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30 mars 2018 5 30 /03 /mars /2018 00:04

 

L'ART EN INDOCHINE

Le peintre Victor Tardieu provoque un renouveau de l'art extrême-oriental

Il y a une douzaine d'années, le peintre Victor Tardieu partait pour l'Indochine avec l'intention d'y passer trois mois. Il y resta onze ans et bientôt, il va repartir pour ce pays dont il aime la race subtile, intelligente et sensible. Ayant remarqué combien les indigènes étaient doués pour les arts plastiques, Victor Tardieu émit l'idée de la création d'une école des Beaux Arts. Grâce au gouverneur général Merlin, il put réaliser son projet. Ses méthodes d'enseignement sont à ce point logiques et fécondes que le Gouvernement général de l'Indochine a pu organiser dans les salons de son agence une exposition de travaux d'élèves de l 'école des Beaux-Arts de Hanoï et des écoles d'artisanat de la colonie. L'impression que l'on ressent en pénétrant dans les salles est des plus réconfortantes. J'avoue qu'en me rendant rue La Boétie,j'appréhendais quelque peu qu'on eût voulu faire de jeunes orientaux des disciples de notre art européen. En effet, depuis notre occupation, les colons avaient importé nos styles, ce qui n'eut pas toujours (des conséquences bienfaisantes, comme en pourraient témoigner tel ameublement Louis XV du Palais du Gouvernement et d'innombrables buffets Henri II où les motifs de la Renaissance sont remplacés par des dragons et des nénuphars. -L'action bienfaisante de Victor Tardieu a combattu cette imitation néfaste. Elle a remplacé l'élite artistique du pays sur son plan traditionnel, tout en s'efforçant de faciliter une évolution conforme aux conditions nouvelles de la vie et parfois même aux légitimes influences des arts étrangers. C'est ainsi qu'on peut constater dans les travaux des jeunes peintres indochinois, bien des analogies avec les œuvres de Manet nos impressionistes nos céramistes, nos décorateurs de la seconde moitié du XIXè pulsèrent les inspirations dans les réalisations des œuvres d'Extrême Orient puis à la mode par des animateurs tels que les Goncourt.

Aujourd'hui les artistes indochinois retrouvent à travers son art français, des enseignements qui viennent de leur propre fonds. Le même phénomène eut lieu en France lorsque les impressionistes reçurent de Turner ce que lui même avait emprunté à Claude Lorrain.

Nous sommes en présence d'un renouvellement de l'art autochtone et à l'initiative désintéressée de la France, aux encouragements prodigués par nos représentants aux directives sages d'éducateurs tels que Victor Tardieu , directeur de l'Ecole des Beaux Arts de Hanoï, M. Besson Directeur de l'Ecole de Giadin,M.et Mme Ballik à l'Ecole de Bien Hao. Nous assistons à l'éclosion d'un mouvement qui doit engendrer pour l'art extrême oriental une ère nouvelle. Je n'hésite pas à proclamer que M.Nam Son est un artiste d'une valeur certaine.Le portrait de sa mère, sa toilette rituelle, est d'une justesse dramatique et d'une noblesse d'inspiration tout à fait remarquable. D'autres peintures sur soie sont à la fois puissantes et sobres. Quelles jolies valeurs noires dans le Retour du marché par exemple. M.Le Pho a su dans son « Nu de femme couchée » spiritualiser une figure, cependant qu'avec réalisme et vérité se trouve M. Phan Chang mais d'une façon synthétique des plus heureuses.

Vu Cao Dam élève de l'Ecole des Beaux-Arts de Hanoï a exposé le buste de Pham Hun Khauh, peintre. (PhotoVizzavona.)

M.DangTran Coc n'est pas seulement, avec « Sur le bord du Fleuve Rouge », un excellent peintre, c'est aussi un orfèvre habile, auteur de «boîtes en argent dans lesquelles le décor sait respecter la forme. D'ailleurs, presque tous ces élèves de l'Ecole des Beaux Arts sont aussi des décorateurs. On sent que là-bas rien de péjoratif ne s'attache à l'idée d'art manuel.Les panneaux de laque par MM.Le.Pho, Le Van De et Do Duc Thuan sont des réalisations dans une matière précieuse. Un sculpteur extrêmement doué, auteur d'un buste délicat de Mlle Reynaud, M.Vu Cao Dam, s'applique avec la même passion à modeler un nu de femme ou à composer un surtout de table, des tortues de bronze sur une dalle de verre. M.Khanh est aussi un statuaire habile. En même temps qu'une statue en plâtre représentant un pêcheur, il expose un dindon d'un caractère très décoratif. L'Ecole de Bien Hoa a fait des envois de bronzes et de céramiques qui valent par leur distinction. Quant à l'Ecole de menuiserie et d'ébénisterie de Thudaumot elle apparaît fort «à la page » avec vitrine qui répond aux préoccupations de plusieurs de nos décorateurs heureux d'abandonner le nudisme intégral sans cependant revenir à des Conceptions périmées.Voilà un meuble laqué qui tire son agrément d'angles arrondis et de pieds retournés conformes aux dispositions-aborigènes mais sans sculptures. Par contre de petits panneaux de bronze font valoir les grands nus des portes, ceci conformément à ce principe de santé esthétique que tout ornement se doit justifier. Avec les élèves sortis, de nos écoles, l'Indochine disposera bientôt de maîtres susceptibles d'éduquer les artisans des ateliers familiaux de la campagne indochinoise.

Il serait à souhaiter que chez nous la situation fut aussi favorable à la renaissance des arts populaires.

Yvanohé RAMBOSSON in Comoedia du Vendredi 4 mars 1932

 

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