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20 octobre 2016 4 20 /10 /octobre /2016 20:31

Nous prîmes un bateau pour aller admirer le Perito Moreno de l'autre côté. Le trajet ne fut ni long ni chic. Il n'y avait pas d'espace VIP à bord. Nous fûmes un peu perdus. Michel et moi, pour des raisons incontournables que je révélerai bientôt, nous eûmes une conversation sur les enfants et sur la religion.(...)

Décidément, jamais le tourisme n'avait été honoré, lors d'un même voyage, d'autant de réflexions supérieures sur des thèmes cruciaux pour le futur de l'humanité. Un petit garçon commença à pleurer comme un possédé. Rien ne le consolait. Claudia était dehors, le long des rambardes, mitraillant le paysage avec son infatigable appareil photo numérique.

Les parents de l'enfant  essayaient de le réduire au silence de la façon la moins bruyante possible, conformément aux préceptes en vogue dans la culture occidentale, même au bout du monde. Ils voulaient éviter un scandale encore plus grand ou limiter les décibels des pleurs. Il était évident qu'ils avaient envie d'étouffer le petit ou, pour le moins, de le bâillonner. Ils en furent sans doute empêchés par le fait que les techniques pédagogiques les plus modernes ne recommandent aucune de ces deux alternatives pour maîtriser les enfants démoniaques. Du moins, selon ce que nous pouvons présager, devant un public instruit comme celui qui fait du tourisme en Patagonie, discute de l'existence de Dieu et de la différence entre les pingouins et les loups-marins. J'imaginais que Michel réfléchissait en effets néfastes de Mai 1968 sur l'éducation infantile. La mère décida de faire appel à la bonne humeur dans l'espoir de s'en tirer par l'application d'une pédagogie ludique et sans punition.

- Pourquoi tu ne te tais pas ? Demanda-t-elle, en provoquant le petit garçon avec une référence explicite à l'épisode encore récent et drôle du "Ferme-là" du roi d'Espagne à l'arrogant et bavard dictateur du Venezuela.

Le petit garçon ne se laissa pas impressionner. Soit il n'était pas au courant de cet épisode, simplement diffusé sur toutes les télévisions, y compris dans les programmes pour la jeunesse, et ne pouvait donc saisir l'intertextualité de la langue maternelle, soit il était favorable à Hugo Chavez, hypothèse qui me parut hautement probable dans la mesure où son braillement s'intensifia après cette question de la bien informée, bien que désespérée, femme de langue espagnole. En vérité les cris de l'enfant  commençaient à présenter un risque écologique, vu qu'ils pouvaient facilement provoquer une rupture dans la parie centrale du Perito Moreno. En outre, le nombre de petites détonations n'arrêtait pas d'augmenter et la tragédie était immense. Impuissante, la mère répéta et déclencha l'hilarité générale:

- Por que no te callas ?

Le diablotin passa immédiatement à vingt décibels environ. Rarement, sauf peut-être en écoutant Maria Callas, j'entendis un aigu aussi cristallin. Michel Houellebecq me fit signe de l'index pour que je m'approche de lui. Je m'exécutais immédiatement mais sans comprendre, car comme à son habitude, il parlait très doucement. Quand nos visages se touchèrent presque, il susurra le plus faiblement qu'il put, dans un filet de voix:

- Tu peux me rendre un service ? C'est seulement une question de volonté...

- Bien sûr. Que veux-tu ?

- Peux-tu jeter cet enfant à la mer ?

- Avec ou sans bouée ?

Mieux vaut sans. Sinon nous allons continuer à subir ces hurlements.

Malgré le bien fondé de sa demande et en accord certainement avec la majorité du bord, je refusai. Ce fut difficile. J'hésitai même. Je n'avais jamais rien refusé à MicheL (...)

Extrait de "En Patagonie avec Michel Houellebecq" de Juremir Machado Da Silva docteur en sociologie, écrivain, journaliste et professeur brésilien.Traducteur de Michel Houellebecq.

(CNRS Editions 2011 p. 183 à 185).

 

 

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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 13:53
Folco de Baroncelli
Folco de Baroncelli

Bonne initiative de la Médiathèque Zola et de Fellini que de rendre hommage à la Famille de Baroncelli, une dynastie d’aristocrates au service de la culture

Public clairsemé ce mardi soir, et jamais complice (ici on se toise, on se jauge, on s'observe mais on ne se parle pas!) à l'auditorium Zola de la Médiathèque de Montpellier, pour un hommage entre camarguais,gens de la Paillade et de Prades sur Lez, adeptes de corridas et de courses taurines, fans de Frédéric Mistral et sans doute curieux..anciens lecteurs du Monde,comme moi qui écoutais puis lisais les critiques de Jean de Baroncelli dans le Monde (avant celles de Jean Louis Bory dans le Nouvel Obs).

PHILIPPE MARTEL ET FRANÇOIS AMY DE LA BRETÈQUE deux éminents spécialistes de l'Occitan et du Cinéma de l'Université Paul Valéry de Montpellier se relaient parfaitement pour évoquer la généalogie familiale des Baroncelli de Javon

Les Baroncelli d'Avignon devinrent les banquiers des papes , lorsque ceux-ci durent s'y installer en 1309 pour fuir les troubles politiques qui secouaient l'Italie ! De prêts en intérêts, les papes ne purent rembourser leurs emprunts auprès des Baroncelli. C'est ainsi qu'en 1514, ils s'acquittèrent de leurs dettes (2 500 ducats) en leur offrant par une bulle d'inféodation à perpétuité donnée par le pape Léon X, le maquisat de Javon, près de Murs (Vaucluse), dans le diocèse de Carpentras. Depuis, dans leur titulature, ils portent le nom de DE BARONCELLI-JAVON . Leur arrivée de Florence vers Avignon.La famille de Baroncelli-Javon représente l’une des plus anciennes lignées de France puisqu’on peut faire remonter sa généalogie jusqu’au XIIè siècle.Ces aristocrates d’origine florentine durent s’exiler en 1478 et vinrent s’établir à Avignon, alors possession pontificale. Ils restèrent à son service tant que durèrent les Etats du Pape. Il est intéressant de voir comment, dès lors que le Vaucluse fut rattaché à la République, ces hauts personnages, progressivement ruinés, et quoique restés de conviction monarchiste et légitimiste, s’intégrèrent pleinement à la vie culturelle nationale. On peut suivre cette trajectoire au vingtième siècle à travers trois personnages et en trois étapes logiquement enchaînées : le Félibrige, le nouvel art qu’était le cinéma, et la critique cinématographique dans un grand quotidien national.

Folco, « Lou Marquès », reste le plus connu. Disciple de Mistral, fondateur de la Nacioun Gardiano, il fut l’artisan principal de la promotion de la Camargue et de ses traditions taurines. Il fait chez nous l’objet d’une dévotion encore vive. Par ses gendres, il donna naissance à une lignée de grands manadiers. Hommage au camarguais Folco de Baroncelli http://www.ctlacledabouillargues.com/pages/content/folco-de-baroncelli-la-camargue-son-destin.html

Le Marquis attira chez lui dès les années 1910 des équipes de tournage. Son frère cadet Jacques poursuivit cette entreprise par ses films. Mais son abondante production cinématographique excède ce cadre régional. Il a tourné de nombreux films représentatifs de la qualité française. Avec Louis Feuillade à Arles pour une Mireille qui fut un échec. Réformé en 1914 Il commence à écrire en 1915 mais échoue à parler provençal. Il monte alors à Paris et devient le documentariste de Jeanne de Flandreysy, (amie fortunée de Frédéric Mistral).Renvoyé du journal "l'Eclair" Il devient réalisateur de 1926 à 1931 avec Pêcheur d'Islande en 1924 l'Arlésienne en 1929, Il s’est illustré aussi par la promotion de l’idée coloniale« intégratrice » alors à son apogée. On redécouvre aujourd’hui son œuvre longtemps négligée des historiens. Hommage au cinéaste Jacques de Baroncelli https://1895.revues.org/1762

Le fis de Jacques, Jean, né en 1914 ,romancier devint un des critiques de cinéma les plus importants de l’après-guerre. Marié à Sophie Desmarets il s'installe au mas de la Paillade De 1952 à 1983 il donna au journal Le Monde environ 4500 à 5000 articles. sous l'ère de Pierre Vianson-Ponté. L’éclectisme de ses goûts, son académisme foncier, ses jugements indulgents, le firent parfois juger sévèrement par la jeune génération, mais il mérite d’être réhabilité. Il a dû faire accepter le cinéma dans un journal pour lequel le 7è art n'était pas un objet culturel comme la littérature, la musique ou la peinture. Ainsi en 1961, il promeut le film d'Alain Resnais "l'année dernière à Marienbad" contre la critique d'Avant garde des "Cahiers du Cinéma". ( de André Bazin) puis il défend à Cannes le film de François Truffaut" les 400 coups" qui incarne la Nouvelle Vague. Enfin en 1957, il impose la Strada de Fellini, en 1959 les Fraises sauvages d 'Ingmar Bergman, et en 1965 "Pierrot le Fou" de Jean Luc Godard. (chaudes discussions à ce sujet à la maison dans ma famille....!!!)

Après que le Mas familial de la Paillade ait été vendu à la Mairie de Montpellier sous l'ère de François Delmas (1959 à 1971) ,la famille de Jean de Baroncelli et sa femme Sophie Desmarets s'installent à Prades le Lez où vit toujours leur fille Caroline de Baroncelli de Javon.née le 29 avril 1952.

Ce fut un critique-spectateur indulgent; loin des théoriciens du cinéma, très influencé par Bergman, Bunuel et Fellini. Il a une sensibilité classique, agnostique et modéré qui ne l'opposa pas à ses contemporains véhéments comme JL Bory du Nouvel Observateur. Il pensait cependant que le cinéma était un art mineur aux côtés de la musique, de la peinture et de la littérature. Vaste débat qui opposera plus tard Gainsbourg et Béart à propos de la chanson et de la musique.

Ces trois destins sont bien différents, mais la diversité de leurs investissements cache une continuité profonde : intégrer la culture régionale au projet national, réconcilier la culture élevée et la culture populaire, concilier le goût pour la littérature et d’autres formes d’expression, tel semble avoir été le destin de cette famille d’exception.

L'idée du Marquis de croire en une population ethniquement pure des gardians est une utopie. De même que la popularisation de la farandole provençale oublie qu'il s'agit d'abord d'une danse de guerre et de révolte contre le pouvoir royal. Quant à la célébration de la corrida en Camargue n'oublions pas qu'elle est d'origine espagnole et non d'Occitanie ! Cette récupération est citée par la SPA et les mouvements anti en cette période où Nîmes veut en faire auprès de l'Unesco un objet de patrimoine ! En 1894, Mistral qui n'est pas un aficionado se met à célébrer le taureau et en 1920 apparaissent les manifestations identitaires. Très vite les accents d'autonomie régionale seront vite déçus et on se tournera alors vers "les traditions camarguaises" à travers le patrimoine folklorique par le spectacle dont le Marquis Folco est un organisateur au même titre que Buffalo Bill en 1905. Folco célébrera les Manadiers , les Gitans et les Indiens à l'Exposition Coloniale de Marseille en 1931 puis au Congrès du PCF à Arles. Curieuse récupération des minorités opprimées au point que les indiens Sioux massacrés par les Blancs évoquent pour Folco le massacre des Albigeois après la Croisade !

Dans son élan folklorique, Folco ira même en 1941 jusqu'à présenter son spectacle taurin au Maréchal Pétain (pourquoi pas aujourd'hui au Ministre JM Baylet ?) En 1942, la famille est expulsée de son mas par les Allemands lors du débarquement allié, et est ruinée et amère.

Comment utiliser la tradition pour valoriser un patrimoine identitaire. Les stratégies sont parallèles entre Frédéric Mistral et Folco de Baroncelli qui aboutissent à un repli, à une muséification du costume arlésien.

C'est pour eux, la fin d'un grand rêve qui s'était incarné en 1907 par leur soutien aux révoltes des viticulteurs du Languedoc atteints par le phyloxera.

Curieuse et vaine fascination de Folco "lou marquès" pour les causes perdues dans la défense des gitans, des Boers d'Afrique du Sud contre les Anglais, des Indiens sioux contre les Blancs d'Amérique !

L'amitié et la rencontre de Folco avec "Buffalo Bill" (William Cody) a bien eu lieu mais pas au mas, mais à Paris où il lui a dédicacé une photo et écrit un poème sur les indiens.

Une Famille de Camargue : les "de Baroncelli"
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4 octobre 2016 2 04 /10 /octobre /2016 21:12

Impertinent et indispensable LE JOURNAL DE L'OUVREUSE

MOZART FACHO, HAENDEL COMPLICE ! (Causeur N°38 Septembre 2016)
Plus que le critique, le comédien, le musicien et le danseur,c’est l’ouvreuse qui passe sa vie dans les salles de spectacle. Laissons donc sa petite lampe éclairer notre lanterne !

D’habitude, qui fait sa prude ? Qui appelle la censure ?
Vous, ennemis héréditaires de l’art. Vous, le public.Là, les copines et moi on arrive à Aix pour voir un truc que Haendel a composé quand il était ado sur des paroles toutes roses d’un cardinal romain – « Le Triomphe du temps et du dessillement », c’est le titre.
Avant la représentation, on ouvre son Télérama et qu’est-ce qu’on lit ? « Cet oratorio est un scandale. C’est une pure oeuvre dogmatique au même titre que des créations de l’époque stalinienne. Toute représentation ou exécution du Trionfo devrait être précédée d’un commentaire portant sur son contenu idéologique. » Mot pour mot.
Dernière archevêcherie de Christine Boutin ? Perdu. Credo du metteur en scène. Vous ne rêvez pas, c’est le « sulfureux » Krzysztof Warlikowski qui intolère la morale anodine de l’oratorio (l’essentiel est invisible pour les yeux, seul le vrai est beau, etc., etc.). Ce soir, c’est le metteur en scène qui réclame la censure. Le lendemain, même lieu, même heure. Christophe Honoré, le réalisateur de 17 fois Cécile Cassard, prend ses meilleures pincettes pour feuilleter Così fan tutte. Il trouve l’opéra brutal, sexiste, raciste, c’est pourquoi il a « choisi de transposer l’action en Afrique, dans l’empire colonial mussolinien » – où les Noirs sont des victimes et les Blancs des ordures, ce que Mozart, débile mental comme chacun sait depuis Amadeus, a fait semblant
d’ignorer.
J’entends le vain peuple qui grogne : Messieurs les metteurs en scène, on vous demande pas de faire la police, on vous demande de faire le boulot. Si Mozart, Haendel et leurs paroliers vous dégoûtent, n’en dégoûtez pas les autres. Dehors, le metteur en scène !
Mais, vain peuple ! le metteur n’a rien à voir. C’est pas lui qui déteste l’opéra. C’est vous. C’est pour vous plaire qu’il intolère. S’il tolérait, vous ne sauriez même pas son nom. S’il avouait à Télérama sa passion de l’opéra, il ne serait ni à Aix, ni à Paris, ni dans Télérama. Il serait à Vérone, à Orange, où l’opéra est un truc qui se chante. Où il distrait et ne compte pas.
Dans les endroits où l’opéra compte, là où il « fait enjeu » comme on dit rue de Valois, le haïr est la condition de son maintien.
Plus lyrique que Warlikowski, tu meurs. Tout ce que Warlikowski touche chante à tue-tête. Ses potes du Nowy Teatr à Varsovie découvriraient son penchant, ils le jetteraient dans la Vistule. Se forcer à haïr, faire mine de haïr, question de survie.
La faute, dites-vous, au directeur qui engage des traîtres pour laver son orgueil dans la controverse ? Mais non ! Pareil : le directeur fait ce qu’on lui demande, rien d’autre. Que veulent entendre le maire, la présidente de région et le ministre ?
« J’addddddore Puccini, confiez-moi votre théâtre ou votre festival » ? Horreur, surtout pas ! Ils veulent entendre : l’opéra c’est nul, je vais vous faire plein de trucs innovants et transgressifs pour pardonner à Puccini d’être Puccini, vous prouver qu’on est comme vous, qu’on s’en fout de Puccini. On veut pas des spectacles, on veut des CAD. Des Causes À Défendre, des dénonciations citoyennes et des articles dans Télérama. Ouf ! soupirent le maire, la
présidente de région et le ministre, nous voilà frères.
Au fait, Monsieur Warlikowski, il était superbe votre scandale dogmatique. Quels visages, dites donc !
Quelle lumière ! Quelle leçon ! Vous réciterez 10 Ave et 30 Pater. Sinon l’été prochain, chorégies d’Orange ! •

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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 17:32
La Meslerie
La Meslerie

Visite du patrimoine sur Saint Julien de Concelles. pendant que les foules du canton s’enivrent de muscadet, de rocks et de twists des années 60, entre les vieilles voitures exposées et décapotées au soleil. J'ai choisi de redécouvrir la gentilhommière voisine de la commune.

Le propriétaire des lieux M. Guillaume Bonnet (assis à une table de jardin) nous accueille à l'entrée de l'allée du château où se trouve la dite chapelle entourée de prés ou paissent des moutons de Bretagne. Très vite on entre dans le vif du sujet avec un rapide rappel historique de la Seigneurie du Gué au Voyer et du château d'origine qui a brûlé avant la Révolution. Il ne reste donc rien sinon les écuries et la "Cour du Château".

C'est le Seigneur Damien de Champenier (ou Chandenier) fils aîné qui hérite du domaine et entreprend de construire sur ses terres une dépendance dite "la Meslerie". Ayant émigré à la Révolution, ce sont ses soeurs qui revendiquent en 1794 leur droits sur les terres (Inventaire de 1794 en atteste) Le domaine appartenait à une fille de la famille Colbert épouse Rochechouart Mortemart et donc Baronnesse du Gué au Voyer.

Une famille de bourgeois nantais les Saint Aignan rachètent le Gué au Voyer en 1719. Un violent ouragan ayant détruit la toiture de l'église de St Julien, c'est la Chapelle de la Meslerie qui servira de 1734-1739 pour les offices de la paroisse.

Lorsqu'on pénètre dans la chapelle, on découvre une charpente d'époque de 1701 qui devait être recouverte d'un plafond de bois. Le retable lavallois inscrit aupatrimoine comporte deux statues rapportées de St Antoine de Padoue et de St Marc (cf photos), un blason aux armes de la famille. Sur l'autel, (dont il existe un dessin de 1860), une console avec une tête d'ange.

Lorsque la famillle de Gérald et Reynald Van der Kemp (d'origine protestante) occupent le domaine au début du siècle, ils délaissent la chapelle qui n'est plus consacrée puisque n'ayant plus de reliques.

L'actuel propriétaire a rajouté un parquet "versailles", des boiseries du XVIIè, une croix de procession de 1760 et divers objets de la famille dont un curieux tableau représentant André Ripoche (marinier de son état au Loroux qui transportait le muscadet sur la Loire) lors de son arrestation à un calvaire du Bas Briacé en mars 1794. Il sera torturé , exécuté sur la route du Landreau par les bleus, attaché à la queue d'un cheval et trainé...devenant ainsi le martyr du bas Briacé.

L'évocation des liens de Mlle Bretonnière avec Gérald Van der Kemp élevé par Mme Bouyer dans les années 20 permet de resituer les deux gentilhommières face aux menues erreurs de Frank Ferrand sur les caves voutées du château et face à un destin historique tourmenté en période révolutionnaire.

Autel de la chapelle Saint Antoine et Saint Marc ; Arrestation d'André Ripoche en 1794  au Bas Briacé.
Autel de la chapelle Saint Antoine et Saint Marc ; Arrestation d'André Ripoche en 1794  au Bas Briacé.
Autel de la chapelle Saint Antoine et Saint Marc ; Arrestation d'André Ripoche en 1794  au Bas Briacé.

Autel de la chapelle Saint Antoine et Saint Marc ; Arrestation d'André Ripoche en 1794 au Bas Briacé.

Chapelle consacrée en 1701 - le manoir de la Meslerie (XVIIIème siècle). Il s'agit d'un démembrement du Gué-au-Voyer. Propriété successive des familles de Mercy, Castonnet et Guille des Buttes. Charles Guille des Buttes y est décédé en 1850. Le domaine, dont dépendait le manoir, est acheté avant la Révolution par le baron Chandenier, propriétaire de la seigneurie du Gué-au-Voyer ;
Chapelle consacrée en 1701 - le manoir de la Meslerie (XVIIIème siècle). Il s'agit d'un démembrement du Gué-au-Voyer. Propriété successive des familles de Mercy, Castonnet et Guille des Buttes. Charles Guille des Buttes y est décédé en 1850. Le domaine, dont dépendait le manoir, est acheté avant la Révolution par le baron Chandenier, propriétaire de la seigneurie du Gué-au-Voyer ;
Chapelle consacrée en 1701 - le manoir de la Meslerie (XVIIIème siècle). Il s'agit d'un démembrement du Gué-au-Voyer. Propriété successive des familles de Mercy, Castonnet et Guille des Buttes. Charles Guille des Buttes y est décédé en 1850. Le domaine, dont dépendait le manoir, est acheté avant la Révolution par le baron Chandenier, propriétaire de la seigneurie du Gué-au-Voyer ;
Chapelle consacrée en 1701 - le manoir de la Meslerie (XVIIIème siècle). Il s'agit d'un démembrement du Gué-au-Voyer. Propriété successive des familles de Mercy, Castonnet et Guille des Buttes. Charles Guille des Buttes y est décédé en 1850. Le domaine, dont dépendait le manoir, est acheté avant la Révolution par le baron Chandenier, propriétaire de la seigneurie du Gué-au-Voyer ;
Chapelle consacrée en 1701 - le manoir de la Meslerie (XVIIIème siècle). Il s'agit d'un démembrement du Gué-au-Voyer. Propriété successive des familles de Mercy, Castonnet et Guille des Buttes. Charles Guille des Buttes y est décédé en 1850. Le domaine, dont dépendait le manoir, est acheté avant la Révolution par le baron Chandenier, propriétaire de la seigneurie du Gué-au-Voyer ;

Chapelle consacrée en 1701 - le manoir de la Meslerie (XVIIIème siècle). Il s'agit d'un démembrement du Gué-au-Voyer. Propriété successive des familles de Mercy, Castonnet et Guille des Buttes. Charles Guille des Buttes y est décédé en 1850. Le domaine, dont dépendait le manoir, est acheté avant la Révolution par le baron Chandenier, propriétaire de la seigneurie du Gué-au-Voyer ;

Gentilhommière  de  LA  MESLERIE ,  à  Saint  Julien  de  Concelles .  Cette  gentilhommière,  typique du style de Seheult (début XIX), est un bel exemple de maison de campagne de  la  région  nantaise  dont  l'originalité  réside  dans  un  salon  circulaire,  débordant  sur  la  façade arrière. L’ensemble est inscrit MH

Gentilhommière de LA MESLERIE , à Saint Julien de Concelles . Cette gentilhommière, typique du style de Seheult (début XIX), est un bel exemple de maison de campagne de la région nantaise dont l'originalité réside dans un salon circulaire, débordant sur la façade arrière. L’ensemble est inscrit MH

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14 septembre 2016 3 14 /09 /septembre /2016 11:01
Paysage à Chailly (1865) Huile sur Toile 81x101cm, The Art Institute,Charles H.and Mary FS/Worcester Colection,Chicago
Paysage à Chailly (1865) Huile sur Toile 81x101cm, The Art Institute,Charles H.and Mary FS/Worcester Colection,Chicago

Avez-vous remarqué dans le square Planchon, en face du temple protestant et de la gare SNCF, un monument édifié par le sculpteur Baussan où un jeune homme offre une grappe de raisin à Planchon ? Ce jeune homme n'est autre que Frédéric Bazille né en 1841 au n°11, de la Grand'Rue, aujourd'hui rue Jean Moulin, d'une longue lignée d'artisans installée à Montpellier depuis au moins le XIIIe siècle. Cette vieille bourgeoisie, orfèvre et protestante, se convertira dans le négoce, la banque, l'agriculture après la Révolution française. Son père, Gaston Bazille, grand bourgeois libéral, d'abord avocat puis horticulteur, puis viticulteur, puis agronome, président de la Société agricole de l'Hérault, a découvert le phylloxéra avec Planchon. Ce qui explique l'édification de ce monument-symbole à la mémoire de Frédéric tué à la guerre de 1870, à l'âge de 29 ans !
Durant ses années de jeunesse, la vie culturelle et artistique montpelliéraine est animée. Courbet est reçu par le banquier Bruyas en 1856. Louis Tissié, banquier et peintre, est l'ami de Bruyas et le futur beau-père de son frère Marc. Louis Bazille, son cousin, est collectionneur de Delacroix. Auguste Fajon, censeur de la Banque de France, peintre du dimanche est un modèle et ami de Courbet auquel il recommandera Bazille à l'automne 1863. Esprit éclectique, Bazille, outre la peinture, est ouvert à tous les arts : danse, opéra, théâtre, musique — il joue du piano à quatre mains avec son ami Edmond Maître, immortalisé dans L'Atelier de la rue de la Condamine (1870). Tandis que roman et poésie l'amènent à côtoyer Coppée et Verlaine.
Son oeuvre se développe de 1863 à 1870. Elle est inclassable et complexe, trente de ses toiles sont en rapport avec Montpellier ou peintes à Montpellier, huit durant les années 1863 à 1866 et vingt-deux durant les années 1867 à 1870. En 1862, il " monte à Paris " et entre dans l'atelier de Gleyre, lequel donne un enseignement classique à ses élèves, mais sans aucune contrainte, en leur laissant une liberté totale. 11 y rencontre Monet, Sisley, Renoir... qui vont former le groupe " Les Intransigeants " que rejoindra Pissarro un peu plus âgé. Autant de jeunes peintres à la recherche d'expressions totalement nouvelles. Le sujet devient la vie quotidienne, la nature vivante, le feuillage frémissant. La lumière et la couleur qui changent constamment au soleil recouvrent un nouvel intérêt. La structure et le format se modifient en fonction de ces innovations qui vont caractériser le début de la modernité.
Pour tout jeune peintre du Second Empire, la réception au Salon qui se tient tous les deux ans est déterminante, en ce sens que, sous le feu des critiques, elle décide de sa réputation. Nous sommes au début des années soixante, au lendemain du scandale des Baigneuses (1853) de Gustave Courbet qui, après le refus de L'Enterrement à Ornans (1855) par le jury du Salon, organise une exposition de quarante tableaux dans son propre " Pavillon du Réalisme " qui va sonner la rupture entre l'art officiel et l'art indépendant. Devant le nombre excessif de 3000 tableaux refusés par le jury, sur les 5000 présentés, en 1863, Napoléon III autorise sous la pression, le Salon des Refusés. Ce qui aura pour conséquence immédiate de priver l'Académie d'une partie de ses pouvoirs et de son monopole et de signer par là même l'acte de naissance de l'art moderne. Le Déjeuner sur l'herbe d'Edouard Manet fait scandale. Et c'est au même " Pavillon du Réalisme " du même Courbet, que deux ans plus tard le même scandale éclatera avec Olympia du même Manet !

Paysage à Chailly (1865) Huile sur Toile 81x101cm, The Art Institute,Charles H.and Mary FS/Worcester Colection,Chicago

En compagnie de Monet, Renoir, Sisley, au printemps 1862, Bazille exécute ses premiers paysages à Chailly, en forêt de Fontainebleau — lieu où il posera pour le Déjeuner sur l'herbe et pour Les Promeneurs de Manet.
Le Paysage à Chailly expérimente une touche plus large et des couleurs plus riches appropriées à ces rochers et à ces masses de feuillage que la lumière vibrante traverse avec peine. Des formes amples semblent plutôt avancer vers le spectateur. Pas de personnage qui anime de façon anecdotique ou sentimentale les paysages de l'école de Barbizon, ni de sentier pour nous entraîner dans l'espace. La lumière découpe les choses, met en évidence des plans et des contours. Pas d'impressions visuelles, pas d'interprétation comme le font Monet, Sysley, Pissarro.
Plus tard, les sources d'inspiration de ses paysages, se feront en plein air dans le Midi, au domaine de Méric, de Lattes... Les Remparts d'Algues-Mortes (1867) ; Vendange (1868/69) ; Les bords du Lez (1870)...
Les ateliers
Bien évidemment, les Intransigeants travaillent aussi en atelier et toujours en commun. Début janvier 1865, Bazille partage avec Monet l'atelier de la rue de Furstenberg, au-dessus de l'ancien atelier de Delacroix ; puis, en 1866, il partage avec Renoir celui de la rue Visconti.
Souvent guidés par un souci d'économie, et faute de modèles dont la location est onéreuse, ils se prennent pour modèles respectifs. Pierre-Auguste Renoir (1867) de Bazille, répond au Bazille peignant à son chevalet de Renoir qui le représente en train de peindre son Héron. Portrait " collectif " qui témoigne des amitiés nouées entre les futurs impressionnistes et de l'intérêt partagé pour les mêmes sujets.
Dans l'Atelier de la rue de la Condamine (1870), Edmond Maître joue du piano. A l'autre bout de l'atelier, penché sur la rampe, Zola parle avec Renoir assis sur une table. Au premier plan à droite, le poêle rougi et au deuxième plan le fauteuil vert Voltaire de L'Atelier de Furstenberg.
Conversation aussi devant la toile que Bazille présente à Manet et à Monet. Et pour tenir tête à la sentence du jury, sur le mur gauche, le Pêcheur à l'épervier — refusé au salon de 1869 — et une toile de Renoir, face au spectateur, refusée au Salon de 1866.
La Vue de village (1868)
Nous avons vu que le rôle de la lumière jouant sur une figure moderne et la couleur qui change constamment au soleil revêtent pour ces jeunes artistes un intérêt grandissant. Ainsi, La Vue de village, (admise au salon de 1869), présentée côté terrasse du domaine de Méric, associe une figure humaine en plein air, un portrait inclus dans le paysage : celui de la fille du métayer de ses parents, jeune fille grave et un peu raide qui pose au premier plan, assise à contre-jour, au pied d'un pin parasol. Timide dans sa robe de fête blanche à fines rayures roses, soulignée d'une ample ceinture corail, elle pose, un ruban rouge éclatant dans les cheveux. Le noir est limité à ses yeux, à ses cheveux, à la fine écharpe de velours
autour du cou — clin d'oeil à l'Olympia de Manet ! Son regard est direct — rares sont les femmes de Bazille qui regardent droit dans les yeux. Dans ses mains un brin de glycine décline une tâche mauve.
Du visage au paysage, les plans sont étagés en hauteur et font apparaître un manque d'homogénéité entre la figure de premier plan et le paysage, qui est dû en partie à une déformation de la perspective, en plaçant la ligne d'horizon et l'eau du Lez trop haut. La rivière devrait se situer en contrebas moins visible. Il ramène le paysage en avancée par un étagement en hauteur des plans et l'abandon de la perspective aérienne (volontaire ?). A droite, la verticale ascendante du pin parasol stabilise et dynamise la composition.
Depuis le bois de Bel-Air du mas Méric, la vue sur le Lez, avec en arrière-plan le village de Castelnau coiffé du clocher roman de l'église Saint Jean-Baptiste, est inondée de lumière et de soleil. Une extraordinaire luminosité sur les pierres roses des maisons disséminée sur les ocres des toits accentue la rigueur architecturale... et préfigure peut-être
Cézanne ? La variété des verts de la végétation, la gamme des bleus du ciel et du Lez, expriment la recherche acharnée des impressionnistes. « Le grand Bazille » s'est exclamée Berthe Morisot, « a fait une chose que je trouve fort bien, il cherche ce que nous avons si souvent cherché, mettre une figure en plein air. Cette fois, il me paraît avoir réussi ! »
Bazille, à la différence de Monet, n'affirme pas de " palpitation " de l'instant visuel, comme ses Gares empanachées de vapeur, mais un intérêt manifeste pour la ligne qui reste solide, une lumière du midi jamais uniforme, des zones d'ombre et de clarté qui contribuent à la construction du tableau et suggèrent l'espace. Contrairement à Degas pour qui tout est affaire de mouvement, à Renoir et ses parties sous la tonnelle, ses canotages, ses bals populaires, il propose l'immobilité, l'harmonie et le silence dans une pose calme, non conventionnelle — exceptés le geste du petit jardinier, le mouvement du nageur et des lutteurs de Scène d'été.
La Toilette (1870)


Pour Bazille, tout a valeur de durée : intérêt pour la forme, l'attitude, le pli des étoffes de La Toilette (refusée au Salon en même temps que la Grenouillère de Monet). Tout ici est précision. Les mains sont vivantes, parlent, étonnent. La jeune Esther (ou Bethsabée ?), figure centrale, sort du bain, nue, de face, sur un divan recouvert d'une fourrure, nonchalante, abandonnée. Elle se laisse parer, une jambe encore couverte par une serviette de bain. une babouche abandonnée (nouveau peut clin a* wu, cette fois-ci aux Femmes d'Alger de Delacroix). Entourée de soins délicats et de gestes harmonieux, elle est peu aguichante, sans aucun frémissement, elle manque de structure interne, de fermeté, avec quelque chose de retenu et de guindé. Ce qui ne saurait gâter l'opulence de la composition, rythmée de trois formes et de trois mouvements. Une femme agenouillée, une assise, une debout et active. Trois figures subtilement liées les unes aux autres, aux textures habilement contrastées. La servante — celle de La Négresse aux pivoines vêtue jusqu'à la taille d'un madras rouge vif aux rayures rouges horizontales, qui vient en contrepoint du fichu qui couvre sa tête, enfile une babouche au pied de sa maîtresse. Le châle présenté par la servante debout, vêtue d'une robe aux rayures noires verticales, les cernes, la tenture murale d'arabesques, paraissent des concessions à l'influence orientale, à la mode de l'époque. Auprès de ces motifs foisonnent les matières, fourrure blanche
et rousse en opposition aux broderies de soie chinoise du châle, à la laine du tapis.
Il semblerait que l'influence de Véronèse soit visible, aussi bien par les couleurs riches, le jeu ombre/lumière, la délicatesse des touches saturées que par la disposition des personnages du tableau Le Mariage mystique de Sainte Catherine qu'il a copié au Musée Fabre. En particulier dans la figure à gauche, agenouillée, vue par derrière et de profil, la forme verticale du personnage à droite et le format carré. Le tableau est transformé en scène de femmes. Son intérêt pour ce mariage mystique symbolise-t-il son mariage avec la peinture ?
On peut y voir aussi l'influence de Delacroix — Bazille exprimant ici la forte émotion éprouvée devant Les Femmes d'Alger — la femme qui s'ennuie, la chair nue contre les fourrures, la servante, les arabesques, la babouche, autant de détails qui suggèrent l'exotisme et qui placent l'oeuvre hors du temps et de l'espace. Ou encore, en filigrane, l'influence d'Olympia de Manet. Avec des différences sensibles, cependant. Un regard vide, mélancolique, des regards mutuels perdus entre la jeune femme et ses servantes, contrairement au regard effronté d'Olympia. Pudique, elle se voile de sa chevelure étalée, ni aguichante, ni sensuelle. Seule, la main blanche posée sur l'épaule noire et nue de la servante, pleine de sensualité, suscite une émotion.
Oeuvre inclassable et complexe en ce sens que tout au long de sa courte activité, il a su affirmer une sorte de compromis entre ses instincts et son admiration pour ses précurseurs et maîtres, Delacroix, Courbet, Manet, les paysagistes de Barbizon et de Honfleur...
Par son refus des règles d'un académisme imposé, par son choix de peindre la vie moderne, par le rôle original donné à la lumière, par la sélection de ses sujets — les intérieurs d'ateliers austères, les vues familières de la campagne montpelliéraine, sa famille — par la vie suggérée dans l'immobilité, l'harmonie et le silence, gageons que nous avions affaire à un préimpressionniste, disparu dans les balbutiements de l'impressionnisme.

BETTY GAVAZZY ( in La Rencontre- Revue des Amis du Musée Fabre N°113 3è Trimestre 2015 p.26-29

Frédéric Bazille : Pierre-Auguste Renoir, 1867, h/t, 61,5 x 50 cm musée Fabre, Montpellier Métropole Frédéric Bazille : La Toilette, 1870, huile sur toile, 130 x 128 cm musée Fabre, Montpellier Métropole
Frédéric Bazille : Pierre-Auguste Renoir, 1867, h/t, 61,5 x 50 cm musée Fabre, Montpellier Métropole Frédéric Bazille : La Toilette, 1870, huile sur toile, 130 x 128 cm musée Fabre, Montpellier Métropole
Frédéric Bazille : Pierre-Auguste Renoir, 1867, h/t, 61,5 x 50 cm musée Fabre, Montpellier Métropole Frédéric Bazille : La Toilette, 1870, huile sur toile, 130 x 128 cm musée Fabre, Montpellier Métropole
Frédéric Bazille : Pierre-Auguste Renoir, 1867, h/t, 61,5 x 50 cm musée Fabre, Montpellier Métropole Frédéric Bazille : La Toilette, 1870, huile sur toile, 130 x 128 cm musée Fabre, Montpellier Métropole

Frédéric Bazille : Pierre-Auguste Renoir, 1867, h/t, 61,5 x 50 cm musée Fabre, Montpellier Métropole Frédéric Bazille : La Toilette, 1870, huile sur toile, 130 x 128 cm musée Fabre, Montpellier Métropole

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8 septembre 2016 4 08 /09 /septembre /2016 18:32
Les Briérons et la Brière
Les Briérons et la Brière

Largement épaulée par le Sillon-de-Bretagne, qui lui sert d'échine, la Brière s'étend dans cette cuvette géographique qui conduit insensiblement vers le fleuve : la Loire, puis l'Océan. Quand on l'aborde soudain, le paysage change. Sur un horizon plat, frémit la houle des roseaux ponctués de bosquets verts et roux. A perte de vue, 20.000 hectares de marais se referment sur le silence et le mystère. On n'en finira sans doute jamais de cerner le charme de ces lieux magiques. Certes, viscéralement, les hommes préfèrent se colleter avec les forces des quatre éléments, sans mélange. Dès lors, on s'interroge sur le fait étonnant de l'implantation de groupes ethniques en des lieux dangereux où s'affron­tent et se mêlent, par exemple, la terre et le feu - les pays volcaniques. la terre et l'eau - les marécages. Jung aurait eu, probablement. son mot à dire sur ce fait.
On s'étonne donc de la présence en Brière d'une ethnie dont on sait encore peu de chose. Mais il est sûr que le Briéron appartient à un type humain particulièrement original. Les menaces sournoises de l'eau, la précarité d'un sol qui se dérobe, les pièges d'un réseau ramifié de chemins d'eau, les séductions des automnes brumeux, la désolation des hivers sans fin ont
contraint les autochtones à une lutte acharnée. Cette empoignade avec les forces hostiles a affirmé les tempéraments : la rudesse aiguise la dignité. La fascination des étendues silencieuses a nourri la méditation. L'intimité avec les plantes et les bêtes a ouvert l'esprit et l'âme à la connaissance des puissances invisibles. Il suffirait de peu pour qu'on dise le Briéron mystique. Il est sûr, en tout cas. qu'il tire une fierté légitime de cette dure vie endurée en ces lieuxdésolés. Terrien, il l'est par son attachement à sa terre, la tourbe, sa richesse; marin, il l'est par l'appel du large; îlien, enfin, il l'est par ce caprice de la nature qui fit de la Brièreune étendue ponctuée d'îles longtemps isolées, six mois de l'année,

On comprend et partage la passion éprouvée par des chercheurs pour ce pays unique. Autour de ['Abbé A. Vince, une petite équipe s'est constituée et nous livre ici le fruit de ses travaux, fruit d'une qualité exceptionnelle puisque le tour de force consiste à unir les méthodes d'investigation scientifiques les plus rigoureuses (dépouillement d'archives, ana­ lyses de statistiques, de recensements, enquêtes et témoignages directs) à un pouvoir d'évocation profondément poétique.
L'Abbé Vince, historien et géographe, parle. en même temps, avec son cœur et sa mémoire de briéron. Il nous offre ici des pages vibrantes sous forme de récits conçus comme des «documentaires» où revivent ses propres ancêtres.
Il fallait une ethnologue de race pour faire apparaitre les mécanismes compliqués de cette société. La famille briéronne est un élément fondamental de durée et de stabilité.
Farouchement repliée sur quelques patronymes très connus, elle a pratiqué l'endogamie(cette endogamie si cruellement évoquée naguère par Alphonse de Châteaubriant). Madame Sylvie Postel-Vinay, avec un talent et une humanité hors pair, a essentiellement étudié les généalogies. En outre la présentation du tourbage et de la batellerie abordés
sous l'angle technique et humain est un modèle du genre.
A Madame Claude Gracineau-Alasseur était départi le soin de montrer l'évolution de la population active depuis un siècle, un siècle et demi. Cette spécialiste des sciences écono­miques et sociales déploie une virtuosité élégante dans le dépouillement de nature austère des statistiques et recensements. A travers chiffres et tableaux, elle a le don de restituer la vie et l'évolution des communes de Brière. Ces pages fourmillent de détails passionnants sur la dure et parfois terrible condition de ces gens qui, de l'adolescence à la vieillesse, avec une dignité et un acharnement bouleversants, s'épuisaient au travail.
Tout imprégnés de science cynégétique, Paul Martel et son fils Jacques nous proposent une étonnante évocation poétique de la chasse dans «cette terre des eaux, terre des oiseaux», patrie de ces hommes qui, traquant le gibier, participent, ainsi, en fin de
compte, à un rite immémorial.
Assurément ce travail collectif fera date. Certes, la mode est à l'étude socio-historique des pays et régions. Mais ici, cette approche prend un relief particulier, d'abord, parce que ce XIXème siècle fut, pour la Brière, qui n'avait pas changé de vie depuis des siècles, un moment-clé : le choc de la Révolution dans un pays profondément attaché aux traditions chrétiennes continuera de retentir jusqu'au milieu du XXème siècle. A la différence des autres provinces, la Brière connaissait un statut social original, puisque les Briérons «maîtres chez eux», ont vécu une vie communautaire fondée sur l'exploitation indivise du marais.
Or, comme le souligne !'Abbé Vince, «issu de la Révolution, des idées de J.J.Rousseau en particulier, le code napoléonien prônait les droits de l'individu, incitant chacun à avoir sa part de marais». Par chance et par instinct de conservation, les Briérons surent partiellement échapper à cette parcellisation qui leur eût été fatale. La Brière est toujours là avec ses 6.700 hectares indivis.
L'autre choc fut l'irruption de l'industrialisation dans une société rurale puissamment organisée à partir de ses structures d'exploitation (tourbage, pacage, pêche, chasse). «La mutation se produis1t lors de l'apparition de la construction navale à St-Nazaire et de la fonderie de Trignac en 1880». On en verra les conséquences. Mais. en dépit de l'éclatement des traditions qu'elle engendra. il semble bien que les habitants soient toujours restés des «Briérons dans l'âme». Il faudrait même souligner la réputation d'ignorance et de sauva­gerie qu'ils entretinrent longtemps pour s'opposer, en fait, avec une extrême habileté, à toute
ingérence de «l'étranger», en particulier, de l'administration. A travers ce siècle décisif. les Briérons, farouchement jaloux de leur originalité, ne se soumettront ni à l'influence du clergé, ni à la protection des notables, ni à l'autorité des pouvoirs publics...
Qu'en est-il aujourd'hui ?


Pour parachever la qualité de cet ouvrage, outre le soin parfait que l'éditeur a mis pour réaliser un beau livre. le texte est ponctué d'illustrations passionnantes. Aux photos et documents judicieusement choisis se mêlent des dessins combien poétiques de l'admirable sculpteur de Batz-sur-Mer, Jean Fréour, de l'imprimeur Jean Le Fur et de Guy Gourdin. Une réussite.
donc. qui fait honneur à la Brière et aux Briérons «ces seigneurs du pays noir»...

Yves COSSON de l'Académie de Bretagne

Yves Cosson (1919-2012) fut mon professeur de Poésie et Littérature puis collègue à l'Université de Nantes avec Daniel Briolet (1933-2003) et Christian Robin

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19 août 2016 5 19 /08 /août /2016 14:55
En passant par La Roque d'Anthéron...

Voilà donc la 36ème édition qui se termine ce jeudi 18 août.France Musique la grande "absenthe" (allusion au coffret d'absinthe et de pastis locaux que l'on offrait jadis généreusement aux artistes en les remerciant d'être venus parfois de si loin en gage de souvenir et de revenez-nous vite ) donc la Radio nationale confidentielle a déjà plié bagage et les larmes versées de Nicolas Lafitte sur son tweet ,si triste de quitter la vie de château, en témoignent .

La terrasse de Suzanna sur la place du village reste animée ce midi grâce aux pensionnaires de la Cure thermale qui viennent surtout entretenir leur stress et leurs bobos personnels par des conversations à bâtons rompus pour tuer la solitude.Mais les amis de FM sont partis et AK et AP sont hélas en sieste.

Cette année sous l'ère Marc Voinchet après les péripéties de 2015, plus d'extras ni de chargés de réa en surnombre.On a vu l'édition du Festival de Radio France Montpellier réduite à sa version light sans magazine, sans directs et sans communication (DIRECTION Jean-Pierre ROUSSEAU Directeur Jany MACABY Directrice Adjointe Corinne DELAFONS totalement absents) . C'est ça la nouvelle Occitanie ( version Delga saupoudrée de Saurel).Ici on préfère les Festivals de Musiques Emergentes et le Tohu Bohu... moi je préfère Piano sous les arbres de LUNEL-VIEIL et les Opéras à SETE (Offenbach, Verdi): chacun ses goûts...

Même si la programmation n'a pas été touchée à La Roque et dans les concerts environnants ce qui a rassuré le public très fidèle et conservateur: on ne bouscule pas les perruques et seniors grisonnants qui descendus dans la famille en Luberon ou chez tantine aixoise adorent leur rendez vous pique nique dans le parc avec panier en osier et nappe en vichy ! Les verres à pied pour le champagne et le rosé sont toujours là au frais, mais le coctail privatisé dans un enclos jalousement gardé ne ressemble plus à ceux si conviviaux de Paul Onoratini ( 1920-2010 ) les fils Onoratini et Martin sont des managers ne l'oublions pas et on cageole les sponsors et les huiles locales ou nationales dont un certain André VALLINI Secrétaire d’Etat chargé du développement de la Francophonie auprès du Ministre des Affaires étrangères et du développement international.

A18h, quand l'orchestre danois d'Odense fait son raccord sous la baguette du chef Kalle Kuusava (qui remplace au pied levé le titulaire Alexander Vedernikov) pour Grieg et Brahms, on attend toujours Maître Boris qui termine sa sieste, et le fameux Steinway est encore sous les mains expertes de Denijs de Winter.

Ses proches s'inquiètent, le jeune chef fait passer le temps... Enfin le voilà en Tshirt jaune, tout à ses fonctions de grand père. Mais soudain voilà qu'un sbire issu de l'armée de bénévoles fort peu physionomistes mais dûment badgés, intime à Sieur Boris qui a sa partition de Grieg sur les genoux , l'ordre de quitter les gradins in peto...! Même scénario grotesque pour ses proches...! (Demain celui là virera un Ministre si on n'y prend pas garde avant!)

Enfin le raccord a lieu , le piano a été placé face au public pour que le soliste soit parmi les musiciens danois au plus prêt. Il ne manquera pas de les féliciter chaleureusement.

Celui qui avait rêvé de repartir avec le disque de la 36è édition 2016 restera sur sa faim: "rupture de stocks" lui répond-on sèchement. Le libraire nantais requis qui assure aussi les Folles Journées fait travailler sa calculette mais le public en a vu d'autres et a ses propres sources et références. La dame au Chapeau mauve a doublé sa surface et impressionne derrière son stand mais ne veut pas que l'on touche à ses Catalogues Prestiges dédicacés. Bref tout cela sent bon la mauvaise affaire et le marché du temple pour gogos.

A 19h30 les gradins se remplissent et le bar marche à plein régime, non mais ! Angelich ou Berezovsky, on fait le plein de sandwichs et de champagne....

Très beau concert et concerto de Grieg toujours superbe dont on bissera le 2è Mouvement et sa partie solo. On commence à oublier le Varsovia et on découvre les grands danois tous blonds et ethniquement très danois comme leur chef Kalle !

A l'entrac'te René Martin vient saluer les habitués qui suivent l'aventure depuis plus de 30 ans et nul doute que la garde rapprochée fera le bilan de cette saison chiffres à l'appui.

Les moments rares ce sont ces quelques notes de Bach et de Mozart égrenées sur le piano des Master Classes sous le chapiteau par le pianiste et chef chinois de Hong Kong Yongse Kang que j'ai attiré à la Roque depuis Montpellier après sa tournée marathon d'un mois avec ses élèves de Boston, Francfort, Vienne, Salzbourg, Nice...

Le retour vers 23h nous oblige à franchir les chicanes sous le regard vigilant des gendarmes qui patrouillent sur tout le site et c'est déjà Arles, Nîmes et Montpellier. Je regretterai toujours que la Roque n'ait pas programmé plus souvent le norvégien Leif Ove Andsnes pour ses magnifiques interprétations de Grieg, Sibelius et Mendelsohn.mais l'écurie MIRARE est très fermée et ne laisse que peu de chances aux talents venus d'ailleurs. J'ai bien demandé le CD Horizons de Leif Ove Andsnes: on m'a répondu: il ne joue pas chez nous donc on n'a pas. Voilà voilà...

La Folles Journées et la Roque ne sont pas de pépinières et encore moins des pouponnières. On n'y vient que rarement pour être surpris ou bousculés.Mes tentatives pour y placer mes pianistes et violoncellistes se sont avérées vaines.

L'édition 2017 sur le thème de la Danse montrera si j'ai eu tort.

En passant par La Roque d'Anthéron...
En passant par La Roque d'Anthéron...
En passant par La Roque d'Anthéron...
En passant par La Roque d'Anthéron...
En passant par La Roque d'Anthéron...
En passant par La Roque d'Anthéron...
En passant par La Roque d'Anthéron...
En passant par La Roque d'Anthéron...
En passant par La Roque d'Anthéron...
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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 14:28
Calvaire de la Crétinière
Calvaire de la Crétinière

Ce monument édifié sans doute à l'initiative de la famille BOURET habitant à la Crétinière (1799), sur le bord de la route de Saint Julien de Concelles au Loroux Bottereau date du milieu du 19è siècle, si on se réfère à la date inscrite à son fronton (10 mai 1850) date qui indique sa bénédiction par Monseigneur Jacquemet alors évêque du diocèse de Nantes.

Il faisait face au village de la CRETINIERE, cet endroit alors désert est maintenant entouré de lotissement de maisons récentes (qui ont été bâties sur les terres viticoles du domaine entre rue des Fauvettes et rue des Roitelets devenues le Port Egaud)

C'est une importante construction en maçonnerie et tuffeau formant une grande niche pour une statue de la Vierge.

Elle était surélevée par rapport à la route, on y accédait par six marches. De petits murets formant enclos entouraient l'ensemble.

Quatre grands piliers avec châpiteaux encadraient le terre plein du haut des marches et devaient donner fière allure à ce monument surmonté de la croix.

Pendant longtemps il fut sur fond de verdure, des sapins ayant été plantés à l'arrière.

Très abimé par l'âge et le temps. Il fallut un jour envisager sa restauration.Celle-ci eut lieu en 1956 à l'occasion d'une mission prêchée dans la paroisse.

Confiée à l'entreprise Joseph Mainchain (qui entretenait aussi la Crétinière) elle nécessita la consolidation de l'ensemble par l'arrière, une réfection du socle, et de son accès (on ne conserva que trois marches) Des quatre piliers très abîmés il ne resta que les bases que l'on garnit de sphères en ciment.

Des dons et des offrandes permirent de couvrir les frais de cette restauration.

L'inauguration et la bénédiction par le curé de l'époque Joseph PETIT clôturèrent cette mission de 1956. La statue actuelle n'est pas l'originale. celle-ci représentait la Vierge avec l'enfant Jésus sur sa droite, étendant les bras dans un geste d'accueil., malheureusement et malgré la protection d'une vitre et d'une grille, cette statue fut victime dans les années 1950, d'actes de vandalisme; non réparable, elle fut remplacée dans sa niche par une autre statue de la vierge se trouvant à la cure et propriété de la paroisse.(Vierge écrasant un serpent)

A noter le petit poème gravé sur une plaque au pied de la Vierge:

Si l'amour de Marie

En ton coeur est gravé

En passant ne t'oublie

De lui dire un Avé.

Ce quatrain avait été composé par le Père Grignon de Montfort lorsqu'il évangélisait au diocèse de Poitiers vers 1703.

Il était donc connu dans la paroisse, propagé sans doute par les missions qu'il donna dans les environs.

Ce lieu fut toujours l'occasion de rassemblements de prières, notamment aux fêtes de la Vierge (mois de Marie ou du Rosaire) Mais maintenant, sur le bord d'une route de plus en plus fréquentée ils deviennent quasi impossibles et ne subsiste que la réunion du 3è dimanche de Rosaire (en Octobre)

Concernant ce monument, il existe un testament de Mademoiselle BOURET , de la Crétinière en date du 24 décembre 1863, dont j'ai extrait ce passage:

Devant Maître Alfred LE SANT, notaire à la résidence de Saint Julien de Concelles et en la présence réelle de quatre témoins

"Je veux que celui qui aura le pré dans lequel est élevé un monument à la Vierge, entretienne ce monument à ses frais; et pour cela, il donnera chaque année au curé de la Paroisse de Saint Julien de Concelles la somme de vingt francs;le curé ar suite de ce paiement sera chargé de faire lui même les réparations nécessaires."

dont acte fait et passé à la Crétinière, commune de Saint Julien de Concelles en la demeure de la testatrice le 24 décembre 1863 à six heures et demi du soir.

Suivent les signatures de la testatrice et des quatre témoins.

René Laurent; A Duranceau; A. Bénureau et Janneau.

D'après Pierre TERRIEN Croix et calvaires - Saint julien de Concelles- Patrimoine architectural concellois. (Mairie St Julien)

NB: Le calvaire passera donc à la mort de Mlle BOURET dans la famille GUICHETEAU Juge à Nantes puis la famille TREBUCHET (Joseph Marie Trébuchet oncle de Victor Hugo et frère de Sophie Trébuchet) puis aux frères Théophile et Alphonse BRETONNIERE originaires de Vallet respectivement Directeurs d'école, instituteurs et Maire de la Commune jusqu'en 1963 . (Mlle BRETONNIERE (fille unique de Monsieur Théophile Bretonnière Maire de Saint Julien de Concelles) devient nouveau propriétaire du domaine en 1963 et lègue ce calvaire à la commune et vend les terres viticoles environnantes.

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2 juin 2016 4 02 /06 /juin /2016 14:43
"Le frère allemand" de Chico Buarque

"Le frère allemand" un roman atypique de Chico Buarque (Gallimard) qui croise entre Rio de Janeiro, Sao Paulo, Paris et Berlin des musiciens de jazz Thelonious ou Wes Montgomery dans une quête du frère perdu, lui même en quête de son père disparu. Palpitant !

"Me revient alors à l’esprit la lettre découverte par hasard l’autre jour et, involontairement, je me surprends à imaginer l’idylle secrète de mon père à Berlin, je joue déjà à me chercher un frère allemand dans la salle. Il sera un homme d’une trentaine d’années, probablement avec des lunettes, blond, avec une mâchoire proéminente, un visage très long, un crâne haut. Pour l’instant, le seul à répondre à une partie de ces conditions c’est le tromboniste de l’orchestre, un gars roux très blanc et joufflu comme devait l’être mon père avant de vieillir. Mais à l’exception du maestro, un brun aux jambes velues, plutôt grotesque dans ses culottes courtes, les artistes sur la scène doivent être des enfants d’immigrants, peut-être les petits-fils de Poméraniens de l’État d’Espírito Santo, et je ne pense pas que mon frère soit devenu un musicien d’orchestre typique au Brésil. De toute façon, il me semble naturel qu’à un certain stade de sa vie il se soit montré inquiet, qu’il ait interrogé sa mère à propos de l’origine de son nom, qu’il ait insisté sur son droit de connaître l’identité de son père. Et après avoir réuni quelques économies, même sans la bénédiction maternelle, il débarquerait tôt ou tard à Rio de Janeiro avec l’adresse de la demeure paternelle dans le quartier du Jardim Botânico. Il vérifierait facilement que Sergio de Hollander, à peine remis de la mort successive d’Arnau de Hollander et de Clementina Moreira de Hollander, avait été engagé comme superviseur général du CAMBESP, le Conseil d’administration des musées et des bibliothèques de l’État de São Paulo.Dans l’annuaire téléphonique de la capitale pauliste il y avait bien un Hollander Sergio de, mais avant de composer le 518776, il hésiterait un long moment, car le dialogue s’annonçait difficile. Le téléphone à la maison sonnerait enfin et de cette langue bizarre maman comprendrait seulement le nom répété à l’autre bout du fil : Sergio de Hollander ! Sergio de Hollander ! Elle tendrait l’appareil à mon père, lequel en perdrait la voix dans un premier moment, puis se lancerait à grand-peine dans cette langue rouillée, puis en aurait les yeux tout humides et, pendant ce temps-là, maman aurait déjà tout compris et pleurerait elle aussi. Et elle s’offrirait sûrement à préparer des lasagnes à la maison, où le beau-fils serait accueilli comme un fils et, le cas échéant, elle le logerait pendant quelque temps dans la chambre d’un de ses demi-frères. Pour le bien du jeune homme, maman serait même capable de faire venir de Berlin Anne en personne, laquelle était peut-être dans le besoin dans un pays encore affecté par la guerre. Et nous habiterions tous respectueusement sous le même toit (...)

CHICO BUARQUE

Le frère allemand

Francisco est le fils du célèbre critique littéraire Sergio de Hollander, personnalité très respectée au Brésil. La maison familiale regorge de livres que sa mère range avec un dévouement maniaque, alors que dans la chambre de son frère ce sont les conquêtes féminines qui défilent. Deux choses qui réjouissent tout particulièrement Francisco, lui qui aime conquérir les amantes déçues par son frère et emprunter en cachette les ouvrages de son père. C’est justement dans l’un de ces livres qu’il découvre une lettre écrite en allemand, datée de 1931, adressée à Sergio de Hollander.

Le jeune homme fait traduire ce courrier et y découvre l’existence d’un fils que son père aurait eu avec une certaine Anne Ernst, à Berlin. En secret, Francisco décide de retrouver ce frère inconnu qui s’immisce peu à peu dans son quotidien et dans ses rêves, une figure qui l’obsède et le hante. Francisco le poursuit autant qu’il le fantasme, à travers l’histoire revisitée de son père et la recherche de cette Allemande énigmatique.

Chico Buarque construit avec une grande finesse cette figure du frère allemand, figure onirique et pourtant bien réelle qui habite un récit passionnant, émouvant. L’investigation, d’où l’auteur fait surgir une œuvre bouleversante, dépasse la quête personnelle pour explorer l’histoire brésilienne et européenne des années 30 jusqu’aux années 60, ainsi qu’un héritage familial silencieux, douloureux.

Chico Buarque est né à Rio de Janeiro en 1944. Après une carrière musicale commencée dans les années 60, qui fait de lui l’un des musiciens brésiliens les plus célèbres, il se lance dans l’écriture au début des années 90. Le frère allemand est son quatrième roman. Aux Éditions Gallimard ont paru Embrouille (1992), Court-circuit (1997), Budapest (2005) et Quand je sortirai d’ici (2012).

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 17:44
Rue de la Tour Gayraud
Rue de la Tour Gayraud

Un bon petit Blog voisin et ami qui sait de quoi il parle en toute franchise et ne se laisse pas compter sornettes, la preuve à lire son dernier billet sur les Zatouilleries de Figuerolles nous enchante car il saisit là bien des vérités pas toujours bonnes à dire dans un climat de consensus mou et de culture(s) galvaudée(s) à faire hurler Philippe Murray.

Car dans ces gesticulations où l'on côtoie le pire et le meilleur, le temporaire de service venu de Marseille (s'il vous plait !) nous fit avaler bien des couleuvres au point que les "Invisibles du quartier" pouvaient commenter à loisir, l'intrusion de leur territoire par les bobos, depuis les places Salengro ou Plan Cabanes.

Il y a bien des leçons à tirer de ces sympathiques glissements et frémissements qui nous ont chatouillé les sens sinon les papilles.

Bravo à tous ceux qui ont joué le jeu des marionnettistes pour un Art de Rue créatif sinon convivial qui était promis en effet par ses concepteurs à un grand succès, avant même le lacement de l'opération.

Quand la COM dépasse ses communicants on est dans ce qu'un veilleur a appelé le "foutage de gueule" mais qu'importe pour 500.000 € l'enthousiasme a côtoyé le délire...

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