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29 mars 2018 4 29 /03 /mars /2018 22:18
Hommage au peintre indochinois  Lê PHO ( 1907 - 2001 )

HOMMAGE   à    LÊ PHÔ
et hommage s’adresse aussi à Madame (Paulette) Lê Phô dont nous avons eu la joie de faire la connaissance grâce à Françoise Autret, une amie de longue date. Hung et Lan Nguyen Tu ainsi que moi-même avons été très sensibles à l’accueil chaleureux de Madame Lê Phô.   En entrant, nous avons été frappés par la beauté de son salon. Une beauté qui, plus qu’un plaisir esthétique, répand l’harmonie tout en favorisant une impression inexplicable et cependant indéniable, celle de la présence  bienfaisante de Lê Phô. Sans doute parce que tout est là, comme de son vivant, pieusement entretenu. Son atelier semble habité par l’intensité de cette présence. Sur le chevalet, une composition florale aux couleurs éclatantes. Accrochés à un mur les portraits de Henri Matisse, un ami très cher, et de Pierre Bonnard. Plus loin, sa palette dont les tons forment une symphonie de couleurs dispensant l’allégresse. Près de la fenêtre entrebâillée, ses innombrables pinceaux debout dans un joli pot, semblent attendre son retour. Sur une table, des brochures, des livres… Tout est là, comme hier, dans cet atelier baigné d’une lumière très douce et dont la disposition des  meubles et des objets est l’expression d’une manière d’être.   Réservé, élégant, raffiné… Ces trois épithètes sont revenues tel un leitmotiv tout au long de notre conversation. Avec une précision admirable, y compris dans les dates et les lieux, Madame Lê Phô nous a fait découvrir les grandes étapes du parcours de ce couple exceptionnel, le sien, qui a su concilier en un mariage heureux la culture occidentale et la culture extrême-orientale. En évoquant sa vie partagée avec  cet esthète, pour lequel elle a renoncé  à une   carrière de journaliste, Madame Lê  Phô  nous a énuméré sans  hésitation ses œuvres et les expositions qui en ont fait l’un des peintres vietnamiens les plus renommés.   Merci, Madame, pour cette rencontre. Vous nous avez comblés. Merci d’avoir souligné l’attachement de votre mari à l’A.L.A.S.   Réservé, élégant, raffiné… ces trois épithètes sont à nouveau revenus dans  les témoignages d’Etienne Le Gac et de Suzanne Billard. Durant des années, ils ont eu la chance de pouvoir fréquenter Lê Phô lors des conseils d’administration et des repas organisés par notre association, auxquels il se rendait en compagnie du Prince Buu Loc. Des liens que l’A.L.A.S. ne saurait oublier, tout comme le tableau qu’il offrait chaque année à l’occasion du Têt pour sa fameuse loterie. Ce don illustre la délicatesse et la générosité dont a fait montre Lê Phô au cours de sa vie, une vie hors du commun, comme le prouve son itinéraire.

 
SON  ITINERAIRE
  Issu d’une famille de hauts-mandarins, Lê Phô est né le 2 août 1907 à Hadong, dans la province de Ha Tay. Son enfance a été profondément marquée par la disparition de sa mère, à l’âge de 3 ans, et de son père, à 8 ans. Elevé par son frère aîné, il suit les cours traditionnels avant d’entrer au Lycée du Protectorat. Après un an d’études à l’Ecole professionnelle de Hanoi ( L’art appliqué à l’industrie), dirigée par Gustave Hierholtz, il est admis à l’Ecole des Beaux-Arts de l’Indochine, dès sa création par Victor Tardieu, ancien élève de Gustave Moreau en même temps que Henri Matisse et Georges Rouault (cf. annexe 1). Il l’aura pour professeur, ainsi que Joseph Inguimberty. Boursier, Lê Phô y effectuera l’essentiel de ses études et fera partie de la première promotion de cette école (1925-1930), de même que Mai Trung Thu dont il est très proche : ils sont les fils de hauts dignitaires et ont suivi le même cursus scolaire. A cette époque, Lê Phô participe à des expositions collectives et réalise en 1929 l’œuvre que l’on retrouve dès 1930 dans la Maison des étudiants de l’Indochine de la Cité internationale universitaire de Paris, inaugurée en mars 1930. Il s’agit d’une huile sur toile représentant une scène vietnamienne. Il s’en dégage un sentiment de fraîcheur et d’apaisement.   Durant cette période, il est aussi professeur de dessin au Lycée du Protectorat et au Lycée Albert Sarraut. Diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts en 1930, il reçoit ses premières commandes : de grands paravents de laque ainsi que des peintures décoratives pour le Palais du Gouverneur.   Lors de l’exposition coloniale de Paris qui a lieu à Vincennes en 1931, Lê Phô est désigné par le Gouvernement de l’Indochine comme assistant de Victor Tardieu, nommé directeur artistique du Pavillon d’Angkor. Son Maître le charge de la décoration du « Salon de laque » avec Le Van De, Thang Tran Penh, Do Du Thun et To Ngoc Van. Ces jeunes artistes présentent leurs œuvres dans l’espace réservé aux élèves de l’Ecole des Beaux-Arts de l’Indochine au sein même du pavillon.   Au cours de son séjour en France, Lê Phô suit pendant un an des cours à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris. Puis il voyage en Belgique, Hollande, Italie où il expose à Rome. La découverte des « Primitifs » flamands et italiens influenceront considérablement son œuvre.   En 1933, il retourne à Hanoï où il est nommé professeur à l’Ecole des Beaux-Arts. Il a vingt-six ans ! Cette même année, à Paris, on peut relever sur le catalogue du Salon des Artistes français les noms de Nam Son, Lê Van Dê et Lê Phô. En plus de sa charge d’enseignant, il réalise sa première exposition particulière, patronnée par le Gouverneur.   Lê Phô se rend en Chine en 1934. A Pékin, il visite notamment le Musée National et le Musée du Palais. Les amateurs lui ouvrent leurs collections. Il découvre les peintures de l’époque Song et Ming… Ce sera une nouvelle étape importante dans l’itinéraire de ce jeune artiste studieux et passionné. De retour dans son pays, il exécute des commandes officielles pour le Palais de Hué, comme les portraits de l’Empereur d’Annam et de l’impératrice. Dès 1936, il entame la préparation de panneaux de laque et de décorations pour l’Exposition Internationale de 1937 à Paris. La direction artistique de la Section d’Indochine de cette exposition lui est confiée. Cette même année, il décide de se fixer définitivement à Paris. Il fait la connaissance de sa future épouse. Ils auront deux fils : Lê Tan, graphiste aujourd’hui renommé, et Lê Kim, documentariste.   Lê Phô découvre la peinture de Bonnard, de Matisse, de Raoul Dufy… En 1938, encouragé par Waldemar George, il expose pour la première fois à Paris. C’est le point de départ de sa carrière en Europe et à travers le monde.   Mais survient la guerre. Engagé volontaire dans l’armée française, Lê Phô est envoyé à Carcassonne. En juin 1940, il est en permission à Paris. Commence l’exode… Démobilisé à Nice où il s’est rendu à bicyclette, il est séduit par le Midi de la France et décide de s’y fixer. André Romanet qui organise une importante exposition dans sa galerie d’Alger l’invite à y participer avec son ami Mai Thu. Grâce à ce contrat, ils exposent avec A. Marquet, Foujita et R. Dufy, en 1941. Les nombreuses expositions auxquelles il participera tout au long de sa vie (cf. annexe 2), témoignent de son intense activité artistique. Son œuvre a pour une large part contribué à la naissance d’un art vietnamien moderne. Lê Phô est considéré aujourd’hui comme  l’un des plus grands peintres vietnamiens. Son attachement à ses racines s’est exprimé dans sa manière d’être, ses actes et son œuvre. Elle sera interrompue brutalement, en 1990, par un grave accident de la circulation. Durant les cinq dernières années de sa vie, Lê Phô n’a pour ainsi dire  plus peint. Le souvenir que tous gardent de lui est celui d’un homme et d’un artiste d’exception.   Certaines de ses œuvres sont visibles au Musée des Beaux-Arts du Viêt Nam, au Musée d’Art Moderne de Paris, au Musée d’Oklahoma (U.S.A.), et nombre d’entre elles se trouvent chez des collectionneurs privés, surtout aux Etats-Unis et en Asie.    

APERCU DE SON ŒUVRE  

Lê Phô a manifesté très jeune son attirance pour les arts. L’Ecole des Beaux-Arts de Hanoï lui a permis d’acquérir des connaissances techniques et une culture esthétique authentique, à l’origine de son œuvre.   Tout en travaillant à la fois la Technique de la peinture sur soie et celle de la peinture à l’huile, qu’il semble avoir privilégiée au fil des années, il a réalisé une œuvre dans laquelle dialoguent fraternellement l’art oriental et l’art occidental. Au travers des thèmes qui lui sont chers, les femmes et les fleurs, on peut avoir un aperçu de l’évolution de son style ancré sur trois périodes.   La période que l’on peut définir comme traditionnelle : « les années vietnamiennes » ((jusqu’en 1944-1945).
  
D’un pinceau solide et assuré, il crée des œuvres inspirées de son environnement, comme en témoignent « La femme du mandarin », le tableau de la Maison de l’Indochine de la Cité Universitaire de Paris ou « La maison familiale du Tonkin ». Elles sont dans des tons bruns et sombres, les figures cernées de lignes noires, avec quelques petites touches de bleu indigo, d’orange et de bleu ciel. Ces œuvres font penser à des poèmes muets
 
La période romantique  (jusqu’en 1950) Après son voyage en Belgique, en Hollande et en Italie, Lê Phô « adopte une vision « primitive », plus idéaliste ; les visages s’affinent, le trait se fait plus léger, la palette, chatoyante, est travaillée en aplats sur soie » 1
 
 « La jeune fille à le rose » (1941) témoigne de cette influence. Son visage aux traits vietnamiens porte un voile qui rappelle les coiffes féminines du Siècle d’Or hollandais. 
Pris d’admiration pour l’art de la Renaissance européenne et l’art religieux, Lê Phô peint des « Descentes de croix » et des « Nativités », des mères attendries caressant leur enfant ressemblant à des madones aux têtes ceintes d’auréoles. Mélange insolite d’art chrétien et d’art voué au culte de Bouddha 1
                                                   
 1     cf. « L’aventure de l’art moderne au Viêt Nam – Paris, Hanoï, Saigon », mars 1998

La période d’une harmonieuse synthèse de la peinture chinoise et du postimpressionnisme
 Les contacts avec Bonnard et Matisse jouent, à partir de 1950, un rôle décisif dans l’évolution du style de Lê Phô. Il  peint désormais à l’huile sur toile et sa palette s’éclaircit. Il s’attache à traduire la lumière avec l’emploi d’un jaune particulièrement soutenu, qu’il travaille à la manière des impressionnistes, le pinceau s’arrêtant plus longuement sur les visages. « La Fleuriste » est une symphonie de jaunes de chrome et d’ors. « La jeune fille en bleu » levant les bras se détache sous un ciel de topazes broyées, comme le souligne George Waldemar pour qui Lê Phô, « le divin peintre », a regardé la nature « avec des yeux éblouis ». Ses œuvres appartiennent à un domaine féérique, dans lequel figurent de jeunes femmes vietnamiennes aux formes longilignes, qui se confondent avec un univers floral aux teintes éclatantes. Leurs formes et le décor dans lequel elles apparaissent sont particulières au style de Lê Phô, tout comme ses bouquets de fleurs qui « transforment spontanément les plus banales demeures en maisons enchantées. »
  S’il a utilisé les techniques traditionnelles de son pays (laque, peinture sur soie…), Lê Phô, tout en gardant son style  a adopté l’huile en donnant à ses tableaux une facture impressionniste d’une luminosité joyeuse. Son style extrêmement raffiné suggère le calme et la paix propices à la
contemplation de son art de renommée internationale, où se croisent les routes de l’Asie et de l’Europe. Preuve en est dans sa double signature : en caractère chinois et en français.                                                      
 1      cf.. La brochure consacrée à Lê Phô par Waldemar George, octobre 1970 
ANNEXE 1 A l’aube du XXème siècle, le Viêt Nam est une société rurale où aucune distinction n’est faite entre l’art et l’artisanat. Les meilleurs artisans sont réquisitionnés par les ateliers impériaux pour le décor des palais et des tombeaux. L’art pictural se manifeste de manière anonyme, essentiellement dans les pagodes et les imageries populaires. L’ouverture par le Gouvernement de l’Indochine, préoccupé par la transformation ou la disparition de l’art  traditionnel, des écoles d’arts appliqués de Thu Dau Mot, Hanoï, Bien Hoa, a précédé la création d’une Ecole des Beaux Arts en Indochine. Destinées à former des étudiants aux procédés anciens de création ,  jusque là enseignés oralement et, dans le même temps, à les mettre en contact avec le monde moderne, ces écoles ont servi de modèles.   Le projet de création d’une école des Beaux Arts, quant à lui, est né au terme d’un long processus lié d’une part à la venue de peintres français, grâce à la mise en place du « prix Indochine » et, d’autre part à l’apparition d’une demande de  plus en plus forte émanant d’artistes vietnamiens. La rencontre du peintre Victor Tardieu (« prix Indochine » 1920) et de Nam Son (Nguyen Van Tho), en 1923, a été ensuite déterminante. Au cours de leurs longs entretiens, naît l’idée d’organiser un enseignement scientifique des Beaux-arts s’inspirant de celui pratiqué par les écoles d’arts appliqués. Il s’agirait de former des artistes, et non plus des artisans, ainsi que des professeurs de dessin pour l’enseignement franco-indochinois. Créée le 27 octobre 1924, par un arrêté du Gouverneur Général Merlin, l’Ecole des Beaux-arts de l’Indochine ouvre le 1er octobre 1925 à Hanoï. Provisoirement installée dans les bureaux aménagés pour l’exposition de 1902, elle entre dans ses bâtiments définitifs en 1931. Jusqu’au 9 mars 1945 (entraînant une fermeture temporaire), deux directeurs se succèderont : Victor Tardieu (1925-1937) et Evariste Jonchère (1937-1945). L’excellence des enseignants, tels que Joseph Inguimberty, Alix Aimé, Jean Bouchaud, André Maire, Léa Lafugie, etc… sera à l’origine d’un vaste mouvement artistique d’où naquirent les grands maîtres de la peinture vietnamienne, pionniers de sa modernité. Depuis sa création, cette Ecole n’a pas cessé d’exister, même si l’enseignement a connu de grands bouleversements, surtout pendant les années de guerre. Après avoir changé de nom à deux reprises, elle est devenue depuis 1975 l’Ecole Supérieure des  Beaux-Arts de Hanoï. Mais c’est une autre histoire.  

ANNEXE 2 – Les Expositions : Il est difficile de toutes les citer. L’énumération suivante en donne un aperçu : En 1942, exposition à Casablanca puis, en 1943, à Buenos Aires. La même année, exposition à la Galerie Jolly-Hessel à Paris. Il y rencontre Henri Matisse. En 1945, il expose à la Galerie RouxHentschel avec ses amis Vu Cao Dam et Maï Thu. De 1946 à 1948, Lê Phô expose à Paris et à Bruxelles. Il découvre James Ensor. 1956, exposition à la Galerie Romanet à Paris. 1957 et 1958, il expose avec Foujita à Lyon, Avignon, Nice et Bordeaux. En 1963, il participe à l’Exposition Internationale des Beaux-Arts à Saïgon et reçoit le « Prix de la peinture vietnamienne ». Ce sera ensuite les Etats-Unis où il expose dans les Galeries Wally Findlay de Palm Beach, Chicago et New-York … Lê Phô est devenu un exposant annuel au Salon d’Automne et au Salon des Indépendants de Paris, où il participe aussi à de nombreuses expositions sur l’art vietnamien : « L’Ame du Viêt Nam «  en 1996 et « Paris-Hanoï-Saigon, l’aventure de l’art moderne au Viêt Nam », au Pavillon des Arts en 1998.   Cette liste n’est pas exhaustive. Elle donne un aperçu de l’œuvre accomplie par « Lê Phô, le divin peintre ».   Bibliographie : • Brochure de George Waldemar, octobre 1970, imprimée sur les presses de l’Imprimerie Fequet et Baudier à Paris. • Ouvrage publié dans le cadre du « Printemps vietnamien » présenté au Forum des Halles à Paris – Editions des musées de la Ville de Paris, mars 1998 – ISBN 2-87900-401-2 • L’Indochine : un lieu d’échange culturel ? » - auteur : Nadine André-Pallois – Presses de l’Ecole Française d’Extrême-Orient, octobre 1997.
 
L.B.   Dossier publié par Bulletin de Liaison de l'Association des anciens élèves du Lycée Albert Sarraut de Hanoi ( ALAS) 29 rue Georges Clémenceau 78400 CHATOU 

http://alasweb.free.fr

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