" Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
CONCLUSION GENERALE DU RAPPORT DE SYNTHESE SUR LA CARAVANE CHANTIER DE MEDINA-SABACK-
En conclusion générale, nous pouvons affirmer que ce type d'entreprise dans laquelle s'est engagée une certaine Jeunesse, représente une façon de prendre conscience des problèmes du sous-développement en Afrique L'action directe à mener en faveur des jeunes pays de ce continent qui demeure comme le note, G.D'Arboussier:" comme un point d'interrogation géant au flanc du vieux monde." peut se concrétiser par ce type de coopéra-tion technique et culturelle. Cependant nous pensons qu'il serait, du moins pour le Sénégal, plus urgent de répondre à des besoins vitaux de première nécessité comme la construction de CLASSES, DISPENSAIRES, LATRINES, HANGARS... C'est bien sûr aux Associations locales de définir la priorité des besoins mais nous avons remarqué que, vu la situation alimentaire, médicale...il serait plus urgent plutôt que de bâtir une Maison de Jeunes dont les Activités restent hypothétiques et limitées, de multiplier des apports sous forme d'Information et d'Education à l'équilibre nutritionnel; Nous avons remarqué que le seul infirmier d'Etat du dispensaire de Médina était loin de satisfaire aux besoins de la population, l'équipement médical étant plus que rudimentaire !
L'aide la plus concrète doit s'orienter vers le plus urgent, vers les besoins prioritaires que seuls les cadres compétents du pays peuvent déceler.
Nous avons pu constater au Sénégal, que le patrimoine architectural laissé par la colonisation restait très important, voire démesuré pour les ressources de ce pays on continue à construire, à agrandir mais le phénomène le plus grave est qu'aucun budget n'est prévu pour l'entretien de ces édifices qui rapidement se dégradent, se dévalorisent d'année en année...
Le délabrement est très net pour celui qui plongé dans DAKAR découvre: l'ENS, la Cité Universitaire,les Ecoles, les terrains de sports,les routes... Tout,ici est laissé à l'abandon, dans une saleté parfois repoussante. On nous répond que le Sénégalais ne voit pas cette saleté, ce désordre, cet état d'abandon. La mentalité est ainsi, pourtant cela fait mal au coeur de vivre dans ces conditions, mais ce sont des Européens qui parlent ! Ceux qui firent Saint Louis, Rufisque, La place de l'Indépendance.... Alors!
Si,de cette prise de conscience progressive du sous-développement chaque Jeune Caravanier éprouve un besoin d'en informer son entourage, n'est-cè pas aussi une action en faveur de ces pays?
Ainsi, d'une Veillée Débat sur les Caravanes-Chantier, d'un reportage audio-visuel comment ne pas aborder les problèmes de la faim et du Tiers-Monde ? La sensilisation peut paraître plus positive par ce qu'elle a de concret, de vivant, d'étonnant parfois...
Ainsi, apparaissent les grandes lignes directrices qui poussent tout Homme à donner le meilleur de lui même.
Après avoir inventorié les besoins immenses de ces pays, il s'apercevra vite que ceux de l'ENFANCE notamment ne sont pas les moindres et sont souvent prioritaires;
Chacun des gouvernements ayant participé à une enquête de l'UNESCO a fait connaître l'ordre de priorité qu'il accordait à chaque programme d'action à entreprendre. Ces priorités variant sensiblement d'un pays à l'autre. Un certain nombre d'entre elles ont cependant un caractère quasi universel,ce sont celles qui concernent:la formation des hommes et l'éducation populaire.
Former des Hommes est le remède spécifique au sous-développement a déclaré le professeur Alfred SAUVY, qui ajoutait: "Sans hommes qualifiés, les capitaux les plus importants n'ont plus de sens"?Il faut former des cadres et du personnel qualifié dans tous les domaines. Cette formation doit commencer dès l'école, en préparant l'enfant à la vie, en lui permettant d'apporter sa propre contribution & l'évolution de son pays.
Eduquer les masses en commençant par la mère et l'enfant est ensuite l'impératif le plus urgent. Il faut d'abord éveiller la mère à la notion même du progrès, en prenant comme base son amour maternel. C'est au nom de son enfant que l'on parviendra à briser un certain nombre de traditions néfastes et à lui montrer les solutions existantes capables d'améliorer son propre sort et celle de son enfant, Tous les progrès ultérieurs reposeront ensuite sur l'éducation de la population: Education sanitaire, nutritionnelle et sociale, dont les offres multiplieront par 10, par 20 ,les résultats de l'action entreprise.
PREPARER L'AVENIR:
Cette sélection des priorités n'implique cas qu'il faille abandonner toutes les formes actuelles d'assistance à l'enfant en particulier la lutte contre les maladies. Il semble cependant que la totalité des ressources actuellees ne doit pas être consacrée à la solution des problèmes présents.
L'objectif essentiel est de préparer l'avenir, c'est à dire de construire aujourd'hui avec 10 ou 20 ans d'avance.
Mettre dans chaque paye une politique de l'enfance c'est à dire "introduire la notion même d'enfant dans tous les plans de développement".
Ayant pris conscience de l'étendue des besoins de l'enfance, il importe de faire prendre conscience de ces besoins nouveaux à tous ceux qui exercent une responsabilité publique. Il faut aider chaque pays à connaître ses propres besoins, à les analyser et à les évaluer de manière & à en déterminer l'importance et l'urgence. Il faut ensuite consacrer les ressources disponibles à préparer le terrain pour les programmes plus vastes, nationaux et internationaux.
De toutes ces considérations générales sur le sous-développement. nous nous sommes aperçus que notre rôle, à nous Caravaniers français pouvait s'insérer dans cette vaste Campagne Mondiale. Après une première étape: de la prise de contact avec les problèmes par cette expérience vivante et concrète, il nous fallait maintenant songer aux plans d'actions future qu'il nous était possible d'envisager:
I) Sur le plan local, dans notre milieu habituel; (information, sensibilisation par des reportages, conférences, projections, débats, rencontres...)
II) Dans le pays même où se situe le sens même d'une action efficace:
a Pourquoi ne pas apporter notre aide à des STAGES de FORMATION OU IMPORMATION, plus dans des Stages français sur le territoire pour de Jeunes camarades africains en "tourisme-culturel" pour reprendre une critique de leurs compatriotes ! Mais développer sur place et à tous Ies niveaux des SEANCES D'INFORMATION puis de FORMATION puisque l'étape la plus urgente semble être la formation des hommes.
b) Ensuite, dans un deuxième temps, ou parallèlement envisager cette Education de masse en commençant par la mère et l'enfant; nous n'avons pu, hélas au cours de ce Chantier répondre aux besoins réels des populations puisque occupée à une tâche matérielle de maçonnerie; nous le regrettons tous, car là, il y avait fort à faire.
o) En troisième lieu, l'éducation des populations proprement dite sous forme de cours ou de séances d'Education sanitaires, nutritionnelle et sociale. C'est peut-être dans ce dernier chapitre que viendrait d'ailleurs s'insérer la construction de Maisons de Jeunes, de Foyers...
C'est peut-être parce-que nous avons brûlé quelques étapes fondamentales que notre action ne peut être qualifiée de réellement positive...!
Pour l'Avenir, en tenant compte des modestes réflexions que nous a inspiré cette expérience africaine, peut-être l'OFFICO devra-t-il envisager l'organisation, fort délicate d'ailleurs, de ces Caravanes-Chantiers avec plus de circonspection dans un souci d'efficacité et de solidarité envers non amis africains vers une construction d'un monde meilleur maître de son développement et de son avenir...
+ +
NANTES, le 12 Octobre 1970. Patrick CHEVREL
Participant à la Caravane Chantier du SINE-SALOUM. Instructeur F.F.C. Animateur Socio-Culturel.Membre de l'OFFICO Ligue de l'Enseignement (Paris)
Copie à Albert JENGER et POLI .