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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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9 février 2013 6 09 /02 /février /2013 17:19

Une visite à la Bibliothèque de l'Arsenal entre Bastille et Quai de Sully est toujours un enchantement doublé de surprises et de découvertes.Ce jour là je cherchais à relire les correspondances de Louise LARALouise-Lara-copie-1.jpg (mère du réalisateur Claude Autant Lara) et figure du théâtre des années 20 à 30 dans le Paris de la Rue Lepic à la Comédie Française dont Anatole France disait "Madame LARA est grande par le talent et le caractère".
Son ami Georges Duhamel dira d'elle:"Si le courage, la générosité, le désintéressement, l'amour de la beauté, le don d'enthousiasme étaient bannis de la terre, toutes ces belles vertus s'iraient réfugier dans le coeur de Madame Lara."
Il ne m'en fallait pas plus pour découvrir les secrets de cette amie de Maxime NEMO qui creusera le même sillon au service du théâtre et de la poésie,l'une à travers "Art & Action" l'autre à travers "l'Ilôt".
Dans les cartons de la donation Bompard sur "Art & Action" je découvre épars: des portraits et photographies dédicacés du toulonnais Félix Mayol,de Romain rolland, du poète Maurice Rollinat, de Gaston Poulet de la Pavlovla et des dessins de Mlle Akakia-Viala mais aussi des manuscrits autographes de Stéphane Mallarmé, de René Ghil, de Rémy de Gourmont, de Guillaume Apollinaire,de Romain rolland,de Paul Claudel et d'André Gide.
Une exposition fut organisée à l'Arsenal en 1947 pour dévoiler les documents donnés par M.et Mme Autant Lara à la Bibliothèque nationale.Dans son allocution,Frantz CALOT (conservateur de l'Arsenal de 1944 à 1949)leur rendra hommage.
Voici ce qu'écrivait dès 1932, Francis Jourdain sur la vaste entreprise de ces illustres bienfaiteurs:
" Renouvellement de la matière théâtrale, de la forme et du fond, du contenu et du contenant (c'est à dire l'esprit du texte, la qualité du mot, voire sa qualité musicale.
Réalisation d'un synchronisme entre les divers modes d'expression dramatique- évocation de l'abstrait par le concret -
Utilisation de vieux thèmes, de vieux mythes, non point exhumés et restaurés, mais brutalement rajeunis, traités par une thérapeutique qui, sous la poussière ne respecte que le germe, l'extrait du cadavre, et le ranime. Puis aussi, recours à la fantaisie, à la bouffonnerie, pour rendre sensibles les penseurs les plus graves, les concepts les plus pathétiques.
"Transposition pour la scène de certaines ouevres qui, bien que n'étant pas écrites à cette fin, ont en elles un mouvement, un dynamisme susceptible de trouver une expression théâtrale" (exemple l'oeuvre de Rabelais)
M Mme LARA, généreux donateurs à l'Etat des archives, de toutes les archives du laboratoire d'Art et Action,recueillies et classées par leurs soins et qui ont été incorporées à la Collection théâtrale Rondel à la Bibliothèque de l'Arsenal pour y être conservées en pleine propriété dans l'avenir.
Parmi les représentations théâtrales du Groupe art & Action, on peut relever:
Hamlet de Jules Laforgue; le Partage de Midi de Paul Claudel; Ballet métaphysique de Fauconnet; Compère le renard de Georges Polti;Liluli de Romain Rolland; Gargantua de Rabelais; Micromégas de Voltaire; Pantoun des Pantoun de René Ghil.
J'ai pu consulter sous la cote 13775 à 13777 les revues et programmes de l'époque dont
"Les petits concerts" 5 séances de musique et de poésie du 26 janvier au 23 février 1923 avec Madame Croiza, Jacques Copeau et Eugène Wagner chez Mme Alexandre ANDRE, au 20 rue d'Aguesseau.
La revue "Art et liberté" Association pour l'affirmation et la défense d'oeuvres modernes" sise 2 rue Emile Menier Paris 16è avec un article intitulé : la galerie des Piolus civils" signé de Louise LARA Sociétaire de la Comédie Française et syndicaliste.
La revue "La Rampe" Magazine théâtral illustré de 1919  avec des articles sur la Naissance du poème, "la Prose symphonique" de Fernand Divoire, "Couleur du temps" drame en 3 actes de Guillaume Apollinaire.
La Revue la Nervie n°4  ( Revue franco-belge d'Arts et de lettres) Numéro spécial sur Art & Action 66 rue Lepic Paris M° Blanche.
"La Nervie est due à la collaboration d'écrivains et d'artistes épris d'idées saines, claires et neuves, soucieux d'un effort sincère vers la réalisation d'une oeuvre haute et désintéressée."
Portraits de Madame Lara et de Claude Autant Lara.L'article sur "Art & Action" est signé Fernand Divoire Divoire2où il relate les 70 spectacles dont une danse macabre du XIVè adaptée par Carlos Larronde.Divoire.jpg
La revue "Gestes" avec des textes de Raymond Duncan (1921) et des bois dessinés et gravés de Marc Roux.
Revue "l'Affranchi" n°1 - (Hiérarchie - Fraternité - Liberté) Revue mensuelle d'Art et Philosophie de Mai 1919 fondue avec l'Art. 5, rue Schoelcher Paris XIVè
Centre Apostolique, oeuvre d'action fraternelle. Fondateurs : Bruyez, Larronde et Revel.
Marcel Hiver: membre de la section française de l'Internationale ouvrière et de la Confédération du travail, Licencié en Philosophie.
Le Docteur Paul Jeanty :" savant, lettré, artiste et homme exquis"
Revue "l'Affranchi" (Noël 1018) lettre aux philosophes occultes. gérant: Carlos Larronde.
Cantique de la connaissance d'O.W.de Lubicz-Milosz sur la rivalité entre lithuaniens et lettons.    

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15 décembre 2012 6 15 /12 /décembre /2012 15:26



Le  soleil  ouvre  ses  mains  derriere  les  rideauxlatinalma-jean-pierre-mas.jpgJean-Pierre Mas n’est pas  un  voyageur.   Encore  moins  un  touriste.   Et pas du tout  une personne déplacée. Jean-Pierre_Mas.png

Aussi bien que Sheyla Costa,Sheyla-Costa.png

Elvita Delgado,  Juan José Mosalini,  tous trois traversés  par  leurs  racines  comme  par  un  autre  réseau  de  veines,  aussi  bien  que Pierre Barouh, lequel est peut-être bien, selon son rêve, « le Français le plus brésilien de France », il serait plutôt  un scaphandrier de lui-même.

Ce disque  est son ultime  révélateur.   Le bain  où, sous la lampe inactinique,  des formes et des fumées se rassemblent pour faire apparaître un visage, différent  du vrai mais plus vrai que lui.

Dans  sa  Samba  Da  BênçâoVinicius  de  Moraes,   souligne,   sur  une  musique   de  Baden Powell, que, pour faire une samba qui atteigne  à la beauté, il faut um bocado de tristeza : les musiques  sans  nostalgie  sont  «  un  vin  qui  ne  donne  pas  l’ivresse  »,  écrira Pierre Barouh  dans son adaptation,  Samba  Saravah  (celle d’Un homme  et une femme). Aimer ces musiques -   là  é  como  amar  uma  mulher   so  linda   :  revient   à  s’éprendre  d’une «  femme  qui  ne serait  que belle  ».  Car, sans  l’affliction, sans  l’inconsolable douleur,  on n’atteint pas  à  ce blues  qui,  tantôt   exposé  au  grand  jour,  presque  vindicatif, tantôt  tenu  au  secret,  scellé  alors  par  une  pudeur  farouche,  est  commun  à  toutes  les  créations  musicales afro-américaines, qu’il s’agisse du  blues  du  Delta  au  nord  ou  du  samba brésilien   au  sud  (negro  demais  no  coraçâo  :  «  nègre,  bien  nègre  dans  son  cœur  »), comme il apparaît consubstantiel au flamenco, au tango, à la milonga, entre bien d’autres. A travers lui seulement,  on accède à la griserie singulière qui,paradoxalement,  en vous faisant sentir le poids écrasant des choses de la vie et la présence têtue des forces de la mort  à vos côtés,  vous permet  de traverser  le miroir  et  de vous risquer loin  du visible,  dans l’unique endroit où l’imaginaire trouve quelque chance, enfin,  de se matérialiser.Jean-Pierre_Mas-Latinalma.png

« Cet amour à l’horizon qui conserve encore son mystère  » (Corcovado), on ne l’apprivoise qu’en ayant été « si triste, désabusé du monde  ». 

Le bonheur  attend  de l’autre côté. Pour reprendre les  mots  de  Cartola, si  amoureusement  traduits,  comme  ceux  de  Vinicius,  par Didier Lamaison, c’est lui qui donne aux roses ce parfum  qui leur survit.  C’est une croyance sans âge et sans couleur qui se dit  là.  Une forme  de civilisation  étrangère  aux langues et aux cultures, sans respect pour la géographie.  S’il a de la chance (et un peu d’innocence), chacun peut la porter  en soi. Les continents  dérivent,  les océans sont abolis.  Un pianiste  français, fou de
mélodie,  un faiseur de chansons douces et mortelles,  découvre ainsi – j’entends : reconnaît et dévoile – son âme latine,  le même mot,  alma, en espagnol et en portugais.
World music ? Tout le contraire ! Musique de l’homme seul entre tous, depuis beaucoup plus de cent ans. Seul et toujours riche, toujours résonnant de la solitude  des autres. Parce que la mélodie, de manière encore plus énigmatique  que le rythme  et le tempo,  contraint à partager jusqu’à l’incommunicable. L’un des merveilleux  écrivains de ce pays,  Léon-Paul Fargue, publiait  en 1942  ces lignes 1   : « La chanson,  c’est le langage même  du cœur, c’est l’espé- ranto  qui  fait  du Parisien,  du Provençal,  du Chinois, du  Persan,  du  Péruvien  des  hommes comme les autres ; qui
nous relie tous, par les fils pathétiques et secrets de la mélodie,  au ténébreux miracle de vivre ensemble sur cette terre de rivalités.  C’est la caresse d’un rythme providentiel,  à la fois prévu et imprévu, qui nous rappelle aux grandeurs de l’égalité devant l’amour, la tristesse et l’infini ». Mais voilà, magie de proximité,  la mélodie, sinon la chan- son elle-même, est devenue au fil  des décennies, pour de multiples  raisons dont  toutes  ne tiennent pas aux goûts musicaux proprement dits, un mystère en péril. Devant cette menace, je tiens Mas et ses comparses pour des artistes  de résistance.  C’est une culture universelle qu’ils préservent,  prolongent,   raniment 
par  leur  latinité   réelle  ou  fantasmatique.   Le piano se fait  creuset d’alchimiste,
changeant  en songe l’ivoire et l’ébène (par exemple, mais pas uniquement,  dans Aquellos ojos negros et Derrière le miroir  ou mêlé aux poèmes de Cartola, Pierre et Vinicius). Pierre-Barouh.pngPorte-parole de ce dernier, Barouh  – et c’est une question,  diffuse,  de timbre,  de grain, de résonance, de densité et de profondeur – fait entendre en vérité la voix intérieure  de ce disque : celle, non pas des grands discours, mais du silence, de l’ombre, de l’aube. Le bandonéon  de Mosalini  est une porte entrouverte,  qui laisse apercevoir les choses derrière  les choses et des sentiers  sans trace de pas (Si te vas, A la Sombra  de la Luna, en particulier).

 

 

 

Quant aux voix,  aussi légères que passionnées, d’Elvita Elvita.pnget Sheyla, elles racontent chaque histoire comme si toutes n’étaient à jamais que des commencements.
Partir  o  seguir,  partir  ou  continuer,  s’en aller  ou  persévérer,  rompre  ou  aller  de  l’avant, cela ne fait  plus aucune différence.  Tout le monde meurt tout le temps ; personne ne meurt jamais.  « Simplement,  disait encore Fargue, parce que le soleil ouvre ses mains derrière les rideaux ».

Alain Gerber

1 In Refuges (éditions Emile-Paul Frères, puis Gallimard).

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 15:41

Décrire l'amour comme la dépendance du système nerveux à l'égard de  l'action gratifiante  réalisée  grâce à  la présence d'un  autre  être  dans  notre espace,  est  sans doute  objectivement  vrai.  Inversement,  la  haine  ne prend-elle pas naissance quand  l'autre cesse de nous gratifier,  ou  que  l'on  s'empare  de  l'objet  de  nos désirs,  ou  que  l'on  s'insinue  dans  notre espace gratifiant  et  que  d'autres se  gratifient  avec  l'être  ou l'objet de notre gratification antérieure?
Mais  l'on  se demande  si  ces observations, qui  se voudraient  scientifiques,  objectives,  ont  quelque valeur devant la joie ineffable, cette réalité vécue, de l'amoureux.  La  décrire comme  nous  venons  de  le faire, n'est-ce pas ignorer la part humaine de l'amour,sa  dimension  imaginaire,  créatrice,  culturelle? 

Oui sans  doute  pour  l'amour  heureux. Mais  un  autre  l'a dit, il n'y a pas d'amour heureux. Il n'y a pas d'espace suffisamment  étroit,  suffisamment  clos,  pour enfermer toute une vie deux êtres à l'intérieur d'eux-mêmes.  Or,  dès  que cet  ensemble  s'ouvre  sur  le monde, celui-ci en se  refermant sur eux va,  comme les bras d'une pieuvre, s'infiltrer entre leurs relations privilégiées.  D'autres  objets  de  gratification,  et d'autres êtres gratifiants, vont entrer en relation avec chacun d'eux, en relation objective s'exprimant dansl'action. Alors, l'espace d'un être ne se limitera plus à l'espace de  l'autre. Le  territoire de  l'un peut  bien  se recouper  avec  le  territoire  de  l'autre, mais  ils  ne  se superposeront jamais  plus.  Le  seul  amour  qui  soit
vraiment  humain,  c'est  un  amour  imaginaire,  c'est celui après  lequel on court sa vie durant, qui trouve généralement son origine dans  l'être aimé, mais qui n'en  aura  bientôt  plus  ni la  taille,  ni la  forme palpable,  ni la  voix,  pour  devenir  une  véritable création,  une  image  sans  réalité. 

Alors,  il  ne  faut surtout  pas  essayer  de  faire coïncider  cette  image avec  l'être  qui lui  a  donné  naissance,  qui lui  n'est qu'un pauvre homme ou qu'une pauvre femme, qui a fort  à  faire avec  son  inconscient.  C'est  avec cet amour-là qu'il faut se gratifier, avec ce que l'on croit être et ce qui n'est pas,  avec  le désir  et non  avec  la connaissance. Il faut se fermer  les yeux, fuir  le réel.
Recréer le monde des dieux, de  la poésie et de  l'art,et  ne  jamais  utiliser  la clef  du  placard où  BarbeBleue enfermait les  cadavres  de  ses  femmes.  Car dans  la  prairie  qui  verdoie,  et  sur  la  route  qui poudroie, on ne verra jamais rien venir.
Si ce que je viens d'écrire contient une parcelle de vérité,  alors  je  suis  d'accord  avec ceux qui  pensent que  le  plaisir  sexuel  et l'imaginaire amoureux  sont deux  choses  différentes  qui  n'ont  pas  de  raison  a priori  de  dépendre  l'une  de  l'autre.
Malheureusement, l'être biologique qui nous gratifie sexuellement  et  que  l'on  tient  à conserver exclusivement  de  façon  à  «  réenforcer  »  notre gratification  par  sa  « possession  »,  coïncide généralement  avec celui  qui  est  à  l'origine  de l'imaginaire  heureux.  L'amoureux  est  un  artiste  qui ne peut plus se passer de son modèle, un artiste qui se  réjouit tant de  son oeuvre qu'il veut  conserver  la matière  qui l'a engendrée.  Supprimer  l'œuvre,  il  ne reste  plus  qu'un homme et  une  femme,  supprimer ceux-là, il n'y a plus d’œuvre. L'œuvre, quand elle a pris naissance, acquiert sa vie propre, une vie qui est du  domaine  de  l'imaginaire,  une  vie  qui  ne  vieillit pas, une vie en dehors du  temps et qui a de plus en plus de peine à cohabiter avec  l'être de chair,  inscrit dans  le  temps  et l'espace,  qui  nous  a  gratifiés biologiquement.  C'est  pourquoi il  ne  peut  pas  y avoir  d'amour  heureux,  si l'on veut  à  toute  force identifier l’œuvre et le modèle.
Cependant,  lorsque  l'amour  passe  d'un  rapport interindividuel unique à celui d'un groupe humain, il est  probable  qu'il  pourrait  s'humaniser,  en  ce  sens qu'il devient plus  l'amour d'un concept que celui de l'objet  gratifiant. L'Homme est  par  exemple  le  seul animal  à concevoir  la  patrie et  à  pouvoir  l'aimer.
Mais là encore il n'est pas possible de faire coïncider l'imaginaire amoureux  avec  le modèle  qui  en  est la cause. Le modèle est encore un modèle biologique,celui  de  l'ensemble  humain  peuplant  une  niche écologique,  avec  son histoire et les  caractéristiques comportementales  que cette  niche a conditionnées chez  lui.  Et  cet  ensemble  humain  jusqu'ici  s'est toujours  organisé  sous  tous  les  cieux  suivant  un
système hiérarchique de dominance et de soumission parce  que  les  motivations  des  individus  qui le composent  ont toujours  été  la  survie  organique,  la recherche  du  plaisir,  dont les  moyens  d'obtention passent  encore  par  la  possession  d'un  territoire individuel et des objets et des êtres qu'il contient. Si bien  que cet  amour réel  et  puissant  de  la  patrie,tardivement  conceptualisé  dans  l'histoire  de l'Homme, mais  qui  a,  jusqu'à  une époque  récente,animé  le  sacrifice  de  millions  d'hommes,  a également permis  l'exploitation de  leur sacrifice par les structures sociales  de  dominance  qui  en constituaient,  non  le corps mystique, mais  le corps biologique.  Les  dominants  ont toujours  utilise l'imaginaire  des  dominés  à  leur  profit.  Cela est d'autant  plus  facile  que  la  faculté  de création imaginaire que possède l'espèce humaine est la seule à  lui  permettre  la  fuite  gratifiante  d'une  objectivité douloureuse.  Cette  possibilité,  elle  la  doit  à l'existence d'un cortex associatif capable de créer de nouvelles structures,  de  nouvelles  relations abstraites,  entre  les  éléments  mémorisés  dans  le système  nerveux.  Mais  ces structures  imaginaires restent intimement  adhérentes  aux  faits mémorisés, aux modèles matériels  dont  elles sont issues. Or,  à l'échelon  socioculturel il  est  profitable;  pour  la structure  hiérarchique,  de  favoriser  l'amour  de l'artiste citoyen pour sa création imaginaire, la patrie,qui lui fait oublier  la  triste réalité du modèle social,artisan  de  son  aliénation. (...)

Eloge de la fuite (Henbri Laborit) Folio Essais - Gallimard

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25 juin 2012 1 25 /06 /juin /2012 15:56

Après la vigilance active, voici venu le temps de l'autocensure ?

Exit Audrey Pulvar de France 2 et recadrage des photos sur l'Express....

Voyez plutôt !

Autocensura.jpg

Trierweiler.jpgEt voici ci dessous, la photo "rognée" publiée par l'Express et reprise dans tous les médias!

Plus correct non !!!

Il n'empêche, le doigt d'honneur digne d'un joueur de l'Equipe de France s'adressait explicitement à ses adversaires politiques et sans ambiguité.

Trierweiler-officielle.jpg

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16 juin 2012 6 16 /06 /juin /2012 16:54

“La culture est une résistance à la distraction”

Pasolini

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 21:34

 

Mimizan, du gratin dans les pins

Par Philippe Maffre | article publié à l'hiver 1991, dans le Festin n° 5

Au hasard d'une partie de chasse victorieuse, séduit par le paysage de l'étang d'Aureilhan révélé entre les pins, le duc de Westminster décide qu'en cet endroit précis s'élèvera Woolsack.

DSCF2306.jpgCharles Chaplin et Winston Churchill y séjourneront. Réceptions, cocktail, passage des couseuses de Mlle Chanel,... la forêt landaise transformée en hallucinante colonie britannique...

800px-Woolsack_2.JPG

Lire l'article de Philippe MAFFRE dans Festin n°5 : cliquer ici sur le link 

Coco Chanel et le Duc de Westminster Hugh_Grosvenor-_Duke_of_Westminster_und_Coco_Chanel.jpg

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 23:43

Présentation de Rajaa STITOU (Université de Montpellier III)

ROLAND GORI "La dignité de penser" (Editions les liens qui libèrent)Roland-Gori.jpg

Psychanalyste et citoyen engagé, membre de "l'Appel des appels" pour de nouveaux choix de société et pour un insurrection des consciences.Ancien Président du Conseil National des Universités
Comment réhabiliter la liberté de parole ?
Ce qui fait sens est désarmé, le langage est devenu illusion d'une pensée sans faille, c'est le signe d'une société en panne de récits, de mythes et donc de lien social.Le langage porteur de rêve et de fiction sert à lier les hommes, à humaniser, à donner du sens, pour affronter le réel. Quelle place la société contemporaine accorde-t-elle à la parole face à un discours technocratique qui prône la religion du marché qui chosifie l'humain et crée des servitudes volontaires en lieu et place des mythes, des idéologies traditionnelles.Le rapport au savoir prône l'utilitaire d'abord et néglige les rêves et la fiction qui sont l'essence du langage.  
A delà de l'indignation de Stéphane Hessel, Roland.Gori rappelle la phrase de Camille Laurens dans "le grain des mots" : "On ne naît pas homme on le devient".
Il rappelle aussi en prologue que l'expression "faire ses humanités" est devenue désuète  car aujourd'hui on préfère la science, le commerce et la finance car on assiste à une hiérarchisation révélatrice des savoirs, et donc des valeurs d'une société.
La vitesse avait déjà souligné Marx est un des vecteurs du capitalisme comme le disait Jaurès à propos de la guerre: "la nuée porte l'orage ".Mais ne confondons pas le capitalisme financier et le capitalisme industriel auquel se référait  Marx.
Le temps c'est aussi l'art de savoir en perdre rappelait JF. Lyotard.
Comment repenser l'économie dans la société ?
"Les formes de savoir sont inséparables des formes de pouvoir" disait Foucault et donc des formes de pratiques sociales.
JP Vernant a montré que l'émergence de la pensée rationnelle dans la Grèce du Vè siècle sous Périclès est d'abord politique.Les Grecs sont obsédés par la notion d'égalité.
La psychanalyse a correspondu à une époque donnée de la fin du XIXè et créa un savoir qui participait à une construction politique et morale autour des thèmes de la famille, de l'enfant, des affects et de la sexualité.
Aujourd'hui l'homme neuroéconomique est la forme actuelle du sujet social, ce qui compte désormais c'est la rentabilité immédiate, la diffusion de la science et sa médiation utilitariste.
Roland Gori donne plusieurs exemples comme la mise en scène du génétique sur Internet pour cautionner la discriminitiation positive aux Etats Unis dans la recherche d'emplois en mettant en évidence les risques potentiels des candidats face à des risques sanitaires sur un type d'emploi donné; la génétique permet aussi de connaître dans son capital génétique le pourcentage  d'origines caucasiennes, africaines, ou indo-européenne de chaque individu...
On ne parle plus des affinités électives d'un Jules et Jim où on s'assemble pour ses goûts pour Bach ou pour R.Gori...(!) mais selon des affinités chromosomiques édictées par la médecine prédictive et génétique.
Freud dès 1929 avait déjà pointé les risques du passage d'une société humaine à une société animale.dans son "Malaise dans la civilisation" où les termites préfigurent l'organisation humaine. .

Le cas de l'Evaluation à tous les stades de la société est très symptomatique d'une soumission sociale.On est soumis à l'injonction de penser selon le mode d'emploi de la machine.
Ex: Marx a montré comment on est passé de l'ouvrier au prolétaire dans le processus de production, puis du paysan au prolétaire et désormais on assiste à une prolétarisation des classes moyennes (enseignants) et professions libérales (médecins, avocats) soumis à un sentiment de précarité surnuméraire,de peur et d'intimidation.
Les savoirs sont désormais confisqués par des machines et des protocoles standardisés qui aboutissent à un écrasement de l'individu qui n'a plus le temps de penser.
Le rationalisme économique est morbide évoqué par la fabrique du sujet éthique par Foucault met en valeur une morale utilitaire, déralisante, pargamatique où il n'y a pas de place pour le rêve, l'abandon, le délire et la fiction.
On est aujourd'hui dans une guerre civile et une guerre de l'opinion où les mots sont vidés de leur sens et servent uniquement à faire mouche sur le citoyen électeur alors qu'Il faut aller à l’idéal en passant par le réel. Jaurès Jean


Source : Aller à l’idéal et comprendre le réel. Jaurès Jean | Dico - Citations - Dico citations

Il faut aller à l’idéal en passant par le réel. Jaurès Jean

 

"il faut aller à l'idéal en passant par le réel"Il faut aller à l'idéal en passant par le réel.


Source : Aller à l’idéal et comprendre le réel. Jaurès Jean | Dico - Citations - Dico citations

Il faut aller à l'idéal en passant par le réel.


Source : Aller à l’idéal et comprendre le réel. Jaurès Jean | Dico - Citations - Dico citati
disait Jaurès.
Pour revenir à l'Evalutaion formelle dans un CHU on assiste à scette situation absurde où un chirurgien qui n'a enregistré que 45 interventions ce mois ci alors qu'on en avait prévu 125 : que faire ? La performance économique à tout prix au nom d'une prescription sociale masque une idéologie néfaste.
Il existe même un logiciel pour optimioser les actes chirurgicaux dans les CHU. On confond la carte et le territoire par des procédés déréalisants.
La société est obsédée par le risque et ce dès la petrite enfance au point qu'une enquête de l'INSERM montre comment dépister les troubles chez des enfants de moins de 3 ans et les facteurs de risques futurs pouvant engager des actes de pré délinquance. (cf. Collectif  Zéro de Conduite)
Quelles sont les morales actuelles ? "Transformer l'humain en instrument" c'est ce que Marx appelait "la morale d'épicier".
La logique du marché est présente partout dans le domaine médical avec le TAA mais aussi dans les médias avec la dictature de l'audimat.
Dans le champ de l'Education priorité aux compétences, donc de ce qui peut servir!! On prépare une éducation des esclaves par une instrumentalisation selon les besoins du marché.
 La folie de l'évaluation : elle calibre, elle normalise ce qui ne passe pas par le canal formel tel une serrure et si ça ne passe pas, ça n'existe pas. Les thésards en savent quelque chose!
 L'exemple des classes d'âge au Baccalauréat sont également symptomatiques pourquoi 80% et pas 90% ! On regarde les chiffres au compteur et pas la route et encore moins les compagnons de route à fortiori. "l'Homme est-il devenu superflu" disait Hana Arendt.
*  Lire la folie  évaluation les nouvelles fabriques de la servitude de R.Gori où il montre que l'habitus de Bourdieu c'est l'habitude, l'adaptation à être et à répondre.
 Walter Benjamin: "le levain de l'inachevé": "Que peut un adulte ? marcher Que ne peut plus un adulte: apprendre à marcher."
Il y a risque d'adaptation, d'uniformisation, de conformation.
Dès 1973 Pasolini avait montré la puissance de la religion du marché dans un slogan sacrilège: "Tu n'auras d'autre jeans que moi." Le marché n'a plus à s'appuyer sur les valeurs traditionnelles (religion, famille, mythes...) Les lucioles ont disparu...
La Grèce est bien le modèle de l'Europe de demain et on assiste à "la mondialisation du pire" dont parlait Bourdieu.
Adorno a bien montré ces logiques de l'aliénation où la parole est réduite à l'information, c'est à dire à sa part la plus minimaliste et réductrice.
L'art de conter, la faculté d'échanger des expériences ont disparu du langage dans un grand naufrage culturel.
Freud dès 1911 a opéré une révolution dans un geste épistémologique fort en proclamant que le savoir est du côté du patient et non de l'expert.
"Je ne crois pas en Dieu mais je ne suis pas athée" disait Camus. La morale utilitaire prétend remplacer les idéaux du XVIIè et s'érige comme morale de l'intérêt nécessaire et suffisante et donc machiavélique.
"La chose a un prix et l'homme a sa dignité" (Interview de Roland Gori dans le Quotidien -Luxembourg février 2012)
Adorno avait déjà pressenti que l'on allait "traiter les hommes comme des choses".
"Le pire ennemi de la démocratie est la crise de conscience et la perte de confiance d'elle même" Jaurès.

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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 22:31
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2 décembre 2011 5 02 /12 /décembre /2011 18:10

INTRODUCTION

 

Nous faisons de notre mieux pour qu'aucun doute ne subsiste sur la valeur des mythes qui renaissent de la putréfaction des idéaux.

Paul Valéry, «Lettre-Préface» à Keyserling,

Le monde qui naît, 1934

 

Vous êtes réactionnaire, c'est bien. Tous les grands écrivains sont réactionnaires. Balzac, Flaubert, Baudelaire, Dostoïevski: rien que des réactionnaires. Mais il faut baiser aussi, hein. Il faut partouzer. C'est important.

Michel Houellebecq, «Sollers » personnage des Particules élémentaires, 1997

 

Le 21 avril 2002 a emporté bien des certitudes. N'y voir qu'un effet du discrédit des élites, comme le font beaucoup ces derniers temps, c'est non seulement faire le jeu des populismes qui ont aujourd'hui le vent en poupe en Europe, mais aussi ignorer la puissance corrosive des idées qui s'affirment et que traduit le retour de thèmes aux saveurs un peu oubliées: l'ordre, l'autorité, la restauration des valeurs, le «peuple réel» (souvenons-nous un instant du «pays réel» de Charles Maurras), voire le culte des racines et des identités constituées. Autant de figures qui renvoient en réalité à une méfiance de plus en plus marquée à l'égard de la démocratie, de l'État de droit et des fondements d'une « société ouverte » au moment même où on les croyait durable­ment installés dans les esprits. Comme le dit Pierre Hassner, nous entrons peut-être dans un monde qui sera davantage celui de Hobbes, de Nietzsche, voire d'un certain Marx, que celui de Locke et de Kant (paix perpétuelle et République universelle). Exit l'État de droit, retour à l'État-Léviathan comme ultime recours devant le spectre de la « guerre de tous contre tous ».

Tel serait le pro­gramme du « siècle qui naît ».

Mais l'idée d'une revanche du peuple sur les élites masque également les contributions actives d'une bonne partie desdites « élites » — en l'occurrence de l'intelligentsia française - à ce brusque changement de climat idéologique. Pour ne pas être sur­pris par la « petite ère glaciaire» qui s'annonce, il faut sans doute reconsidérer le jugement porté un peu rapidement sur la «  conver­sion » des intellectuels français à la démocratie, aux droits de l'homme et à l'État de droit — le « triangle d'or » évoqué un jour par le même Pierre Hassner (2) — dans les années 1980: le fracas des événements récents conduit en effet à réviser nombre d'idées reçues sur l'état des esprits. Les passions les plus archaïques de la com­munauté intellectuelle, un temps gelées par les baisers Lamourette de l'antitotalitarisme, semblent revenir au galop.

Certes les retours aux sources ne sont pas nécessairement des retours en arrière. Certains vont chercher dans les oeuvres du passé de quoi éclairer le présent : c'est le cas des Furet, des Lefort, des Blandine Kriegel, des Philippe Raynaud, qui, exhumant un XIXè siècle français injustement oublié, ont réintroduit Constant, Guizot, Quinet, et bien sûr Tocqueville déjà

« redécouvert » par Raymond Aron au temps de la Guerre froide. Mais il en est d'autres qui prennent la forme d'authentiques régressions et visent en son coeur, sans toujours l'avouer, le projet démocratique lui-même et son ambition égalitaire. C'est à ce type d'offensives que nous assis­tons aujourd'hui.

 

I . Voir Thérèse Delpech, Nicole Gnesotto et Pierre Hassner (table ronde), Face aux nouvelles menaces, quelle coalition antiterrorisme s Esprit novembre 2001.

2. P Hassner, la Violence et la paix. Paris. le Seuil. coll. Points -, 2000.

Ces attaques, parfois ouvertes, parfois encore dissimulées, s'en prennent en priorité aux « idoles » d'hier, avec une efficacité à faire pâlir les prophéties les plus pessimistes véhiculées jusque-là par les seuls « thrillers » d'anticipation, dans la littérature ou au cinéma... Combien dérisoires nous apparaissent désormais les « grands débats » qui agitaient hier encore le Landernau. Ceux qui annonçaient k règne de la «pensée unique» se sont finalement bat­tus contre des moulins à vent, ou se sont carrément trompés de cible. Ceux qui, avec les derviches tourneurs du « mouvement social », promettaient de nouveaux « pôles de radicalité » semblent aujourd'hui aussi démunis que les autres devant les bouleverse­ments du paysage idéologique et politique.

Certes les nouveaux réactionnaires ne forment pas, ou pas encore, un mouvement structuré et conscient, avec ses manifestes, ses tribuns charismatiques, ses écoles et ses querelles d'école. li ne s'agit pas non plus d'une réédition de l'opération « Nouvelle droite » modèle 1978. 11 n'y a pas de « chef d'orchestre». Ce que l'on perçoit, ce sont plutôt les échos de marteaux sans maîtres pous­sant leur petite musique sans crainte de la cacophonie. Ce basculement, sensible pour beaucoup, résiste aux tentatives de qualifications. « Populisme », « néoconservatisme », « national-républicanisme »... Les mots pour le dire éclairent très imparfai­tement le phénomène, comme ils peinent à rendre compte des sau­tes d'humeur du corps électoral. C'est en réalité une nouvelle réac­tion (au sens premier du mot) qui se met en place et dont les ramifications peuvent être observées dans des canaux aussi divers que les ouvrages de philosophie politique ou morale, les essais, les romans, les bandes dessinées, les slogans publicitaires, les paroles des chansonnettes, et naturellement les cercles, clubs ou fondations où se concertent les fameuses « élites ». C'est pourquoi nous parle­rons ici de « nouveaux réactionnaires », bien que les réactionnaires soient rarement « nouveaux » autrement qu'au sens banal de la relève des générations. Ce qui est nouveau, en revanche, c'est que l'offensive actuelle se déploie simultanément contre les deux pôles historiques de la culture politique française, qui prônent une société ouverte et pluraliste : la gauche égalitaire et la droite libé­rale. En effet, l'anti-égalitarisme que l'on voit se développer aujour­d'hui chez certains est aussi un nouvel « illibéralisme » qui n'a que peu de points communs avec celui du gauchisme traditionnel. Au fond, la réaction actuelle n'épouse aucun des clivages convenus de la vie politique de ces dernières années.

Tout se passe pourtant comme si on voulait continuer à nous persuader, en dépit de tout, que le débat public a toujours lieu entre libéraux et sociaux-démocrates, voire, au sein de la gauche, entre la « vraie gauche » et les « sociaux-libéraux ». Cet entêtement dans la routine intellectuelle et, disons-le, dans le verbalisme incan­tatoire, est à la fois dérisoire et quelque peu hasardeux. Comme l'est, dans un autre genre, la ritournelle sur les « intellectuels médiatiques» véhiculée par certains organes de presse'. L'affaire est en définitive bien plus grave que cela.

Peut-être allons-nous vers la généralisation de ce que Jürgen Habermas appelle des positions « néoconservatrices». (4) On sait que l'on a baptisé ainsi, de l'autre côté de l'Atlantique, le tropisme de certains démocrates déçus par le manque de fermeté de leur parti, sous Carter en particulier, devant la menace soviétique et la montée du «politiquement  correct ». Beaucoup d'intellectuels juifs, jadis piliers du syndicat ouvrier American Federation of Tabor (AH.), ont rejoint ce courant, pour les mêmes raisons et pour d'autres plus spécifiques (guerre des Six Jours en 1967 ; crise de la vieille alliance des minorités, essentiellement dans les rapports Juifs/Noirs). Des revues comme Commentary (Norman Podhoretz) et The Public sont ainsi passées du libéralisme (au sens américain, c'est-à-dire de gauche) au « néoconservatisme »

3. Voir à ce sujet l'article archétypique de Maurice Maschino, «Les nouveaux réactionnaires», dans Le Monde diplomatique, octobre 2002.

4.Jürgen Habermas, Écrits politiques, Paris, Cerf, 1988. interest (Irving Kristol)

 

Cette évolution a un air de famille avec celle que l'on peut observer en France, y compris en raison du rôle qu'y tiennent des intellectuels juifs issus de la gauche, devenus défenseurs inconditionnels d'Is­raël et désillusionnés de l'anticolonialisme, de l'antiracisme, etc. Dans le même ordre d'idées, on signalera que certains des néocon­servateurs les plus en vue ont été des disciples de Leo Strauss, et que la défense des humanités contre les « nouveaux barbares» de l'école et de l'université de masse est chez eux une détermination très importante, à Princeton comme à Paris.

Mais le climat hexagonal a ses spécificités. C'est le chemi­nement de cette « nouvelle vague» française qu'il s'agit de reconstituer ici, sans diabolisation aucune. D'abord en identifiant les points d'impact de ce courant dans le débat public : ce sera l'objet de la première partie de notre enquête. Les nouveaux réactionnaires se retrouvent d'abord autour d'antipathies communes et d'un goût que l'on croyait passé (sauf chez quelques héritiers de Céline, modèle insurmontable en la matière, et autres folliculaires des groupes extrémistes) pour la provocation, l'insulte, la dénonciation ad hominem et la transgression systématique de tous les tabous. La libido réactionnaire, qui peut ici s'offrir le luxe de reprendre le plus discutable de « 68 » (« Il est interdit d'interdire! »), pousse en effet à brouiller méthodiquement les frontières du « dicible » et du non­dicible. Cherchera-t-on à nous faire encore une fois le coup de « l'anarchisme de droite » ? On sait que cette expression a servi à couvrir les nostalgies autoritaires, lorsqu'elles devaient recourir à la dissimulation (écrivains vichystes et collaborateurs aux lendemains de la Libération). En réalité, nous n'en sommes plus là aujourd'hui. Le désir de réaction se répand désormais au grand jour à travers différents « procès » : celui de Mai 68, celui de la culture de masse, celui des droits de l'homme, celui de l'antiracisme, plus récemment celui de l'islam... Autant de totems et d'intouchables

déboulonnés les uns après les autres par une verve iconoclaste pro­gressivement déculpabilisée. Progressivement, car il s'agit d'une mécanique; chacune de ces «procédures » favorise l'ouverture de la suivante tout en rendant plus acceptables des opinions jugées jusqu'ici intolérables. Le procès de Mai 68 rend ainsi plus aisées les attaques contre l'école et l'université de masse et banalise peu à peu l'expression de points de vue « antijeunes ». De même, le procès de l'antiracisme tourne à la banalisation des discours xénophobes bien au-delà de leurs émetteurs traditionnels, comme le prouve la vague récente d'islamophobie. Au total, les dégâts ne sont pas minces: c'est toute une réflexion ouverte qui se fige soudain dans des passions naguère encore inavouables.

À chacune de ces offensives, beaucoup ont ressenti plus ou moins clairement la gestation d'un mouvement à la fois anti­égalitaire et « illibéral » dont les coordonnées échappaient aux classifications habituelles. Mais personne ne s'est soucié de repérer les généalogies intellectuelles et les passerelles idéologiques qui ont permis ce basculement. Ce sera le second temps de l'enquête.

L'histoire des intellectuels français possède ses invariants. À trop les négliger, on tombe vite dans les inconvénients jumeaux de l'inquisition moralisante ou de la complaisance oublieuse. Au xxe siècle, le sacerdoce intellectuel français a connu deux dogmes rassembleurs, liés aux noms de Maurras et de Marx. Le premier a été durablement délégitimé par ce qui s'est passé entre 1940 et 1944, mais n'a pas cessé pour autant d'exercer une influence sou­terraine. On le vit encore à la fin des années 1970, lorsque le GRECE, plus connu du grand public sous le nom de « Nouvelle droite », entreprit de reconquérir « culturellement » la société fran­çaise à ce type d'idées, sans les présenter comme telles, mais en les traduisant dans un langage acceptable pour un intellectuel de gau­che moyen. Ainsi, la défense de l'inégalité et la recherche de la pureté ethnique passaient-elles par l'affirmation du « droit à la différence » et de celui de vivre et travailler au pays.

On peut en dire autant du marxisme qui a dominé les générations suivantes, même si l'interdit est dans ce cas moins fort. Mais il faut encore ajouter à ces spectres qui hantent notre République des lettres l'évolution, décisive comme elle le fut de l'autre côté de l'Atlantique, de plusieurs catégories, qui possèdent d'ailleurs des interfaces: d'anciens militants de la contre-culture des années 1970, certains intellectuels juifs, certains libéraux repentis... Ceux-là mêmes que Régis Debray a qualifiés « d'êtres hybrides» : « conservateurs révolutionnaires » , « traditionalistes subversifs », «démocrates autoritaires ». (5)

C'est bien sur les ruines de ces courants et dans le lexique de ces oxymores qu'ont grandi les nouveaux réactionnaires d'au­jourd'hui et que se sont construits ces itinéraires insolites que nous découvrons aujourd'hui de Trotski à Carl Schmitt, des «années rock» au culte académique de la langue classique et du latin d'école, du gauchisme chevelu à la croisade contre les fadeurs véné­neuses de la modernité... Mais c'est peut-être en littérature — après tout, nous sommes en France! — que s'illustre le plus clairement ce backlash idéologique, notamment chez des auteurs comme Dan­tec ou Houellebecq auxquels nous réserverons une place de choix dans ce maquis de la nouvelle réaction: celle d'éclaireurs. Place qu'ils assument d'ailleurs crânement et avec un talent indiscutable.

Reste à situer le lieu géométrique de tous ces itinéraires. D'aucuns, échaudés par trop de complots imaginaires, pourraient penser qu'il n'existe pas. Nous sommes d'un avis contraire. Une sensibilité collective, comme celle qui poussait toute une généra­tion en 1950 vers le « progressisme» ou qui animait plus généra­lement tous les « partis intellectuels » qui ont défrayé la chronique depuis Péguy, n'a pas besoin d'être voulue pour exister. Comme on disait dans les fiévreuses années «structuralistes» de notre jeunesse, c'est un « procès sans sujet ». Dire cela, ce n'est pas méconnaître que cette inspiration commune rencontre des inflexions très diffé­rentes, voire des contradictions chez les uns et les autres, mais sou­tenir que quelques convictions simples sont susceptibles de les rassembler.

5. Régis Debray, Pour l'amour à l'art, Paris, Gallimard, 1998, p. 94.

Daniel Lindenberg, Le Rappel à l'ordre : Enquête sur les nouveaux réactionnaires, Paris, Seuil, coll. « La république des idées », 2002, 94 p. (ISBN 2-02-055816-5)

Article du monde http://olivier.hammam.free.fr/actualites/documents/reacs/monde.htm

Daniel Lindenberg est l'invité de Thierry Ardisson sur France2

Revue de Presse  http://olivier.hammam.free.fr/actualites/documents/reacs/annexe.htm

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 21:15

 

Porte parole du mouvement “Les indigènes de la République” porteur d'une stratégie nouvelle, et originale de surcroît, le discriminé développant à l'endroit de son « discriminateur » une pensée tout aussi discriminatoire, jusqu'au rejet total, retrouvant ses plumes et son maquillage en bon indigène fier et digne...

A la tête d'un job à plein temps, avec retraite assurée, sur le mode du « s'il en reste qu'une je serai celle-là»...

Sectaire à souhait, pasionaria de ce qu'elle croit être la lutte contre les discriminations à l'encontre des Français issus de la colonisation et/ou de l'immigration...

Réplique exacte, bien qu'inversée dans son excès, d'une certaine Malika Sorel-symbole du modèle français d'intégration - refoulement chez Sorel, reniement chez Bouteldja...

Scaphandrier, ô combien étanche ! Au mépris sournois...

Son mouvement n'est-il pas à l'origine du terme « souchiens » pour désigner les français de souche ? Terme infamant à peine voilé... celui-là, puisqu'il ne faut pas beaucoup d'imagination pour penser à l'orthographe : sous-chiens...

Houria Bouteldja ne doute de rien. Jamais !france-societe-racisme-anti-francais-mehouria-bouteldja.jpg

Son langage au style incantatoire trahit une violence émotionnelle rare ; clos, fermé sur lui-même, ce langage qui n'espère plus rien, semble s'orienter vers un point de rupture et de non-retour ; s'adressant le plus souvent à ses militants seuls, son expression est symptomatique de l'impuissance des Indigènes de la République (MER) quand il s'agit de communiquer une véritable idée, de faire une proposition, de chercher des appuis, des partenaires, de fédérer... pour sortir de l'isolement et provoquer l'écoute, la compréhension et la compassion.

Dépourvue le plus souvent d'humour et d'ironie, ne manquant jamais de conspuer le mouvement « Ni putes ni soumises» dont on pourra pourtant difficilement nier que l'engagement de sa fondatrice Fadela Amara aura demandé, avant sa médiatisation, et alors qu'elle oeuvrait quasiment seule, davantage de courage que celui qui consiste à se répandre dans les médias pour, à l'endroit de tout ce qui de près ou de loin ressemble à un petit français blanc, qualifier ce dernier, et sans sourciller, d'individu foncièrement raciste ; accusation qui, soit dit en passant, est à la portée de n'importe quel imbécile...

Si condamner les émeutiers avec des "C'est pas bien de brûler des voitures" n'a jamais dissuadé qui que ce soit de les brûler...

Sermonner les gens avec des "C'est pas bien d’être raciste" n'a jamais empêché qui que ce soit de s'y complaire, et plus encore lorsque ce "racisme" n'est qu'un cache misère soit intellectuel, soit politique, autour de questions que l'on ne posera pas faute de pouvoir en soupçonner même les réponses, sans oublier les cas où l'intelligence fait cruellement défaut, et les cyniques qui n'ont aucun intérêt particulier à ce que les bonnes questions soient posées faute de volonté ou de possibilité d'y répondre efficacement...

Car, si tout est dans l'exécution, quand on ne peut plus agir, notamment, sur le plan social, une fois que l'on a déserté le terrain économique et financier sans lequel aucune action digne de ce nom n'est possible, et que l'on est tout nus...

Vers qui et vers quoi peut-on alors se tourner ?

L'anti-racisme ne peut être qu'un point de départ et sûrement pas un point d'arrivée. Dans le cas contraire, ce sera un échec. Et d'ailleurs : c'est un échec I

 

 

 

 

 

Lors d'un passage à l'émission « Chez F.O.G » sur la 5 en février 2009, Houria Bouteldja affirme que son animateur, France-Olivier Giesbert occupe dans l'audiovisuel la place qui est la sienne parce qu'il est blanc... et seulement parce qu'il est blanc.

Et Harry Roselmack présentateur du J.T. sur TF1, parce qu'il est noir, peut-être ?!

Et d'aucuns de répondre oui, au sujet de ce dernier.

Affirmation à propos de Giesbert qui ferait pouffer de rire n'importe quel étudiant en sciences humaines, et pleurer de rage notre regretté Pierre Bourdieu.

 

Époustouflant ce raccourci analytique ! Rien de surprenant donc que Houria Bouteldja ne doute jamais d'elle-même puisqu'elle semble tout ignorer du système qui a fait et emploie un France-Olivier Giesbert, nain journalistique et intellectuel s'il en est — et il y en a !

La preuve !

Car, si on oublie la statistique et ses lois - de probabilités entre autres (les blancs étant l'ethnie, de très loin, majoritaire en France) -, qui pourtant, à elles seules, apportent déjà une première tentative d'explication...

Giesbert n'appartient-il pas à une classe dont 99,99% des blancs sont exclus : classe médiatico-joumalistico-intellectualo (mais pas trop, faute d'aptitudes) -politico-mondaine ?!

Résidus de vieilles théories datant de la période qui précède la décolonisation, les pseudo­analyses de Houria Bouteldja ?!

Période durant laquelle il était communément admis que l'homme blanc n'avait qu'une seule vocation : humilier et exploiter l'homme noir ; alors qu'aujourd'hui, on ne compte plus les hommes de couleur capables d'humilier et d'exploiter n'importe quel homme - de la même couleur de préférence -, puisqu'il est maintenant bien établi qu'il n'y a pas de meilleur bourreau qu'une ancienne victime - en effet, cette dernière connaît mieux que quiconque son mode opératoire...

Et pas plus bête qu'un imbécile qui se croit guérit de sa bêtise ; car on ne guérit jamais ; c'est la maladie qui vous oublie un temps avant de revenir à la charge, plus déterminée encore car...

Est-il nécessaire de rappeler que toutes les sociétés, toutes les cultures, toutes les nations, sur tous les continents et de tout temps, rencontrent un jour, au cours de leur longue histoire, au

choix : l'homophobie, la xénophobie, le racisme, le machisme, l'antisémitisme, le sexisme, la

discrimination, l'injustice, et ce à des degrés divers ?

Tout en s'empressant de préciser que toutes ces tentations dangereuses et condamnables sont moins à déplorer ici, en France et en Europe que partout ailleurs dans le monde ; et en premier lieu au Maghreb et en Afrique noire : doit-on mentionner les massacres interethniques sans nombre dans cette région du monde?! Et en Algérie, le sexisme jusqu'à l'assassinat des femmes qui refusent de porter le voile ?!

 

Le racisme en France ne fait pas de la France un pays raciste, tout comme l'antisémitisme des banlieues ne fait pas... de ses habitants, dans leur ensemble, et par ricochet ou par prolongement... de la France un pays antisémite ; pas plus que le sexisme dénoncé par le mouvement « Ni putes ni soumises » auprès des français issue de l'immigration arabo-musulmane ne ferait d'eux tous et sans exceptions, des barbares.

Plus Houria Boudeldja s'exprime, plus l'on est tentés de penser que son mouvement serait bien incapable de porter et de hisser qui que ce soit jusqu'à la plénitude de son potentiel d'être humain, sinon dans le ressentiment, l'impuissance et pour finir, la haine de l'autre ; et plus encore lorsque l'on ne trouve plus personne pour vous soutenir dans l'affirmation victimaire à souhait, réitérée sans fin —et sans doute jusqu'à la propre nausée de son réitérateur-, que l'on n'est qu'un bouc-émissaire de plus dans le long calvaire qui accompagne inévitablement l'histoire des peuples colonisés venus faire un tour chez leur colonisateur, une fois ce dernier rentré au bercail après un siècle et demi de pérégrinations décidément infâmes et haïssables...

Nul doute, Houria Bouteldja prendra sa retraite... Indigène de la République et sûre d'elle-même : en d'autres termes, sûre de son ignorance tragique et de son absence totale de don pour la vie qui aurait pu être la sienne.

Car, notre premier devoir n'est-il pas envers soi-même ?! Réussite à transmettre ; exemple et espoir pour tout un chacun, et plus encore, à l'endroit de ceux qui seraient à juste titre tentés de penser (il n'est pas ici question de nier les discriminations qui touchent les Français issus de l'immigration arabo-musulmane) que tout est fait pour qu'ils échouent pour, à notre tour, les aider à accomplir ce à quoi ils se destinent, ambitieux et confiants ?!

Il ne serait pas surprenant qu'un jour, tout comme aux USA avec Obama, un français issu de l'immigration arabo-musulmane, et qui n'aura pas consacré une bonne partie de sa vie à se poser la question de savoir si la France est un pays porteur de tous les défauts, de tous les maux, de toutes les tares et de tous les crimes dont l'humanité est capable, parvienne à la fonction suprême : celle de Président de la République Française.

Et pour sûr, cette personne-là, pour peu que ce soit une femme, jamais ne portera le nom de

Boudeljda car, nul ne saurait être épargné par ce proverbe, remanié pour l'occasion : on ne fait

pas seulement... mais aussi... son lit comme on se couche...

Et celui qui, pour l'heure, nous occupe porte le nom de « ressentiment lâche et paresseux; un rien routinier, automate et ventriloque» mais insidieux aussi, tout comme ce poison qu'il

déposera au fond de l'âme de quiconque cultivera ce ressentiment jusqu'à l'impuissance, le gâchis et le dégoût de soi face à son propre échec cuisant...

Sous un soleil de plomb, même continental, et sous un climat pourtant... encore tempéré.

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