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3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 23:51

Chronique littéraire de Clara Dupont Monod dans l'émission de France Inter du 1 février 2015! - "si tu me quittes,j'annule tout"

"Certains esprits sont un peu trop misanthropes pour adhérer à un grand espoir collectif. La littérature est peuplée de ces esprits rétifs à la liesse et justement en voici un exemple savoureux, regardez le titre comme il est beau : "Merci aux ambitieux de s'occuper du monde à ma place" qui sortira le 5 février , on le croirait presque écrit à l'intention de tous les manifestants de Madrid, il est écrit par Georges Picard un philosophe désespéré et très facétieux.Il se présente sous forme de lettres à un ami qu'il n'a pas vu depuis quinze ans alors évidemment ils habitent à 60 kms l'un de l'autre,mais plutôt que de se voir, ils préfèrent s'écrire et c'est tant mieux puisque ça nous donne un livre,un excellent livre.
Alors ce narrateur il a renoncé à la compagnie des hommes, il est loin de tout, vit à la campagne et il observe les sursauts du monde avec une distance d'ermite mêlée de désillusion et il écrit :" les optimistes sont assommants, je n'ai jamais supporté mon propre optimisme, encore moins celui des autres." Aucune chance de voir Georges Picard à Madrid, lui c'est pas "Podemos" c'est "No puedo". et en même temps cette frilosité assumée qui est l'autre nom du pessimisme que l'on a tous un peu au fond de soi,c'est la peur d'être déçu. Pour les misanthropes,c'est le décalage entre l'idéal et le réel, le premier ayant fortement tendance à se fracasser contre le second.Donc en fait ,autant ne rien attendre et puis comme ça au moins on est tranquille, et dans son livre "le Crépuscule des idoles" le grand philosophe Nietzsche l'exprime comme ça: "comment tu cherches, tu voudrais te décupler,te centupler,tu cherche des adhérents, cherche des zéros.Quand il voulait Nietzsche il était énervé. (C'est bien zéros et non héros) On se dit que ce n'est pas avec cette mentalité qu'on va améliorer le monde, on en est quand même loin, cela dit,c'est oublier que le misanthrope ou le pessimiste en tout cas, il a deux choses avec lui, il est pas en colère,et Georges Picard écrit : "je suis curieux des choses qui m'irritent", ( c'est assez noble quand même ) donc il explique qu'il peut regarder un débat sur Itélé sans fulminer mais en s'étonnant sincèrement je cite : "de la pauvreté intellectuelle des arguments" et il demande: "Ces gens là sont-ils sincères ou simplement cyniques ?" C'est pour ça que c'est difficile de s'engueuler avec un pessimiste ou avec un misanthrope,parce qu'il n'est pas dans la colère et Georges Picard le dit : "j'ai fini par penser qu'on ne peut pas se désolidariser totalement des salauds et des imbéciles. le mensonge c'est de penser que nos ennemis ne sont pas pétris de la même manière que nous, qu'ils sont d'une nature différente". A méditer...
Deuxième trait de caractère du misanthrope,c'est que souvent c'est un sceptique, il se nourrit beaucoup plus du doute que de la certitude,alors la grande tradition des sceptiques de Descartes à Montaigne,(le doute il appelait ça "le mol oreiller") et Georges Picard écrit :" la société ne pardonne pas les tergiversations, elle exige de savoir où tu te situes, d'où tu parles,et met assez haut ce qu'elle nomme suavement les hommes ou les femmes de conviction".
Vous voyez ce livre est un plaidoyer pour la lassitude, certains l’appelleront lâcheté, d'autres l’appelleront lucidité, en tout cas,c'est une mise à l'écart volontaire et ce n'est pas un hasard d'ailleurs si Georges Picard se réfugie à la campagne, refuge consolant, et il dit et je trouve ça magnifique: "le vent et la pluie ne sont les voix de personne, pourtant nous les reconnaissons à chaque fois comme des voix intimes".
"Merci aux ambitieux de s'occuper du monde à ma place" de Georges PICARD Editions CORTI (Février 2015)

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28 janvier 2015 3 28 /01 /janvier /2015 22:07

J'ouvre part hasard France Culture vers 21h ce mercredi 28 janvier et tombe sur tout sauf une "Dispute" mais "un entre soi" où d'illustres inconnus osent encore ce pari de parler sur les antennes, de "leur" visite à une exposition intitulée"Cherchez l'erreur" à l'Institut des Cultures de l'Islam établissement culturel de la Mairie de Paris installé au cœur du quartier de la Goutte-d'Or, 19 rue Léon dans le XVIIIè (concurrent sans doute de l'IMA et sans la bénédiction de Maître Jack).

RFI se posait déjà la question de savoir s'il s'agissait d'un lieu culturel ou cultuel lors de son ouverture confidentielle en novembre 2013. Ils pérorent sur le suprême sacrilège d'exposer une grenade dans un saladier et d'allégories fumeuses mais tendances car venues de Gaza ou d'une Egyptomanie rêvée en sépia autour de Tahrir.

Ce ne sont évidemment pas les photos qui composent cette exposition qui sont incriminées mais les commentaires qui l'accompagnent.

Tout cela sent le parisianisme et le profond mépris de l'auditeur pris au piège de cette émission savamment orchestrée par Arnaud (ou Xavier de la Porte) sous le contrôle d'un harpiste de talent et fort joli garçon (Emmanuel.Ceysson) puisque élève d'Isabelle Moretti. De quelle "Dispute" parle-t-on dans un consensus mou qui caractérise cette émission ?

C'est surtout une carte blanche à Arnaud Laporte qui comme son collègue Florian Delorme avait déjà fait de son émission "Culture monde" une tribune très restreinte vers les cultures de la méditerranée, "son monde" oubliant soigneusement l'Asie, l'Océanie et les Amériques.
Cher Président Mathieu Gallet il est grand temps avant d'organiser des Défilés de Mode pour M. Bergé, de remettre de l'ordre dans la grille des programmes même si OPDA couvre ses protégés et électrons libres. On aime l'indépendance de FC et le courage de Finkie d'avoir résisté au pressions en invitant Zemmour ou Onfray les bêtes noires de la Hollandie, mais de grâce épargnez nous ces regards croisés déformants sur les Musées et un certain art moderne transposition des délires de journalistes de Libé ou des Inrocks qui ont tous leur rond de serviette dans cette maison.
Je me réserve le droit d'aller voir cette Exposition de photos "Cherchez l'erreur" de plus près et d'en juger par moi même et d'aller prochainement écouter la belle voix de la poétesse Andrée Chedid.

Quant aux beaux parleurs de la Maison ronde, je n'aurai qu'une conclusion : Au secours Philippe Murray ils sont devenus fous par moment et ne s'écoutent même plus.

Agenda de l'Institut des Cultures d'Islam 2015

l'Emission Dispute A réécouter ici

Les Auditeurs de France Culture ont la parole puisque le Médiateur au service avant tout de ses présidents (Gallet, Bloch etc...,ne la leur donne pas:

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26 janvier 2015 1 26 /01 /janvier /2015 12:31

Les défauts de paiement de la Grèce cela ne date pas d’hier…la Grèce a déjà fait défaut en 1826, 1843, 1860, 1893 ,1932, 2012…

La Grèce Contemporaine, par Edmond About


Observations générales sur la situation financière de la Grèce. ― La Grèce vit en pleine banqueroute depuis sa naissance. ― Les impôts sont payés en nature. ― Les contribuables ne payent point l’État, qui ne paye point ses créanciers. ― Budget d’exercice et budget de gestion. ― Les ressources du pays ne se sont pas accrues en vingt années.

Le régime financier de la Grèce est tellement extraordinaire et ressemble si peu au nôtre, que je crois nécessaire, avant d’entrer dans les détails du budget, de placer ici quelques observations générales.

La Grèce est le seul exemple connu d’un pays vivant en pleine banqueroute depuis le jour de sa naissance. Si la France et l’Angleterre se trouvaient seulement une année dans cette situation, on verrait des catastrophes terribles : la Grèce a vécu plus de vingt ans en paix avec la banqueroute.

Tous les budgets, depuis le premier jusqu’au dernier, sont en déficit.

Lorsque, dans un pays civilisé, le budget des recettes ne suffit pas à couvrir le budget des dépenses, on y pourvoit au moyen d’un emprunt fait à l’intérieur. C’est un moyen que le gouvernement grec n’a jamais tenté, et qu’il aurait tenté sans succès.

Il a fallu que les puissances protectrices de la Grèce garantissent sa solvabilité pour qu’elle négociât un emprunt à l’extérieur.

Les ressources fournies par cet emprunt ont été gaspillées par le gouvernement sans aucun fruit pour le pays ; et, une fois l’argent dépensé, il a fallu que les garants, par pure bienveillance, en servissent les intérêts : la Grèce ne pouvait point les payer.

Aujourd’hui, elle renonce à l’espérance de s’acquitter jamais. Dans le cas où les trois puissances protectrices continueraient indéfiniment à payer pour elle, la Grèce ne s’en trouverait pas beaucoup mieux. Ses dépenses ne seraient pas encore couvertes par ses ressources.

La Grèce est le seul pays civilisé où les impôts soient payés en nature. L’argent est si rare dans les campagnes qu’il a fallu descendre à ce mode de perception. Le gouvernement a essayé d’abord d’affermer l’impôt ; mais les fermiers, après s’être témérairement engagés, manquaient à leurs engagements, et l’État, qui est sans force, n’avait aucun moyen de les contraindre.

Depuis que l’État s’est chargé lui-même de percevoir l’impôt, les frais de perception sont plus considérables, et les revenus sont à peine augmentés. Les contribuables font ce que faisaient les fermiers : ils ne payent pas.

Les riches propriétaires, qui sont en même temps des personnages influents, trouvent moyen de frustrer l’État, soit en achetant, soit en intimidant les employés. Les employés, mal payés, sans avenir assuré, sûrs d’être destitués au premier changement de ministère, ne prennent point, comme chez nous, les intérêts de l’État. Ils ne songent qu’à se faire des amis, à ménager les puissances et à gagner de l’argent.

Quant aux petits propriétaires, qui doivent payer pour les grands, ils sont protégés contre les saisies, soit par un ami puissant, soit par leur propre misère.

La loi n’est jamais, en Grèce, cette personne intraitable que nous connaissons. Les employés écoutent les contribuables. Lorsqu’on se tutoie et qu’on s’appelle frères, on trouve toujours moyen de s’entendre. Tous les Grecs se connaissent beaucoup et s’aiment un peu : ils ne connaissent guère cet être abstrait qu’on appelle l’État, et ils ne l’aiment point. Enfin, le percepteur est prudent : il sait qu’il ne faut exaspérer personne, qu’il a de mauvais passages à traverser pour retourner chez lui, et qu’un accident est bientôt arrivé.

Les contribuables nomades, les bergers, les bûcherons, les charbonniers, les pêcheurs, se font un plaisir et presque un point d’honneur de ne point payer d’impôt. Ces braves gens se souviennent qu’ils ont été Pallicares : ils pensent, comme du temps des Turcs, que leur ennemi c’est leur maître, et que le plus beau droit de l’homme est de garder son argent.

C’est pourquoi les ministres des Finances, jusqu’en 1846, faisaient deux budgets des recettes : l’un, le budget d’exercice, indiquait les sommes que le gouvernement devrait recevoir dans l’année, les droits qui lui seraient acquis ; l’autre, le budget de gestion, indiquait ce qu’il espérait recevoir. Et, comme les ministres des Finances sont sujets à se tromper à l’avantage de l’État dans le calcul des ressources probables qui seront réalisées, il aurait fallu faire un troisième budget, indiquant les sommes que le gouvernement était sûr de percevoir.

Par exemple, en 1845, pour le produit des oliviers du domaine public, affermés régulièrement aux particuliers, le ministre inscrivait au budget d’exercice une somme de 441 800 drachmes. Il espérait (budget de gestion) que sur cette somme, l’État serait assez heureux pour percevoir 61 500 drachmes. Mais cette espérance était au moins présomptueuse, car l’année précédente, l’État n’avait perçu, pour cet article ni 441 800 drachmes, ni 61 500 drachmes, mais 4457 drachmes 31 centimes, c’est-à-dire environ un pour cent sur ce qui lui était dû.

En 1846, le ministre des Finances ne rédigea point de budget de gestion, et l’habitude s’en est perdue.

L’État ne veut pas prévoir en principe qu’il ne sera pas payé de ce qui lui est dû. Mais, quoique les budgets suivants soient plus réguliers dans la forme, l’État continue à solliciter vainement ses débiteurs récalcitrants ou insolvables. [...]

Les hommes qui ont doté la Grèce de son système monétaire ont cherché dans leurs livres quelle était la valeur de la drachme dans l’antiquité, et ayant découvert que la drachme valait 90 centimes de France, ils ont décidé que la drachme serait une monnaie de la valeur de 90 centimes. Grâce à ce raisonnement archéologique, la Grèce a une monnaie à part, qui ne ressemble à aucune autre. Ne serait-il pas cent fois plus simple de donner à la drachme le poids et le titre du franc, et de mettre le système monétaire de la Grèce en rapport avec celui de la France, de la Belgique, de la Suisse et du Piémont ? Puisque dans ce malheureux pays tout est à refondre, même la monnaie, faisons en sorte que tout soit pour le mieux. [...]

On ne prête qu’aux gouvernements que l’on croit bien affermis.

On ne prête qu’aux gouvernements qu’on juge assez honnêtes pour remplir leurs engagements.

On ne prête qu’aux gouvernements que l’on a intérêt à maintenir. Dans aucun pays du monde, l’opposition n’a fait hausser les fonds publics.

Enfin, on ne prête que lorsqu’on a de quoi prêter.

C’est pour toutes ces raisons qu’il n’y a point de grand-livre en Grèce. Le peuple est trop pauvre et le gouvernement est trop connu pour qu’un emprunt de 100 000 francs puisse être couvert dans le pays. [...]

L’État a cependant des créanciers parmi les citoyens. Mais ce qu’ils ont prêté à la Grèce dans ses dangers, ils le refuseraient au roi Othon dans sa puissance. Ils avaient confiance dans la solvabilité de leur patrie, et ils l’aimaient. Tout est bien changé aujourd’hui, et, si c’était à refaire, ils garderaient leur argent.

Ces créanciers, on ne les paye point. On se contente de leur donner de temps en temps un secours en argent, lorsqu’ils sont sur le point de mourir de faim. Il y a dans l’île d’Hydra telle famille qui a dépensé des millions pour l’indépendance du pays, et qui reçoit 600 drachmes par an. [...]

On paye environ 50 000 drachmes de pensions ecclésiastiques pour dédommager les moines dont on a confisqué les couvents. C’est une dépense que l’équité commande et que l’économie ne réprouve pas. Le ministère de l’Intérieur sert de son côté quelques modiques pensions qui ne ruinent pas le pays.

Ce qui le ruine, ce sont les secours accordés à ceux qui n’en ont pas besoin, les pensions payées aux hommes qui n’ont jamais servi, les aumônes énormes exigées par certains personnages puissants, qu’on paye, non pour le bien qu’ils ont fait, mais pour le mal qu’ils daignent ne pas faire.

Le ministère de la Guerre donne environ 600 000 drachmes, le ministère de la Marine en paye plus de 250 000 à des hommes qui ne sont ni marins ni soldats, et qui souvent n’ont été ni l’un ni l’autre.

Lorsque le gouvernement a besoin d’un homme ou qu’il en a peur, on cherche dans son passé : on y découvre des services éclatants qu’il n’a pas rendus, des blessures qu’il n’a pas reçues, des infirmités qui ne le gênent point, et on lui fait place au budget. [...]

Le traité de 1832 contenait une clause en vertu de laquelle les premiers revenus de l’état grec devraient être avant tout affectés au service des intérêts et à l’amortissement de sa dette extérieure. Non seulement la France ne demanda jamais l’exécution de cet article de la convention de Londres, mais encore, dans un excès de bienveillance et de générosité pour un pays où elle voyait comme une de ses créations, elle cessa, en 1838, de suivre l’exemple de l’Angleterre et de la Russie, qui émettaient des séries de l’emprunt afférentes à leur garantie pour opérer le service des rentes des séries déjà émises, et dans le but de ménager un jour une précieuse réserve à la Grèce, elle se décida à lui faire, à l’échéance des semestres, des avances sur ses propres fonds. Ces avances dépassent aujourd’hui la somme de 13 millions de francs. [...]

Personne n’ignore que la Grèce doit aux trois puissances une centaine de millions qu’elle ne peut payer.

Presque personne ne sait que la Grèce doit à certains capitalistes anglais plus de 200 millions qu’elle ne veut pas payer.

La seule différence entre ces deux dettes, c’est que les Grecs reconnaissent la première, parce que les créanciers ont du canon, et nient la seconde, parce que les créanciers n’en ont pas. [...]

Mais importe- t-il également que la Grèce ait une armée et une marine ? [...] La Grèce n’a personne à attaquer ; il est de son intérêt de n’attaquer personne ; l’Europe ne veut pas qu’elle attaque personne. D’ailleurs ses forces sont en telle disproportion avec celles de tous les états voisins que jamais elle ne serait capable de faire la guerre. [...] D’abord personne ne songe à l’attaquer. Fût- Elle attaquée, ce n’est ni son armée ni sa flotte qui suffirait à repousser les ennemis. Elle sait bien, d’ailleurs que la France et l’Angleterre, qui lui ont fait don de son existence, ne permettront jamais qu’elle soit envahie. Elle n’a donc besoin ni d’une flotte ni d’une armée. [...] Si le budget est régulièrement en déficit, si la Grèce est hors d’état de servir les intérêts de la dette, c’est parce qu’elle a une armée. [...]

La Grèce avait-elle besoin d’argent en 1824 ? Oui. Pouvait-on s’en procurer autrement que par un emprunt ? Non. Était-il possible d’emprunter à des conditions moins onéreuses qu’on ne l’a fait ? Non.

La Grèce a-t-elle profité des 23 millions qu’elle a reçus ? Elle en a beaucoup plus profité que des 60 qu’elle a empruntés sous la garantie des trois puissances ; car ces 23 millions lui ont servi à conquérir son indépendance, et les 63 autres ne lui ont servi à rien.

Est-il juste d’alléguer que le prêt était usuraire ? Non, car en devenant les créanciers du peuple grec, les prêteurs faisaient une spéculation aléatoire ; et l’événement l’a prouvé, puisqu’ils n’ont touché ni capital ni intérêts. Je maintiens qu’ils étaient très généreux, ou, si l’on veut, très téméraires, et que si, aujourd’hui, le gouvernement régulier de la Grèce essayait d’ouvrir un emprunt, aucun banquier, aucun capitaliste ne lui prêterait 23 millions [...].

C’est qu’en 1824 le peuple grec n’avait pas eu le temps de se discréditer lui-même.

C’est que le pays n’avait pas encore démontré qu’il était incapable de vivre.

En 1846, la presque totalité des obligations de cet emprunt se négociait en Hollande. Une obligation de 100 francs se vendait 5 ou 6 francs. Aujourd’hui, la conduite du gouvernement grec leur ôte toute valeur, et celui qui les payerait un centime serait dupe.

Edmond About – La Grèce contemporaine, 1854

Edmond About (1828-1885) était un homme de lettres et journaliste français. Membre de l’Académie française et de l’École française d’Athènes, il a vécu plusieurs années en Grèce, où il a rédigé son essai La Grèce contemporaine (1854). Il est également connu pour ses chroniques dans de nombreux journaux français et ses romans pour enfants.

Le débat continue sur le site http://www.les-crises.fr/la-grece-contemporaine/

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20 décembre 2014 6 20 /12 /décembre /2014 18:21
Golgotha Picnic_ Garcia

Golgotha Picnic_ Garcia

Accident_Garcia
Accident_Garcia

Rodrigo Garcia l'Argentin à la tête du CDN (Centre Dramatique national) ex "Théâtre des 13 Vents" dont il a hérité de Jean Marie Besset et qu'il a aussitôt rebaptisé, en un énigmatique et sulfureux HtH (entendez "Humain trop Humain")

Premier bilan et présentation de la seconde partie de saison et dont se fait écho un journaliste complaisant du Midi Libre, un autre Jean Marie (Gavalda cette fois)

"Rodrigo Garcia a fini par rencontrer le Président de l'Aglomération de Montpellier, Philippe Saurel, qui semblait peu pressé de le voir. Il tire à boulet rouge sur la frontiste France Jamet dans son journal éditorial. Et se déclare assez content par "l'effervescence culturelle" suscitée par son arrivée à la tête du Centre Dramatique National de Montpellier rebaptisé Humain trop Humain (hTh) : un hall animé par des débats et des DJ's, des lectures dans des lieux insolites ( centre équestre, piscine, tribunal, prison) des workshop pour artistes locaux, et bien sûr ces spectacles souvent radicaux qui ont bousculé le public.

Tous n'ont pas fait le plein loin de là. " Il faut du temps pour installer ce projet" dit Rodrigo Garcia qui semble cependant avoir trouvé ses marques. (Il aurait pu dire aussi "de l'audace, de l'audace toujours de l'audace" et il n'en manque pas le bougre Ndlr).

Il présentait ce jeudi, la seconde partie d'une saison encore plus dense, plus internationale, encore plus culottée ( et déculottée) que la première !

On y verra les nouvelles coqueluches de la scène européenne, l'explosive Angelica Liddell (Tandy) et les impudiques chiens de Navarre (Nous avons des Machines) ou encore les particules élémentaires (succès avignonnais) monté en coproduction avec le Printemps des Comédiens. Auquel s'ajoute un coctail de découvertes: la performeuse italienne Claudia Triozzi (Boomerang) le groupe barcelonais Senor Serrano inspiré par la traque de Ben Laden (House in Asia) ...

Le très expérimental metteur en scène marseillais Hubert Colas (Kolik) une création de Luis Garay autour de ThT (Oblivion) la production du collectif de jeunes acteurs issus du Conservatoire de Montpellier (Transition) le duo de danseurs sans tabou Cécilia Bengolea et François Chaignaud (Dub Love en coproduction avec Montpellier danse) et même un festival, Explicit, explorant les formes artistiques de la pornographie.

La volonté de Rodrigo Garcia d'ouvrir le théâtre à d'autres formes passe encore par des concerts techno (Héros de l'électro) et des performances vocales (Spoken Word) où sont annoncés le chanteur Lee Ranaldo (Sonic Youth) et l'acteur Pippo Delbono.

Rodrigo sera lui aussi à l'affiche Après Et balancez mes cendres sur Mickey en Janvier, il présentera Accident duo d'un acteur et d'un homard vivant censuré dans plusieurs pays pour maltraitance (le metteur en scène s'est lui même retrouvé en garde à vue !) puis Daisy sa toute dernière création.

Rodrigo Garcia explique enfin que ses spectacles tourneront en 2015 à travers le monde: 200 représentations au total qui feront rayonner le CDN de Montpellier et apporteront un peu de trésorerie. Le label tHt s'est déjà donné une nouvelle visibilité."

Nul doute que l'édile tout puissant de la Ville, de l'Agglo, de la Métropole et demain de la Région a été fort impressionné par tant de visions et de perspectives jouissives qui vont engloutir les budgets culturels comme les ZAT de sinistre mémoire.

Oui s'en est bien fini des jeunes auteurs choisis par Jean Marie Besset qui n'était plus politiquement en état de grâce et qu'une lettre de cachet dûment signée de Mme Filipetti a renvoyé en exil dans ses terres audoises.Le pitre et le fou du Roi est arrivé et personne pour arrêter cette forfaiture qui semble plaire aux bobos (les bobos de droite auraient-ils été remplacés par ceux de gauche ? ) On avait déjà assisté en d'autres temps aux scandales de l'espagnol Fernando Arrabal.

On aura noté dans cette énumération d'histrions que nous promet l'imposteur, pas un auteur, par un metteur en scène de renom, renvoyés à la capitale vers leurs théâtres officiels ou de boulevard, lui fait dans le sublime, dans le happening qui va surprendre le badaud.Et des badauds il en faut pour gober pareilles escroqueries qui feraient se retourner l'homme de Pézenas dans sa fosse. Qu'importe, le boute en train des Amériques se propage dans toutes officines (Casa Amadis) et recoins associatifs subventionnés qui veulent bien le recevoir pour présenter "sa" programmation !

La Presse locale est aux ordres depuis longtemps et l'on vient de museler le Canard local par un vilain procès (L'AggloRieuse contrainte au silence...) Oui après les péripéties auxquelles nous avons assisté avec Montpellier danse, les grèves au printemps des Poètes, les mille et unes fâcheries dans le clochemerle de Cinemed, les réglements et oukazes des fonctionnaires de l'Orchestre Royal du Corum qui ont eu la peau du Surintendant de Venise, voilà que Montpellier frappé d'amnésie se dote d'un nouveau chefaillon providentiel que l'avenir s'empressera de jeter par la porte d'où il n'aurait jamais dû entrer (par des passe droits parisiens une fois encore) Pauvre Philippe Murray qui avait déjà tout écrit sur ce genre de bouffonneries, il aura donc fallu que cela tombe à nouveau sur cette pauvre ville, qui vient de perdre sa couronne régionale et qui se ridiculise par de pareilles mises en scènes.

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29 novembre 2014 6 29 /11 /novembre /2014 13:27
Le Grand Débat à Montpellier

Voilà l'événement du mois sans nul doute qui vient réveiller la petite métropole du Languedoc frappée par ses tempêtes et inondations. Grâce à son Hebdomadaire d'actu locale:la Gazette, on devrait se presser pour écouter les 13 invités parisiens, sauf le nouvel édile Philippe Saurel qui affrontera un voisin de Midi Pyrénées et autre challenger : François Bayrou.Débat à revoir ici

L'ouverture en beauté nous a permis de suivre les évocations littéraires et souvent personnelles d'Eric Emmanuel Schmitt "l'écrivain qui change notre vie" et qui arrive juste de Pologne et de St Petersbourg où la ville qui a enchaîné des manifestations littéraires et théâtrales, a tiré le canon du dimanche en son honneur après Jacques Chirac et Catherine Deneuve,.. Il nous a bouleversé en répondant aux questions habiles et très documentées de Philippe Lapousterle le montpéliérain de souche (et oui ça existe!) qui a rappelé que cette ville est exigeante et très demandeuse de débats comme lors des manifestations de la Comédie du livre au printemps.

Ce philosophe de formation jongle d'Aristote à Kant, de Descartes à Rousseau et nous propose sa philosophie personnelle tout au long de ses 50 romans et pièces. il s'est arrêté sur 3 d'entre eux: "la part de l'autre" sur les deux Adolf H et les hasards de la destinée , "Ulysse de Bagdad" et les hasards de la naissance et aussi sur l'adolescence dans "le poison de l'amour": une fable moderne sur les surprises de l'amour. L'auteur d'"Oscar et la dame rose" ou de "Monsieur Ibrahim ou les fleurs du Coran" , traduit dans 50 langues, a offert au public présent presque deux heures d'enchantement depuis sa peur permanente de l'avion dont il venait juste de vivre les turbulences entre Paris et Montpellier, jusqu'à la découverte de la survie et du mysticisme dans sa nuit du désert près de Tamanrasset échappé d'une méharée avec géologues et astronomes qui aurait du être cauchemardesque et qui l'a transformé pour toujours...

Dans ces méandres d'une pensée subtile qui interroge, on retient des phrases et une voix quand l'auteur lit, lui même une page troublante sur Alzheimer judicieusement choisie par Philippe Lapousterle.Très à l'écoute de ses lecteurs et "fans" âgés venus nombreux bravant l'alerte rouge sur le département, Eric Emmanuel Schmitt a dédicacé longuement et échangé avec ces derniers dans le Grand Hall de l'Opéra Comédie. On cherchera en vain les Ibrahim et Mohamed, Fatima et les Ulysses de Bagdad dans cette assemblée vieillissante et parfois assoupie quand Eric disserte sur athéisme et agnosticisme, mais on a l'habitude à Rabelais ou au Corum, dans cette ville où on essaie en vain de mélanger les communautés.La dernière carte de la mairie: les Maisons des Associations et les musiques du monde....!

Mais déjà le débat suivant se prépare avec Pascal Perrineau, Guillaume Roquette et Jean François Kahn:"Les vérités politiques sont-elles bonnes à dire ?". Quelques étudiants de l'ESC ont squatté le premier rang.

Le Grand Débat à Montpellier
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17 octobre 2014 5 17 /10 /octobre /2014 20:49
Van der KEMP
Van der KEMP
Le temps des cétoines dorées

Extrait du livre de Franck FERRAND sur Gérald Van der KEMP ,un gentilhomme à Versailles.

Van der Kemp. Le nom sonne haut et clair, mais avec cet accent du Nord qui le nimbe de brumes. En vérité, Gérald a bel et bien des origines néerlandaises ; seulement, depuis des générations, ses ancêtres ont fait un grand, un long détour par l'Amérique. A la fin du xvur siècle, le R.P. Francis Adrian Van der Kemp, par trop libre-penseur, devait quitter en effet les ciels fri­leux de Hollande pour des horizons plus accueillants, et fixer son foyer à Barneveldt, sur la côte est des États-Unis. La famille ne manqua pas de prospérer, notam­ment du côté de Philadelphie, au point que l'arrière-petit-fils du pasteur, un dénommé Cornelius, bien que médecin, n'ait pas eu besoin d'exercer son an... Ce docteur Van der Kemp était de nature bohème ; il pré­tendit faire, avec sa femme, un pèlerinage aux sources. Tous deux ne devaient passer en Europe que quelques semaines, mais le voyage s'est prolongé. Les Van der Kemp, séduits par Paris, éblouis peut-être par les lumières alors incomparables de la ville, n'ont plus souhaité s'en éloigner. Finalement, le bon docteur a fait l'acquisition d'une maison à Neuilly et s'y est ins­tallé. Ainsi la famille a-t-elle fait souche en terre fran­çaise ; ainsi Gérald naîtra-t-il français en dépit de son nom batave et de son ascendance américaine.
Comme aurait dit M' René Floriot : « Y a qu'un malheur » Et c'est qu'a sa naissance, le 5 mai 1912, le petit Gérald ne s'appelle pas encore Van der Kemp. Ce patronyme exotique est en fait celui de sa mère, Yvonne. Le père, lui, se nomme Auffret, ce qui nous ramène en terroir gaulois. Comment, pour l'état civil, Gérald Auffret deviendra-t-il Gérald Van der Kemp ? Par la grâce d'une adoption, tout bonnement. Sa grand-tante maternelle, Elizabeth Van der Kemp, est une dame riche et âgée lorsqu'en 1922, pour que se perpétue le nom, elle obtient l'adoption à l'amiable non seulement de l'ainé des Auffret, mais aussi de sa petite sœur, Yolande, et de son petit frère, Reynald. • Je suis Van der Kemp deux fois, disait Gérald, par ma mère et par ma grand-tante. • Au-delà de la boutade, il faut imaginer l'impact d'un tel virement d'identité sur le psychisme d'un garçon de dix ans, au reste bousculé par le sort.
Car il faut savoir que Gérald avait déjà six ans quand il a fait la connaissance de son père. Cet officier de marine marchande, éloigné des siens par la guerre qui commençait lorsque l'enfant sortait des langes, s'en était allé commander le fort de Kerqueville, près de Cherbourg. A son retour, l'irruption dans le foyer d'un homme sec et même cassant n'a pu qu'être mal vécu par cet enfant sensible, et d'autant moins porté
Assez prosaïquement, le futur gentilhomme versaillais est né à Charenton-le-Pont, dans le Val-de-Marne. Ses parents, alors de séjour en région pari­sienne, s'étaient laissé surprendre par l'événement et avaient dû louer pour la journée un appartement où Yvonne pût accoucher. Aussi le nom de Charenton, quoique fortuit, figurera-t-il désormais sur les livrets, passeport et autres documents officiels de Van der Kemp... Pour autant, le véritable domicile de la famille Auffret siège alors aux rives paresseuses de la Loire, pas très loin de l'estuaire, à Saint-Julien-de-Concelles aux portes de Nantes. C'est une sorte de folie du xvur siècle, aménagée en petit manoir après la Révolution. Ce minuscule château s'appelle La Meslerieun nom qui, toute sa vie, restera cher au cœur de Gérald. A lui seul, il résume l'atmosphère d'une enfance chic et désargentée à la fois, stricte et charmante, propice au rêve mais non dénuée de difficultés... Au rez-de-chaussée, un salon de belle taille ouvre au-devant sur la grille d'entrée, à l'arrière en rotonde sur le parc. Un bureau, une cuisine, et puis quatre chambres et deux salles de bains en occupent l'espace compté, avec un grenier mystérieux et une belle cave en voûte d'arêtes.
Le bonheur de la Meslerie, surtout pour un enfant, ce sont les jardins profus qui la sertissent. C'est là, évidemment, que le petit garçon va contracter son amour de la nature, des plantes et des fleurs. «A la belle saison, je passais beaucoup de temps couché sur le ventre à l'abri des buis taillés, pour contempler les cétoines dorées qu'attiraient les roses, racontait-il bien plus tard. Je ne connaissais pas les noms de tous ces insectes, mais je leur portais un vif intérêt. Je me souviens des récoltes incroyables de hannetons que les gens du coin appelaient « parpailloux » par une haine du protestantisme qui, certainement, remontait au temps des guerres de Religion. » Faut-il voir dans le penchant du petit Gérald pour le parc de ses parents une amorce de ce qui le conduira, au soir de sa vie, à ressusciter les jardins de Monet à Giverny ? C'est en tout cas la même passion qui, déjà, est à l'oeuvre. Il écrivait, en juin 1980, dans une lettre à Mrs Paul Mellon : « Plus je vieillis, plus je trouve la nature merveilleuse, miraculeuse aussi bien par temps de pluie qu'avec un beau soleil. Les fleurs et les plantes, il me semble, me rattachent à une éternité de la beauté et me font oublier l'époque implacable que nous vivons. »
Cette nature aimable, dans la douceur des bords de Loire, offre un cadre idyllique aux jeux, aux ris, aux larmes d'une enfance qui n'est pas sans évoquer, trois générations après, l'univers des romans de la comtesse de Ségur. Les amis nécessaires sont les gamins du voisinage, et Gérald ne les oubliera jamais. Ainsi découvre-ton, dans la correspondance privée de l'année 1978, copie d'une lettre troublante adressée à une certaine Marie, de Saint-Julien-de-Concelles, et qui commence par ces phrases : « Pourquoi me vouvoies-tu ? Ce n'est pas parce que soixante ans ont passé que je ne me souviens pas des merveilleux jours passés à tes côtés dans les champs de La Meslerie. Comme tu es gentille de m'écrire et de me donner signe de vie. Je me demandais toujours ce que tu étais devenue.... »La fidélité, on le constatera souvent dans la suite, n'est pas la moindre des qualités de notre homme.
Les enfants Auffret usent d'abord leurs culottes sur les bancs de l'école communale, à trois bons kilomètres du manoir parental. « Nous y allions à pied tous les matins, en sabots. J'ai eu des maîtres merveilleux, qui m'ont appris à aimer la langue française, la grammaire et l'orthographe, la géographie et l'histoire de mon pays. Je n'ai jamais oublié mon instituteur, M. Breton­nière. « Quel respect dans sa voix lorsqu'il évoquait son maitre, quelle tendresse, aussi ! » Excellent élève, le fils des châtelains, reçu premier au concours des bourses, décroche son certificat d'études à neuf ans ! De quoi partir la tête haute pour Nantes et le lycée, le vaste monde et ses soucis... Plutôt que d'entrer normalement en sixième, le petit Auffret est poussé par son père directement en cinquième. Funeste erreur, péché de vanité parentale qui se paiera au double prix de l'effort et de la souffrance. • Cela a gâché toutes mes études et j'en ai souffert énormément. »
Heureusement, il y a les beaux-arts. C'est au lycée de Nantes que le jeune garçon reçoit le premier choc artistique de sa vie. Il se trouve que le couloir où les élèves attendent l'ouverture des salles de cours s'orne de la reproduction en couleurs d'une scène pieuse par Benezzo Gozzoli. Dès qu'il le peut, le lycéen s'approche de cette œuvre et la contemple longuement. Il est émerveillé : le visage expressif du saint, les drapés savants, la profondeur du fond le bouleversent. Et que dire de cette composition, de cette palette, de ce modelé — termes qu'il est alors bien loin de connaître ? Il ne saurait décrire encore les émotions qui l'assaillent à la simple idée de cette œuvre, mais le terme de choc n'est pas excessif pour les résumer. Cette reproduction d'une peinture ancienne lui ouvre la voie vers des réalités inconnues de lui jusqu'alors, et négligées par ses parents. «J'en avais la chair de poule, disait-il. C'était une source de délectation absolue. Dès neuf ou dix ans, je me suis intéressé â la vie des peintres, et j'ai même écrit une Petite Histoire de l'Art italien aux xvi' et xvii siècles, naïf opuscule que j'ai malheureusement perdu. »
Informés par de bonnes âmes de l'inclination prononcée de leur fils pour l'art pictural, les parents de Gérald acceptent de l'inscrire dans une école du dimanche, afin qu'il y reçoive les rudiments du dessin et de la peinture. L'enfant exulte ; mais ses heureuses dispositions ne rencontrent pas, dans ces cours de troisième ordre, le savoir et l'intelligence qui seuls pourraient en tirer le meilleur. Dès lors, c'est au professeur de dessin du lycée qu'il appartiendra d'affiner les dons artistiques du plus doué des élèves. La mode, en ce temps-là, est à l'Art déco ; et Gérald apprend le secret mineur des frises stylisées et du graphisme 1925... Seulement, lui, c'est le portrait qui l'attire, loin des écoles du moment et des courants en vogue.
Les professeurs de dessin vont se succéder au rythme des changements de lycée. Autant dire au gré des affectations professionnelles de son père, car il lui faut suivre sa famille d'un grand port maritime à l'autre : c'est Brest pendant deux ans, puis Toulon... Le climat du Midi enchante cet artiste en herbe, et la lumière inondant le Mas des Oliviers, au cap Brun, stimule son inspiration. Ce sont pour lui des années bien douces — les années de répit d'un adolescent inquiet, et qui correspondent aux classes de seconde, de première et de Philosophie, selon la terminologie de l'époque. Aix-en-Provence l'accueille pour le baccalauréat, puis il suit encore sa famille dans ses déplacements, hors de métropole cette fois : son père vient d'être nommé directeur de la Navigation du Soudan, et s'en va prendre son poste sur le Niger.
Gérald Auffret, à présent devenu Gérald Van der Kemp, a dix-sept ans lorsque la crise boursière de 1929 atteint de plein fouet sa famille, déjà fragile financièrement. Du jour au lendemain, ses parents se retrouvent dans une situation si critique qu'ils en sont réduits à se séparer du manoir de famille ; on abandonnera donc La Meslerie, petit paradis en pays nantais... Pour toute la maisonnée, c'est un déchirement. Mais pour le fils aîné, c'est pire que cela : une véritable tragédie. Voir ainsi s'évanouir le cadre élégiaque de ses amours enfantines attaque en profondeur sa nature sensible.
« Des années plus tard, les nouveaux propriétaires m'ont invité. Mais je n'ai jamais voulu y retourner. J'avais eu trop de chagrin. »
C'est dans ces circonstances pénibles que le jeune homme va faire montre pour la première fois de sa singulière force de caractère. Dans les bonheurs, parfois contrastés, de son enfance, il a su puiser une énergie capable d'affronter l'adversité et d'en venir à bout. L'épreuve est pourtant sévère. " À cette époque, disait-il, la misère soudaine, dans les classes aisées, était définitive. Si j'étais resté riche, je serais certainement devenu peintre. Mais il m'a fallu gagner ma vie, en tout cas libérer mes parents de la charge que je représentais. Je suis donc "monté" à Paris. Là, sans amis, sans relations — lorsqu'on est très pauvre, on n'a pas de relations et si l'on en a, on les évite —, j'ai fait un peu de tout. Caricatures dans les journaux, décors de cinéma, quelques vagues portraits... En même temps, très vaguement, je préparais les Beaux-arts. Cela dura deux ans. Puis, soudain écœuré par la médiocrité de ma vie, j'ai devancé l'appel et me suis fait affecter au 4' régiment de la Légion étrangère'".

Franck FERRAND (2001)

2. José-Luis de Vilallonga, op. cit., p. 218.
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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 23:43
Carrefour des associations en bord de Lez
Carrefour des associations en bord de Lez

La voilà donc la vraie rentrée montpeliéraine ! Sa fameuse journée des 2000 associations à Antigone et son exubérance des retrouvailles. Cela peut commencer par une visite de l'Hôtel Frêche en bord du Lez qui permet d'avoir une vue panoramique du quartier et des stands qui ont envahi les berges. Certes le climat de l'accueil est encore empreint de la sérénité et du recueillement après la perte récente du Président Christian Bourquin (PS).

Si le bilan est affiché comme positif par les adjoints préposés à la visite, on regrettera le manque de réponse aux questions des administrés: on élude, on biaise, on préfère évoquer le passé glorieux de cette Région quand deux visionnaires Frêche et Boffil dépensaient sans compter .Du faste il reste les produits "Sud de France" offerts aux visiteurs des huitres aux raisins doux et produits du terroir arrosés de vins de la région.

On s'approchera ensuite, au pied de la Tour, du stand de l'Association Georges Frêche où les témoins du règne se congratulent et prennent la pose. Le message est peu clair et peu à l'écoute des visiteurs. Quel est exactement le sens des propos délivrés par ces porteurs de flambeau refermés sur eux mêmes ?

Après ces deux hommages rendus aux disparus, on traverse les stands bruyants et démonstratifs des sportifs en tous genre pour approcher des stands où "l'écoute de l'autre" (je veux parler du badaud anonyme et captif) n'est pas la priorité et l'entre soi et la suffisance servent bien souvent de repoussoir au client potentiel. Ainsi de ce prétentieux "Laboratoire des Idées de Montpellier 2020" qui rassemblent les 300 exclus des dernières élections et déçus en tout genre derrière un manifeste "Sursaut" mais quand on lit le chapitre Culture on est édifié par le manque de vision , d'audace et la faiblesse des propositions.

On trouvera plus de répondant auprès des multiples chorales et ensembles (même s'ils étaient absent de la réunion FEVIS à Berlin): chacun recrutant ses ténors ou ses basses pour les prochains concerts. Rude concurrence là aussi mais de l'enthousiasme, certains donnant de la voix sur l'estrade de la Place Paul Besc devant le Polygone.

Les associations interculturelles font surtout du culturel, du folklore,de la gastronomie, et du linguistique et bien sûr du politique car le discours idéologique est très fort à Cuba, Algérie, Palestine plus culturel chez les Arméniens, les Italiens et Allemands,purement touristique chez les Espagnols.

De toutes ces tentatives d'échanges, on retiendra un manque d'ouverture à l'autre malgré les discours affichés de la nouvelle municipalité ( très appuyée par Valls et Dame Najat ) qui a fait du "Vivre ensemble" son slogan. Mais derrière cette vaste foire au bénévolat ou aux subventions, on reste sur sa faim.(le décompte public des mannes déversées est assez symptomatique même si le nouvel Adjoint à la Culture a affirmé dans une interview à la Gazette y remettre bon ordre...)

Il faudra sans doute engager le dialogue dans une activité physique, manuelle ou culturelle pour voir si les égos et les individualismes peuvent réellement être dépassés.

Montpellier sous un soleil radieux a une fois encore montré qu'elle savait, entre les Estivales avinées des vendredis d'été, le FISE du printemps ou les ZAT décentralisées, faire la fête en toute occasion et se complaire dans des moments de convivialité, qui la dispense de regarder ailleurs et de se comparer aux autres même si la rengaine du "dialogue méditerranéen" préside aux prochaines manifestations du Cinemed, du Festival de la Guitare et de tant d'autres.

Association Georges Frêche en pleine auitoconcertation

Association Georges Frêche en pleine auitoconcertation

Un laboratoire d'idées: www.montpellier-2020.com

Un laboratoire d'idées: www.montpellier-2020.com

Journée des Associations à Antigone http://assos.montpellier.fr/2901-antigone-des-associations.htm

Journée des Associations à Antigone http://assos.montpellier.fr/2901-antigone-des-associations.htm

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16 août 2014 6 16 /08 /août /2014 21:46
ICulture Orchestra de Pologne
ICulture Orchestra de Pologne

Ce lundi tout le monde commente à la terrasse de Susana et Guy, l'époustouflante performance de Gordon Goodwin et de sa bande de joyeux drillles californiens au meilleur de leur forme de Bach à Mancini en passant par des arrangements décapants et efficaces du même Goodwin,plusieurs fois Grammy Awards. On aime les benjamins et on se prépare pour aller applaudir le petit Rémi Geniet dans Bach à Silvacane .Et c'est vrai qu'il étonne derrière sa timidité et son air détaché presque indifférent à ce qui lui arrive au point d'oublier les questions de Stéphane Grant au micro de France Musique. Quand on l'interroge, il se souvient quand même de ses professeurs Rena Shereshevskaya et Brigitte Engerer à qui il doit tant...
A la table voisine,il y a ces ch'tis et leurs lots d'anecdotes sur la Roque à partager, ce ne sont pas les mêmes que celles des mayennais venus pour la première fois avec le petit fils pianiste amateur a Mayenne."On avait entendu parler d'un festival de piano en Provence et comme on allait faire du canoë dans le Verdon,on a posé le camping car."
Plus loin, les ingénieurs du son et producteurs de France Musique achèvent leur pause repas,il y a là Stéphane Grant , Philippe Petit.et bien sûr Marie Cécile Mazzoni
Bientôt 16h et il ne faudrait manquer sous aucun prétexte les master-class animées par les incontournables et presque inamovibles: Claire Desert, Emmanuel Strosser et Roland Pidoux,d'autant que se produit la jeune violoniste Raphaëlle Moreau, cadette d'Edgar, que l'on se souvient avoir vu faire ses débuts ici même a l'âge de 16 ans bien avant sa Victoire de la Musique qui lui porta chance !
Une jeune pianiste d'origine albanaise Fiona Mato me confiait qu'elle devait payer 1000 € de tribut pour pouvoir jouer a Tirana. Elle préfèrera les lois du marché européen d'Athènes et de Paris...aux diktats de tourneurs peu scrupuleux.
Déjà on attend sur la grande scène la rencontre de l'orchestre ICulture Orchestra pour une balance et répétition avec la pianiste germano-japonaise Alice Sara Ott.On aura noté les talons Louboutin de la 1ère violoniste du plus bel effet et en accord avec la robe fourreau rouge vif qui a fait la plus belle impression: son 1er concerto de Liszt restera bien en deçà après l'interprétation de Nicholas Angelich, plus fougueuse et inspirée soutenue par l'impétueux Orchestre symphonique Tchaïkovsky de Moscou sous la baguette du letton Andris Pöga (qui remplacera à la rentrée le regretté Lorin Maazel à Munich) .

Le chef Kirill Karabits dirige le jeune ICulture Orchestra, ne ménageant pas ses efforts mais concentre sa direction vers sa partie gauche: violons altos et bois délaissant ses cordes contrebasses et violoncelles.Décalage entre l'orchestre et la soliste dans Liszt, chacun jouant sa partie.
On a aussi pu entendre des avis partagés sur la valeur de ce Concerto n1 de Liszt par les ingénieurs de France Musique. "Inintéressant par rapport a Schumann ou Brahms" selon Philippe Petit ou " passionnant et inventif " selon Xavier.

Pardon pour la belle Alice mais sa Romance Opus2 de Robert Schumann en bis était éblouissante.

Oui, René Martin peut être fier de sa programmation toujours subtile et audacieuse qui conquiert un public renouvelé qui en redemande.Car aligner sur la grande scène le Sinfonia Varsovia de Pologne avec le Big Phat Band de Los Angeles, et le lendemain aligner sur le même banc: la ministre Aurélie Fillippetti et le maire UMP de Marseille Jean Claude Gaudin pour un récital Anne Quéffelec, c'était un grand écart risqué.

Pari gagné !

Scènes de répétitions sur la grande scène du Château de Florans à la Roque d'Anthéron
Scènes de répétitions sur la grande scène du Château de Florans à la Roque d'Anthéron
Scènes de répétitions sur la grande scène du Château de Florans à la Roque d'Anthéron
Scènes de répétitions sur la grande scène du Château de Florans à la Roque d'Anthéron
Scènes de répétitions sur la grande scène du Château de Florans à la Roque d'Anthéron

Scènes de répétitions sur la grande scène du Château de Florans à la Roque d'Anthéron

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4 août 2014 1 04 /08 /août /2014 18:48
La Roque, encore et toujours....

Arriver à la Roque d'Anthéron un soir d'été est toujours un moment magique: que vous arriviez par Mallemort après avoir quitté Arles passé le grand Rhône et longé les Alpilles.Vous voilà au bord de la Durance et très vite sur le grand parking du Château de Florans réservé aux festivaliers et où je vais poser mon Camping Car, au grand étonnement de ces derniers descendus du Luberon, ou venus de Suisse, d'Allemagne ou d'Italie comme on vient en pèlerinage.Il passent au large de ce baroudeur qui ne doit pas être des leurs et qui les toise en retour. "Ici,on accepte même des touristes" semblent-ils se dire.


Pour avoir le sésame le code d'entrée du château, il faut passer le portail de fer et remonter l'allée de platanes puis choisir le pique nique sur la prairie centrale et là, on sait qui est prévoyant: le plaid au sol, le panier, nullement improvisé avec champagne ou rosé de Provence et verres à pied, parfois la nappe blanche. Puis au premier appel, il faut se diriger vers les bâtiments d'accueil où s'affaire une multitude de gens qui savent depuis 34 ans déjà ce qu'ils ont à faire: orienter les personnes à mobilité réduite sur des petits trains électriques, accueillir la presse française et étrangère, vendre un maximum de coussins, de t Shirts, de livres programmes et aussi les centaines de titres de la maison associée Mirare.

On pénètre alors dans le saint des saints du parc avec ces gradins abrupts et sa coque alvéolaire à l’acoustique sans cesse renouvelée. Les pompiers sont déjà en action, car le public qui accompagne ce festival ne rajeunit pas.
Les bénévoles du CREA peu aimables,(les mêmes qu'à la Folle Journée de Nantes) enregistrent électroniquement les billets, et lâchent un "bon concert". une chance ce soir l'orage a décliné et le concert de la jeune Kremerata Baltika aura bien lieu avec au piano Marc André Hamelin.
Pour les habitués qui se reconnaissent, ils ont déjà assisté à la répétition du matin où les solistes ont choisi leur piano: Bechtein, Steinway & Son's venus de Belgique ou plus rarement le Steingraeber & Söhne sous le regard et l'oreille avisée de Denijs De Winter, 65 ans et de ses collaborateurs.Moment privilégié pour approcher les orchestres et solistes au naturel. On y vient en famille avec les chiens dont la vieille Snoopy du discret propriétaire des lieux, M.Michel Onoratini. On échange sur les nouveaux objectifs, les cadrages, les pixels, l'avantage du pied...

A l’entracte il ne faut manquer sous aucun prétexte le petit cocktail privé bien sûr où l'on croisera Bernard Pivot venu applaudir son ami Renaud Capuçon ou l'agent Jacques Thelen qui veille depuis plus de 20 ans su_r ses poulains qui ont pour nom: Nicholas Angelich, renaud Capuçon, Martha Argerich (Verbier) et Myung Whun Chung,(Orange) et les solistes japonais et espagnols de la veille.Il y a bien sûr le clan Martin avec le petit dernier: Jean René ou Jacques Edouard qui à 2 ans connaît son patronyme et en est fier. On congratule la maman venue d'Aix la voisine et la grand mère mais on renonce à compter tous les membres de cette petite entreprise florissante...La coupe de champagne avalée sur un boudoir, on se dit à ce soir pour le dîner toujours plus privé où se signeront les contrats de l'année prochaine.

On ne s'éternise pas et on ne fraternise pas à la Roque, on est là pour ce qu'on sait pour applaudir les meilleurs ou les nouveaux talents découverts par René Martin. Si les gradins bruissent et sont combles pour Nelson Freire ou Nicholas Angelich, on regrette les nuits historiques avec Brigitte Engerer ou avec Martha Argerich, et plus encore les 15 mn d'applaudissements pour le trop rare Arcadi Volodos qui refuse d'être enregistré et filmé.

Le lendemain matin, un autre petit monde s'agite pour transporter les pianos , balayer le parc, remettre le décor en état pour les concerts "famille" à 10 € seulement et qui débuteront un peu partout à 18h désormais, au coucher du soleil derrière les séquoias géants.

Il y aurait mille anecdotes sur le "off" ou les "offs": telle cette dame octogénaire assidue qui s'obstine avec son Nikon a faire la photo du siècle et y met vraiment beaucoup de soin et de temps sous le sourire amusé des musiciens de l'orchestre.
Les dames du CREA sont en représentation et ont sorti leur robe de mariée assortie à un chapeau princier que l'on ne voit qu'aux courses de Chantilly, il y a aussi la ronde des voitures officielles soigneusement sponsorisées et numérotées: après Mercédes Benz c'est au tour de Peugeot (Maison Berbiguier de Cavaillon) de présenter sa gamme complète des 308 SW, 508. Certains convoyés vers l'Abbaye de Silvacane ou Lourmarin en abusent avec chauffeur bien sûr, d'autres non.On se souviendra de l'arrivée du maestro Nicholas Angelich en plein jetlag, pas rasé à bord d'une Mercedes au pied de la scène pour sa répétition du matin, au grand dam de son agent.
Un mois de projecteurs braqués grâce à une large couverture médias sans oublier France Musique et ARTE: mais qu'en pense-t-on au Café du Midi chez Susana et Guy ? A la terrasse en pleine chaleur, on vient y échanger avec les curistes, et les touristes, mais on connaît peu de choses sur ce qui se passe derrière les murs du château. On préfère les soirées Jazz,"si , il y en a eu" dit Susana. Elle pensait au Concert du 21 juillet avec le pianiste Yaron Herman. mais tous ces noms de Chamayou, Jude, Lugansky,Zacharias, Sokolov ou Freire resteront de grands inconnus pour la majorité des convives de ce jour là, sauf s'ils sont passés sur TF1 ou FR2. On y parle comme partout ailleurs, de soldes, de la chaleur, du prochain voyage au Maroc et des derniers célibataires du village,restants qu'il faut penser à marier.
Je retourne dans le Parc faire des photos à l'heure de la sieste non sans avoir bu de l'eau à cette fontaine toujours délicieuse et glacée "eau non vérifiée" mentionne-t-on car, malgré de nombreuses analyses on n'a pu identifier la source véritable: sans doute les Alpes de Haute Provence, le Ventoux. Elle ruisselle de partout dans le parc et a été soigneusement canalisée pour le centre de cure et remise en forme.Je garde comme chaque année des bouteilles de cette eau de jouvence en souvenir de mon pèlerinage à la Mecque du Piano tout comme celle aussi magique et pure,qui tombe en cascade de la montagne à Amélie les Bains.

Relire mon Billet Choses vues... du Festival de la Roque d'Anthéron 2012

Choses vues La Roque 2014
Choses vues La Roque 2014
Choses vues La Roque 2014
Choses vues La Roque 2014
Choses vues La Roque 2014
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Choses vues La Roque 2014

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 23:14
Le charme romanesque de James SALTER

Le charme romanesque de James SALTER par Frédéric Beigbeder et Eric Neuhoff invités de l'émission Répliques d'Alain Finkielkraut ( samedi 20 juillet 2014)
Il faut être tombé dans une irrémédiable mélancolie pour penser que la chair est triste et pour croire qu'on a lu tous les livres.Le plaisir charnel est une source sans cesse renouvelée d'émerveillement, quant à la lecture qui ne consiste pas à s'informer sur Internet et vous immunise à jamais contre l'ennui.Aussi lettré que vous soyez,la littérature mondiale, comme disait déjà Goethe,est infiniment plus vaste que votre vaste culture et aussi haut que vous mettiez la barre,tant et tant de chefs d’œuvres vous restent à découvrir.

A défaut d'être moi même très cultivé,je suis un lecteur insatiable mais c'est à l'âge canonique de 64 ans que j'ai lu pour la première fois James Salter.et il m'a tout de suite semblé que cet auteur rare méritait plus de lumière.
A l'occasion de la reparution aux Editions de l'Olivier d'"un bonheur parfait" r(2013),et d'"une vie à brûler"
Archiver le passé et éterniser l'éphémère dans une beauté et une exactitude de ses phrases à l'instar d'Isaac Babel (canari rouge) Nabokov, Colette sont pour Salter les stylistes les plus extraordinaires qu'il ait jamais lus et dont il se réclame comme idéal littéraire sensoriel.
"Un bonheur parfait" est un des plus beaux romans du monde, un roman qu'on a lu et relu , dont les pages sont cornées,un volume épais comme un mille feuille qu'on a ouvert des dizaines de fois, et il y a des gens qui ont de la chance de ne pas l'avoir encore lu" écrit Eric Neuhoff.
Dans un bonheur parfait on ne se souvient jamais des mêmes passages que l'on a lus. Exemple le chapitre très long où l'auteur va acheter des chemises à New York. et décrit avec précision l'acheteur et le vendeur avec une grande mélancolie et une tristesse farouche que l'on voit monter petit à petit..
Salter a un style éblouissant et jamais banal, c'est de la vraie poésie du quotidien avec un rythme, une lumière que l'on retrouve chez Simon & Garfunkel... Le titre "un bonheur parfait" est ironique bien sûr, car on n'a pas trouvé de traduction exacte pour "Light Years": années légères,et années lumières. Le projet sur le temps qui passe, est celui d'un couple : Monsieur est architecte,et sa femme dans une belle maison avec saynètes et détails,et progressivement on s'aperçoit que le temps va annuler tout cela. D'abord,sa femme trouve qu'un mec est très beau puis tous les petits signes arrivent les uns après les autres,et la menace pèse sur le couple et en même temps, on se dit que ces gens là on aurait aimé les rencontrer et on aurait envie de les connaître, ils méritent notre affection car ils ont l'air heureux, sympathiques, cultivés.Le portrait de la petite bourgeoisie de banlieue n'a rien de méchant d'ironique comme dans Desesperate House Wife. Il y a les oeufs de pâques pour les petites filles,dans le jardin, les cadeaux à Noël, l'alcool avec les amis: "ils avaient bu tout le vin et les restes des bouteilles avaient l'air des nefs des cathédrales"

Il s'agissait pour Salter de résumer la vie et le sentiment que le mariage dure trop longtemps. "les galets usés de la vie conjugale, tout ce qui est beau, tout ce qui est quelconque, tout ce qui nourrit ou fade les choses" C'est en effet une gageure de faire un roman sur l'usure dès lors que celle-ci n'a pas de courroie extérieure, on est vraiment dans le roman de l'imperfectible... Il y a un lien très fort entre les deux personnages mais qui se délite très vite et on ne sait pas pourquoi, sans doute à cause du temps tout bêtement.Il faut sauver ce qui peut l'être et page après page, on essaye de sauver ce qui était beau et de sauver le bonheur fugace.
"Il n'y a pas de plus grand bonheur que celui-ci,les matins tranquilles, la lumière du fleuve,la perspective d'un week-end,ils menaient une vie riche où toute où s'entremêlaient les événements, où les malheurs, l'échec, la maladie,de l'un d'eux les ébranlaient tous.Une vie belle à l'extérieur, chaude à l'intérieur,comme un vêtement".Magnifique description d'un certain bonheur conjugal qui évite le ridicule la mièvrerie et ce, malgré la menace, le malheur imminent et inéluctable.
Salter a écrit ce livre en pensant à une phrase de Jean Renoir : "L'important dans a vie ce sont les choses dont vous vous souvenez" et ce roman n'est pas sur le bonheur mais sur le souvenir du bonheur c'est le vrai secret proustien de ce livre. L'attention aux objets et aux choses:le couple ne se met pas face à face mais à angle droit."Ils divorcèrent à l'automne, je regrette que cela se soit passé ainsi" (p.253) Le soir du divorce ils écoutent Mendelssohn en buvant de l'ouzo et c'est très Fitzgeraldien comme dans Gatsby de raconter la scène comme s'il s'agissait d'un autre.
"l'été est le midi des familles unies,c'est l'heure silencieuse dont on entend que le cri des oiseaux de mer,les volets sont fermés,les voix murmurent,de temps en temps le tintement d'une fourchette.." On pense un peu à la fragilité et la beauté de saisir le moment comme chez Paul Jean Toulet.
"La vie c'est le temps qu'il fait, les repas,les déjeuners sur une nappe à carreaux bleus sur laquelle quelqu'un a renversé du sel" (Chap.V)
Salter a une grande sensualité et érotisme dans la description des femmes:

"Elle était de ces femmes qui lorsqu'on les aperçoit pour la première fois, transforment l'univers tout entier"

et sur une femme plus âgée :
"Sa femme vivait ses dernières années de jeunesse,elle était comme un bon dîner laissé sur la table, elle était somptueuse mais les invités étaient partis".
Salter n'a pas décidé de modeler le récit, les épisodes sont autonomes; le tailleur new yorkais ne réapparaitra pas, il est unique dans son épisode et ne jouera pas de rôle plus tard: l'amant de la femme, prêteur d'argent...
"Une chemise mal faite c'est comme une jolie fille qui tombe enceinte, ce n'est pas la fin du monde mais c'est ennuyeux".
Le lecteur est libre de combler les vides et les silences laissés par le narrateur qui avait opté au départ pour "Nedra et Viry". On pense à des tableaux de Hopper, Andrew Riot ou Bonnard qui sert de couverture à l'édition américaine.
C'est la femme qui part laissant le mari dévasté par le divorce, elle parle de la stupidité de ce genre de vie, de l'ennui et des disputes."Elle ne s'intéressait plus au mariage, il n'y avait rien d'autre à dire,c'était une prison. le mariage m'est devenu indifférent, j'en ai assez des couples heureux, je ne crois pas à leur bonheur, ces gens se racontent des histoires, Viry et moi sommes amis,de bons amis et je pense que nous le serons toujours,mais le reste le reste est mort, nous le savons tous les deux, ce n'est pas la peine de faire semblant, notre couple est pomponné comme un cadavre mais il est déjà pourri "
"Il y a des choses que j'aime dans le mariage, c'est son côté familier,c'est comme un tatouage, tu en as voulu un tu l'as eu, à présent il est gravé dans ta peau pour toujours, c'est à peine si tu en as encore conscience, je dois être très conformiste".
"Il était soudain coupé de sa propre vie, un espace fatal s'était créé comme celui qui sépare un paquebot du quai,devenu brusquement trop large pour traverser".

Le coeur du héros est brisé irrémédiablement. Ce roman est écrit comme une longue nouvelle concentrée,imagée, recentrée comme chez Babel ou Tchékov.
La maison joue un rôle énorme,cette maison au bord de l'Hudson qui s'abîme petit à petit,on la voit se détériorer, et quand il y retourne, les objets sont toujours là mais, la vie a disparu et c'est déchirant. C'est toujours lui l'homme de la maison .
Il y a des choses extraordinaires sur les enfants, l'amour des enfants: "les enfants sont notre récolte, nos champs, notre terre, ce sont des oiseaux lâchés dans l'obscurité,des erreurs renouvelées,néanmoins, ils sont la seule source d'où nous pouvons tirer une vie plus réussie, plus intelligente que la nôtre.D'une certaine façon ils feront un pas de plus, il percevront le sommet. Les enfants doivent mourir, c'est une idée que nous ne pouvons accepter". Viry est porteur de cette nostalgie du bonheur conjugal mais il sait que c'est derrière lui et que c'est déjà du passé.
Il y aussi dialogues très drôles et des histoires des deux ivrognes dans l'ascenseur qu'il amène de façon très habile.
Autrefois les parents seraient restés ensemble alors que là dans les années 70, ils se séparent, sans même faire l'effort de rester ensemble même s'il y a des enfants, une maison.Philip Roth dans "professeur de désir" a parlé du même sujet mais jamais avec autant de tendresse car il n'y a pas d'enfants et le héros ne vit pas le bonheur conjugal, il part avant d'y accéder.
Viry dit de Nedra: "Elle était devenue sa plus proche parente" c'est le destin terrible de nombreux couples, la triste gemellité.Viry rencontre une maîtresse dans son agence Gaïa mais sa femme Nedra le découvre et tout l'art de Salter est de nous le faire comprendre. Il s'est inspiré de personnages bien réels: ses voisins.
Viry part en Italie et se fait harponner par une femme qui jette son dévolu sur lui , il est alors dépassé par la situation et rentre aux États Unis.La fin est assez bizarre.
"Les femmes tombent amoureuses quand elles commencent à vous connaître, pour les hommes c'est exactement le contraire ,quand ils commencent à vous connaître ils sont prêts à vous quitter." Et pourtant le roman est la preuve inverse.L'amour personne ne saura vraiment ce que c'est.
* "Life is meals" Ephémérides d'une vie conjugale sur une année écrit par Salter et sa femme sur ce qu'il faut mange, boire avec ses amis, comment présenter sa table, faire ses courses,quels fruits offrir, quels alcools boire en toute circonstance..Gourmandise d'un américain raffiné et cultivé qui apprécie la vie française.
*la "Paris Review" réservée aux hédonistes américains qui aiment la bonne chère et la vie à la française.
A la question, "Pourquoi écrivez-vous", voici la réponse de James Salter :
"Parce-que tout ça va disparaître, la seule chose qui restera ce sera la prose et les poèmes, les livres, ce qui est couché sur le papier. L'homme a la chance d'avoir inventé le livre,sans ça le passé disparaîtrait complètement,nous serions laissés sans rien, nous serions nus sur terre."
"Le savoir ne vous protège pas, la vie méprise le savoir,elle le force à faire antichambre,à attendre dehors, la passion, l'énergie et le mensonge, voilà ce que la vie admire,néanmoins on est capable de supporter beaucoup de choses. Si l'humanité entière vous regarde,les martyrs sont là pour le prouver, nous vivons dans l'attention des autres". Quand bien même il s'agit de l'usure, dans un couple on n'est jamais à égalité comme la pierre et le ciseau: l'un doit briser l'autre, l'un d'eux contient le cœur. Est-ce Viry ?

James Salter with his wife Kay Eldredge in 2012-  Ebauche de titres pour Light Years - Tableau de Bonnard : Breakfast room
James Salter with his wife Kay Eldredge in 2012-  Ebauche de titres pour Light Years - Tableau de Bonnard : Breakfast room
James Salter with his wife Kay Eldredge in 2012-  Ebauche de titres pour Light Years - Tableau de Bonnard : Breakfast room

James Salter with his wife Kay Eldredge in 2012- Ebauche de titres pour Light Years - Tableau de Bonnard : Breakfast room

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