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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 18:10

INTRODUCTION

 

Nous faisons de notre mieux pour qu'aucun doute ne subsiste sur la valeur des mythes qui renaissent de la putréfaction des idéaux.

Paul Valéry, «Lettre-Préface» à Keyserling,

Le monde qui naît, 1934

 

Vous êtes réactionnaire, c'est bien. Tous les grands écrivains sont réactionnaires. Balzac, Flaubert, Baudelaire, Dostoïevski: rien que des réactionnaires. Mais il faut baiser aussi, hein. Il faut partouzer. C'est important.

Michel Houellebecq, «Sollers » personnage des Particules élémentaires, 1997

 

Le 21 avril 2002 a emporté bien des certitudes. N'y voir qu'un effet du discrédit des élites, comme le font beaucoup ces derniers temps, c'est non seulement faire le jeu des populismes qui ont aujourd'hui le vent en poupe en Europe, mais aussi ignorer la puissance corrosive des idées qui s'affirment et que traduit le retour de thèmes aux saveurs un peu oubliées: l'ordre, l'autorité, la restauration des valeurs, le «peuple réel» (souvenons-nous un instant du «pays réel» de Charles Maurras), voire le culte des racines et des identités constituées. Autant de figures qui renvoient en réalité à une méfiance de plus en plus marquée à l'égard de la démocratie, de l'État de droit et des fondements d'une « société ouverte » au moment même où on les croyait durable­ment installés dans les esprits. Comme le dit Pierre Hassner, nous entrons peut-être dans un monde qui sera davantage celui de Hobbes, de Nietzsche, voire d'un certain Marx, que celui de Locke et de Kant (paix perpétuelle et République universelle). Exit l'État de droit, retour à l'État-Léviathan comme ultime recours devant le spectre de la « guerre de tous contre tous ».

Tel serait le pro­gramme du « siècle qui naît ».

Mais l'idée d'une revanche du peuple sur les élites masque également les contributions actives d'une bonne partie desdites « élites » — en l'occurrence de l'intelligentsia française - à ce brusque changement de climat idéologique. Pour ne pas être sur­pris par la « petite ère glaciaire» qui s'annonce, il faut sans doute reconsidérer le jugement porté un peu rapidement sur la «  conver­sion » des intellectuels français à la démocratie, aux droits de l'homme et à l'État de droit — le « triangle d'or » évoqué un jour par le même Pierre Hassner (2) — dans les années 1980: le fracas des événements récents conduit en effet à réviser nombre d'idées reçues sur l'état des esprits. Les passions les plus archaïques de la com­munauté intellectuelle, un temps gelées par les baisers Lamourette de l'antitotalitarisme, semblent revenir au galop.

Certes les retours aux sources ne sont pas nécessairement des retours en arrière. Certains vont chercher dans les oeuvres du passé de quoi éclairer le présent : c'est le cas des Furet, des Lefort, des Blandine Kriegel, des Philippe Raynaud, qui, exhumant un XIXè siècle français injustement oublié, ont réintroduit Constant, Guizot, Quinet, et bien sûr Tocqueville déjà

« redécouvert » par Raymond Aron au temps de la Guerre froide. Mais il en est d'autres qui prennent la forme d'authentiques régressions et visent en son coeur, sans toujours l'avouer, le projet démocratique lui-même et son ambition égalitaire. C'est à ce type d'offensives que nous assis­tons aujourd'hui.

 

I . Voir Thérèse Delpech, Nicole Gnesotto et Pierre Hassner (table ronde), Face aux nouvelles menaces, quelle coalition antiterrorisme s Esprit novembre 2001.

2. P Hassner, la Violence et la paix. Paris. le Seuil. coll. Points -, 2000.

Ces attaques, parfois ouvertes, parfois encore dissimulées, s'en prennent en priorité aux « idoles » d'hier, avec une efficacité à faire pâlir les prophéties les plus pessimistes véhiculées jusque-là par les seuls « thrillers » d'anticipation, dans la littérature ou au cinéma... Combien dérisoires nous apparaissent désormais les « grands débats » qui agitaient hier encore le Landernau. Ceux qui annonçaient k règne de la «pensée unique» se sont finalement bat­tus contre des moulins à vent, ou se sont carrément trompés de cible. Ceux qui, avec les derviches tourneurs du « mouvement social », promettaient de nouveaux « pôles de radicalité » semblent aujourd'hui aussi démunis que les autres devant les bouleverse­ments du paysage idéologique et politique.

Certes les nouveaux réactionnaires ne forment pas, ou pas encore, un mouvement structuré et conscient, avec ses manifestes, ses tribuns charismatiques, ses écoles et ses querelles d'école. li ne s'agit pas non plus d'une réédition de l'opération « Nouvelle droite » modèle 1978. 11 n'y a pas de « chef d'orchestre». Ce que l'on perçoit, ce sont plutôt les échos de marteaux sans maîtres pous­sant leur petite musique sans crainte de la cacophonie. Ce basculement, sensible pour beaucoup, résiste aux tentatives de qualifications. « Populisme », « néoconservatisme », « national-républicanisme »... Les mots pour le dire éclairent très imparfai­tement le phénomène, comme ils peinent à rendre compte des sau­tes d'humeur du corps électoral. C'est en réalité une nouvelle réac­tion (au sens premier du mot) qui se met en place et dont les ramifications peuvent être observées dans des canaux aussi divers que les ouvrages de philosophie politique ou morale, les essais, les romans, les bandes dessinées, les slogans publicitaires, les paroles des chansonnettes, et naturellement les cercles, clubs ou fondations où se concertent les fameuses « élites ». C'est pourquoi nous parle­rons ici de « nouveaux réactionnaires », bien que les réactionnaires soient rarement « nouveaux » autrement qu'au sens banal de la relève des générations. Ce qui est nouveau, en revanche, c'est que l'offensive actuelle se déploie simultanément contre les deux pôles historiques de la culture politique française, qui prônent une société ouverte et pluraliste : la gauche égalitaire et la droite libé­rale. En effet, l'anti-égalitarisme que l'on voit se développer aujour­d'hui chez certains est aussi un nouvel « illibéralisme » qui n'a que peu de points communs avec celui du gauchisme traditionnel. Au fond, la réaction actuelle n'épouse aucun des clivages convenus de la vie politique de ces dernières années.

Tout se passe pourtant comme si on voulait continuer à nous persuader, en dépit de tout, que le débat public a toujours lieu entre libéraux et sociaux-démocrates, voire, au sein de la gauche, entre la « vraie gauche » et les « sociaux-libéraux ». Cet entêtement dans la routine intellectuelle et, disons-le, dans le verbalisme incan­tatoire, est à la fois dérisoire et quelque peu hasardeux. Comme l'est, dans un autre genre, la ritournelle sur les « intellectuels médiatiques» véhiculée par certains organes de presse'. L'affaire est en définitive bien plus grave que cela.

Peut-être allons-nous vers la généralisation de ce que Jürgen Habermas appelle des positions « néoconservatrices». (4) On sait que l'on a baptisé ainsi, de l'autre côté de l'Atlantique, le tropisme de certains démocrates déçus par le manque de fermeté de leur parti, sous Carter en particulier, devant la menace soviétique et la montée du «politiquement  correct ». Beaucoup d'intellectuels juifs, jadis piliers du syndicat ouvrier American Federation of Tabor (AH.), ont rejoint ce courant, pour les mêmes raisons et pour d'autres plus spécifiques (guerre des Six Jours en 1967 ; crise de la vieille alliance des minorités, essentiellement dans les rapports Juifs/Noirs). Des revues comme Commentary (Norman Podhoretz) et The Public sont ainsi passées du libéralisme (au sens américain, c'est-à-dire de gauche) au « néoconservatisme »

3. Voir à ce sujet l'article archétypique de Maurice Maschino, «Les nouveaux réactionnaires», dans Le Monde diplomatique, octobre 2002.

4.Jürgen Habermas, Écrits politiques, Paris, Cerf, 1988. interest (Irving Kristol)

 

Cette évolution a un air de famille avec celle que l'on peut observer en France, y compris en raison du rôle qu'y tiennent des intellectuels juifs issus de la gauche, devenus défenseurs inconditionnels d'Is­raël et désillusionnés de l'anticolonialisme, de l'antiracisme, etc. Dans le même ordre d'idées, on signalera que certains des néocon­servateurs les plus en vue ont été des disciples de Leo Strauss, et que la défense des humanités contre les « nouveaux barbares» de l'école et de l'université de masse est chez eux une détermination très importante, à Princeton comme à Paris.

Mais le climat hexagonal a ses spécificités. C'est le chemi­nement de cette « nouvelle vague» française qu'il s'agit de reconstituer ici, sans diabolisation aucune. D'abord en identifiant les points d'impact de ce courant dans le débat public : ce sera l'objet de la première partie de notre enquête. Les nouveaux réactionnaires se retrouvent d'abord autour d'antipathies communes et d'un goût que l'on croyait passé (sauf chez quelques héritiers de Céline, modèle insurmontable en la matière, et autres folliculaires des groupes extrémistes) pour la provocation, l'insulte, la dénonciation ad hominem et la transgression systématique de tous les tabous. La libido réactionnaire, qui peut ici s'offrir le luxe de reprendre le plus discutable de « 68 » (« Il est interdit d'interdire! »), pousse en effet à brouiller méthodiquement les frontières du « dicible » et du non­dicible. Cherchera-t-on à nous faire encore une fois le coup de « l'anarchisme de droite » ? On sait que cette expression a servi à couvrir les nostalgies autoritaires, lorsqu'elles devaient recourir à la dissimulation (écrivains vichystes et collaborateurs aux lendemains de la Libération). En réalité, nous n'en sommes plus là aujourd'hui. Le désir de réaction se répand désormais au grand jour à travers différents « procès » : celui de Mai 68, celui de la culture de masse, celui des droits de l'homme, celui de l'antiracisme, plus récemment celui de l'islam... Autant de totems et d'intouchables

déboulonnés les uns après les autres par une verve iconoclaste pro­gressivement déculpabilisée. Progressivement, car il s'agit d'une mécanique; chacune de ces «procédures » favorise l'ouverture de la suivante tout en rendant plus acceptables des opinions jugées jusqu'ici intolérables. Le procès de Mai 68 rend ainsi plus aisées les attaques contre l'école et l'université de masse et banalise peu à peu l'expression de points de vue « antijeunes ». De même, le procès de l'antiracisme tourne à la banalisation des discours xénophobes bien au-delà de leurs émetteurs traditionnels, comme le prouve la vague récente d'islamophobie. Au total, les dégâts ne sont pas minces: c'est toute une réflexion ouverte qui se fige soudain dans des passions naguère encore inavouables.

À chacune de ces offensives, beaucoup ont ressenti plus ou moins clairement la gestation d'un mouvement à la fois anti­égalitaire et « illibéral » dont les coordonnées échappaient aux classifications habituelles. Mais personne ne s'est soucié de repérer les généalogies intellectuelles et les passerelles idéologiques qui ont permis ce basculement. Ce sera le second temps de l'enquête.

L'histoire des intellectuels français possède ses invariants. À trop les négliger, on tombe vite dans les inconvénients jumeaux de l'inquisition moralisante ou de la complaisance oublieuse. Au xxe siècle, le sacerdoce intellectuel français a connu deux dogmes rassembleurs, liés aux noms de Maurras et de Marx. Le premier a été durablement délégitimé par ce qui s'est passé entre 1940 et 1944, mais n'a pas cessé pour autant d'exercer une influence sou­terraine. On le vit encore à la fin des années 1970, lorsque le GRECE, plus connu du grand public sous le nom de « Nouvelle droite », entreprit de reconquérir « culturellement » la société fran­çaise à ce type d'idées, sans les présenter comme telles, mais en les traduisant dans un langage acceptable pour un intellectuel de gau­che moyen. Ainsi, la défense de l'inégalité et la recherche de la pureté ethnique passaient-elles par l'affirmation du « droit à la différence » et de celui de vivre et travailler au pays.

On peut en dire autant du marxisme qui a dominé les générations suivantes, même si l'interdit est dans ce cas moins fort. Mais il faut encore ajouter à ces spectres qui hantent notre République des lettres l'évolution, décisive comme elle le fut de l'autre côté de l'Atlantique, de plusieurs catégories, qui possèdent d'ailleurs des interfaces: d'anciens militants de la contre-culture des années 1970, certains intellectuels juifs, certains libéraux repentis... Ceux-là mêmes que Régis Debray a qualifiés « d'êtres hybrides» : « conservateurs révolutionnaires » , « traditionalistes subversifs », «démocrates autoritaires ». (5)

C'est bien sur les ruines de ces courants et dans le lexique de ces oxymores qu'ont grandi les nouveaux réactionnaires d'au­jourd'hui et que se sont construits ces itinéraires insolites que nous découvrons aujourd'hui de Trotski à Carl Schmitt, des «années rock» au culte académique de la langue classique et du latin d'école, du gauchisme chevelu à la croisade contre les fadeurs véné­neuses de la modernité... Mais c'est peut-être en littérature — après tout, nous sommes en France! — que s'illustre le plus clairement ce backlash idéologique, notamment chez des auteurs comme Dan­tec ou Houellebecq auxquels nous réserverons une place de choix dans ce maquis de la nouvelle réaction: celle d'éclaireurs. Place qu'ils assument d'ailleurs crânement et avec un talent indiscutable.

Reste à situer le lieu géométrique de tous ces itinéraires. D'aucuns, échaudés par trop de complots imaginaires, pourraient penser qu'il n'existe pas. Nous sommes d'un avis contraire. Une sensibilité collective, comme celle qui poussait toute une généra­tion en 1950 vers le « progressisme» ou qui animait plus généra­lement tous les « partis intellectuels » qui ont défrayé la chronique depuis Péguy, n'a pas besoin d'être voulue pour exister. Comme on disait dans les fiévreuses années «structuralistes» de notre jeunesse, c'est un « procès sans sujet ». Dire cela, ce n'est pas méconnaître que cette inspiration commune rencontre des inflexions très diffé­rentes, voire des contradictions chez les uns et les autres, mais sou­tenir que quelques convictions simples sont susceptibles de les rassembler.

5. Régis Debray, Pour l'amour à l'art, Paris, Gallimard, 1998, p. 94.

Daniel Lindenberg, Le Rappel à l'ordre : Enquête sur les nouveaux réactionnaires, Paris, Seuil, coll. « La république des idées », 2002, 94 p. (ISBN 2-02-055816-5)

Article du monde http://olivier.hammam.free.fr/actualites/documents/reacs/monde.htm

Daniel Lindenberg est l'invité de Thierry Ardisson sur France2

Revue de Presse  http://olivier.hammam.free.fr/actualites/documents/reacs/annexe.htm

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 21:15

 

Porte parole du mouvement “Les indigènes de la République” porteur d'une stratégie nouvelle, et originale de surcroît, le discriminé développant à l'endroit de son « discriminateur » une pensée tout aussi discriminatoire, jusqu'au rejet total, retrouvant ses plumes et son maquillage en bon indigène fier et digne...

A la tête d'un job à plein temps, avec retraite assurée, sur le mode du « s'il en reste qu'une je serai celle-là»...

Sectaire à souhait, pasionaria de ce qu'elle croit être la lutte contre les discriminations à l'encontre des Français issus de la colonisation et/ou de l'immigration...

Réplique exacte, bien qu'inversée dans son excès, d'une certaine Malika Sorel-symbole du modèle français d'intégration - refoulement chez Sorel, reniement chez Bouteldja...

Scaphandrier, ô combien étanche ! Au mépris sournois...

Son mouvement n'est-il pas à l'origine du terme « souchiens » pour désigner les français de souche ? Terme infamant à peine voilé... celui-là, puisqu'il ne faut pas beaucoup d'imagination pour penser à l'orthographe : sous-chiens...

Houria Bouteldja ne doute de rien. Jamais !france-societe-racisme-anti-francais-mehouria-bouteldja.jpg

Son langage au style incantatoire trahit une violence émotionnelle rare ; clos, fermé sur lui-même, ce langage qui n'espère plus rien, semble s'orienter vers un point de rupture et de non-retour ; s'adressant le plus souvent à ses militants seuls, son expression est symptomatique de l'impuissance des Indigènes de la République (MER) quand il s'agit de communiquer une véritable idée, de faire une proposition, de chercher des appuis, des partenaires, de fédérer... pour sortir de l'isolement et provoquer l'écoute, la compréhension et la compassion.

Dépourvue le plus souvent d'humour et d'ironie, ne manquant jamais de conspuer le mouvement « Ni putes ni soumises» dont on pourra pourtant difficilement nier que l'engagement de sa fondatrice Fadela Amara aura demandé, avant sa médiatisation, et alors qu'elle oeuvrait quasiment seule, davantage de courage que celui qui consiste à se répandre dans les médias pour, à l'endroit de tout ce qui de près ou de loin ressemble à un petit français blanc, qualifier ce dernier, et sans sourciller, d'individu foncièrement raciste ; accusation qui, soit dit en passant, est à la portée de n'importe quel imbécile...

Si condamner les émeutiers avec des "C'est pas bien de brûler des voitures" n'a jamais dissuadé qui que ce soit de les brûler...

Sermonner les gens avec des "C'est pas bien d’être raciste" n'a jamais empêché qui que ce soit de s'y complaire, et plus encore lorsque ce "racisme" n'est qu'un cache misère soit intellectuel, soit politique, autour de questions que l'on ne posera pas faute de pouvoir en soupçonner même les réponses, sans oublier les cas où l'intelligence fait cruellement défaut, et les cyniques qui n'ont aucun intérêt particulier à ce que les bonnes questions soient posées faute de volonté ou de possibilité d'y répondre efficacement...

Car, si tout est dans l'exécution, quand on ne peut plus agir, notamment, sur le plan social, une fois que l'on a déserté le terrain économique et financier sans lequel aucune action digne de ce nom n'est possible, et que l'on est tout nus...

Vers qui et vers quoi peut-on alors se tourner ?

L'anti-racisme ne peut être qu'un point de départ et sûrement pas un point d'arrivée. Dans le cas contraire, ce sera un échec. Et d'ailleurs : c'est un échec I

 

 

 

 

 

Lors d'un passage à l'émission « Chez F.O.G » sur la 5 en février 2009, Houria Bouteldja affirme que son animateur, France-Olivier Giesbert occupe dans l'audiovisuel la place qui est la sienne parce qu'il est blanc... et seulement parce qu'il est blanc.

Et Harry Roselmack présentateur du J.T. sur TF1, parce qu'il est noir, peut-être ?!

Et d'aucuns de répondre oui, au sujet de ce dernier.

Affirmation à propos de Giesbert qui ferait pouffer de rire n'importe quel étudiant en sciences humaines, et pleurer de rage notre regretté Pierre Bourdieu.

 

Époustouflant ce raccourci analytique ! Rien de surprenant donc que Houria Bouteldja ne doute jamais d'elle-même puisqu'elle semble tout ignorer du système qui a fait et emploie un France-Olivier Giesbert, nain journalistique et intellectuel s'il en est — et il y en a !

La preuve !

Car, si on oublie la statistique et ses lois - de probabilités entre autres (les blancs étant l'ethnie, de très loin, majoritaire en France) -, qui pourtant, à elles seules, apportent déjà une première tentative d'explication...

Giesbert n'appartient-il pas à une classe dont 99,99% des blancs sont exclus : classe médiatico-joumalistico-intellectualo (mais pas trop, faute d'aptitudes) -politico-mondaine ?!

Résidus de vieilles théories datant de la période qui précède la décolonisation, les pseudo­analyses de Houria Bouteldja ?!

Période durant laquelle il était communément admis que l'homme blanc n'avait qu'une seule vocation : humilier et exploiter l'homme noir ; alors qu'aujourd'hui, on ne compte plus les hommes de couleur capables d'humilier et d'exploiter n'importe quel homme - de la même couleur de préférence -, puisqu'il est maintenant bien établi qu'il n'y a pas de meilleur bourreau qu'une ancienne victime - en effet, cette dernière connaît mieux que quiconque son mode opératoire...

Et pas plus bête qu'un imbécile qui se croit guérit de sa bêtise ; car on ne guérit jamais ; c'est la maladie qui vous oublie un temps avant de revenir à la charge, plus déterminée encore car...

Est-il nécessaire de rappeler que toutes les sociétés, toutes les cultures, toutes les nations, sur tous les continents et de tout temps, rencontrent un jour, au cours de leur longue histoire, au

choix : l'homophobie, la xénophobie, le racisme, le machisme, l'antisémitisme, le sexisme, la

discrimination, l'injustice, et ce à des degrés divers ?

Tout en s'empressant de préciser que toutes ces tentations dangereuses et condamnables sont moins à déplorer ici, en France et en Europe que partout ailleurs dans le monde ; et en premier lieu au Maghreb et en Afrique noire : doit-on mentionner les massacres interethniques sans nombre dans cette région du monde?! Et en Algérie, le sexisme jusqu'à l'assassinat des femmes qui refusent de porter le voile ?!

 

Le racisme en France ne fait pas de la France un pays raciste, tout comme l'antisémitisme des banlieues ne fait pas... de ses habitants, dans leur ensemble, et par ricochet ou par prolongement... de la France un pays antisémite ; pas plus que le sexisme dénoncé par le mouvement « Ni putes ni soumises » auprès des français issue de l'immigration arabo-musulmane ne ferait d'eux tous et sans exceptions, des barbares.

Plus Houria Boudeldja s'exprime, plus l'on est tentés de penser que son mouvement serait bien incapable de porter et de hisser qui que ce soit jusqu'à la plénitude de son potentiel d'être humain, sinon dans le ressentiment, l'impuissance et pour finir, la haine de l'autre ; et plus encore lorsque l'on ne trouve plus personne pour vous soutenir dans l'affirmation victimaire à souhait, réitérée sans fin —et sans doute jusqu'à la propre nausée de son réitérateur-, que l'on n'est qu'un bouc-émissaire de plus dans le long calvaire qui accompagne inévitablement l'histoire des peuples colonisés venus faire un tour chez leur colonisateur, une fois ce dernier rentré au bercail après un siècle et demi de pérégrinations décidément infâmes et haïssables...

Nul doute, Houria Bouteldja prendra sa retraite... Indigène de la République et sûre d'elle-même : en d'autres termes, sûre de son ignorance tragique et de son absence totale de don pour la vie qui aurait pu être la sienne.

Car, notre premier devoir n'est-il pas envers soi-même ?! Réussite à transmettre ; exemple et espoir pour tout un chacun, et plus encore, à l'endroit de ceux qui seraient à juste titre tentés de penser (il n'est pas ici question de nier les discriminations qui touchent les Français issus de l'immigration arabo-musulmane) que tout est fait pour qu'ils échouent pour, à notre tour, les aider à accomplir ce à quoi ils se destinent, ambitieux et confiants ?!

Il ne serait pas surprenant qu'un jour, tout comme aux USA avec Obama, un français issu de l'immigration arabo-musulmane, et qui n'aura pas consacré une bonne partie de sa vie à se poser la question de savoir si la France est un pays porteur de tous les défauts, de tous les maux, de toutes les tares et de tous les crimes dont l'humanité est capable, parvienne à la fonction suprême : celle de Président de la République Française.

Et pour sûr, cette personne-là, pour peu que ce soit une femme, jamais ne portera le nom de

Boudeljda car, nul ne saurait être épargné par ce proverbe, remanié pour l'occasion : on ne fait

pas seulement... mais aussi... son lit comme on se couche...

Et celui qui, pour l'heure, nous occupe porte le nom de « ressentiment lâche et paresseux; un rien routinier, automate et ventriloque» mais insidieux aussi, tout comme ce poison qu'il

déposera au fond de l'âme de quiconque cultivera ce ressentiment jusqu'à l'impuissance, le gâchis et le dégoût de soi face à son propre échec cuisant...

Sous un soleil de plomb, même continental, et sous un climat pourtant... encore tempéré.

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 19:08

linkCHAPITRE II. De la philosophie. Madame de STAEL

 

La philosophie, dont je crois utile et possible aux âmes passionnées d'adopter les secours, est de la nature la plus relevée. Il faut se placer au-dessus de soi pour se dominer, au-dessus des autres pour n'en rien attendre. Il faut que, lassé de vains efforts pour obtenir le bonheur, on se résolve à l'abandon de cette dernière illusion, qui, en s'évanouissant, entraîne toutes les autres après elle. Il faut qu'on ait appris à concevoir la vie passivement, à supporter que son cours soit uniforme, à suppléer à tout par la pensée, à voir en elle les seuls événements qui ne dépendent ni du sort, ni des hommes.

Lorsqu'on s'est dit qu'il est impossible d'obtenir le bonheur, on est plus près d'atteindre à quelque chose qui lui ressemble, comme les hommes dérangés dans leur fortune ne se retrouvent à l'aise que lorsqu'ils se sont avoué qu'ils étaient ruinés. Quand on a fait le sacrifice de ses espérances, tout ce qui revient â compte d'elles est un bien imprévu, dont aucun genre de crainte n'a précédé la possession. Il est une multitude de puissances partielles qui ne dérivent point d'une même source, mais offrent des plaisirs épars à. l'homme dont l'âme paisible est disposée à les goûter ; une grande passion, au contraire, les absorbe tous ; elle ne permet pas seulement de savoir qu'ils existent.

Il n'y a plus de fleurs dans ce parterre qu'elle a parcouru; son amant n'y peut voir que la trace de ses pas. L'ambitieux, en apercevant ces hameaux entourés de tous les dons de la nature, demande si le gouverneur de ce canton a beaucoup de crédit, ou si les paysans qui l'habitent peuvent élire un député. Aux yeux de l'homme passionné, les objets extérieurs ne représentent qu'une idée, parce qu'ils ne sont jugés que par un seul sentiment.

Le philosophe, par, un grand acte de courage, ayant délivré ses pensées du joug de la passion, ne les dirige plus toutes vers un objet unique, et jouit des douces impressions que chacune de ses idées peut lui valoir tour à tour et séparément.

Ce qui conduirait surtout à penser que la vie est un voyage, c'est que rien n'y semble ordonné comme un séjour.

Voulez-vous attacher votre existence à l'empire absolu d'une idée ou d'un sentiment : tout est obstacle, tout est malheur à chaque pas.

Voulez-vous laisser aller la vie au gré du vent qui lui fait doucement parcourir des situations diverses ; voulez-vous du plaisir pour chaque jour sans le faire concourir à l'ensemble du bonheur de toute la destinée : vous le pouvez facilement; et lorsque aucun des événements de la vie n'est précédé par de brillants désirs, ni suivi d'amers regrets, l'on trouve une part suffisante de félicité dans ces jouissances isolées que le hasard dispense sans but.

S'il n'était dans l'existence de l'homme qu'une seule époque, la jeunesse, peut-être pourrait-on la vouer aux grandes chances des passions ; mais à l'instant où la vieillesse commande une nouvelle manière d'exister, le philosophe seul sait supporter cette transition sans douleur.

Si nos facultés, si nos désirs, qui naissent de nos facultés, étaient toujours d'accord avec notre destinée, à tous les âges on pourrait goûter quelque bonheur ; mais un coup simultané ne porte pas également atteinte à nos facultés et à nos désirs. Le temps dégrade souvent notre destinée avant d'avoir affaibli nos facultés, affaiblit nos facultés avant d'avoir amorti nos désirs. L'activité de l'âme survit aux moyens de l'exercer; les désirs, à la perte des biens dont ils inspirent le besoin. La douleur de la destruction se fait sentir avec toute la force de l'existence; c'est assister soi-même à ses funérailles, et, violemment attaché à ce triste et long spectacle, renouveler le supplice de Mézence, lier ensemble la mort et la vie.

Quand la philosophie s'empare de l'âme, elle commence, sans doute, par lui faire mettre beaucoup moins de prix à ce qu'elle possède et à ce qu'elle espère. Les passions rehaussent beaucoup plus toutes les valeurs; mais quand ce tarif de modération est fixé, il subsiste pour tous les âges ; chaque moment se suffit à lui-même, une époque n'anticipe point sur l'autre ; jamais les orages des passions ne les confondent ni ne les précipitent. Les années, et tout ce qu'elles amènent avec elles, se succèdent tranquillement suivant l’intention de la nature, et l'homme participe au calme de l'ordre universel.

Je l'ai dit, celui qui veut mettre le suicide au nombre de ses résolutions, peut entrer dans la carrière des passions : il peut y abandonner sa vie, s'il se sent capable de la terminer alors que la foudre aura renversé l'objet de tous ses efforts et de tous ses voeux : mais comme je ne sais quel instinct, qui appartient plus, je crois, à la nature physique qu'au sentiment moral, force souvent à conserver des jours dont tous les instants sont une nouvelle douleur, peut-on courir les hasards, presque certains, d'un malheur qui fera détester l'existence, et d'une disposition de l'âme qui inspirera la crainte de l'anéantir? Non que dans cette situation la vie ait encore quelques charmes, mais parce qu'il faut rassembler dans un même moment tous les motifs de sa douleur pour lutter contre l'indivisible pensée de la mort; parce que le malheur se répand sur l'étendue des jours, tandis que la terreur qu'inspire le suicide se concentre en entier dans un instant , et que pour se tuer il faudrait embrasser le tableau de ses infortunes comme le spectacle de sa fin, à l'aide de l'intensité d'un seul sentiment et d'une seule idée.

Rien cependant n'inspire autant d'horreur que la possibilité d'exister, uniquement parce qu'on ne sait pas mourir ; et comme c'est le sort qui peut attendre toutes les grandes passions, un tel objet d'effroi suffit pour faire aimer cette puissance de philosophie qui soutient toujours l'homme au niveau de la vie, sans l'y trop attacher, mais sans la lui faire haïr.

La philosophie n'est pas de l'insensibilité; quoiqu'elle diminue l'atteinte des vives douleurs, il faut une grande force d'âme et d'esprit pour arriver à cette philosophie dont je vante ici les secours ; et l'insensibilité est l'habitude du caractère, non le résultat d'un triomphe. La philosophie se sent de son origine. Comme elle naît toujours de la profondeur de la réflexion, et qu'elle est souvent inspirée par le besoin de résister à ses passions, elle suppose des qualités supérieures, et donne une jouissance de ses propres facultés tout à fait inconnue à l'homme insensible ; le monde lui convient mieux qu'au philosophe; il ne craint pas que l'agitation de la société trouble la paix dont il aime à jouir de lui-même dans la retraite.

La satisfaction que donne la possession de soi, acquise par la méditation , ne ressemble point aux plaisirs de l'homme personnel; il a besoin des autres, il est exigeant, il souffre impatiemment tout ce qui le blesse, il est dominé par son égoïsme; et si ce sentiment pouvait avoir de l'énergie, il aurait tous les caractères d'une grande passion : mais le bonheur que trouve un philosophe dans la possession de soi, est de tous les sentiments, au contraire, celui qui rend le plus indépendant.

Par une sorte d'abstraction, dont la jouissance est cependant réelle, on s'élève à quelque distance de soi-même pour se regarder penser et vivre; et comme on ne veut dominer aucun événement, on les considère tous comme des modifications de notre être, qui exercent ses facultés et hâtent de diverses manières l'action de sa perfectibilité. Ce n'est plus vis-à-vis du sort, mais de sa conscience qu'on se place, et, renonçant à toute influence sur le destin et sur les hommes; on se complaît d'autant plus dans l'action du pouvoir qu'on s'est réservé, dans l'empire de soi-même, et l'on fait chaque jour avec bonheur quelque changement ou quelque découverte dans la seule propriété sur la­quelle on se croie des droits et de l'influence

 

Il faut de la solitude à ce genre d'occupation, et s'il est vrai que la Solitude soit un moyen de jouissance pour le philosophe; c'est lui qui est l'homme heureux.

Non-seulement vivre seul est le  meilleur de tous les états, parce que c'est le plus indépendant, mais encore la satisfaction qu'on y trouve est la pierre de touche du bonheur; sa source est si intime, qu'alors qu'on le possède réellement, la réflexion rapproche toujours plus de la certitude de l'éprouver.

 

La solitude est, pour les âmes agitées par dé grandes passions, une situation très-dangereuse. Ce repas auquel la nature nous appelle, qui semble la destination immédiate de l'homme; ce repos dont la jouissance parait devoir précéder le besoin même de la société, et devenir plus nécessaire encore après qu'on a longtemps vécu au milieu d'elle; ce repos est un tourment pour l'homme dominé par une grande passion. En effet, le calme, n'existant  qu'autour de lui contraste avec son à agitation intérieure et en accroit là douleur. C'est par la distraction qu'il faut d'abord essayer une grande passion; il ne faut pas commencer la lutte par un combat corps à corps, et avant de se hasarder à vivre seul, il faut avoir déjà agi sur soi-même. Les caractères passionnés, loin de redouter la solitude, la désirent; mais cela même est une preuve qu'elle nourrit leur passion, loin de la détruire. L'Ame, troublée par les sentiments qui l'oppressent, se persuade qu'elle soulagera sa peine en s'en occupant davantage; les premiers instants où le cœur s'abandonne à la rêverie sont pleins de charmes, mais bientôt cette jouissance lé consume. L'imagination qui est restée la même, quoiqu'on ait éloigné d'elle ce qui semblait l'enflammer, pousse à l’extrême toutes les chances de l'inquiétude ; dans son isolement elle s'entoure de chimères; l'imagination, dans le silence et la retraite, n'étant frappée par rien de réel, donne une même importance à tout ce qu'elle invente. Elle veut se mimer dù présent, et elle se livre à l'avenir bien plus propre à l'agiter, bien plus conforme à sa nature. L'idée qui la domine, laissée stationnaire par les événements, se diversifie de mille manières par le travail de la pensée; la tête s'enflamme, et la raison devient moins puissante que jamais. La solitude finit par effrayer l'homme malheureux; il croit à l'éternité de la douleur qu'il épreuve. La paix qui l'environne semble insulter au tumulte de son "âme" ; l'uniformité des jours ne lui présente aucun changement même dans la peine. La violence d'un tel malheur au sein de la retraite est une nouvelle preuve de la funeste influence des passions; elles éloignent de tout ce qui est simple et facile, et quoiqu'elles prennent leur source dans la nature de l'homme, elles s'opposent sans cesse à sa véritable destination.

La solitude, au contraire, est le premier des biens pour le philosophe. C'est au milieu du monde que souvent ses réflexions, ses résolutions l'abandonnent, que les idées générales les plus arrêtées cèdent aux impressions particulières; c'est là que le gouvernement de soi exige une main plus assurée : mais dans la retraite, le philosophe n'a de rapports qu'avec le séjour champêtre qui l'environne, et son lime est parfaitement d'accord avec les douces sensations que ce séjour inspire; elle s'en aide pour penser et vivre. Comme il est rare d'arriver à la philosophie sans avoir fait quelques efforts pour obtenir des biens plus semblables aux chimères de la jeunesse, l'âme, qui pour jamais y renonces compose son bonheur d'une sorte de mélancolie qui a plus de charme qu'on ne pense, et vers laquelle tout semble nous ramener. Les aspects, les incidents de la campagne sont tellement analogues à cette disposition morale, qu'on serait tenté de croire que la Providence a voulu qu'elle devint celle de tous les hommes, et que tout concourût à la leur inspirer, lorsqu'ils atteignent l'époque où l'âme se lasse de travailler à son propre sort, se fatigue même de l'espérance, et n'ambitionne plus que l'absence de la peine. Toute la nature semble se prêter aux sentiments qu'ils éprouvent alors. Le bruit du vent, l'éclat des orages, le soir de l'été, les frimas de l'hiver; ces mouvements, ces tableaux opposés, produisent des impressions pareilles, et font naître dans l'âme cette douce mélancolie, vrai sentiment de l'homme, résultat de sa destinée, seule situation du cœur qui laisse à la méditation toute son action et toute sa force.

 

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 10:17

par Guillaume Erner
du lundi au vendredi de 10h à 11h

l'émission du lundi 28 novembre 2011       link

 

  http://www.franceinter.fr/emission-service-public-retraite-moi-bien-la-retraite-pratique-en-partenariat-avec-capital

Reportage de Dorothée Barba

"Les retraités dépanneurs" :

Ils interviennent pour tous travaux de dépannage en plomberie, électricité, électro-ménager. La seule différence avec leurs concurrents, c'est qu'ils sont retraités !
Dorothée Barba a suivi Honorin, 78 ans, fondateur de l'association des "Retraités Dépanneurs". Si Honorin travaille encore à son âge, c'est pour tuer l'ennui, mais surtout parce que sa maigre retraite ne lui suffit pas.
Pour contacter les retraités dépanneurs : 06 07 99 66 03
Petites annonces de seniors en recherche d'activité :

http://www.seniorsavotreservice.com/

Jean-Emmanuel Combes retraite.jpg

Auteur de « Pour que votre retraite soit un succès », ed. Manitoba-Belles Lettres, ancien dirigeant du cabinet d’audit Pricewaterhouse Coopers

Serge Guerin  

auteur de "La nouvelle société des séniors "

seniors.jpg
éditeur : Michalon
parution : 2011
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26 novembre 2011 6 26 /11 /novembre /2011 19:09

Colombe Schneck fête le Livre sur France Inter dans son émission "Les liaisons heureuses" et bafouille comme d'habitude. Curieux titre en effet quand on sait depuis qu'elle chronique sur Inter, que l'animatrice est incapable de faire la moindre liaison et avale toutes ses phrases dans une bouillie inaudible !
Quant à l'indéboulonnable Muriel Perez (de la bande à Chérèze,Djubaka et consors) elle assène ses nanards du jour ("Rover" Aqualastlabel: Cinq 7 parution : 2011 et "De la Soul Ring Ring Ring" label: Tommy Boy) deux inepties anglosaxonnes dont elle a le secret. 

A part cela que du bonheur grâce à Jérôme Garcin, Paula Jacques et Arthur Dreyfus.
http://www.franceinter.fr/emission-les-liaisons-heureuses-radio-france-fete-le-livre-avec-trois-ecrivains-producteurs-de-franc
EXTRAITS :
"J'ai pleuré ce matin là sur l'ami disparu mais aussi sur ma propre jeunesse, sur l'époque si lointaine mais décu sur le monde réel,j'ai demandé asile au royaume du papier, réfugié dans les livres.Ils ont été mes meilleurs alliés, mes compagnons de route,mes directeurs de conscience. Aujourd'hui encore j'éprouve à leur égard une gratitude,qui n'a pas de prix, au frères sans double et aux fils sans père, ils ont donné d'innombrables modèles de substitution." Jérôme GARCIN
"Qu'est-ce qui se passe quand on court après des êtres qui vous ont été enlevés,et qu'on cherche à ce qu'ils soient toujours présents et seule la littérature pouvait m'offrir ce privilège inouï de ramener les disparus en tout cas d'en avoir l'illusion et en même temps d'avoir le sentiment que la littérature était aussi ce qui me permettait d'avoir moins peur pour les vivants.Parce que c'est cela le problème des chocs qu'on éprouve très tôt, c'est qu'on a immédiatement peur pour ceux qu'on aime et qui vivent et évidemment on a déjà l'effroi qu'ils pourraient disparaître." Jérôme GARCIN         

Le Papillon
Naître avec le printemps, mourir avec les roses
Sur l'aile du zéphyr nager dans un ciel pur
Balancer sur le sein des fleurs à peine écloses
S'ennivrer de parfum de lumière et d'azur.
Secouant jeune encore la poudre de ses ailes
S'envoler comme un souffle aux voûtes éternelles
Voilà du papillon le destin enchanté
Il ressemble au désir qui jamais ne se pose
Et sans se satisfaire effleurant toute chose
Retourne enfin au ciel toucher la volupté.
Alphonse de Lamartine
Ce poème est peut-être précieux et pompier mais il est joli. Rencontrer d'abord quelqu'un par les mots en projetant ses fantasmes et ses rêves, avant de le rencontrer par la voix, c'est le miracle d'Internet.
Les choses sont évanescentes et n'existent plus au moment où on en parle déjà comme l'amour et la poésie:  
"Le livre de la vie est le livre suprême
qu'on ne peut ni rouvrir ni fermer à son choix,
le passage attachant ne s'y lit pas deux fois,
mais le feuillet fatal se tourne de lui même
on voudrait revenir à la page où l'on aime
mais la page où l'on meurt est déjà sous nos doigts".
Alphonse de Lamartine

La définition de la "stendhalie" par Julien Gracq est à l'image de la littérature qui un jour change votre vie.
"Si je pousse la porte d'un livre de Beyle, j'entre en stendhalie comme je rejoindrais une maison de vacances, le souci tombe des épaules, la nécessité se met en congé, le poids du monde s'allège, tout est différent, la saveur de l'air,la ligne du paysage, la légèreté de vivre le salut même, l'abord des gens. Chacun le sait tout grand romancier crée un monde. Stendhal lui,fait à la fois plus et moins,il fonde à l'écart pour ses vrais lecteurs,une seconde patrie habitable,un ermitage supendu hors du temps, non vraiment situé,non vraiment daté,un refuge fait pour les dimanches de la vie,où l'air est plus sec, plus tonifiant,où la vie coule plus désinvolte et plus fraîche, un éden des passions en liberté, irrigué par le bonheur de vivre ou rien en définitive ne peut se passer très mal,où l'amour renaît de ses cendres, où même le malhuer vrai se tranforme en regret souriant"  Extrait de "En lisant en écrivant" de Julien GRACQ (José Corti)
               
Mes livres préférés d'Arthur Dreyfus:

"Le livre de ma mère" d'Albert Cohen, Hervé Guibert, Tony Duvert et le poète belge William Cliff. C'est un Villon moderne qui a écrit une autobiographie en vers et représente une poésie vraiment nouvelle avec des vers à 15 pieds qui sont un peu bancaux, mais  qui a toute sa place aujourd'hui. Il ne cherche pas à écrire "bien" tout comme Guibert mais à retranscrire la vie telle qu'il la ressent.
 

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 18:17

 
La pensée moderne de Teilhard de Chardin
"Les Racines du Ciel"de Frédéric LENOIR -France Culture - 21 novembre 2011transcription par Patrick Y Chevrel

Invité : Jacques MASUREL a fait une carrière dans l'industrie en France, au Japon, en Suisse, et aussi Vice Président de l'Association des Amis de Pierre Teilhard de Chardin et auteur de plusieurs ouvrages dont "Teilhard de Chardin visionnaire d'un monde nouveau " avec André Danzin  (Ed. du Rocher 2005) Association "Sauvons le Climat"
QUI ETAIT TEILHARD DE CHARDIN ?
Il est né en Auvergne tout près de Clermont Ferrand le 1 Mai 1881 dans une gentilhommière d'où la vue plonge sur Clermont Ferrand qu'il a grandi.Son père Emmanuel Teilhard était le père de toute une ribambelle d'enfants, c'est intéressant de le signaler car son fils tenait un peu de lui, c'est un géant 1,95 de haut, un érudit,passionné de la nature qui se faisait un devoir de former, à travers de longues promenades dans la nature,sa nombreuse descendance.
Ce qui est amusant c'est que la mère de Pierre Teilhard de Chardin, née Berthe Dompierre d'Ornoy est en fait l'arrière petite fille de Marie Harouet qui fut la soeur de Voltaire.
Quand on sait que cette sainte femme se rendait tous les jours à pied à la messe,et faisait quelques kilomètres pour se rendre à l'église, on peut se demander si notre bon vieux Voltaire ne se retournait pas dans sa tombe.
QUELLE A ETE SA FORMATION ?
Il a eu une formation tout à fait classique pour l'époque, il a été formé chez les Jésuites, et de là a fait un séminaire jésuite.
Sa formation scientifique il l'a acquise chez les jésuites pour une bonne part. Son premier poste a été d'être nommé au Caire comme professeur de physique chimie de là il est rentré en France,il a suivi des Cours au Collège de France et a terminé ensuite sa formation philosophique et théologique pour son noviciat à Hasting car à l'époque les Jésuites étaient interdits en France.
SA CARRIERE DE JESUITE
Très vite il a été envoyé, compte tenu de ses compétences, en mission en Chine pour aider un jésuite paléonthologue.Ce séjour a été extrêmement productif puisqu'il a aidé à découvrir sinon à authentifier le sinanthrope.Il a pris contact là avec toute la communauté scientifique qui vivait à Pékin,et il a réellement fait encore un grand pas en avant dans ses connaissances.C'est là qu'il s'est passionné sur la géologie, l'histoire de la Terre. D'ailleurs Teilhard, c'est venu un petit peu plus tard,a été le premier géologue qui a dressé une carte géologique complète de la Chine.
Une parenthèse, aujourd'hui Teilhard en tant que scientifique est nettement plus connu en Chine qu'en France c'est assez pardoxal puisque tous les paléonthologues ont comme ancêtre commun, si on peut dire,Pierre Teilhard de Chardin.Il est donc très connu et réputé en Chine.
QU'A-T-IL DÉVELOPPÉ COMME PENSÉE PHILOSOPHIQUE ET THÉOLOGIQUE ?
Là on rentre complètement dans le développement de sa pensée. Sa découverte  s'appuie sur sa vision de l'évolution issue de Darwin pour une part, de Bergson et surtout de son expérience scientifique de sa découverte de l'évolution à travers les fossiles qu'il a ramassés de ci de là et depuis sa plus tendre enfance. Toute sa pensée a été d'essayer de rapprocher cette vision scientifique, pour laquelle il n'avait aucun doute, et la pensée religieuse, ce qui lui a valu d'avoir très vite des problèmes assez sérieux avec son ordre et plus exactement avec l'Eglise, on ne sait pas trop comment mais enfin vers les années 20, il a écrit un papier sur le paradis terrestre remettant en cause complètement cette notion de paradis terrestre. C'est un document je crois qu'il avait rédigé sur le coin d'une table et qu'il avait envoyé à un de ses amis jésuite,et on ne sait pas comment, ça n'est toujours pas expliqué,comment ce document est arrivé à Rome et ça a été le début de ses ennuis. Une précision là dessus, Teilhard n'a jamais été mis à l'Index, il y a simplement eu un "Monitum" c'est à dire au fond un avertissement de prudence qui a été édité par le Vatican,mais après la mort de Teilhard quand le Père de Lubac a produit un ouvrage de présentation et de défense de l'oeuvre de Teilhard. 
AU FOND IL A CHERCHE A RECONCILIER LA SCIENCE ET LA FOI
Exactement il a essayé de réconcilier ses deux convictions, car au fond c'était un grand chrétien malgré ses petits problèmes avec l'Institution,et un grand scientifique.Ses oeuvres scientifiques représentent deux fois plus d'espace que ses oeuvres théologiques et elles sont encore aujourd'hui au Muséeum d'Histoire Naturelle et c'ets assez considérable.
Pour lui il fallait absolument rapprocher cette vision de l'évolution de la conception religieuse qu'il avait.Tout ets parti de là et en fait, l'origine profonde de sa pensée est venue dans les tranchées de la Guerre de 14. Il avait été mobilisé, non pas comme soldat de par son statut de jésuite,mais comme brancardier où il a eu d'ailleurs une conduite remarquable, il a eu la croix de Guerre à titre de brancardier, ce qui était tout à fait exceptionnel.
 Et en fait il a afûté toutes ses pensées qui germaient déjà depuis pas mal de temps dans les tranchées au son du canon.Cette vision des masses qui se jetaient les unes contre les autres,quelque part l'a marqué et je crois que beaucoup d'idées sont venues à ce moment là.
 QUELLE EST CETTE PENSEE DE TEILHARD DE CHARDIN ?
 La convergence entre l'évolution et la religion.C'est la ligne de la religion qui devait bouger et ce que disait le catéchisme sur l'évolution de l'homme et de la vie.
Pas tout à fait, ce qui lui a semblé fondamental c'était de découvrir un sens à l'évolution et de dire dans quelle mesure en comprenant ce mécanisme de l'évolution,il pouvait éclairer la religion ou disonslui  donner un autre éclairage.
Il était à l'opposé des créationnistes aujourd'hui,à une époque où l'on croyait encore que le monde avait été créé il y a 6000 ans et qu'Adam et Eve avaient vécu sur terre etc..Il fait partie de ces premiers savants et théologiens chrétiens qui ont remis en cause tout ce discours fondamentaliste qui lisait la Bible à la Lettre.
 Ce qui l'a marqué c'est d'avoir découvert cette continuité qu'il y avait entre le Big Bang ( la notion apparût à la fin de sa vie) et  aujourd"hui et au fond de constater que tout au long de l'existence de l'Univers de 14 milliards d'années celui-ci a évolué dans un sens bien précis, ce sens est marqué par une montée de complexité.
 je crois que cette idée de croissance de la complexité dans l'Univers,c'est réellement l'idée fondamentale qu'a apportée Teilhard.
C'EST UNE IDEE REPRISE AUJOURD'HUI PAR TOUS LES SCIENTIFIQUES
 Trin Van THUAN astrophysicien américain qui s'émerveille de la croissance de cette complexité qui montre que tout part des étoiles pour arriver au cerveau humain, il y a cet extraordinaire mouvement de l'évolution. Et Teilhard est le premier a dire qu'il y  un sens à cette complexité initié par bergson avec l'évolution créatrice mais lui est allé beaucoup plus loin. C'ets Teilhard qui a érigé cette notion de complexité en système.
Etant paléonthologue, il est parti du vivant où l'évolution se voyait assez bien à travers les différents philomes et il s'est dit, ce raisonnement ne s'applique-t-il pas depuis le Big Bang et en fait il s'applique parfaitement.Si vous prenez un atome, c'est pas tout a fait évident: comment l'atome est-il sorti de la soupe originelle en quelques minutes d'ailleurs, pourquoi ces électrons tournent autour, pourquoi il y a des quartz et ces noyaux ? Puis cette évolution est passée aux molécules et enfin aux cellules vivantes et c'ets là où teilhard avait commencé au fond et il a extrapolé sa vision de paléonthologue à l'ensemble de l'Univers et là on rejoint Trin Van Thuan et beaucoup de scientifiques.  Il n'a pas seulement cherché à écrire une histoire de l'Univers et de la Vie,il veut montrer qu'il y a une sorte de finalité à l'oeuvre dans la Nature.
PARLER DE FINALITE A L'OEUVRE DANS LA NATURE C'EST UN LANGAGE PHILOSOPHIQUE
Quad il dit il y a un point oméga qui attire la création vers lui, alors là on n'est pas du tout dans le domaine scientifique.
Le Teilhard avec la casquette scientifique,sa gabardine et son petit marteau qui va taper dans les rochers, s'arrête en disant : "Manifestement il y a une évolution qui va dans un sens donné."
C'est l'autre Teilhard, le théologien qui extrapole et essaye de faire le lien. 17'00  
Ce qui touche chez Teilhard de Chardin c'est sa sincérité, celle d'un homme qui a une foi extrêmement profonde, qui ne doute jamais mais qui néanmoins ne rejette pas d'un revers de la main les vérités scientifiques qu'il a pratiquées et qui cherche à établir un pont entre ces deux certitudes ouvertes et en évolution en accord avec sa pensée.
Il y a peut-être une puissance maîtresse et souveraine qui dirige cette évolution et c'est étonnant que l'Eglise ait empêché la publication de ses ouvrages de son vivant et qu'elle l'ait envoyé à l'autre bout dela terre pour trop développer ses idées en public.
Ce sont pourtant ces genres de personnes qui permettent à la religion de rester crédible.On était encore dans la lutte de l'"Eglise contre les idées modernes issue de Pie IX et cela a duré jusqu'à Vatican II qui a été profondément inspiré d'ailleurs par les idées de Teilhard.   
 Lecture de "Science et Christ" où il explique cette idée qu'il a de cette évolution dirigée par une finalité. Il ne dit jamais Dieu mais on entend bien qu'il y a une puissance intelligente qui fait se mouvoir la matière vers quelque chose de plus en plus complexe.
 " Il existe se propageant à contre courant à travers l'antropie une dérive cosmique de la matière vers des états d'arrangements de plus en plus centraux compliqués, ceux-ci en direction d'un troisième infini, infini de complexité aussi réel que l'infini et l'immense. Laissée assez longtemps à elle même sous le jeu universel et prolongé des chances, la matière manifeste la propriété de s'arranger en groupements de plus en plus complexes et en même temps de plus en plus sous tendus de conscience. La vie ne se diversifie pas au hasard en tous sens mais laisse voir un direction absolue de marche vers des valeurs de consciences croissantes. Sur cet axe principal, l'homme est le terme le plus avancé que nous connaissions. Si l'Univers a réuissi l'invraissemblable travail de faire naître la pensée humaine au sein d'un réseau qui nous paraît inimaginable de hasards et de mauvaises chances,c'est qu'il est au fond de lui même dirigé par une puissance souverainement maîtresse des éléments qu'il compose."
 Il pense donc au coeur de sa pensée qu'il y a une intelligence, intention pourrait-on dire, qui est à l'oeuvre dans tout processus d'évolution qui doit conduire jusqu'à l'homme.
 Teilhard a tenté d'expliquer sa pensée tout en restant dans le domaine de la philosophie.
Pour lui la conséquence est une montée de complexité. ce type complexité d'où vient-elle ?
Elle vient de l'assemblage d'éléments qui ont été faits à l'échelon de complexité inférieur. Il y a des atomes qui se sont assemblés entre eux créant des molécules qui s'assemblent et font des produits de plus en plus complexes et donc comme le dit la citation, il y a une tendance intrinsèque à la matière à s'assembler. Alors comment cela se passe-t-il ?
L'explication qu'il a donnée devient de plus en plus crédible car à son époque elle était réellement un peu éthérée, disons osée, c'est cette notion d'esprit matière autrement dit, il en vient à dire, il n'y a pas une dualité absolue entre la matière et l'esprit; la matière en quelque sorte sous-tend une certaine dose d'esprit.cela peut paraître à son époque un peu osé et fantaisiste,en fait ça l'est de moins en moins aujourd'hui.
 Aujourd'hui il y a les théories de l'information: on se rend compte que information, matière et énergie,sont les 3 éléments qui sont au coeur réellement de la matière. La notion de logiciel était floue à son époque. L'autre aspect porte sur les théories quantiques, aujourd'hui ondes ou corpuscules, on ne sait plus très bien ce qu'est la matière. Dobc cette conception de Teilhard d'esprit matière est quelque chose de plus en plus recevable sans qu'on ait tiré la quintescence de ce raisonnement mais cela devient de plus en plus recevable.
la complexité n'est pas une accumulation comme des rochers mais comme celle du cerveau humain qui est considéré aujourd'"hui comme le maximum de complexité disponible sur la terre et probablement dans l'Univers. La complexité ce sont des milliards de cellules,qui sont assemblées elles mêmes par des millions de connexions, ce qui fait quelque chose d'absolument considérable.
Ce qui est curieux pour un religieux, c'est qu'il y a presque une origine mécaniciste de l'esprit, en quelque sorte la matière secrète de l'esprit ce qui n'est pas très catholique.  L'évolution peut produire, sans l'aide de Dieu,par les mécanismes naturels, peut produire l'être humain dans sa complexité actuelle. " Dieu fait en sorte que les choses se fassent mais ne les fait pas lui même"  c'est là qu'il se démarque des promoteurs du dessein intelligent aux Etats Unis qui ont tendance à dire que dès le départ Dieu prévoyait que viendrait l'homme mais il a dû intervenir à des moments décisifs, comme l'apparitionde l'homme par rapport aux autres vivants pour créer un esprit spirituel. Pour Teilhard en revanche, l'esprit humain est le fuit d'un processus qui dure des milliards d'années.
Rien n'empêche cependant de penser mais on est dans l'extrapolation,que derrière le hasard, Dieu est là pour piper les dés mais ça nous ne le sauront jamais...
Il y a des citations où il n'est pas loin de ça c'est derrière la notion de providence. 
L'HOMME COMME CO-CREATEUR ?
La création a sucité un homme qui est aujourd'hui relativement libre. Chez les animaux, la création était dirigée, il n'y avait pas d'espace de liberté. Est arrivé un être libre qui raisonne, il peut ne pas suivre l'Univers et la Nature, il peut échapper aux lois de la Nature pourle meilleur et pour le pire donc il devient co-créateur.  
Autrement dit dans la conception de Teilhard, la création s'est attachée un auxiliaire qui est l'Homme.
DANS QUEL BUT DIEU AURAIT-T-IL  VOULU UN ETRE LIBRE ET CO-CREATEUR ?
Pour faire quoi ? Dans quel but ? C'est là que l'on rejoint la théologie., pour rejoindre Dieu. Comment voulez-vous qu'un être qui n'ait pas d'intelligence, qui n'ait pas de conscience, qui n'ait pas de liberté,puisse rejoindre le créateur qui par définition est libre. Cela rentre assez bien dans cette logique , c'est à dire que tant que la création n'a fait que des cailloux et des pierres,on ne voit pas très bien l'intérêt. le but de la création c'est nous en tant que co-créateurs qui peuvent faire des bêtises .
Le problème du mal est inséparable de celui de la Liberté.On a bien vu que la création doit par nécessité donner la liberté à l'homme. Alors pourquoi Dieu, et c'est tout le problème du mal,Dieu tout puissant parfait et bon a-t-il permis au mal de s'insérer dans le monde ? C'est un problème sans réponse, on trouve bien quelque acrobaties mais c'est assez limité.
Hypothèse 1- Dieu ne peut pas créer du parfait parce qu'alors il se referait. Il faut une distance entre lui infini et l'être créé
Hypothèse 2- Dieu a volontairement limité sa responsabilité pour nous laisser la liberté, en quelque sorte, c'est un Dieu en SARL et avons que c'est effrayant.
Hypothèse 3- Le christianisme insiste sur la faute originelle, une sanction posthume, nous sommes des anges déçus et nous payons les fautes commises jadis par nos ancêtres.Ce n'est pas très gai car on ne sait pas exactement qui a fauté.Adam et pourquoi pas Eve, on n'en sait rien. Pourquoi donc ce n'ets pas non plus une explication satisfaisante.   
Teilhard lui, propose cette explication que l'Univers n'est pas achevé,qu'il est en genèse, qu'il est en enfantement. Le mal serait donc un sous produit de l'inachèvement de l'évolution. Nous allons vers la perfection quand le monde aura réellement atteint les objectifs que s'est fixé le créateur mais en attendant disons qu'il n'est pas très confortable. Le problème du Mal et celui de la Création reste le problème fondamental.
On peut broder autour mais c'est un mystère. 34"
Teilhard était plutôt mécaniciste donc du côté de Descartes qui d'ailleurs était aussi un jésuite mais j'ai plutôt pensé à Pascal.
Teilhard met en avant le système de La primauté de la raison, de la pensée comme marques distinctives de l'humain ce qui renvoie au texte célébrissime de Pascal:"Le roseau pensant" et au texte de Pascal ou il parle de l'homme ange capable de penser l'infini et bête qui se conduit mal. "L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature.. mais qu'il sache l'un et l'autre".
 La pensée de Teilhard et celle de Pascal se rejoignent tout à fait. La différence viendrait seulement du niveau de connaissance acquise entre Pascal et teilhard ce qui permet à Teilhard de dire: "l'homme n'est petit que si l'on choisit certaines dimensions."
 Si on choisit les dimensions géométriques et le temps, l'homme est tout petit, c'ets un roseau et même bien moinspar contre si on considrère que les dimensions fondamentales de la création , c'est la complexité et c'est la pensée,et là je rejoins tout à fait pascal, à ce moment là, Teilhard a admirablement montré que l'Homme était le plus grand puisqu'il est l'aboutissement de plus achevé de la Création; Teilhard réhabilité l'homme et l'a replacé l'homme au centre du jeu.
 Rappelons que Pascal était scientifique et qu'il était pris dans cette même difficulté de faire se rejoindre son expérience scientifique et son expérience de la foi,la différence cependant est que Pascal au bout du compte est tragique, à un moment il pense qu'il faut abandonner la raison alors que Teilhard de Chardin est fondamentalement optimiste et qu'il croit absolument que la raison et la foi peuvent marcher d'un même pas.
 Teillard était bien éloigné des Jansénistes sous cet angle là. young teilhard
 TEILHARD PENSEUR OPTIMISTE ET CONFIANT DANS L'AVENIR ?
 Il est confiant pour deux raisons: d'abord parce qu'il croit en l'Homme, il croit que l'Homme a un potentiel tout à fait considérable,et ce potentiel ce n'est pas l'Homme en tant qu'individu, c'est l'étape suivante, c'est l'homme en tant que Société.
 Il croit que l'avenir de l'homme c'est la société et non pas l'évolution biologique de l'individu. Peut-être serons nous encore plus beaux, vivrons nous plus vieux, resterons nous éternellement jeunes, mais l'homme ne va que très peu évoluer. L'étape suivante pour Teilhard de l'évolution c'est la société.Au fond  quand il dit ça, il ne fait que reprendre ce qu'il a constaté depuis le début , en fait nous sommes les briques de l'étape suivante.
 Est-ce que l'étape de la société ne passe pas par l'évolution de la conscience des individus.Est-ce que ce n'est pas parce que les individus seront plus éclairés, plus intelligents, plus conscients plus évolués que les sociétés vont évoluer. 
 Le potentiel de la société dans la mesure où ce potentiel est bien coordonné, et tout le problème vous l'avez là,dans la mesure où tous les gens travaillent ensemble, où ils arrivent à établir entre eux des relations qui sont non pas d'ordre de coercition, Teilhard ne croit absolument pas à un gouvernement mondial mais qui sont de l'ordre au sens très large, de l'amour, de l'amitié de la camaraderie, (qui sont des sentiments individuels mais nécéssauire pour produire ensemble au lieu de penser seulement à soi) 
 Bien entendu c'est dans ces qualités que se manifeste le lien social, mais il faut que certains individus veuillent les développer. Vous mettez là le doigt sur quelque chose d'essentiel pour Teilhard , l'homme doit être optimiste, croire au progrès au sens large, l'homme doit croire en l'avenir, croire à sa finalité dans le sens de son existence.
 Et on le voit aujourd'hui, si les hommes ne croient plus à rien, "ils vont se mettre en grève". Ils ne vont pas vouloir continuer parce que le chemin qui est tracé par l'évolution est un chemin qui est rocailleux, ce n'est pas du tout un long fleuve tranquille, il y a donc des étapes diificiles à franchir et on ne les passera que dans la mesure où il y a un regain d'optimisme dans la création où les gens savent où ils vont.
 C'est le grand message de Teilhard.
 On a connu cette idéologie du progrès qui était très très forte au XVIIIè et au XIXè siècles, mais de manière assez matérialiste, assez positiviste, c'était l'idée que l'homme par les seules forces de sa raison allait progressivement créer un paradis terrestre,le bonheur sur terre dans des sociétés parfaites etc..Et puis on a eu le XXè siècle avec deux guerres mondiales atroces, avec Hiroshima, avec Aushwitz, et cette foi dans le progrès a reculé à partir de ces expériences. 
 QU'EST-CE QUI PERMET À TEILHARD EN TANT QUE POSITIVISTE ET HOMME DE FOI, DE CHRÉTIEN, DE CROIRE QUE L'HOMME,VA TOUJOURS ALLER VERS UN MIEUX.
 Qu'estce qui lui permet d'argumenter cette conviction ? 
 Il y a d'abord l'accroissement des connaissances et ensuite une raison plus théologique et philosophique,qui consiste à penser que si la création,l'univers,si le système d'évolution,qui préside à l'évolution du monde depuis le Big Bang,a toujours continué dans le même sens,c'est à dire avec cette montée de la complexité, cette montée de l'esprit, si depuis 14 milliards d'années ça n'a pas dérivé autant qu'on puisse le voir, pourquoi voulez vous penser que subitement ça dériverait ? C'est relativement peu crédible.Alors ça veut dire que le créateur a dû mettre, tout en nous laissant de la liberté, quelques garde fous assez larges mais sur lesquels on va se heurter et se faire très mal, mais l'un dans l'autre les choses vont continuer à avancer, et je ne vois aps pourquoi elles s'arrêteraient.
 QUEL EST L'ETAT DE SOCIETE A LAQUELLE IL CROIT ?
 Comment caractériser ce monde auquel il aspire et auquel il croit qui serait l'aboutissement de ce processus de complexité.
On peut répondre par la négative en disant ce que ne serait pas ce monde et là on sent très bien l'influence des deux guerres mondiales,qu'il a vécues de très près.
Pour lui un mone coercitif, autrement dit, faire marcher tout le monde dans la même direction par la force est quelque chose de tout à fait impossible et il donne une explication qui est presque d'ordre biologique. Il nous dit, quel a été le moteur de cette complexité, c'est bien la diversité, c'est par l'assemblage de briques extrêmement diverses,que l'on crée unautre élément. Dans la mesure où la société marche au pas cadencé, dans la mesure où il y aurait un gouvernement mondial,et qu'il n'y a plus d'espace de liberté,la créativité va disparaître, donc l'évolution va disparaître donc c'est absolument contre nature.
Ce qui ne veut pas dire qu'il faut laisser partir les gens n'importe comment. Il faut que s'établisse entre les humains,et il y a là une part d'utopie sûrement,des forces d'un autre ordre,qui sont des forces d'amour, de confiance, d'amitié. Il faut que ces forces là prennent le pas sur les forces de coercition,relativement matérialiste, mais cela ne veut pas dire qu'il faille abandonné forcément le matérialisme,qu'il faille s'adonner aux Robespierre de la bougie ou à des gens comme ça. Il faut seulement apprendre davantage à être tous ensemble.
 COMMENT INSCRIT-IL SA FOI CHRETIENNE A L'INTERIEUR DE TOUT CELA ?             
 Qui est le Christ et qu'est-ce qu'il est venu apporter sur terre pour participer à ce processus de l'évolution ?
 Je renvoie à votre livre "Comment Jésus est devenu Dieu" de Fredéric Lenoir où vous avez remarquablement montré qui était Jésus.C'est devenu avec Constantin un dogme, il y a là un espace, c'est difficile de répondre sans choquer.. (silence)
 Je pense que Teilhard a une visiondu Christ extrêmement ouverte: pour lui il parle du Dieu cosmique,c'est une toute autre dimension que, je cite Teilhard : "le christ des bénitiers " dont il parle quelque fois. Qui est le Christ, c'est le fils de Dieu officiellement. Est-ce que ce Dieu cosmique dans l'évolution est venu éclairer les consciences, il vient donner une semence qui va permettre à l'humanité de progresser vers les valeurs les plus fondamentales, une meilleure maitrise de sa liberté ?
 La parole du Christ a fait évoluer les choses,on ne peut pas le nier. Mais pour Teilhard il y a entre le Christ et Oméga (le point vers lequel se dirige l'évolution) une similitude tout à fait frappante. l'Oméga c'est l'attracteur de l'évolution.
 L'IDEE TRES ORIGINALE ET MODERNE DE NOOSPHERE
 La "noosphère" est un terme utilisé par Teilhard pour désigner l'aboutissement de l'évolution. C'ets à partir du moment où il y aura une sphère parfaitement unifiée, d'êtres humains qui eux mêmes s'appréciereront et penseront à Oméga, une sorte d'unanimité entre les Hommes ce n'est pas ce qu'on constate aujourd'hui.
 Cela vient du mot "noos" qui est l'esprit, l'intelligence,et cela veut dire qu'il y a une sphère de l'intelligence collective,qui rejoint un peu l'idée d'inconscient collectif de Jung sauf que ça le connote de manière positive à travers cette idée que la pensée va vers toujours plus de progrès. La "noosphère" telle que Teilhard l'utilise c'est un aboutissement.   


Lire les correspondances inédites de  Maxime NEMO avec

le Père TEILHARD DE CHARDIN avant son départ pour les Etats Unis et les confidences qu'il lui a faites sur son exil  et le devenir de ses oeuvres .

Les entretiens ont eu lieu Rue Monsieur le Prince à Paris en 1948. Nemo2


 Lire également dans la revue EUROPE de 1965.

l'article de Maxime NEMO :

Présence de Teilhard de Chardin
Lire également l'article de Roger GARAUDY : Teilhard de Chardin et les Marxistes
 
 
 
 
            
      
    
 
  

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17 novembre 2011 4 17 /11 /novembre /2011 20:22

Dans le livre de Henri DANGUY de 1929, il est question de la Plantation d'hévéas de Madame Jeannine BERTIN RIVIERE de la SOUCHERE  . 137MmeDeLaSouchiere.jpg

L'auteur offre une description saisissante de l'activité débordante de cette femme exceptionnelle qui adopta cinq enfants annamites et les ramena à la Seyne sur Mer (Var)  à partir de 1926. Elle mourut à Grasse en 1963.

Pour lire sa biographie suivre ce lien sur le site  Belle Indochine de François FIEVEZ

Pour lire le livre sur Gallica BNF  suivre ce lien  link

Une femme française
Le soir, dans la campagne où cent mille crapauds
narguent impunément les hauts crabiers blancs
endormis. Les laines fauves du crépuscule descen-
dent par écheveaux de tons dégradés. Elles inaugu-
rent la nuit. Le bal des batraciens rebondira bientôt.
Entre Thuduc et Bienhoa les rizières sont partagées en lots de fleurs. Au premier plan, parallèle à la route, une planche de verveines ; au delà des glycines ; ensuite des géraniums roses, des aubépines, des violettes. Les boqueteaux s'immobilisent.
Un ruban d'acier, reflet d'un jour sans force, se déroule sur le seuil de l'horizon.
Je vais à Long Tanh, chez cent ou deux cent mille hévéas. La route est plane. J'ai traversé Bienhoa, chef-lieu assis devant l'apéritif. Le Donaï charriait des vérité partielles, miettes de la vérité du travail : des jonques et des sampans. Thuduc avait été un bouquet de lumières ; Bienhoa fut une gerbe de nuit.
Virages, puis ligne droite. Les hameaux s'annoncent par des feux discrets ; quand on ne voit pas les feux, on devine les paillotes que l'odeur de leurcuisine trahit. La forêt succède à la rizière, une forêt bien sage où la géométrie nette des plantations est
encastrée dans la vapeur des lianes.
Quel pays !
Dans la Beauce, le regard du passant indiscret rade les champs de blé. Sa curiosité flotte précisément sur la mer des moissons prochaines.
Le passant indiscret peut ainsi jauger une fortune : tant d'hectares visibles, donc, tant de sacs d'écus. Essayez de faire le même calcul en Cochinchine
quand vous arrivez à l'orée d'un certain nombre de piastres en quinconces.
Combien ? Tout le problème est là. Vous ne le résoudrez pas tout seul. On n'éva-
lue pas ce qui est un mystère pour des sens bornés. Or, depuis la route, l'ombre des hévéas est un mystère. Dès les premiers de ces arbres elle s'épaissit.
Compter les fûts sans changer de place? Au quinzième les rangées se soudent les unes aux autres. A la deuxième rangée vous aviez perdu les cimes.
Cette impuissance vous fait glisser vers un total erroné et vertigineux. Vous supposez, en tâtant votre poche : « Si tout ceci m'appartenait, je le vendrais vite pour rentrer en France. Avec le change... »
Mais tout le monde ne rêve pas de convertir des arbres à lait en piastres, puis en château frais dans les environs de Nice. Pour a réaliser » il faut avoir travaillé. Le plafond des hévéas s'est élargi, élevé au-dessus des échines qui se courbaient, des épaules
qui descendaient.(...)

Le président du Conseil Colonial de la Cochinchine m'avait conseillé : « Ne manquez pas d'assister à la prochaine fête du domaine de la Souchère. »
S'il avait dit la « plantation » de Long Tanh ou de Binh Nham... Mais le « domaine de la Souchère » ! Un nom à faire rêver de la Normandie,de grasses plaines herbagères, des coiffes célèbres du pays de Caux. Entendre quelqu'un dire, à Saïgon, le « domaine » de la Souchère, quand on a lu, vingt-cinq ans plus tôt, les Mémoires d'un Ane
et les Malheurs de Sophie ! Transplanter la comtesse de Ségur,
née Rostopchine,des bords de la Seine sur les rives du Mékong !
Je demandai, ironique un peu : — Une occasion ?
— Une occasion. Vous pourrez constater l'affection qui rapproche les anciens colons français de ce pays et leurs collaborateurs indigènes. Mme de la Souchère est cette femme à qui son titre, sa distinction, sa beauté eussent assuré tous les triomphes dans
une ville et qui préféra déclarer la guerre à l'inextricable végétation tropicale.
La femme aux douces mains lança donc la cognée contre les colosses de la forêt dont les troncs mesuraient deux, parfois trois mètres de diamètre, jalons formidables du réseau de lianes, du fouillis de broussailles qui recouvraient les marécages. Ceux
qui l'avaient vue partir de Saïgon prophétisaient sa défaite.
Cependant le miracle s'accomplit.Par le fer et par le feu les gigantesques rideaux de verdure s'écroulèrent. Le soleil but toutes les pestilences du sol. Les tiges gracieuses des hévéas dont les premières feuilles ont des transparences blondes naquirent.
Mme de la Souchère construisit sa première maison.
— Depuis, elle vit heureuse ?
— Heureuse ! Je l'ai vue grelotter de fièvre,claquer des dents à la fin de ses journées de labeur.
Les colosses de la forêt vierge se vengeaient. Je l'ai vue, après les désertions de ses coolies que la malaria clairsemait. Calme et résolue, elle domptait son mal, renouvelait ses recrutements, continuait. Je l'ai vue, le matin, harassée par une nuit passée à guetter les fauves qui rôdaient autour de sa paillote et de son étable mal fortifiées. Je l'ai vue au lendemain de l'incendie qui anéantit les résultats de trois années de lutte. Une volonté masculine eût sombré.
Mme de la Souchère contempla sa ruine et stoïquement recommença de planter ses espoirs sur leurs décombres.
— Et maintenant ?
— Sa plantation est une des plus vastes. Le nom de la Souchère est vénéré par des centaines de familles annamites.
— « Çà » vous amuse, Monsieur ?
Si « çà » m'amuse ! Je regarde Mme de la Souchère qui s'enquiert de ma santé avec la même grâce qu'une maîtresse de maison assise douillettement devant un feu de bûches. Je la regarde, debout,droite, souriante ; un mince ruban rouge ennoblit sa longue redingote d'amazone. Les petits talons de ses bottes trient le gravier. Tous les horizons convergent vers elles. Un domestique annamite, qui courait, se remet au pas, joint les mains, se courbe... Et repart.
Il l'a saluée en passant.
Si « çà » m'amuse, moi, le citadin habitué aux incommodités du confort moderne dans des capitales irriguées et électrifiées, de voir, sur les anciennes pistes du tigre, des messieurs en smoking et des dames en décolleté? Le râteau du jardinier ramena dans son peigne les empreintes des fauves. Boum...Boum-boum-boum... Le gong cadence la joie.
« Çà »... Mme de la Souchère désigne probablement les guirlandes de fruits lumineux, suspendues par d'humbles mains aux arbres plantés par elle ; les lanternes confectionnées par les coolies dans le calme de leur traï : « A notre mère, « A
notre bienfaitrice », « Vive la France ».
Si « çà » m'amuse ? Mon auto fit son dernier virage dans une cour grande comme la moitié de la place de la Concorde, et déjà envahie par des autos d'où les pieds des chauffeurs ensommeillés émergeaient. J'ai envie de répondre que « çà » m'épate ; que je suis pas acclimaté ; qu'en fait de féeries je ne connaissais que celles du Châtelet ;
qu'en France, avant de monter dans un train omnibus, je bourrais une valise d'impedimenta vestimentaires, tandis que pour rouler, ce soir, pendant plusd'une heure à la vitesse d'un express, j'ai acheté simplement deux paquets de cigarettes.
« Çà »?...
Je m'incline en balbutiant jusqu'à cette main de femme qui renversa l'échafaudage formidable de plusieurs siècles d'incurie et sertit l'ordre dans le désordre.
Soudain la pétarade des grandes liesses asiatiques éclate. Précédées ? ou suivies ? ou flanquées ? d'un gong énergique, insatiable, lancinant, des clartés se meuvent, dont je ne saurais dire si elles sont portées ou suspendues. Le mystère bruyant, brillant et enfumée approche.
La houle est dans le corps de lueurs inachevées. Des détails saillent. Les crânes des porteurs de torches sont des effigies de cuivre rouge. Gong, cymbales, trompettes, pétards,explosions, halètements désespérément expressifs de sons crissants, métalliques,— ou lourds sourdement. La tête d'un monstre décapite le cortège.
« Le dragon ! Voilà le dragon ! » Les Européens se rangent pour lui faire place. « Le dragon ! » Les Annamites tendent le cou. « Voilà le dragon ! »
C'est le dragon. Il ondule entre les deux lignes cahotées de son escorte respectueuse. Il est satisfait : des urnes et des offrandes, fruits et fleurs,l'accompagnent. Il est furieux : une boîte de pétrole enflammé croise devant sa gueule. L'orgueuil le bouffit : les roulements du gong s'évaporent avec sa gloire. Il rutile ; il salue ; il se cabre ; il
proteste ; il remercie. Il dévisage la nuit et affronteles lumières. Ses yeux horribles refléchissent l'éclat des bijoux des belles invitées. Sa carcasse démesurée simule une reptation conquérante... Pétards, tintamarre, incohérence, éblouissement, incendie...
Un feu de Bengale vert étend sa mante limpide sur les épaules nues des femmes. Le dragon fait des layes interminables à la « patronne ». L'archet des grillons effleure le violoncelle de la forêt... Solo de langueur précieuse aux nerfs trop fins. Des volants
de robes frôlent des chaises. Les torches tremblent et le dragon attend. Nous sommes tous debout.

127terDelaSouchierePlantations.jpg
Alors, escorté de quelques coolies fiers de tenir un emploi de coadjuteur, le caporal-chef de la plantation avance. Il déroule un papier rouge et lit. Je suis trop loin pour entendre toutes ses paroles, mais par les bribes de syllabes saisies au vol je rétablis le sens de phrases.
Comme un leit-motiv cher à l'orateur revient la douce oraison brève : a Notre mère... vos enfants... notre maman. » Aux mots d'amour les mots de travail sont mêlés. Je demande
à mon voisin, administrateur-adjoint de la province de Bienhoa : — Pourquoi l'appellent-ils leur mère ?
— Parce qu'elle multiplie les preuves de son affection pour eux. Dernièrement encore elle a remis douze mille piastres au chef de la province, à charge par lui de faire construire un dispensaire et une maternité sur la plantation.
Mais Mme de la Souchère répond à son caporal-chef. Foin des convenances ; jouant des coudes je me place pour l'écouter. Elle dit :
« Il y a dix-huit ans que je suis ici. Je ne peux plus, comme autrefois, faire vingt kilomètres à cheval, chaque jour, pour visiter vos femmes et vos enfants. Vous savez que je ne vous néglige pas ;que je ne déserte pas ; que si je rentre en France bientôt, c'est pour me reposer et me soigner.
Obéissez bien à qui me remplacera. Je reviendrai,mes enfants. Je reviendrai parce que je ne pourrais plus vivre loin de vous, loin de cette terre qu'ensemble nous avons mise en valeur. Française par le coeur, je veux mourir ici. C'est ici, à Long Tanh,où j'ai souffert, lutté, que je dormirai de mon dernier sommeil.
« Vous savez que j'emmène en France un des vôtres, un jeune garçon. Ne croyez pas que je
veuille en faire un Français. Il restera Annamite et rentrera dans la maison de ses ancêtres. Mais il apprendra notre science et quand il reviendra parmi nous, il sera le vivant symbole de la collaboration franco-annamite bien comprise.
« Vous m'appelez « notre mère ». Je vous dis :
— Mes enfants, toutes les femmes françaises sont comme madame de La Souchère. Vous ne devez pas croire ceux qui prétendent le contraire. Vous êtes le nombre ; nous sommes la science, les capitaux, l'hygiène. Travaillons. »
La voix convaincue vibre encore au fond del'âme de tous les auditeurs quand M. Lam Van Hué, commis du gouvernement à l'Inspection de Bienhoa, déplie des feuilles légères et lit à son tour.
Quand il a terminé je l'aborde, le félicite, le prie de me laisser recopier son discours. Beaucoup plus aimable qu'un ministre à l'issue d'un comice agricole, M. Lam Van Hué se refuse à me voir travailler : — Je vous prie de me permettre de vous offrir ce texte.
J'ai lu :...
« Madame...
« Grande Française à la volonté tenace et à l'âme généreuse, vous avez accompli sous nos yeux, non seulement une oeuvre magnifique, en conquérant sur la brousse ce beau domaine de la Souchère,mais, en outre une oeuvre plus ignorée, celle de la conquête de coeurs dans votre entourage indigène.
« En vous montrant bonne et compatissante à l'égard de tous ; en vous penchant
sur toutes les misères, et en pénétrant nos sentiments intimes, vous avez fait de nous, du plus pauvre au plus riche,des amis dévoués et reconnaissants à votre personne
et à la France bienfaitrice que vous représentez si noblement.
« Vous n'avez pas voulu quitter ce pays sans assurer l'avenir de vos vieux serviteurs, sans doter notre centre d'une Maternité où les nouvelles générations rediront votre nom avec respect et amour,sans nous réunir pour nous donner une nouvelle preuve de sympathie et d'attachement.
« Croyez, Madame, qu'en ce jour, toute la popu-lation indigène de la Circonscription est, par la pensée, auprès de vous, regrette votre départ, souhaite votre prompt retour dans cette seconde Patrie qui est la vôtre, et vous exprime, par mon intermédiaire,
ses sentiments de fidèle et infinie gratitude.»SoucherePortrait.JPG
Etait-il minuit quand, à la lueur des flambeaux compatibles avec la gloire, madame de La Souchère fixa des décorations aux tuniques brodées de trois de ses serviteurs ?
Ce fut un spectacle émouvant que celui d'une femme remettant à des hommes les insignes consacrant leur courage et leur loyalisme. Ainsi, par une nuit emplie d'étoiles, devant le dragon traditionnel et en présence de hauts fonctionnaires annamites :
phu,doc phu, hûyen, une femme française remit le Sapèque d'argent de 1re classe à Tran Van Luong,huong ca du village Bertin de la Souchère ; Vo Van Cuan, huong than du même village ; Nguyen van Phan, caporal de la plantation.
— Que faites-vous donc ?
Le vieil Annamite que j'ai interpellé se présente et me rassure. Il est vêtu de soie noire.
Suspendue à un collier d'étroit galon rouge, la plaque du Kim Kanh brille sur sa poitrine.
— Je suis M. Nguyen duy Khiem, huyen honoraire. Je traduis les paroles de Mme de la Souchère pour qu'elles pénètrent le coeur de mes compatriotes.
La folie joyeuse a repris. Est-ce bien une folie ?
Quand ils s'amusent selon la tradition, les Annamites font beaucoup de bruit, mais une réserve grave subsiste dans leur maintien. Leurs yeux seulement reflètent la gaieté — une gaieté qui s'allume et décroît, comme celle des enfants, qui a besoin
sans cesse d'aliments nouveaux : ils aiment qu'on les amuse.
Le gong a frappé le réveil des bruits et des lumières. Une frémissement parcourt la colonne des porteurs de lanternes. Le dragon s'étire, chavire ses yeux, bâille, se décide, se contorsionne. Pétards,trompettes, pétrole, cymbales. Le monstre exige autant de bruit pour son départ que pour son arrivée.
Il ordonne : il est roi.
Et voici le défilé lent des merveilles construites par des artisans volontaires. Le bois et le carton en firent les frais. La faculté d'observation de la race annamite et l'habileté des doigts frêles réalisèrent ces petits chefs-d'oeuvres que leurs auteurs présentent timidement, dans l'attente des approbations et des applaudissements : animaux, lanternes, etc.. Les Européens complimentent ; les Annamites approuvent.
M.Nguyen duy Khiem veut bien me guider parmi les arcanes du vocabulaire annamite. Il a
gommé sa main gauche fermée à la paume de sa main droite, ouverte. Ses gestes, ainsi contenus, plus courts, mais doubles, soulignent les louables efforts
qu'il fait pour me sauver. Celui-ci est serviable comme tous les Annamites qui n'ont
pas dédaigné-les coutumes exquises de leur race. Il devine mes inquiétudes et devance mes questions.
Je voudrais lui faire plaisir à mon tour; lui rendre la monnaie de sa politesse. J'ai lu quelque part que les Annamites s'adonnent à de silencieuses spéculations philosophiques. Que dire à celui-ci ?
Quelle est la complémentaire de ses songes ? J'y suis : « L'hévéa, comme tous les végétaux, comme les animaux et l'Homme, se nourrit de la terre maternelle, mais plus il prend de forces et plus il s'en éloigne. L'ascension vers la lumière est le propre de la nature vivante. Toutefois l'Homme en s'élevant vers la lumière s'élève aussi vers Dieu. »
L' « ancien » ne crache pas devant moi, car il est poli. Seulement il joint encore ses mains, sourit et répond en saluant : — Oui, monsieur.
M'a-t-il compris ? Les merveilles défilent. Un char de feuillages, garni de musiciens accroupis, est l'émeraude d'un anneau de lanternes et de torches.
Un cerf est passé, chevauché par un chasseur qui brandissait un coutelas. Puis une plantation d'hévéas : de la graine au fumoir, le cycle du labeur de tous les jours se déroule. Sur tout autre arbre la saignée serait une lèpre; sur l'hévéa elle est un
chevron. Entre la pépinière et le camion de cinq tonnes l'intervalle est le même qu'entre l'espoir et la réalisation.
L' « ancien » explique... M'a-t-il compris? Je crois saisir que les Annamites n'expectorent pas leur philosophie; ils la ruminent. Sommés de parler ils se réfugient dans l'ambiguité.
Oh ! l'énigme de tous ces fronts derrière lesquels gravite la vision des pluies de fleurs ! de ces yeux que la tâche immédiate ne comble pas, et qui, au lieu de chercher un complément irréel dans les horizons, à la manière des yeux d'Occident, rétrécissent
leur champ visuel et contemplent l'éternité dans le provisoire d'une cour de pagode,
l'infini dans la convexité d'une fleur de lotus.
Cesse-t-on d'être un sage quand on regarde trop loin? Est-il stérile le silence du poète qui nie les limites? Le Dante a écrit : « Béatrice regardait en haut, et je regardais Béatrice. » Je retourne mon âme. Confucius n'avait pas prévu le Romantisme.
Ils ne conçoivent pas le bonheur comme nous. Ils se réjouiront tout à l'heure à une légende, à une page du passé impérial dont ils suivront avidement les filigranes à travers l'effigie superficielle d'un bouffon. Leurs petites chanteuses soulèvent leurs
robes de brocart et leurs visages peints accompagnent la descente rituelle de leurs mains pendant les layes qu'elles font, agenouillées. Leurs comédiens viennent aussi, bariolés sans ménagement. Ils se prosternent devant la « patronne » qui les reconnaît. Puis, celui-ci virevoltant, celui-là ouvrant et refermant un éventail, cet autre effilant les pointes de sa barbe à carcasse de fer, cet autre encore jon-
glant avec sa lance de bois, ils annoncent chacun son rôle par la mimique appropriée. Je suis avecles Annamites qu'ils amusent et contre ceux de Européens qu'ils ennuient.
Ils partent de leur côté; nous allons du nôtre.
J'aimerais me mêler à eux. Leurs dalmatiques d'argent et d'or sont montées sur une soie pâlie qui réclame le soleil. Ces gens de théâtre sont les officiants sans le savoir d'un rite moribond. Ils jouent la comédie à son chevet funèbre. Il marche si lentement, l'empereur, que ses bottes à bouts relevés gênent ! Ses comparses s'accordent à sa cadence.
La troupe des comédiens et des chanteuses s'incorpore aux lanternes qui les attendaient. Une cour:tiares, barbes, éventail, lance, plumes,va inoculer des globules anémiés de souvenir au nouveau visage de la Cochinchine.
Le visage a changé. Mais l'âme ?

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15 novembre 2011 2 15 /11 /novembre /2011 11:19

A Paris, une étudiante chinoise tombe amoureuse d’un prolo.

Un film gonflé qui prend la morale et les conventions à rebrousse-poil.

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19250132&cfilm=178491.html

La tradition cinéphile apprécie qu’on passe son temps à s’intéresser aux pérégrinations des cinéastes autour du globe (Hitchcock l’Americano, Buñuel le Mexicano, etc.). Rien que de plus normal : si un cinéaste est un regard, celui qu’il pose sur tout paysage ou société inédite doit nous intriguer, nous interroger sur son acuité, sa capacité à observer, à rendre compte, à dessiner tout ce qui lui est a priori étranger, nouveau.

Ici, le Chinois Lou Ye visite la France et d’abord Paris. Depuis qu’il est de mode pour les beaufs de droite comme de gauche de résumer la capitale à un paradis pour bourgeois décomplexés, il est devenu quasiment impossible de filmer la ville sans se prendre des tombereaux d’insultes sur la tête. Le Taiwanais Hou Hsiaohsien, pourtant vénéré, en avait lui-même pâti quand il était venu y tourner le magnifique Ballon rouge.

On appréciera donc tout d’abord la façon dont Lou Ye filme Paris au plus près, dans la rue au milieu des cageots, dans les rades pourris, loin de tous les décors évidents de carte postale (mais Paris EST une carte postale). De tous les films français de 2011 tournés dans la capitale, Love and Bruises est celui qui montre le mieux la ville. Tout en révélant, par quelques plans ironiques, que la France et la Chine, aujourd’hui, c’est presque la même chose…

Et puis il y a cette love story improbable, digne au premier abord d’un roman-photo : une histoire passionnelle entre une étudiante chinoise érudite et un prolo, Mathieu, monteur et démonteur de stands sur les marchés. Lou Ye y va fort : tout commence par un viol et la belle, femme libérée sexuellement, perdue dans les sentiments, tombe amoureuse du prolétaire.

Le film ne va pas cesser d’enchaîner les scènes d’amour, de nous mettre mal à l’aise (Mathieu peut être violent, cruel, pervers, narcissique), de bousculer toutes nos idées reçues sur ce qu’est une relation sexuelle sans jamais chercher à en tirer des leçons ou à nous en donner. Ce qui se passe entre deux corps est mystérieux et échappe au champ social, du moins un temps. Quand celui-ci s’en mêle, tout est perdu.

Lou Ye, qui n’a cessé d’essuyer les feux de la censure dans son pays (son film précédent montrait des amants du même sexe), a trouvé en France le lieu idéal pour mettre en scène ce que peu de cinéastes français (Catherine Breillat, Jean-Claude Brisseau, Christophe Honoré ?) ont eu le courage de nous montrer parce que le sujet est encore tabou et ne leur attire que quolibets et railleries de petits-bourgeois.

Mais tout cela ne serait rien si l’histoire n’était incarnée par deux acteurs extraordinaires : Tahar Rahim (aussi dense que chez Jacques Audiard, encore plus perceptible à chaque instant), et une belle inconnue à la voix sublime, Corinne Yam. Magnifique et gonflé.

Jean-Baptiste Morain

Love and Bruises de Lou Ye, avec Tahar Rahim, Corinne Yam, Vincent Rottiers (Fr., 2010, 1 h 45)

 

 

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11 novembre 2011 5 11 /11 /novembre /2011 23:59

NOTRE INDOCHINE 

 

MADELEINE  ET ANTOINE JAY

  (Extraits) 

À nos enfants. Bernadette,  Marie-Elizabeth née à Saigon,
Jean-François, né à Saigon, qui ont passé leur prime jeunesse dans ce merveilleux pays qu'était l'Indochine.
ainsi qu'a Christian.qui nous a beaucoup aidés dans la préparation de cet ouvrage.

et à tous nos amis français et indochinois, tout particulièrement

notre fidèle Thi Tu(Mme Le-Thi Ngot).

 

AVANT PROPOS

 

 

 

Notre aventure indochinoise débute très exactement le 29 novembre 1936, date à laquelle nous embarquons à Marseille avec notre petite Bernadette de dix-huit mois sur le Chenonceau, paquebot d'un âge certain — mais d'un confort acceptable — qui pendant la guerre finira victime d'une mine malencontreusement placée sur son chemin.

Nous faisons aisément connaissance de certains de nos compagnons de voyage. Avec nous un grand nombre de jeunes officiers et fonctionnaires appelés comme moi à servir en Indochine pour trois ans, n'eût été la guerre. Et parmi les fonctionnaires rejoignant leur poste, le Résident Aurillac son épouse et son jeune fils Michel qui suivra les traces de son père et deviendra ministre.

Nous tissons avec plusieurs ménages d'officiers et de fonctionnaires civils des liens qui dureront longtemps. Tous ces jeunes serviteurs de la République n'avaient en tête qu'une ambition : "Servir", en employant à plein leur intelligence, leur appétit de travail et leur cœur pour apporter le maximum d'eux-mêmes à ce pays dont on leur confiait, dans une certaine mesure, le destin. On les aurait certes bien fait rire si on leur avait dit, ainsi qu'essayait de le faire accroire une certaine intelligentsia, qu'ils allaient participer à l'exploitation éhontée du peuple indochinois...

Notre voyage fut sans histoire, et la traversée de l'océan Indien véritablement féerique. Me revint alors en mémoire cet alexandrin sublime enfanté par la plume magique de José Maria de Heredia : « L'Azur phosphorescent de la mer des Tropiques », avec ses myriades de poissons volants s'ébattant autour du navire. Nous avons également pu contempler, lorsque le soleil achève sa noyade dans la "mer océane", ce fugitif clin d'oeil qu'il nous adresse sous la forme du "rayon vert", bien réel quoique contesté par certains.

Comment ne pas regretter ce temps béni des paquebots où l'on pouvait jouir du temps présent et dont on conservait des souvenirs inoubliables ? Qu'avons-nous gagné à accomplir en moins de vingt-quatre heures, dans des conditions de confort discutables, un périple qui demandait jadis vingt-deux jours, dans la détente et la sérénité ? Que le vieil Horace avait donc raison, avec son Carpe diem (1)

Le moment est peut-être venu de dire ce que nous venions faire dans ce pays si éloigné de la Métropole. La liaison ferroviaire de Hanoi à Saigon (1.728 km) venait tout juste d'être achevée (le 4 octobre 1936) à la suite de la construction, dans des conditions très difficiles, de la sec­tion séparant Tourane(2) de Nha Trang (3) (512 km), tronçon central du Transindochinois. Des perspectives prometteuses de trafic étaient attendues du fait de cette réalisation. Je faisais partie d'un quarteron d'ingénieurs (de formation X-Ponts) que le ministère des Colonies de l'époque avait désignés pour compléter l'état-major de la Direction du réseau de chemins de fer exploité en régie par le Gouvernement général de l'Indochine.

 

1.Littéralement : « Cueille le jour ».

2.Aujourd'hui Da Nang.

3.Prononcer « Nya-Tran ».

 

Arrivé à Hanoi pour la Noël 1936, ma première affectation fut la direction du service "Trafic et Mouvement" du réseau, lequel comprenait environ 2.600 km de lignes. Je me trouvais donc chargé, à vingt-six ans, d'une responsabilité importante : c'était là une des raisons qui rendait le service colonial particulièrement attrayant, le charme provincial qui pouvait séduire certains fonctionnaires de la Métropole n'ayant rien de particulièrement exaltant pour des jeunes gens de ma formation.

La mission qui m'était confiée m'ouvrait du même coup des perspectives intéressantes pour la découverte du pays, en m'amenant à effectuer des tournées d'inspection aussi bien au Tonkin, en Annam et en Cochinchine qu'au Cam­bodge. Il me fut ainsi possible d'acquérir assez rapidement une bonne connaissance de la plus grande partie de ce mer­veilleux pays et des trésors dont il était abondamment pourvu.

Je restai dans ce poste un peu moins de deux ans. Puis le décès accidentel du directeur général des chemins de fer de l'époque, François Lefèvre — personnage atypique mais ingénieur de grande classe qui avait mené de main de maître la construction du Tourane-Nha Trang —, déclencha un mouvement de personnel qui entraîna ma nomination comme directeur de la région de Saigon, où j'allais avoir la responsabilité de la gestion d'environ six mille agents et 800 km de ligne, avec l'ensemble des services sous mon autorité.

Mon épouse et moi-même nous assimilâmes assez rapidement aux usages de la vie saïgonnaise, et nous apprîmes au fil des années à bien connaître ce pays qui appelle maintenant une description ; elle s'impose d'autant plus que l'on veut mettre correctement en place les événements dont nous avons été les proches témoins au cours des onze années que nous avons passées là-bas.

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TRAITS DOMINANTS DE LA PÉNINSULE INDOCHINOISE

 

 

L'Indochine, pays de l’eau

 

Jetons les yeux sur une carte de l'Indochine. Ce qui frappe tout d'abord, ce sont les deux plaines du Tonkin et de la Cochinchine, arrosées par un maillage de canaux et d'exutoires naturels que forment les deltas du fleuve Rouge au nord, du Mékong et du Bassac au sud. Nous voyons également que l'intérieur du Cambodge est occupé par la vaste étendue du Grand Lac, relié au Mékong par un important canal naturel, le Tonlé-Sap (1).

Le fleuve Rouge n'a pas une longueur considérable (1.200 km environ). 11 prend sa source dans la province chinoise du Yunnan et reçoit, avant d'arroser Hanoi, deux affluents : la rivière Claire et la rivière Noire. Son débit est important (3.800 m3/s en moyenne) mais très irrégulier, pouvant atteindre 30.000 m3/s en période de mousson. Ses débordements sont contenus par des digues qu'il faut constamment entretenir et renforcer. Dispersées par un éventail de défluents, ses eaux fertilisent la plaine du Tonkin et, grâce à une culture intensive qui mobilise des millions de paysans, permettent à ce pays de produire trois récoltes de riz par an.

Quant au Mékong, il compte parmi les fleuves les plus longs du monde (4.180 km). Il prend sa source au cœur du Tibet, à 4.800 m d'altitude, en compagnie d'un autre géant : le Yang-Tsê-Kiang (5.980 km). Les lits de ces deux fleuves sont sensiblement parallèles jusqu'au moment où ils pénètrent dans la province du Yunnan. A partir de là, le Yang-Tsê fausse compagnie au Mékong et s'oriente brusquement vers l'Est pour devenir le grand irrigateur de la Chine.

1. Certains géographes ont attribué le nom de Tonlé-Sap au Grand Lac, mais nous croyons plus judicieux de réserver ce vocable au canal naturel reliant le Grand Lac au Mékong.(…)

 

Les colons élisent la plaine cochinchinoise où l'on peut réaliser deux récoltes annuelles de riz.

On comprend dès lors combien cet ensemble hydrau­lique, où la main de l'homme n'a qu'une responsabilité réduite (sauf au Tonkin où le bon entretien des digues prend un caractère impérieux, sous peine de catastrophe), est étroitement lié à la prospérité agricole de l'Indochine. Tous les pays de la Fédération en sont bénéficiaires à l'ex­ception de la plaine côtière de l'Annam, étroite bande coin­cée entre la mer et la cordillère dite annamitique courant du nord au sud, avec un point culminant — le Fan Si Pan — qui domine de ses 3.144 m la plaine du Tonkin. La côte d'An­nam est cependant périodiquement arrosée par le trop-plein d'eau qui découle de cette chaîne de montagnes, parfois avec une violence extrême lorsqu'un typhon (traduction asiatique du cyclone) vient heurter les reliefs, les trombes d'eau entraînant souvent des dégâts considérables. Combien de ponts ferroviaires et routiers a-t-il fallu remettre en état après le passage d'un de ces ouragans !

Mais c'est bien grâce à cette eau que l'Indochine vit et a pu connaître, jusqu'à la mainmise d'un régime dont l'imbécillité l'a réduite à l'état de pauvreté, une certaine prospérité.

 

L'Indochine des rizières

 

Si l'Indochine doit être typiquement représentée par un tableau, c'est bien par une rizière où l'on voit les ma, plants de paddy caractérisés par leur couleur vert tendre, sortir d'une eau boueuse où des dizaines de jeunes paysannes, coiffées de leurs chapeaux coniques typiques, s'affairent à repiquer les plants un par un tandis qu'à quelque distance un buffle accompagné par un nho1 — son compagnon habituel — tente de brouter les quelques rares brins d'herbe qu'il peut arracher aux diguettes qui délimitent les carrés de rizière.

Alors qu'avant-guerre l'Indochine était exportatrice en moyenne de deux millions de tonnes de riz par an, elle était devenue, au cours des années de misère, importatrice de cette précieuse céréale. Mais acharnés au travail les paysans vietnamiens ont depuis quelque temps rétabli la situation et, pour la première fois depuis les années terribles, en 1990 le Viêt-nam a pu exporter une quantité significative de riz.

Les statistiques les plus récentes (année 1989) dont je dispose donnent les chiffres suivants pour la production de riz : au Viêt-nam 18,2 millions de tonnes, soit 270 kg par habitant et par an ; au Cambodge 2,1 millions de tonnes, soit 300 kg par habitant et par an ; au Laos 1,4 million de tonnes, soit 350 kg par habitant et par an.

En dehors du riz, ces trois pays produisent des cultures maraîchères, d'autres céréales (500.000 t de maïs pour le seul Viêt-nam), du sucre (340.000 t), des animaux de ferme (cochons, canards, poulets). Les produits de la pêche constituent également, pour le Viêt-nam et le Cambodge, une ressource essentielle.

   

 

 

L'Indochine du caoutchouc

 

C'est en 1876 que pour la première fois des graines d'hévéa, recueillies en contrebande au Brésil, furent plan­tées à Ceylan ; leur acclimatation donna des résultats tels que plusieurs territoires de l'Asie du Sud-Est, Indes néer­landaises, Malaisie, Indochine) s'ingénièrent à créer des plantations d'hévéas, lesquelles ne cessèrent de se dévelop­per et jouèrent un rôle économique primordial au profit des puissances qui avaient des intérêts dans ces territoires. Ce fut le cas de l'Indochine, où la qualité de certaines terres (Terres Rouges par exemple) s'avéra tellement propice à l'hévéa qu'elles suscitèrent l'intérêt de groupes financiers et des constructeurs de voitures automobiles lorsque se manifestèrent les avantages de ce moyen de transport. C'est en particulier dans l'est (Xuân Lôc 1) et le nord (Lôc Ninh) de la Cochinchine, et dans la région de Mimot, au Cambodge, que se trouvèrent les terrains les plus favorables à cette culture, et que s'installèrent les principales plantations.

1. Prononcer « Suann-loc ».

I Petit garçon. Prononcer « nyo ».

Après le désastre de Diên Biên Phu et leur éviction consécutive aux accords de Genève, nos compatriotes se sont empressés d'oublier l'Indochine. Mais depuis quelque temps, il semble que cette dernière suscite chez nous un regain d'intérêt, exerce même quelque séduction puisque le grand écran — avec l'Amant, Indochine, et Diên Biên Plut —a de nouveau attiré les regards sur la "Belle Colonie" qui eut longtemps valeur de mirage en métropole.

Pourtant, bien peu nombreux sont ceux qui ont une juste notion des événements dont l'enchaînement a abouti au déclin de la présence française. D'autant moins nombreux qu'un des longs métrages précités s'est efforcé de vilipender ceux qui avaient pour ambition d'apporter aux indochinois le concours de leur savoir et de leur travail.

Nous voulons parler du film Indochine, dont la perversité s'est trouvée masquée, aux yeux de spectateurs innocents, par une indéniable perfection technique. Ayant pour

 

Lors de notre arrivée en Cochinchine, l'industrie du caoutchouc était en pleine prospérité, et concourait pour une part importante à l'équilibre des comptes du budget indochinois. Malheureusement cette industrie fut par la suite complètement ravagée par la guerre, et notamment par le conflit américano-vietnamien, les Américains, ainsi qu'on le sait, ne s'étant pas embarrassés de scrupules pour ruiner une partie de la forêt indochinoise par l'usage sys­tématique et bien inutile de défoliants.

Dans le film Indochine, une scène abominable représente un véritable "marché aux esclaves" organisé sur une île de la baie d'Along (quelle idée bizarre d'aller chercher une île de la baie d'Along pour localiser cette monstruosité !). Ce marché aux esclaves dépeint un groupe de "colonialistes français" armés jusqu'aux dents, obligeant par la force de pauvres paysans en quête de travail à signer un engagement pour aller travailler sur des plantations dirigées par des patrons français.

La ficelle est tellement grosse qu'elle ne peut abuser que des personnes innocentes n'ayant aucune notion de ce qu'était l'Indochine et à qui on veut faire croire que leurs pères ou leurs grands-pères étaient des tortionnaires, traitant les Indochinois comme des animaux et n'hésitant pas à les "flinguer" s'ils faisaient la mauvaise tête. Nous avons dit plus haut ce qu'il convient de penser de cette monstrueuse imposture.

On comprend très bien l'idée qui a guidé les auteurs du scénario, qui ont sans aucun doute voulu faire référence à une pratique, courante avant la guerre, qui consistait dans le recrutement d'ouvriers tonkinois à qui l'on proposait d'aller travailler sur les plantations indochinoises.

Pourquoi aller chercher des Tonkinois ? L'exploitation d'une plantation exigeait des ouvriers assez robustes et durs au travail ; or les ouvriers cochinchinois répugnaient à ce genre d'emploi, car leurs aptitudes physiques n'étaient pas à la mesure du labeur exigé. Les directeurs de plantations recherchaient donc de préférence des travailleurs tonkinois, beaucoup plus robustes que les Cochinchinois, mais cela posait quelques problèmes.

Tout d'abord les Tonkinois étaient sujets de l'empereur d'Annam. Donc, même dans une île de la baie d'Along, il ne s'agissait pas pour les recruteurs de se rendre avec une troupe de sbires armés jusqu'aux dents, d'y convoquer des "volontaires", et ensuite de leur faire signer, sous peine de mort, un contrat d'engagement.

Les fonctionnaires de l'Administration annamite avaient tout de même leur mot à dire. En réalité, la chose se passait de la façon suivante. Les agents des plantations chargés du recrutement se rendaient au Tonkin, de préférence dans une province à forte densité de population, telle celle de Nam Dinh (1.000 hab./km2), et s'adressaient au chef de province (un Annamite bien sûr) qui se renseignait sur les villages dont les habitants étaient disposés à s'expatrier pendant deux ou trois ans, voire même davantage, en Cochinchine.

Généralement on trouvait sans difficulté des volontaires, car le salaire était attrayant. La plupart du temps, c'est l'ensemble du village qui acceptait de se déplacer. Le contrat était signé par le chef du village, et on organisait une cérémonie particulière pour saluer le départ de ceux qui consentaient à s'expatrier. Mais on ne pouvait abandonner le village sans transporter les autels des ancêtres, patrons et protecteurs de chaque famille. 111 fallait donc y mettre les formes, même si le déménagement et le transport ne posaient généralement aucun problème. A la plantation, des habitations avaient été aménagées pour recevoir les nouveaux arrivants.

Inutile de préciser que l'emploi de la force était complètement exclu.

Que le lecteur soit bien convaincu que si nous avons tenu à faire cette longue mise au point, ce n'est pas par plaisir. Nous trouvons extrêmement agaçant d'être obligé de réagir chaque fois qu'un imbécile ou un masochiste éprouve le besoin de participer à l'entreprise de démolition de ce qu'a édifié son pays. Pour notre part, nous sommes solidaires de la devise britannique :

« Wrong or right, it's my Country. »'

 

 

Les autres ressources naturelles

 

Autrefois, les Français connaissaient au moins une production de l'Indochine. Ils savaient qu'il y avait, dans le nord, des mines de charbon : la houille de Hongay (2), l'anthracite de Dông Trieu. Ces mines sont toujours en exploi­tation, et les Vietnamiens ont même construit, avec l'aide financière de l'URSS, une ligne nouvelle à voie normale

« Qu'il ait tort ou raison, c'est mon pays ! »

(2) Prononcer « Hongaille ».

 

(…) temps d'occasion, car à chaque départ pour la France le fonctionnaire propriétaire du véhicule trouvait facilement à le revendre à un fonctionnaire arrivant de France. Cette pratique arrangeait aussi bien l'arrivant que le partant.

La situation, au fil des années, a bien changé. Le "pousse" proprement dit a disparu. On trouve maintenant partout des cyclo-pousses, degré supérieur du confort. Les voitures ont également disparu pour l'usager courant, les rares automobiles qui circulent étant réservées aux dignitaires de la "nomenklatura".

Mais alors qu'autrefois il y avait peu de bicyclettes et pas du tout de motocyclettes, le nombre de "deux-roues" en circulation s'est multiplié de façon incroyable. A certaines heures de la journée, c'est par centaines et même par milliers que déferlent les "deux-roues" dans les artères de Saigon ou Hanoi, les vélos entremêlés avec les motos, et — ô miracle ! — tout ce trafic paraît s'écouler sans le moindre accrochage, grâce à une dextérité de conduite dans laquelle les Indochinois sont passés maîtres.

L'utilisation des deux-roues s'applique aussi au trafic des marchandises. Étant donné qu'il est pratiquement impossible de disposer d'un véhicule automobile, la plupart des objets, même les plus encombrants, se trouvent transportés par bicyclette. C'est fou ce que l'on peut entasser sur un châssis de bicyclette, pour une livraison en ville comme pour un transport suburbain. On voit des bicyclettes chargées de plusieurs grandes jarres en céramique, ou d'une montagne de nasses de pêche en bambou ; on voit même des matelas ou des armoires astucieusement arrimés sur ce genre de véhicules. Cela dénote une réalité dont on a maintes preuves par ailleurs : le Vietnamien, astucieux et débrouillard, arrive à se tirer d'affaires en toute circonstance !

 

L'Indochine de l'artisanat et du commerce

 

Les Indochinois, qu'il s'agisse des Vietnamiens, des Cambodgiens ou des Laotiens, ont toujours eu une vocation innée pour la création artistique. C'est pourquoi, avant-guerre, on trouvait facilement des objets d'art fabriqués dans de nombreux ateliers à partir de matières variées : statuettes d'ivoire, suites d'éléphants en ivoire ciselées dans une défense, objets en bronze ou en argent, agrémentés ou non de moullures, meubles ou panneaux laqués avec incrustation de figurines en pierre dure, etc.

Chaque pays imprimait aux objets son style particulier, de sorte que l'amateur d'art pouvait aisément satisfaire sa passion en disposant d'un choix étendu, lequel n'était limité que par les disponibilités du portefeuille, car certains de ces objets atteignaient des prix élevés.

En ce qui concerne le commerce, il était surtout le fait des Cochinchinois. Dans l'ensemble les marchés se trouvaient abondamment pourvus, notamment en fruits de toute nature, dont certains particulièrement savoureux : mangues, mangoustans, ananas, pamplemousses, pommes cannelles, goyaves, noix de coco, etc. La gourmandise y trouvait largement à se satisfaire.

Le commerce des tissus était particulièrement florissant. Les jeunes femmes annamites, très coquettes, savaient se parer avec grâce et imagination, et certaines étaient vraiment d'une grande beauté. Il faut d'ailleurs souligner que rien n'a changé, sinon en mieux, dans ce domaine. Les Chinois tenaient une place importante dans cette activité où ils montraient beaucoup de maîtrise, et avaient réussi à s'implanter dans toutes les villes bordées par l'océan Indien. Quand on ne trouvait pas ce qu'on voulait dans un grand magasin, on le dénichait souvent « chez le Chinois ».

 

(…) cents, par une indéniable perfection technique. Ayant pour notre part vécu onze ans de cette présence française, nous avons en effet été révoltés par certaines scènes qui prétendent démontrer que, s'il y a eu rupture entre les communautés française et annamite, la faute en est imputable aux Français d'Indochine. Car par de scandaleuses mises en scène, on veut accréditer l'idée que ces derniers avaient coutume de faire subir toutes sortes d'exactions aux malheureux Annamites, exactions qui auraient fait lever les ferments de haine dont l'explosion n'a pu qu'engendrer l'éviction justifiée des odieux colonisateurs.

Nous y reviendrons, mais c'est encore par la fonction commerciale que l'économie du Viêt-Nam semble le plus facilement repartir après les années de restriction imposées par le "paradis communiste".

 

Les artères vitales de l'Indochine

 

Avant la guerre, le réseau routier avait connu un développement spectaculaire. La route Mandarine reliant Hanoi à Saigon était parfaitement entretenue, et d'excellentes voies reliaient entre elles toutes les villes principales de la Fédération, ce qui était d'autant plus indispensable qu'aucune ligne de chemin de fer ne conduisait de Saigon à Phnom Penh, non plus que de Hanoi à Vientiane ou Luang Prabang. Les routes locales n'étaient pas négligées pour autant.

En ce qui concerne l'équipement ferroviaire, il faut reconnaître que la France, puissance tutélaire de l'Indochine, ne s'était guère empressée de doter sa Pupille d'un réseau particulièrement étoffé. Précisons tout d'abord que deux organismes se sont partagés, dès la fin du siècle dernier l’œuvre d'équipement du pays dans ce domaine.

1) Le Gouvernement général de l'Indochine, auquel on doit la première implantation ferroviaire en Indochine, la ligne de Saigon à My Tho, mise en service en 1885, a par la suite construit et exploité la plus grande partie des lignes du Viêt-nam et du Cambodge :

— en 1902, mise en service d'une première ligne reliant Hanoi à la frontière chinoise (ligne Hanoi-Na Châm par Lang Son) ;

— en 1913, mise en service de la ligne de Saigon à Nha Trang, amorce sud du Transindochinois ;

— en 1927, mise en service de Hanoi-Tourane, amorce nord du Transindochinois.

Il fallut attendre octobre 1936, comme nous l'avons déjà souligné, pour mettre en service le tronçon Tourane-Nha Trang, lequel permit l'ouverture à l'exploitation de la totalité du Transindochinois Hanoi-Saigon.

Rappelons qu'entre-temps, en 1933, fut ouverte à l'ex­ploitation la ligne de Phnom Penh à la frontière siamoise, dont nous avons déjà souligné les avantages qui en étaient résultés pour l'économie du Cambodge.

Enfin, deux lignes se greffant sur la ligne Saigon-Nha Trang, Tourcham-Dalat et Saigon-Lôc Ninh (la ligne du caoutchouc), ont été mises en service à la même époque.

2) Un autre organisme fut chargé par le Gouvernement général d'équiper en rails le nord du Tonkin : la "Compagnie des chemins de fer de l'Indochine et du Yun­nan", fondée à la fin du siècle dernier, qui reçut du même Gouvernement général la concession d'une ligne partant du port de Haiphong et aboutissant, via Hanoi, à Yunnanfou', chef-lieu de la province chinoise du Yunnan. Cette ligne, d'une longueur totale de 860 km dont 395 en territoire tonkinois et 465 en territoire chinois, fut mise en service en trois étapes : 1903 pour la section Haiphong-Hanoi (100 km), 1906 pour la section allant de Hanoi à Lao Kay, autre point de communication avec la Chine (295 km), enfin en 1910 pour la section chinoise aboutissant à Yunnanfou (465 km).

Cette ligne fut interrompue partiellement, comme nous le verrons dans les pages qui suivent, en août 1940, sous la pression japonaise. Mais la Compagnie du Yunnan conti­nua à exploiter la partie tonkinoise de la ligne jusqu'au 9 mars 1945.L'actuelle Kunming.

une remarque s’impose : si le programme d'équipement ferroviaire que nous venons de décrire vit le jour, ce fut grâce à la ténacité de Paul Doumer, que l'on connaît pour avoir été élu président de la République de 1931 à 1932 (avant d'être assassiné par un fanatique), mais que l'on connaît moins pour avoir été, à l'âge de quarante ans, Gouverneur général de l'Indochine, fonction qu'il occupa de 1897 à 1902. Il eut assez d'autorité pour faire accepter par le gouvernement français de l'époque un plan général d'équipement de l'Indochine en voies ferrées et routes. Malheureusement, les proconsuls qui lui succédèrent n'eurent pas l'ascendant nécessaire, vis-à-vis des gouvernements plus ou moins éphémères qui se succédèrent en France, pour obtenir les moyens financiers indispensables à la réalisation du plan échafaudé par Paul Doumer. Si l'on songe que les premiers tronçons de rail posés entre Hanoi et Saigon l'ont été en 1903, on peut dire que la création du Transindochinois a demandé trente-trois ans, soit le temps d'une génération. Devant une telle constatation, tout commentaire devient superflu

Les routes aussi bien que les voies ferrées, ont payé, comme c'est généralement le cas en période de guerre, un lourd tribut aux différents conflits qui se sont succédé en Indochine, et tout particulièrement au Viêt-nam depuis 1945. Entre les destructions opérées par le Viêt-minh', au nom de sa politique de terre brûlée, celles consécutives aux bombardements britanniques ou américains, celles enfin résultant des calamités naturelles (ne serait-ce que du fait

1 Viêt-minh : contraction de l'expression « Viêt-nam Doc Lap Dong Minh », ce qui signifie « Ligue pour l'indépendance du Viêt-nam ».

Une seule solution, si l'on ne veut pas recourir à la solu­tion chinoise (politique de limitation des naissances à un enfant par couple) : se donner les moyens d'un développement économique permettant au Viêt-nam — les autres républiques pouvant encore se suffire à elles-mêmes — de se hisser, économiquement parlant, au niveau de ce qu'on appelle communément les quatre "petits dragons" du Sud-est asiatique, à savoir : Hongkong, Singapour, Taiwan, la Corée du Sud, un tel progrès impliquant un apport massif de capitaux étrangers, mais à condition de se débarrasser au plus vite du "sida" communiste.

Souhaitons que beaucoup d'industriels hexagonaux arrivent à persuader l'État vietnamien de faire appel aux techniques françaises, et n'attendent pas que les Japonais et les Américains aient pris toutes les places !

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LE COUPLE FRANCE-INDOCHINE

 

Que d'orages ont émaillé, pendant près d'un siècle, la vie de ce drôle de couple Que d'influences, d'intimidations, de tergiversations pour sceller enfin une union qui tint, malgré tout, assez longtemps pour être citée en exemple, et qui malheureusement se dénoua stupidement, du fait de l'entêtement des deux conjoints !

Quelles furent donc les causes de cette mésentente ? Pour notre part, nous en dénombrerons trois.

Tout d'abord l'obstacle de la langue. Nous avons mis en évidence l'oeuvre de vulgarisation accomplie par le père Alexandre de Rhodes, mais en insistant sur les difficultés de la langue vietnamienne. Il n'est pas douteux que son étude implique un effort prolongé. Étant donné que les fonctionnaires ou officiers avaient un contrat de trois ans, ils ne jugeaient pas nécessaire de se plier à cette discipline d'autant que tous les Indochinois en relation avec les Fran­çais parlaient le français, même entre eux. Il faut bien reconnaître que c'était là une lacune regrettable.

Ensuite la mésestime dont l'Administration française a fait preuve envers les élites indochinoises, dont beaucoup étaient venues se perfectionner dans nos écoles et nos Universités. A l'appui de cette affirmation citons une réflexion pertinente du général Bührer, qui fut le commandant supérieur des troupes de l'Indochine de 1936 à 1938: « Nos administrateurs ont le "racisme du parchemin". Pour eux, seul le diplôme décerné au Blanc a de la valeur, celui décerné au Jaune ou au Noir ne représente rien ! L'intelligentsia annamite est révoltée contre nous et cela est grave pour la suite. » La lucidité de cet officier général, qui connaissait bien l'Indochine, s'est malheureusement trouvée confirmée par la suite des événements. Elle avait le mérite de dénoncer l'un des manquements les plus graves de notre mission colonisatrice. Nous avons personnellement eu pour collègues aux Chemins de fer de l'Indochine deux Centraliens à qui n'avaient pas été attribué de postes correspondant à leurs capacités : tout en conservant une attitude amicale à notre égard, ils ne faisaient pas mystère de leur ressentiment à l'égard de l'Administration française.

Il faut enfin mettre en cause le véritable "mur" séparant, dans le domaine de la vie privée, les communautés fran­çaise et indochinoise. Ce n'était pas de la part des Français du mépris, ni du racisme. Mais chacun vivait de son côté et ne cherchait pas à rencontrer l'autre. Il arrivait pourtant que des manifestations communes réunissent à une même table des Français et des Annamites. Aucun n'y voyait d'inconvénient.( …)

Non, ces hommes, loin d'être des jouisseurs parfois déguisés en tortionnaires, étaient pour la plupart des gens travailleurs, fiers de 1'œuvre accomplie, honnêtes, conscients de leurs devoirs envers la communauté autoch­tone qu'ils avaient mission d'élever dans l'échelle sociale, et qui — tous comptes faits — pouvaient affirmer qu'ils avaient beaucoup plus apporté à l'Indochine que l'Indo­chine ne leur avait apporté.

Nous avons eu l'occasion de parcourir la plus grande partie de la péninsule indochinoise, d'en admirer les mer­veilles, d'en connaître et d'en apprécier les habitants, qu'ils fussent du nord ou du sud, de l'est ou de l'ouest ; nous avons visité des localités ou des sites éloignés de toute civilisation ; nous avons fait la connaissance, en dehors des Annamites, Cambodgiens ou Laotiens de la plaine, de certaines ethnies de la montagne, Mans, Méos, Mois, Rhadés, etc. Jamais, au contact des uns comme des autres, nous n'avons ressenti un quelconque sentiment d'animosité :

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(…) inconvénient et la cordialité n'en était pas absente. Donc pas d'apartheid dans le sens sud-africain du terme. Mais on cherchait rarement à se revoir. C'était là la manifestation d'une réserve excessive des uns vis-à-vis des autres, et il faut déplorer que des ponts plus solides n'aient pas été jetés entre ces deux communautés. Cela eût épargné bien des susceptibilités et aurait pu arranger bien des choses dans les moments critiques.

Dans le domaine professionnel, le fait de collaborer à la réalisation d'une tâche commune était, par contre, un excellent facteur de communication. Nous en voulons pour exemple celui des chemins de fer dont le personnel représentait environ vingt mille agents encadrés — si nos souvenirs sont bons — par environ cent Français, soit un Français pour deux cents Indochinois. L'ensemble des gares des différentes lignes, soit quelque cent cinquante gares, étaient toutes sous le commandement d'un Indochinois, d'un Annamite ou d'un Cambodgien, à l'exception de deux d'entre elles, Hanoi et Saigon. Cette légèreté d'encadrement, loin de donner lieu à critique, conduisait à déléguer à notre personnel autochtone une part importante de responsabilité, suscitant de sa part un esprit d'initiative qui s'est avéré précieux en maintes circonstances. J'ai toujours, pour ma part, été heureusement surpris par la très grande fidélité du personnel que j'ai eu sous mes ordres, et ce dans les moments les plus critiques, par exemple au cours de l'année 1944, au moment où le chemin de fer était la cible d'attaques aériennes de la part des Britanniques ou des Américains.

Les "insuffisances" de la France vis-à-vis de l'Indochine ont été mises en lumière. Mais il serait injuste de ne pas mettre en balance, en face de ces insuffisances, tout ce que la France a apporté de positif au territoire dont elle s'était arrogé la tutelle.

Tout d'abord la paix et la sécurité, qui ont été maintenues, rappelons-le, jusqu'au 9 mars 1945, alors que partout dans le monde régnait la terreur. Et il ne tenait qu'au Gouvernement français, si l'esprit de lucidité l'avait inspiré, que cet état de choses se perpétuât, comme on le verra plus loin.

Ensuite une situation économique satisfaisante. Sans doute peut-on déplorer, comme nous l'avons fait, la lenteur avec laquelle l'équipement de l'Indochine en moyens de transports a été poursuivi. Il convient d'y ajouter l'absence de création d'une industrie digne de ce nom et qu'il faudra bien, un jour, songer à développer à l'aide de capitaux appropriés si nous voulons encore jouer un rôle dans ce pays qui, selon tant et tant de témoignages recueillis, appelle de ses vœux le retour des Français.

Enfin un développement culturel dont personne ne peut nier l'importance. L'oeuvre d'éducation de la France en Indochine (…)

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(…) par une gentille congaïe, mais j'ai bien du mal à avaler quelques bouchées. Cela va durer trois jours. Nous n'arriverons qu'à la Noël. Je ne puis même pas aller à la messe de minuit dite à bord, et encore moins participer au petit réveillon qui suivra. Antoine, les officiers et de rares couples en profitent. Moi, je ne quitterai pas ma cabine durant tout le trajet. C'est vraiment un nuage jaune qui passe, et c'est le 24 décembre le plus sinistre que j'aie jamais connu.

Nous débarquerons sous un ciel gris et brumeux. Il crache, comme on dit ici ; les coolies et les pousses s'agitent pour emporter clients et bagages. Ils nous conduisent dans un petit hôtel peu reluisant. Une fois chacun casé dans sa chambre et les petits endormis, nous pensons trouver en ville quelque bon restaurant ou un dancing. Nous reprenons donc des pousses crasseux avec les Capodanno et les Diguet, en demandant à nos conducteurs de nous emmener

dans un lieu où l'on s'amuse. Mais soit qu'ils ne comprennent pas, soit que les boîtes n'existent pas, Noël passe inaperçu dans ce petit port où les Français sont peu nombreux : ils doivent se réunir entre eux. En tout cas, nos pousses pousse font faire une randonnée dans une ville sombre et triste, sous le crachin qui ne cesse de tomber, et finalement nous ramènent à notre hôtel, ou plutôt au bungalow, car les chambres sont disséminées dans la nature. Passer une nuit ici me fait peur. Ma fille dort comme un ange, elle se sent en sécurité. N'a-t-elle pas des parents pour la protéger, que diable ! Elle serait sans doute déçue si elle savait que sa maman a bien du mal à trouver le sommeil car un drôle de bruit lui fait penser qu'un serpent rôde dans les parages. Mais nous sommes protégés par les moustiquaires.

Toujours ce bruit lancinant quand je me réveille ; aussi, dès qu'il fait jour, Antoine se lève et va, avec précaution,vers l'endroit d'où émane cette espèce de son inquiétant. Il éclate de rire et me crie : « Viens voir ton fameux ser­pent ! » Je me précipite pour découvrir un robinet qui goutte sur le carrelage de ce qui se veut être une douche. Je ris aussi et me promets d'être moins peureuse à l'avenir. Mais jamais je n'oublierai cette première nuit indochinoise.

La bruine a fait place au soleil. Nous allons, toujours en groupe et en pousse, à la gare ; nous y prendrons le train en direction d'Hanoi. Le parcours est très agréable. Nous traversons de belles régions boisées et fleuries, les flamboyants surtout font notre admiration, et c'est tout joyeux que nous arrivons au but de notre voyage.

Nous sommes attendus par un jeune officier et un représentant des CFI (Chemins de fer d'Indochine). Ce dernier conduit notre ménage vers le Grand Hôtel Métropole, très huppé, dont le service est assuré par une foule de boys en pantalons de soie noire, tuniques blanches empesées et turbans rigides noirs impeccables. Nos amis sont dirigés sur l'hôtel Splendide, un peu moins grandiose mais tout à fait bien également. La diversité de nos traitements explique cette différence : les lieutenants gagnent deux cents piastres de moins que nous (soit deux mille francs).

Nous passerons là environ un mois. visitant la ville, grande et bien construite, avec une cathédrale au milieu d'une vaste place, et un petit lac au centre duquel s'élève un gentil pagodon où l'on accède à l'aide d'une passerelle de bois rouge et doré, mais nous n'y sommes jamais entrés. Un peu plus loin, une place où arrivent les tramways qui desservent le quartier indigène. C'est une série de rues peu larges, aux petites boutiques très bien approvisionnées, chacune dans sa spécialité. C'est ainsi que l'on parcourt la rue de la Soie, des Paniers, du Cuivre, du Coton, etc. Nos pousses aux capotes grises font mauvaise impression, et leurs coolies sont encore plus délabrés. Nous apprendrons par la suite qu'ils ne reçoivent qu'une fois par an, le jour du Têt, un costume neuf, qui doit donc durer trois cent soixante-cinq jours. C'est nettement insuffisant, et sous le crachin les pauvres se gèlent.

Antoine a pris son service. Il est content. Je me promène donc seule avec Bernadette. Très vite, un boy de l'hôtel me propose une congaïe pour la garder. C'est Thi Souan. Elle paraît gentille et j'accepte. Elle a les dents laquées en noir (cela paraît-il les protège, ce qui doit être vrai). Cela ne déplaît pas à notre fifille qui, tout de suite, adopte cette jeune Tonkinoise. Notre restaurant est de haut niveau, et le menu comporte trente plats numérotés, qui vont du hors-d’œuvre au dessert. Il n'y a plus qu'à choisir. Un jour, des Japonais viennent s'installer non loin de notre table. Ils ne connaissent pas le français. Ils cochent quelques numéros au hasard, et c'est ainsi que nous les voyons entamer le repas par un dessert, suivi d'un rôti, puis d'une soupe. Cela nous a bien amusés.

Bientôt notre ami Capo vient nous proposer une maison à louer, suite au départ d'un adjudant-chef qui rentre en France avec sa famille : une femme, sept enfants et deux chiens. Nous allons les visiter. Il y a une grande pièce devant, donnant sur un jardinet, suivie d' une petite descendant par trois marches sur une cour cailloutée où se trouve la boyerie (cuisine, buanderie et chambre) voilà pour le rez-de-chaussée. A l'étage, deux chambres et une salle de bains. Je sens quelques démangeaisons sur mes jambes et les découvre noires de puces. Jamais je n'en avais vu autant. Nous sortons hâtivement, en disant que nous allons prendre contact avec le propriétaire. En effet, nous nous entendons avec celui-ci pour lui louer sa maison, 33 boulevard Félix-Faure, un peu éloignée du centre mais agréable car ombragée et calme. Juste en face nous avons une place avec un monument aux morts.

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(…) roses, alamandas et bougainvillées, de hauts lampadaires très gracieux, de jolies chaises cannées et des tables dres­sées avec nappes, serviettes et couverts permettent aussi de faire de bons repas malgré les restrictions.

Sur la gauche, une grande allée dessert toutes les petites échoppes des métiers indigènes : celles des potiers, des brodeurs, des marchands de laques, de cuivres, de nattes, de soieries ; les tisserands et les mécaniciens. Tout cela est fort intéressant à visiter ; on s'arrête pour admirer l'habileté de ces artisans, et l'on peut faire quelques achats ; il y a aussi ceux qui travaillent le cuir, et enfin le marchand de soupe avec sa longue table entourée de bancs où l'on déguste le bon potage annamite aux pâtes jaunes. En bout de piste, c'est le paradis des enfants : balançoires, manèges et toboggans — notamment celui qui plonge dans une mare, éclaboussant ses passagers rayonnant de joie. Bichon monte sur les chevaux de bois, fortement maintenu bien au contraire nous en avons reçu d'émouvants témoignages de sympathie.

S'il n'en fallait qu'un exemple, nous retiendrions celui de notre petite congaïe Thi Tù(1), venue avec nous en France sur sa demande, en 1948, puis retournée en Indochine en 1950 et qui, trente-cinq ans plus tard, après quarante-huit mois de patientes démarches administratives appuyées d'arguments appropriés, est parvenue à rejoindre l'Hexa­gone avec ses deux enfants, et a remué ciel et terre pour nous retrouver.

Nous avons infiniment aimé ce pays où nous avons passé, en tant que jeunes époux, des années délicieuses où au surplus nous avons eu notre deuxième fille et notre premier garçon — qui eux aussi ont gardé, quoique l'ayant (…)

1. Prononcer Thi-teu..

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(…) par Bernadette ;"les filles s'offrent des parties endiablées de balançoires, et tous nous faisons la queue pour le toboggan ; je serre mon fiston dans un bras et me cramponne de l'autre, la descente est vertigineuse et l'arrivée dans l'écume sensationnelle. Les enfants sont ravis et prêts à recommencer, mais très peu pour moi qui ne goûte guère ce genre de sport. Une journée passée à la Foire est passionnante, mais fatigante ; mon petit dernier, bien qu'il ait été porté par les uns et par les autres, a les jambes flageolantes. Mais tous nous emportons un excellent souvenir de cette Foire, les Français ayant su démontrer à travers elle qu'ils n'étaient ni défaitistes ni fatalistes, mais courageux et inventifs.

En juin, Antoine passe quinze jours à Dalat où nous avons loué une maison de l'Administration avec les Simon, nos voisins, et leurs fillettes Nicole et Danièle ont respectivement l'âge de Bernadette et de Zabeth. Tant que les papas sont là nous faisons de jolies promenades en montagne, et le soir, fatiguées, les filles s'endorment rapidement. Mais les papas repartis les grimpettes se font plus rares, et les enfants nous écoutent moins ; les bavardages vont bon train dans la chambre. Moi qui avais vu la main noire du diable s'insinuer sous la porte quand nous ne rangions pas nos jouets, et à qui maman disait, quand nous nous regardions trop longtemps dans la glace : « Un jour, c'est le diable que vous verrez ! », ce qui nous incitait à la prudence, un soir, lasse de répéter « taisez-vous et dormez » je cric aux filles : « Si vous ne dormez pas, le diable va venir vous chercher ! »

Que n'ai-je pas dit là ! Nicole et Danièle se précipitent dans la salle à manger, la plus jeune se réfugie dans les bras de sa mère en pleurant : « Maman, j'ai peur du diable. » Nous lui expliquons que j'ai seulement voulu les effrayer un peu pour qu'elles arrêtent leurs bavardages mais qu'elles n'ont rien à craindre ; les voici calmées, elles retournent se coucher et l'on n'entend plus aucun bruit, pas plus que les nuits suivantes, d'ailleurs. Mon intervention intempestive a produit son effet, même si Mme Simon me reproche (avec raison) d'avoir fait peur à sa petite Danièle ; je reconnais avoir eu tort, tout en lui faisant remarquer que chez nous le diable ne sème pas l'épouvante : mes filles ne se dérangent pas pour si peu.

L'année 1943 s'achève sur des fêtes de Noël familiales et toutes simples. 1944 et 1945 vont être plus difficiles à supporter. Le ravitaillement se fait de plus en plus rare, nous mangeons surtout des patates douces (avec lesquelles on obtient d'ailleurs une excellente crème de marrons), des ignames, des liserons d'eau et du soja germé, plus les fruits dont on ne manque pas ; on trouve au marché quelques volailles, un peu de porc et du poisson, mais les Japonais de plus en plus nombreux se servent les premiers, arrêtant les camions qui arrivent de la campagne ; seuls quelques-uns parviennent jusqu'à la ville. On nous distribue des cartes de rationnement pour l'épicerie et les tissus, il faut faire la queue pour avoir sa part quand un bateau chinois entre dans le port. Même le riz est distribué sur carte, et son alcool qui sert aux voitures se fait rare depuis que nous avons cédé la province de Battambang à la Thaïlande. Bref, nos provisions s'épuisent.

J'avais trouvé d'occasion un joli cabriolet vert pâle et Antoine l'avait acheté l'année précédente. Nous nous en servons de moins en moins, et en 1945 nous devons même le mettre sur cales. Les bicyclettes sont désormais à l'hon­neur. Un jour où nous déjeunons chez nos camarades Jamme, Antoine laisse la sienne contre le mur, juste sous la fenêtre de la salle à manger ; nous ne voyons ni n'entendons rien, mais au moment du départ le vélo n'est plus là.

Quant aux Annamites, qui ont les mêmes droits que nous, ils font la queue à croupetons et encastrés les uns dans les autres, position originale qui convient à leur souplesse ; la distribution terminée, beaucoup s'installent sur k trottoir pour revendre une partie du riz, du lait, du sucre et des coupons qui leur ont été attribués, préférant garder quelque argent pour jouer aux dés ou fumer des déchets d'opium, cela également sur le trottoir.

Fin avril nous partons pour Dalat, en train cette fois, sans savoir que c'est la dernière fois que nous prenons des vacances dans cet endroit idéal pour ses sites, ce climat et cet air pur qui nous revigorent si bien. Au retour à la gare, Mme Ballard arrive en courant pour nous annoncer, le visage défait, le suicide de notre ami Franc ; Simone, son épouse, voulait le quitter pour partir avec un officier de marine, tout le monde la fustigeait et les langues allaient bon train ; comme les autres, je suis triste et scandalisée, mais ne dis rien, désirant en savoir plus. C'est à Saigon que je l'apprendrai.

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(…) peu encombrées ; nous fîmes une pause-café une heure après, puis continuâmes notre chemin. Nous étions en pleine campagne, légèrement vallonnée avec des petits arbres, parfois au loin un petit village et au bord de la route quelques vaches efflanquées cherchant un peu d'herbe plus souvent jaune que verte pour un maigre repas. Vers le soir, arrivant près du but, nous fîmes stopper les voitures et commençâmes à pied l'ascension d'une colline, les chauffeurs portant notre barda. Quand nous eûmes trouvé au milieu des arbres une clairière plate, nous y prîmes nos quartiers. Déballant nos provisions, nous dînâmes de bon appétit à la nuit tombante, discutant un moment à la lumière de nos torches électriques. C'est alors que les moustiques se réveillèrent ; eux qui n'étaient pas habitués à l'homme prirent une fringale de chair fraîche et personne ne put dormir tant nous étions dévorés. Heureusement le coin était sain, pas de paludisme à craindre. Nous nous levâmes donc de bon matin, couverts de taches rouges, nous pliâmes bagages et redescendîmes tranquillement. Nous avions rendez-vous avec un employé des Travaux Publics qui nous emmena au bord d'une étroite rivière, dont j'ai oublié le nom, qui forme comme un canal sinueux bordé de hauts lataniers ; là, nous prenons place dans des sampans très effilés, émerveillés par le calme et la puissance qui émane de ces superbes arbres, à peu près la seule richesse du pays. Je ne sais combien de temps dura cette balade, mais envoûtés par l'ambiance et le charme nous y aurions passé des heures. Partout nous fûmes bien accueillis par la population, heureuse de constater que les Français s'occupaient de leur pays éloigné de tout, et nous revînmes vraiment très heureux d'avoir pu accéder à cet endroit aussi sauvage que peu connu. Jamais nous n'avions d'armes, jamais nous n'avions peur, il a fallu les Japonais et les communistes pour tout déstabiliser.

assez élégante ; j'ai bien essayé de me faire faire un manteau de fourrure chez le fournisseur d'Agnès, mais finalement il ne m'a proposé qu'un trois-quarts en renard jaune-roux et cela ne m'a pas du tout plu ; ma sœur a réussi à me revendre un de ses chapeaux prétendu très à la mode : il est de paille tressée rouge, avec un fond énorme, genre gros béret ; je ne l'aime guère et le porte peu, du moins jusqu'au jour où — me faisant accrocher par une bande de jeunes qui me crie : « Le chapeau ! oh ! le chapeau !... » — je le mets au rancart.

Contents de nous retrouver à l'aérogare, Antoine me fait des compliments sur ma toilette et nous sommes heureux comme des rois. Mais la cohabitation des deux familles devient un peu plus difficile. C'est ce moment que choisit notre camarade Geais, des CFI également et de la même promotion qu'Antoine, pour nous proposer une villa à La Varenne-Saint-Hilaire, au bord de la Marne : il la quitte, sa amie métisse retournant en Indochine. Nous acceptons et allons nous y installer dès novembre. Le coin est charmant mais très frais à cette époque. En outre les enfants doivent aller en classe à vingt-cinq minutes de là, et l'hiver va être rude : jamais nous n'avons eu aussi froid. Bichon fait une double otite, le docteur vint lui percer les deux tympans après l'avoir endormi. Je suis follement inquiète mais tout se passe bien.

Pour nous chauffer nous n'avons qu'un petit fourneau à la cuisine et un poêle dans la salle à manger ; le bois est notre combustible le plus courant, n'ayant pu acheter que deux sacs de charbon au marché noir. Je me revois encore allant fendre mes bûches au sous-sol, en manteau de fourrure, renard foncé en larges bandes cousues sur des rubans de velours noir ; c'était plus chaud qu'une veste. Les enfants portaient chacun un manteau de lapin gris, même dans la maison, car pour économiser nous n'allumions le feu que du matin jusqu'en fin d'après-midi ; la nuit les

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(…) peu connue, un attachement profond pour leur "terre natale", avec tout ce que ce vocable comporte de "valeurs".

Et autant le dire, nous n'arrivons pas à comprendre comment on peut attacher un sens péjoratif au vocable de "colonisateur". Nous avons toujours considéré que le "colonisateur" est celui

« qui met ses talents au service du faible, pour l'aider à devenir fort ». C'est pourquoi nous sommes fiers d'avoir été, avec toutes nos ressources intellectuelles et morales, avec toute notre capacité de travail, avec tout notre cœur, de véritables colonisateurs — au sens le plus noble du terme — de cette Indochine que nous croyons justifier d'appeler noire Indochine.

Mari et femme nous nous sommes partagés la paternité de cette œuvre. Dans une première partie, Antoine tentera pour sa part de mettre en lumière les événements et décisions politiques qui ont préparé l'éviction de la France de la péninsule indochinoise. Dans une deuxième partie, Madeleine s'attachera à décrire notre vie quotidienne pendant la durée de notre séjour.

Notre récit ne se prolongera pas au-delà de l'année 1947, car d'une part nous ne saurions témoigner des événements survenus après cette date, et d'autre part la littérature qui leur a été consacrée nous paraît suffisamment abondante pour que nous n'ayons aucun désir d'y ajouter quelque commentaire que ce soit. Mais puisse ce texte rétablir un certain nombre de vérités, nous aurions été payés de nos efforts pour l'écrire.

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 19:19

En octobre, une professeure de mathématiques s’est immolée par le feu dans un lycée de Béziers. Son suicide relance le débat sur la crise du métier d’enseignant. Il Fatto Quotidiano (extraits) Rome

L'enterrement a eu lieu à Causses-et- Veyran [dans l’Hérault], où vivait Lise Bonnafous. C’était le 17 octobre. La presse n’était pas conviée. Une volonté de la famille, qui avait réclamé discrétion et recueillement. Au même moment, à une trentaine de kilomètres de là, à l’entrée de Béziers – petite ville du sud de la France balayée par les vents méditerranéens –, élèves et enseignants étaient réunis autour d’un lâcher de ballons blancs depuis le lycée Jean- Moulin, où Lise enseignait depuis une dizaine d’années. Et où, un matin, elle s’est immolée par le feu devant les élèves. Cette histoire aurait pu rester confinée à la rubrique “Faits divers” de quelque journal quotidien. Le geste d’une dépres- sive comme tant d’autres. Mais Lise, qui souffrait effectivement de dépression, était aussi une ensei- gnante en crise dans un système d’éducation fran- çais guère plus vaillant, et son suicide a provoqué de nombreuses réactions. Commençons par les faits. Le 13 octobre, Lise, qui avait eu des échanges tendus, la veille, avec quelques-uns de ses élèves, a annulé son premier cours de la matinée, entre 9 et 10 heures. Pendant la récréation, elle est descendue dans la cour du lycée. Froidement, elle s’est aspergée d’essence. Avant d’allumer le briquet, elle aurait dit, s’adressant à un groupe d’élèves : “Je le fais àcause de vous.”
Le suicide de Lise a relancé le débat sur la crise de l’école et les difficultés du métier d’enseignant, entre des actes de violence toujours plus fréquents et l’augmentation du nombre de ceux qui abandonnent une profession qui  attiraitjusque-là beaucoup de monde, parce qu’elle représentait une garantie d’emploi. A tel point que les syndicats ont demandé au ministère de créer un service de médecine du travail au sein de l’éducation nationale.
Beaucoup, aujourd’hui, pointent du doigt les coupes budgétaires effectuées dans l’éducation et la fonction publique en général. A commencer par la règle qui consiste à ne remplacer qu’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. Ainsi, cette année, sur 33 000 professeurs partis à la retraite, seuls 17 000 ont été remplacés. L’école française est également à la traîne en ce qui concerne l’intégration des enfants porteurs de handicaps. La loi du 11 février 2005 a rendu obligatoire la scolarisation des enfants handicapés en milieu ordinaire, mais ils sont encore à peine 60 000 à fréquenter l’école, contre 130 000 en Italie. En cause : le manque d’enseignants auxiliaires, qui, par ailleurs, sont presque tous en situation précaire et recrutés au niveau du baccalauréat ou après une formation initiale sommaire.
Pour comprendre à quel point la profession d’enseignant est discréditée en France, il suffit de jeter un coup d’œil sur les données concernant les concours d’entrée. Le nombre de candidats au concours de professeur des écoles est passé de 18 136 en 2010 à 18 734 cette année. Pourtant, au cours du même laps de temps, le nombre de postes disponibles a augmenté [de 2 000 places].
Le chiffre le plus préoccupant concerne le concours pour enseigner dans le secondaire, où la discipline est un problème majeur : le nombre de candidats au Capes a chuté de 35 000 à 21 000.
En mathématiques, il y avait autant de postes que de candidats : ils ont tous eu le concours !
Tout cela dans un contexte d’augmentation du chômage et de crise économique, sachant que le salaire net pour un plein-temps avoisine les 1 500 euros, une misère pour qui vit à Paris ou dans une grande ville. Un mal-être existe donc dans une grande ville. Un mal-être existe donc bel et bien. Et aujourd’hui, beaucoup pensent que la tragédie de Lise n’était pas fortuite.
Leonardo Martinelli

Et si le mal être ne venait pas seulement des enseignants eux mêmes, de leurs élèves, mais du système de l'intéreieur qui génère  des dérives hiérachiques de la part de petits chefs et d'un climat délétère relayé par ces derniers, eux mêmes harcelés par leurs supérieurs lors de la réunion hebdomadaire au Rectorat;

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