" Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
VENEZUELA
musique folklorique
International Folk Music Council
Anthologie de la musique Populaire
Musiques traditionnelles vivantes
OCORA
Version française
Face A
Plage 1
Chant de bouvier, enregistré à Elorza, Etat d'Apure, en 1964.
Sur les Llanos, l'immense étendue de plaines où les troupeaux sont menés de pâturages en pâturages pour échapper aux fleuves en crue de la saison des pluies, un bouvier chante :
"Il nous faut cheminer,
Vois comme on est loin,.."
On remarquera les "ioulements" caractéristiques.
Plage 2
Chant de trayeur, enregistré à Elorza, Etat d'Apure, en 1964.
Dans cette région d'élevage, l'encouragement quotidien à Ici vache que l'on va traire s'exprime par le chant du trayeur : "Barbouilleuse!
Approche, paresseuse.
Allons,
Ton fils meurt de faim !"
La voix familière qui appelle la vache par son nom est bien connue du veau qui accourt pour recevoir sa ration de lait.
Plages 3, 4, 5: Joropo.
Le joropo, bien que né dans les Llanos et les états voisins, est devenu une danse nationale du Vénézuéla.
Le pas des danseurs est soutenu par une musique rythmée aux sons de Ici harpe, des maracas et du cuatro, petite guitare à quatre cordes. Le chant est allègre et vif. Pasaje, Corrido, et Golpe sont les noms donnés aux principaux styles musicaux du joropo.
Plage 3
Pasaje (joropo), enregistré à Elorza, Etat d'Apure, en 1964.
Pasaje apureno est un chant improvisé avec alternance de deux voix. Le chant commence ainsi :
"Que l'aube est triste...
Au moment de Noël, les aguinalderos, exécutants et chanteurs d'aguinoldos, chansons de Noël, vont de crèche en crèche (11-6).
Plage 4
Corrido (joropo), enregistré à Elorza, Etat d'Apure en 1964.
Le thème de ce corrido est caractéristique du genre : il est question de tractations commerciales et des risques courus dans la plaine à cette occasion :
"Un jour, de très bon matin,
De bon matin, à huit heures,
Ils partirent pour Brisera..."
Plage 5
Golpe (joropo), enregistré à Barinas, Etat de Barinas, en 1968.
Un dessin mélodique se déroulant à la manière ancienne est le point de départ de
l'improvisation musicale : ici, c'est le Golpe paparillo, ou "de l'oisillon", qui débute ainsi :
"Ah! Vole, vole, petit oiseau,
Vole, si tu souhaites t'envoler...
On peut signaler la répercussion caractéristique du genre, espèce de variation sur une cellule mélodique, que les musiciens répètent plusieurs fois, pendant un bon moment.
Plages 6, 7, 8:
La côte, au climat torride et à la végétation tropicale, avec ses immenses cocoteraies, où pousse le "pain de l'année" une sorte de châtaigne portée par des arbres aux grandes et superbes feuilles et ses cacaoyers, abritent, dons les Etats de Miranda, le District Fédéral et le Yarocuy, les descendants des esclaves qui obtinrent pleine liberté de se mêler aux blancs, sans subir de discrimination du fait de la couleur de leur peau. Cette population fabrique ses tambours ancestraux, et danse pour la Saint-Jean comme elle le faisait autrefois pour fêter le solstice d'hiver.
Plage 6
Chant avec quitiplas, enregistré à Curiepe Etat de Miranda, en 1964.
Les quitiplas sont quatre tubes de bambou taillés, chacun, dans une tige, juste à ho teur d'un noeud. Le tube le plus grand s'a pelle macho (mâle), et le plus petit hemb (femelle), ou prima. Chaque exécutant martèle le sol en cadence, tout en frappai alternativement, l'orifice du tube, de main droite. Un troisième musicien fait s'entrechoquer les deux outres quitiplas, et cogne le sol. La différence de taille des tubes entraîne des variations dans les hauteurs des sons. Solistes et choeurs alternent tandis que les sons des maracas s'ajoutent la percussion des quitiplas.
Plage 7
Golpe de tambor grande enregistré Curiepe, Etat de Miranda, en 1964.
L'ensemble qui est ici enregistré se compc de deux tambours et de maracas. L'insti ment principal est le tambour géant mi (au moins deux mètres de long et trer centimètres de diamètre), qui repose, p l'une de ses extrêmités, sur le sol, tandis q l'autre extrêmité, portée par deux bois cr sés, est maintenue à hauteur d'homme. I n'est pas seulement la peau tendue du mi qui est mise en vibration, mais aussi le cor de l'instrument.
Le curbata est un petit tambour à pieds sur lequel un troisième musicien marque un rythme régulier, à la façon d'un métronome, et indépendamment du rythme exécuté sur le mina.
Les voix des divers solistes, alternant avec le choeur des assistants et des danseurs, associées aux rythmes des tambours, sont caractéristiques des aspects africains de la musique du Venezuela.
Plage 8
Golpe de tambor redondo, enregistré à Curiepe, Etat de Miranda, en 1964.
Les tambores redondos sont trois tambours tubulaires à deux peaux. Les musiciens frappent l'extrémité tenue entre leurs jambes, tandis que l'autre extrémité repose sur le sol. Les trois tambours (corrio, cruzao, et pujao) sont d'inégales longueur (variant entre 93 et 96 centimètres), et d'inégal diamètre (entre 13 et 15 centimètres), ce qui établit entre eux des différences de hauteur sonore. C'est le plus mince des tambours, le corrio qui "s'avance- comme disent les musiciens, et "appelle" les autres.
Les voix des solistes et du choeur alternent en suivant un mouvement intervalique caractéristique de la musique vénézuélienne d'origine africaine.
Face B
Plage 1
Decima de tono, enregistré à Camunare, Etat d'Yaracuy, en 1966.
Dans presque tout le Vénézuéla, y compris à Caracas, le mois de mai apporte chaque année les cérémonies dédiées à la Croix. Ce sont de longues veillées au cours desquelles le decima de tono est chanté devant l'autel de la maison que domine la croix. Les voix d'hommes qui interprètent cette mélodie de style européen sont accompagnées par les cuatros, précédemment décrits, et les cincos qui, comme les cuatros sont de petites guitares, mais comportant cinq cordes au lieu de quatre. Le texte se rapporte à "la croix couverte de fleurs..."
Plage 2
Tono de Rompida, enregistré dans l'Etat de Cojedes, en 1968.
Les dévotions du mois de mai s'accompagnent, dans les régions plus centrales du Vénézuéla, de chants divers dont certains manifestent l'existence d'une très ancienne polyphonie de tradition orale : tel le tono de rompida qu'on entend ici, sur fond de coassement de grenouilles, entonné par trois voix à capella. Le développement du thème religieux est entrecoupé de -Ay nana!". La voix centrale ou guia entonne le chant premier, auquel se superpose celui de la voix de fausset ou contrato (contralto), tandis qu'au-dessous, le ténor chante, soit à la manière d'un faux-bourbon, soit avec une certaine liberté par moments.
Plage 3
Tono en marusa, enregistré dans l'Etat de Cojedes, en 1968.
La marusa est un chant à deux voix a capella, qui relève d'une tradition ancienne, comme le déchant : le thème est religieux, comme l'indique la quatrain suivant :
"Seigneur Dieu, toi qui nous a laissé
Le signe de la passion,
C'est dans le Saint-Suaire
Que tu fus enseveli, Seigneur..."
Suivent les "hélas!" répétés, en manière de refrain.
Plage 4
Galeron, enregistré à Porlomar, Etat de Nuevo Esparta, en 1959.
Le galeron, représente avec le polo (enregistré sur la plage suivante) un élément important de l'héritage espagnol du Vénézuéla oriental, région de plages ensoleillées et de pêche abondante.
Le galeron comporte un texte traditionnel religieux :
« La Vierge et Saint-Joseph
Après leurs épousailles
Pour échapper au martyre
Quittèrent Nazareth... »
Le chant se développe librement sur un rythme cadentiel andalou, que donnent la mandoline, le cuatro et la guitare.
Plage 5
Polo, enregistré à Carupano, Etat de Sucre, en 1964.
Le polo vénézuélien, dont les tournures cadentielles s'achèvent par une chute sur le cinquième degré, se rattache à une tradition espagnole, mais pas particulièrement à celle du polo andalou connu. Deux voix masculines, en alternance ou en contrepoint, sont accompagnées par la mandoline à quatre doubles cordes, et par le cuatro.
Plage 6
Aguinaldo, enregistré à Cumana, Etat de Sucre, en 1964.
A la fin de l'année, on fête, dans tout le Vénézuéla, la naissance de l'Enfant-Jésus. Les villes et villages sont parcourus par les aguinalderos, bandes joyeuses de jeunes gens qui chantent en s'accompagnant de nombreux instruments : cuatro, maracas, furruco (ou zambomba), sonnailles et tambours.
L'aguinaldo ici présenté est caractéristique du Vénézuéla oriental : les voix solistes, dont une voix féminine, alternent, et le choeur leur donne la réplique. Mandoline, cuatro et maracas accompagnent le chant.
Plage 7
Bambuco, enregistré à Caracas, en 1958.
Le romantisme se perd, au Venezuela, et l'écho des sérénades encore chantées par les habitants des Andes s'affaiblit peu à peu.
A Caracas, Andrès Cisneros nous offre encore cependant un témoignage de ce genre : sa voix et sa guitare interprètent ce bambuco, morceau de lyrisme populaire, sur une mesure à cinq
temps :
« De la savane naissante
Naquit un joyau opalin
Et un héron carolin
Rompt le silence spectral.. ».
Plage 8
Golpe larense, enregistré à Curarigua, Etat de Lara, en 1966.
L'Etat de Lara, où ce golpe a été enregistré, est une région de canne à sucre. On y danse, et l'on y chante, lors des fêtes profanes et religieuses. Ici, le duo de voix masculines est soutenu par les cincos, cuotros, maracas, auxquels s'ajoutent un petit tambour et une marimbola — sanza à trois lames métalliques pincées. On remarquera le style très particulier du chant, exécuté en tierces parallèles, ainsi que le traitement harmonique de la partie chorale.
Plage 9
Seis por derecho, enregistré à Borines, Etat de Borines, en 1968.
Les joueurs de bandai() de Borines sont réputés : leurs instruments - de la famille des luths, joués avec plectre - n'ont que quatre cordes, mais semblent en avoir infiniment plus lorsqu'ils sont entre des mains expertes. Ici, c'est un seul instrumentiste, Anselmo Lopez, qui tire de sa bandola les effets les plus divers; il est accompagné d'un cuatro et de maracas.
Chanteur de bambucos avec son tiple, guitare ancienne à dix cordes (B-7).
Les joueurs de bandola de Barinas sont réputés leurs instruments -de la famille des luths, joués avec plectre - n'ont que quatre cordes, mais semblent en avoir infiniment plus lorsqu'ils sont entre des mains expertes. Ici, c'est un seul instrumentiste, Anselmo Lopez, qui tire de sa bandola les effets les plus divers; il est accompagné d'un cuatro et de maracas.
VENEZUELA musique folklorique
OCORA OCR 78 HM 57 EU ES
Face A
1. CHANT DE BOUVIER 1'56
2. CHANT DE TRAYEUR 1'35
3. "PASAJE" (JOROPO) 2'02
4. "CORRIDO" (JOROPO) 2'00
5. "GOLPE" (JOROPO) 2'27
6. CHANT AVEC "QUITIPLAS" 2’34
7. "GOLFE DE TAMBOR GRANDE" 4'32
8. "GOLPE DE TAMBOR REDONDO" 5'11
Face B
1. "DECIMA DE TONO" 1'22
2. "TONO DE ROMPIDA" 2'04
3. "TONO EN MARUSA" 3'22
4. "GALERON" 4'56
5. "POLO" 3’13
6. "AGUINALDO" 2'31
7. ''BAMBUCO" 1'47
8. "GOLPE LARENSE" 2'51
9. "SETS POR DERECHO" 3’08
Enregistrements réalisés par Isabel Aretz, Luis Felipe Ramon y Rivera et Alvaro Fernaud
Collection dirigée par Pierre Toureille
Photo de couverture :
A San Francisco, Etat d'Aragua, un arpisto (joueur de harpe) et un marquero (joueur de maracas) participent à un joropo, danse nationale vénézuélienne (A-3-4-5).
® réédition Mai 1983, Paris.
® Mai 1984, Paris.
réédition nouvelle présentation
Radio France
DISTRIBUTION
harmonia mundi FRANCE