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" Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal

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Note critique sur les deux caravanes chantier de jeunes au Sénégal aout 1970

Aоût 1970

L'expérience de 2 caravanes-chantier au Sénégal était tentée par nous avec beaucoup d'espoir et de confiance. C'est dire que notre déception est aujourd'hui d'autant plus vive, douloureuse.

Déception causée par la carence de la Ligue Sénégalaise de l'enseignement qui a attendu la veille du départ pour désigner ses participants, lesquels se sont en fin de compte limités à 3 pour la Casamance dont 2 d'ailleurs peu travailleurs et peu valables Aucun pour le Siné-Saloum !

Déception causée par la très mauvaise organisation des 2 caravanes-chantiers, ce qui a provoqué de très vives critiques de la part des participants. Certains d'entre eux n'ont-ils pas accusé le Ligue Française de légèreté" et "d'inconscience" de les avoir envoyés ainsi au Sénégal ?

Voici donc en résumé les critiques principales:

Organisation de l'accueil et conditions de vie:

L'accueil sur place semble n'avoir été que vaguement prévu. Si les conditions de vie ont été acceptables en Casamance, elles ont été lamentables à Medina Saback; hébergement dans un local minuscule, malpropre et sans eau, même à proximité nourriture insuffisante et mal équilibrée et surtout boisson impropre à la consommation pendant plusieurs jours les caravaniers consommèrent l'eau soi-disant potable d'un puits dont ils s'aperçurent en fin de compte qu'il servait de dépotoir au village! Résultat la plupart sinon tous attrapèrent des amibes et certains furent sérieusement malades à leur retour en France.

Chantiers :

Les chantiers n'avaient pas été suffisamment préparés. Les matériaux indispensables faisaient trop souvent défaut.

1-A Médina Saback, les participants ne purent réaliser que les fondations et un pan de mur du bâtiment qui devait être construit.

Les gens du village ne s'y intéressèrent pratiquement pas malgré la collaboration épisodique de quelques-uns d'entre eux.

2-En Casamance, le travail a été plus positif mais les caravaniers ont perdu 50% de leur efficacité du fait de son impréparation. Sans matériaux đès le 3ème jour après leur arrivée, ils ont dû menacer de rentrer en France pour obtenir que les autorités le Préfet notamment fassent le nécessaire pour que les briques et ciment soient livrés et pour obtenir les véhicules nécessaires à la marche du chantier : transport de matériel et de "personnel".

Nos camarades ont là encore constaté le manque d'enthousiasme des villageois pour la construction de leur école. Ils envoyèrent les premiers jours des hommes adultes, puis des adolescents, puis des enfants, puis... plus personne. Notre responsable écrit dans son rapport: 

attitude. "Les pertes de temps des premiers jours justifiaient leur attitude.

"La manière de présenter la construction de l'école n'est pas non plus étrangère au peu d'intérêt des villageois: ils avaient payé (80 000 F CFA), ils entendaient ne pas travailler ce qui prouve que leur avait été mal expliqué le mécanisme de cette sorte d'investissement humain."

Animation socio-culturelle :

Elle fut pratiquement très limitée dans l'une et l'autre caravanes-chantiers bien qu'elle ait été prévue comme l'une des deux activités fondamentales du séjour.

Le responsable du groupe du Siné-Saloun écrit dans son rapport: M. WADE attendait une équipe de manoeuvres français solides qui pourraient en 3 semaines lui achever un édifice de 16 m sur 8". Il rappelle aussi le propos tenu un jour à son groupe par le reponsable du Comité des Jeunes de Médina: "Vous êtes ici pour une tâche bien précise que vous connaissez, il n'a jamais été question de faire de la garderie ou quoi que ce soit d'autre en ce domaine."

Dans les conditions matérielles et psychologiques qui furent celles de nos camarades, il était extrêmement difficile de faire un travail d'animation. En Casamance, notre groupe prépara et réalisa une kermesse. Dans le Siné-Saloum, plusieurs membres de l'expédition se livrèrent à de menues activités éducatives chants et Jeux notamment pour les enfants, travaux manuels, hygiène. Une kermesse fut également donnée à la fin du séjour.

Mais l'ensemble des camarades considèrent avec juste raison que ces activités n'étaient rien par rapport à ce qu'ils s'attendaient à faire.

-3-

Gestion et responsables sénégalais :

La gestion matérielle des caravanes a été un sujet de préoccupation de nos participants. Il avait été prévu au niveau de la préparation qu'ils y étaient associés à part entière. On refusa leur concours au début. Mais ils furent amenés à imposer leur intervention en raison des carences évidentes dont ils subissaient les conséquences.

Leurs tentatives furent très mal accueillies. Elles leur permirent néanmoins de se rendre compte à Médina qu'il n'y avait, pour les achats, aucune trace écrite, aucun contrôle, et que les responsabilités étaient très mal définies entre Monar DIOP, DIALIO et sa femme. Les 2 derniers jours, nos camarades prirent en main la gestion de leur caravane.

En Casamance, la gestion fut, après quelques jours et en raison du déficit déjà constaté, confiée par le préfet à une Française. Cet acte d'autorité déplut d'ailleurs beaucoup aux caravaniers casamançais, ce qui se comprend.

Dans les deux cas, une gestion commune aurait été préférable à tous points de vue.

Les responsabilités des chantiers et de leurs activités annexes semblent avoir été mal définies.

L'un de nos camarades écrit dans son rapport "Nous avons assisté à une véritable mascarade où chacun tout à tour prenant la parole se proclamait le responsable du chantier et exigeait l'obéissance à ses ordres."

Quant aux autorités locales, elles n'ont pas fait preuve du moindre intérêt à l'égard des chantiers, sauf bien sûr lorsqu'en Casamance, nos camarades manquant de matériaux menaçèrent de partir. Mais le préfet se désintéressa par la suite totalement du groupe et l' Inspecteur primaire ne vint même pas visiter le chantier de l'école en construction.

Conclusions

En conclusion, on doit dire que la caravane-chantier de Casamance est un demi-échec et celle du Siné Saloum un échec presque total. Le seul point positif retenu par les 16 participants français a trait à leur découverte très concrète des problèmes que pose le développement dans deux régions africaines.

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