la Révolution française, n’est pas un accident de l’Histoire, un effet des circonstances, mais un pur produit de la présomption. « Les esprits éclairés, qui ont cru bon de rompre le cours des choses, n’ont aucun respect pour la sagesse des autres, mais en compensation ils font à la leur une confiance sans bornes. » Ils se font gloire, ces esprits éclairés, de secouer les vieux préjugés alors que ceux-ci sont « la banque générale et le capital constitué des nations et des siècles, et qu’il vaudrait bien mieux employer sa sagacité à découvrir la sagesse cachée qu’ils renferment ». Cette désastreuse politique procède, selon les romantiques, d’une métaphysique fallacieuse. Ce qui fait l’humanité de l’homme, disent-ils, ce n’est pas l’arrachement à sa condition de minorité, c’est sa filialité, sa dette à l’égard des morts ; ce n’est pas l’autonomie, c’est l’appartenance ; ce n’est pas la capacité de s’abstraire de toute tradition, de toute détermination et de toute humanité particulière, c’est l’inscription dans un monde. L’homme n’est pas son propre fondement, il est issu d’une source qui le transcende et le précède. Extraire l’homme de sa tradition, le couper de ses pères, repartir de zéro pour fonder une société nouvelle avec des individus autonomes, cela ne peut conduire qu’à une destruction de ce qui est constitutif à l’humanité de l’homme. Telle est donc l’objection identitaire faite par les romantiques aux Lumières et à la Révolution française".

Cette objection va se durcir dans la seconde moitié du XIXe siècle.

« Il n’y a point d’homme dans le monde, disait Joseph de Maistre dans ses Considérations sur la Révolution française. J’ai vu, dans ma vie, des Français, des Italiens, des Russes, etc… Je sais même, grâce à Montesquieu, qu’on peut être persan : mais quant à l’homme, je déclare ne l’avoir rencontré de ma vie ; s’il existe, c’est bien à mon insu. » Et Barrès, un siècle plus tard : « C’est toujours l’histoire des droits de l’homme. Quel homme ? Où habite-il ? Quand vit-il ? » Pour l’un comme pour l’autre, l’homme est humain en vertu de son imprégnation par une histoire, une culture, une manière distincte de percevoir, de désirer et de ressentir.
Mais Barrès va plus loin que de Maistre. Sa critique des Lumières ne laisse aucune marge d’indétermination : « L’individu s’abîme pour se retrouver dans la famille, dans la race, dans la nation. » Les Lumières : l’individu s’affirme, la société est une association d’êtres indépendants les uns des autres et réunis par un libre consentement. Barrès : l’individu s’abîme, la société est une communauté qui précède et qui façonne ses membres. Modèle contractuel dans un cas, modèle organique dans l’autre. Fort de ce déterminisme radical, Barrès oppose à tous ceux qui s’efforcent d’apporter les preuves de l’innocence de Dreyfus cette catégorique fin de non-recevoir : « Dreyfus est coupable, je le conclus de sa race. »

"Ce n’est ni dans un reportage, ni dans une enquête sociologique, ni chez un philosophe contemporain que j’ai trouvé la description la plus précise, la plus concrète et la plus aiguë de la crise contemporaine du vivre-ensemble, mais au chapitre XIII du Léviathan, le livre fondateur publié par Thomas Hobbes en 1651 : « Les humains n’éprouvent aucun plaisir mais plutôt un grand déplaisir à demeurer en présence les uns les autres s’il n’y a pas de puissance capable de les tenir tous en respect. Car chacun cherche à s’assurer qu’il est évalué par son voisin au même prix qu’il s’évalue lui-même, et chaque fois qu’on le sous-estime, chacun s’efforce naturellement, dans la mesure où il ose, d’obtenir par la force que ses contempteurs admettent qu’il a une plus grande valeur. "

"Telle est la grâce des auteurs classiques. Ils appartiennent à l’histoire des idées et, en même temps, ils lui échappent. Ils ne nous renseignent pas seulement sur ce qu’ont pensé nos ancêtres et nos précurseurs, ils jettent sur ce que nous sommes et sur ce qui nous arrive un éclairage infiniment précieux. Nous visitons le patrimoine, c’est-à-dire le musée des choses mortes et, soudain, c’est un pan de notre vie ou de notre monde qui surgit en pleine lumière".

"En lisant Hobbes, donc, nous nous lisons. Une part importante de la violence contemporaine résulte du désir d’être respecté, du sentiment de ne pas l’être, de la colère suscitée par un regard de travers ou un regard tout court lorsqu’il fallait baisser les yeux pour manifester sa soumission. C’est le club de football qui a manqué de respect à un joueur en n’acceptant pas ses conditions financières. C’est le mec qui a manqué de respect à ma sœur. C’est le professeur qui a manqué de respect à l’élève en lui mettant une mauvaise note assortie d’une appréciation négative. « J’ai encore en mémoire, écrit Véronique Bouzou, professeur de français en zone dite « sensible », le visage d’un élève qui s’était avancé vers moi sa copie à la main, pour me demander sèchement : ” C’est quoi cette vieille note que vous m’avez mise ? ” ». Selon lui, la raison de sa mauvaise note ne faisait aucun doute : c’était de ma faute et pas de la sienne. J’ai réussi à lui faire reconnaître sa mauvaise foi quand il a relu à haute voix sa copie, totalement illisible. Mais je crains de plus en plus la réaction imprévisible des élèves qui prennent une mauvaise note pour un manque de respect et qui le font payer cher à leur prof. » La même conception du respect est à l’œuvre chez les jeunes qui se sentent bafoués et méprisés quand le bruit court que l’institution veut toucher aux vacances scolaires. Le 1er octobre, Le Figaro publiait un entrefilet ainsi libellé :
« Une rumeur ” infondée et ubuesque “, selon le rectorat de Lille, sur la suppression d’un mois de vacances, a déclenché des manifestations de lycéens et des violences urbaines dans plusieurs villes du Nord du pays, à Lens et Béthune, Douai et Dunkerque et près de Paris. Une dizaine de voitures ont été retournées et endommagées, des vitres brisées autour du lycée professionnel Jean-Moulin, au Chesnay, dans les Yvelines. »
"Je disais en introduction que le changement n'est plus ce que nous faisons mais ce qui nous arrive et que ce qui nous arrive de plus inquiétant, c'est la crise du vivre-ensemble. Et puis j'ai découvert peu à peu que nous sommes impliqués dans ce qui nous arrive. Nous ne le voulons pas. Nous le déplorons. Mais nous y mettons du nôtre. Je dirai donc pour conclure que la démocratie a d'autant plus de mal à faire face à la crise du vivre-ensemble que cette crise n'est pas seulement une catastrophe qui lui tombe dessus, mais qu'elle est aussi et simultanément le produit inexorable de son évolution".
[...]

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 22:31
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