" Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
"J'ai eu beaucoup de difficultés avec l'amour auquel Sartre avait consacré environ trente pages de "l'Etre et le Néant".Il est impossible
d'expliquer philosophiquement pourquoi on aime et veut être aimé par telle personne précise à l'exclusion de toute autre. A l'époque je n'ai pas cherché la réponse à cette question dans
l'expérience que j'étais en train de vivre. Je n'ai pas découvert comme je viens de le faire ici qu'elle était le socle de notre amour ni que le fait d'être obsédé à la fois douloureusement et
délicieusement par la coincidence toujours promise et toujours évanescente du couple que nous avons de nos corps et quand je dis corps je n'oublie pas que l'âme est le corps. Chez Merleau
Ponty aussi bien que chez Sartre renvoient à des expériences fondatrices plongeant leurs racines dans l'enfance à la découverte première, originaire des émotions
qu'une voix, une odeur, une couleur de peau une façon de se mouvoir et d'être qui seront pour toujours la norme idéale de faire résonner en moi, c'est cela, la passion amoureuse est une
manière d'entrer en résonnance avec l'autre, corps et âme et avec lui ou elle seule, nous sommes en deça et au delà de la philosophie.
Je suis attentif à ta présence comme à nos débuts et aimerais te le faire sentir, tu m'as donné toute ta vie et tout de toi,j'aimerais pouvoir donner tout de
moi pendant le temps qui nous reste. Tu viens juste d'avoir quatre vingt deux ans, tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait cinquante huit ans que nous vivons ensemble et je t'aime
plus que jamais.Récemment je suis retombé amoureux de toi une nouvelle fois et je porte de nouveau en moi un vide dévorant que ne comble que ton corps serré contre le mien. La nuit je vois
parfois la silhouette d'un homme qui sur une route vide et et dans un paysage désert marche derrière un corbillard.Je suis cet homme, c'est toi que le corbillard emporte,je ne veux pas assister à
ta crémation, je ne veux pas recevoir un bocal avec des cendres,j'entends la voix de Kathleen Ferrier qui chante "die Welt verändert sich. Nichts ist mehr" et je me réveille. Je
guette ton souffle, ma main t'effleure, nous aimerions chacun ne pas avoir à survivre à la mort de l'autre,nous nous sommes souvent dit que si, par impossible nous avions une seconde vie,nous
voudrions la passer ensemble".
Extrait de Lettre à D. histoire d'un amour d'André GORZ lu par Julie Gayet dans l'émission de France Culture:"Pas la
peine de crier" de Marie Richeux du Mardi 29 janvier 2013. (Edition Folio 2006) Le couple Dorine et André Gorz décide de se donner la mort un an plus tard
en 2007. 
http://www.franceculture.fr/player/reecouter?play=4568401
Confession sincère, absolue et dure parfois.
Il semble impossible qu'Hanneke n'ait pas lu cette "Lettre à D" pour réaliser son "Amour" primé en 2012 à Cannes, notamment dans la scène de
la cuisine où Emmanuelle Riva fait un oeuf à Trintignant.
"Toutes les lois de l'univers sont régies par la loi de la pesanteur, seule la grâce est l'exception"écrivait Simone Weil
Et la grâce c'est cela même que décrivent André Gorz et Mickael Hannecke: l'odeur, la silhouette, la forme et la magie des corps , le rappel
des sensations de l'enfance, le rapport à la mère...