" Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
Freud avec les écrivains. On pourrait presque dire Freud avec ses compagnons de route, Freud avec ses doubles, Freud avec ses alliés et rivaux.
Mais on pourrait aussi ajouter Freud avec Freud, tant il était lui-même un homme du livre et de l’écriture, un épistolier intarissable, un maître de la controverse, un théoricien, et de surcroît
un conteur d’histoires. « Il y a caché quelque part en moi, écrit-il à Fliess, en septembre 1899, un certain sentiment de la forme, une façon de considérer la beauté comme une sorte de
perfection et les phrases contournées de mon écrit sur le rêve ont gravement offensé en moi un idéal ». Il y a à coup sûr chez Freud une tension entre son amour de la littérature et son
amour de la science. Et ce n’est pas pour rien qu’il considérait que ses histoires cliniques se lisaient comme des romans. L’objet même de sa recherche, la formation du rêve, rapprochait chez lui
l’homme de science de l’écrivain. Et il reconnaît avoir écrit avec « Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci », un véritable roman psychanalytique, dont il dit apprécier les qualités
stylistiques.
Reste que Freud s’est évertué à ne pas confondre littérature et psychanalyse et que ses relations avec les écrivains, qu’elles aient été effectives ou pas, ont obéi
à des motifs des plus variés. Il n’y a rien de comparable entre l’admiration que portait Freud à Romain Rolland ou Zola et celle qu’il portait à Stefan
Zweig. D’où l’immense intérêt de ce livre – "Freud avec les écrivains" qui vient de paraître chez Gallimard – il traite des auteurs qui ont incontestablement marqué Freud:
Shakespeare, Goethe, Schiller, Heine, Romain Rolland, et bien d'autres...
Nous sommes allés au domicile de Jean Bertrand Pontalis, rue du Bac plus précisément dans sa bibliothèque, sise en face des éditions
Gallimard à Paris, pour en parler…
Freud avec ses compagnons de route, Freud avec ses alliés, ses rivaux mais on pourrait ajouter Freud avec Freud tant il était un homme du livre et de l'écriture, un
épistolier intarrissable, un maître de la controverse,un théoricien et de surcroît un conteur d'histoires.
"Il y a quelque part en moi écrit-il en septembre 1899, un certain sentiment de la forme, une façon de considérer la beauté comme une sorte de
perfection,et les phrases contournées de mes écrits sur le rêves, ont gravement offensé en moi un idéal."
Il y a à coup sûr chez Freud une tension entre son amour de la littérature et son amour de la science et ce n'est pas pour rien s'il considérait que ses histoires
cliniques se lisaient comme des romans.L'objet même de sa recherche la formation du rêve, rapprochait chez lui l'homme de science de l'écrivain,et il reconnaît avoir écrit avc un souvenir
d'enfance de Léonard de Vinci, un véritable roman psychanalytique dont il dit apprécier les qualités stylistiques.
Freud s'est attaché à ne pas confondre littérature et psychanalyse et ses relations avec les écrivains, qu'elles aient été effectives ou pas, ont obéi à des motifs
les plus variés. Il n'y a rien de comparable entre l'admiration qu'il portait à Romain Rolland par exemple ou Emile Zola,et celle qu'il portait à Stefan
Zweig d'où l'immense intérêt de ce livre "Freud avec les écrivains" qui traite des auteurs qui ont vraiment marqué Freud et ils sont très nombreux.
Freud a découvert très tôt Shakespeare, il n'a cessé de le lire enfant; Shakespeare l'a toujours accompagné et on peut se demander
s'il voit en Shakespeare un allié ou peut-être un rival car le coeur va de façon plus intense, plus vive au coeur des choses et des troubles de l'âme et aussi par l'intensité d'une langue, sa
force, sa brutalité très crue alors que la langue du psychanalyste est nécessairement plus mesurée plus maitrisée, et plus argumentée et donc plus faible par rapport à la langue du poète. Freud
l'a nourri et il avait toute l'oeuvre de ce dernier dans sa bibliothèque.
Ujn autre écrivain qui amarqué Freud dans sa jeunesse est Goethe.
On peut parler d'une identification héroique du jeune Freud à Goethe,et parallèlement chez Shakespeare, il y a la volonté de l'adolescent de jouer très tôt des
scènes de Jules César et de Hamlet.
Nous allons faire une espèce de chassé croisé entre Shakespeare et Goethe.
Edmundo Gomez Mango (Uruguay-- a préparé le baccalauréat au Lycée français de Montevideo et s'est nourri de Goethe, Shiller, Heine,
Mann à travers des traductions en espagnol) :le chercheur et le poète.
Je me suis souvenu d'une remarque de Nerval quand il publie une anthologie de Goethe, il citait Goethe lui même qui disait que ce qui reste
d'un grand poème dans le vif de l'âme du lecteur ce n'est pas tellement le rythme ou la rime qui sont des procédés primitifs et d'une hate valeur de la poésie mais c'est quelque chose qui même
quand le poème est devenu prose,ou dans une traduction,c'est ça qui est le plus important. ceci pour justifier d'avoir osé aborder ces textes sans être un germaniste.
Goethe est un compagnon de route dèsle plus jeune âge de Freud,on trouve déjà des citations de Freud quand il avait 15 ans 16 ans avec son ami Emile
Fliess dans es conversations et correspondances de jeunesse et jusqu'à ses derniers jours où il continue de citer Goethe dans sa correspondance. Et on peut voir
l'éblouissement quil ressent à travers un faux texte de Goethe qui appartenait à Tobler qui était dans l'atmosphère du Goethe de Weimar et qui s'appelait justement "l'Hymne à
la nature" qui l'a marqué très à vif quand il était un jeune étudiant et il dit dans Poésie et réalité que c'est "le fragment" (ainsi appelait-on ce poème) qui l'a orienté vers les
études de science de la nature "Naturfosher" médicales.
Freud ne cessera d'étudier les rêves et la délivrance de l'âme humaine de la souffrance puis le domaine de l'éros. Est-ce que Freud avait lu le Divan oriental
occidental et le personnage de Souleika , le personnage célèbre de Goethe ?
Oui il le cite expressément et il avait une trentaine ou quarantaine de volumes de Goethe et plusieurs sont consacrés à l'étude de la nature, à la
psychologie, l'optique,et on voit bien là qu'il y avait des "affinités électives" entre Freud et Goethe.
Est-ce qu'on peut dire que Freud s'est nourri des mères goethéennes comme Iphigénie en Tauride,et bien sûr Faust et des ombres enfouies en
léthargie au plus profond de la terre et pensez-vous que c'est passé dans l'oeuvre de Freud ? le secret des mères sous entendu le secret de l'âme dans le traitement de l'hystérie et de l'obscur
de l'inconscientet la clé c'était le transfert dans la scène où Méphisto donne la clef à Faust pour qu'il puisse pénétrer dans le roayume des mères. (18'23)
Freud n'a jamais reçu le prix Nobel mais le prix Goethe en tant que découvreur des mystères du coeur humain. La différence en allemand entre le chercheur, le
découvreur (forcher) et l'écrivain, l'auteur (diechter) n'existe pas vraiment chez Freud, il y a chez lui un va et vient entre les deux .
Quand à 70 ans, Freud avait été salué comme découvreur de l'inconscient, Freud avait répondu ceci: "Les poètes et les philosophes ont découvert
l'inconscient avant moi" (c'est assez rare que Freud reconnaisse ses prédécesseurs),ce que j'ai découvert quant à moi c'est la méthode scientifique qui permet d'étudier
l'inconscient." Il n'aimait pas trop qu'on le salue comme un écrivain, ce qu'il est incontestablement, parcequ'il craignait que ce soit au dépend du chercheur scientifique.Ce qu'il voulait
c'est avoir fondé ce qu'il appelait "une jeune science" (qui a maintenant plus de 100 ans mais qui tient le coup)et quelle que soit son admiration pour les écrivains,Goethe, Shakespeare, Shiller
mais aussi ses contemporains, Stefan Zweig, Arthur Schnitzler qui vont beaucoup plus loin que lui
et qui découvrent intuitivement ce que lui laborieusement, péniblement a mis au jour... C'est toute la tension plutôt que l'opposition entre le chrcheur et le créateur littéraire qui fait
l'originalité de l'oeuvre freudienne. Il est un écrivain mais il n'aurait pas trop aimé qu'on insistât trop là dessus. 21"42
"Quand on écrit sur les autres, on parle toujours de soi d'une façon ou d'une autre" donc mon intérêt pour montrer l'alliance conflictuelle,(comme
toutes les alliances, les noces c'est toujours tourmenté) tient à ce que moi je pense personnellement qu'il n'y a pas d'incompatibilité entre l'exercice de la psychanalyse et celui de la
littérature. Par des voies très différentes, elles ont le même objet; lequel ?
l'âme humaine, ses tourments, ses conflits,les troubles de la réalité. Les deux voix sont différentes mais elles ne sont pas divergentes et je plaide bien sûr pour
moi car tout ce que j'ai écrit va dans cette direction.(JB Pontalis)
Ainsi vous pouvez dire qu'Hamlet est une tragédie qui a inspiré directement Freud, que Macbeth et Lady Macbeth occupent une place très importante et ce n'est pas
une interprération pour vous il est clair que cette inspiration est réelle.
C'ets vrai pour Shakespeare, chez ses contemporains, il admire Stefan Zweig, Arthur Schnitzler qu'il admirait encore plus et il a cette lettre mille fois commentée qui dit qu'il ne veut pas
rencontrer Arthur Schnitzler parce qu'il craint de rencontrer son double,on a beaucoup ergoté là
dessus.D'autant qu'en Allemand "le double" évoque surtout une figure de mort assez maléfique,et il lui dit : "surtout gardez ça secret pour vous". Et curieusement Schnitzler n'en
fait pas écho dans son Journal pourtant très minutieux et les 2 hommes se sont rencontrés plus tard mais en famille avec mme Freud, Anna . Freud redoutait chez Schnitzer le grand coureur de
jupons ou plutôt "consommateur de femmes" ou de grisettes. Freud est passé à côté de l'art contemporain si actif à Vienne,et le mouvement de la secession,et lui ce qui
l'intéressait c'était la peinture classique de la renaissance de Léonard de Vinci et d'autres,alors que Schnitzler fréquentait tout ce monde là, très actif dans ce Vienne pas mal
idéalisé depuis. (27') Freud ne veut pas être confondu avec cet amateur de femmes fardées.
Venons en à "L'étrange étrangeté" avec Hoffmann et le travail sur la langue et le mot qui se dépose finalement dans la langue de Freud.
Hoffman est le maître de cette "inquiétante étrangeté" ("Um allicht" = ce qui prive du foyer) et tourne autour de ce sentiment très étrange et inquiétant du
double. C'est le double que voit Freud dans la scène du train. "Home" c'est la maison, le pays natal; Walter Benjamin :"brot" a beaucoup de sens dans chaque
langue: pain, "la saudad" n'est pas la nostalgie.
Freud traverse la langue allemande et l'inquiétante étrangeté des langues, mais pas de la pensée ou des pensées.
Hoffmann et Heine sont les deux écrivains les plus admirés par les romantiques français. Heine a permis de dégager le "witz" freudien, il partage
avec Heine, "le dédain condescendant pour les philosophes constructeurs de systèmes" Freud cite à plusieurs reprises ces vers: "Avec ses bonnets de nuit et les loques de sa robe de
chambre,il bouche les trous de l'édifice du monde." . Si Freud a invité le poète dans le royaume de la science, il a toujours tenu le philosophe à distance au moins de son univers le plus
intime. Cette citation là vient à plusieurs reprises dans l'oeuvre de Freud et lui même s'est toujours refusé à créer un système.
Ce n'est pas la philosophie en tant que telle mais le système. Il est très lié à Shopenhauer, il a refusé de lire Nietzche car il
craignait d'y avoir trouvé des choses qui allaient audelà de celles qu'il avait lui même découvertes, ce qu'il récuse, c'est l'esprit de système,l'esprit de synthèse.Toute philosophie qui veut
tout englober, de façon totalitaire et c'est ce qui l'oppose à Lou Andréas Salomé, qu'il appelle "la grande compreneuse" qui voulait aussi tout unifier, tout faire
tenir, mais la philosophie en tant qu'interrogation et tentation il ne faut pas y céder.Freud n'est pas antiphilosophie il est antisystème, là est la nuance. (36')
Il a cédé à la Gradiva du texte de Jensen, à la grâce de cette jeune fille , "celle qui avance".Ce n'est pas
Jung qui lui a présenté cette nouvelle de Jensen comme on l'a cru. Il est tombé sur Zoé et Arnold le jeune archéologue.Ce texte sur la Gradiva vous
permet d'ironiser sur le fétichisme du pied dans ce texte comme l'on fait certains lecteurs dans leur interprétation. gare à mettre des interprétrations psychanalytiques dans le domaine de la
littérature. Le pied de danseuse relevé ne doit pas aboutir à des interprétations fétichistes, respectons les dans leur étrangeté et laissons l'effet qu'elle ont sur nous sans en
rajouter.Laissons nous troubler par l'art et la littérature. (42'07)
http://www.franceculture.fr/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-freud-face-aux-ecrivains-2012-11-02