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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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13 janvier 2021 3 13 /01 /janvier /2021 18:43

Quand en cet été de 1951 je fus extrait de chez ma nourrice Mme Blanchard, depuis mes terres sarthoises de Rouessé Fontaines où ma famille adoptive était venue me cueillir un beau dimanche matin alors que je partais en charrette avec les autres pupilles vers la messe dominicale, commença pour moi une nouvelle vie, une renaissance .

Ma mère et mes parrains et marraines me déposèrent comme je l'ai raconté dans un précédent ouvrage, au pied d'un marronnier dans un parc immense à deux lieues de la Loire  au coeur du vignoble.

C'est là que l'enfant de 4 ans  découvrit très vite un univers mystérieux et enfin un havre de paix après avoir été balloté des centres de triage de la DASS depuis St Vincent de Paul, Denfert Rochereau, le Morvan, et enfin la Sarthe...

Pour atteindre ma chambre au premier étage, il fallait escalader cet escalier monumental à mes yeux que surplombait une cuirasse aussi géante qu'impressionnante. C'est elle qui allait plus tard me servir pour mes déguisements  du 14 Juillet faisant l'admiration des invités du "Château".

Qui avait abandonné là un jour de 1948 ses effets militaires, uniformes, épées, képis, casques, cartes d' Etat Major , aquarelles et  tableaux et même sa bibliothèque privée ?

Je ne tardais pas à mener mon enquête jusque dans le grenier voisin qui me livra les premiers indices. Il s'agissait d'un mystérieux absent...

 

Commandant Habillon du Régiment de Berry au Bac ,un Hussard !

Pourquoi avait-il occupé la demeure familiale pendant presque 25 ans de 1924 à 1948 et pourquoi y avait-il brusquement abandonné toute trace de son séjour disparaissant dans l'histoire et même dans la mémoire des témoins de l'époque ? Seules deux tombes abandonnées dans le cimetière de Saint Julien mentionnent le nom de la Famille Marié et d'un certain Ernest Habillon , mort en 1938. ( Il s'agit du père du Cdt .)

Il faudra attendre l'informatique et internet qui m'ont permis d'avancer dans mes quêtes généalogiques tant pour mes origines, parents biologiques et mon ADN que pour mon entourage adoptif . Et c'est par le réseau de "Geneanet" que je reçus en février 2012 les réponses à mes questions par 3 messages d'un certain Max Tissot , apparenté au Commandant, et qui lui aussi menait son enquête de son côté.

Essayons donc de reconstituer le passé de cet inconnu du "Logis Chamborant" puisque c'est ainsi qu'il avait décidé de rebaptiser la propriété familiale pendant les 25 ans de son séjour. Le locataire et ses proches la famille Marié y faisaient adresser leur courrier.

Comme le mentionne sa carte d'identité en date du 1 janvier 1939 , Ernest Habillon est né le 17 janvier 1868 à Commercy dans la Meuse.1,75m cheveux blancs, type créole. Il était le fils du Sieur Jean Habillon Lancier au 3è Régiment en garnison à Commercy  et de Constance Parent cantinière au Régiment. Les témoins de sa naissance sont Joseph Lutz  et Pierre Louis Pingat, brigadiers au 3è Régiment de Lanciers

Engagé le 25 janvier 1886 à l'âge de 22 ans aux 15eme Dragons de Libourne il poursuivra sa carrière de militaire jusqu'au 17 janvier 1924 où il prend sa retraite chez son beau frère à l'âge de 56 ans.

Il se marie le 6 aout 1908 à 40 ans avec Marie Louise Elisabeth Georgé son aînée de 14 ans , divorcée de Nicolas Emile Parisot. C'est un amateur d'aquarelle qui se plaît à dessiner ses menus et l'arrivée de sa dulcinée à la garnison de Verdun.  Marie Louise qui meurt le 13 juin1938 avait pour soeurs Félicie et Julie .C'est Félicie qui épouse Edouard Marié le beau frère d'Ernest Habillon.

La cuirasse correspond à Ernest HABILLON  Sous-Lieutenant du 1er Escadron - 1ère Compagnie du 13e Régiment de Cavalerie de Berry au Bac.


Lors de sa retraite chez les Marié qui louèrent pendant 25 ans "la Crétinière" à Monsieur Théophile Bretonnière, le Commandant Habillon était chef d'escadron en retraite (cavalerie), officier de la Légion d'Honneur croix de guerre et croix du combattant, médaille commémorative de la guerre 1914 - 18, médaille interallié, Officier d'académie, chevalier du mérite social....

 

Un tableau représente le Défilé du 14 juillet 1926 à "la Crétinière"  où le Commandant passe en revue la basse cour et les chats guidés par sa belle soeur ! Il existe chez les Tissot un aquarelle de Pornichet où la famille Marié avait une villégiature.

Il faut signaler que le Commandant Habillon qui habite à St Julien au "Logis Chamborant", rend régulièrement visite à Edouard Emile Marié Directeur d'Ecole à Montrevault à 30 kilomètres et dessine en aquarelle un menu pour sa fête du 13 octobre 1926. Au menu : potage parmentier, bouchées exelsior, poulet chasseur, salsifis concellois (!) filet de boeuf nature, salade des bords de l'Eure, , desserts, gâteauxde fruits, café, eau de vie de St Pierre , Vin de Perpignan en carafe, Mas Guidette, Muscadet du Layon, Grand Pic Quéribus 1906.

Sieste non mentionnée rajoute Max

La vie semble s'écouler dans une parfaite félicité entre les Marié et l'illustre Commandant qui selon la presse locale, participe aux commémorations et cérémonies locales en qualité de membre émérite du Comité des Anciens Combattants et Président du Souvenir Français pour le canton du Loroux Bottereau dès février 1927.

Il est nommé le 8 juin 1929  Président du "Groupe de Nantes des anciens élèves des écoles pré-militaires et enfants de troupes" . C'est à ce titre qu'il préside des manifestations patriotiques de la Chapelle Basse Mer à Barbechat aux côté des élus  ou remet des Croix de guerre aux anciens combattants de 1932 à 1938.

A signaler que le 29 décembre 1937 décède à la Crétinière Madame Veuve Edouard MARIE , née Georgé, Directrice d'Ecole Maternelle en retraite. Le faire part de décès publié dans le Phare de la Loire mentionne "Le Commandant Habillon et son épouse, son beau frère et sa soeur, la famille Tissot, ses enfants".

On a peu d'informations sur les dix années qui vont voir l'occupation allemande et la Résistance: rien sur les appels du Général de Gaulle, l'ancien Hussard de 14-18 relit les faits de la Grande Guerre , révise ses cartes des batailles et les traités militaires. Sa bibliothèque retrace la littérature allemande mais aussi la poésie et la philosophie.

C'est donc à présent Max Tissot descendant de la famille Tissot-Marié qui me livre à partir de 2012 la suite d'une histoire grâce aux Carnets et agendas du Commandant. A partir de sa mémoire d’enfance de toutes les villégiatures évoquées alors par ses aïeux.
Le Commandant Habillon a donc laissé des souvenirs postérieurs à son passage à "la Crétinière" lorsqu’il est venu s’installer à Harchéchamp (Vosges) où est né en 1951 Max Tissot.
"Il avait sa chambre dans la grande maison familiale et des objets personnels dont un grand portait en uniforme qui impressionnait fort l’enfant que j’étais.
J’ai conservé ses carnets de notes des années 47 à 52 et je m’en suis inspiré pour “m’imprégner” de l’histoire familiale de l’époque.
Si je dis “m’imprégner”, c’est que mes parents, surtout mon père,  sont restés assez muets sur le passé du Commandant et sa présence au logis familial.
"

Monsieur Bretonnière fait quitter les lieux à Ernest Habillon par lettre recommandée après la révélation de ses faits de collaboration.
 
Il a en effet été arrêté le 30 aout 1944...interné le 5 octobre 1944 à Choisel (Yvelines-78)...puis libéré le 1 décembre 1944. On peut d'ailleurs s'interroger sur ces 2 mois de détention .
 
Dans une lettre datée du  9 janvier 1945, Mme  Bitar écrit à la famille Tissot à la suite de la libération de Nantes : « ….donc, à l’entrée des FFI, chacun était en folie et ne demandait qu’à crier te hurler. Quelqu’un propose « allons chercher le Commandant Habillon, car la première besogne avant est de punir les collaborateurs ! » Toute la foule partit donc aux Loges, plusieurs centaines, et je le vis au milieu entre les soldats qui le gardaient des coups de pieds que lui donnaient les enfants par derrière, sur les cotés, pendant que cette foule hurlante criait « au poteau ! traitre ! vendu ! fumier !, etc … » » .Ils le conduisirent à la mairie pour être jugé par le capitaine avec la fenêtre ouverte où toute la foule attendait et toujours criant. Il lui dit «  vous avez dénié la victoire de l’Allemagne ( ?), il répondit « oui ! », « vous un officier de l’armée française et il lui lit l’article de « Phare » et lui enleva sa légion d’honneur.
Il fut reconduit de la même façon, gardé la nuit et emmené le lendemain matin à la prison de Nantes où il est resté 9 mois ( ou 3 ?) couché sur la paille avec de la vermine car son linge qu’il pouvait envoyer à laver à St Julien était rongé de puces et dedans des brins de pailles.
Il vient d’être renvoyé et se promène dans le bourg pas plus gêné que s’il venait de faire un beau voyage !
Je vous assure que malgré que j’étais fâchée avec lui car je n’avais pas craint dès le début de lui dire ma façon de penser, je fus prise d’une crise de larmes quand je le vis trainé dans la rue.  C’est un grand enfant qui avait besoin d’être dirigé. Piètre soldat, si l’armée en avait beaucoup de ce genre, ce n’est pas étonnant que nous avons été si bien défendu.
»
 
le 13 février 1945, le Cdt Habillon, il avait alors 77 ans, a été condamné à 5 ans d'indignité nationale par la Chambre Civique de Nantes (motif ? il avait adhéré au groupe “Collaboration” selon un article de journal, vraisemblablement Pétainiste...),
 Le 13 mars 1948, 2 gendarmes lui remettent la lettre du ministre des forces armées l'informant de la perte de son grade à compter du 15 février 1945 par suite de sa condamnation à 5 ans d'indignité nationale , rayé de la Légion d'Honneur, suspension de sa pension pendant  2  ans, interdiction de porter aucune décoration.
 Il adresse cependant à M. Bretonnière  avec qui il entretenait de bons rapports pendant 25 ans son portrait avec cette dédicace:" A Monsieur Bretonnière, le souvenir amical de son locataire pendant 25 ans."

Outre cette dégradation morale et cette mise en quarantaine pour faits de collaboration qui restent à prouver selon le dernier témoin Joseph Bagrin fermier métayer de la Crétinière qui a bien connu cette période, le Commandant qui a perdu tout son prestige et les honneurs de sa gloire passée doit assister à la maladie de sa soeur Louise. Le Cdt note méthodiquement " malade, nuit bonne, laxatif, 5 gouttes de digitaline"Sa soeur qui souffre: " nuits pénibles, difficultés respiratoires, ne peut pas uriner, somnolence avec cris inarticulés, ne parle pas..."

Le lendemain,, vendredi 2 janvier 1948, Louise est morte à 8h25 " à ma rentrée de la messe", "tout en ordre, à 10h  , Louise est exposée au Salon , à 10H15, venue du Docteur , ne veut pas que je lui paie son déplacement .... Dû un bifteck à Dupré, pas de lait..."

Après avoir quitté son "Logis Chamborant " alias  "la Crétinière" le Commandant cherche asile dans la famille et s'installe à Harchéchamp ( Vosges ) le 17 septembre 1948, il est le 114è habitant du village...." sa décision intervient en juin 1948  alors qu'il apprend de Jeanne (?)  et Zet (Kaplan)  que les Mercier  Jean ( Branche Georgé Wohlgemuth) ne viendront pas à Saint Julien ....Il écrit à Lucienne  pour lui demander de le prendre avec eux" ( seul ici, il va falloir que je trouve une solution à cette triste situation: que le Bon Dieu me conseille!"

A 81 ans, , le Commandant Habillon voyage encore beaucoup et  a des projets: Reims, Bar le Duc, Chalons/Marne, Paris, Rouen, , Caen, Nantes, Tours, , Lourdes...

En 1951, le 26 octobre, le Cdt se lève  à 5h du matin pour quitter Clermont  et prendre le train, il arrive à NeufChâteau  à 21h27... Il va souvent en cure à Evaux les Bains dans la Creuse où il retrouve des militaires retraités comme lui et écrit fréquemment au Colonel de Bouchaud de Bussy.

Contrairement à la famille Tissot qui semble dans la nécessité, sa comptabilité en janvier 1948 affiche 24607 francs en numéraire et 20691 francs en CCP. En 1947, le Cdt aura touché  195.184 francs de pension de retraite. Il défalque  9340 francs de pension pour sa soeur Louise.
Le 21 aout 1956, à 88 ans, il envoie une carte postale qui témoigne qu’il vit encore…Il lui reste 4 mois à vivre car il décède le 6  décembre 1956 au Kremlin Bicêtre.

Un grand remerciement à Max Tissot qui m'a confié l'état de se recherches sur le Cdt qu'il a consigné en 2005On apprend ainsi qu' Edouard Emile Marié Directeur d'Ecole à Tours puis à Montrevault (dans le Maine et Loire ) a dû connaître les frères Bretonnière eux aussi Directeurs d'Ecole à Vallet et à Saint Julien . Il fut le père de Lucienne Tissot (née Marié épouse de Marc Tissot) elle même mère de Marcel Tissot père de Max.

Merci à Michel HIVERT passionné par l'histoire locale et la généalogie des lieux de m'avoir communiqué la photo de la cuirasse toujours en bonne place dans le grand hall d'entrée.


 


 

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