" Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
En octobre, une professeure de mathématiques s’est immolée par le feu dans un lycée de Béziers. Son suicide relance le débat sur la crise du métier d’enseignant. Il Fatto Quotidiano (extraits) Rome
L'enterrement a eu lieu à Causses-et- Veyran [dans l’Hérault], où vivait Lise Bonnafous. C’était le 17 octobre. La presse
n’était pas conviée. Une volonté de la famille, qui avait réclamé discrétion et recueillement. Au même moment, à une trentaine de kilomètres de là, à l’entrée de Béziers – petite ville du
sud de la France balayée par les vents méditerranéens –, élèves et enseignants étaient réunis autour d’un lâcher de ballons blancs depuis le lycée Jean- Moulin, où Lise
enseignait depuis une dizaine d’années. Et où, un matin, elle s’est immolée par le feu devant les élèves. Cette histoire aurait pu rester confinée à la rubrique “Faits divers” de quelque journal
quotidien. Le geste d’une dépres- sive comme tant d’autres. Mais Lise, qui souffrait effectivement de dépression, était aussi une ensei- gnante en crise dans un système d’éducation fran- çais guère
plus vaillant, et son suicide a provoqué de nombreuses réactions. Commençons par les faits. Le 13 octobre, Lise, qui avait eu des échanges tendus, la veille, avec quelques-uns de ses élèves,
a annulé son premier cours de la matinée, entre 9 et 10 heures. Pendant la récréation, elle est descendue dans la cour du lycée. Froidement, elle s’est aspergée d’essence. Avant d’allumer le
briquet, elle aurait dit, s’adressant à un groupe d’élèves : “Je le fais àcause de vous.”
Le suicide de Lise a relancé le débat sur la crise de l’école et les difficultés du métier d’enseignant, entre des actes de violence toujours
plus fréquents et l’augmentation du nombre de ceux qui abandonnent une profession qui attiraitjusque-là beaucoup de monde, parce qu’elle représentait une
garantie d’emploi. A tel point que les syndicats ont demandé au ministère de créer un service de médecine du travail au sein de l’éducation nationale.
Beaucoup, aujourd’hui, pointent du doigt les coupes budgétaires effectuées dans l’éducation et la fonction publique en général. A commencer par la règle qui consiste
à ne remplacer qu’un fonctionnaire partant à la retraite sur deux. Ainsi, cette année, sur 33 000 professeurs partis à la retraite, seuls 17 000 ont été remplacés. L’école française est
également à la traîne en ce qui concerne l’intégration des enfants porteurs de handicaps. La loi du 11 février 2005 a rendu obligatoire la scolarisation des enfants handicapés en milieu
ordinaire, mais ils sont encore à peine 60 000 à fréquenter l’école, contre 130 000 en Italie. En cause : le manque d’enseignants auxiliaires, qui, par ailleurs, sont presque tous
en situation précaire et recrutés au niveau du baccalauréat ou après une formation initiale sommaire.
Pour comprendre à quel point la profession d’enseignant est discréditée en France, il suffit de jeter un coup d’œil sur les données concernant les
concours d’entrée. Le nombre de candidats au concours de professeur des écoles est passé de 18 136 en 2010 à 18 734 cette année. Pourtant, au cours du même laps de temps, le nombre de
postes disponibles a augmenté [de 2 000 places].
Le chiffre le plus préoccupant concerne le concours pour enseigner dans le secondaire, où la discipline est un problème majeur : le nombre de candidats au Capes
a chuté de 35 000 à 21 000.
En mathématiques, il y avait autant de postes que de candidats : ils ont tous eu le concours !
Tout cela dans un contexte d’augmentation du chômage et de crise économique, sachant que le salaire net pour un plein-temps avoisine les 1 500 euros, une
misère pour qui vit à Paris ou dans une grande ville. Un mal-être existe donc dans une grande ville. Un mal-être existe donc bel et bien. Et aujourd’hui, beaucoup pensent que la
tragédie de Lise n’était pas fortuite.
Leonardo Martinelli
Et si le mal être ne venait pas seulement des enseignants eux mêmes, de leurs élèves, mais du système de l'intéreieur qui génère des dérives hiérachiques de la part de petits chefs et d'un climat délétère relayé par ces derniers, eux mêmes harcelés par leurs supérieurs lors de la réunion hebdomadaire au Rectorat;