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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 10:56

http://forums.france2.fr/ce-soir-ou-jamais/Participez-aux-debats/depart-beart-sujet_7708_1.htm

Voici mon post du vendredi 7 juin 2013 sur le Forum de "ce soir ou jamais" lequel  a suscité quelques réactions de téléspectateurs allant dans le même sens:

"Béart,après avoir captivé les invités et l'auditoire par sa perspicacité et son sens de l'a propos jusqu'à faire chanter la jeune sociétaire de la Comédie Française Léonie Simaga qui s'est sentie en famille comme au temps du grand Echiquier ,Leonie-Simaga.jpg pourquoi avoir brisé ces minutes de nostalgie haïe par les médias pour imposer le Groupe Savages (les bien nommées) comme le font les playlists sur Inter pour ne jamais tomber dans l'émotionnel ou l'instant de communion. Ces rares moments où pourraient,comme le disait le chanteur, unir les générations et les classes,sont volontairement brisés par l'animateur qui reste dans le buzz et le tourbillon médiatique dénoncé par Philippe Muray.10895_guy-beart_440x260.jpg

 

Béart s'en est allé et nous l'en remercions, quant a nous il nous restait le pouvoir de zapper..."

Revoir la scène qui pourrait fort bien s'intituler comme ce Blog  : Seniors dehors...! sur Youtube ici :(Pardon il s'agit d'un spectacle live assez ancien.)

http://www.youtube.com/watch?v=wwboahjVz9Q

Attendons la mise en ligne de ce départ en direct du plateau...

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22 mai 2013 3 22 /05 /mai /2013 21:35

 Jean Claude Michéa présentait ce mardi 21 mai 2013 Salle Pétrarque à Montpellier  son dernier livre :

Les mystères de la gauche: de l'idéal des Lumières au triomphe du capitalisme absolu.Michea.jpg

(Editions Climats 2013)

 

 

Les amis de l'Humanité étaient présents , fidèles et même inconditionnels de l'auteur montpéliérain.Petit plateau de friandises et l'intégrale de l'oeuvre de Michéa en vente à l'entrée.

 

La soirée était relayée par Radio Pays d'Hérault dont on ne donne pas la Fréquence...mais annonce la rediffusion ultérieure.... (?)

Jean Claude Michéa qualifié par un Blog de "French Dissident"rappelle qu'il avait déjà été invité pour parler de "l'enseignement de l'ignorance" (beau sujet dont on aimerait retrouver des traces...)

Le propos de ce soir est de décrire "la société décente ou socialiste, basée sur l'égalité, la justice et la convivialité" à laquelle aspire l'auteur.

Le constat est que la gauche actuelle est non pertinente et débouche sur une impasse.Propos devenu un lieu commun chez Julliard dans Marianne et ailleurs dans la presse magazine et de nombreux Forums...

Une citation de Paul Eluard vient le rappeler :"Un autre monde est possible il est dans celui-ci." Oui mais ce monde , force est de le constater est dévasté par le capitalisme aveugle. Même Mao Tsé Toung appelé en renfort, reconnaissait en son temps: "Il y a des contradictions au sein du peuple". Pensait-il à Cahuzac ? 

Il faut retrouver un  signe fédérateur commun à savoir  unir 95% de la population comme sous la Résistance face aux Nazis, où de l'anarchisme au monarchisme toutes les tendances de l'échiquier politique étaient représentés autour de De Gaulle : républicain issu de la droite  maurassienne.

Autre temps fort de l'Histoire française, le Référendum pour le Traité européen de Maastricht de 2005 concocté par Giscard et Olivier Duhamel réunis autour de cette mouture du Traité Européen.

Force est de constater qu'aujourd'hui selon un récent sondage 37% des Français ne se reconnaissent plus dans le clivage gauche/droite.De même en Italie avec Berlusconi et Peppe Grillo.Marx disait "produire pour produire et accumuler pour accumuler": à quoi cela correspond-il aujourd'hui ? 

Comment retrouver une union des classes populaires sachant que le Monde est composé de 7 Milliards d'habitants, 100 millions de riches, 5 milliards de classes moyennes et le reste 2 milliards pour les classes populaires...(Source le Monde) Les classe populaires se réfugient dans l'abstention;

Les "bobos" en général représentés par une figure du show-biz qui prône l'égalité pour tous... quelle égalité ?

Le simple fait de croire en une croissance infinie dans un monde limité est de toute façon une absurdité.La seule politique possible de lagrade et Strauss Khan étant de rassurer les marchés financiers. 

La gauche évoque le "bobo parisien" combattant des réformes sociétales comme le mariage gay et est bien loin de la dictature du prolétariat, concept abandonné par le PCF en 1970 tout comme la faucille et le marteau.

En 1860 c'est  Pierre Leroux qui invente le mot "socialisme" contre "l'individualisme" délirant du capitalisme anglais naissant où tout devait être privatisé.Les Saint Simoniens d'alors portent tous l'uniforme qui doit être fermé par derrière sans doute par souci d'égalité pour ne pas s'habiller seul.(?)

En 1870, Leroux corrige sa définition et appelle à une société future positive et pas seulement en réaction face au capitalisme car les ouvriers ont adopté son propre terme.

La gauche au pouvoir de 1899 à 1980, il s'agit de la deuxième gauche après celle du XIXè siècle. Mais à cette époque ni Proudhon, ni Bakounine ni Marx ne se disent "socialistes".Ils parlent des "puissances du passé" (désignant ainsi "le côté droit" du parlement représenté par  l'Eglise et la Monarchie qui veulent restaurer l'Ancien régime ) et en face, il y a "la gauche"qui rassemble "l'Alliance de la grande bourgeoisie libérale et la petite bourgeoisie républicaine et démocratique."Souvenons nous ce que disait Jules GUESDE: Les classes rurales, si on veut les féconder, il faut les violer".

Etre de gauche au XIXè c'est être contre la Monarchie (sans la voix du Comte de Chambord qui a manqué et à l'Action Française) et l'Eglise:( c'est être anticlérical et opposé aux congrégations)  Les socialistes luttaient contre le capital et la gauche contre l'ancien régime ! 

N'oublions pas que pour un Zola, l'homme du centre gauche c'est Thiers le seul capable de briser la réaction , cet instinct du peuple qui est un enfant de 1789" et les radicaux derrière Gambetta.

Il y a enfin les "anarcho-syndicalistes" qui formeront la base de la CGT autour des Guesdistes et la Charte d'Amiens : les syndicalistes doivent être neutre politiquement veut dire que le clivage ne passera pas par le vlivage droite gauche mais sur un front social.Il existait des passerelles entre monarchistes et socialistes entre chartistes et Torries.C'est avec l'affaire Dreyfus que se met en place un front de gauche. 

Le PCF jusqu'en 1929 n'est pas à gauche ni à l'extrême gauche, ni non plus franc maçonne, pas plus que radical-socialiste incarnée par des Clémenceau et Herriot... Le cartel des gauches voient siéger un  Gallifet et un Millerand.  Le Parti reste attaché à la non participation à aucun régime jusqu'en 1945 avec l'entrée de Maurice Thorez Vice Président du Conseil dans un Gouvernement de de Gaulle.

Gerorges Orwell et Pier Paolo Pasolini ont écrit des phrases définitives sur le fascisme :

arrêtez de me parler de la mer quand nous sommes en montagne. C’est un paysage différent"

En 1932, Albert Thibaudet a écrit des pages essentielles sur la notion de Progrès telle que la pense "la gauche originelle". Tout progrès est bon.Quand les petit Marquis poudrés et les Curés en soutane, l'alliance du sabre et du goupillon,ont disparu après la Loi de 1905, que restait-t-il aux Radicaux Socialistes comme combat ? La fuite en avant qui nous éloigne du passé.  

L'idée d'Art moderne et d'Avant garde ont constitué pour les intellectuels une fuite en avant sans contenu hugolien et débarrassé des problématiques d'un Zola. ... Qu'est-ce qui n'a pas encore été fait, créé ou atteint ...après le carré blanc sur fond blanc..que faire ?  Telle est la problématique du "bobo" d'aujourd'hui...! Alors on invente n'importe quoi:  nouvelles revendications sociétales aux Etats unis un droit du chien ou du Pit bull et un droit du Chihuahua ou du Caniche... (exemple américain) face aux droits de l'Homme.

Michéa avoue alors qu'il est daltonien, tout comme Goya et revendique haut et fort une "Dalton pride"pour ses 1% congénères et semblables qui se voient interdire des professions... !   

Quand on netre dans une logique où tout ce qui est nouveau est bien (Lire Philippe Murray) Mais toute évolution n'est pas un progrès. Et selon quels critères c'est le problème du libéralisme qui est axiologiquement neutre ? Le capitalisme est comme le code de la route, il fixe des règles pour que chacun puisse circuler.

Question de Roger Montcharmond des Amis de l'Humanité.  

Une date clé, charnière pour la gauche selon Jean Claude Michéa: c'est l'Affaire Dreyfus.le capitalisem est un ouvement réactionnaire tourné vers le passé. 

Un rappel de "l'opérateur philosophique"(ce qui sur le plan philosophique a pu donner naissance à ce mouvement)  avec les Lumières et l'idéal de droit infini de la raison aujourd'hui fort controversé.

Jean Jacques Rousseau fut l'un des critiques du progrès à tout prix dans l'Encyclopédie: il pense qu'il n'y a aucun lien entre le progrès technlogique et les bonheur de l'humanité. Adam Smith, David Humes, "Scottish Enlightenment" en Angleterre est au coeur de la philosophie des Lumières.(cf. "penser les Lumières contre les Lumières") 

Le Capitalisme est une dynamique aveugle de l'accumulation qui ne connaît pas de limites morales.

La droite de Charles de Montalembert au XIXè  n'a plus rien à voir avec celle d'un Nicolas Sarkozy: "le pouvoir du christianisme est civilisateur".

Souvenons nous d'un écrit oublié de Proudhon qui sonne avec une étonnante actualité et mérite d'être relu : "de la célébration du Dimanche Origine religieuse considérée sous les rapports de l'hygiène publique de la morale, des relations de la famille et de cité "...!(Ed. l'Herne) Marx avait prévu que la logiquedu Capital verrait les patrons demander de travailler le dimanche. le mouvement c'est maintenant, le progrès c'est maintenant !!! 

"Qui dans la classe est pour l'augmentation ?" demandait Michéa à ses élèves. Bonne question ! Augmentation de quoi, augmentation pour qui ?

Entre 1980 et 1983 au Congrès du SPD de Bad Godesberg, la gauche européenne Helmut Schmitt , Pascal Lamy,Beregovoy, DSK et Michel Rocard s'emploient à mettre en place l'Europe d'aujourd'hui avec comme porte parole d'un BHL ou même d'un Michel Foucault avec pour slogan: "en avant toute". les socialistes français ont joué un rôle fondamental dans ce consensus de Paris ( Lireà ce sujet  l'intervention de Rocard dans la revue Fakir)   Piloter la société en fonction des indications des agences de notation... 

Le socialisme au XIXème siècle : analyse de la situation et remèdes pour la base d'une nouvelle société, décrite dans "le Capital" de Karl Marx. La croissance industrielle produit de l'argent qui doit être investi dans du "travail vivant" lequel va apporter du profit, et ce, grâce aux gains de productivité des nouvelles technologies.On escompte "une baisse tendancielle du taux du profit" à l'échelle mondiale du capitalisme.

On mise sur la "spéculation: aujourd'hui on arrive à ce paradoxe que le  crédit est plus rentable que l'économie réelle ! L'argent par lui même ne produit pas d'argent, "il ne fait pas de petits" disait déjà Aristote.Keynes donnait l'image d'un billet sur une table qui reste le même après un certain temps et ne produit rien en lui même. C'est plus rentable de placer mon capital dans des fonds de pension que dans du capital travail disait Marx.   

90% des transactions sont spéculatives et fictives d'où la bulle imaginaire et symbolique tous les dix ans lors de la recapitalisation des banques.

Songez qu'aujourd'hui le NASDAQ est géré par des robots programmés par des mathématiciens et non par des traders !

Jusqu'en 1920, le capitalisme naissant donnait du "travail vivant" produisait des valeurs d'usage pour les besoins fondamentaux de l'être humain, aujourd'hui on marchandise n'importe quoi à n'importe qui. (Relire Marx, le Capital Tome III et IV) qui annonçait les dérives actuelles.Ex: les matchs payants à la télévision.

Question de la salle sur le contrôle du commerce du blé par la police de Louis XV. L'Etat met en place le commerce régulé et donc une économiede marché sur les conseils de Turgot et des Encyclopédistes, qui engendre des stockages et une spéculation du peuple sur les réserves alimentaires. 

"Le marché le plus doux des despotes" disait Denis Diderot dans Apologie de l'Abbé Galiani avant de se faire son autocritique et de revenir sur sa formule en rejoignant le parti de JJ.Rousseau.

Le droit de "vaine pâture" est un bon exemple de liberté locale laissée aux villageois par l'Ancien Régime qui ne s'intéressait qu'aux impôts et taxes des Provinces.La vie commune et la communauté étaient respectés. 

Le capitalisme comme le socialisme actuel veulent en finir avec le lien social pour le "chacun pour soi" où toute idée de vie commune ou individuelle aurait disparu.

Lire le livre de Bénédicte Monnier : "Un million de révolutions tranquilles" (Ed. les Liens qui libèrent)dans le monde avec des exemples de Détroit devenue ville pilote pour le mouvement coopératif, des exemples indiens qui remettent au gout du jour avec succès, des techniques ancestrales du XIIIè siècle au Rajasthan pour lutter contre le déssèchement et la conservation des eaux pluviales contre les technocrates du gouvernement indien.Niveau de vie six fois supérieur aux autres Etats si bien que les agents de l'Etat veulent taxer cette réussite !  Comment se réapproprie-t-on des techniques et une solidarité basées sur l'entraide et des circuits communautaires au Canada, au Japon ou en Irlande...

Je faisais déjà l'Eloge du rétroviseur dans "le Complexe d'Orphée" (livre précédent de Michéa)

Au Moyen Age, souvenons nous qu'un jour sur deux était férié et qu'on travaillait en moyenne 2 à 3 heures par jour...Cela laisse rêveur...!

Il y a du bon dans les modèles communautaires anciens, non à l'autisme grégaire des adolescents atomisés san liens sociaux. le capitalisme réunit le séparé sous la forme de Facebook, Tweeter, une société de moins en moins basée sur du lien social mais plus que jamais déconnectée.

Combien d'amis peut-on avoitr se demande Aristote ? Quelques uns répondait-il. Il n'est pas sorti lui, d'une école de Management !!! Comment se faire des amis se demandait Carnegie..?

C'est comme demander à une vendeuse de la rue de la Loge de sourire au client : sourire commandé, technologisé, artificiellement.

La notion de vie commune : "communisme" non totalitaire mais définir au terme d'un débat philosophique et démocratique de ce qui doit relever de la sphère privée et ce qui ne doit pas être privatisé (eau, air..) loin des orthodoxies et des inquisitions. 

On ne va pas manquer de me taxer, moi l'apôtre de la décroissance de faire l'éloge des réactionnaires-nostalgiques (tels Finkielkraut...) 

Comment supporter, un à deux millions de "working-poors" en France qui dorment dans leur voiture en ayant un travail !!!!

French Dissidents : Jean Claude Michéa  

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 18:25

L’Humanité disparaîtra,

bon débarras !

(Yves Paccalet -Ed. Arthaud 2006)

Je déplore le sort de l’humanité d’être, pour ainsi dire,

en d’aussi mauvaises mains que les siennes.

 

Julien Offray de La Mettrie

Œuvres philosophiques

J’ai cru en l’homme. Je n’y crois plus.

J’ai eu foi dans l’humanité : c’est fini.

J’ai pensé, dit et écrit que mon espèce avait un avenir. J’ai tenté de m’en persuader. Je suis maintenant sûr du contraire : l’humanité n’a nul destin. Ni lendemain qui chante, ni surlendemain qui fredonne.No future : elle est comme une droguée – avide et déjantée, esclave des biens matériels, en souffrance de consommation, asservie à ce qu’elle imagine être la « croissance » ou le « progrès », et qui sera sa perte. Si elle ne s’autodétruit pas dans une guerre atomique…

Une épave !

L’humanité est en train de couler. Elle a de l’eau par-dessus la ligne de flottaison. Elle est trop lourde, elle se démembre, sa quille éclate : « ô que j’aille à la mer ! », tel le « bateau ivre » d’Arthur Rimbaud. Elle ne veut rien voir ni rien savoir du désastre qui se prépare. L’équipage et les passagers ne se préoccupent que de charger encore l’embarcation, parce qu’ils imaginent que le bonheur est dans le « toujours plus ».

J’ai milité pour la survie de ma lignée animale, mais le genreHomo refuse de regarder en face les calamités qu’il se prépare ou que, déjà, il s’inflige. Il ne supporte même pas qu’on les évoque. Je n’entends partout que ces mots : « Parlez-nous d’autre chose ! Soyez positif ! Divertissez-nous ! »

Ô Pascal : le divertissement…

Je continue le combat pour la planète et pour l’homme sans la moindre perspective de succès. Par habitude. Par devoir. Mais sans autre espérance que d’en rire ou d’en pleurer – tel le musicien du Titanic en train de jouer Plus près de toi, mon Dieu, de l’eau jusqu’aux genoux.

Je suis un déçu de l’humanité, comme d’autres le sont du socialisme ou du capitalisme.

Depuis belle lurette, je sais que le navire de notre espèce ira par le fond. L’arche de Noé ne touchera pas d’autre mont Ararat. On peut exprimer cette idée de diverses façons : la dernière goutte fera déborder le vase. Le bolide percutera le mur. Nous fonçons vers le précipice en nous réjouissant de notre vitesse prodigieuse, que nous nommons « croissance »… Chaque métaphore est éculée, mais pertinente.

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 08:39

Je voulais vous signaler le projet de film Poco Ritenuto, qui parle du quotidien d'un orchestre harmonique de retraités

L'Association vient de dépasser les 50% de promesses de dons sur TousCoProd et il serait fort dommage que le projet ne puisse pas aboutir !

Ce film, par le sujet qu'il traite et l'énergie de vie qui s'en dégage, pourrait avoir des chances Voici les liens TousCoprod où se trouve le projet du film :

: http://goo.gl/6aAvg


pocoritenuto@gmail.com


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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 08:25

Extrait du livre de Bernard PIVOT  paru en avril 2011 :

                                                              Les mots de ma vie.              
 Vieillir, c'est chiant. J'aurais pu dire :vieillir, c'est désolant, c'est  insupportable, c'est douloureux, c'est horrible, c'est déprimant, c'est  mortel. Mais j'ai préféré « chiant » parce que c'est un adjectif vigoureux  qui ne fait pas triste. Vieillir, c'est chiant parce qu'on ne sait pas quand ça a commencé et l'on sait encore moins quand ça finira. Non, ce n'est pas vrai qu'on vieillit dès notre naissance. On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant. On était bien dans sa peau. On se sentait conquérant. Invulnérable. La vie devant soi. Même à cinquante ans, c'était encore très bien. Même à soixante.

Si, si, je vous assure, j'étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.                        
 Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps - mais quand - j'ai vu le regard des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l'âge qu'ils ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge. J'ai lu dans leurs yeux qu'ils n'auraient plus jamais d'indulgence à mon égard. Qu'ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables. Sans m'en rendre compte, j'étais entré dans l'apartheid de   l'âge. Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants. « Avec respect », « En hommage respectueux », Avec mes sentiments très respectueux ». Les salauds! Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect? Les cons! Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel comme une citation à l'ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !                       
 Un jour, dans le métro, c'était la première fois, une jeune fille s'est levée pour me donner sa place. J'ai failli la gifler. Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué.                                                           
 « Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J'ai pensé que. » 
 Moi aussitôt :                                                            
 «Vous pensiez que.?                                                       
  - Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir.                                                          
 - Parce que j'ai les cheveux blancs?                                      
 - Non, c'est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ça a été un réflexe, je me suis levée.-                              
 - Je parais beaucoup beaucoup plus âgé que vous?                          
 - Non, oui, enfin un peu, mais ce n'est pas une question d'âge. -         
 - Une question de quoi, alors?                                            
 - Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois.»             
 J'ai arrêté de la taquiner, je l'ai remerciée de son geste généreux et l'ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre. 
 Lutter contre le vieillissement c'est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien. Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l'amour, ni à la sexualité, ni au rêve. 
 Rêver, c'est se souvenir tant qu'à faire, des heures exquises. C'est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent. C'est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l'utopie. La musique est un puissant excitant
 du rêve. La musique est une drogue douce. J'aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l'adagio du Concerto no 23 en la majeur de Mozart, soit, du même, l'andante de son Concerto no 21 en ut majeur,     musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l'au-delà. Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés. 
 Nous allons prendre notre temps. Avec l'âge le temps passe, soit trop  vite, soit trop lentement. Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années? En mois? En jours? Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital. Mais comme un usufruit dont, tant  que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération. Après nous, le déluge? Non, Mozart.                                                       
                                                                           
                                                                           
                                                                           
                                                                           
                                                                           
                                                                           
                                                                           
                         

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31 mars 2012 6 31 /03 /mars /2012 14:45

Conférence d'André COMTE SPONVILLE à la Médiathèque Zola de Montpellier

le vendredi 30 mars 2012Comte-Sponville.jpg
"Le sexe ni la mort"  trois essais sur l'amour et la sexualité.
Le titre de l'ouvrage fait directement référence à la maxime de La Rochefoucaud : "Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement".
C'est aussi une allusion aux lieux communs de la petite mort qui désigne l'orgasme ou le sexe est un soleil lui même source de la vie et de la mort, celui qui réchauffe, fascine et éblouit.En bref tout ce qui fait que le sexe est singulier.
Le sous titre de l'ouvrage fait référence à Freud et à son "Trois essais sur la théorie sexuelle"
Le plan de l'ouvrage se décompose en trois essais:
Essai 1 : Amour avec sentiment
Essai 2 : Sexualité avec ou sans sentiment
Essai 3 :  l'Amitié et le couple. 
Il est à noter que le rapport à la sexualité est différent chez l'homme et chez la femme.
Chez l'homme l'amour est au service de la sexualité donc un moyen
Chez la femme le sexe est un moyen au service de l'amour;
On connaît les deux maximes antithétiques: "Un homme est prêt à tout pour pour faire l'amour y compris à aimer et la femme est prête à tout pour aimer y compris à faire l'amour."
ESSAI 1 sur l'Amour
De quoi parle-t-on quand on parle d'amour ?
J'aime mes amis, mes parents, la philosophie, l'argent, la gloire...;
Combien d'amours différents pour des objets différents !
Il existe trois mots grecs pour désigner l'amour :
eros= amour et non sexualité
philia = amitié
agapè = caritas  / charité
                                                                      EROS
EROS = c'est l'amour passion selon Platon dans le banquet à travers le Discours de Socrate. la vérité sur l'amour enseignée à Socrate par une femme/mère et amante Diotime.
L'amour est donc une invention des femmes. Nietsche dit que les femmes ont inventé la passion amoureuse pour que le père reste quelques années au sein de la famille qu'il a constituée.L'amour serait donc à l'origine au service de l'amour parental comme un avantage sélectif du groupe humain;
Une humanité exclusivement masculine n'aurait pu l'inventer car pour l'homme le sexe, la guerre et le football auraient suffi à son bonheur !
On assiste donc à une doyble équation :
l'amour est désir et le désir est manque
L'amour c'est ce qu'on désire, ce qu'on n'a pas, ce qu'on n'est pas, ce dont on manque, voilà pourquoi l'amour manque.
QU'EST-CE QUE LE BONHEUR ?
Etre heureux c'est avoir ce qu'on désire.
Si le désir est manque tu n'es jamais heureux et comme l'écrit Aragon: "Il n'y a pas d'amour heureux". dans l'EROS , pas de passion heureuse.
Quand l'autre est là, il ne manque plus et donc on l'aime de moins en moins.
Le couple met fin au manque et au désir, d'où déception.
C'est parce qu'on est ensemble qu'on n'ets plus amoureux.
Etre en manque de ce qui ne manque pas, c'est pas normal !
Reste un seul choix :
1 - Tomber de Platon en Schopenhauer  ou d'Aragon en Houelbecq
Schopenhauer résume cela en une phrase la plus triste de la philosophie et là on touche le fond :
"La souffrance est due au manque et à la perte du désir qui conduit à l'ennui"
L'absence du bonheur c'ets un rendez-vous manqué: "Ainsi toute notre vie vascille comme un pendule de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui"
De là la souffrance du chagrin d'amour à l'ennui du couple;
Il existe cependant beaucoup de couples où l'on s'ennuie rarement, moins à deux que tout seul et qu'avec tous les autres;
Schopenhauer et Platon ne nous expliquent pas que certains couples sont heureux, c'est rare mais ça existe !

                                                                       PHILIA

PHILIA : c'est l'amitié maritale.
Montaigne évoque ce sentiment que l'on retrouve chez Feydeau ou Labiche au XIXè quand ils décrivent le sentiment petit bourgeois quand les époux se disent :  "mon ami(e)" traduisez, ils ont cessé de se manquer depuis plusieurs années, on peut dir que c'est l'amour de tout ce qui ne vous manque pas.
"Aimer c'est se réjouir" disait Aristote, Aimer est joie et donc il n'y a pas d'amour malheureux sauf dans le deuil et Aragon a tort !
Spinoza a écrit: "L'amour est une joie qu'accompagne l'idée d'une cause extérieure"
"La cause de ma joie est l'idée que tu existes" quelle plus belle déclaration d'amour miraculeuse qui ne demande rien. On passe là d'Aragon à Eluard qui célèbre l'amour du couple heureux.
Quel pourrait être la définition du couple heureux ?
Quand il n'y a plus de manque, il reste la joie, c'est se réjouir de ce qui ne manque pas, de la présence et de l'amour de l'autre.
Pour éviter tous ces mensonges de la Saint Valentin on préférera la formule : " Tu es ma femme et je jouis de ta présence"
En effet, quand on est amoureux, "on aime une femme pour ce qu'elle n'est pas , on la quitte pour ce qu'elle est" écrivait Serge Gainsbourg ce que résumait Eluard : "On ne peut me connaître mieux que tu ne me connais".
Comte Sponville aime les couples heureux et se lasse de la célébration du coup de foudre dans les scénarios de films et dans les chansons et de "l'amour qui dure trois ans" tel que l'écrit Beigbeder (1 an de passion, 1 an de tendresse, 1 an d'ennui)
Comment alors sauver nos histoires d'amour des illusions de la passion amoureuse ?
Un couple heureux est un couple qui a réinventé l'amour-action c'est à dire "philia"
L'amour qu'on fait, que l'on bâtit et que l'on entretient.
On connaît plus de célibataires qui veulent revenir en couple que l'inverse, qui désirent être aimés dans la durée vers un horizon souhaité."Le dur désir de durer" écrivait Paul Eluard.
                                                                   AGAPE
agapè: c'est l'amour selon Jésus ou Simone Weil (+1943) c'est à dire l'amour du prochain. Ce n'est pas l'amour du manque mais l'amour du retrait.
Simone Weil citait Thucydide "Tout être tend à affirmer partout au maximum sa puissance". Dans la politque, la guerre, l'économie, la sexualité masculine. cette théorie est résumée par Sade dans le Philosophie dans le boudoir: "Tout homme est un tyran quand il bande"
L'agapè c'est amour de charité qui renonce à exercer sa puissance. "Les enfants c'est comme l'eau, ils occupent toujours tout l'espace disponible et la mère qui veut les retenir ou les contrôler doit savoir renoncer à exercer son autorité pour un moment de charité face à la candeur et à la fragilité enfantine" (à discuter)
l'agapè c'est aussi la douceur de l'amour, moins connoté religieusement que carités ou charité. Dieu s'est retiré et a renonbcé à occuper tout l'espace pour le laisser aux hommes. Adorno parlait de "Minima Moralia" - "Tu seras aimé quand tu pourras montrer ta faiblesse sans que l'autre soit obligé d'affirmer sa force"
Ce que Desproges parodiait ainsi :"Jésus nous dit, aime ton prochain comme toi même; personnellement je préfère moi même."le-sexe-ni-la-mort-comte-sponville.jpg
                                                                  ESSAI N°2
La sexualité a été peu traitée par les philosophes sinon avec réticence et perplexité. On est passé d'une erreur à une autre.
1 - Le sexe c'est mal , c'est un péché selon Saint Augustin qui en connaissait un rayon ayant été libertin : "Faire l'amour, c'est toujours un péché y compris au sein du mariage sauf pour faire des enfants. Hors du mariage c'est un péché mortel."

2 - A partir du XXè siècle on a pensé que la sexualité était un loisir innocent comme boire un  verre d'eau ou croquer une pomme !
C'est évidemment faux puisqu'on se cache pour faire l'amour par honte dans toutes les civilisations. C'est pas moral donc c'est bon et la pudeur est une vertu.
" Cachez ce sein que je ne saurais voir" (Tartuffe)  Se déshabiller et déshabiller l'autre est délicieux.     
La morale exige de nous que nous manifestions toujours du respect vis à vis de l'autre comme une fin et jamais comme un moyen (Kant)
Célébrer ou profaner sa dignité dans l'obscurité montre bienq ue le sexe est amoral et donc délicieux et voluptueux. L'érotisme est le propre de l'être humain.
"Il n'y a interdit que là où il a transgression" disait Georges Bataille.
Les animaux ne savent pas ce qu'ils perdent, ils jouissent bêtement !
C'est parce que nous sommes de animaux moraux que nous sommes érotiques.
Le sexe nie la mort de l'espèce et l'humanité va continuer à vivre après notre mort. La petite mort qu'est l'orgasme est une perte d'identité. Les trois grandes peurs dans la vie sont la mort, la folie et l'orgasme parce que toutes trois représentent une perte d'identité."Post coitum, animal triste" - film réalisé par Brigitte Roüan. Avec Patrick Chesnais, Boris Terral- 1996)
L'amour est singulier, le sésir est général en effet, l'homme aime une seule femme mais fait l'amour comme il le ferait à n'importe quelle femme.
Les limites et les échecs de l'amour ont été bien analysés à la fois dans la Recherche de Proust et dans les romans de la Collection Harlequin, dans l'une ce sont de petites histoires d'amour "Et dire que j'ai vécu tout ça pour une femme qui ne me plaisait pas , qui n'était même pas mon genre !"( Un amour de Swann) dans les autres, ce sont de grandes histoires d'amour.
Le rapport entre l'érotisme et la pornographie a été analysé par Frédéric JOIGNOT journaliste d'Actuel dans "Pornographie de la démolition" dans un sens plus esthétique que conceptuel."Mesdames quand vous regardez un film porno avec un homme, ne riez pas, regardez comme il est sérieux" lisait-on dans une rubrique des lectrices d'un magazine féminin car "la pornographie c'est l'érotisme des autres" écrivait Robbe Grillet.Même si les actes sont mille fois vus et revus et déroulés dans le même ordre, l'effet reste à chaque fois singulier et efficace.Un conseil de Nancy Houston (épouse de Tzvetan Todorov) à Comte-Sponville, tapez sexe dans Google et vous y verrez violence, misogynie et démolition comme l'écrivait Frédéric Joignot mais comment légiférer pour l'interdire ?
                                                                  QUESTIONS :
Vulgariser la philosophie c'est informer en faisant l'économie de la démonstration. Les Pensées, les essais, les méditations, le gai savoir est-ce de la philosophie populaire au sens où l'entendait Hume ? Est-ce de la vulgarisation ?
La philosophie savante ne sert qu'à éclairer la philosophie populaire.
Philosophia est l'amour de la sagesse qui est en vous
Erosophia est l'amour de la sagesse qui vous manque.
"Les sage est sage, non par moins de folie mais par plus de sagesse" (Alain Fournier)
Mieux vaut un peu d'amour réel que beaucoup d'amour rêvé !
la vraie sagesse est d'aimer la vie telle qu'elle est, heureuse ou malheureuse.
"Pour moi donc j'aime la vie" concluait Montaigne.
Saint Thomas d'Aquin distinguait : " Amour de concupiscence et amour de bienfaisance"  !
 L'amour de concupiscence est pour son bien propre: c'ets l'enfant qui prend le sein de sa mère c'est l'amour qui prend (eros)
l'amour de bienfaisance c'est la mère qui donne le sein à son enfant pour le bien de celui-ci. 
Lire:
L'Amour et l'Occident de Denis de Rougemont
Histoire de la sexualité de Michel Foucault
Georges Bataille : " faire l'amour est toujours un forfait y compris au sein du mariage, c'est le seul désir troublant et bestial."
La sexualité en Inde: les grands sages de l'Inde étaient des ascètes et non des libertins et le kamasoutra fait figure d'exception culturelle.
"ma bête ou ma chienne" ça peut être un mot d'amour au sens où l'amour bestial représente une faute morale. le sexe sans amour engendre la haine et seul l'amour civilise l'acte sexuel.


Les ados et la pornographie : documentaire  

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28 novembre 2011 1 28 /11 /novembre /2011 10:17

par Guillaume Erner
du lundi au vendredi de 10h à 11h

l'émission du lundi 28 novembre 2011       link

 

  http://www.franceinter.fr/emission-service-public-retraite-moi-bien-la-retraite-pratique-en-partenariat-avec-capital

Reportage de Dorothée Barba

"Les retraités dépanneurs" :

Ils interviennent pour tous travaux de dépannage en plomberie, électricité, électro-ménager. La seule différence avec leurs concurrents, c'est qu'ils sont retraités !
Dorothée Barba a suivi Honorin, 78 ans, fondateur de l'association des "Retraités Dépanneurs". Si Honorin travaille encore à son âge, c'est pour tuer l'ennui, mais surtout parce que sa maigre retraite ne lui suffit pas.
Pour contacter les retraités dépanneurs : 06 07 99 66 03
Petites annonces de seniors en recherche d'activité :

http://www.seniorsavotreservice.com/

Jean-Emmanuel Combes retraite.jpg

Auteur de « Pour que votre retraite soit un succès », ed. Manitoba-Belles Lettres, ancien dirigeant du cabinet d’audit Pricewaterhouse Coopers

Serge Guerin  

auteur de "La nouvelle société des séniors "

seniors.jpg
éditeur : Michalon
parution : 2011
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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 20:57

"Je ne crois pas que deux personnes auraient pu être plus heureuses que nous l'avons été" Virginia Woolf (quelques heures avant son suicide)


Empêtré dans les filets de l'âge et de la dissimulation je retourne à mon impuisance et à ma solitude comme Marcel Proust. J'ai toujours les yeux verts en amande, des cheveux noirs mais plus courts, plus drus. toujours une peau de fille, où pousse difficilement une barbe clairsemée. J'ai 63 ans, cela pourrait être le début de quelque chose, je pourrais donner un sens à ma vie, une direction, un but, je pourrais entrer dans la grande photo du monde, prendre ma place dans la société des hommes. pourtant je reste seul, un peu à l'écart, un peu au dehors, je disparais au coin des rues, on perd vite ma trace, vieille habitude de fugueur. je n'aime pas ce siècle qui a piétiné mes espérances, qui m'a tellement déçu. Mieux je le maudis.


Car à la fin, on est forcément égoïste dans la rupture, égoïste est  seul; nul n'est en mesure de nous y atteindre. certains tentent de s'approcher, d'accomplir des pas dans notre direction, ils cherchent des paroles, des gestes, mais ça ne pèse rien, c'est du vent, du sable. On est là dans la solitude absolue, intouchable. (...)


Les écrivains repoussent la mort, c'est pour cela qu'ils écrivent.


Je me souviens de tout. J'aurais aimé quelquefois perdre la mémoire, ne pas être assailli par les souvenirs, ne pas être rongé, dévoré, me débarrasser de toi, mon amour, mon triste amour. certains soirs, j'ai même songé qu'il eût été préférable de ne jamais te connaître. Cependant mes combats étaient absurdes. Toujours j'étais ramené à toi. Toujours revenaient les images du temps d'avant, le bonheur. C'est terrible le bonheur. Quand on y a goûté, impossible de faire comme si on ne savait pas.
 

 

Extrait de "Retour parmi les hommesPhilippe BESSON.retour-parmi-les-hommes_m.jpg

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 11:28

Quelle heure est-il à la Nation ?

Ce côté du monde, c'est mon centre, ma contrée intime, mon point de départ, ma respiration. Place de la Nation. C'est à partir de là que j'ai appris à regarder autrement la lumière des saisons, à lire les pierres, à surveiller les bourgeons, à guetter les merles, à toucher le bord des choses, à comprendre l'histoire, à entrer dans le temps, à bousculer les années sans demander la permission à personne, à modifier le sentiment de l'espace, à mettre de la musique et à danser, face aux grands arbres, aux passants et au ciel. À «retrouver » une liberté que je croyais connaître mais qu'en réalité je cherchais sans cesse, et que je cherche encore.

 

Je ne sais pas pourquoi j'aime autant cette ligne-frontière entre Paris et le Bois de Vincennes, ce Bois qui est pour tous les habitants du douzième une espèce de kiosque géant au fond du jardin, un privilège familial qu'on apprécie sans même avoir besoin d'y aller: savoir que le Bois tout entier appartient au douzième suffit à l'aimer et à en être fier. En revanche, savoir que seul le côté pair du Faubourg Saint-Antoine fait partie du douzième ne nous fait pas moins aimer son côté impair, qu'on regarde toutefois de loin, puisqu'on préfère ne jamais quitter le trottoir de gauche quand on s'aventure à pied, de la Nation à la Bastille et qu'on arpente les différents rythmes du Faubourg comme s'ils étaient les mouvements d'une symphonie.

L'horloge de la Nation a disparu pendant quelques jours après les grands cortèges du 1er mai. Dès le lendemain, j'ai buté sur le vide que son absence soulignait. J'ai cherché très vite tout autour, j'ai cru qu'on l'avait simplement déplacée: mais non, elle n'était vraiment plus là. J'étais perdue, j'avais peur qu'elle n'ait disparu pour toujours. Et quand elle a réapparu, quinze jours plus tard, elle était complètement désorientée: pour prévenir qu'il était midi elle disait trois heures vingt, ou cinq heures sept. L'heure était toujours incohérente sur chacun de ses cadrans, à la même seconde il était sept heures cinq, onze heures moins dix, huit heures vingt-cinq, alors qu'il était déjà neuf heures et que j'étais en retard. Elle aussi est devenue, peu à peu, ma boussole, ma confidente. Elle a été témoin de toutes mes attentes, mes joies, mes battements, mes inquiétudes. Un petit signe des yeux en passant — depuis vingt-cinq ans maintenant — et le monde pouvait se rythmer à nouveau.

Il y a dans chaque parcours du matin une série d'objets, d'ensei­gnes, de visages et de sons qui font partie du chant quotidien: la fontaine Wallace à l'entrée du Cours de Vincennes, les lettres de l'hôtel du Printemps, le nom des architectes sur les immeubles de l'Avenue Saint-Mandé et du Boulevard de Picpus, H. Bello, Frédé­ric Bertrand, Louis Grossard, Jean Falp, L Péchard; la mémoire de tous ces jours de sang Place de l'île de la Réunion, là où la guil­lotine avait été installée en 1794, du 14 juin au 27 juillet; sur ces pavés on assistait à la décapitation de 1 306 personnes qu'on transportait en charrettes, jour et nuit, jusqu'à la fosse commune, dans le jardin du couvent des religieuses de Picpus. Je lève la tête, je re­garde ces mots creusés dans la pierre et je ne comprends toujours pas comment ces scènes ont pu se passer là, dans l'angle de la rue des Colonnes du Trône et du Boulevard de Picpus. Juste au-dessus, sur un rebord de pierre, cinq pigeons dorment en plein midi, la tête enroulée sous les plumes. Au rez-de-chaussée, une fe­nêtre est ouverte, un rideau de tulle blanc passé bouge très lente­ment. Je n'ai jamais su qui habitait là, dans ces bâtiments fantômes de la Place de l'île de la Réunion.

La musique techno du manège, les joueurs de boules, les adoles­cents qui traînent devant le métro, les vendeurs de porte-monnaie, les jeunes Pakistanais qui tendent des bouquets de lavande sur le chemin en souriant et en répétant «Ci, ci, ci beaucoup». Ce sont toutes ces images vues en accéléré qui permettent de se préparer à regarder plus loin, vers la ville, la vraie, celle qui rayonne autour de la Place de la Nation, à partir de son faubourg, de ses boulevards, ses avenues et ses rues. La Nation est le résumé du monde. Les coulisses de Paris. On croirait que la ville tout entière se déplie d'un coup avec la présence de cette immense femme de bronze au centre de la Place. C'est elle qui donne l'élan, qui ouvre le rideau de Paris. Les plis de sa robe, la grâce du mouve­ment des hanches, l'ampleur de son geste, la main qui offre et décide en même temps. Elle désigne la marche vers la ville, une torche à la main, elle tourne le dos au Bois de Vincennes, elle re­garde déjà vers la Bastille et ce char qu'elle entraîne vers l'avant a l'air d'un jouet: Je vous présente Paris, que chacun trouve à partir d'ici sa fougue, entrez dans la danse, je suis celle qui vous ouvre le chemin, je suis l'ourlet de la ville, le bas de sa robe, je suis le tissu de cette frontière, je ne cesserai jamais de marcher avec vous.

C'est Marianne. Le Génie de la Liberté. Une jeune fille qui ressemble à la Gradiva, je cours avec elle, je l'aime depuis toujours, je cours encore, quelle heure est-il à la Nation ?

Elle aussi, comme l'horloge de la Place, est une espèce de boussole ou d'aimant qu'il me plait de saluer tous les jours, en prenant un café noisette chez Prosper ou au Dalou, en achetant le journal au kiosque devant le métro, ou en allant au cinéma, de l'autre côté du jardin, vers le Boulevard Diderot. Jules Dalou était l'ami de Rodin. C'est lui qui a sculpté cette immense scène du Triomphe de la République: il devait être par là le 19 novembre 1899 pour l'inauguration, en habit de cérémonie, légèrement déçu peut-être de ne pas avoir été choisi pour trôner Place de la République. L'enfant qui est assis près de Marianne et qui tient un livre, je n'ai jamais croisé son regard mais je sais qu'il tient un secret. Les crocodiles de fonte ont disparu. Le bassin aussi. Ils représentaient les ennemis de la République et les Allemands ont cru s'y reconnaître: ils ont aussitôt donné l'ordre de les faire fondre. Depuis, un jardin les a remplacés. Au fond de la nuit, autour des arbustes, rôdent des filles venues de Tirana, de la Sierra Leone, de Moscou ou de Budapest. Leurs visages sont régulièrement éclairés par les phares des voitures, ça ne dure que trois secondes et on ne les voit plus, on n'est même pas sûr de les avoir croisées.

 Les cloches de l'Immaculée Conception viennent de sonner. C'est dimanche dans la rue du Rendez-vous. C'est là que les hommes se réunissaient pour aller à la chasse. C'est par là aussi que passaient les bergers avec leurs moutons pour rejoindre Saint-Mandé ou Vincennes. Un orgue de Barbarie apparaît sous les fenê­tres du Boulevard de Picpus. Je jette une pièce de deux euros parce que je reconnais la mélodie: mon amant de Saint-Jean. La pâtisserie va bientôt entrer en scène, les tartes au chocolat sont éclatantes, comme tous les dimanches après la messe. Au bout de la rue, au coin de l'Avenue Arnold Netter, il y a toujours le même homme qui vend le Journal du Dimanche — je ne sais pas cc qu'il fait le reste de la semaine. Je file vers la boulangerie mer­veilleuse et prends place dans la queue. Les boutiques se succèdent dans la rue du Rendez-vous, elles ressemblent aux livres d'images que j'aimais découper en Tunisie, à plat ventre sur les mosaïques de ma chambre quand je découvrais la France à travers ces scènes où le fleuriste, le boulanger, l'épicier, le cordonnier, le libraire, le coiffeur, le poissonnier se partageaient la rue principale. Les pas­sants avaient des chapeaux noirs et des costumes de carton, les petites filles des robes brodées de coton rouge à col bateau, les charrettes de légumes et de fruits scandaient la rue et moi, j'imagi­nais les fanfares et les chorales de quartier.

Tout est intact dans la rue du Rendez-vous, en ce mois de juin 2002, comme dans ces premières lectures. Tout se déplie très lentement, le brocanteur, le pharmacien, le chocolatier, le traiteur vietnamien, le fromager, le charcutier, le marchand de chaussures, le marchand de vins, bref, c'est la fête dans le quartier: l'accordéoniste de la Nation est venu jouer sa Violetera jusqu'ici, des gitanes proposent des bouquets d'hortensias et le jeune fou au crâne rasé et béret de laine — celui que tout le monde protège et a vu grandir —, passe pour la quinzième fois devant le tabac en mar­monnant de grands raisonnements à mains hautes. Il est clair, pour tous ceux qui partagent cette rue du Rendez-vous, qu'elle porte toujours sur elle un air de fête, dans ce village qu'est encore Picpus; mais personne n'ose le dire. On se salue, on sourit, sans plus. Le fleuriste a sorti les géraniums, les capucines et les bou­quets de pivoines sur le trottoir, il y a même un olivier en pot qui me tente depuis quelques jours et, dans un jardinet de l'Ave­nue Saint-Mandé, tous les rosiers sont en fleurs.

De l'autre côté de la Place Courteline, juste après le jardin de Picpus, les hommes jouent à la pétanque et les clochards se sont aménagés un salon dans le kiosque à musique.

À la terrasse de chez Gudule, les lycéens commentent les sujets de philo: «Connaissons-nous mieux le présent que le passé?» De temps en temps, une mouette vient signer le ciel. C'est à elle que j'adresse à mon tour cette question.

Ce point du monde qu'est le douzième, c'est donc non seule­ment la Nation, Picpus, Bel-Air et Daumesnil mais Reuilly….La forme de son dessin est devenue mon paysage mental. Je m'explique. Pour raconter, j'ai toujours eu besoin de prendre appui sur les secondes du présent, sur tout ce que j'étais en train de vivre et qui battait la mesure. Elles vont fuir, ces secondes, mais je ne cherche pas à les rattraper; je connais un autre temps qui habite mes doigts, c'est simplement les faire entrer dans ma danse que je cherche.

Le douzième, cet arrondissement qui a été créé le Ier janvier 1860 et qui a été partagé en quatre quartiers, Bel-Air à l'Est, Bercy au Sud, Picpus au centre et les Quinze-Vingts à l'Ouest, a été le lieu de naissance de mon élan vers le roman. Il a signé cette envie qui surgit soudain de vouloir bâtir un livre entier, de recomposer sa propre histoire en une série de scènes, de faire de ces «secondes du présent » un motif irrégulier qui rassemblerait l'histoire plus lointaine, plus large, qui mettrait en scène d'autres pays, d'autres destins, qui croiserait sans cesse les temps, les visages, les corps et les lieux.

De la même façon qu'un fil invisible soutient tous les livres qu'on écrit, quelque chose de secret m'a conduite vers ce quartier pour pouvoir écrire. Comme un amour qu'on aurait croisé régulièrement sans jamais chercher à lui parler, sans même faire attention à la magie qui habitait déjà les corps. Et puis un jour, c'est l'évidence, on prend la route, on met la musique à tue-tête, on file vers la mer et on ne se quitte plus.

Je suis arrivée à Paris en septembre 1967 — mes frères m'attendaient au Train Bleu —, dans la Gare de Lyon: Tu vois comme c'est beau Paris, regarde là, du côté des rails, à cette table, venait dîner régulièrement Buñuel, c'est la plus belle salle à manger du monde, tu ne trouves pas ? J'étais tellement éblouie que j'ai cru deviner la mer en sortant sur l'Esplanade, je n'avais jamais vu une si grande horloge — au moins six mètres de diamètre et des aiguilles géantes — et en découvrant ce bas-relief, sous la loggia de la tour, qui montrait la Méditerranée avec des couleurs d'opérette. Le lien entre la Tunisie et la France était là, inscrit dans la pierre, depuis ce premier jour. Même s'il était logique que ce bas-relief soit présent, à cet endroit, puisque la Gare de Lyon a toujours été le grand lieu de rêverie du Sud, de la Méditerranée, de l'Italie. Paris, premier regard. Paris, première rencontre.

Et puis très vite, dans les semaines qui ont suivi, mes frères m'ont montré Montparnasse, le quartier latin, l'Olympia, les Grands Boulevards, la rue Mouffetard, Saint-Germain. Ils m'ont installée dans une chambre-alvéole que j'ai aimée passionnément, au carrefour de la Croix-Rouge, au numéro trois de la rue de Grenelle, ancienne adresse des Editions Gallimard — mais ça, je ne l'ai su que plus tard.

Je découvrais alors Paris sans me soucier de son découpage, tout ce que je voyais était différent, je ne voulais pas comprendre davantage: mes seuls repères étaient les cafés, les théâtres, les bibliothèques, les cinémas et mes cahiers d'écolier que je remplissais frénétiquement. Paris par écrit.

En avril 1968, je suis descendue à la Nation pour rejoindre un ami qui habitait rue Fabre-d' Eglantine et ce jour-là, je ne savais pas que j'étais en train de vivre une heure historique: la RATP avait choisi cette station pour faire des essais de « tourniquets ». Je suis restée longtemps à regarder les passants jouer aux tourniquets comme si c'était le Grand Huit, j'aimais faire partie des badauds, écouter les plaisanteries. Il y avait encore les poinçonneurs en uniforme, les femmes qui tricotaient, assises sur de minuscules sièges: quand on tendait le billet, elles posaient leur tricot sur les genoux, faisaient «clac clac » et prenaient la course des aiguilles.

Avec ces tourniquets, une note d'avant-garde avait inondé le métro. En quelques secondes, tout s'était métamorphosé. Il y avait dans l'air à la fois un goût de province sans temps bien défini, une odeur de pralines et de pain d'épices, signature de la Foire du Trône et une envie d'être déjà dans l'avenir: avec les images prophétiques du parc de Bercy, des arches du Ministère des Finan­ces, du train Meteor sans chauffeur, mais aussi de la Coulée Verte, de l'Opéra Bastille, des cafés branchés, des boutiques de créateurs, de toutes les inventions architecturales du quartier Montgallet ou de la rue Paul-Belmondo.

Ce jour-là, en sortant du métro, Place de la Nation, j'ai été prise de vertige, comme si j'avais vu, en accéléré, le dessin de ma vie future. Les tiges de fleurs sculptées par Guimard dans la fonte, m'ont paru, elles aussi, faire partie d'un monde enchanté. M, comme métro, disait le dessin. M, comme Marianne, préférais-je entendre. Tout à coup, ce cercle en forme de jardin au bout de la ville, cette gaieté soudaine, ces grands arbres, ces colonnes qui tra­çaient une frontière entre le dehors et le dedans de Paris, ces deux pavillons de Ledoux qui disaient bien qu'on avait rejoint la barrière de Paris, les lettres du Printemps suspendues dans le ciel, cette statue de Marianne que je découvrais, qui donnait la cadence et l'élan, comme dans un cours de danse, ces chevaux de bois qui tournaient devant le kiosque à journaux, cette odeur de pralines, tout m'entraînait confusément vers mes années d'enfance et vers mon avenir: quand j'irais, dix et quinze ans plus tard, le samedi, avec mes filles, au Guignol de Saint-Mandé — ballons, moulins à vent de plastique rouge et jaune, crochets de fer, queues de l'âne à saisir au vol, sucre glace et gaufres brûlantes teintées vanille chocolat... Bref, je ne savais plus si j'étais en 1670, au tout premier14 juillet, quand le Conseil Municipal de Paris l'avait baptisée Place de la Nation et que les fanfares résonnaient jusqu'à Bastille, ou encore en 1931, me faufilant d'un pays à l'autre dans l'Exposition Coloniale installée à Bel-Air, autour du lac Daumesnil: temple d'Angkor, pavillon de la Cochinchine, de la côte des Somalis, du Maroc, de l'Algérie, Porte d'Honneur. J'étais au cinéma. J'ai, en tout cas, reconnu ce plaisir particulier d'être à la fois très loin et très près, ce tremblement des choses qui vous font signe, qui vous demandent d'entrer, mais vous, vous n'avez pas le temps — s'il vous plaît, quelle heure est-il? Vous remarquez donc, pour la première fois, cette horloge à trois faces qui ressemble à celle des Fraises sauvages de Bergman, vous dites que vous êtes en retard, que vous repasserez et vous savez que vous dites vrai; vous regardez tout très vite et, par pudeur, vous oubliez la scène. Vous la résumez pourtant en une ligne de feu dans votre cahier bleu marine: La Nation, coup de foudre.

Je ne suis plus retournée dans le douzième jusqu'en 1976 où j'ai choisi de faire suivre ma première grossesse à l’Hôpital Saint-Antoine, pour pouvoir aller tous les mois rôder au marché Lenoir, Place d'Aligre, là où je savais que, chaque jour, on pouvait au même endroit faire ses courses, trouver de la petite brocante et se croire en vacances. Là encore, j'aimais les cadrans de l'horloge au milieu de la place, avec ce drôle de clocheton au-dessus. Aligre est devenu mon village pendant toute cette année, je retrouvais le vieux Paris que je n'avais pas connu et le marché couvert me conduisait, les yeux fermés, vers le Marché Central de Tunis. J'aimais les cafés, les saxophonistes, les conversations autour d'une minuscule table, avec à nos pieds tous les trésors qu'on se montrait: une opaline, une veste en cuir, des verres de bistrot, des fruits exotiques, un drap de lin brodé, des olives de Kalamata ou un vieux pull à torsades tricoté main qu'on avait trouvé au milieu d'une farandole de vieux foulards et de chemises en flanelle.

À l'hôpital Saint-Antoine, le jour où ma fille est née, une infirmière, très troublée, est venue me dire qu'une jeune fille venait d'accoucher et que son père — qui était le père du bébé — avait exigé qu'elle n'allaite pas, pour ne pas abîmer ses seins. Elle avait dix-huit ans. La jeune fille avait l'air heureuse; personne ne comprenait si c'était vrai ou faux.

Ma fille, que j'ai bien évidemment nommée aussitôt Marianne, est née à Saint-Antoine qui est resté pour moi le lieu le plus insolite et le plus miraculeux du douzième. Là où tout pouvait arriver, le lieu de création par excellence. Et puis, peut-être aussi parce que saint Antoine lui même, patron de l'arrondissement, avait le pouvoir de retrouver les objets perdus, j'ai cru être sous sa protection. Tout ce que je croyais perdu allait désormais pouvoir être retrouvé. En une semaine, alors que je prenais enfin conscience que je serais mère pour toujours, quelque chose s'est éclairé dans mes yeux, un nouveau défi, une certitude: j'écrirais un roman, un livre entier. Puisque j'avais été capable de créer un être à la fois fini et infini, un enfant qui aurait sa propre vie, je pourrais enfin voyager au-delà de mes cahiers et feuilles volantes.

La malice des rencontres a voulu que je visite, quelques mois plus tard, un appartement derrière la Nation et que je m'installe dans cet arrondissement, avec le sentiment de revenir dans mon pays de naissance ou plutôt de me créer un nouveau pays de naissance. Cette fois, au lieu de mosaïques et d'arabesques, des cheminées prussiennes, une façade 1900, un jardin municipal sous les yeux, scandé par de grands sophoras du japon sur tout le Boulevard. Et, par la fenêtre de la cuisine, si on se mettait à un point très précis, on pouvait voir une des Colonnes du Trône grimper vers le ciel. Depuis, Paris s'est confondu avec mon amour.

 

Colette Fellous Juin 2002

 

Née en 1950 à Tunis, Colette Fellous est productrice sur France Culture depuis 1980. Elle a dirigé de 1990 à 1999  Les Nuits Magnétiques - et est aujourd'hui productrice de «Carnet nomade».

Elle a publié ses deux premiers romans Roma (1982) et Calypso (1987) chez
Denoêl. Tous ses autres romans sont publiés chez Gallimard, comme Rosa Gallica (1989), Midi à Babylone (1995), Amor (1997), Le Petit Casino (1999) et Avenue de France (2001).

Paris par écrit    Vingt écrivains parlent de leur arrondissement

 Éditions L'Inventaire et la Maison des écrivains, Paris, 2002. ISBN 2-910-490-44-0

Table des chapitres

Guy Goffette, L'Amateur de passants                     11

Anne Weber, Le Client est roi                                15

Pierre Pachet, Temple                                            19

Michèle Gazier, La Revenante                                25

Arnaldo Calveyra, Parmi les villes de Paris...           31

Dominique Noguez, La République du VI`              37

Viviane Forrester, Quartier, paysage                       43

Philippe Vilain, De Paris et d'ailleurs                        47

Noëlle Châtelet, Définitions très subjectives             53

Maria Maïlat, La Puissance des ombres                   57

Jean-Noël Pancrazi, J'allais partir.                            65

Colette Fellous, Quelle heure est-il à la Nation ?       71

Dominique Buisset, PARIS (13 — 1) (XIII + I) = S   81

Jerome Charyn, La Schéhérazade de la 24` division  87

Magda Carneci, Paris. Le parc Georges Brassens     93

Nuno Judice, À la recherche du plan perdu               101

Brina Svit, La double vie de Guy et de Nissim          109

Nimrod, Passants célèbres de Montmartre               113

Tiphaine Samoyault, 67, rue de Flandre                    117

Michelle Grangaud, Paris vingtième                           123

Guy Goffette (1er), Anne Weber (2è) Pierre Pachet (3è),
Michèle Gazier (4e), Arnaldo Calveyra (5è`), Dominique Noguez (6e),
Viviane Forrester (7è) Philippe Vilain (8è) Noëlle Châtelet (9è),
Maria Maïlat   Jean-Noël Pancrazi (l0è), Colette Fellous (12%
Dominique Buisset (13è), Jerome Charyn (le), Madga Carneci (15%
Nuno Judice (le), Brina Svit (17`), Niinrod (18è)
Tiphaine Samoyault (19è), Michelle Grangaud (20°).

On ne traverse pas à grandes enjambées cette singulière " capitale des signes ", on l'habite, on la déchiffre et non seulement par les yeux, l'humeur de chaque jour, mais par les figures qu'on s'invente, les souvenirs dont on s'empare.

Respectant la règle du jeu, les auteurs de ces textes composent et proposent le portrait métaphorique d'un arrondissement de Paris qui leur est familier par le commerce des jours et de la mémoire. Ici, les voix se croisent, les perspectives se multiplient, les itinéraires bifurquent et s'évadent. Des constantes cependant, des concordances à tout le moins, se manifestent dans leurs parcours individuels.

Nos auteurs sont moins nomades qu'on pourrait le supposer... Oui, chacun, dans la Ville immense, est en quête d'un repos, d'un lieu qu'il ferait sien. Mais ces refuges sont un leurre auquel on fait semblant de croire. Et peut-être que l'écrivain, cheminant à travers les mots improbables, ne cherche inlassablement qu'une image de lui-même, celle qui se dérobe toujours.

Claude Esteban

 

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18 octobre 2011 2 18 /10 /octobre /2011 18:19

L'invention du solitaire dans et par la littérature par Dominique Rabatet

( Coll. Modernité)


Les Nouveaux Chemins de la Connaissance  France Culture - 18 Octobre 2011

Quoi de plus convenu et de plus paradoxal que la solitude de l'écrivain,on n'imagine pas écrire au milieu de la foule,en tendant l'oreille, créer au milieu d'un groupe et pourtant ce sont les êtres autour de lui qu'il décrit, c'est l'humanité et l'empathie ou le dégoût qu'elle lui inspire qui bien souvent guide son travail, en cela l'écrivain est la figure type du solitaire qui ne désire rien tant que d'être seul, mais puise son inspiration dans l'observation des autres et écrit pour être lu par ces mêmes personnes. Etre avec autrui pour mieux être seul quitte à prendre le risque de rencontrer comme le dit Guitry,ces personnes qui augmentent votre solitude en venant la troubler.
La figure de l'écrivain est presque automatiquement celle du solitaire si l'on pense à Flaubert, Kafka,Beckett...
C'est autourde Rousseau que quelque chose change, c'est à dire que l'idée de littérature comme littérature devient autre chose que les belles lettres, impose que l'écrivain soit dans la rupture de la communication. L'écrivain c'est celui qui écrit en différé en l'absence du lecteuret donc il y a une façon de s'absenter.
Rousseau cristallise ce débat; Diderot dit "Un homme solitaire est un homme méchant" alors que toute la fin de l'oeuvre de Rousseau est un plaidoyer pour dire qu'on peut être seul et bon,on peut être seul et condamné à la solitude, mais d'une certaine manière cette solitude est féconde parce que c'est le lieu même de la réinvention de soi, des autres et d'une meilleure société.
La Figure du solitaire a été inventée.Bien sûr il ya avit les solitaires de port Royal, les anachorètes,on a beaucoup de solitaires dans la religion notamment chrétienne des premiers temps mais je crois que ce qui se passe avec Rousseau et juste après Rousseau,c'est plutôt l'idée d'une sorte de divorce essentiel entre l'individu et la société. Rousseau est le premier temps archéologique d'une histoire de la solitude comme fondement de la littérature,mais c'est le Romantisme qui va d'une certaine manière agraver les choses et ouvrir ce qui est pour moi le régime moderne de l'individualisme c'est à dire une sorte de conflit permanent entre la revendication d'être son propre lieu d'autonomie, donc une forme d'individualisme en tant que "je suis coupé des autres" et en même temps une sorte de douleur de cette coupure donc une sorte de rapport problématique entre individu et collectivité.C'est l'image de Chateaubriand cheveux aux vent dans la nature puis celle de Flaubert enfermé à croisset ou Kafka dans sa cave etc...
Il y a une sorte de sésession qui peut prendre toutes formes de dimensions politique, ça peut-être une forme de refus de son temps, le geste est politique sans qu'on puisse lui donner une signification univoque.Il y a toutes sortes de manières de faire sesession.
Nouvelle Revue de Psychanalyse: "Etre dans la solitude":il y a une douleur psychique de la solitude mais il ne faut pas oublier la conquête des possibilités de s'isoler et de vivre seul, il ya bien un choix de la solitude, une manière de retrait. C'est dans la lecture qu'on peut s'isoler;, il suffit de regarder dans le métro, la lecture est une refuge personnel, comme l'écoute de la musique est un espace à soicomme mise à l'écart du groupe, à la fois passive et aussi une intolérance à l'indifférence.;
Lecture :1ère Promenade des Rêveries du promeneur solitaire de JJ Rousseau où on a une affirmation de revendication de solitude blessée. "Me voici donc seul sur la terre" il semble tirer une certaine fierté de cette solitude mais en même temps il souffre de cette mise à l'écart on on a donc là toute l'ambivalence de ce geste du solitaire. La question qui se pose est de savoir dans quelle mesure le solitaire qui s'affirme comme tel,n'est pas de mauvaise foi,en essayant d'incorporer ce dont il est victime.Si c'est la société qui le rejette alors il est facile pour lui de dire non, c'est moi qui la rejette.Il est plus victime que héros de sa solitude.
C'est un texte inaugural de l'apparition de quelque chose d'entièrement nouveau à plusieurs titres: c'est la conversion d'une exclusion en une sorte de liberté qui est une sorte de retournement subjectif absolument admirable, la discussion n'est jamais finie avec Rousseau de savoir s'il était complètement paranoïaque, il l'est certainement mais il y a une radicalisation magnifique: "Seul sur la terre" c'est énorme,car on sait bien sûr que Rousseau n'est pas seul sur la terre,qui est peuplée d'un certain nombre d'individus,mais dans ce retournement l'autre chose que je trouve vraiment capital est cette phrase des Confessions, "je forme une entreprise qui n'eut jamais d'égal" il ouvre la voie à toutes les écritures du Moi au XIXème siècle, c'eyts à dire que le deuxième geste qui accompagne cette revendication,c'est une sorte d'enquête philosophique mais qui n'est pas philosophique au sens cartésien, mais plutôt existentiel faudrait-il direc'est à dire finalement, rendu à moi même, qui suis-je ? Et ce geste la ouvre l'écriture autobiographique que Rousseau a déjà pratiqué dans les Confessions, l'écriture du Journal intime au XIXè siècle et  toutes ces écritures de Soi qui vont accompager le XIXè: cette phrase de Maine de Biran : "Sentir sa vie c'est toucher le fond de ce qu'il y a de plus solitaire dans l'être humain" ou une phrase d'Emmanuel lévinas: "le sentiment d'exister est ce qui fait de nous des monades" (l'impartageable c'est l'exister propre à chacun) et cette dipension la va devenir l'exploration par l'écriture. Dans les Rêveries il y a une sérénité et un plaisir d'être soi avec soi qui est très impressionnante et qui fait que c'ets un texte tout à fait magique.Dans la Vè Rêverie, Rousseau parle de cette paix et de cette sérénité quand il est sur le lac St Pierre en Suisse, qu'il sent en lui ce sentiment d'exister qui va de pair avec ce contentement.
Est-ce qu'on peut dire que le geste de l'écrivain solitaire serait non pas tant le rejet des autres,que la quête d'une identité dans ce retour sur soi. L'écriture impose ce mouvement intérieur qui par définition vous coupe des autres.
Pourquoi ce moment de solitude exige-t-il de s'écrire.Beaucoup de gens sont seuls et n'écrivent pas.
Il y a ce besoin de médiatiser l'immédiat sentiment de se sentir soi comme destinataire et je trouve Rousseau un auteur très intéressant pour ça, car on voit très bien dans les Rêveries, cet espèce de mouvement. cette solitude n'est pas simplement un rapport d'être un mais elle est déjà un rapport d'être un pour soi,et en quelque sorte elle reforme toute une sorte de théâtre dinterlocution ou de dialogue de polyphonie comme chez Beckett.A peine est-on seul,qu'on est ausi avec ses proches avec son histoire familiale, avec toutes sortes de choses qui se mettent à dialogueret des oeuvres comme celles de Thoreau, Walden. L'écrivain solitaire est aussi une sorte de repeupleur. Il s'éloigne des autres pour mieux les décrire, le fond de son oeuvre c'est l'existence humaine, c'est l'Humanité,qu'il y adhère ou qu'elle lui inspire du dégoût.
N'y a-t-il pas une mauvaise foi dans l'homme qui a été rejeté, on sent la douleur mais aussi qui s'est peut-être mis dans la position d'être rejeté par les autres, et en même temps, le fait qu'il l'écrive, montre qu'il veut recréer le monde à partir de son écriture, il y a une forme de narcissisme déguisé,et d'idéalisme, l'écrivain solitaire veut créer le monde a son imageà partir des autres.
Il y a quelque chose qui ne peut pas trouver de solution dans la position de l'individualisme et de la solitude, les écrivains disent ce rêve d'autarcie: si on était suffisant à soi même, comme le dit Pascal ou Guitry (c'est à dire Dieu d'une certaine façon), c'est parfois un fantasme régressif.
L'autre pôle serait en sociabilité entièrement heureuse et Rousseau c'est ne l'oublions pas l'auteur du Contrat Social,de la Nouvelle Héloïse, a inventé l'idéal d'une petite société, ou on est à la fois seul et en compagnie.Rousseau n'est pas encore le solitaire romantique, il en a la verve et ouvre la brèche d'une certaine façon, mais les Rompantiques et Chateaubriand en feront autre chose que Rousseau qui appartient encore au XVIIIè, et des textes futurs vont agraver cela comme Olivier Cadiot un Robinson bavard où la  drôlerie du solitaire veut être seul avec soi même et congédier le monde, et en même temps de mouvement panique, dans cette espèce de solitude dont on ne peut pas sortir, dans une angoisse du soliloque.

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