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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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17 mars 2018 6 17 /03 /mars /2018 01:42
L’OPÉRA SANS L’SOU
Plus que le critique, le comédien, le musicien et le danseur, c’est l’ouvreuse qui passe sa vie
dans les salles de spectacle.
Laissons donc sa petite lampe éclairer notre lanterne !
On ne trouve plus de boulot parce que le tiroir-caisse délocalise, parce que l’école coule, parce
que les indigènes refilent les jobs pénibles à la main-d’œuvre importée, et aussi à cause du
contraire : trop d’offre pour pas assez de demande. Exemple : les acteurs et surtout les chan-
teurs, paradoxes vivants à qui on souhaite bonne chance pour les années qui viennent.
Depuis le début du siècle, ce n’est pas un sursaut, c’est un boom. Je vous ai déjà parlé de Julie
Fuchs, la soprano qui mettait le feu au Comte Ory de Rossini ce Noël salle Favart. Et de Cyrille
Dubois qui pendant ce temps-là emballait La Cenerentola du même Rossini à Lyon. Et de Florian Sempey, ZE Figaro (re-re-Rossini) du monde entier – l’été prochain aux Chorégies d’Orange. Et de Gaëlle Arquez, ZE Carmen du jour (en ce moment à Covent Garden). Et de Stanislas de Barbeyrac, le ténor de La Flûte enchantée à Aix. Et de Marianne Crebassa qui règne à Berlin, et de Benjamin Bernheim, Vannina Santoni, Chiara Skerath, Alexandre Duhamel, Elsa Dreisig, et de la princesse dorée Sabine Devieilhe qui reprend à la loyale les rôles abdiqués par la reine Dessay. Et de plein d’autres. Ils ont tous plus ou moins 30 ans, génération spontanée comme on n’en avait pas connu depuis…
Et ce n’est pas fini, oh là non ! Le 10 février, je déchirais salle Favart, pas pour un opéra, pour
une finale de concours. Le concours Voix nouvelles, quatrième édition en trente ans (très sélect,
les Voix nouvelles). 1988 donc, la couronne à Natalie Dessay ; 1998 découverte de Stéphane Degout et Anne-Catherine Gillet ; 2002, Karine Deshayes et Nathalie Manfrino. Lauréates 2018, retenez ces noms : Caroline Jestaedt, soprano léger, merveille de merveille ; Angélique Boudeville, un long fleuve de miel… et, Premier prix, Hélène Carpentier, 22 ans de promesses plus belles que les fruits mûrs. Ce soir finale, demain régal.
Seulement voilà. Chaque année plus d’artistes, plus de lauréats, plus de promesses, et moins à
chanter. C’est le Syndicat français des artistes inter- prètes qui a crié le premier : en trois
ans, 30 % de rôles perdus pour nos chanteurs en France. Le syndicat a montré ses chiffres au
ministère qui a commandé un rapport, lequel concluait que « nonobstant l’absence de statistiques suffisamment étayées, l’alerte est réelle et se manifeste par un malaise profond et grandissant ».
Malaise qui pour une fois ne doit pas grand-chose à l’enseignement ou à notre réputation
planétaire d’amateurisme quand il s’agit d’insertion professionnelle, mais beaucoup à notre
fiscalité. Après règlement des charges sociales, un chanteur français coûte « de 12 % à 40 % » plus cher à son employeur qu’un chanteur « non-résident territorial ». Opéras et festivals ont donc tout intérêt à recruter ailleurs en envoyant nos petits génies se faire indemniser chez les intermittents. Ce qui nous donne de longues soirées d’opéra en sabir valaque tandis que nos voix nouvelles, jamais si bonnes qu’en ce moment, se disputent quelques panouilles là-bas au fond.
Ma consœur Madeleine, de l’Opéra de Paris, m’assure que ça change. Que si le Benvenuto Cellini de Berlioz méprise nos voix ce printemps (jusqu’au 14 avril à la Bastille, mise en scène 100 % éclate de Terry Gilliam), ses Troyens la saison prochaine seront la fête au village. N’empêche que la grande Véronique Gens y chantera Hécube, non-rôle insignifiant. L’égoïste est triste parce qu’il attend le bonheur, disait le bon vieil Alain. Ça doit être ça. •
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