" Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
VILLAGES DE FRANCE
Invité(s) :
Christian Combaz, romancier et essayiste
Jean-Pierre Le Goff, sociologue, auteur
A.F: A écouter les informations et à lire les enquêtes sociologiques, on pourrait croire qu'il n'y a en France que des métropoles trépidantes et
des cités sensibles.L'actualité nous balotte entre grandes villes et ghettos urbains et le reste passe à la trappe ou surgit sporadiquement dans la rubrique des faits divers (sauf dans le JT de
JP.Pernaut sur TF1 ,et dans des Racines et des Ailes sur FR3) Avec leurs ouvrages respectifs:"gens de Campagnol" et "la Fin du Village",
Christian Combaz et Jean Pierre le Goff réparent cette injustice. Ils réintègrent dans la mémoire collective et dans l'histoire contemporaine, les oubliés de la
nouvelle France, dite alors même qu'on la réduit à deux composantes: France de la diversité.
Et c'est d'abord sur le lien personnel, subjectif,qui les attache aux lieux dont ils ont fait l'objet de leur étude,que je voudrais interroger mes deux invités en
commençant par vous Jean Pierre Le Goff :
Vous dites que
votre premier contact avec CADENET remonte à 1983 et que de 1984 à 2007 vous y êtes retourné en famille chaque été et parfois au printemps, séjournant en location dans différents
endroits de la commune.Pourquoi CADENET ? D'où vient ce choix,cette affinité élective, ectte fidélité,envers un petit bourg situé aux confins du Luberon, au bord de la Durance et
qui n'a pas l'attrait touristique de Roussillon ou de Lourmarin.
JP LG: Il ya plusieurs origines à ce livre, une dimension quasi affective et familiale,d'ailleurs j'ai eu la chance mais aussi l'honneur de
connaître le village par les anciennes grands familles,(ce n'est pas l'aristocratie au sens où on l'entend, ce sont les familles nombreuses qui connaissaient très bien le Luberon qui avaient un
attachement à cette petite patrie extrêmement fort et avec qui j'ai noué des liens quasi familiaux et qui m'ont fait connaître ce bourg de l'intérieur, donc j'ai eu beaucoup de chance et je
tenais d'abord à leur rendre hommage, surtout que c'étaient des gens qui m'avaient accueilli,avec une certaine chaleur et ce n'était pas évident pour moi qui avait une image de parisien,donc
j'avais une espèce de dette à leur égard.En même temps, j'ai très bien vu qu'ils se représentaient comme les perdants de l'Histoire, c'est à dire les oubliés de l'Histoire, pas les oubliés de la
modernité,mais de cette modernisation, de ce changement perpétuel où ils n'avaient plus le droit à la parole.Il fallait , non pas me substituer à eux,mais exprimer de façon la plus simple
possible cette voix qui n'était plus entendue.
S'y ajoutent des éléments d'un autre ordre, des éléments d'ordre intellectuel, il se trouve que le livre "village de Roussillon" de Laurence Wylie (1910-1995), sociologue américain,
spécialiste de la société française, qui fit un séjour d'exploration dans le village de Roussillon (Vaucluse) dans les années 50, (
Roussillon qui est devenu un village très touristique
après 10h il faut fuir ce bourg !) c'est pour moi,une référence centrale pour connaître la France d'avant les Trente Glorieuses, c'est à dire qu'une collectivité villageoise qui nous
renvoit un peu avant la guerre,extrêmement solidaire et ce livre m'a ammené peu à peu à me demander qu'est-ce qu'est devenu cet ancien peuple ? J'en avais assez d'une sorte de sociologie
"plate" , mettre à plat, démonter des logiques,des mécanismes entre l'expertise,et les Ministères sont remplis de dossiers sur l'état de la France, on est dans une société éminemment
bavarde, on a l'impression qu'on a changé la réalité quand on a beaucoup bavardé sur elle,et en même temps qui met beaucoup de discours, on se paie de mots par rapport à une épreuve du réel...je
voulais aussi montrer les fractures et les façons de les affronter dans une structure qui ne soit pas seulement une position de surplomb ou seulement une position de sociologue classique c'est à
dire,en situation d'immersion, en décrivant des personnages,en décrivant des situations à la fois comiques et tragiques.Qu'estce qu'est devenu ce peuple comme l'a aussi montré Edgar
Morin en Bretagne en plein coeur des Trente Glorieuses et là on était à l'époque du changement de la modernisation, d'un certain rejet du passé par une nouvelle génération, or
aujourd'hui, il y a une nouvelle étape de cette modernité qu'on pourrait appeler post-modernité qui n'a plus rien à voir ni avec Laurence Wylie ni avec Edgar Morin.
A.F: Christian Combaz, quel est votre lien avec Campagnol et d'abord puisque ce nom semble trop allégorique pour être vrai,y
a-t-il un village en France qui s'appelle Campagnol,et sinon de quel village parlez-vous ?
Ch.C: Il y a un Campagnolles qui se trouve en Normandie, mais dont je ne me suis pas inspiré. Il se trouve que mon histoire n'est
pas celle d'un sociologue mais d'un romancier et donc, avec l'argent de mon roman j'ai voulu acheter une maison dans les Alpes où vivait mon père et ça n'a pas marché parce que les prix étaient
trop élevés et je me suis rabattu sur un pays où les loyers étaient très faibles,c'était dans les années post-Larzac et c'était à peu près dans le Larzac, dans l'Aveyron (je ne citerai pas le nom
précis du village pour ne pas m'attirer les foudres de ceux que je décris car je les décris d'une façon assez personnelle,je parle réellement d'eux mais contrairement à Monsieur qui le fait de
façon un peu sociologique,moi je le fais de façon sensible et donc parfois indiscrète et donc j'ai changé les noms et le nom du village aussi.Pourtant ceux que vous visez se reconnaîtront
aisément.Le livre a déjà circulé depuis 4 mois dans les deux villages de l'Aveyron et des Alpes;
Ma démarche pour résumer,est plus morale, plus personnelle, plus caricaturale,elle consiste à montrer que la province française,et plus particulièrement le
village,sont victimes du phénomène d'"idée de con". C'est à dire qu'il y a toute une Franec qui voit qu'on commence à parler de la vie à Paris, de la France, de tout et de rien,à 22h30
sans mentionner ce qui fait son quotidien et chaque fois qu'un provincial pur jus est invité sur un plateau,c'est généralement pour que la banlieue vienne se moquer de lui. Donc cette forme
d'authenticité qui est prise en très mauvaise part désormais, qui est celle des gens qui n'habitent nulle part, c'est à dire pas un haut lieu, cette authenticité c'est mon sujet et je précise que
je suis un résident principal, c'ets à dire que j'ai passé 17 ans aux fin fond du Larzac bien que je sois un romancier parisien,avec un éditeur parisien, mais j'ai choisi d'habiter parmi les gens
qui coupent du bois,ou qui élèvent des moutons,et ce choix je ne l'ai jamais renié et quand j'ai pu changer de crèmerie, je n'ai pas choisi le XVè arrondissement de Paris mais plutôt un village
des Alpes.
A.F. - Oui vous vous présentez un peu dans ce livre comme un porte parole du pays profond, face à ce que vous appelez "le club de la dérision", ceux
qui ont le décodeur et qui donc écoutent Canal Plus traçant sans cesse la frontière entre les corniauds et les autreset vous avez même une certaine tendresse pour les téléspectateurs du 13h de
TF1 parce que celui ci parle en effet, à sa manière, de cette France des artisans, de cette Franec qui ne semble pas exister pour Canal Plus ou n'exister que pour être moquée ou à travers des
émissions carément caricturales, ricanantes, comme Groland ou bien les fameux deschiens dont tout le monde chante les louanges; les Deschiens sont une offense permanente à la France
qu'ils décrivent.
Les Deschiens c'est une drolerie féroce mais on peut presque situer le quartier parisien où elle est née. Donc les gens avec qui je vivais prenaient ce genre
d'humour pour très mauvaise part. je vous fais remarquer que cet humour Canal Plus qui était réservé aux abonnés dans les années 80; s'est étendu à tout le paysage audiovisuel français, il n'y a
plus une seule chaine de télévision, qui n'ait pas son émission de 18h30 où une France rit de l'autre. Ces gens là ont été floués par la geste, le discours officiel à propos de la France
leur a été volé et pour résumer aussi mon propos, je ne suis pas le seul à l'avoir dit, dans l'imaginaire général, la banlieue a remplacé le peuple .Désormais quand il faut parler des gens qui
ont du mal,et bien ces gens habitent St Denis.
AF: Il y a une petite différence entre vos deux livres, même si ce qui vous rapproche c'ets une certaine compréhension,empathie, tendresse pour vos villages
respectifs, vous JP Le Goff vous parlez d'une France disparue ou en voie de disparition alors que vous Christian Combaz, vous parlez d'une France
recouverte, qui existe encore, mais qu'on refuse d'entendre.
Parlons de cette France disparue dans un article de Causeur,
Philippe Reynaud très élogieux à l'égard de votre livre,explique que vous vous gardez d'idéaliser l'ancienne
communauté villageoise, certes mais vous parlez d'elle, de ces familles qui ont fait la réputation de Cadenet sinon sa prospérité,mais vous avez une grande nostalgie ou un grand amour pour le
peuple qui se constituait autour de ce travail.
JP.LG: J'ai mis le lien par rapport à ce que j'appelle l'ancien peuple de France,(puisque mon père était un artisan pêcheur en Bretagne),celui des
artisans et des notables attachés à Paris aux mille villages,et cette petite patrie s'emboitait dans la grande.Aujourd'hui c'est cet élément là qui s'est terriblement érodé pour ne pas dire qu'il
a été entièrement bouleversé en l'espace d'un demi siècle. On pourrait prendre les éléments de cet attachement cette petite patrie, oui nous avons changé d'époque, elle du philosophe
Alain qui décrit les petits artisans et commerçants.
Exemple le cas des vanniers et agriculteurs (le rapport au travail n'a plus rien à voir avec ce qui existait) 13'08
Sur le livre de Christian Combaz figurait une petite étiquette de l'éditeur "A l'écoute de la France qu'on n'entend pas" or Marine
le Pen a dit la même chose quelques jours plus tard et ça a plombé le bouquin... !
La France de Christian Signol (Laffont) qui vendait des millions de livres par rapport à celle de Peter Mayle
(écrivain anglais qui s'est mis à parler de la Provence depuis Maussane
où il s'était installé pour nous raconter le marché local et le curé avec sa 2CV. Et les gens qui sont nés à Maussane se sont dit qui est cet Anglais qui débarque pour parler de
nous !
- Grâce à ce Parc du Lubéron on ne construit pas n'importe comment,et les gens vont en vacances dans de très belles maisons, très isolées,très
tranquiles, et ils y voient un paysage demeuré magnifique , il faut le dire en faveur des parisiens- Hors de ce Parc protégé, tapez "dynamitage d'une forêt" dans Google et vous verrez:
les promoteurs avides, le Maire qui est leur objet, Les Conseils Municipaux pour enfants c'est très bien mais commençons par apprendre comme on passe le "Permis de Chasser"le "Permis
d'être élu municipalement" à ceux qui ne savent même pas ce qu'est le Sénat ou la Chambre des Députés !
Critique du Parc du Lubéron: une forme de gestion assez incroyable de la Nature passant par une rhétorique managériale
extraordinaire,incompréhensible, objectifs, sous objectifs,avec eds exmples dignes d'une démocratie participative exemplaire, quand vous sortez de ce grand discours au delà du fait qu'il existe
et que c'est important,car il a pu contenir les délires de promoteurs.
Ce que je remets en cause c'est cette espèce de logomachie de ce Parc et l'encadrement pour changer une tuile, une fenêtre,avec un poids des architectes qui encadrent et
les Maires, ce n'est pas facile quand vous vivez dans ce Parc, si vous voulez développer un peu une activité économique.
Qu'est il arrivé à CADENET ?
CADENET est passé d'une collectivité villageoise qui condensait en un seul lieu: travail , habitation et loisirs pour arriver à un village bariolé
composé de catégories sociales aux revenus très inégaux, parce qu'avant il y a avait une certaine unité, avec à la pointe extrême, ce qu'ils appellent les TTR (gens très riches qui rachètent des
propriétés mais qu'on ne voit jamais car ils s'isolent) et à l'autre extrémité des gens à la déglingue,qui n'est pas la pauvreté ancienne, c'est à dire cette espèce d'errance,dans un no man's
land anthropologique qui vont chez Pôle Emploi tous les 2 mois, entre les deux, il existe encore cette couche moyenne, mais l'arrivée du TGV et l'augmentation des terrains a été un élément fort
de désagrégation..
On arrive aujourd'hui à une juxtaposition
relativement pacifique et je dirai relativement bon enfant à Cadenet entre ces catégories sociales.Mais ce n'est pas qu'une question économique et sociale au sens étroit du
terme,mais pour moi c'est une grande fracture culturelle,qui touche à une question essentielle: le rapport à la vie, le rapport à la nature, le rapport à la mort et le rapport à l'éducation des
enfants. (32'30)
Ch.Ch.- On assiste à une intégration à l'envers, c'est à dire que ce n'est pas le nouvel arrivant qui s'intègre, c'est le villageois qui doit
s'intégrer au nouvel arrivant.
A.F; Alors ce que je trouve très intéressant c'est le symptome que vous pointez JP.Le Goff, c'est le symptome de la chasse que
vous faites avec beaucoup de subtiité.Vous montrez que la chasse est vécue par le nouvel arrivant comme un truc de fachos. Donc l'enfant ou le petit fils de chasseur,se retrouve très gêné, il y a
la une fracture culturelle qui témoigne de cette intégration à l'envers et vous parlez de cette institutrice qui n'aime pas la chasse mais qui se rend compte qu'un que ses élèves, fils de
chasseur connaissait beaucoup mieux la nature que les autres, précisément parce qu'il allait à la chasse avec son père,alors même que la connaissance de la nature est mis en avant par la
sensibilité écologique.Mais ce que j'ai trouvé très intéressant dans votre livre JP Le Goff,c'est que c'est la chasse elle même qui a changé, parce que l'écosystème n'est plus le
même: il n'y pas de gibier donc il faut créer un gibier artificiel,les faisans et les perdreaux qui sont lachés la veille de la chasse pour les chasseurs donc on ne sait plus de quel côté se
tourner.
JP LG: Vous avez très gien résumé ma position,c'est pour ça que je cite Pagnol quand il dit dans "la Gloire de mon
père" (qui tourne autour de la chasse) que c'était naturel de partir avec un fusil et si vous vous promeniez dans la nature sans fusil on se demandait ce qu'il faisait à se promener ainsi
non armé. Aujourd"hui c'est le VTT avec le casque,avec des habits bariolés dans les chemins etc..Vious parkez de la chasse au gibier mais pour ce qui est des sangliers il y en trop...Aujourd"hui
ces anciens sont minoritaires.L'Aveyron qui a recueilli les déçus de Toulouse et de Montpellier au fil des années et vous avez des gens qui sont
contents qu'il y ait des chasseurs autour d'eux parce que comme ça ils mangent de la viande souvent. Il y a dix fois trop de sangliers et dix fois trop peu de chasseurs;Il y a il est vrai une
désaffection de la chasse dans ces milieux la, qui fait qu'à part les battues administratives, on n'arrive plus à réduire le cheptel.
C'est ce que les anciens appellent d'une façon un peu ironique les écologistes des villes qui sont très exigeants en ce qui concerne l'écologie sauf
si leurs intérêts sont remis en question.Il y a des formes d'inchoérences de ces nouveaux habitants qui veulent, on pourrait dire, habiter à la campagne tout en ayant tous les avantages de la
ville.Et pourtant ce bourg a des infrastructures, il y a des gens qui travaille ce n'est pas comme les villages du haut Lubéron où les volets sont fermés l'hiver, c'est un village qui demeure
vivant notamment à cause de l'école où il y a un certain nombre d'initiatives mais la fracture est là et ces gens se sentent minoritaires, ils se ressentent comme els pedants de l'Histoire et il
y a aussi un phénomène d'âge,qui joue, ils n'ont plus de relais d'expression, ils n'ont plus la place qu'ils avaient antérieurement et il y a une espèce d'hégémonie des cultureux qui pèse sur ce
bourg.
"les cultureux" c'est ceux qui pratiquent des créations d'un type particulier qui ont souvent le sentiment d'être assez géniaux et naturellement un peu
génies méconnus.Les ancines disent de façon ironique, vous nous avez envoyé tous les ratés de Paris alors que vous vous êtes gardés les meilleurs ce qui n'est pas vrai quand vous voyez
certaines créations artistiques parisiennes, mais qui ont fui la ville et qui vont faire de multiples expériences ou expositions dans l'entre soi et qui sont surtout extrêmement
subventionnés pour le faire.
Aujourd'hui il ya quand même un grand problème, c'est qu'avec la crise, les subventions qu'est-ce qu'on va en faire ?
Ce sont des gens qui trouvent dans ces villages des relais d'expression: il faut distinguer les troupes de théâtre de Cadenet qui sont tout à
fait dynamiques de ces cultureux avec un mélange très bizarre.
C'est surtout de l'animation socio-culturelle et puis une forme d'ouverture à ce que j'appelle les nouvelles formes de spiritualité diffuse et aussi une ouverture
au monde parcequ'elle permet d'obtenir les subventions.
CH.C: A partir du moment où avancez au Conseil général que vous avez un projet culturel qui empiète sur le Maghreb, le Sahel et donc qui mélange
les autres cultures -ce qu'il faut savoir c'est qu'aujourd'hui le métissage culturel n'ets plus un droit c'est un devoir - c'est à dire que l'argent n'est disponible que pour ceux qui font état
d'une ouverture au Sénégal suffisante et quelque soit le pays.
Exemples le Lieu Unique et les Festival Tissé Métisse de NANTES !!!
Dans le village des Alpes où je vis,on refuse systématiquement ce métissage obligatoire, ils aiment bien choisir.Alors nous avons par exemple le Gabon, le Brésil à
cause de gens qui sont expatriés, ça c'est parfaitement légitime. Là où ce n'est pas légitime c'est quand pour obtenir une subvention à Lyon ou à Grenoble,on est obligé d'aller faire des
pieds et des mains en disant mon projet est à cheval sur le Sahel.
AF: A propos de jumelages, j'ai appris en lisant votre livre, Jean Pierre le Goff, que CADENET était jumelé à un
village crétois et que l'école avait été baptisée "Ecole Mélina Mercouri"
également j'ai appris que dans le Collège s'était tenue "une exposition super-citoyen,ludique et pédagogique qui fait appel à la sensibilité et à la l'imaginaire des enfants pour qu'ils
s'approprient à travers l'histoire, les poésies, les dessins humoristiques et les personnages attachants,une conception durable de la citoyenneté bâtie sur leurs propres émotions". On croit
rêver quand on lit ça mais on se dit que l'activisme des cultureux est relayé par l'école et par un certain nombre d'hommes politiques car en plus c'est une clientèle électorale.Il y a aussi
cette dimension la.
Sur l'école l'un des grands enjeux c'est quand même l'éducation et l'imprégnation des enfants qui passe par de nouveaux relais qu'on ne voit pas notamment les
bandes dessinées et les nouveaux contes.
Ces cultureux ne se contentent pas d'exprimer leur subjectivité débridée en guise d'oeuvres, ils ont des relais chez les éditeurs et on y apprend un
nouveau monde ce qui à mon avis est problématique et remet en cause assez directement mais en douceur, j'allais dire on ne le vois pas, tout l'ancien creuset républicain pour faire court et
l'ancien creuset chrétien et juif. Il y a une espèce de "nov langue" qui fait qu'il y a toute une légitimité qui nait de la sincérité.
Pour résumer en quelques formules,"Etre bien dans sa tête et dans son corps,dans un rapprt réconcilié avec soi même et la nature" auquel se rajoutent deux
autres messages: "Nous sommes une espèce parmi d'autres, nous sommes un élément d'un grand tout " c'ets la négation de la nation et de la famille c('ets à ditre qu'il y aune ouveryure
permanente à ce qui est autre et lointain, si le spetits esquimpaux le font pourquoi est-ce que je ne le ferais pas chez moi".
Il y a un type d'humanité, pour le dire brutalement,qu'on est en train de fabriquer, je ne sais pas ce que ça va donner,tout ça se fait en douceur, et c'est ce que
j'ai appelé dans un autre livre "la barbarie douce" parce que ce n'est pas frontal et ce n'est le même modèle que l'ancien, ça peut déboucher sur des choses assez problématiques mais il
y a un grand glissement de terrain avec des acteurs qui accélèrent ce glissement.
Ils sont quand même très liés à la mouvance soixante huitarde car on observe que dans la jeune génération de sprofesseurs des écoles, il y a beaucoup pus de
raidissement à cet égard, et je peux en témoigner pour avoir donné pendant 7 ans des cours de dessin. J'ai été obligé d'arrêter parce que les parents se demandaient qu'est-ce qu'il cherche ?
"Ou bien il veut se présenter au Conseil général ou bien il est pédophile", entre les deux pas d'alternative et l'instituteur m'a dit "heureusement que tu t'es arrêté parce ça
devenait pénible ce que j'entendais dans ton dos".
En revanche, j'ai appris aux enfants à dessiner un canard à deux pattes et un cheval avec quatre parce que c'était plutôt huit et les canards violets, j'ai décidé
de dessiner les choses proprement et les parents étaient ravis et les enfants aussi.
la précédente institutrice leur fait faire des mandalas pour leur expliquer ce que c'était que le Tibet.
C'est quand même mieux de dessiner les canards de
la mare voisine car c'ets un rapport au monde qui est très équilibrant, c'est le monde immédiat, tandis que les mandalas, le Tibet, c'est cet espèce de mondes lointains
dont on ne sit pas trop ce qu'ils sont pour ne pas les avoir visités, c'ets toujours par ouïe dire et le problème avec ces enfants c'est qu'ils ont une culture du "ouïe dire" . D'autant que c'est
un mandala revisité subjectivité post moderne, on mélange différentes choses en se croyant créatif.
A vious lire et à vous entendre tous les deux, j'ai pensé et je pense beaucoup à Philippe MURRAY à ses réflexions et à ses analyses, d'autant
plus que JP Le Goff que vous nous apprenez que l'Ecole s'appelle "Melina Mercoury" et que le Centre aéré s'appelle "Igrigri" et que la Crèche associative à gestion parentale
porte le nom de "Lou Caninou" et surtout quand vous parlez de ce nouveau monde que veulent construire les cultureux et les bandes dessinées et les livres, tout cela m'évoque,un
texte absolument magnifique de Philippe Murray où il voit se composer une sorte de tableau de Jérôme BOSH: "la faune est en bitume, la flore est en inox et
les silhouettes humaines en cours de numérisation mais tout cela peut permuter d'un instant à l'autre et les rôles peuvent s'échanger car il s'agit d'aller de l'avant et de s'abstraire de tous
les conditionnements, à commencer par le suxuel et le territorial, couiffé d'un potiron et juché sur un amphitéâtre romain, un clone occupe la chaire d'autoengendrement, aujourd'hui son cours a
pour thème: "Dans le domaine de la procréation la rencontre de deux êtres sexuellement différents n'est plus un critère recevable.Quequ'un s'éloigne, son livret de paternité accroché dans
le dos en guise de poisson d'avril post-historique.Dans le lointain brûlent des libellules et des gibets,aux commandes d'une grue, un malabar en combinaison de plongée s'emploie à lever
l'interdit de l'inceste.Installé dans un tonneau jacusi, plusieurs minotaures dactylographes rédigent un appel à la vigilance contre les manuels scolaires où se perpétue une vision du monde
du travail à dominante masculine. Ils hésitent entre les mots "clichés" et "stéréotypes", pour définir les idées reçues que véhiculent de tels ouvrages, le sapeur Camembert leur propose, "lieux
communs" ou "poncifs" . Cet univers décrit par Philippe Murray dans Essais p 1191 ressemble un peu cet univers qui vous fait peur à l'un et à l'autre.
Il y a une hégémonie mais avec des résistances qui montrent que cela peut ne pas durer,et il a une brèche, on ne voit aps comment tout cela forme une
dynamique, on voit des points de résistance mais on ne voit pas une alternative.
Sur les soixantes huitards , je distingue deux sortes :
- ceux du bon, du moment, qui ne calculent pas, qui arrivent et qui ont été respectés par les gens qui disent: ils vont au bout de leurs idées.Ils ont un
principe de cohérence.Ils sont pauvres et ont payé d'un prix tragique leur engagement total utopique, fou ?
- ceux des années 80 calculateurs qui vont adhérer au Parti Socialiste, c'ets à dire va faire une carrière et va par les associations,jouer un rôle de
transformation de tout cela. ces "collabos" ont contribué à asseoir dans le milieu rural la complexité urbaine et périurbaine dont nous parlions (les contrôles techniques, les mises aux
normes,les détecteurs de fumées,et tout l'arsenal des règles que sécrète la machine à légiférer en France sont absurdes.Elles rappellent la Russie de 1911.Pour avoir un petit hotel de 7
chambres, vous devez tout refaire fond en comble alors que les gens viennent payer 40 € par nuit ... !
AF: Quels sont les signes de résistance ?
Ch.C: Ceux qui ont le temps de regarder observent des plébicites réguliers : Ex. le film "les Choristes" en projections de village là où
il n'y avait pas de cinéma.Les gens ne vont plus voter mais ils vont voir les Choristes mais aussi une escroquerie "Intouchables" on peut lire le films de cette façon: pour
faire un Blanc assis sur une chaise roulante il faut au moins un Noir avec ses deux bras et ses deux jambes. Cette égalité dans l'inégalité me parait tout à faite suspecte moralement;les gens du
village l'ont vu comme un truc de beaufs et une revalorisation du handicap.le recordman toutes catégories en milieu rural c'est "l'Affaire Dominici" revisité en 2 épidodes à la TV et
plébicitée par le public. Pourquoi ? Parce que c'était le monde rural, le passé, un monde où,on savait qui était qui,où les personnages étaient bien typés. Un autre exemple la faveur dont
jouissent les films de Jacques Tati aujourd"hui: Jour de fête avec son facteur qui se déplace est un monde extrêmement hiérachisé, structuré.
Est-ce que ce n'est pas l'expression d'une "gesellshaft" décrite par Weber
communauté très visible fondée sur l'amitié la parenté la hiérarchie,dans une "gesellschaft" froide et calculatrice. Soit mais qui a dit que la
nostalgie n'était pas féconde ? Regardez ce qui se passe en Russie, ils reconstruisent la cathédrale Saint Sauveur. Rien ne dit que la France de demain soit fondée sur des
nostalgies.
JP LG: Non je ne le crois pas que la nostalgie des écrivains locaux si sympathique qu'elle soit ne crée pas une dynamique
d'avenir.
Comment dépasser cette coexistence encore pacifique entre des catégories sociales et des cultures différentes,on ne le fera qu'en construisant une vision d'avenir .
Pour CADENET c'est exactement le problème qui se pose, le Maire a un projet pour tous ces gens car on ne peut aller de l'avant sans ressusciter le passer et dépasser les
contradictions, sinon le risque est de s'enfermer dans une nostalgie un peu mortifère.
CH. C. Le Maire n'a plus de pouvoir dans la mesure où chacun peut faire jouer la généralité contre la
localité.Quand une mère de famille menace d'en référer aux Communautés Européennes,(pourquoi pas au TPE de la Haye... On croit rêver) parce que les maires ne savent aps régler les
problèmes là où ils sont or l'avenir c'ets de donner aux maires et aux collectivités locales le pouvoir de légiférer localement mais dans quelles conditions !
Thème(s) : Idées| Sociologie| villages de France
Liens
Site de Politique Autrement ( JP Le Goff) Créé en 1986, Politique Autrement est un club de réflexion sur les conditions d’un renouveau de la
démocratie dans les sociétés développées. http://www.politique-autrement.org/
La barbarie douce, La modernisation aveugle des entreprises et de l'école
"Depuis les années 1980, la « modernisation » est partout à l'ordre du jour. Mais au nom de la nécessaire adaptation aux « mutations du monde contemporain
», c'est bien souvent une véritable « barbarie douce » que cette modernisation aveugle installe au cœur des rapports sociaux. C'est ce que montre Jean-Pierre Le Goff dans ce
livre, dans deux champs particulièrement concernés par le ...
La fin du village : une histoire française
Cet essai décrit la mentalité et le style de vie des habitants d'une ancienne collectivité villageoise provençale à travers l'analyse de la vie quotidienne, en
soulignant les mutations et changements subis depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'aux années 2000.
Thème(s) : Idées| Sociologie| villages de France
Lien(s)
Site de Chritian Combaz réflexions, articles, bibliographie, extraits, son, vidéo, revue de presse....http://christiancombaz.com/
Gens de Campagnol : à l'écoute de la France qu'on n'entend pas
Gens de campagnol Christian Combaz, réfugié en province depuis trente ans, nous invite à écouter une France que personne n'entend plus mais dont il craint qu'elle
ne finisse par élever la voix. Sa chronique villageoise prend souvent le ton de la parabole et nous offre un tableau chaleureux d'une population vouée au service d'autrui, résignée à un sort
ordinaire...