" Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
Universalité de la pensée africaine
Le fait dominant de ce dernier quart du XXè siècle aura été l’irruption du Continent africain sur la scène internationale avec ses ressources et ses valeurs séculaires. La civilisation de demain devra s’enrichir des vertus complémentaires de toutes les communautés humaines sans ségrégation. Lors de trois séjours « africains » au Sénégal, au Niger et en Tunisie ,dans le cadre de la Coopération Culturelle Scientifique et technique (DGRCST) il m’a semblé que cette assimilation des connaissances et des techniques nouvellement acquises était la préoccupation majeure des institutions d’enseignement avec lesquelles j’ai pu travailler et par là même de l’ensemble des éducateurs de ce continent lancés dans la recherche d’un homme nouveau, à la fois héritier de sa civilisation mais aussi ouvert aux techniques les plus modernes.
Je garde encore en mémoire les souvenirs de ces multiples rencontres où par le rapprochement des hommes dans un effort solidaire, se construit lentement cet « Humanisme » de demain pour lequel tout éducateur doit œuvrer.
Qu’il me soit permis ici, au sein de l’AMIFRAM,(Association des professeurs de français du Mexique et par son « Bulletin spécial Afrique francophone» N°21 1982 de renouveler à mes amis de ce continent lointain (attachement aux idéaux énoncés lors de ce Congrès international de l’Education de Dakar (1970), et de rappeler quelques conclusions de celui-ci sur un projet de « Civilisation de l’Universel », toujours actuel.
Doit-on en changer une ligne ?
Une civilisation de l’Universel
Par civilisation nous entendons nous Français, l’acquis matériel, moral et spirituel d’un milieu historique ou géographique déterminé. Par culture , la prise de conscience de cet acquis et, plus particulièrement, l’attitude collective et critique de l’intelligence et de la sensibilité tant individuelle que collective ; toute culture implique ainsi un humanisme.
Toute civilisation est formée d’un ensemble de faits, de réalités, de notions, de croyances, de techniques, d’actions et de pensées, de conceptions considérées comme les « instruments » nécessaires à la vie même de la société en cause.
Alors que la « civilisation » relève du collectif et du général , de l’anonyme pourrait-on dire, la « culture » c’est la pensée qui s’élevant jusqu’à la prise de conscience des faits de civilisation, soumet ceux-ci à son travail d’analyse objective de critique, de mise en question et par là même donne naissance au mouvement permettant les bonds en avant et les dépassements du donné objectif de la civilisation.
Même si l’effort d’adaptation amène toute civilisation à se transformer, le statisme prédomine dans les sociétés traditionnelles. Au contraire, le dynamisme s’affirme et s’accélère dans les sociétés modernes. Elles sont animées d’un mouvement qui fait prédominer entre elles les transformations au détriment des aspects d’héritage et transmission. Dans le même mouvement certaines structures collectives contraignantes se défont et se manifestent des tendances et des mouvements anticonformistes, anti-dogmatiques, au profit de l’individualisation et de l’affirmation de la personne humaine.
Ce qui trouve une vérification expérimentale dans le fait que notre époque est caractérisée par un esprit critique vif et très généralisé, plus particulièrement aigu chez les jeunes, plus sensibles au présent et à l’avenir plutôt qu’au passé.
Les sciences et les techniques se sont imposées dans un nombre de plus en plus grand de sociétés, ébauchant ainsi une sorte de civilisation « planétaire », c'est-à-dire civilisation à dimension de la planète et marquée par des uniformités et de fortes interdépendances.
De cette civilisation planétaire pouvons nous atteindre les bases, les fondements d’une civilisation universelle, c'est-à-dire d’un ensemble de sciences, de techniques, d’institutions, de valeurs reconnues, voulues, assumées par tous les hommes de notre temps parce que moyen de justice et de paix.
Dans l’état actuel des choses, bien des obstacles se dressent ; les structures d’oppression ancienne se sont renforcées et de nouvelles se sont formées, aboutissant à des aliénations multiples et profondes ; les techniques et même les sciences mettent en question sur de nombreux plans, les conditions de liberté ; au nom d’un intellectualisme trop exclusivement tourné vers des méthodes scientifiques, d’autres voies de recherches et de communication risquent d’être sacrifiées.
De nombreux conflits de divers ordres menacent aujourd’hui notre monde : conflits de classes, de groupes de pression, de races, de générations et de sexes.
Plus généralement la civilisation technologique menace l’habitat humain et les conditions essentielles à la vie.
Cependant, des réalités positives incontestables selon certains, une hypothèse de travail pour d’autres, un acte d’espérance pour un laïc , nous engagent à rechercher les moyens permettant d’instituer une civilisation universelle, si du moins elle peut apporter le bonheur aux hommes.
Pour y arriver, faut-il sans doute d’abord maintenir le patrimoine culturel de chaque civilisation. L’universalisation ne devra pas se faire par une uniformisation, une homogénéisation des concepts et des comportements, mais dans le respect des spécificités et des originalités fondées.
Mais par delà ce pluralisme légitime, des valeurs et des attitudes fondamentales doivent être reconnues, répandues et appliquées dans toutes nos sociétés. Quelles sont-elles ?
