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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 17:45

U n  r é s e a u  c u l t u r e l  e n  p é r i l 

PAR ALAIN KIMMEL in "Spectacle du Monde" - Mars 2013

 

Depuis vingt ans, malgré de nombreux cris d'alarme, l'action culturelle de la France ne cesse de reculer. Une responsabilité partagée par tous les gouvernements, de gauche comme de droite.

SOUS LA IIIè RÉPUBLIQUE, LA FRANCE A créé un important réseau d'Alliances françaises (à partir de 1883) et d'Insti­tuts ou centres culturels (à partir de 1907) chargés de dispenser des cours de français, d'organiser des conférences et des expositions, de présenter des films et des spec­tacles. Leur mission était de contribuer au rayon­nement de la langue et de la culture françaises à l'étranger. A partir de 1945 et la création de la direction des relations culturelles du ministère des Affaires étrangères, qui succédait au service des œuvres françaises, ce réseau a regroupé, jusqu’'en 2010, les services culturels des ambassades, les Centres culturels et les instituts français. Depuis 2011, il est rattaché à l'Institut français (IF), qui, toujours sous la tutelle du Quai d'Or­say, est « l'opérateur de la politique culturelle exté­rieure de la France ». Tous les anciens centres et instituts ont désormais pour unique appellation « institut français de... » (nom du pays).

L'Institut Français, dont l'objectif est d'« apporter le concours de la culture à la stratégie diplomatique française », est présidé par l'ancien ministre de 1’Education nationale Xavier Darcos. Parmi ses missions figurent la promotion de la langue et de la culture française, la diffusion des savoirs et des idées ainsi que les échanges artistiques et l'accueil en France des cultures étrangères.

Auditionné au Sénat, il y a deux ans, Xavier Darcos ancien ministre de l'Éducation nationale (2007-2009)et président exécutif, depuis 2010, de l'Institut français (IF),

« l'opérateur de la politique culturelle extérieure de la France ».avait déclaré :

« Dans la guerre des influences — le soft power —, nous sommes face à une terrible concurrence. Les réseaux de diffusion culturelle sont américains. La Chine a constitué [...] un réseau puissant : il y a aujourd'hui plus d'instituts Confucius (NDLR: plus de 350 dans 90 pays) que d'instituts français.  

Problème : la diminution constante des budgets depuis 1994.

« La stratégie d’influence est un enjeu majeur [...1, c'est une stratégie décisive dans le contexte de la mondialisation, de l'indifférenciation de cultures, de l'américanisation des savoirs ». Pour tenir son rang dans cette « guerre de influence », la France dispose aujourd'hui d'un réseau représenté dans 161 pays par 101 instituts français et plus de 125 annexes, auxquels s'ajoutent 1 040 Alliances françaises. Cet ensemble a longtemps suscité dans le monde l'admiration, et parfois l'envie, mais, depuis la fin du précédent millénaire, force est de constater qu'il s'est progressivement et régulièrement appauvri. Il y a près de vingt ans, en effet, que tous les gouvernements, de droite comme de gauche, semblent accepter l'affaiblissement de l'action culturelle extérieure de la France.

Des voix venues d'horizons divers n'ont pas manqué de dénoncer cette situation. En 2001, dans un rapport présenté à l'Assemblée nationale, le député Yves Dauge (PS) lançait un véritable cri d'alarme sur la situation de notre réseau culturel, qu'il estimait « en péril sans crédits, sans unité ni mémoire, sans vision d'avenir ». En 2008, Domi­nique Wolton, auteur de Demain la francophonie (Flammarion 2006), s'écriait : « La France brade son réseau culturel à l'étranger », (le Nouvel Observateur,11 décembre 2008). Deux ans plus tard, deux anciens ministres des Affaires étrangères, Alain Juppé et Hubert Védrine, cosignaient dans le Monde (6 juillet 2010) une tribune dans laquelle ils se disaient «  inquiets de conséquences pour la France d'un affaiblissement sans précédent de ses réseaux diplomatiques et culturels ».

L'année suivante, le romancier Benoît Duteurtre observait « Jusqu'ici l'un des plus puissants au monde, le réseau culturel français repues ut en charpie » (Marianne, 26 novembre 2011). Enfin, Christophe Girard, adjoint au maire de Paris chargé de la culture, constatait, dans le Monde du 15 mars 2012, que, « depuis l'entrée dans le troisième millé­naire et l'accélération d'un monde globalisé soumis aux règle marchandes, nous assistons, désoeuvrés ou révoltés, à un appauvrissement, tant idéologique que budgétaire, de notre politique culturelle internationale »

De fait, cette politique est la principale victime des réductions de crédits qu'a subies le Quai d'Orsay ces dernières années. : moins 20 % entre 2007 et 2012, soit une baisse de 10 millions d'euros, dont plus de 6 millions pour la diplomatie culturelle. Lors d'une récente réunion de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, François Loncle (PS), rapporteur pour la diplomatie culturelle et d'influence, a affirmé que les moyens des instituts français avaient diminué de 4 % en 2012 et allaient enregistrer une baisse de 7 % en 2013.

« Cette diminution, a-t-il expliqué [...], poursuit une tendance lourde qui a commencé [—] en 1994 et n'a cessé depuis lors – hormis en 1998 et 1999. »

De fait, depuis 2000, environ un tiers de nos instituts et centres culturels en Europe ont été fermés, dont plus de la moitié en Allemagne (onze demeurent), mais aussi en Autriche, en Grèce, en Italie, au Portugal... Dans ces conditions, nul ne s'étonnera que l'usage de la langue française et la connaissance de notre culture soient en recul dans le monde, même si l'on ne suit pas Times Magazine, qui titrait, en couverture, en 2007:«La mort de la culture française».

Une chose est sûre, néanmoins si, pendant longtemps, les responsables de notre politique extérieure se sont efforcés d'œuvrer au rayonnement culturel de la France, tel ne semble plus être leur objectif aujourd'hui. Une évolution que l'on ne peut que condamner, car « ce que pèse un pays dans le monde tient à sa puissance stratégique, garante de sa politique étrangère, et à sa présence culturelle, qui assure son rayonnement et son influence » (Maurice Druon).

NDLR : Il est pour le moins étonnant dans cet article de notre ancien éditorialiste du CIEP et fin connaisseur de la culture et la civilisation dans le monde, quand il était à la tête du très respecté magazine "les Echos de Sèvres", d'entendre les mêmes voix qui ont été à la tête du réseau s'étrangler du manque de moyens alors qe les mêmes politiques: Juppé, Védrines ou Darcos ont participé à cet étranglement des budgets, sans oublier Alain Touraine qui dès 1985 réclamait à corps et à cri la disparition des mêmes entités culturelles,cependant que Jack  Lang créait son propre réseau international parallèle au sein de son ministère pour court circuiter celui de la DGRC...! Toutes ces voix discordantes réunies d'un seul choeur pour déplorer la perte de moyens laisse rêveur  alors que certains comme Dominique Wolton ou Erik Orsenna ont largement profité des subsides du réseau et du pouvoir pour leur propres missions et leur propre promotion....

Quant aux larmes de crocodiles de Xavier Darcos, permettez moi de rire, quant on connaît le prix de cette sinécure, en remerciement des services rendus au pouvoir sarkozyste et du peu d'éclat et de renommée dont bénéficie depuis sa nomination, son "Institut français" dont personne ne parle et que personne ne connaît.

Oui la Francophonie est moribonde mais il est bon parfois de désigner les coupables ,et au premier chef, celui de la Loi qui porte son nom, récompensé par une autre sinécure à la Cité de l'immigration de Vincennes et qui ne daigne pas répondre sur le sujet, qui jadis lui fut cher, lors de la défense de sa Loi au Parlement...

Une langue française bafouée sur les ondes du service public, une anglomanie galopante voulue par le CSA, celui la même qui devrait se porter garant du respect des quotas et de la diffusion de la langue, pardon des langues régionales et européennes dans un souci de diversité linguistique. Au lieu de cela écoutez les "playlists" de France Inter qui nous assène à longueur de journée les "nanards" et fonds de tiroirs de Mrs Chérèze, Montud et Varod !!! 

 

 

 

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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 19:51

L'école dans le monde qui vient 
Répliques d'Alain Finkielkraut du 8 décembre 2012.Transcription P.Y Chevrel
Michel SERRES, philosophe, savant et conteur envoûtant nous propose une histoire en trois étapes du travail humain et à chacune de ces périodes il donne le nom d'un dieu ou d'une figure de la mythologie.Michel-Serres.JPG
"Il y a d'abord Atlas, puis Hercule ou Prométhée enfin Hermès,notre modèle, notre Dieu tutélaire.Porteurs ou maçons, les premiers ouvriers manipulent et soutiennent des formes invariantes et solides" explique Michel Serres, "les seconds transforment les choses en les liquéfiant par la chaleur,puis après le portage et la transformation des formes, Atlas puis Prométhée, vient l'âge mercurien de l'information, communication,passage, traduction, communication, diffusion,transfission des réseaux.

 

Alors qu'autrefois nous fûmes plus agriculteurs,et naguère notablement forgerons,nous voilà maintenant messagers, bien qu'encore dépendants des champs et de l'usine."
"Nous vivons l'avènement d'une nouvelle ère,et dans cette immense messagerie qu'est devenu le monde, rien n'est, rien ne peut-être, rien ne doit être comme avant, tout change, que nous le voulions ou non,et notamment la relation pédagogique.Les hgussards noirs de la République, affirmez vous Michel Serres,sont désormais habillés en Hermès".
Faut-il comprendre que le règne de la parole enseignante est terminée,et que les  nouveaux réseaux ont signé le glas des vieux maîtres?
M.S: C'est une loi que j'ai en effet énoncée il y a quelques années,puisque dès les années 60 j'avais publié 5 volumes qui s'intitulaient Hermès (de la communication de la distribution,de la traduction etc...) mais on était encore dans les années soixante sous le règne de Prométhée, de la révolution industrielle et en particulier,l'idéologie dominante était plutôt marxiste, c'est à dire plutôt en faveur de Prométhée et donc j'ai été très critiqué par la population enseignante qui était à dominante prométhéenne,et à cette époque la, c'était plutôt dangereux de dire que peu à peu, la société allait basculer dans le règne d'Hermès.hermes.jpg
Alors  Hermès est un dieu intéressant, Mercure comme vous l'avez rappelé en latin,c'est le dieu des traducteurs, des commerçants,et qui avait sa statue dans les carrefours, d'ailleurs c'est lui qui indiquait les bifurcations,c'est à dire les changements de routes etc...et sa statue était partout dans le monde antique. C'est un double dieu, celui de la communication,et des réseaux. Il fauit s'arrêter la et dire que la notion de réseau dont on parle beaucoup aujourd'hui,est une notion très très anciennecar il n'y a pas de plus beau réseau que celui des  voies romaines dès l'Antiquité latine,mais beaucoup plus avant, les ethnologues ont remarqué qu'il y avait des réseaux dans la forêt pluviale ou dans la forêt amazonienne,où déjà les populations bien avant le néolithique,avaient travesré et d'une certaine manière avaient rendue culturelle une forêt qu'on croit sauvage.

Aujourd"hui c'est plutôt d'autres réseaux dont on aura l'occasion de parler par la suite.
Alors puisque vous m'interrogez sur l'enseignement, il est bien clair qu'Hermès,étant l'inventeur de l'écriture,il a été dès le départ le dieu de la pédagogie. Et en effet qu'est-ce qui s'est passé au Vè siècle av.JC en Grèce,(l'écriture était née au Ier millénaire av JC,dans le croissant fertile au moins puisqu'on a quand même les témoignages des prophètes d'Israêl déjà) et au moment de la grande révolution du stade au stade écrit, la pédagogie commence à changer, pourquoi, parce que nous avons deux héros qui vont entrer en joute si vous voulez, ce sont Socrate qui parle et qui n'écroral it pas,et Platon qui écrit mais qui ne parle pas dans les Dialogues.Et au fond le Platonisme est une philosophie qui témoigne de ce passage du stade oral ou de l'ère orale où le support du message était le corps enseignant et où le message était la parole; et la deuxième révolution ça a été je crois l'invention de l"imprimerie où on a eu en effet une nouvelle "païdeia"(la païdeia ancienne ayant été inventée par l'écriture)puis le nouvelle pédagogie c'est sans doute la Renaissance et l'invention à peu près des sciences modernes si vous voulez, et nous sommes en effet en train de vivre la troisième,c'est à dire la révolution numérique.Alors est-ce que ça va changer l'enseignement ? Ca l'a déjà changé bien entendu et nous essayerons de dire pourquoi.
A.F: Vous dites, "la pédagogie change totalement avec les nouvelles technologies" dans un petit livre qui a eu beaucoup d'écho, "Petite Poucette" Petite-Poucette.jpget ce personnage nous intéressera également et je peux vous demander naïvement,en quoi, parce que, prenons un professeur de français par exemple,(à l'origine j'étais moi même professeur de français j'ai bifurqué depuis) j'enseigne la littérature: en quoi les nouveaux réseaux sont ils amenés,à modifier mon enseignement de la littérature, je dois ouvrir des élèves assez rétifs, nous verrons aussi pourquoi,à des grandes oeuvres.Les nouveaux réseaux, ils changent peut-être le climat, mais je ne vois pas pourquoi ils modifieraient la nature même de mon enseignement.
M.S: Bien sûr il faut distinguer les enseignements de mathématiques, de physique, de chimie etc..avec des travaux pratiques de sciences naturelles,de biologie, il n'y a pas que la littérature qu'on enseigne.
La première chose que cela change est la suivante:c'est qu'autrefois, moi même je suis enseignant comme vous, j'enseigne la philosophie ou l'histoire des sciences,et anciennement et moi j'ai cette expérience la,il était bien clair que quand j'entrais dans mon amphi, il était entendu que le sujet du cours était relativement inconnu,aux gens qui allaient m'écouter et que moi j'étais titulaire d'un savoir et que eux étaient incompétents dans ce savoir la. Aujourd'hui lorsque je rentre dans ce même amphi, je me pose toujours la question de savoir quelle est la probabilité pour que et combien d'étudiants ont tapé la veille sur Wikipedia le sujet de mon cours et il y en a forcément un certain nombre qui ont regardé en effet l'ensemble des informations qui pouvaient aférer au sujet de mon cours. Et donc il y a eu une époque qui est assez antérieure amsi que j'ai connu parce que je suis assez vieux pour avoir connu les deux époques,où il y avait ce que j'appelle dans "Petite Poucette": une "présomption d'incompétence".On peut varier la dessus, c'est pas seulement la variation enseignante,c'est la relation du médecin au patient, lorsque vous alliez voir le médecin, il était entendu que vous n'étiez pas compétent ni dans le diagnostic ni dans le pronostic aujourd'hui quand vous allez voir le médecin, il y a une probabilité pour laquelle vous ayez tapé sur votre ordinateur les ennuis que vous avez et vous avez une idée au moins grossière, au moins vague de ce qui vous arrive et du coup, ce que j'appelle la présomption d'incompétence était vraie pour l'enseignant, pour le médecin,et pour l'homme politique même d'une certaine manière,et aujourd"hui ce que j'appelle "présomption de compétence"est en train d'arriver, c'est à dire la probabilité pour laquelle beaucoup de gens aient déjà vu votre texte de littérature ou le texte de mathématiques ou le texte d'histoire naturelle est probable et par conséqéquent cela fait une sorte de rééquilibration dans la relation pédagogique.        

A.F: mais je suis un peu sceptique quant à cette espèce de rééquilibrage, d'abord,je pesne que la relation d'enseignement reste nécessairement une relation dysymétrique, or si Hermès est le dieu de la communication,peut-il être aussi celui de la transmission ? N'y-a-t-il pas une différence à préserver entre la transmission et la communication et pour illustrer le scepticisme dont je parle, j'ai lu tout récemment dans le supplément littéraire du Monde,une enquête tout à fait inquiétante sur l'évolution de la lecture. Les enfants lisent, (ils dévorent Harry Potter, pourquoi pas) mais les adolescents ne lisent plus et la diminution est extrêmement spectaculaire et les enseignants disent, ils préfèrent se mettre sur Internet plutôt que de lire d'où le sentiment d'un certain nombre de professeurs que le gouffre entre ce qu'ils savent et ce que savent les élèves loin de s'atténuer s'est encore aggravé sous l'effet des nouvelles technologies.
M.S: le gouffre s'est en effet aggravé et pour comprendre cette nouvelle donne de l'affaire, je vous ai proposé tout à l'heure,de réfléchir et de prendre du recul et de fait, lorsqu'on entend Socrate parler à ses interlocuteurs dans les Dialogues de Platon,il ne comprend pas du tout qu'on puisse écrire puisqu'il est pour la parole dite, la parole orale, qu'il appelle la parole vivante, vive,qui transporte la vie, l'esprit etc..et il trouve que l'écriture est morte etc...donc il y a un gouffre énorme qui s'ouvre entre Socrate et Platon,c'est à dire entre la période orale et la période écrite.Et l'un, c'est à dire le prédecesseur ne comprend pas l'autre et pourtant c'est l'autre qui va porter la culture et la tradition, ce sera l'écriture.
De la même manière au moment de la Renaissance,vous vous rendez compte cher ami à quel point les Docteurs de Sorbonne, Janotus de Bragmardo par exemple, ne va rien comprendre à l'oeuvre de Rabelais qui arrive avec son Pantagruel et Gargantua et du coup Montaigne qui est précisément le témoin de ce passage de l'écrit à l'imprimé et va déclarer:"je préfère une tête bien faite à une tête bien pleine".Rabelais.jpgPourquoi, pour une raison très simple,pourquoi, c'est qu'auparavant si vous étiez historien,physicien, il fallait savoir par coeur Hérodote, Thucydide,Tacite,Quinte Curce etc... tandis qu'une fois que vous avez vos livre sur une librairie,comme dit Montaigne, vous n'avez plus besoin de les savoir par coeur. Par conséquent ce qui change ce n'est pas seulement le savoir,c'est la tête.Et Montaigne l'a bien vu et les deux exemples que je vous propose c'est le passage de Socrate à Platon et le passage des Docteurs de Sorbonne à Pantagruel que Montaigne cite parfaitement en disant "Tête bien faite et non pas tête bien pleine"et par conséquent la tête a changé et je comprends maintenant ce que vous appelez le gouffre.Et on le comprend bien grâce l'éclairage de ce qu'on peut appeler 

1- la révolution de l'écriture     2- la révolution du numérique.
  et vous avez raison de dire oui c'est un gouffre.         
A.F: Est-ce qu'une tête bien faite peut émerger de la toile ? Et un certain nombre de gens et d'utilisateurs même d'Internet,se posent des questions et je me souviens de ce livre de Nicholas Carr, chercheur américain, "l'Internet rend-t-il bête ? " parce qu'un livre propose un monde, Internet fluidifie le monde.Dans un livre on chemine, sur Internet on surfe.
M.S: Quel type d'Internet vous utilisez, vous ?
A.F: Moi,je ne suis pas un utilisateur, je suis un handicapé informatique.
M.S: Dans ce cas la, notre discussion va être assez difficile parce que nous allons parler d'un monde où l'un d'entre nous n'est jamais allé.
A.F: Je m'y suis promené avec des guides..
je vais vous parler d'un utilisateur qui siège avec vous à l'Académie Française, Marc Fumaroli.
M.S: Oui mais Marc Fumaroli est en effet un grand papa grognon,ou ronchon type car c'est celui qui dit, le nouveau ne vaut plus rien.
A.F: J'ai assisté à votre discours, puisque je venais à l'invitation de Bérénice Levet qui a reçu un prix pour son livre "le Musée imaginaire d'Anna Harendt". J'ai entendu le discours que vous avez prononcé, très beau,sur la vertu du discours traditionnel et en effet vous avez commencé par une opposition entre "grand papa ronchon" et "petite Poucette" et je me suis reconnu moi même dans "grand papa ronchon".
Je suis arrière papa ronchon mais je suis quand même au courant, je lis, je vois ce qui s'y passe, donc je vous citerai Fumaroli quand même parce que ,aussi grand papa ronchon soit-il, il se sert d'internet et il s'en est beaucoup servi dit-il pour écrire son magnifique dictionnaire des métaphores..Fumaroli.jpgJ'ai pu dit-il grâce à cela ne pas courir d'une bibliothèque à l'autre,tout venait merveilleusement à moi".

."Il rend beaucoup plus riche les déjà riches, en revanche plonger les enfants et els adolescents dans cet univers,c'est très dangereux parce que qu'on y voit c'est un monde bariolé et numérisé qui fait écran au monde".
M.S: Le mot écran n'est pas mal car en effet il y a un écran.
A.F: Cela nous ramène à la relation enseignante. J'ai le sentiment que les meilleurs utilisateurs de la toile, qu'il s'agisse de la documentation ou même des SMS,ce sont des gens qui ont grandi, qui ont été formés dans la "graphosphère",et donc ils peuvent évoluer à l'aise dans ce que Régis Debray appelle la "numérosphère" en revanche les "digital natives" eux, certes sont plus à l'aise mais ils se noient me semble-t-il.Digital-Native-10qz4at.jpg.png
M.S: Oui je crois en effet que "Petite Poucette" est une population qui est née dans les années 85 à 95 c'est à dire au moment même où les nouvelles technologies se répandaient,et les prédecesseurs en effet lorsqu'ils sont au courant travaillent avec les nouvelles technologies, ce qui implique une certaine extériorité.Lorsqu'on travaille avec une machine on n'est pas forcé de savoir ce qui se passe dans la machine tandisque la génération suivante que j'appelle "petite poucette" vivent dans un monde qui est impliqué par les nouvelles technologies,et c'est ce monde la que "grand papa ronchon" ne comprend pas un peu comme les Docteurs de la Sorbonne au Moyen Age ne pouvaient pas comprendre l'univers de Rabelais, or l'univers de Rabelais qui est l'univers du livre imprimé et non plus du rouleau ancien.(le rouleau ancien était inaccesible vous le savez,conservé dans une bibliothèque à Alexandrie, au Vatican ou à Bologne et donc inaccesible si on était dans une campagne bordelaise et dès lors qu'on a accès à cette bibliothèque, on a une autre tête.Alors pour essayer de faire comprendre où est cette tête la, je vous drais vous raconter une histoire précisément que je raconte dans "Petite Poucette".
Il était une fois une ville qui s'appelait Lutèce et non pas Paris, et là il y avait les nouveaux chrétiens,qui se réunissaient de façon tout à fait secrète,parcequ'il étaient persécutés par l'Empereur Decius,et un jour ils s'étaient réunis dans un endroit secret mais ce qui devait arriver arriva,la légion romaine a enfoncé les portes et les fenêtres,ils se sont précipités sur l'évêque et l'ont décapité et alors la tête roule par terre et Saint denis la transporte au sommet de Montmartre.cette tête la a été externalisée,et vous vous souvenez que quand on était dans la classe de Philosophie, on nous disait que la connaissance humaine était divisée en trois facultés,la faculté de mémoire, la faculté d'imagination et la faculté de raison. C'était le tryptique cognitif et ça nous le portions subjectivement dans notre tête.Et aujourd'hui je raconte l'histoire de la décolation de Saint Denis pour dire que la tête est extérieure à moi et en effet j'ai devant moi un outil qui a plus de mémoire que moi,plus d'images que moi,et à certains égards plus de raison que moi puisqu'il y a des moteurs de recherche qui arrivent à faire des exploits et qui sont largement au dessus de mes capacités. Donc cette tête externalisée porte quelque chose à la renaissance. Montaigne sait tête bien faite plutôt que tête bien pleine, j'aurais tendance à dire "tête externalisée" et la coupure et le gouffre est énorme parceque la cognition est externalisée et je peux m'en servir comme d'un outil universel puisque outil cognitif.Ce qu'on n'arrive pas à comprendre dans le monde moderne, c'est que désormais l'outil est cognitif, c'est à dire qu'il y a un outil extérieur à moi qui a des facultés cognitives; ce qui me reste sur mon cou décollé c'est l'intelligence, l'inventivité et tout ce qui est l'innovation. Donc il y a un rapport au savoir qui a complètement changé et qui a changé d'autant qu'on peut le comparer aux changements cognitifs qui ont eu lieu dans l'Antiquité avec Platon et à la Renaissance avec Rabelais.
Non seulement la relation pédagogique a changé mais aussi la relation cognitive.
A.F: Quel rapport entretient-on avec ce cognitif externalisé ?
M.S: On l'a toujours fait mon cher.
A.F: Oui mais je reviens à la relation pédagogique et à ceque doit être notre autorité, notre responsabilité d'adulte envers les nouvelles générations. je suis un arrière garnd pècre grognon, ronchon mais je m'informe.
Voici un témoignage d'une jeune enseignante d'histoire qui a avec tous ces outils un rapport de familiarité qui n'est pas le mien, je veux parler de Mara Goyet- elle est professeur d'histoire dans un lycée, elle a été longtemps professeur dans un collège de banlieue et elle enseigne aujourd'hui dans une collège de Paris intra muros plutôt tranquille.
M.S: Oui, oui, j'ai lu le livre.
A.F: Elle dit : "l'ambiance n'est pas au travail,il y a mille autres sources de divertissement pour les élèves, textos avec le smartphone, téléphone intelligent, appels, MP3.." Elle nous décrit la chambre des enfants et des adolescents d'aujourd'hui qui n'a évidemment rien à voir avec la chambre où Proust adolescent s'enfermait pour lire.Il ya un canapé puisque le canapé s'est à ce point démocratisé qu'il en a dans les chambres des enfants sur lesquels ils se vautrent et que se passe-t-il,et bien en effet il y a une multitude d'échanges de SMS et ils sont plongés dans le brouhaha écoeurant d'échanges stériles et formatés.
M.S: C'est magnifique: "écoeurant- stériles et formatés" c'est fantastiquement rochon...! Quelle haine !
A.F: Si on les laisse à eux mêmes oui.
M.S: Moi je les aime ces enfants la,je ne les trouve pas stériles et formatés,ils échangent entre eux, que voulez-vous c'est merveilleux !Ils inventent enfin des appartenances et des communautés que nous n'avions pas imaginées, tant mieux !
A.F: S'ils échangent 150 SMS par jour comme cela est dit dans le Monde de cette semaine, ils les échangent aussi en classe,et le smartphone est l'ennemi de l'enseignant si l'on croit encore comme je le fait,à la parole magistrale et elle les aime et elle les aime assez Mara Goyet pour ne pas les abandonner à leur sort, au sort que la technologie leur fait.
M.S: Je peux vous dire que moi aussi j'ai été un adolescent,et j'étais dans la marine figurez-vous, j'étais à Djibouti après la campagne de Suez et j'étais amoureux, j'étais fiancé,et ma fiancée était à Bordeaux,et nous nous écrivins, une correspondance d'amour comme on dit et bien voilà c'est très simple,les lettres mettaient deux mois et demi à parvenir à Bordeaux,et quand je recevais cinq mois après la réponse de mon amoureuse, je ne comprenais plus quel était mon état d'âme il y a cinq mois auparavant forcément.Aujourd'hui l'amoureux qui se trouve à Djibouti,avec son amoureuse à Bordeaux, elle parle avec son smartphone et la correspondance d'amour date du smartphone parce que la au moins il y a une correspondance parfaite.
Savez vous par exemple qu'avec les nouvelles technologies elles ont été inventées pour les hommes d'affaire forcément parce que le profit est toujours la,mais on a aujourd'hui des chiffres extraordinaires qui disent que 65 à 70% des échanges sont intrafamiliaux entre maman et les enfants entre les enfants et papa, ça a plutôt renforcé les relations familiales voyez ce que je veux dire alors du coup pour en revenir à l'enseignement j'aime bien que vous ayez employé le mot autorité.26:57
Savez-vous cher ami que le mot autorité est un mot latin de droit romain :"autor" qui voulait dire la personne qui se porte aval dans un tribunal, mais c'est pas ça qui est intéressant, ce substantif autor qui est de droit romain,vient du latin ogere qui veut dire augmenter. Vous savez qu'en anglais, ils disent auction qu'ils ont gardé et par conséquent, qui a de l'autorité c'est celui qui vous augmente. Alors la probabilité pour que mes étudiants aient déjà des informations sur le sujet en question c'est ça, je vais maintenant considérer la "présomption de compétence" dont je parlais et maintenant pour avoir de l'autorité il faut que j'augmente ce savoir.Et précisément ma métaphore sur la cognition extériorisée, c'est à dire que la tête de Saint Denis est à l'extérieur et bien je dois faire fonctionner ce qui reste sur ma tête c'est à dire l'intelligence, la nouveauté, l'innovation etc... ce qui augmente le savoir.
Et qu'estce qu'un enseignant maintenant, c'ets précisément celui qui a une autorité parcequ'il augmente ce savoir qui est déjà là; dont on peut présumer qu'il est déjà là.Je suppose que c'est comme ça que vous enseignez et il n'y a pas de doute là dessus.
A.F: Je ne sais pas vraiment si on peut préjuger dans l'enseignement secondaire aujourd'hui que le savoir est déjà là, il me semble qu'il manque cruellement mais surtout vous reconnaissez dans "Petite Poucette" qu'il y auajourd'hui dans les classes une espèce de brouhaha,dont d'une certaine manière vous vous félicitez et donc que pour augmenter le savoir ou pour introduire de la pensée et du savoir dans la conscience des enfants,le silence est absolument indispensable,mais avec cette spèce d'immédiateté induite par les nouvelles technologies,on ne l'a plus .mais ça ça devrait plutôt être considéré comme un empêchement à cette augmentation.
M.S: Toute la question est d'essayer de comprendre quel est le monde induit par les nouvelles technologies parce que toutes les questions que vous posez supposent admises toutes les règles, les formats et le monde précédent les nouvelles technologies. Alors si vous voulez juger les nouvelles technologies d'après le format du monde précédent,vous êtes dans le cas de Socrate et cela ne peut que vous plaire, qui ne comprend absolument pas ce que veut dire l'écriture ou dans le cas des Docteurs de Sorbonne du moyen Age qui ne peuvent pas comprendre du tout le monde dans lequel rentrent Rabelais, Erasme ou Montaigne.
Hermès est au carrefour, il est la statue qui montrer la bifurcation,et en effet la culture a bifurqué, non seulement la culture mais aussi le sujet de la culture, la tpete mais aussi la cognition de la culture.Notre rôle d'enseignant ce n'est pas d'interdire ou de trouver dangereux,ou stérile ce monde la,c'est de comprendre la bifurcation pour aider précisément la naissance de cette nouvelle culture qui a eu lieu au Vè siècle ou à la Renaissance.
 A.F: Nous sommes en pleine renaissance dites vous, il me semble (et sans doute vais-je agraver mon cas de grand papa ronchon),que l'éducation en tant que telle relève du vieux monde. J'ai sous les yeux un très beau texte de Paul Ricoeur qui a été republié par la revue le Portique la revue de Benoit Goetz sur l'enseignement, il dit :Ricoeur-Paul.jpg

"Qu'est-ce que je fais quand j'enseigne, je parle,je n'ai pas d'autre gagne pain et pas d'autre dignité, je n'ai pas d'autre manière de transformer le monde et je n'ai pas d'autre influence sur les hommes,la parole est mon travail, la parole est mon royaume.Je parle seulement pour communiquer à la génération adolescente ce que cherche et ce que sait la génération adulte et il y a une chose que l'enseignement ne peut se proposer d'atteindre la fin du règne de la parole dans l'enseignement".
Peut-être estce que Socrate aurais pu prononcer cela...
M.S: Qui vous a dit que le règne de la parole était arrêté ? Vous ête la vivante preuve,vous êtes le professeur de France Culture. Les nouvelles technologies ici la radio, les réseaux vous permettent de parler alors triomphons triomphez mon cher, vous n'êtes plus le vieux papa ronchon,vous êtes excatement dans le coup! Et ce qui est intéressant dans le mot éducation,ne croyez pas qu'on va bouleverser à ce point, ce n'est pas parcque on a écrit qu'on arrêté de parler, ce n'est pas parce qu'on a imprimé qu'on arrêté d'écrire,et ce n'est pas parce qu'on a le numérique qu'on a arrêté d'imprimer puisqu'on a même une imprimante à la maison.
Je veux bien écouter ce que dit notre vieil ami Ricoeur,mais il oublie complètement que le mot éducation est un mot très intéressant: vous avez remarqué que le mot é- (c'est à dire le préfixe ex) et "ducation" c'est dux - ducere - c'ets à dire conduire ùais conduire où ? à l'extérieur, a dehors, à la bifurcation précisément que je suis en train de décrire.D'ailleurs l'éducation c'ets bien entendu transmettre du savoir déjà là, mais aussi transmettre à la génération future son propre monde "é-ducation" c'est à dire conduire (ducere) et en dehors c'est à dire de façon bifurquée et vous retrouvez Hermès.
A.F: Est-ce que l'éducation ne serait pas une certaine aptitude à conduire cette génération hors de son monde pour lui permettre par un grand détour, d'y revenir mieux armé, avec la distance qui est nécessaire.Parce que l'éducation a affaire avec le passé et le passé introduit vis à vis du brouhaha, du présent,une distance.
M.S: Voyez chez vous le présent est dans le brouhaha et seul le passé a de la valeur.
A.F: le présent est dans le brouhaha parce que ce que nous avons retenu du passé, c'est tout autre chose que son brouhaha, nous avons retenu un certain nombre d'oeuvres avec lesquelles nous sommes invités à converser. Le présent est forcément un brouhaha et ce brouhaha a pris aujourd'hui des proportions inimaginables,du fait justement de la communication planétaire.
M.S: je voudrais faire une sorte de contrepied et de parler de l'enseignement des sciences qui a beaucoup changé à cause des nouvelles technologies,et même la recherche parce que la science de mon temps n'était pas la même que la science d'aujourd'hui,donnée avec l'ordinateur et je voudrais donner un mot intéressant puisque vous parlez des anciens avec des citations, alos je vais en donner moi aussi.Max Planck le physicien allemand qui a donné son nom à tous les Instituts qui portent son nom,aimait dire à la fin de sa vie,alorsq u'il avait le bilan bien rempli d'inventions et de découvertes: "ne croyez pas que les théories ou les expérimentations de physique sont vraies que la science fait des progrès, non, non,c'est parce que les générations d'avant viennent de prendre leur retraite, c'est comme ça qu'on fait des progrès".

Alors si vous voulez enseigner à chaque fois à la nouvelle génération l'ancien monde, vous la bloquez complètement, elle n'inventera plus. Rabelais n'avait aucun intérêt à savoir par coeur la scholastique du Moyen Age, il inventait un bouveau monde: Pantagruel,Gargantua, les iles Tohubohu etc...et les Docteurs étaient désespérés. Il voulait aussi qu'on apprenne le latin le grec et l'hébreu mais ils sont dans Wikipedia cher ami..
Savez vous que je vais voir le directeur d'une Ecole Normale dans les années 80 et je lui dit mettez toute la science, la culture en ligne et il m'a répondu, il faut des examens pour ça.Voyez c'était désespéré car on avait déjà inventé Wikipedia nous tous, on était donc en avance mais c'est vrai qu'Ovide, Virgile en latin sont dans Wikipedia, le grec et l'hébreu aussi.
A.F: Oui on est dans Rabelais avec ce savoir externalisé en même temps, ce dont les enseignants de l'enseignement supérieur se plaignent autant que ceux du secondaire c'est de voir les élèves se contenter pour leurs différentes compositions de faire du copier/coller.
M.S: je connais la suite..;
A.F: Ils le constatent, ils s'en désolent. Ils se disent le savoir est externalisé et donc mon rapport au savoir c'est le clic.je sais puisque j'ai accès mais entre le savoir et l'accès il y a encore un gouffre.
M.S: Ca a toujours été ma critique, quand je lisais des livres,que j'étais jeune et que je les lis encore maintenant,je me dis mais comment ça se fait que ce professeur qui a écrit ce livre soit tellement citationnel, il ne fait que du copier/coller.c'est à dire, il cite sans arrêt et Aristote et Platon et machin et truc et il a des livres partout pour pouvoir parler, il cite sasn arrêt, c'est du citationnel.C'est à dire cette critique que vous faites aux jeunes étudiants, l'ancienne génératon le faisait mais avec le livre, c'était pire encore.Ils ne peuvent plus penser par eux mêmes, ils ne font que citer, qu'est-ce que c'est qu'une thèse au fond,elle a d'autant plus de valeur qu'il y a beaucoup de notes en bas de page et des index extrêmement fournis écoutez,il n'a pas pensé par lui même, c'est pas un bouquin ça, c'est pas une invention, c'est rien du tout. Par conséquent le professeur doit avoir son agrégation pour avoir sa thèse, a fait pire que ce qu'il critique dans Wikipedia, écoutez c'est pas raisonnable.
A.F: Citer c'est un exercice..
M.S: Et bien couper/coller aussi why not ?
A.F: Vous avez des citation et un raisonnement que ces citations illustrent..
M.S: J'en ai lu des thèses vous savez et ce qui est la cause de ça c'est la citation perpétuelle et c'est du coper/coller ni plus ni moins. Alors ne critiquez pas la nouvelle génération quand vous faites la même chose.
A.F: je ne suis pas sûr d'avoir fait la même chose du moins je l'espère..mais il ne faut pas que tout ça s'accentue.
Pour mieux comprendre cette mutation de la relation pédagogique c'est le thème de votre livre "Andromaque veuve noire" (publié à l'Herne), c'est le thème de Petite Poucette.
M.S: La pédagogie est un cas particulier.
A.F: Vous trouvez une positivité à ce bavardage dans Petite Poucette en disant qu'il y a une demande de plus en plus forte et précise venue de ces jeunes,et que ça change même la nature de la relation. Si j'ai bien compris, il faudrait pour les professeurs, mieux répondre à la demande.Est-ce que vous pouvez m'expliquer ce que vous voulez dire.
M.S: Si on analyse en poussant le contrepied,de la relation entre le médecin et le patient,(où il y a une relation 1 + 1 c'est beaucoup plus facile à analyser) pour certains types de symptomes, de difficultés si lemédecin lui dit tais toi, qu'il l'examine en lui disant tu n'es pas compétent etc...il peut faire des erreurs assez considérables,il vaudrait mieux qu'au début il l'écoute et  même si le patient un peu vaniteux dit: j'en connais autant que toi parce que j'ai regardé sur Wikipedia ou sur la toile ce que veut dire petit travers par exemple, donc la relation dont j'au parlé tout à l'heure est plus équilibrée, c'est à dire qu'il y a une écoute.Dans la relation pédagogique j'ai eu l'intuition en enseignant parce que je suis comme vous un enseignant,le monde ayant complètement changé j'avais besoin d'écouter d'autant plus que si vous voulez,j'ai enseigné dans le monde entier en particulier aux Etats Unis mais aussi en Asie, en Afrique,et un peu parttout. J'avais l'impression tout d'un coup que le monde avait tellement changé que je gaganais énormément à écouter ce dont il s'agissait.je vais prendre un exemple qui n'a rien à voir avec les NTIC; jusqu'à un certain moment nous enseignions en France à des Français,en Californie à des Californiens,ou à Shangaï à des Chinois.A partir des années 70/75, on s'est mis à enseigner à des mélanges; en France le mélange est un peu plus africain, beur, européen,et là où j'enseigne à Stanford le mélange est un peu plus asiatique, coréen, chinois, philippin etc..multi-ethnique-enfants-ecriture_bld051651.jpg et du coup,l'enseignant s'est mi à écouter ce multiculturel qui est devant moi.Je ne peux plus dire tout à fait les mêmes choses à quelqu'un qui est une population cohérente culturellement et à une population qui est multiculturelle.Mon discours est obligé de changer.
De la même façon lorsque le nouveau monde est arrivé, il y a une écoute très précise à faire quand on est enseignant pour comprendre le monde danslequel ils sont et non pas à le juger bavard, faisant du bruit, stérile etc.. non non il y a quelque chose de nouveau qui arrive: écoutez la nouveauté ! Et à ce moment là une fois que vous avez compris cette nouveauté la,un peu comme le multiculturel alors adaptez votre enseignement.En effet il y a une nouvelle parole à inventer.
A.F: Inventer ou adapter ? Mais est-ce qu'il reviendra au maître et quelle que soit l'époque précisément de ne pas satisfaire la demande, de  dérouter la demande. le maître se définit par son extériorité, l'éducation dit ça en effet, comme le dit Lévinas, Levinas.jpg

"le maître m'apporte plus que je ne contient et même plus que ce à quoi j'aspire, il me déconcerte".
M.S: C'est justement ça,il ne peut me déconcerter que s'il connaît le monde dans lequel je suis.Il ne me déconcerte pas s'il me dit quelque chose de totalement étranger,mais il a une chance de me déconcerter, de me faire bifurquer, de me dérouter précisément s'il a compris l'habitat dans lequel je demeure.Il ne peut le faire s'il n'st pas compréhensif et lucide sur le monde dans lequel il évolue.
A.F: Très bien alors j'aurais une toute petite question qui a surgi en moi à l'écoute de ce discours que vous avez prononcé donc jeudi à l'Académie Française parce que vous avez fait un lien très éclairant entre la vertu et le virtuel amis précisément je reviens au problème que l'on a vis à vis de la lecture, j'ai quand même le sentiment qu'il y a virtuel et virtuel c'est à dire que la littérature c'est une sorte de réserve de l'invisible,nous avons des personnages que nous ne voyons pas, le virtuel nous fait tout voir et l'image la, préempte l'imagination si tant est qu'elle ne la remplace pas, donc n'y a-t-il pas à l'intérieur du virtuel un combat à mener entre si j'ose dire ces deux virtualités.

M.S: mais c'est ça que j'ai dit à l'Académie Française, ce virtuel la est tellement profond dans l'âme humaine, dans l'imagination humaine que pour connaître l'homme dans sa singularité individuelle, la littérature est dix fois plus importante que les sciences humaines ou même la philosophie.C'est à dire que c'est grâce à mme Bovary, le Père Goriot, Benjamin Constant ou Proust que j'ai pu en effet comprendre la singularité humaine et c'ets ça que j'appelle le virtuel mais il se trouve et  c'est àa qui est tout à fait extraordinaire que ce virtuel littéraire qui donne en effet la priorité à tout ce qui est imaginatif, ai sens que nous avons donné tout à l'heure se retrouve exactement dans les sciences les plus exactes et c'est ça qui est extraordinaire.C'est à dire que ce qui paraît caractériser les hommes, c'est à dire le virtuel pour les connaître dans leur individualité,caractérise aussi les choses et j'ai parlé des mathématiques, de la physique etc..pour dire évidemment que ce réel là de "grand papa ronchon" n'est pas monovalent, il est au contraire ce qui pourrait ne pas être, c'est à dire contingent comme est contingent le Père Goriot, Madame Bovary etc..
A.F: Oui mais vous dites, "grand papa ronchon s'accroche au réel".
M.S: je l'ai appelé Sancho 

AF: Vous avez mis Petite Poucette du côté de Don Quichote et "grand papa ronchon" du côté de Sancho Panza.Or, les "grands papas ronchons" (dont je suis ici le porte parole) se désolent de voir que Petite Poucette ne lit pas Don Quichote,qu'elle n'en a rien à faire de Don Quichote, s'ils n'aiment pas le jeux vidéos c'est précisément parce qu'ils pensent que Don Quichote c'est mieux que les jeux vidéos et il y en a un qu'il faut absolument défendre contre l'autre, et il est vrai qu'il ne nous ramène pas au vieux monde, il nous rattache à lui, nous en sommes les continuateurs, les augmentateurs, ce n'est pas du passéisme que de dire ça.don_quichotte_3.1230403197.jpg
MS: le continuateur du virtuel tel qu'en effet Cervantes l'a décrit, et précisément mon discours tendait à dire ça, il y a en effet un grand père dans le couple Sancho Panza/Don Quichote, l'un plutôt du côté du réel l'autre du côté de l'imagination,que le couple se reproduit en effet avec le "grand papa" et la petite fille, mais qui se reproduit en effet dans les sciences aujourd'hui. Il est probable que surfer sur la toile c'est exactement s'adonner au travail précisément que Cervantes décrit quand Don Quichote va vers les moulins ... il y a une sorte de folie imaginative. Qu'estce qu'il fait Don Quichote au fond ? et bien il surfe sur le réel, n'est-ce pas et bien cette vie elle est transposée de façon extrêmement vivante dans l'action même de petite Poucette qui est réellement le vrai successeur et c'est ça mon idée dans ce discours que le vrai successeur de Don Quichote c'est petite Poucette et que le vrai successeur de Sancho Panza, c'est encore petite Poucette pourquoi parce que   Sancho Panza dit à Don Quichote: "Regarde Dulcinée c'est pas une princesse, c'est une sorte de bergère malpropre".Et dès que vous êtes dans l'imagination vous vous dites c'est dans une bergère que j'ai trouvé une femme extraordinaire et que le réel n'est pas celui que Sancho Panza pense.
A.F: Oui mais alors j'aurais une dernière question à vous poser.

"Grand papa Ronchon" vous dites de lui qu'il s'attache à un vieux monde qui n'est pas très glorieux et qui fut même au XXè siècle atroce, alors quelle leçon tirer de cela car après tout,l'atrocité au XXè siècle a fait jouer à la jeunesse un rôle central, après tout, la révolution culturelle consistait à éradiquer les vieilles idées, la vieille culture,les vieilles coutumes, les vieilles habitudes.
M.S: Vous me mettez du côté de Mao !
A.F: Pas du tout ce que je veux dire par la, est-ce que ça ne renforce pas en nous cette responsabilité dont je parlais tout à l'heure.
M.S: je crois cher ami qu'il est intéressant de dire ça,parce qu'en effet le XXè siècle, que j'ai vécu puisque je suis plus vieux que vous et ai vécu ça de façon très précise,ce XXè siècle a été atroce et a donné 150 millions de morts entre les guerres et les crimes d'état comme vous en parlez,écoutez, quel est le pays qui était au XXè siècle,de loin le premier pour la musique,la littérature, la philosophie,les beaux arts, l'enseignement, la médecine, la science etc..c'était de loin l'Allemagne.Et cette Allemagne la qui était la plus cultivée de toutes les nations,mais cette vieille culture elle l'a protégée de quoi ? C'est ça ma question, la question est vraiment très grave. cette vieille culture, de quoi a-t-elle protégé l'Europe ? Réponse: de rien.C'est quand même terrible de penser que ce vieux monde là tellement cultivé, tellement inouï,n'a été protégé de rien. Je peux vous répondre de façon dramatique,tragique.
A.F: Oui, vous avez raison c'est un problème tragique dont nous ne sommes pas sortis,                      
M.S: Donc vous voyez bien qu'on ne peut pas faire l'éloge de l'ancien monde de façon générale puisque là on a une expérience cruciale terrible, terrifiante.
AF: Oui mais je pense que la question que je vous posais était tragique aussi, en tout cas je voulais vous remercier Michel Serres pour cette convesation en espérant qu'elle puisse se poursuivre en lisant "Petite Poucette" (Ed.Le Pommier)ainsi que "Andromaque veuve noire"(Ed. de l'Herne)  .                 

http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4519989

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17 octobre 2012 3 17 /10 /octobre /2012 18:14

Yamina Benguigui, la nouvelle ministre déléguée aux Français de l’étranger et à la Francophonie, estime que les emplois devraient être réservés aux immigrés par rapport au « blanc de souche ».

Yamnina Benguigui, réalisatrice, présentatrice télé (Hollande semble décidément bien sensible à cette humble profession) et chantre de l’antiracisme, a été nommée ministre dans le gouvernement Ayrault. Cette femme considère que pour les embauches, en France, « à qualité égale, priorité au beur puisqu’il a eu plus d’obstacles à franchir qu’un blanc de souche ».

Une déclaration faite par une ministre de la République française au magazine Courrier cadre, en octobre 2004. Éric Zemmour avait été condamné pour moins que cela, et il n’est pas un représentant de la république.

Il faudrait que les gouvernants arrêtent de nous mettre des pseudos politiques peoples sortis de nul part, dont la présence est uniquement due au symbole qu’ils représentent.

Au delà de ce problème de « politique show-business », présent à gauche comme à droite, en France comme aux États-Unis, si les nominations, comme ministres, de ces peoples sont toutes aussi grotesques que celle de Benguigui, tous ne se permettent pas des discours de discrimination raciale.

En nommant ministre une telle femme aux positions idéologiques anti-françaises nauséabondes, à la limite du racisme, Jean-Marc Ayrault et François Hollande ont fini de convaincre de leur irresponsabilité.

En voyant Yamina Benguigui au ministère, on comprend mieux les couleurs des drapeaux qui ont fleuri place de la Bastille le soir de l’élection de François Hollande. C’était donc cela le fameux rassemblement des Français promis par le candidat avant son élection ?

24h Actu - Octobre 2012

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 15:50

Alors,  le contact  humain,  la chaleur  humaine,qu'en faites-vous ?
Ce  que  les  hommes  ont  à communiquer  entre eux,  la science et l'art,  ils ont bien des moyens d'en faire  l'échange. J'ai reçu d'eux plus de choses par  le livre  que  par  la  poignée  de main. Le  livre m'a  fait connaître  le  meilleur d'eux-mêmes,  ce  qui les prolonge à  travers  l'Histoire,  la  trace  qu'ils  laissent
derrière eux.
Mais combien d'hommes ne  laissent pas de  trace écrite et qu'il serait  enrichissant de connaître? Ceux qui  souffrent  et travaillent  n'ont  point le  temps d'écrire.
- Oui, mais est-on sûr que la prise de contact avec ceux-là est  empreinte  du  seul  souci  de  la connaissance et  de  la  participation  au  transport  de leur  croix ?  Le  paternalisme,  le  narcissisme,  la recherche  de  la  dominance,  savent  prendre  tous  les visages. Dans  le contact avec  l'autre on est toujours deux.  Si l'autre  vous  cherche,  ce  n'est  pas souvent pour vous trouver, mais pour se trouver lui-même, et ce que vous cherchez chez  l'autre c'est encore vous.
Vous ne pouvez pas sortir du sillon que votre niche environnementale a  gravé  dans  la cire  vierge  de votre  mémoire  depuis sa  naissance au  monde  de l'inconscient. Puis-je dire qu'il m'a été donné parfois d'observer de ces hommes qui, tant en paroles qu'en action,  semblent  entièrement  dévoués  au  sacrifice,mais  que  leurs  motivations  inconscientes  m'ont toujours  paru  suspectes.  Et  puis  certains,  dont je suis, en ont un jour assez de ne connaître l'autre que dans  la  lutte  pour  la  promotion  sociale et la recherche de la dominance. Dans notre monde, ce ne sont  pas  des  hommes  que  vous  rencontrez  le  plus souvent,  mais  des  agents  de  production,  des professionnels.  Ils  ne  voient  pas  non  plus  en vous l'Homme,  mais  le concurrent,  et  dès  que  votre espace gratifiant entre en interaction avec le leur,  ils vont tenter de prendre  le dessus, de vous soumettre.
Alors, si vous hésitez à vous  transformer en hippie, ou à vous droguer, il faut fuir, refuser la lutte si c'est possible.  Car  ces  adversaires  ne  vous  aborderont jamais seuls.  Ils s'appuieront  sur  un groupe  ou une institution. L'époque de la chevalerie est loin où l'on se  mesurait  un  à  un,  en  champ  clos.  Ce  sont les confréries  qui  s'attaquent  aujourd'hui  à  l'homme seul,  et  si  celui-ci  a  le  malheur  d'accepter  la confrontation, elles sont sûres de la victoire, car elles exprimeront le conformisme,  les  préjugés,  les  lois socio-culturelles du moment. Si vous vous promenez seul  dans  la  rue,  vous  ne  rencontrerez  jamais  un autre homme seul, mais  toujours une compagnie de transport en commun.
Quand  il  vous  arrive cependant  de  rencontrer  un homme qui accepte de se dépouiller de son uniforme et de  ses galons, quelle  joie! L'Humanité devrait  se promener  à  poil,  comme  un  amiral  se  présente devant son médecin, car nous devrions  tous être  les médecins  les  uns  des  autres. Mais si  peu  se  savent malades  et désirent  être  soignés! N'ont-ils  pas suivi très  fidèlement les  règles  du  livre  d'Hygiène et  de Prophylaxie  que  la  société  bienveillante a  déposé dans leur berceau à la naissance ?
Cette  distinction  que  j'ai  faite au  début  entre  le réel  et l'imaginaire,  nous  la  retrouvons  au niveau d'organisation  des sociétés.  Les  rapports interindividuels qui s'établissent en  leur sein, fondés sur  le  fonctionnement  du  système  nerveux  humain en situation sociale et qui aboutissent aux hiérarchies professionnelles  et  aux dominances,  sont  bien  réels et  vécus  comme  tels.  Mais  le  fonctionnement
nerveux  est inconscient  de  ses sources structurelles innées et acquises.(...)

ELOGE DE LA FUITE  - HENRI LABORIT- Essais Folio Gallimard

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 19:29

- Bien sûr qu'ils ne savent rien, et alors ? Ils savent des choses que nous ne savons pas. Ils ont leur langage, leur culture. »

A ce mot, je me retiens pour ne pas sortir mon révolver, et je me retrouve à me justifier :

« Vous savez, je leur ai distribué trois textes très courts : l'un de Rimbaud, "le Dormeur du val" ; le deuxième de La Bruyère, "Vous vou­lez m'apprendre qu'il pleut ou qu'il neige ; dites : il pleut, il neige." ; le troisième, la fin du comice agricole dans "Madame Bovary"... S'ils ne les ont jamais lus, c'est une bonne occasion ; s'ils les ont lus, ils comprendront, et je les y aiderai, que ce sont là de parfaits récits journalistiques. Après tout, vous m'avez fait venir pour cela, non ? Montrer que le récit, romanesque, poétique ou journalistique, obéit à des règles communes, à une obligation d'intérêt, de surprise, de simplicité ; qu'il y a plus de critique sociale dans cette simple phrase de Flaubert : "Ainsi se tenait, devant ces bourgeois épanouis, ce demi-siècle de servi­tude", que dans toutes les envolées révolutionnaires ; que les "deux trous rouges au côté droit" du "Dormeur" est une image plus efficace que tous les pamphlets antimilitaristes. Que pour faire du journalisme, il faut savoir cela. Au moins cela. »

Mon chef me laisse parler. Et conclut : « Ce n'est pas Sciences-Po. »

Parlons-en : c'est quoi, Sciences-Po ?

Historiquement, c'était un prolongement de la fac de droit où les jeunes bourgeois qui n'avaient pas eu la possibilité ou le désir d'intégrer une grande école venaient parfaire une éducation de bon aloi. Après la guerre, avec la fondation de l'ENA, en 1945, c'est devenu l'antichambre de l'antichambre du pouvoir. Dernièrement, avec l'ouverture facilitée aux élèves des classes défavorisées, cela voudrait être un laboratoire d'intégration, la Rolls de l'ascenseur social. A subsisté le respect du client. Tout se passe comme si le fait d'enseigner des rudiments de culture générale au plus grand nombre était devenu politiquement incorrect (on a vu cela sur les campus américains au cours des années soixante-dix), était une offense à leur culture.

« Vous les avez choqués ! Ils ont l'impression que vous méprisez leur culture. »

- Quelle culture ? Je veux bien leur parler en verlan.

- Fini le verlan. C'est plutôt le SMS.

- Et merde ! On ne doit donc pas parler d'Apollinaire à ces enfants perdus ? Les laisser à l'extérieur du monde de la pensée, de l'écriture, c'est cela le mépris ! Et en plus, ce sont les premiers de la classe !

- Vous ne m'avez pas compris. Quand vous commandez un article sur l'adultère en prenant l'affaire DSK comme point de départ, eh bien, ils se sentent, les filles surtout, offensés. Cette affaire DSK les a scandalisés. Qu'on puisse en parler comme d'une histoire banale, ce n'est pas eux, ça, pas du tout. »

J'avais en effet demandé à « mes » étudiants de faire une petite histoire de l'adultère qui commencerait avec le fameux « Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre » (Jésus exhortant les siens à ne pas lapider une femme adultère). En passant par le théâtre de boulevard : « Je t'aime, Maurice, mais physiquement je préfère ta femme » (« les Vignes du Seigneur »). En continuant par le sublime « Je la pris près de la rivière » (« la Femme adultère » de Federico Garcia Lorca). Et en finissant par ce fait divers stupéfiant qu'est l'affaire DSK. Un fait divers ! Appeler ainsi l'affaire DSK, peut-on faire plus politiquement incorrect ?

Revisite chez moi, le ton a un peu changé.

« Vous savez que vous devez les noter à la fin de votre cycle, mais les étudiants aussi vont vous noter. C'est ainsi dans toutes les universités.

- Et alors ?

- J'ai peur que vous n'ayez pas une bonne note et cela risque de nous retomber dessus à tous. »

Et il conclut :

« Nous allons essayer quelque chose de plus haut de gamme pour vous. Là, franchement, je crois que cela ne va pas le faire. »

Certaines expressions dépassent notre quota d'indulgence. Ce « ça ne va pas le faire » dans la bouche d'un recruteur de professeurs d'université me met hors de moi. Je claque la porte.

Qu'allais-je donc faire dans cette galère ? Un reportage ? Pourquoi pas, cela m'aurait rajeuni... Sincèrement, cette perspective d'intéresser de très jeunes gens à la magie de la communication, au mystère du langage, dont tout le monde sait aujourd'hui qu'il structure au moins autant le cerveau qu'il n'est inventé par lui, m'aurait passionné. De leur enseigner l'amour des mots. Il en a été décidé autrement.

Par qui ? Qui gouverne ce petit monde de Sciences-Po ?

D'où vient, coïncidant avec ma mésaventure, cette circulaire annonçant la suppression de l'épreuve écrite de culture générale ? De l'Éducation nationale ? Des « privés » du conseil d'administration ? Qui a voulu qu'au sortir du secondaire on refuse une dernière chance à ces jeunes gens ? Voilà une enquête que j'aimerais demander à « mes » étudiants. Qu'ils fassent vite. Demain, en juin prochain, ils quitteront l'école et s'installeront dans leur fauteuil. L'élite, c'est eux .   P. B.

Le Nouvel Observateur 12 JANVIER 2012 - N° 2462

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19 juin 2012 2 19 /06 /juin /2012 19:22

Polémique

Adieu, Sciences Po ! PAR PIERRE BÉNICHOU

Chargé d'animer un séminaire sur "le récit journalistique", il a dû y renoncer.

C'est passé presque inaperçu. Un petit événement « en interne », comme on dit dans les entreprises bien gérées, mais dont la portée symbolique aurait pu alerter l'opinion. Est-ce parce qu'il a coïncidé avec ma propre mise à l'écart que je m'y suis, plus qu'un autre, inté­ressé ? La nouvelle tient en deux lignes : Sciences-Po a supprimé l'épreuve écrite de culture générale de son concours d'entrée. À quoi sert « la Princesse de Clèves » ? demandait Sarkozy il y a peu. L'Université lui répond : à rien. Eh quoi ?« Les Grecs [...1 vous donneront bientôt d'autres sujets de larmes » (Racine, « Andromaque »). Ce n'est pas le moment de sortir son mouchoir à tout bout de champ. Oui, mais voilà, ce petit événement, j'en ai été le témoin, un témoin privilégié si l'on peut dire.

Tout commence l'été dernier. Coup de téléphone d'un prof de Sciences-Po chargé d'organiser le département journalisme de l'Institut. Il se présente : « Jean-François Fogel, ancien journaliste. » Il me propose de conduire à la rentrée de novembre un séminaire sur « le récit journalistique ». Je n'ai pas le temps de lui dire ma surprise qu'il m'abreuve de compliments sur ma réputation dans le métier, mes quarante ans au « Nouvel Observateur », la reconnaissance, c'est lui qui parle, que me vouent de jeunes confrères devenus patrons de presse, etc., etc. L'embêtant avec les flatteurs, c'est qu'ils vous flattent, vous voyez ? Je réponds que ce temps-là est révolu, que le hasard a fait de moi un autre homme, un « humoriste » comme disent les amis bien intentionnés. Moi, je lui dis : « Un clown. » « Ne croyez pas ça, répond-il, vous avez été coopté. »Et il prononce cette phrase d'une élégance rare : « Prof de fac, ça sera bon pour votre ego. » Je n'ai pas raccroché. Comme la mère de Céline, il avait visé bas, il avait visé juste.

Quelques jours plus tard, lettre d'une responsable de ce fameux département journalisme, Mme Agnès Chauveau, ravissante jeune femme qui m'accueillera par ces mots : « Ils ne savent rien. » J'avais appris par sa lettre que mon rôle serait le suivant : « Tout en s'inspirant des différentes techniques narratives utilisées dans les récits de fiction comme de non-fiction, le cours : "Ecrire une histoire" vise à nourrir l'écriture des étudiants. »

Je me dis, à la lecture de ce galimatias, qu'il y aurait en effet du boulot. Mal payé. Mais quoi, l'ego triomphe, j'accepte la proposition (deux séries de six cours hebdomadaires de deux heures, de novembre à février) et me mets immédiatement en quête de « référents » à qui je propose de venir m'aider. Accueil plus qu'amical, enthousiaste, de Jean Daniel, Philippe Labro, Laurent Joffrin, Franz-Olivier Giesbert. Ils viendront m'épauler une heure chacun. L'ego est en pleine forme. Le Roy (Ladurie) n'est pas mon cousin. Je passe plusieurs jours à peaufiner une « leçon inau­gurale », comme on dit au Collège de France, où j'es­saie de réunir quelques définitions, beaucoup d'anec­dotes, pas mal de « trucs » - l'attaque d'un papier, « prendre le lecteur par les revers de sa veste et ne plus le laisser s'échapper » (Mauriac) - et la contradiction de ce métier où il faut être à la fois flic et poète.

Je propose surtout un programme de lectures com­mentées d'articles particulièrement réussis de confrères célèbres. Cela va, hormis mes référents, de Victor Hugo à Mona Ozouf, de Céline à Lucien Bodard, de Jean Cau à André Breton. Je m'efforce d'être le plus léger possible sans occulter la difficulté profonde de cette activité paradoxale qui consiste à raconter une histoire sans « raconter d'histoires », à écrire                  « naturellement », ce qui est un rêve, car, disait Sartre, « on parle sa langue maternelle, on écrit en lan­gue étrangère ».

Le grand jour arrive : quinze étudiants, sept gar­çons, huit filles, tous âgés de 21 à 22 ans, tous reçus avec mention « bien » (neuf d'entre eux) ou « très bien » (six) au baccalauréat, m'attendent dans une petite salle. Ils sont en deuxième année de Sciences-Po, après avoir fait deux ans d'université (bac +3 donc). Je commence mon laïus. Un désintérêt à peine poli accueille mes propos. De temps en temps, l'un d'eux note fébrilement une formule toute faite. Je m'étais promis de la jouer « interactif », je m'interromps donc souvent pour poser une question du genre : « Quels journaux lisez-vous ? », « Quel journa­liste aimeriez-vous être ? », « Quel est votre poète pré­féré ?» Pas de réponse. Si, à la dernière question, une jeune fille s'écrie : « "Paroles" de Jacques Prévert. »

J'apprendrai plus tard qu'ils ne lisent jamais aucun « journal papier » et qu'une revue de presse hebdomadaire sur le Net leur suffit. Quant aux noms de journalistes, ils n'en connaissent pas un seul. Je risque : « Plutôt Raymond Aron ou plutôt Delteil de Ton ? » Stupeur dans leur regard. La séance prend fin. Je rentre chez moi. Coup de téléphone du susnommé Fogel, il veut me voir d'urgence. Rendez-vous est pris chez moi pour le lendemain.

« Cher monsieur Benichou, je crois qu'on n'y est pas. Vous savez, les bruits vont vite. Ce sont tous des étudiants qui ont déjà un an d'école de journalisme. Ce qu'ils veulent, ce sont des conseils pratiques. Vous leur dites ce qu'ils savent déjà ».

- Mais ils ne savent rien.

MARC SOYEZ-AFP

Le Nouvel Observateur 12 JANVIER 2012 - 2462

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18 février 2012 6 18 /02 /février /2012 18:30

Economie en questions de Dominique Rousset  France Culture
Mondialisation et action publique/   18.02.2012 - 11:00
Raouf Boucekkine, économiste (passé à l'anglophone mais issu d'une université francophone belge !!!!!)
David Thesmar
Philippe Martin
Nicolas Baverez, historien et économiste
Olivier Pastré, professeur d'économie à Paris VIII
1er sujet :
A l'occasion du lancement vendredi 17 février 2012 de l'Ecole d'Economie d'Aix-Marseille (pôle d'excellence "Mondialisation et action publique") : pauvreté, inégalité et action publique dans les pays en développement...
Ce même vendredi, PSE :Ecole d'Economie de Paris, pompeusement baptisée : "Paris School of Economics" fêtait son 5è anniversaire...

Nous aurons donc tout le loisir de commenter le travail et les choix de ces nouvelles écoles d'économie, il y en a d'autres et je fais confiance à mes invités pour nous les signaler (Il n'y aura pas de place pour la concurrence des Universités francophones NDLR) ;
Dans le paysage français et mondial quelle place elles tiennent justement dans ce paysage international ?

Rappel par Olivier Pastré :
Au début il y avait les les pays du Tiers Monde où le terme a été forgé par Alfred SAUVY en 1952 puis popularisé par Georges Balandier à travers les cahiers de l'INED à partir de 1956. On a à tort désigné par tiers Monde tiout ce qui n'est ni capitaliste ou socialiste,or quand on lit les articles d'Alfred Sauvy de 1952 comparait cela au Tiers Etat.
Puis après on a eu un 2è concept dans les années 60-70, celui de Pays sous développés,c'est concept bien FMI bien Banque mondiale et bien fataliste ,ces pays étaient sous développés et ils allaient le rester.
Heureusement le FMI et la Banque mondiale ont réfléchi et dans les années 70-80, on a utilisé le terme pays en développement,pour positiver le concept. Voilà pour les concepts fondateurs, il y anesuite les concepts dérivés,dont les principaux sont les PMA :les pays les moins avancés,concept crée par l'ONU en 1971 avec 3 critères, un PIB par habitant inférieur à 900$, un retard en matière de développement humain,une vulnérabilité économique, ce qui concerne aujourd'hui 48 pays considérés comme pays moins avancés,(25 en 1971)
2ème sous concept , les PPTE : pays pauvres très endettés,créé en 1987 par le FMI et la Banque Mondiale, 43 payus , les 3/4 dans l'Afrique sub-saharienne, 60 Milliards de dettes qui devaient être annulées, sous réserve que ces pays mettent en oeuvre eds réformes qui aillent dans le sens,du développement humain;
Enfin dernier concept, les NPI nouveaux pays émergeants, les dragons d'Asie qui ont réussi : Corée du Sud, Taïwan, Singapour,les Tigres, Malaisie, Singapour, et Thailande,et les Jaguars, Mexique, Chili,Colombie, on appelle cela maintenant les pays émergents, preuve qu'il y a plus d'imagination dans les concepts que dans la gestion des crises au FMI et à la Banque Mondiale.

En direct d'Aix: Raouf Boucekkine, économiste, professeur à l'Université de Louvain(Belgique) et directeur scientifique de l'Ecole d'Aix Marseille; par studio interposé.
A M S E est le sigle anglophone: "Aix Marseille school of economics" c'est aussi le choix de P S E : Paris School of Economics, pour mentionner au passage peut-être pour ceux qui ne le savent pas que les cours sont dispensés à Paris à plus de 90% entièrement  en anglais,c'est un choix qui a été fait maintenant  il y a trois ans, et qui est tout à fait apprécié des étudiants français bien sûr et qui contribue à attirer aussi les étrangers...

DR: C'est une première remarque, Raouf Boucekkine, vous avez  pris la même décision ?
"Oui en tout cas, une grande partie de nos cours, au moment où je vous parle peut-être pas 90%,en tout cas à partir des Masters, les cours sont en anglais. C'est une conséquence de la Mondialisation".
"Ce n'est peut-être pas la plus sympathique..." fait observer Olivier Pastré.
"On peut en discuter, il s'agit d'une certaine manière de s'adapter à la concurrence, il y a évidemment aussi l'idée d'accueillir de plus en plus d'étudiants étrangers,beaucoup d'entre eux ne parlent pas français,c'est une façon aussi d'être hospitalier" note Raouf Boucekkine.
"Et cela marche" conclut Dominique Rousset.

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 11:12

En annonçant, le12 décembre 2011, que le concours d'entrée à Sciences-Po n'inclurait plus l'épreuve de culture générale à compter de 2013, son directeur, Richard Descoings, a simultanément divisé sa propre équipe et suscité une polémique féroce la question est trop brûlante pour ne pas passionner les intellectuels. Les uns se réjouissent de la fin d'un barrage social les autres, plus nombreux, hurlent à la dilapidation de la culture. Tandis qu'Ivan Rioufol, dans le Figaro, évoque des adeptes de la table rase » sacrifiant à « l'idéologie égalitariste , les philosophes Chantal Delsol et Jean-François Mattéi dénoncent l'avènement de la « médiocrité , et Xavier Patier, directeur de La Documentation française,
la « déculturation ». Philippe Sollers est allé jusqu'à annoncer sur France Info une génération d'« esclaves ». L'écrivain Philippe Forest s'inquiète également dans Libération du triomphe des « techniques d'automarketing ».
Face à eux, la voix de Marie Duru-Bellat, sociologue spécialiste des questions d'éducation, professeur à Sciences-Po, que la réforme ne « choque pas », semble bien faible.
Supprimer la culture générale, serait-ce l'avènement du pragma¬tisme dans les études, l'esprit qu'on assassine ? Personne ne semble avoir noté que la très respectable École normale supérieure de Lyon (ENS-LSH) a discrètement fait, pour son concours d'entrée 2012, un choix similaire, qui montre peut-être que les choses sont tout de même plus complexes qu'on ne le dit. Entre les humanistes autoproclamés qui se déchaînent aujourd'hui contre la direction de Sciences-Po et les tenants d'un utilitarisme mercantile, on n'est pas nécessairement sommé de s'enrôler dans une caricature.
Plantons le décor. Dans les structures d'enseignement où le problème se pose, la culture géné-rale n'est pas un aliment pour conversations de salon ; elle reflète ce qui n'est pas l'objet d'un enseignement spécifique, mais ce qu'un étudiant, accablé de travail dans les autres matières, peut encore apprendre sur l'art, la littérature, la philosophie. Jusqu'à nouvel ordre, les épreuves de culture générale sont au programme des nombreux concours des grandes écoles de commerce (HEC, Edhec, Essec, Ecricom). Quant aux filières scientifiques, les concours d'entrée à Polytechnique, à Centrale Supélec, aux Mines-Ponts ou à l'Espci-ENS comportent tous un oral de français qui relève de la culture générale, dans la mesure où il repose sur un
programme constitué d'un thème (pour. 2012, « la justice ») et d'œuvres relevant de divers domaines culturels. La « culture gé » est donc un enseignement où les frontières entre disciplines sont gommées, afin de constituer un support sur lequel les candidats développent
leurs aptitudes à comprendre un problème, à restituer l'argumentation d'un texte et à structurer une pensée personnelle sur le monde.
Or, depuis quelques années, cette forme d'enseignement se trouve en butte à plusieurs types
d'attaques. Les concours des grandes écoles ne sont du reste pas les seuls concernés : dès 2008, les filières techniques de la fonction publique ont remplacé leurs QCM de culture générale par des épreuves pratiques.
Poursuivie par André Santini, alors secrétaire d'État chargé de la Fonction publique, la réforme devait également toucher les concours administratifs recrutant les fonctionnaires des catégories B et C.

Comment cette vague, grossièrement symbolisée par l'anti-intellectualisme de Nicolas Sarkozy et ses rapports difficiles avec la Princesse de Clèves, a-t-elle pu parvenir jusqu'aux institutions censées fabriquer les élites ?
Quatre reproches sont souvent adressés à ce type d'épreuve.
1- D'abord, la culture générale n'est pas une véritable discipline. Elle se construit en réalité tout au long d'une vie.
2- Ensuite, son corpus serait aujourd'hui circonscrit par des limites surannées, excluant les formes plus actuelles de la culture (cinéma, musique, jeux vidéo, etc.).
3- De plus, l'épreuve étant extérieure aux compétences techniques des étudiants, elle ne devrait jouer aucun rôle dans leur recrutement.
4- Enfin, et surtout, l'épreuve pénaliserait les candidats issus de familles défavorisées, car le milieu culturel dans lequel ils ont grandi ne correspondrait pas aux attentes du concours.
Pour plus d'équité
Ces dernières semaines, les partisans de la réforme, Richard Descoings en tête, ont beaucoup mis en avant cet argument social. Le directeur de Sciences-Po a aussi pointé le rôle discriminatoire des prépas privées payantes : «Ces sociétés proposent des manuels et des fiches techniques, 150 sujets de culture géné¬rale ou 1 500 citations à apprendre par coeur. » (Libération, le 31 janvier 2012.)

Pourtant, on sait que les épreuves de langues étrangères sont en fait bien plus injustes que la culture générale : les meilleures notes vont bien souvent aux élèves aisés qui ont eu les moyens d'effectuer plusieurs séjours linguistiques. Modifier plutôt cette épreuve-là a même été l'option retenue dès 2010 par l'École centrale (Paris). Hervé Biausser, son directeur, expliquait ainsi, au lendemain de la Conférence annuelle des grandes écoles, que le concours se recentrerait sur « l'anglais courant », pour ne pénaliser personne (le Figaro, le 8 octobre 2010). Mais, si ces épreuves évaluent des aptitudes acquises en partie ailleurs qu'à l'école, on se demande si la bonne solution consiste vraiment à renoncer à les évaluer. Ne vaudrait-il pas mieux essayer de donner à tous les moyens de les acquérir?
«De quelque manière qu'on s'y prenne, indique Pierre François Moreau, professeur de philosophie et membre du jury à l'ENS de Lyon, même si les correcteurs font tout pour ne pas évaluer la culture familiale, c'est elle qui transparaît fatalement dans les notes en culture générale. Je vous dis, par exemple "La mélancolie." Si votre famille vous a emmené au cinéma, au théâtre, si vous avez lu depuis longtemps des livres qui échappent à la culture scolaire, vous serez mieux armé qu'un autre pour affronter ce sujet
Les uns se réjouissent de la fin d'un barrage social ; les autres, plus nombreux, hurlent à la dilapidation de la culture.
Pour atténuer cet effet, l'ENS-LSH a résolu de transformer en profondeur l'épreuve plutôt que de la supprimer. Adieu la culture générale, bonjour l'approche des sciences humaines. Ce qui change? L'épreuve est désormais sur programme : six ouvrages, renouvelables par tiers tous les trois ans. L'avantage est que cela contourne relativement la culture familiale en permettant aux lycéens de se mettre à niveau avec leurs propres lectures. Au moment de l'épreuve, le candidat devra proposer une lecture personnelle d'un passage avant d'entamer une discussion avec le jury. Seul l'avenir dira si cette nouvelle mouture atteint son objectif : permettre une évaluation générale d'une plus grande équité.
Une épreuve à renouveler
Une remarque s'impose toutefois : ce n'est pas parce que la culture est extraordinairement difficile à évaluer que l'on doit renoncer à la transmettre. Les deux logiques ne se recoupent pas. Le débat actuel est aussi une manière de refouler l'essentiel : la part incalculable des qualités humaines qui ne se laissent pas quantifier. Or, jusqu'à présent, l'épanouissement de celles-là était précisément le but de la culture générale. a Comment une femme ou un homme incapables de faire le lien entre les différentes dimensions - économique, culturelle, religieuse... - de la société pourraient-ils diriger une entreprise ou concevoir le développement d'un produit ? s'interroge un ancien professeur de classe préparatoire adulé par ses élèves. Précisément parce qu'il n'est pas relié à une discipline, ce type d'enseignement est indispensable : il ouvre les étudiants à des questions extérieures à leur domaine. Cela peut également leur permettre, au besoin, de se réorienter. a Demandez-leur ce qui est encore actif et utile, non pas un ou deux ans, mais dix ans après la sortie de l'école... La culture générale , poursuit-il. Au lieu de cantonner les étudiants dans des secteurs spécialisés ou techniques, institutionnels ou commerciaux, la culture générale a élargi les horizons de générations d'étudiants. Un atout précieux en cas d'échec.
La crise de légitimité que tra¬verse la culture générale participe pourtant d'une nécessité : il faut en renouveler les formes. Avec des professeurs exceptionnels, les cours de culture générale sont inoubliables mais il arrive aussi qu'ils versent dans le bavardage mondain.
Comment l'éviter ? Pour commencer, quoi qu'en disent les conservateurs de tout bord, il est indispensable d'en faire évoluer les contenus.
Il y a encore trente ans, explique Pierre-François Moreau, la culture générale désignait ce qui tournait autour de la littérature façon XIXe siècle, avec quelques autres manifestations considérées comme périphériques. Aujourd'hui, la base de la culture s'est élargie : elle implique un peu de sociologie, un peu de psychanalyse, un peu d'histoire de l'art, un peu de littérature, un peu d'anthropologie... ,
En supprimant son épreuve, Sciences-Po donne sans doute à la société un signe inquiétant, comme s'il ne valait plus la peine de développer le sens critique chez tout le monde. Mais on ne saurait en retour défendre aveuglément une épreuve en partie désuète, et qui, surtout, ne règle pas le seul problème qui vaille : comment faire en sorte qu'un socle culturel qui n'est pas commun au départ le devienne à l'arrivée? Entre les salons Belle Epoque et la Culture pour les nuls, il y a bien d'autres formes d'accès à la culture à défendre e à inventer. 

M.R. in Marianne 12 février 2012

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25 octobre 2011 2 25 /10 /octobre /2011 21:42
PIERRE-YVES MARZIN  FLASHBACK, L’ACTUALITÉ DE LA CINEPHILIE ( Libération )
Les révoltés de l’autodafé mexicain
Face à la volonté de la Cinémathèque de Mexico de détruire 35000 bobines de films, la résistance s'organise.
PIERRE-YVES MARZIN 
Mexico envoyé spécial
«Pour les Mexicains, la mémoire n’a aucuneimportance. Les archives de la nation pourrissent, elles sont pleines de champignons, on veut les déplacer sans arrêt. Quand elles ne sont pas purement et simplement détruites.» Installée à Mexico depuis 1978, Sibylle Hayem, ingénieure du son française, a consacré ses travaux aux traditions mexicaines. Et de rappeler une curieuse manie,née au temps des Aztèques qui, tous les cinquante-deux ans, lors de la traditionnelle fête du Nouveau Feu, saccageaient leurs pyramides et leurs biens. Les colonisateurs espagnols détruisirent à leur tour le codex préhispanique.
Cette «tradition» de la destruction a traversé les siècles. Et si les archives ont été sauvegardées, c’est grâce aux soins d’individus isolés. Sibylle Hayem est de cette espèce, plutôt rare au Mexique. Son dernier combat remonte à quelques mois:sauver 35000 bobines de films d’une destruction réclamée par la direction de la Cinémathèque, sous prétexte d’un règlement absurde.
A la poubelle. Janvier 2000:la nouvelle directrice de la Cinémathèque de Mexico,Luz Fernandez de Alba,décide que l’institution doit disposer d’une collection permanente de 200 films,pas un de plus,pas un de moins. Or, pendant de nombreuses années,des réalisateurs, des producteurs et les services culturels des ambassades en place au Mexique avaient fait don à la Cinémathèque de milliers de films.
Hélas, ils sont entrés dans les archives sans que l’administration de la Cinémathèque n’en accuse réception. Officiellement, ils n’existent donc pas.La direction prend alors la décision de jeter à la poubelle «l’excédent», soit 35000 bobines,des images, des positifs, des négatifs, des bandes magnétiques.
La décision tombait à point nommé: le parti au pouvoir (PRI) venait de perdre la présidentielle et toutes les institutions gouvernementales devaient être remises en parfait état de marche au parti vainqueur (PAN). Les films entrés sans trace officielle dans les archives, preuve du laxisme administratif,pouvaient être détruits en toute impunité.
Le 23 novembre commence le défilé des camions-poubelles.
Alerté par une voix indiscrète,Gerardo Ortiz Trejo, conservateur auprès de l’Institut mexicain du cinéma (Imcine) arrive à la Cinémathèque avec des camions de déménagement et quelques chauffeurs. Il récupère en douce les bobines et les emporte pour les planquer dans l’entrepôt de l’Imcine.
«Mais cet institut n’a pas la vocation de conservation, il sert à distribuer les copies de films mexicains à l’intérieur du pays et à l’étranger, explique Sibylle Hayem. Les films sont gardés à une température de 12° avec 50% d’humidité. Il n’y a pas vraiment la place pour entreposer 35000 bobines de plus.»
La direction de la Cinémathèque réagit aussitôt et somme Gerardo Ortiz de brûler les 35000 bobines.Il est menacé de licenciement s’il rend publique la nouvelle.Dans une folle course contre la montre, il identifie une centaine de bobines comme étant des chutes sans valeur, les rassemble et les brûle en public.Les autres sont à l’abri.Entretemps,Alfredo Joskowicz, ex-directeur des studios Churubusco Azteca qui,à Mexico, incarnent l’âme du cinéma local,est nommé directeur de l’Imcine.Le 3 avril, il décide de venir en aide à Gerardo Ortiz et d’établir une politique cohérente de conservation des films entre toutes les institutions concernées.
Accord in extremis? Fin du cauchemar? Pas du tout.«Selon la loi, poursuit Sibylle Hayem, les images sont développées dans des laboratoires qui doivent conserver les négatifs.Au fil des années, des dizaines de producteurs indépendants ont travaillé avec Filmolaboratoires, qui a entreposé depuis 1951 les négatifs dans un immeuble de trois étages. Patricia Millet, la propriétaire de l’immeuble, a annoncé que des bulldozers détruiraient bientôt l’entrepôt. Elle demande aux producteurs et réalisateurs d’emporter leurs films.Pour l’heure, seuls les héri- tiers de Fernando de Fuentes et la famille Gazcón sont venus retirer leurs bobines pour les remettre à l’Unam
En attendant,personne ne sait ce qu’il adviendra des trésors enfermés dans l’entrepôt. In extremis, les bulldozers ont rebroussé chemin et certains négatifs, considérés comme les plus précieux,ont été entreposés dans un local prêté par un voisin. Pour combien de temps? L’Imcine négocie et fait le forcing: qui pourrait se charger de l’ensemble des négatifs,et aussi des bobines-son, les pépites d’or du cinéma mexicain,dont personne ne semble vraiment se soucier.
LUC DELANNOY VENDREDI 24 AOUT 2001 LIBERATION  p 27 CULTURE
Sibylle Hayem, à la recherche du son perdu
Cette Française tente de restaurer les trésors des musiques de films.Jusqu’à la fin des années 60, le Mexique était, après l’Inde et les Etats-Unis, le troisième producteur de cinéma au monde avec près de 180 films par an
en moyenne. Pourtant, Sibylle Hayem s’est aperçue qu’il n’existait aucun disque de musique de films mexicains.Explication aux Studios Churubusco Azteca:«Je suis tombée sur une pièce bourrée de bobines puantes. Les masters des bandes sonores avaient été oubliés.Personne ne savait. Les autorités voulaient s’en séparer à cause de l’odeur.» Virus du vinaigre. Au Mexique, la musique de film a d’abord été enregistrée sur des disques en aluminium.Dans les années 50,ils furent remplacés par des bandes magnétiques.Victimes du virus du vinaigre,ces bandes sont en train de pourrir.«Il m’a fallu un an pour faire comprendre aux autorités qu’il y avait des trésors à restaurer.
Comme à Hollywood, les studios de Churubusco étaient très fermés et seuls quelques compositeurs y avaient accès.Et il n’y a ni partitions ni répertoire de tous les trésors qui furent enregistrés. J’ai restauré une bande pour l’envoyer au directeur des studios,Alfredo Joskowicz,qui m’a engagée sur le champ pour continuerla restauration.»
Première découverte: 80 des 156 musiques de Raul Lavista,l’héritier des pères du musical mexicain.Deuxième découverte,90 bandes de Manuel Esperón qui a composé pour plus de 600 films. «Esperón a débuté en accompagnant au piano les films muets, rappelle Sibylle Hayem.
Ses compositions font partie de l’inconscient populaire, il a composé pour les films la Mujer del Puerto (1933) –considéré comme le premier film parlant mexicain– Ay Jalisco,no te rajes (1942), Amorcito Corazón
(1960)… Il a aussi composé pour Jorge Negrete et Pedro Infante. Il a aujourd’hui 90 ans, je l’ai invité à venir écouter ses bandes qu’il découvrait après toutes ces années

Inédits. Troisième découverte:des musiques et des chansons inédites de Perez Prado,Libertad Lamarque, César Costa,Chico O’Farrill,Cuco Sanchez,Pedro Infante… «A partir du film Allá en el Rancho Grande(1936) de Fernando de Fuentes, le cinéma mexicain acquiert un style unique qui mélange le playback et la musique de fond.Dans tous les films, il y a des chansons interprétées par les vedettes de l’époque.Personne ne veut croire que Perez Prado a composé des musiques de fond, il a pourtant fait la musique de Desnudarse y Morir  de Miguel Morayta (1966) et A Fuego Lento de Juan Ibañez (1978).Chico O’Farrill a composé pour Mexico Nunca Duerme de Alejandro Galindo (1958).»
Avec toutes ses découvertes, Sibylle Hayem espère monter une phonothèque.Elle serait l’une des plus belles du monde l L.D.
Les entrepôts de la Cinémathèque de Mexico.  Sibylle Hayem, ingénieure du son française, vit à Mexico depuis 1978.
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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 21:37

L'homme est-il propriétaire de la nature? Emission "Du grain à moudre" Brice Couturier France Culture  21.02.2011 - 18:20
C’était fatal. Un jour ou l’autre, les philosophies environnementalistes allaient rentrer en collision avec l’humanisme. En effet, si l’homme cesse d’être la

« mesure de toute chose » (Protagoras) pour rétrograder au statut d’espèce animale parmi d’autres, comment lui conserver sa primauté ?

S’il dégringole même au rang d’espèce particulièrement nuisible pour son comportement irresponsable envers la planète, pourquoi le tenir pour supérieur ? Si toute sa science et ses techniques cessent d’être mises au crédit de ses capacités rationnelles et figurent, elles aussi, à l’acte d’accusation au titre du pillage des ressources naturelles et de la détérioration du climat, où est sa fameuse « dignité » ?

L’éthique environnementale est une branche de la philosophie développée surtout en Amérique du Nord depuis la fin des années 1970. Elle nous invite à repenser à nouveaux frais nos catégories morales en cessant de nous focaliser sur nos rapports avec nos seuls semblables. Reconnaître une « valeur intrinsèque » aux créatures du monde naturel, c’est de facto réclamer pour les animaux, mais aussi pour les végétaux, une dignité propre, et pourquoi pas ? des droits. Et du coup, la morale ne peut plus se limiter aux relations des hommes entre eux, en tant que, seuls, ils seraient « doués de raison ».

Il est tentant de déceler, dans ces pensées, une « haine de la modernité », comme le font les défenseurs de l’humanisme, dans la mesure où elles tendent à voir dans l’action de l’homme sur la nature, non plus le « progrès » à la manière des libéraux et des marxistes, mais au contraire, une sorte de viol. Doit-on aller jusqu’à les dénoncer comme un paganisme rétrograde qui nous ferait revenir jusqu’aux époques où nos ancêtres adoraient l’esprit des sources et ménageaient les forêts, dont les chênes étaient censés abriter les âmes des héros ?

Invité(s) :
Stéphane Ferret, philosophe et Consultant d'entreprise
Emilie Hache, philosophe
Samuele Furfari, fonctionnaire européen à la Commission de Bruxelles. Enseigne la géopolitique de l'énergie à l'Université libre de Bruxelles

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Commentaire : Aurélien Péréol  23.02.2011
Je suis surpris et déçu de cet abord historico-religieux. Pour ma part, il me semble que la notion fondamentale est que la technique (ce que l'homme met en oeuvre dans sa vie et son développement en vue d'améliorer ses conditions de vie, les améliorer de son point de vue...) que la technique donc est tissée de nature (et non pas établie par domination de la nature, contre la nature, à l'opposé). La technique est contre la nature comme une échelle est contre un mur. IL me semble qu'il y aurait beaucoup à gagner si l'imaginiaire commun qui est plutôt du côté de l'idée d'une domination passait à l'idée d'un tissage.
J'ai écrit en ce sens un article : http://www.lemonde.fr/opinions/chronique/2010/04/20/nous-avions-des-avions_1340362_3232.html
Cet article est tourné vers le futur, dans une éthique de responsabilité et non vers le passé dans une éthique de conviction, comme l'a été votre émission.

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Emilie HACHE, philosophe
Stéphane FERRET :Philosophe auteur de éthique de la nature et Philosophie de la Crise écologique (Seuil)
Samuele Furfari, fonctionnaire européen à la Commission de Bruxelles. Enseigne la géopolitique de l'énergie à l'Université libre de Bruxelles
"Dieu l'Homme et la nature" (Bourrin 2010)
L'éthique environnementale est une branche de la philosophie développée en Amérique du Nord
Comment repenser nos rapports avec la nature et pas seulement avec nos seuls semblables, reconnaître une dignité propre aux animaux et aux végétaux et des droits.
La Morale ne peut plus se limiter aux hommes entre eux, qui seraient seuls à être doués de raison, certains animaux ne le sont-ils pas ?
  Haine de la modernité chez les penseurs humanistes traditionnels car l'action de l'homme sur la nature ne tend plus au progrès, à la manière des libéraux et marxistes d'autrefois mais au contraire on assiste à une sorte de viol.Doit on aller jusqu'à les dénoncer comme adeptes d'un paganisme rétrograde qui nous feraient remonter aux esprits des sources de nos ancêtres,et les forêts de chênes qui abritaient les âmes de nos héros...
  Bertrand de Jouvenel 1965 :"Pour une conscience écologique"
  "Nous les hommes sommmes les grands parvenus de la biosphère, les conquérants, les colonisateurs,les maîtres. Nous nous considérons comme la race des seigneurs et la nature comme notre esclave."
  Et Jouvenel faisait remarquer que dans notre système économique,on ne comptabilisait que le travail nécessaire à l'extraction des ressources, et jamais la déperdition de ces ressources elles mêmes. Et il ajoutait que l'homme était la seule créature de la terre à changer et à perfectionner sans cesse ses méthodes d'extraction des ressources naturelles alors que la fourmilière ne saurait être améliorée car elle avait atteint son degré maximum d'efficacité. Donc, il concluait, nous devons cesser d'être le pillard habile et irresponsable des ressources naturelles pour devenir gardiens de notre demeure terrestre.  
  Est-ce que cela ne veut-il pas dire Stéphane Ferret que les Français n'étaient pas si en retard que cela sur les Américains que vous aimez tant ?
  Je pense que la philosophie française est très en retard par rapport à la philosophie analytique.On peut trouver chez Montaigne ou Rousseau quelques traces d'une pensée pré-écologiste, au demeurant, il est bien clair que l'éthique environnementale est bien une pensée nord américaine foncièrement analytique.
  Et donc cette pensée de Bertrand de Jouvenel ne s'inscrit pas dans le courant de pensée que vous essayez de nous présenter ?
  -Je suis désolé d'avouer mon ignorance mais je ne connais ni cet auteur ni ce texte.Je peux par contre vous parler des philosophes contemporains américains.
  Y-a-il une éthique protestante de la nature comme il y a une éthique protestante du capitalisme ou du moins anglosaxonne ?
  "Les Racines historiques de la crise écologique" (Lyn White Jr) critique des racines du mal qui serait que l'homme serait le maître et possesseur de la nature: thèse fameuse et conceptualisée par Descartes dans le Discours de la Méthode.
Dénoncer l'anthropocentrisme qui serait comme une tare de la culture occidentale comme la cause principale de l'environnement, est-ce que ce n'est pas tourner le dos et c'est là dessus qu'il y a débat,à tout l'humanisme occidental. J'ai cité la phrase de Protagoras,"l'homme mesure de toute chose" puis Descartes, "que l'homme par sa technique puisse se rendre comme maître et possesseur de la nature" et puis on peut aller jusqu'à Hegel et Marx avec le fait que par le travail considéré comme une lutte avec la nature,l'homme fait son histoire.
Est-ce que vous n'êtes pas à la lumière de ces philosophies anglosaxonnes de l'Environnement,à tourner le dos à toute la tradition humaniste occidentale depuis les Grecs, Descartes et jusqu'à Marx ?
Je me suis intéressé à l'éthique écologique via les maîtres à penser que sont Spinoza et Darwin qui sont à la racine de la philosophie écologique.
Ca a mauvaise presse de dire "je suis anti humaniste" et mieux vaut se dire "Humaniste" pour se faire aimer.
Comment définissez vous la pensée écologique entre ceux qui mettent l'Homme au centre de leur pensée écologique et le pensent autrement.
Il y a deux visions du monde , une vision H (Humanocentriste) et une pensée non H (donc non humanocentriste)
D'un côté l'écrasante philosophie occidentale: Aristote, saint thomas, Descartes, Kant etc.. et de l'autre,les deux auteurs cités: Spinoza et Darwin, pour qui "l'homme est un fragment du monde" .
On retrouve ces deux tendances dans la philosophie écologiste , autrement dit ,d'une part "l'Ecologie H" qui est un environnementalisme: la nature doit être préservée, non par pour elle même mais pour l'homme, c'est une ressource, un grand magasin à ciel ouvert et on peut y picorer comme bon nous semble ,et d'autre part une "Ecologie non H" qui ne se traduiit pas derrière une pensée unique, mais une galaxie de pensées:
1- l'éthique animale qui met en avant la primauté de l'animal comme être souffrant, comme être sensible, cette pensée est incarnée par l'australien Peter Singer,et par l'Américain Tom Reagan.
2 - le bio-centrisme il s'agit d'élargir les êtres doués de considérabilité morale à travers les plantes,les arbres, on pense à des auteurs comme Ruth Pastor, Paul Taylor par exemple.
Dans ces deux éthiques le primat est accordé à l'individu.
3- l'éthique éco-sphérique  qui elle accorde les primats à des écosystèmes; ce qui prime ce ne sont pas les spécimens mais la totalité autrement dit,ce qui compte c'est le système et l'équilibre dans son ensemble, la nature elle même.  
Face à ces deux conceptions écologiques H et non H , l'une vous semble-t-elle plus pragmatique que l'autre, on pourrait penser que quoi qu'on en pense éthiquement,il est plus pragmatique de choisir la première théorie, c'est à dire celle où l'homme est au centre de la pensée environnementale,parce qu'il est plus facile d'avoir à convaincre les gens d'avoir un comportement politique,un comporement pratique, pour l'environnement si on leur explique que c'est dans leur intérêt même si c'est un petit peu terre à terre.
Emilie Hache apporte une attention particulière aux conséquences des décisions ou des actions que l'on peut entreprendre. Est-ce la première écologie H qui prend le plus en compte les conséquences de nos actions ?
 Tous les partis Ecologistes ou Verts adoptent la position "H" à droite comme à gauche.
Samuele Furfari "Dieu l'Homme et la nature" critique la philosophie environnementaliste, au nom de l'Humanisme. Il est paradoxal de voir aujourd'hui les Chrétiens adopter cette position de repli partagée par les libres penseurs, favorables à la modernité démocratique comme Luc Ferry qui avait réglé un compte assez virulent envers les environnementalistes il y a une vingtaine d'années.  
Il y a un temps, pas si lointain où l'Humanisme représentait un courant de pensée qui célébrait, contre le Christianisme, le progrès en tant que développement historique accompli par l'homme hors de tout horizon transcendant, l'oeuvre purement humaine par rapport à la providence divine, l'homme qui accomplit ce qu'il a de plus spécifique par ses seules forces: sa raison, sa volonté,sa culture, sans recours à la Grâce, après tout le Christianisme n'a loué ses liens avec l'Humanisme que de manière assez tardive avec Brémont et Maritain.
Est-ce que ce n'est pas une position de repli un peu fragile,pour les Chrétiens que de défendre, l'Humanisme qui longtemps encore une fois, l'a combattu ?
- Je crois que ce n'est pas suffisamment comprendre les fondements du judeo-christianisme dans une optique où Dieu crée le monde, et l'Homme à son image donc Créateur, c'est fondamental et en ce sens il ne peut-être que participant à cette création, il s'inscrit dans une démarche de poursuite de la création et donc tout ce qu'il doit faire c'est achever ou parachever cette Création et cela s'inscrit tout à fait dans la logique de l'Humanisme, il n'y a pas de rupture, c'est une continuité de travail pour permettre à l'Homme de croître et de se multiplier dans le sens du travail( de former quelque chose de dynamique ,de la valeur ajoutée à la Nature).
Rappelons ce passage de la Genèse qui est très critiqué,par vos adversaires environnementalistes: "Les animaux,Tu seras leur maître et tu les terroriseras" mais il y a d'autres Versets qui disent que l'Homme doit respecter la Nature porter de la valeur ajoutée mais pas lui porter atteinte..
Comment peut-on transformer la Nature en la respectant ?
Dans ce schéma anthropocentrique, la Nature est là pour l'utilisation de l'homme et il ne la détruit pas contrairement à la litanie communément entendue aujourd'hui et devenue un fait.L'Homme l'utilise mais ne la détruit pas, il n'est pas un prédateur comme on le décrit partout.
Mais toutes les utilisations de la Nature ne se valent pas.L'Homme a été chargé par Dieu d'être le lieutenant de la Création, il est là pour vivre et se développer et donc il a un intérêt à la maîtriser et pas à la détruire..
  "Vous serez un objet de crainte et d'effroi pour toutes le bêtes sauvages,et pour tous les oiseaux du ciel,pour tout ce qui rampe sur le sol et pour tous les poissons de la mer, entre vos mains, ils seront livrés" (La Genèse) C'est l'illustration de la thèse despotique: l'Homme est le maître de la Création et il utilise les ressources naturelles à  sa guise.
Mais on peut en faire une autre lecture, la thèse du métayer, du contre maître ou de l'intendance via ses propres conceptions.

Je peux utiliser mon téléviseur mais aussi le briser en mille morceaux d'un coup de marteau en revanche, je peux être propriétaire d'un chien mais je ne peux pas en jouir à ma guise, et il est exlu que je puisse lui fracasser le crâne à coups de marteau; certes je peux le faire,rien ne m'en empêche si ce n'est précisément le droit.Mon chien a le droit de préserver son être en fonction de sa nature, en ce sens il n'y a pas de rupture ontologique entre l'Homme et mon chien.
Cependant, Stéphane Ferret vous établissez une hiérarchie des êtres de nature dominées par l'Homme: qu'est-ce que ça change  par rapport à l'Humanisme traditionnel,qui fait aussi de l'Homme le maître et le possesseur de la nature ?      
Livre raisonnable et tempéré même si je proclame un "anti-Humanisme théorique"et en aucun cas pratique, et que je ne suis pas prêt à verser dans l'écologisme radical ou "Deep Ecology" qui prescrit la suppression de l'Humanité parce que c'est une gêne pour la Nature..
Disons pour dire les choses de façon plus argumentée, la "deep ecology" défend un principe fondamental qui est le principe de biosphérisme égalitaire ou d'"égalitarisme biosphérique" autrement dit , tous les êtres de nature sont mis sur le même plan.Si tous les êtres ont la même valeur, alors il n'y a plus de valeur, qui dit valeur dit hiérarchisation, autrement dit on peut défendre une écologie "Non-écolocentrée"  et en même temps prôner, ce que je fais dans mon texte,une hiérarchie des êtres de nature.   
Que penser du succès du film "Avatar" où l'on retrouve des théories d'une planète qui serait une identité d'êtres reliés les uns aux autres ?
C'est un BD à la Walt Disney ! La Nature est cruelle et il faut relire "Voyage autour du Monde" de Darwin où le sansg est présent à chaque page.
Danger à attaquer l'Humanisme qui a ressurgi après la 2è Guerre mondiale et après l'eugénisme des nazis.
Consensus des phisosophes après la guerre de Mauffret qui interpelle Heidegger: Comment pouvez-vous avoir frayé avec les Nazis, et vous dire Humaniste.
Lettre sur l'Humanisme de Heidegger  très ambigüe: "L"homme n'est pas le maître de l'étang, l'homme est le berger de l'être"  
Ferret est "H"  Hache est "non H"
    
 
 
 
 

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