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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 19:39

Professeur à l'Institutd'étudespolitiquesde Paris, député au Parlement européen de Strasbourg pendant quatre législatures énarque a toujours fait preuve d'esprit critique même quand ses convictions centristes l'ont conduit à rejoindre un parti (l'UDF) ou à soutenir un candidat (François Bayrou en 2007). L'essayiste (Droite année zéro. le Diable est-il européen ?) analyse l'offre politique à la veille des élections municipales et à trois mois des européennes.

Jean-Louis Bourlanges, a fait partie du comité de réflexion sur la réforme des institutions créé en 2007 par Nicolas Sarkozy. Chroniqueur de l'émission de Philippe Meyer, Esprit public, sur France Culture.

Face à ce monde qui change, que pensez-vous des réactions, voire des capacités d'adaptation des socialistes, pour commencer, puisque ce sont eux qui sont aujourd'hui au pouvoir ?

- La vérité, c'est qu'ils réagissent fort mal. A aucun niveau, présidence, gouverne­ment, majorité parlementaire, parti, vous ne sentez un véritable effort pour proposer une offre cohérente, précise et partagée par leurs différentes écoles de pensée, si tant est que l'on puisse parler de pensée dans ces guerres de courants et ces affrontements de crocodiles.

François Hollande n'est-il pas le premier responsable, étant celui qui aurait dû

montrer le chemin, définir un cap, impulser une politique?

- Le magistère de François Hollande souffre de trois défauts principaux. D'abord, il n'est pas fédérateur: personne à gauche ne semble se reconnaître pleinement dans la triple rupture socio-libérale, néo familiale et proaméricaine portée par le président depuis deux mois. Ensuite, le chef de l'Etat délivre des messages, l'« attractivité», après la « responsabilité », mais nous n'avons ni mesure concrète, ni calendrier précis de mise en oeuvre. C'est un jeu de bonneteau : on sait qu'il y a une nouvelle politique économique, mais on ne sait ni de quoi elle est faite, ni ce qu’elle se cache, ni quand elle montrera le bout du museau. Enfin, cet aggiornamento est ambigu, car il se présente comme une proposition de Jean-Louis Bourlanges Pour débloquer le jeu politique, il plaide pour l'institution du scrutin proportionnel. Mais sans illusion puisque, pour le PS, cela équivaudrait à perdre tout contrôle sur les Verts / pacte, alors qu'en réalité, c'est au gouvernement et à lui seul qu'il appartient de déterminer le bon réglage du marché du travail et des prélèvements sociaux et fiscaux. Le président semble dire aux patrons: « Je ne mènerais une politique rai­sonnable que si vous êtes gentils. » Pour se convaincre de l'absurdité de la formule, il suffit de l'inverser: « Si vous n'êtes pas gentils, je mènerais une politique déraisonnable. » Tout se passe comme si Hollande avait peur de sa propre politique, comme la sentait à la fois inévitable et sulfureuse. Les mots ont été lâchés, mais la main tremble.

Et sans rien faire, il aura finalement réussi à se fâcher avec tout le monde?

- Sa majorité parlementaire ressemble de plus en plus au célèbre couteau sans lame auquel il manque le manche. Ses anciens amis le rejettent et il n'a pas de nouveaux amis. Il faudrait, pour qu'il retrouve une assise politique solide, modifier le mode de scrutin en instituant la proportionnelle, ce qui permettrait au centre d'exister indépendamment de l'UMP. Mais il n'en est pas question, car la proportionnelle introduirait au Palais-Bourbon des dizaines d'élus Front national, réduirait à la portion congrue le groupe parlementaire socialiste, et libérerait les Verts de tout contrôle.

Comment sortir, alors, de cette impasse ?

- Gageons qu'après un petit tour en direction du patronat, François Hollande invoquera la mauvaise volonté de celui-ci pour, le moment venu, se recaler à gauche. Le drame c'est que ces jeux n'amusent personne et convainquent moins encore.

Le tableau que vous dressez est bien noir. Avoue écouter, il n'y a pas d'issue.

Or, il nous faudra bien un gagnant…

- L’avenir politique du pays est conditionné par deux incertitudes: l'ampleur des succès du Front national et le choix du candidat de l'opposition dite républicaine. François Hollande ne peut être réélu, me semble-t-il, que s'il est confronté au candidat du Front National au second tour de l'élection présidentielle. Cette hypothèse est peu probable, mais elle n'est pas absurde dans la mesure où les voix de la droite et du centre pourraient se diviser au premier tour. En tout cas, chaque suffrage apporté au candidat du FN est une bonne nouvelle pour le président sortant. Dans l'hypothèse d'un second tour opposant François Hollande à un candidat de la droite classique, il y a évidemment fort peu de chance que le président sortant réédite sa performance de 2012. Mais qui l'emportera à droite? Les gens de ma sensibilité et de ma génération verraient volontiers Alain Juppé s'installer à l'Élysée. Mais je crains, hélas, que l'humeur du pays ne soit assez étrangère à son approche rationaliste et pro-européenne de la politique. Quant aux autres candidats potentiels, aucun ne me paraît en ton- sure de disputer la palme à Nicolas Sarkozy. Je pense que si celui-ci décide d'y aller, œ qui manifestement le démange, l'UMP ne sera même pas capable de lui imposer des primaires.

Peut-être apparaîtra-t-il un jour que l'avenir du pays était tracé dès la soirée de l'élection de François Hollande, soi- rée paradoxale qui a vu le battu prononcer son meilleur discours de président et le vainqueur entamer en Corrèze sa longue série de discours de chef-lieu de canton. •(Extrait: Spectacle du monde Mars 2014)

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 23:00

La composante ethnique et religieuse des nations relève à la fois de l'évidence la plus communément admise et du déni le plus solidement établi en France et en Europe.

Les États-Unis la reconnaissent, y compris dans leurs statistiques de population, mais les difficultés, parfois comiques, que rencontre l'administration pour donner un sens au mot « hispanique » dans ses recensements illustrent l'impossibilité de réduire la définition d'une communauté, d'un peuple ou d'une nation à sa composante ethnique ; une part des Américains hispaniques se reconnaît dans les cinq races officiellement recensées (Blanc, Noir, Asiatique, Indien d'Amérique, Océanien), une part se dit « autre » au point que la catégorie « autre » apparaît comme le troisième groupe ethnique nord-américain ! Au point aussi que le Bureau du recensement américain est confronté à ce phénomène : l'apparition d'une nouvelle « race », une apparition qui s'explique par la dynamique démographique et identitaire de communautés hispaniques dont les membres se donnent une identité de plus en plus consistante sur la base de leurs origines, réelles ou supposées ! Les mêmes États-Unis s'inquiètent de plus en plus ouvertement d'une évolution qui les sépare de ce que maints auteurs nomment l'« Eurabie »(9) .

Et la majeure partie de l'Asie (Thaïlande, Birmanie, Philippines, etc.) et de l'Afrique (à commencer par le Sahel, où le terrorisme ne doit pas cacher le malheur touareg) est habitée, et parfois déchirée, par ses effets politiques.

L'Union européenne, la Grande-Bretagne et la France en particulier prétendent l'ignorer, se bercent d'un âge post-national qui n'existe que pour ceux qui en parlent, et consacrent des moyens juridiques et politiques exorbitants pour traiter le problème en le niant. Ce faisant, elles choisissent de se rendre aveugles à cette réalité : partout dans le monde, le fait ethnique est en progrès.

C'est l'effet des luttes anticoloniales et des libérations nationales ; de l'Inde à l'Afrique et de l'Asie du Sud-Est au Maghreb, les indépendances ont été terribles pour ceux qui avaient rallié un projet politique étranger, qu'il s'agisse des harkis algériens, des montagnards des hauts plateaux vietnamiens, ou des alliés des Cubains ou des Soviétiques en Angola et au Mozambique ! C'est, en Europe, ailleurs en Occident, l'effet retour de la destruction des nations. Les mondialistes ont semé l'ivraie de la désintégration des nations, les institutions européennes se sont vouées à l'avènement de l'ère post-nationale, ils récoltent les fruits amers du retour aux origines prépolitiques des sociétés humaines. Quand la nation se défait dans la confusion des identités, la race et la religion redeviennent ce qu'elles avaient cessé d'être : les premiers moyens de l'identité individuelle et les déterminants directs de l'établissement politique. Que disent d'autres ces familles d'origine africaine et de nationalité française quand elles vont chez « les Blancs » — c'est-à-dire qu'elles franchissent le périphérique ? Au sein de la grande France, le drapeau français avait uni ceux que tout séparait ; l'idéologie post-nationale détruit le lien national sans y substituer rien, rien qui fasse battre le coeur et qui fasse de l'un avec du divers. L'Europe qui se veut ange post-mondialiste sera-t-elle épargnée par ce qu'elle a semé ? Les États-Unis eux-mêmes, qui ont développé le patriotisme à un point religieux, seront-ils à l'abri de la question ethnique comme identité, comme vouloir vivre et comme entre-soi —ou comme ferment de violence, facteur de fermeture et de repli ?

Après tant de combats pour la laïcité, après tant de luttes pour l'égalité des droits et la liberté des consciences, faudrait-il dresser un constat d'échec ? Ou faut-il plutôt constater que le cadre de la laïcité, de l'égalité et de la liberté est radicalement transformé par les télécommunications, les transports et tout ce que recouvre le terme de « mondialisation » ? La mondialisation à la fois généralise la forme de l'État-nation, mais ruine son contenu identitaire. Elle est directement à l'origine du retour imprévu du fait ethnique et religieux, un fait ethnique et religieux qui est contre l'État, puisque l'État est l'autre nom du mondialisme imposé de l'extérieur. Les mouvements d'indépendance nationale, contre les empires, contre les colons, contre les envahisseurs, ont posé la frontière comme liberté et sécurité à l'intérieur, et comme paix à l'extérieur, entre des nations abandonnant toute revendication territoriale, bien dans leurs frontières et bien avec leurs voisins, et se donnant les unes aux autres quitus pour assurer l'ordre chez elles. Quelle confiance, quelle sûreté de soi, quel confort, que le tempérament national et la fierté nationale ! Quelle ignorance, ou quel mépris, affiche le sans­frontiérisme » envers ces millions d'hommes et de femmes pour qui la frontière, leur frontière, trace le domaine de leur liberté ! Nous avons été de ceux-là, dans les années 1940, quand la ligne de démarcation était une insulte aux frontières de la France... Et ceux que les soldats allemands appelaient « terroristes », ceux qui avaient résisté, à Guémené, au maquis de Saffré, comme ailleurs, et qui en étaient revenus, parlaient de la France, de la République, pas de l'humanité !

Le mouvement de recomposition politique qui s'engage n'est pas achevé, à peine est-il visible, à peine s'affirme sa direction ; qu'il s'appelle régionalisation, nationalisation, il ouvre un débat indécis ; ces frontières seront-elles celles des ensembles régionaux dont les années 1990 ont annoncé à sons de trompe la création, du Mercosur à l'Alena et de l'Asean à la CEI, sans parler de l'Union européenne, ou bien celles des États-nations qui font preuve d'une autre résilience, d'une autre robustesse, et qui ont été les seuls à tenir face aux tempêtes de la crise américaine de 2007-2008, quand aucune institution internationale, aucune union régionale ne peut afficher quoi que ce soit dont elle pourrait être fière ! Ce n'est pas la fin annoncée de l'État-nation, c'est leur multiplication qu'il faut constater, tant sont nombreux à avoir obtenu, ou bien à demander, un siège à l'ONU en gage de leur reconnaissance par ce qu'il est convenu d'appeler la communauté internationale : cinquante et un États membres à la création de l'ONU en 1945 ; cent quatre-vingt-treize États membres en 2013, et treize entités politiques demandant leur reconnaissance à cette date ! Le fait est là : le monde n'a jamais compté autant d'États-nations, et jamais autant n'ont attendu à la porte de la reconnaissance internationale. De Timor au Sud-Soudan, avant-hier ou hier, des confettis de l'ex-Yougoslavie aux marches de l'Empire soviétique jadis, de la Palestine au Kurdistan demain, voire de l'État Kachin à la nation naga, clé des fulgurances de l'Est asiatique, ou de la République touareg tamazight à la nation chrétienne du Niger etc....

Extrait du livre d'Hervé JUVIN "la grande séparation" (le Débat - Gallimard - 2013)

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 18:00
LA FIN DU VOYAGE ET DES VOYAGEURS ?

LA FIN DU VOYAGE ET DES VOYAGEURS ?

Le discours de la « société ouverte » inspire le banal et monstrueux slogan : « le monde est à nous ». Décliné en cinq langues sur tous les murs de Venise, lors de l'America's Cup, en mai 2012, il prenait l'allure d'une déclaration de guerre. Quelle surprise ou quelle déception attendent sur les routes du monde celles et ceux qui croient vraiment que le monde leur appartient, que le monde s'ouvre devant eux, leurs bons sentiments, leur bonne volonté, et les intérêts qui les emploient ! Quels dégâts commettent ceux qui croient que le monde est à eux, qu'il se plie à leur intérêt, à leur fantaisie ou à leur caprice ! Ceux qui se lèvent chaque matin en voulant changer le monde feraient mieux de se recoucher — mais qui leur enseignera que la prudence, la retenue, la modestie sont les vertus des survivants ?

Il faut être à Manhattan ou à Venise, dans les bureaux de l'ONU ou de la Commission de Bruxelles, nanti d'un passeport diplomatique, ou bien dans les rédactions de journaux français, il faut servir des intérêts bien puissants et bien rémunérateurs pour affirmer que le monde est plat, que l'humanité est une grande famille et que les hommes se rapprochent ! Chaque passage aux scanners et aux fouilles des aéroports, chaque demande de visa dément l'affirmation naïve. Ils disent que le monde n'est pas ouvert, et que là où il s'ouvre, d'autres frontières, d'autres reliefs se mettent en place, qui recréent de l'écart, de l'éloignement et des limites. Ils rappellent que le mouvement des hommes à travers le monde, ce que nous appelons mondialisation, ce qui explique que des têtes gandhara du Takla-Makan portent des turbans hindous avec des traits chinois, ou que des dieux du nord de l'Inde aient le nez droit des Grecs, est toujours à la fois rapprochement et éloignement, confusion et séparation.

La plus commune aux facilités que les transports de masse donnent aux migrations. En 2012, en Chine, le mot d'ordre était : « secouer l'arbre pour que tombent les fruits pourris * — entendez : ces étrangers qui cherchent en Chine un mode de vie qu'ils ne trouvent pas chez eux —, mais les touristes peuvent désormais venir pour trois jours à Pékin sans visa ! La Russie n'est pas loin d'un mouvement analogue —touristes, bienvenue ; migrants, dehors ! —, une Russie où la langue russe chasse l'anglais dans les réunions et les conférences, où l'étranger est classé selon qu'il parle russe ou non. Il se pourrait que le retour de l'étranger comme ennemi et du voyageur comme suspect soit l'une des surprises les plus dérangeantes de ce début de XXIe siècle qui ne ressemble pas à celui qui était annoncé !

J'ai vécu les fêtes de villages africains où j'étais le seul Français de France parmi des amis africains, Français de la grande France comme nous la rêvions encore, sans penser un instant au rapt possible et à l'agression éventuelle. Blanc, le seul, parmi des Noirs. Nous étions ensemble, amis, et tout était dit. En 2015, dans combien de villages, du Niger au Mali, du Cameroun au Tchad et du Burkina à Madagascar, un Français pourra-t-il se fondre dans une fête locale ? Éric se souvient-il de la fête de la bière à Tuléar, de la chaleur torride des groupes qui se succédaient sur scène, sans que jamais les deux seuls Français présents se sentent étrangers, déplacés, ou menacés ? C'était en 2006, nous n'y serions plus aujourd'hui sans doute, et où serions-nous ailleurs dans la même fête, le même rythme et la même pulsion vitale qui unit ceux que tout sépare ? L'Afrique s'ouvre à la croissance, paraît-il, ses villes explosent et les avions se remplissent vers ses capitales, dans le même temps elle devient une mosaïque de partis, de milices et de clans, comme ce Nigeria que les affrontements religieux entre islamistes et chrétiens menacent de partition, comme cette Afrique du Sud dont il ne faut pas dire qu'elle est en décomposition, comme cette Afrique de l'Ouest qui plonge dans la violence et le désordre. Désert nigérian, villages dogons, tribus bamilékés... Le père de Foucauld Lyautey et le docteur Schweitzer... Figures du passé, celles-ci autant que celles-là. Leur avenir ne sera pas plus celui que nous avions imaginé pour elles qu'il n'a été celui qu'elles s'inventaient du temps des Empires africains... Et il se détourne de nous, du Nord, des anciens colons. Quand les sociétés de toute l'Afrique du Nord se réveillent, elles s'interrogent : l'avenir n'est-il pas du côté du Qatar, des Émirats arabes unis ou de la Turquie, l'avenir n'est-il pas dans le Sud profond de l'Afrique (…)

Aujourd’hui nos amis les touristes sont invités « à ne pas quitter les zones touristiques biens connues et très fréquentées, à ne pas sortir des quartiers d'intérêt historique ou touristique, à éviter toute manifestation et tout rassemblement local, à ne pas s'éloigner des grandes routes »... En bref, un touriste est un touriste, et un touriste n'est pas le bienvenu hors des sentiers battus. Ce n'est pas dû aux « indigènes », ni à l'insécurité, mais au système de séparation qui fait qu'un paysage n'est nulle part plus beau que derrière l'écran d'un appareil numérique et qu'un Claude Lévi-Strauss aurait peine aujourd'hui à adresser dans ses conférences un clin d'œil amusé au temps où l'ethnologue recevait de ses hôtes, chaque soir, une ravissante concubine pour partager son lit ! Rien ne serait plus faux que de considérer la séparation qui vient comme le fait de l'insécurité, comme une question que les forces de l'ordre, la bonne gouvernance, le développement peuvent régler ; ils ne sont pas la solution, ils sont le problème ! Il ne s'agit pas de ne pas passer les frontières, il ne faut pas nuire à l'industrie du tourisme. Il s'agit de ne pas pénétrer le pays, de rester à l'extérieur, derrière la vitrine de ce qu'il faut voir, de ce qu'il faut dire, de ce qu'il faut photographier. Le monde doit rester un catalogue de voyage. Et il s'agit de rester dans un monde pour guides touristiques, un monde où il ne se passe rien, où tous les peuples s'aiment, où tous les hommes sont les mêmes, où la diversité fait des clichés réussis et tellement pittoresques : promenade à pied dans la réserve ; rencontre avec les familles du village traditionnel ; rafraîchissement à l'étape ; pour ceux qui le veulent, initiation à l'artisanat local l'après-midi ; danses tribales pendant le dîner-buffet. Où est le monde ?

Plus les Français voyagent, plus ils parcourent le monde, moins ils le comprennent. C'est que le monde ne nous appartient pas. Il nous appartient moins encore qu'au temps de la colonisation, quand le progrès, s'avançant sur les ailes de la technique, devait apporter le salut aux hommes ! Moins qu'aux grands moments de la mondialisation, quand la planète financière était l'avant-poste du progrès et dessinait le contour du village mondial, en temps réel et en virtuel ! « Top à Wall Street » Il disait le pouls du monde. Le scénario n'est pas le bon. Le touriste paiera de plus en plus cher pour aller nulle part — nulle part qui soit ailleurs, nulle part où rencontrer les autres, d'autant plus désirés qu'ils sont détruits aussitôt qu'ils sont vus, d'autant plus éloignés qu'ils se sont faits invisibles, aux marges, aux banlieues, aux confins. Il lui sera de plus en plus coûteux, long, dangereux, et pour tout dire impossible, d'aller ailleurs qui soit vraiment ailleurs, impossible, sinon interdit, de sortir du monde parfait qui se prend pour le seul monde et qui ne se pense plus d'extérieur. Voici longtemps que les derniers voyageurs, que les anthropologues ou ethnologues qui les côtoient maquillent leurs destinations et truquent leurs récits pour ne pas donner d'idées aux voyeurs et aux agences de développement à l'affût de leurs dernières cibles humaines... Hommes peints d'Éthiopie, hommes-fleurs de Malaisie, guerriers papous aux armures de feuilles, statues humaines nubas à jamais figées par Leni Riefenstahl, hommes-araignées dénichant les nids d'hirondelles dans les grottes de Mulu Kalimantan, que demeure de la vérité humaine que vous déteniez ?

Extrait du livre La grande séparation de Hervé Juvin 23 septembre 2013 - Le Débat - Éditions Gallimard.

LA FIN DU VOYAGE ET DES VOYAGEURS ?
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4 février 2014 2 04 /02 /février /2014 13:06
Stendhal,Machiavel,Shopenhauer....

La Chartreuse de Parme (Stendhal Machiavel et Shopenhauer) par Michel Crouzet dans les Chemins de la Connaissance (France Culture du 04/02/2014)
http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4786304
Le propre de l'homme d'état tel que l'incarne le Comte Mosca est de ne jamais être sérieux, c'est la "désinvolture" de l'homme de cour.Il n'est pas moderne parce qu'il n'a pas d'idéologie politique, il est l'homme des circonstances, il est l'homme machiavélien capable de tout,et renard rusé et héroïque, homme d'honneur ou stratège rusé,l'essentiel est de se plier aux circonstances,il ne se donne jamais, il se prête à l'action.Ce qui fait que la Chartreuse est inadaptable au cinéma après la version de Christian Jacque car il faudrait des acteurs extrêmement habiles,pour qu'ils fassent apparaître continuellement leur absence continuelle de sérieux:( Galabru, Rochefort, Yanne...? ) car il y a une ironie fondamentale dans le roman mais surtout dans le domaine politique.
Ce qui limite l'opportunisme de Mosca c'est l'amour et l'honneur mais dans le domaine politique il n'y a pas de limites.Il agit seulement en fonction de la conservation du pouvoir selon les circonstances.L'idée géniale est de créer des situations qui sont des pièges pour ses adversaires à partir desquels on peut agir indirectement.
Mosca n'est pas un homme de répression, il n'agit pas directement, c'est un homme du piège et de la ruse et c'est en cela qu'il est le grand homme politique non moderne.
Pourquoi le comte Mosca est-il antimoderne ?
Parce que la politique est devenue rationnelle, elle est en même temps un phénomène de masse, or en direction des hommes il n'y a pas l'ombre d'une raison possible; Stendhal transpose dans le microcosme archaïque de Parme et à partir des mémoires de cour dont il était un grand lecteur, les problèmes de la vie politique auxquels lui même était en prise.
La passion amoureuse est une condition de l'avènement au bonheur et à soi même et en cela Stendhal est proprement romantique.Le grand chapitre de "De l'amour" constate que l'amour et la passion sont impossibles aux Etats Unis parce que la vie est totalement pénétrée par la rationalité et à ce moment là il n'y a plus de place pour le désir et l'affectivité.La rationalité chasse l'affectivité et c'est tout le problème de la critique de la modernité par les romantiques: le romantique considère que l'essence de l'homme c'est l'affectivité, et l'affection et l'amour,alors que la modernité rationaliste chasse, poursuit,l'amour et l'affectivité.
C'est un peu le problème du philosophe romantique qui a incarné l'affectivité, le problème de Shopenhauer, (qui est un contemporain de Stendhal),qui comprend qu'avec le vouloir vivre qui comprend la sexualité,les passions, que l'homme est fondamentalement désir, mais pour Shopenhauer qui est nihiliste,le désir n'a pas de sens.
Pour Stendhal romantique, le désir au sens large du mot comprend tout: le bonheur, la culture et finalement la compréhension des hommes. Stendhal serait le versant heureux du nihilisme de Shopenhauer qui considère que tout est dans le vouloir vivre qui est le réceptacle du sens.
La fin du roman " To the happy few " ,(imitées du Zadig de Voltaire où le grand ministre est heureux et chante ses louanges et celles de la providence) où l'auteur envoie les personnages à la mort avec leurs passions est assez déconcertante.Stendhal n'écrit pas pour un public de masse mais pour un petit nombre choisi de lecteurs qui soient en résonance avec lui même, alors qu'il a des contemporains qui ont inventé le roman populaire comme Eugène Sue. Mosca est heureux, c'est le bonheur du pouvoir et de l'argent, les autres qui sont des personnages passionnés, on été emportés à leur manière.l'ironie consacre les uns sans détruire l'autre.
"Les prisons de Parme étaient vides, le comte immensément riche, Ernest V adoré de ses sujets qui comparait son gouvernement à celui des grands ducs de Toscane".

Le despotisme du ministre de la justice Rassi remplit les prisons dont Fabrice alors qu'un régime vraiment intelligent, le régime opportuniste et machiavélien pense qu'il ne faut pas avoir d'ennemis.On ne se crée pas des ennemis,on ne punit pas les ennemis qu'on s'est créés, il faut calmer tous les conflits.(c'est la politique de Taubira ) Et quand le Comte Mosca commet l'erreur de ne pas dicter au Prince la formule:pour séduire un juge, n'aura pas de suite, il le fait pour laisser au Prince une issue pour lui permettre de sortir honorablement de cette bataille avec la San Severina...C'est une erreur car on ne fait pas de cadeaux aux Princes, mais c'est la loi du compromis en politique;
La prison n'est pas le compromis, la vraie politique c'est le compromis habile et intelligent qui évite les relations de force et de violence.Mosca a gagné les prisons sont vides,il a beaucoup d'argent,il est très bien vu comme homme politique,c'est un homme heureux. Les autres ont choisi le bonheur du malheur ( Fabrice et l'amour en prison) ou le malheur du bonheur et ils sont tous morts.

Extrait:

- La Chartreuse de Parme, film français de Christian-Jaque (1948)

Bibliographie complémentaire:

- Le roman stendhalien: La chartreuse de Parme de Michel Crouzet ( Paradigme, 1996)

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 23:24
Conférence de presse de la Folle Journée

Conférence de Presse sur la Folle Journée 2014
Dans le petit Salon du premier étage,dans le Salon Hopper, il est un rendez-vous à ne pas manquer, la traditionnelle Conférence de Presse bilan où d'habitude le Maire Jean Marc Ayrault flanqué de dame Brigitte et de son fidèle lampion Jean Louis Jossic adjoint à la Culture, se félicite du succès de cette manifestation qui a donné une image internationale à sa ville. Cette année, point d'édile qui a honoré de sa présence quelques concerts en salle Fitzgerald pour l'American Spiritual Ensemble d'Everett McCorvey. Juste retour des choses,après les armateurs du commerce triangulaire, voilà que les nantais applaudissent les plus beaux négro spirituals.Mais la sécurité est maximum autour de la Cité des Congrès et les forces de police quadrillent tout le secteur, l'édile est devenu Premier Ministre et gratifiera la Folle Journée d'une visite inopinée avec Brigitte. Pour le quidam comme moi, qui revient dans sa ville de Nantes,il s'interrogera sur le nom du remplaçant de Jean Marc Ayrault et il découvrira dans le programme 2014 en 2è page,la simple signature de "Le maire de Nantes" et n'en saura pas plus.....
Le Bilan de la Folle Journée sera donc dressé face à la presse locale (ceux qui tutoient les officiels...) et quelques représentants de l'Oural (non francophones) du Japon et de San Diego.
On découvre ainsi qu'en Hollandie, dans l'entre soi,on peut tutoyer René, Michelle,Françoise, Jean Louis, Jacques et les autres...
Un communiqué a été distribué qui affiche fièrement les 144 468 billets délivrés pour 272 concerts payants et 34 gratuits, 47 conférences (devenues hélas payantes) et 20 concerts hors les murs à l'Université, dans les maisons de quartier, centre de détention,communes de la métropole.Cette année une nouveauté, une répétition à l’Hôpital Psychiatrique Saint Jacques.
Cette année encore: 1800 artistes qu'il a fallu gérer dans leur quotidien.
La directrice générale Michelle Guillossou a le sourire et commente ce taux de fréquentation record de 97% (2ème meilleure audience après le succès des Journées Chopin 98%)
Le Budget de l'opération s'élève à 4,8 millions d'Euros avec une recette de 2,1 Millions d'Euros soit 44% du Budget.On peut en déduire le montant des subventions publiques et privées dont on aura perçu la part importante dans les nombreux Cocktails offerts aux sponsors et mécènes dont la CCI, Deloitre et BNP.
Pour la 3ème années, le CREA a fait appel à l'Observatoire des Publics qui constate un rajeunissement et une diversification des publics.
Le public de la Folle Journée s'aventure vers des découvertes et prend des risques dans ses actes d'achats comme le Concerto du compositeur minimaliste Philip Glass ou le ballet mécanique sur le film de Fernand Léger oeuvre de bruitistes dadaistes.
René Martin avait déjà constaté que le ton était donné en Région (Vendée, Maine et Loire, Sarthe) et que c'était un bon signal sur le succès de cette 20è édition.
60 000 personnes ont été touchées à travers les conservatoires,établissements scolaires.
Pour les créations mondiales comme celle de Messiaen du Canyon aux Etoiles, les éditions Leduc ont cédé les Droits mais aussi le Big That band de G Goodwin va créer pour l'occasion une oeuvre pour deux orchestres le Varsovia et son Big Band. Le public va découvrir ces oeuvres pour la première fois.
Pour le formidable concert de clôture du dimanche 2 février à 18h30 transmis par ARTE et France Musique, plus de 80 musiciens sur scène sous la baguette de Gordon Goodwin en baskets rouge s'il vous plaît !.

Si René Martin a été subjugué naguère par le Concert de U2 à la Beaujoire et imaginé à cette occasion un concept identique pour la musique classique, il n'imaginait pas qu'il allait surpasser le succès de U2 et réussir ce pari de faire venir 5 fois plus de spectateurs que le groupe mythique ! fait remarquer Jean louis Jossic (ex Tri Yann sur le retour et devenu l'incontournable mais contestable M. Culture de la Métropole )
Ce que tout le monde attend de la bouche de René Martin est le thème de la Folle Journée 2015: ce sera 1685 anniversaire de la naissance de Haendel, de Bach et de Scarlatti, belle occasion pour célébrer à nouveau le Baroque dans tous ses états mais avec des surprises de choix: les Water Music de Haendel, les meilleurs Oratorios, les meilleurs clavecins, les meilleures orgues (Aubertin), les meilleurs chœurs et l'arrivée de la musique électronique comme Scopitone, Murcof le plus grand compositeur mexicain de musiques électroniques qui a promis de travailler autour de Bach pour 2015,comme le faisait le Dr Schweitwer dans son projet Lambarena bach to africa au coeur de la jungle africaine.
A signaler qu il n y a pas de Festival OFF a Nantes donc pas d exclus ! Mais rené Martin confie en OFF qu'il connaît déjà les thèmes pour 2016 et 2017 : qui lui assureront affirme-t-il les 99% de remplissage ! Diable d'homme... On susurre Musiques du Monde et musiques extra européennes, une journaliste souhaite une ouverture vers les terres colonisées, et y va de son couplet du sanglot de l'homme blanc: musiques du Mahgreb ou des Antilles...

René Martin parle aussi des ouvertures vers des Folles Journées en Russie:il a pris des contacts à Moscou, St Petersbourg, Ekaterinenbourg et Kazan ...Il parle aussi des Folles Journées en Chine mais les apparatchiks changent à chaque élection comme à Taïwan et cela complique la donne.

En attendant il faudrait que les associations de commerçants nantais, (s'il en reste) imaginent des Barber Shop rue Crébillon pour animer le quartier comme cela se faisait au café Zimmermann sous Mozart et Bach...où les musiciens chantaient et reprenaient leurs airs à la demande des clients...

Conférence de presse de la Folle Journée
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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 22:38
Choses vues à Nantes.... La Folle Journée 2014


Pour la 20è édition des Folles Journées, cher Festivalier arme toi de ton expérience et sache déjouer les pièges de cette entreprise redoutable.
- Tu chercheras à te garer le plus près de la Cité des Congrès car les parkings nord sud seront complets et les rues avoisinantes cernées de patrouilles de la police municipale sur les dents et en chasse d'imprudents provinciaux ou néoruraux qu'elle compte bien piéger. Tu connais bien sûr les emplacements favorables et connus de rares initiés....
- Ensuite tu te mettras enquête du badge officiel,précieux sésame qui t'ouvre la porte des auditoriums et salles rebaptisés du nom des écrivains nord américains.Le plus recherché est celui de la presse distillé avec parcimonie par Dame Françoise ou Solange mais sache que tu dois avoir "un projet cohérent" pour ton Journal ou ton Blog et qu'elles seules le valideront en fonction du retour sur investissement.La flottille des bénévoles estampillés "Accueil" s'est enrichie cette année mais certains cerbères du CREA sont toujours à leur poste avec l'injonction de maîtresse d'école en retraite qui en impressionne encore quelques uns comme cette Cécile Combres qui gère sa piétaille depuis 20 ans et parle haut et fort,pour impressionner son monde à l'entrée de la salle Henry James, certains s'en souviennent et ont eu à subir ses foudres.
- Passé les concerts des fanfares et écoles de musique dans la grande Halle, rebaptisé Central Park. Tu éviteras de t'asseoir derrière la scène car les panneaux publicitaires de France Inter, de Radio France te gâcheront toute visibilité pendant les directs des Frédéric Lodéon et Mitterrand ou ceux de Colin et Mauduit.Tu n'auras qu'un angle sur la croupe de Fredo ou de Dame Hendricks et regretteras ce choix.Ne t'avise pas de parler trop fort avec tes voisins car une revêche nantaise frustrée te remettra en place de son oeil noir. Non mais... !
- Reste donc à te construire un parcours cohérent et efficace grâce à un minutage précis en suivant les choix des amis sûrs de France Musique,d' Arte ou de la Revue Diapason.
- Quand tu auras repéré le petit salon de Presse situé sous les escaliers mécaniques qui te mènent au balcon Hemingway ou Henry James, tu pourras te restaurer et faire des pauses café nécessaires.Tu bénéficieras alors du Code Wifi de la Presse.
Voilà tu es presque prêt à affronter les 4 jours de concerts et les surprises concoctées par l'ami René et son équipe. Tu sauras identifier les visages qui comptent dans cette organisation minutieuse et repéreras les visages amis et ceux qu'il vaut mieux éviter...!
Bien sûr tu connais l'écurie René Martin et les visages incontournables croisés aussi à la Roque d'Anthéron: d'Anne Quéffelec,Claire Désert, Jean Frédéric Neuburger, Emmanuel Strosser, le Quatuor Modigliani, le Varsovia bien sûr, mais tu hésites sur les nouveaux venus d'outre atlantique et cherche à te faire ton opinion...Si tu connais l'italianiste Patrick Barbier qui a su déjouer les pièges du défi lancé cette année par René Martin, en proposant Carruso en Amérique ! tu découvres aussi de nouveaux noms et quelques amis fugaces dont Jan Passler une collègue de l'Université de San Diego.
Parmi les nombreuses émotions musicales qui te pousseront à aller plus loin dans un répertoire il y aura certainement ce troublant "Again" de David Lang par Vox Clamantis, ce "répons" vocal de Barbara Hendricks avec son guitariste de blues, la virtuosité de Frank Braley ou de David Kadouch dans Gershwin, les prouesses de Voces 8 dans Bernstein, un déroutant et fascinant Clapping Hands de Reich par Claire Désert et son complice Emmanuel Strosser, flanqué d'une belle tourneuse de pages dans la salle Melville. Enfin deux superbes Bechtein côte à côte, savamment réglés et affinés par le fidèle accordeur Denijs-de-Winter qui avec 50 ans d'expérience conserve son flegme batave.La suprématie de Steinway reste cependant indétrônable en ces lieux.

Sur le chemin du retour tu te caleras sur France Musique pour prolonger l'émotion et arrivé chez toi, te caleras sur la chaîne Arte pour des Directs saisis dans l'Amphi Faulkner.
On apprendra plus tard comment René Martin repère tous ces talents et les fait connaître au plus grand nombre dans une infatigable quête autour du monde où le bouche à oreille compte autant que l'écoute et la réputation.(à suivre)

Anne Queffelec,Claire Désert,Crossroads,Brigitte & Jean Marc salle Fitzegald Dimanche 2 février 2014
Anne Queffelec,Claire Désert,Crossroads,Brigitte & Jean Marc salle Fitzegald Dimanche 2 février 2014Anne Queffelec,Claire Désert,Crossroads,Brigitte & Jean Marc salle Fitzegald Dimanche 2 février 2014
Anne Queffelec,Claire Désert,Crossroads,Brigitte & Jean Marc salle Fitzegald Dimanche 2 février 2014

Anne Queffelec,Claire Désert,Crossroads,Brigitte & Jean Marc salle Fitzegald Dimanche 2 février 2014

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15 décembre 2013 7 15 /12 /décembre /2013 12:02

Interview de Philippe DJIAN dans le Carnet d'Or (France Culture) d'Augustin Traquenard à propos de son roman "Lovesong" (avec Pia Petersen et Dominique Noguez) Samedi 14 décembre 2013..

Les errances du couple, les histoires se compliquent de plus en plus, alors lorsque que vous faites une rencontre qui va peut-être changer votre vie,à priori c'est seulement les premières approches qui vous semblent un peu bizarre et qui vont vous attirer vers un autre,mais on ne se rend pas compte vers où on va,où on met le pied.

Pour Philippe Djian "une histoire d'amour ne va pas vers un happy-end car c'est la vie qui est comme ça, c'est très compliqué de vivre avec quelqu'un,donc il n'y a pas de raison que ça s'arrange même si on est assez intelligent pour parfois faire un peu de concessions qui nous permettent de vivre ensemble mais à priori on n'est pas fait pour vivre ensemble.C'est Beigbeder qui avait dit avec juste raison,en prenant les réponses un peu plus sérieuses des scientifiques, à savoir,que l'amour ça dure trois ans.Donc tout ce qu'on ajoute à ça, c'est un truc très très bizarre,qui appartient à notre espèce,qui n'est pas normal, donc je trouve que c'est à la fois, incroyable que l'on arrive à le mener à bien, plus ou moins bien d'une manière un peu chaotique,mais il n'y a que nous qu faisons ça, à part quelques espèces,dont on apprend qu'il arrivent à passer leur vie ensemble, mais, on ne peut pas expliquer ça, vivre avec un autre c'est trop compliqué. Ce que l'on éprouve dans ce qu'on appelle l'amour, c'est tellement chaotique,tellement hors de contrôle et tellement imprévu,qu'on ne peut pas en parler,on peut seulement le vivre. le personnage de Lovesong est tout le temps en train de parler de son attirance physique,il a envie d'elle, et ce n'est pas seulement sexuel ! Avoir envie de quelqu'un, à mon avis, ça dépasse la sexualité,(le sexe ça ne dure pas des heures...) Qu'est-ce que cette attirance animale qui fait qu'on a envie de prendre l'autre dans ses bras ? C'est une drôle d'alchimie qui se passe,et donc, la seule chose que comprend le héros, c'est: "j'ai envie d'elle" et ça ça lui suffit, ça lui permet d'évacuer toutes les complications. Cette femme est enceinte et cet homme est stérile en même temps donc qu'est-ce que je fais dans ses cas là ?"
Donc la fiction, toute le monde le sait c'est mettre des gens normaux dans des situations anormales.
Ce personnage de Daniel, chanteur à bout de souffle en voit de toutes les couleurs; il s’essouffle dans son couple, dans sa famille, dans la vie,dans le monde dans lequel il évolue et on a l'impression que rien ne va plus et on se demande même s'il ne fait partie d'un sorte de chaos permanent,en sorte, pour reconstruire sa destinée .
L'objet de la littérature ce n'est pas de boucher les trous quand le bateau prend l'eau de toute part mais de maintenir la langue en vie, c'est de faire qu'on ne parle pas une langue morte. Je suis atterré dans le Jury de l'Interallié de voir le nombre de bouquins qui parlent de la Guerre de 14 et même de la Seconde Guerre Mondiale et je me dis: "A quoi ça sert ?". Je ne comprends pas que des auteurs plus jeunes que moi s'intéressent encore à la Guerre 14 même si on peut encore beaucoup en dire. Je préfère parler du monde dans lequel je vis car c'est lui qui m'intéresse.On doit se poser la question de ce que c'est qu'un écrivain aujourd'hui en 2013 ou est-ce qu'on est seulement des beaux pots de fleur qu'on regarde. Homère qui parle de la Guerre de Troie et Proust qui regarde en arrière c'est génial, mais moi mon travail d'écrivain, c'est pas ça, c'est autre chose parce que je sens que dans cette société, la place et le rôle de l'écrivain,qu'il soit reconnu ou non c'est pas le problème, mais,il est indispensable et il faut se battre pour cela et que c'est le travail de romanciers et des auteurs de fiction de se battre pour la langue
.
Philippe DJIAN (parolier de Stéphane Eicher)
"Le roman est le lieu d'une exploration littéraire,langagière, rythmique,sonore.".

Priorité au dialogue qui existe peu dans le roman du XIXè et qui a été délaissé alors qu'il a ses règles particulières, son rythme, ses répétitions et qui risque de disparaitre dans certains quartiers.Il s'agit de syntoniser la station de radio pour se caler sur le son pur et bien c'est la même chose en littérature, ils faut se caler sur le son propre de l'époque et s'adapter au monde qui nous entoure, par petites touches en attendant un nouveau Céline.
Malgré la grande dépression dans le monde littéraire où on pense qu'on ne sert à rien ! Méfions nous des tics de la mode. Ce n'est pas la langue qui doit se mettre au service du récit mais l'inverse.
Il n'y a pas que le roman et la fiction pour travailler la langue, prenons le Journal de Léautaud, il n'arrête pas de parler du style il se réfère à Stendhal et recherche toujours plus de simplicité.
"Tout le monde a le droit de parler de lui à condition qu'il n'ennuie pas." Baudel
aire

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 18:40
L'intuition philosophique de Bergson

Pourquoi faire simple ? 08.12.2013 - 16:00 Le Gai Savoir de Raphael Enthoven (FC)

Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ? Parce que c’est plus facile. Comme il est plus facile de fuir le bonheur que d’être heureux. Un genre de vie simple est chose difficile : il y faut beaucoup plus de réflexion et d’inventivité que n’en ont les gens même très intelligents.
Ce paradoxe de la simplicité est, au fond, l’unique propos de Bergson dans le texte extraordinaire que nous allons lire aujourd’hui, ensemble, qu’on trouve dans la Pensée et le mouvant et qui s’intitule « L’intuition philosophique. » Un texte qui, quand on l’a lu, ne change pas la vie mais jette une ombre et comme un doute sur tous les moments où elle donne le sentiment de se compliquer à l’extrême.
..
Si vous faites une déclaration d'amour à quelqu'un, vous n'allez pas lui dire je t'aime parce que t'es beau, t'es riche, t'es jeune, ou t'es moche, t'es pauvre,t'es vieux,peu importe, vous n'allez pas donner de raisons à l'amour que vous portez à quelqu'un.Les raisons qu'on donne à l'amour sont des illusions rétrospectives,ça ne marche pas comme ça. on aime parce qu'on aime,et on trouve à celui ou à celle qu'on aime des qualités parce qu'on l'aime, ce n'est pas parce qu'il ou elle a des qualités qu'on l'aime, c'est parce qu'on l'aime qu'on lui trouve des qualités,ou qu'on surmonte les défauts et qu'on va jusqu'à aimer ses défauts.Chercher les raisons à un amour, c'est le mettre en danger. Si vous dites à quelqu'un, pourquoi m'aimes-tu ? et qu'il s'aventure à vous répondre, c'est que l'amour bat de l'aile.La spontanéité est là, elle est à la fois réflexe,parce que l'amour qui élit quelqu'un d'autre(une élection massive et indivise c'est ce que disait Jankelevitch) est un amour consécutif à la rencontre avec quelqu'un d'autre. mais dans le même temps, le fait d'aimer, la décision d'aimer elle est inaugurale. Et le mot de spontanéité s'applique à la fois à cette réaction à la rencontre de quelqu'un: je le vois, "je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue,un trouble s'éleva dans mon âme éperdue" youpi, bon, et en même temps,l'amour que je porte à cette personne est un amour qui se passe de cause. En vérité les causes que je lui donne ne sont que les prétextes que je lui trouve, mais l'amour est le fait premier,et c'est ça qui est formidable chez Bergson,c'est qu'il permet de penser cela.Et dans ce texte fabuleux qu'on appelle "l'intuition philosophique",dans cette conférence donnée à Bologne,Bergson parle de l'amour que l'on donne à un philosophe,c'est à dire à un système ou à une pensée qui nous précède.

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7 novembre 2013 4 07 /11 /novembre /2013 18:10

Nous étions des enfants de la classe moyenne d’un pays moyen d’Occident, deux générations après une guerre gagnée, une génération après une révolution ratée. Nous n’étions ni pauvres ni riches, nous ne regrettions pas l’aristocratie, nous ne rêvions d’aucune utopie et la démocratie nous était devenue égale. Nos parents avaient travaillé, mais jamais ailleurs que dans des bureaux, des écoles, des postes, des hôpitaux, des administrations. Nos pères ne portaient ni blouse ni cravate, nos mères ni tablier ni tailleur. Nous avions été éduqués et formés par les livres, les films, les chansons — par la promesse de devenir des individus. Je crois que nous étions en droit d’attendre une vie différente. Nous avons fait des études — un peu, suffisamment, trop —, nous avons appris à respecter l’art et les artistes, à aimer entreprendre pour créer du neuf, mais aussi à rêver, à nous promener, à apprécier le temps libre, à croire que nous pourrions tous devenir des génies, méprisant la bêtise, détestant comme il se doit la dictature et l’ordre établi. Mais pour gagner de quoi vivre comme tout le monde, une fois adultes, nous avons compris qu’il ne serait jamais question que de prendre la file et de travailler. À ce moment-là, c’était la crise économique et on ne trouvait plus d’emploi, ou bien c’était du travail au rabais. Nous avons souffert la société comme une promesse deux fois déçue. Certains s’y sont faits, d’autres ne sont jamais parvenus à le supporter. Il y a eu en eux une guerre contre tout l’univers qui leur avait laissé entr’apercevoir la vraie vie, la possibilité d’être quelqu’un et qui avait sonné, après l’adolescence, la fin de la récréation des classes moyennes. On demandait aux fils et aux filles de la génération des Trente Glorieuses et de Mai-68 de renoncer à l’idée illusoire qu’ils se faisaient de la liberté et de la réalisation de soi, pour endosser l’uniforme invisible des personnes. Beaucoup se sont appauvris, quelques-uns sont devenus violents. La plupart se sont battus mollement afin de rentrer dans la foule sans faire d’histoires. Ils ont tenté de sauver ce qui pouvait l’être : leur survie sociale. J’ai été de ceux qui ont choisi de baisser la tête pour pouvoir passer la porte de mon époque...

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30 octobre 2013 3 30 /10 /octobre /2013 14:14

http://www.franceinter.fr/emission-service-public-otages-le-nouveau-business
Le business des otages n'est pas un business comme les autres et, depuis quelques années, il est en pleine expansion. Quelles sont les zones à risque? Qui sont les kidnappeurs? Le montant des rançons est bien sûr gardé secret défense: combien les Etats ou les familles sont-ils véritablement prêts à payer pour la libération de leurs concitoyens et de leurs proches?
Avec:

- Dorothée Moisan, journaliste, spécialiste des affaires judiciaires et policières, auteur de "Rançons, enquête sur le business des otages" ed.Fayard
Sur les menaces politiques et sécuritaires: la sécurisation des canaux de négociation.
- Renaud Girard, journaliste, grand reporter au Figaro. "Ne jamais payer de rançon " sur le modèle anglais ! Alors que le Français est un bon otage mis à prix 5 M de dollars /

- Au téléphone : Anne Giudicelli, Présidente de "Terrorisc", une structure de conseil sur les zones dangereuses dans des aires culturelles délicates:Somalie, Mali Nigéria, Mexique (16000 rapts par an soit 2 par heure) ,Vénézuela, Colombie...

Depuis 1970 les assurances dont la Lloyd's de Londres assure contre les otages. Assurance généreuse du Figaro pour indemniser les familles, "au cas où"...:10 ans de salaire en cas de mort violente.
Charles Balard ( Afghanistan) après 3 mois contre rançon
Jonathan Alpéry (franco américain) après 3 mois
Margaret Hassan (Irak)Décapitée par les djihadistes car Blair a refusé de payer.
Florence Aubenas peut-être 10 M de dollars ( dixit Renaud Girard:somme immorale et déraisonnable car c'est un puits sans fonds.La Circulaire Bouvier de 1981: "ne pas céder au chantage"lors d'un enlèvement sur le territoire français suite à l'affaire du Baron Empain kidnappé en 1978 avenue Foch devant chez lui et gardé 63 jours enchainé.
Depuis Giscard et l'affaire Françoise Claustre sous Hissène Habré et: "l'indigné" Stéphane Hessel est allé porter les valises d'argent et est revenu bredouille en 1974 (2M de dollars en liquide etc...)
L'Allemand a été libéré contre rançon de 1/2 millions de DM payés par l'Allemagne et des rotations de transall pour porter des armes aux rebelles tchadiens ! Les rebelles demandent en plus des armes. Devant le refus de Paris, ils tuent Galopin en avril 1975 après l’avoir fait condamner par un « tribunal révolutionnaire », tandis que Marc Combe parvient à s’évader le 23 mai 1975
Journalistes de FR3 StéphaneTaponier Hervé,Ghesquière,contre rançon de "quelques millions d'Euros"

Pour les Otages libérés au Niger ce Mercredi 30 octobre 2013, la polémique enfle car on parle déjà de 25 millions d'Euros de rançon, mais payée par qui ? L'Etat dément , alors le Groupe AREVA qui n'est jamais cité dans le discours du Président Hollande.
Otage française handicapée Marie Dedieu âgée de 66 ans enlevée au Kenya et morte en captivité en Somalie en Octobre 2011.
17 journalistes étrangers retenus en Syrie en zone rebelle dont 4 Français:Didier François, Edouard Elias,Pierre Torrès, Nicolas Hennin (Convention de Genève qui protège les civils) haine idéologique des djihadistes pour l'Occidental en général.
Journaliste italien favorable à la rébellion a témoigné dans la Republica sur ses mauvais traitements et sur la haine des rebelles pour l'Occident (mais reçus sur le tapis rouge à Paris, Londres et ailleurs) mais aussi chantage pour obtenir des armes sophistiquées. L'Humanitaire aussi est une cible privilégiée.
En fonction de la nationalité la rançon varie : entre 10 000 et 1 million de dollars (500 à 1000 dollars , en dessous de 0,5% à 30% de la demande initiale ou troc contre des moteurs de bateau par exemple.
Il y a des sociétés qui négocient les prises d'otages( 3000 à 300 000 enlèvements dans le monde)
La publicité médiatique est contre productive car elle fait monter les affaires et donne de l'importance aux ravisseurs.

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