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14 novembre 2020 6 14 /11 /novembre /2020 10:13

De mes itinérances européennes de Grèce au Danemark et d'Espagne à la Laponie sans oublier Grande Bretagne et Italie je passerai outre car le bac en poche c'est vers l'Allemagne et l'Autriche sur les pas de Mozart que se sont orientés mes voyages en 1967. Je me souviens avoir tenté sac à dos et autostop de passer le mur vers la Tchécoslovaquie, vite rappelé à l'ordre par les Vopos tout comme les gardes frontières autrichiens. Non mais ! Je récidiverai en 1990 entre Magdebourg en(RDA) et Berlin (RFA) vite stoppé et interrogé à CheckPoint Charlie avec mon véhicule alors immatriculé en Yougoslavie et quelques cartes d’État major oubliées négligemment sur la banquette arrière....
Dans les années 60 on ne parlait pas encore d'"Europe Europe,Europe !" qui ne faisait pas encore  sursauter quelques cabris comme l'avait pointé le Général De Gaulle.Quand commencent mes grandes transhumances de plus de 35 ans , le Général a été chassé par la volonté du peuple et un référendum démocratique. Il ne passera pas outre comme certains en 1985 sur l'adhésion à l'Europe par des traités impies
.


Mais revenons à l'année 1970 et une première échappée belle vers le Sénégal où la Ligue Internationale de l'Enseignement à travers son Office central pour la Coopération internationale (OFFICO) a déccdé de m'envoyer au Congrès International de l'Education de Dakar en juillet 1970 : découverte de notre Ambassade,et des jardins de la Présidence à l'ombre du Président Abdou Diouf qui me dépassait de 4 têtes . J'eus l'imp(r)udence de livrer mes confidences et de faire un selfie avec un inconnu qui se révélait être le chef de la sûreté nationale. Qu'importe cela ne m'a pas empêché de filer vers le Sine Saloum à Kaolack où débutait mon chantier de co-opération entre enseignants français et sénégalais. Quelle aventure en effet: 3 semaines pour bâtir une Maison des Jeunes et une Ecole un dispensaire à Maïné Soroa sans oublier quelques virées nocturnes en Gambie voisine (pour faire le plein de bières anglaises...!)
Mais c'est vraiment l'année suivante que je pus commencer une mission officielle au Niger après une journée de préparation à Orléans en mai comme François de Négroni le décrira en 1977,les mécanismes et utopies coloniales dans "Les colonies de vacances", Portrait du coopérant français dans le tiers-monde, Hallier-Albin Michel, 1977 (réédition:l’Harmattan,préface de Michel Siméon, 2007)(2)
C'est donc en juillet 1970 que l'avion d'UTA me déposa sur le tarmac de l'aérodrome de province qu'était alors l'aéroport de Niamey. Rien à voir avec ceux de Dakar et de Nouakchott que j'avais foulés l'année précédente.
Nous sommes alors dans le système Foccart (1) le Monsieur Afrique du Général de Gaulle et ses agents sont alors tous puissants à l'Ambassade pour surveiller et éventuellement punir les jeunes et fringants coopérants qui ont échappé aux 3 ans du service militaire à Baden Baden...Ici, me lance d'emblée mon Adjudant-chef Fulenwarth en claquant des talons,"on se soumet ou on se démet"(sic) Bien, le ton est donné. Reste à définir ma mission au Centre pédagogique auprès du Ministère de l’Éducation Nationale sous les ordres du tandem Tranchart et Dupanloup ,incontournables pédagogistes qui règnent en maître sur ce pays avec force méthodes dans un réseau très structuré et efficace. Pas question de transiger ou d'émettre des opinions contradictoires. Exécution donc ! Ceux qui se sont échappés du droit chemin ou enfreint les règles du bon usage :certains Bretons en majorité se sont vus sanctionnés par un exil à l'est au bord du lac Tchad à Diffa où leur chute dans l'alcoolisme était inévitable.Trêve de chouchen, les Corses règnent encore en maître dans la capitale et à Maradi, Zinder ou Agadez.

Durant mes deux premières années, je dois assister les Inspecteurs nigériens et propager la bonne parole du Père Dupanloup et du Révérend Tranchart Inspecteurs et auteurs du catéchisme de français langue seconde en vigueur.(on ne parle pas encore de Français Langue étrangère dans les pays du "champ" qui relèvent du Ministère de la Coopération ou Rue Monsieur. La diffusion de méthodes de FLS passe par le tout puissant CREDIF de St Cloud épaulé par l'éditeur Didier.
Pour avoir voulu émettre des idées pédagogiques toutes personnelles, je serai affecté à Filingué au bord du fleuve Niger puis ramené au Lycée de Jeunes filles en terminales et chargé de la Radio scolaire avec Suzanne et Jean Jacques Robert de RFI tandis que mon collègue Jean Pons est affecté à la Télévision scolaire.L'ami Jean Pons grand artiste au demeurant avait rencontré sa charmante épouse Marcelle Henriette Jelinek Mercédes au Casino de MonteCarlo fréquenté par son père l'ingénieur Jellinek , celui là même qui donna le nom de sa fille "Mercedes" au premier véhicule de l'usine Daimler-Benz de Stuttgart. Quelle coïncidence ! C'est en donnant des cours de piano à sa fille que j'en appris plus sur cette étonnante infirmière des femmes peules et touareg qui les soignait bénévolement.Elle repose dans le caveau familial de Jellinek à Nice mais j'ignore ce qu'est devenue sa superbe Mercedes Benz noire, dernier vestige de cette fabuleuse époque où elle suivait son père de Stuttgart, Vienne, Budapest et les casinos de la côte d'Azur jusqu'à Monte Carlo où elle rencontra Jean Pons, sculpteur de son état et adepte des jeux.(4)
Le Centre culturel franco-nigérien en est à ses balbutiements quand, non loin de là on installe l'unique feu rouge de la capitale qui dessert le pont Kennedy pour régler le flot des chameaux et des rares Peugeot.Le jeune coopérant est invité à opter pour la résidence du plateau où les jeunes recrues du Lycée La Fontaine (dont mon ami Michel Rance) un  peu désœuvrés ont le choix entre la piscine de l'Intercontinental ou des Rôniers où se lient des idylles avec les beautés locales surtout peules.

Mes plus beaux souvenirs sont sans doute cette nuit du cinéma en plein air à Filingué,où la population est là toutes générations confondues, massés sous le baobab qui offre les meilleures places au balcon, le gouverneur est avec sa femme et sa fille qui sont dans la même classe de 5è, et mes collègues ont transformé "la vache à eau" avec un astucieux système de douche , il suffit de s'installer dans le siège de la 2CV et de bénéficier des bienfaits d'une eau à température ambiante.Un incident a émaillé ce séjour lorsque le prof de physique a eu la mauvaise idée de tomber amoureux de la femme du Directeur du Collège !

Allez zou, Tranchart et Dupanloup (qualifiés de "voyous" (sic) par la motion du Collège Mariama, ci-dessous-(3) n'ont pas tergiversé et expédié l'impétrant à la capitale.
C'est de cette capitale de Niamey que lors de mes cours de littérature ayant fait l'objet d'une inspection en bon et dû forme sur Ionesco que survinrent d'autre incidents majeurs que mon ami Michel Rance a rappelé à ma mémoire défaillante, il s'agit de la visite du Président Georges Pompidou et Madame en janvier 1972.

Tous nos lycéens et collégiens sont massés sur le parcours officiel entre l'aéroport et l'Ambassade et l'armée est sur les dents. Le Président Diori Hamani et Michel Foccart avaient pourtant bien fait les choses comme me l'assurait Robert Schumann que je croisais lors d'une réception officielle.(photo ci-contre)

 


La voiture du Président français une DS blindée décapotable est bien arrivée de Paris avec la vaisselle et le linge de l'Elysée,

Madame Claude Pompidou ayant souhaité visiter les classes télévisées au bord du fleuve comme le mentionnait la Croix: "Pendant que le président de la République poursuivait ses entretiens politiques, Mme Georges Pompidou se rendait dans un petit village de la brousse, près de Niamey, où elle a assisté, dans une école, à une séance de télévision scolaire. Comme il n’y a pas, au Niger, suffisamment d’instituteurs, c’est la télévision qui mène la lutte contre l’analphabétisme. Un émetteur central diffuse dans vingt-deux écoles, réparties autour de Niamey, des programmes élémentaires d’enseignement. Les enfants qui bénéficient de cet enseignement - 800 au total - on les appelle ici les élèves TV. Il s’agit là d’une expérience pratiquement unique au monde, et M. Georges Pompidou a assuré le président Diori Hamani que la France lui apporterait son concours pour étendre cet enseignement". Toutes les hordes médiatiques ont investi mes classes au nord de la capitale, pas de chance elle visitera les classes au sud vers le parc du W.et pourra distribuer les cadeaux aux jeunes élèves. Pourvu que le jeune élève chargé d'alimenter la classe en électricité maintienne son rythme de pédalage régulier car en effet,la France a bien équipé les écoles de téléviseurs mais point en électricité !"  Chauffe Mamadou chauffe !


"Les deux présidents Hamani et Pompidou ont parlé de la télévision scolaire du Niger, pays qui s’est lancé il y a maintenant cinq ans dans une expérience unique au monde. Les résultats obtenus ont été suivis par les spécialistes de nombreux pays. Les deux chefs d’Etat, de leur côté, sont tombés d’accord sur l’intérêt de l’expérience et la nécessité de l’amplifier.
Mais il serait ridicule que le Niger, après avoir été le théâtre d’expérimentation des méthodes d’enseignement audiovisuel les plus modernes, soit aujourd’hui pénalisé, alors que la Côte-d’Ivoire a trouvé les crédits nécessaires pour lancer en grand la "télévision scolaire" souligne la presse locale. Chauffe Mamadou, chauffe !

Mais déjà le bruit court dans la capitale car on a eu vent de sacs de farine jetés sur le cortège de nos deux Présidents. Les membres su SDEC de Foccart n'ont pas tardé à mettre la main sur les insolents et à remonter la piste jusqu'aux instigateurs...

De jeunes coopérants du Lycée (sans doute futurs insoumis sinon objecteurs de conscience) qui auraient instrumenté ceux du Collège Mariama (3) comme le révèlent des archives. La presse locale de l'époque semble les exonérer de toute compromission sinon adhésion : "Les plus impressionnés par une telle littérature semblent être les coopérants venus par générosité, qui ont honte d’être confondus avec des Français ou autres Européens dont le désir est de s’enrichir vite, non sans se comporter comme avant la décolonisation"...

Il est vrai qu’il existe dans les pays francophones un sentiment fortement ancré selon lequel la coopération française est un bien du ciel et que la remettre en cause pourrait avoir des conséquences incalculables et catastrophiques. Soit. Mais il ne s’agit nullement, et nous l’avons maintes fois précisé ici, de tourner le dos à la France. Au contraire. Il s’agit de lui apprendre à considérer les Etats francophones comme des partenaires qui ont, eux aussi, des intérêts à défendre. Des intérêts parfois convergents, d’autres fois divergents."


Les lycéens de Niamey, en grève depuis le 31 janvier, manifestaient de la sorte leur sentiment quant à certains aspects de la coopération franco-africaine.
Pour important qu’il soit, le problème n’est pas propre au Niger. Il l’est d’ailleurs certainement moins ici que dans d’autres pays voisins. Dès à présent, les Etats africains devraient se montrer très exigeants et beaucoup plus sévères à l’encontre d’abus totalement inadmissibles accomplis par une certaine catégorie de "coopérants"
.

Ma mère venant d'arriver de France pour un séjour exotique auprès de son fils unique est inquiète car l'Ambassadeur veut réexpédier manu militari dans leurs foyers les impétrants par le premier transaal dès demain matin 7H. Diantre !
Je demande un sursis pour raison personnelle et obtient de rester sur place jusqu'en septembre pour surveiller les "biens français" dont le Lycée La Fontaine. Ma mère pourra ainsi visiter le pays grâce à l'obligeance de la femme du Commandant Miollan qui supervise le camp militaire voisin. Mes amis de Radio France Internationale étant en France m'ont laissé en garde leur villa et leur chien. Le séjour se passe sans dégâts majeur jusqu'à mon retour. Tous ces aléas ne m'empêcheront pas de recevoir les trois filles de l'Adjudant Chef qui viennent d'arriver par le DC8 du vol UTA ou Air Afrique et de découvrir cette nouvelle famille lors d'une soirée d'accueil dans "ma" villa ! Il était temps car les après midi aux Rôniers commençaient à devenir monotones. Bien sûr entre temps, j'avais trouvé à occuper mon temps libre en participant à la chorale à l'Ambassade d’Israël et à donner des cours de piano à un expatrié et aux deux filles de l'Ambassadeur de Suède entre deux soirées au "Fofo"  boite de nuit mémorable de la ville. Écart vite pointé par un sbire de nos services spéciaux et dont j'aurais à m'expliquer devant l'Attaché militaire , agent du SDEC et particulièrement pointilleux sur le sujet de ma mission dont il convient de refixer les règles malgré le contexte instable.

Le retour en Septembre 1972 sera brutal avec une affectation en collège dans l'Académie de Nantes et pour des cours de Français langue maternelle cette fois ci.
Il faudra attendre sept longues années pour me voir offrir par la Rue LaPérouse cette fois, les postes de Tunis, Thessalonique ou Mexico au choix et m'extraire d'un collège Jean Rostand de Mayenne, entre temps j'ai épousé l'une des filles de l'Adjudant-Chef et suis devenu père d'une petite Anne née en février 1975.   .  

C'est deux ans plus tard en 1974 qu'un regrettable incident,va survenir et défrayer la chronique lorsqu'une énième révolution de Palais, comme nous en connaissions depuis plusieurs mois, va voir le président Diori Hamani chassé par une faction armée du Colonel Seyny Kountché et sa femme est tuée. Le président Hamani est exfiltré par Foccart vers la France et l'Ambassadeur est en résidence à Paris jugé "non désirable". Et oui cela existe des Ambassadeurs qui règlent les affaires courantes depuis les Bureaux de la rue Monsieur au mieux au Quai d'Orsay sans lettre de créance dûment accréditée.

1-Jacques Foccart à l'Elysée
Désormais, il existe deux directions distinctes. Celle des Affaires d’Afrique-Levant, et celle des Affaires africaines et malgaches, regroupant tous les Etats du sud du Sahara, confiée à M. Philippe Rebeyrol, ex-ambassadeur de France au Cameroun.
Le secrétariat d’Etat aux Affaires étrangères chargé de la coopération, dirigé par Yvon Bourges, et le secrétariat général à la présidence de la République pour les Affaires africaines et malgaches de Jacques Foccart, conservent les mêmes attributions et continuent de coiffer en fait l’essentiel de la coopération franco-africaine. Ce conservatisme, après toutes les annonces de réorganisation, suscite de nombreux commentaires à Paris. On s’explique mal, en effet, que "l’évolution" annoncée par Georges Pompidou l’an passé se limite à une mini-réforme administrative du Quai d’Orsay.
Pourquoi rien n’a-t-il changé ?
Si le langage nouveau utilisé par Georges Pompidou lors de son dernier périple africain avait suscité quelques espoirs parmi les jeunes cadres africains, il n’en fut pas de même de la part de certains chefs d’Etat. On dit à Paris qu’une démarche analogue à celle de 1969 (au cours de laquelle la majorité des chefs d’Etat d’Afrique francophone étaient intervenus auprès de Paris pour réclamer le retour de Jacques Foccart à l’Elysée) aurait été effectuée quelques mois à peine après le premier périple africain de Georges Pompidou. Les auteurs de cette démarche auraient informé l’Elysée de leur crainte de se retrouver face à un appareil diplomatique français totalement ignorant des "réalités africaines".

2-. « Les colonies de vacances » par François de Negroni (2007)

D’une appropriation à l’autre : genèse de l’humanitaire

Destin singulier que celui de ce livre dont la première édition de 1977 fit scandale et qui, réédité trente ans plus tard, ne semble pas avoir pris une ride ; fait en apparence paradoxal car si la société coopérante, qui constitue l’objet de l’étude, justifiait à l’époque des effectifs pléthoriques,  plus de 800.000 Français…ont séjourné dans le tiers-monde depuis le début de l’assistance technique, elle ne concerne plus aujourd’hui qu’une poignée d’individus.

D’emblée, l’auteur pose la singularité de sa démarche car à une approche traditionnelle qui décrit les assistants techniques comme instruments au service de la coopération, il se propose de les appréhender en tant que groupe temporairement expatrié, contraint de recréer à partir de données nouvelles une structure sociale et beaucoup plus explicite : faire le portrait du coopérant, c’est donc dévoiler le signification de cette démarche singulière et par là même la fonction réelle du séjour dans le tiers-monde.

L’ouvrage propose une véritable grammaire du monde coopérant à travers les catégories du social et de l’idéologique déclinées dans les termes de l’unité et de la division eux-mêmes informés sous les angles du mythe et du réel. Cette charpente narrative qui sous-tend l’ouvrage ne laisse en rien préjuger de sa lecture qui se fait d’une traite et où le sociologue – écrivain, qui a aussi été coopérant, nous trace des portraits pleins de vie et de mordant.

Le mythe

Vu sous l’angle du mythe de l’unité sociale, la société coopérante se présente comme une mise entre parenthèses des différences sociales, ce qui suppose l’établissement de toute une série de stéréotypes qui semblent avoir survécu à l’assistance technique. Ainsi, les différences d’âge, au club on a toujours vingt ans…les plus vieux s’empressent de sacrifier à cette cure de jouvence et font merveille dans la décontraction dynamique, les petites foulées, le franc parler argotique; le personnage du coopérant se construit en dénégation du colon : le journal de tout brave assistant technique recèle l’épisode de bande dessinée dans lequel ce jeune homme candide et frais d’haleine défie un affreux colon couperosé surpris dans des conduites ou des propos racistes ; la description du rapport à la foule indigène en dira long à ceux qui ont observé les bataillons de l’humanitaire sous les tropiques : la démarche modestement chaloupée, le regard curieux et avenant, le sourire bienveillant, ils offrent à tous leur sympathie débordante et s’attirent fugitivement celle des mendiants du coin qui les escortent un moment mais se dispersent vite en constatant que ces belles âmes sont incorruptibles.

A cette belle unité apparente que le texte détaille en exemples des plus croustillants, dont l’excellent passage sur la sexpatriation, l’auteur oppose la réalité d’une division sociale qu’il analyse très finement dans les portraits du grand et du petit bourgeois coopérants.

Pour illustrer le mythe de la désunion idéologique, l’auteur segmente la société coopérante en cinq types idéologiques auxquels correspondent des archétypes. Là aussi se succèdent des portraits tracés avec un humour souvent cruel. La recherche de l’innocence a son archétype dans l’éco-sexologue  qui  …part en pèlerinage dans les communautés villageoises et chaviré par une hospitalité mécanique qui lui fait oublier sa complète extériorité, y découvre pêle-mêle la croissance zéro, les plantes qui guérissent, la nourriture macrobiotique…  Le ressentiment brut  est associé au technocrate autoritaire  pour lequel  il n’y a…qu’une manière réaliste d’en finir, c’est d’insérer le monde rural dans le cadre formel de l’exploitation capitaliste : les paysans, bien dressés sur le plan technique et soigneusement dirigés, se transformeront alors tout naturellement en entrepreneurs et dégageront un surplus qui permettra l’industrialisation du pays.   Le ressentiment travesti  avec le socio-économiste  pour l’illustrer, semble un type particulièrement en vogue dans l’humanitaire du sud est asiatique contemporain, qu’on en juge par l’analyse qu’en fait l’auteur à propos de l’Afrique des années Soixante :  l’idéal, pour ces pays, est plutôt de parvenir à intégrer la modernité tout en gardant le bénéfice de leur différence, de concevoir un modèle qui tiennent compte de leur identité culturelle, ce qui serait fort bien si le sujet de la phrase n’était pas  l’idéal, car les relations de nos socio-économistes  avec la société indigène sont fondées sur des nécessités contradictoires. Leur volonté paternaliste de fréquenter les autochtones, de les traiter en êtres dignes et responsables, a pour corollaire un besoin absolu de reconnaissance, le désir impérieux d’être considérés comme indispensables.  La mauvaise conscience  se fonde sur le principe que  le sous-développement est le résultat de la colonisation  et qu’en conséquence  la coopération ne saurait être conçue autrement qu’en termes de réparation historique ; l’ennui est que la décolonisation n’a rien changé à l’essentiel en ce que les rapports traditionnels de subordination demeurent et voilà notre coopérant transformé en  animateur qui supplée à son incompétence par des artifices pédagogiques qui sont eux-mêmes plus que sommaires et appris sur le tas , ainsi la dynamique de groupe ou  la non-directivité. Le dernier type, l’idéal ascétique, pose que  la subordination des pays pauvres n’est pas le résultat d’une imposition arbitraire et leur exploitation n’est ni épisodique ni marginale par rapport à la dynamique capitaliste : elle en est un rouage nécessaire… ; il reste donc à notre coopérant, joliment qualifié par l’archétype  pied-rouge,  une marge de manœuvre des plus réduites :  justifier sa présence au côté des damnés de la terre, damnés dont il se sent si proche qu’à travers les petites misères qui sont faites à son existence empirique de coopérant, il peut apprécier le niveau d’oppression qui pèse sur le pays .

Le réel

Cette désunion idéologique relève du mythe et l’auteur le montre bien dans la partie de son ouvrage consacrée à la réalité de l’unité idéologique. Ce thème permet de replacer l’épisode de l’assistance technique dans le flux des rapports entre l’occident et le tiers-monde, rapports conçus sur le mode de l’appropriation. D’une première période marquée par la découverte occidentale du monde et par une expansion aux intérêts commerciaux appuyée par le prétexte idéologique d’évangéliser la terre aux visions ultérieures beaucoup plus sophistiquées, les modes d’appropriation vont composer avec l’indigène : de l’ignorance pure et simple à une prise en compte aux modalités diverses ; ainsi, la mauvaise conscience et la culpabilité proviennent d’une tendance humanitaire, apparue à l’apogée de la colonisation, qui milite pour une association librement consentie, une communauté pluri-raciale…La décolonisation  n’empêche pas les intérêts occidentaux de demeurer sensiblement identiques même si le discours est contraint de s’adapter à cette situation nouvelle et le projet proposé relève désormais de l’appropriation chaste. Pour notre assistant technique,  alors même que la colonie se trouve historiquement abolie, il ne cesse de la reconstituer symboliquement dans sa pratique effective. Il délimite avec intransigeance les règles qui lui interdisent de s’immiscer dans les affaires intérieures locales, mais sous le prétexte de leur montrer l’exemple, il se substitue tout le temps aux autochtones, capturant ainsi à la fois les hommes et les choses.

Le fait que l’assistance technique ne soit aujourd’hui qu’un phénomène marginal qui ne justifierait plus une étude de cette ampleur, n’enlève rien à la pertinence de l’analyse de François de Negroni. D’une part, l’auteur montre que la coopération est intégrée au flux des modes d’appropriation dont elle constitue une forme douce, d’autre part, à l’assistance technique va succéder un autre mode d’appropriation, l’humanitaire, qui n’a encore jamais fait l’objet d’une analyse détaillée de ce type. Prémonitoire, l’auteur conclu dès 1977 : Ne voit-on pas déjà l’occident, par delà les séparations officielles et en guise de cadeau de rupture, recentrer le vieux projet d’appropriation sur un humanitarisme sans frontières… "   Jean-Michel Filippi 22 mars 2012

3-

Motion des ELEVES DU COLLEGE MARIAMA

" Nous tenons d'abord à préciser que nous ne faisons pas la grève ni contre la direction, ni contre le corps enseignant. Notre grève se fait au niveau gouvernemental, en signe de protestation contre l'arrivée de cet impérialiste très entreprenant mais maladroit qu'est 'le grand Pompidou'. Nous exigeons un peu d'honnêteté vis-à-vis du peuple sans instruction et sans enseignement de la part de nos grands. En effet, l'heure de la démystification a sonné. Il faut faire connaitre aux paysans le vrai visage de la France, qu'ils sachent qu'elle n'est pas seulement la France qui nous a aidés à 'sortir de la nuit' comme le disent les gouvernementaux mais aussi et surtout, qu'elle est la source de nos maux et de nos misères. C'est elle qui divise l'A.O. pour mieux régner. C'est elle qui, enfin, continue à sucer goutte à goutte le sang de notre peuple. Pourquoi faire naitre partout le culte du blanc ? Nous ne voulons pas d'un Niger exploité et où, les dirigeants se comportent en valets de l'impérialisme, mais d'un Niger indépendant dans toute sa dignité. Le gouvernement fait exprès de retarder la colonisation de notre pays, avec ce voyou zélé qu'est monsieur Tranchart. Pas d'élites, pas d'ennuis. Notre grand politicien et son directeur et son directeur de conscience, 'l'océan de connaissances', BOUBOU HAMA, se rendent-ils compte de ce qu'ils infligent à la nation ? Nous savons très bien que Pompidou et sa bibiche viennent pour procéder au ramassage des derniers grains d'uranium. Nos richesses ne s'envolent pas ; c'est nous-mêmes qui les étendons à bon marché à chaque pays. Le gouvernement français a bien choisi ses valets afin que ceux-ci accomplissent efficacement la tâche qui leur est assignée ; celle-ci consiste à endormir la conscience de la masse analphabète et à lui assurer une main mise sur nos biens. Bien que le Niger soit un pays pauvre, notre budget est passé dans la construction de nouvelles routes soi-disant que le 'grand Pompidou' ne peut supporter la poussière. Et sans réfléchir on a doublé l'impôt.

Compte tenu de tout ceci, Nous, élèves du Collège Mariama, décrétons une grève de protestation du samedi (matin) 22 au mercredi (soir) 26 janvier 1972. "

VIVE LE PEUPLE NIGERIEN, VIVENT LES SCOLAIRES NIGRIENS.

4- Biographie de Jean PONS

https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Pons_(1936-2016)

À l'âge de 14 ans, Jean Pons est élève dans l’atelier du sculpteur Maurice Prost au studio Marie Émilie Rolez1. L'année suivante, il est admis à l'École des Arts décoratifs de Nice, section sculpture1.

Au cours de sa troisième année de formation, sa mère et son nouveau compagnon ne peuvent plus assumer les frais de ses études. Six mois avant l’obtention de son diplôme, il doit quitter l’école pour travailler. Il fera plusieurs petits boulots. Il travaillera notamment dans une maison de photographies, vendra des tissus, mettra en couleur, à l’aquarelle, des documents imprimés…

En juin 1956 il épouse Marcelle Jellinek Mercedes. Tous deux vivent pendant plusieurs années à Roquebrune-Cap-Martin-Village, dans un mas sur les hauteurs où ils restaurent une pension de famille.

En 1963, contraint de partir pour des raisons de santé, ils déménagent pour la montagne dans le petit village de Montadroit, département du Jura, près d’Arinthod.
L’atelier « Montjoie » est créé. il y enseigne la sculpture, la peinture et l’aquarelle et accueille aussi bien des amateurs que de futurs professionnels en formation de longue durée.

Jean Pons est a souvent participé a des initiatives sur les questions d’environnement, de justice sociale, de défense des droits de la région.

De 1967 à 1677, il est au Niger, à Niamey, avec sa famille. Il travaille pour la télévision scolaire où il gère un service en enseignant les principes technologiques, à partir de matériaux locaux. Les émissions de la Télévision scolaire du Niger sont diffusées dans les classes de brousse. des amis ayant participé a cette initiative ont précisé que ceci se faisait grâce à des téléviseurs alimentés par batteries, et exploitées par des moniteurs nigériens spécialement formés.

Jean Pons est l’auteur de plusieurs œuvres, notamment une Vierge à l’Enfant commandée par l’évêché et qui a été exposée dans la cathédrale de Niamey.

L’âme poète, il écrit également dans des recueils des poèmes, comme Le Séquanais et sera l’auteur de contes pour adultes. Ainsi on pouvait aussi le rencontrer comme conteur lors de « soirées contées » au coin du feu.

Jean Pons meurt le  à l’hôpital de Gap. Il est enterré dans la région d’Arinthod.

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