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12 octobre 2016 3 12 /10 /octobre /2016 13:53
Folco de Baroncelli
Folco de Baroncelli

Bonne initiative de la Médiathèque Zola et de Fellini que de rendre hommage à la Famille de Baroncelli, une dynastie d’aristocrates au service de la culture

Public clairsemé ce mardi soir, et jamais complice (ici on se toise, on se jauge, on s'observe mais on ne se parle pas!) à l'auditorium Zola de la Médiathèque de Montpellier, pour un hommage entre camarguais,gens de la Paillade et de Prades sur Lez, adeptes de corridas et de courses taurines, fans de Frédéric Mistral et sans doute curieux..anciens lecteurs du Monde,comme moi qui écoutais puis lisais les critiques de Jean de Baroncelli dans le Monde (avant celles de Jean Louis Bory dans le Nouvel Obs).

PHILIPPE MARTEL ET FRANÇOIS AMY DE LA BRETÈQUE deux éminents spécialistes de l'Occitan et du Cinéma de l'Université Paul Valéry de Montpellier se relaient parfaitement pour évoquer la généalogie familiale des Baroncelli de Javon

Les Baroncelli d'Avignon devinrent les banquiers des papes , lorsque ceux-ci durent s'y installer en 1309 pour fuir les troubles politiques qui secouaient l'Italie ! De prêts en intérêts, les papes ne purent rembourser leurs emprunts auprès des Baroncelli. C'est ainsi qu'en 1514, ils s'acquittèrent de leurs dettes (2 500 ducats) en leur offrant par une bulle d'inféodation à perpétuité donnée par le pape Léon X, le maquisat de Javon, près de Murs (Vaucluse), dans le diocèse de Carpentras. Depuis, dans leur titulature, ils portent le nom de DE BARONCELLI-JAVON . Leur arrivée de Florence vers Avignon.La famille de Baroncelli-Javon représente l’une des plus anciennes lignées de France puisqu’on peut faire remonter sa généalogie jusqu’au XIIè siècle.Ces aristocrates d’origine florentine durent s’exiler en 1478 et vinrent s’établir à Avignon, alors possession pontificale. Ils restèrent à son service tant que durèrent les Etats du Pape. Il est intéressant de voir comment, dès lors que le Vaucluse fut rattaché à la République, ces hauts personnages, progressivement ruinés, et quoique restés de conviction monarchiste et légitimiste, s’intégrèrent pleinement à la vie culturelle nationale. On peut suivre cette trajectoire au vingtième siècle à travers trois personnages et en trois étapes logiquement enchaînées : le Félibrige, le nouvel art qu’était le cinéma, et la critique cinématographique dans un grand quotidien national.

Folco, « Lou Marquès », reste le plus connu. Disciple de Mistral, fondateur de la Nacioun Gardiano, il fut l’artisan principal de la promotion de la Camargue et de ses traditions taurines. Il fait chez nous l’objet d’une dévotion encore vive. Par ses gendres, il donna naissance à une lignée de grands manadiers. Hommage au camarguais Folco de Baroncelli http://www.ctlacledabouillargues.com/pages/content/folco-de-baroncelli-la-camargue-son-destin.html

Le Marquis attira chez lui dès les années 1910 des équipes de tournage. Son frère cadet Jacques poursuivit cette entreprise par ses films. Mais son abondante production cinématographique excède ce cadre régional. Il a tourné de nombreux films représentatifs de la qualité française. Avec Louis Feuillade à Arles pour une Mireille qui fut un échec. Réformé en 1914 Il commence à écrire en 1915 mais échoue à parler provençal. Il monte alors à Paris et devient le documentariste de Jeanne de Flandreysy, (amie fortunée de Frédéric Mistral).Renvoyé du journal "l'Eclair" Il devient réalisateur de 1926 à 1931 avec Pêcheur d'Islande en 1924 l'Arlésienne en 1929, Il s’est illustré aussi par la promotion de l’idée coloniale« intégratrice » alors à son apogée. On redécouvre aujourd’hui son œuvre longtemps négligée des historiens. Hommage au cinéaste Jacques de Baroncelli https://1895.revues.org/1762

Le fis de Jacques, Jean, né en 1914 ,romancier devint un des critiques de cinéma les plus importants de l’après-guerre. Marié à Sophie Desmarets il s'installe au mas de la Paillade De 1952 à 1983 il donna au journal Le Monde environ 4500 à 5000 articles. sous l'ère de Pierre Vianson-Ponté. L’éclectisme de ses goûts, son académisme foncier, ses jugements indulgents, le firent parfois juger sévèrement par la jeune génération, mais il mérite d’être réhabilité. Il a dû faire accepter le cinéma dans un journal pour lequel le 7è art n'était pas un objet culturel comme la littérature, la musique ou la peinture. Ainsi en 1961, il promeut le film d'Alain Resnais "l'année dernière à Marienbad" contre la critique d'Avant garde des "Cahiers du Cinéma". ( de André Bazin) puis il défend à Cannes le film de François Truffaut" les 400 coups" qui incarne la Nouvelle Vague. Enfin en 1957, il impose la Strada de Fellini, en 1959 les Fraises sauvages d 'Ingmar Bergman, et en 1965 "Pierrot le Fou" de Jean Luc Godard. (chaudes discussions à ce sujet à la maison dans ma famille....!!!)

Après que le Mas familial de la Paillade ait été vendu à la Mairie de Montpellier sous l'ère de François Delmas (1959 à 1971) ,la famille de Jean de Baroncelli et sa femme Sophie Desmarets s'installent à Prades le Lez où vit toujours leur fille Caroline de Baroncelli de Javon.née le 29 avril 1952.

Ce fut un critique-spectateur indulgent; loin des théoriciens du cinéma, très influencé par Bergman, Bunuel et Fellini. Il a une sensibilité classique, agnostique et modéré qui ne l'opposa pas à ses contemporains véhéments comme JL Bory du Nouvel Observateur. Il pensait cependant que le cinéma était un art mineur aux côtés de la musique, de la peinture et de la littérature. Vaste débat qui opposera plus tard Gainsbourg et Béart à propos de la chanson et de la musique.

Ces trois destins sont bien différents, mais la diversité de leurs investissements cache une continuité profonde : intégrer la culture régionale au projet national, réconcilier la culture élevée et la culture populaire, concilier le goût pour la littérature et d’autres formes d’expression, tel semble avoir été le destin de cette famille d’exception.

L'idée du Marquis de croire en une population ethniquement pure des gardians est une utopie. De même que la popularisation de la farandole provençale oublie qu'il s'agit d'abord d'une danse de guerre et de révolte contre le pouvoir royal. Quant à la célébration de la corrida en Camargue n'oublions pas qu'elle est d'origine espagnole et non d'Occitanie ! Cette récupération est citée par la SPA et les mouvements anti en cette période où Nîmes veut en faire auprès de l'Unesco un objet de patrimoine ! En 1894, Mistral qui n'est pas un aficionado se met à célébrer le taureau et en 1920 apparaissent les manifestations identitaires. Très vite les accents d'autonomie régionale seront vite déçus et on se tournera alors vers "les traditions camarguaises" à travers le patrimoine folklorique par le spectacle dont le Marquis Folco est un organisateur au même titre que Buffalo Bill en 1905. Folco célébrera les Manadiers , les Gitans et les Indiens à l'Exposition Coloniale de Marseille en 1931 puis au Congrès du PCF à Arles. Curieuse récupération des minorités opprimées au point que les indiens Sioux massacrés par les Blancs évoquent pour Folco le massacre des Albigeois après la Croisade !

Dans son élan folklorique, Folco ira même en 1941 jusqu'à présenter son spectacle taurin au Maréchal Pétain (pourquoi pas aujourd'hui au Ministre JM Baylet ?) En 1942, la famille est expulsée de son mas par les Allemands lors du débarquement allié, et est ruinée et amère.

Comment utiliser la tradition pour valoriser un patrimoine identitaire. Les stratégies sont parallèles entre Frédéric Mistral et Folco de Baroncelli qui aboutissent à un repli, à une muséification du costume arlésien.

C'est pour eux, la fin d'un grand rêve qui s'était incarné en 1907 par leur soutien aux révoltes des viticulteurs du Languedoc atteints par le phyloxera.

Curieuse et vaine fascination de Folco "lou marquès" pour les causes perdues dans la défense des gitans, des Boers d'Afrique du Sud contre les Anglais, des Indiens sioux contre les Blancs d'Amérique !

L'amitié et la rencontre de Folco avec "Buffalo Bill" (William Cody) a bien eu lieu mais pas au mas, mais à Paris où il lui a dédicacé une photo et écrit un poème sur les indiens.

Une Famille de Camargue : les "de Baroncelli"

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