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  • : " Le bonheur se trouve là où nous le plaçons: mais nous ne le plaçons jamais là où nous nous trouvons. La véritable crise de notre temps n'est sans doute pas l'absence de ce bonheur qui est insaisissable mais la tentation de renoncer à le poursuivre ; abandonner cette quête, c'est déserter la vie." Maria Carnero de Cunhal
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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 13:38

Extrait :

JEAN RASPAIL

PECHEUR DE LUNES  qui se souvient des Hommes ( paru en 1986 Robert Lafont).

On n'oubliera pas le dernier canot des Alakalufs disparaissant à jamais dans le labyrinthe du détroit de Magellan, emportant la mémoire d'un peuple qui venait de la nuit des temps...

Pêcheur de lunes est de la même veine. D'autres Hommes, d'autres peuples s'en vont et s'effacent du ciel de la mémoire comme une étoile qui s'éteint à des années-lumière... Ils ne vivent plus que dans la tête de Jean Raspail, et lui seul, avec ce livre, a le pouvoir d'entretenir la trace de leur passage sur cette terre.

Dans Pêcheur de lunes, il y a trente ans de voyages peut-être initiatiques. Une sorte d'errance inspirée, un jeu de pistes à travers le monde... et en France. Un livre très personnel, de ferveur et de foi, et alerte en même temps: "les mémoires romanesques" de Jean Raspail.

L'extrémité glacée de l'Amérique, c'est la Terre de Feu et les canaux chiliens de Patagonie, un des rares endroits du globe où les cartes marines les plus récentes se perdent encore en pointillés au fond de certains fjords désolés. Et là, une poignée de dolicho-céphales à crâne bas : les derniers Fuégiens. Des demi-dieux, eux aussi, héritiers des mêmes temps où la Lune, fille du ciel, commandait à tout l'univers avant la venue des hommes

Coeur de beauté

Lune au visage ample

Lune au visage brûlé

Visage coléreux!

Partons chez la fille du Ciel.

Extrait du rituel Ona,ou Selknam

Tout ce qu'il en restait, une chanson. Rien de plus émouvant que leur dernier recensement, en 1971, publié par la revue du musée de l'Homme. Alakalufs 47. Onas ou Selknams : 5. Yaghans ou Yama-nas ?

Le point d'interrogation, pour les Yaghans, c'est le mot disparu au fronton des monuments aux morts.

Celui qui apparaît sur les bilans funèbres : tant de morts, tant de disparus. L'espérance de revoir un disparu .ne survit que dans le coeur des siens, contre toute raison et puis tout s'efface. Yaghans : zéro. Le dernier des Yaghans , somme et fin de tout un peuple, vivait de charité à la mission de Navarino, sur le canal Beagle. Un jour il disparut, dans le vent et la pluie. Une barque manquait chez les marins-pêcheurs de l'île. L'homme était vieux. On ne l'a jamais revu.

Lune au visage brûlé

Coeur de beauté

Partons chez la fille du Ciel...

Lola est morte aveugle, dans une petite cabane en bois, sur la rive du lac Fagnano, au sud de la Terre de Feu. Ayant conduit sa vie avec courage jusqu'à son terme solitaire, elle était la dernière représentante de race pure des Onas. Elle avait eu quelques amis, sur la fin de sa vie, ethnologues pour la plupart. Comme son lointain cousin du rio Desaguadero, Manuel Inta, elle avait pu se raconter avant de mourir à plus de cent ans. je ne l'ai pas connue, sinon trop tard, en pèlerinage au lac Fagnano où mes compagnons et moi nous nous battions, àtravers la forêt pétrifiée, pour tenter de rallier Ushuaia en auto. Lola... J'ai seulement prié sur sa tombe et personne ne peut plus me dire, aujourd'hui, si cette tombe existe encore. Mais j'écoute souvent le son de sa voix.

Cela s'appelle SELK'NAM CHANTS OF TIERRA DEL FUEGO, ARGENTINA

(47 Shaman Chants and Laments) Coffret de deux disques 30 cm, 33 t. notice et analyse cantométrique Ethnie Folkways FE 4176, New York quelqu'un d'autre était arrivé à temps, Ann Chapmann, ethnologue, du coeur, de la tendresse, rigueur scientifique et analyse cantométrique comprises, voilà ! Mieux que rien. Et puis c'est bouleversant, une voix de mille ans. Les Laments dits par Jérémie! L'Evangile raconté par la bouche de saint jean! Cela me bouleverse... et cela m'horripile.

https://youtu.be/JjuE4LEsolE

Lola Kiepja (n. ? - m. 1966, en Tierra del Fuego) fue una chamana y cantante selk'nam argentina, conocida como " la última ona " o la " última selk'nam ", debido a que fue la última persona perteneciente a la cultura selk'nam (ona), en conocimiento directo de las tradiciones, cantos y artes de esa cultura milenaria de Tierra del Fuego, en el extremo sur del continente americano. En realidad, se he señalado que Lola Kiepja no fue en realidad la "última ona", y que esa condición podría caberle Angela Loij, fallecida en 1974.
La muerte de Lola Kiepja ha sido relacionada con el genocidio y la marginación sufridas por el pueblo selk'nam y otras culturas indígenas en América.

Lola Kiepja  1964Biografía

En 1964 la etnóloga francesa Anne Chapman para registrar las tradiciones y cantos selk'nam, según el testimonio de Lola Kiepja. Chapman ha relatado que la noción de que Lola Kiepja podía considerarse "la última ona", corresponde a la arqueóloga también francesa Anette Lamins, quien le transmitió a Chapman la importancia de registrar su testimonio.
Chapman registró los cantos de Lola Kiepja en un grabador magnetofónico y varios de esos registros fueron publicados en dos discos producidos por el Museo del Hombre de París, bajo el título Selk'nam chants of Tierra del Fuego, Argentina (Cantos selk'nam de Tierra del Fuego, Argentina).

Il y a quelque chose d'artificiel là-dedans. Le néolithique en coffret-cadeau! Le coffret, le prix marqué, le numéro de référence comme un matricule, la pochette couleur, l'électricité pour faire tourner le disque et le pétrole pour le fabriquer, le fauteuil trop confortable de mon salon, à Neuilly, si loin des tempêtes australes, et tout ce bazar de foire de hi-fi japonaise, c'est trop d'emballage discordant pour écouter l'éternité, cela casse le rêve. Le disque est devenu introuvable. Tant mieux. Va bientôt venir le temps d'en recueillir le dernier exemplaire, d'élever une stèle, au lac Fagnano, et de l'y sceller, près de la cabane où mourut Lola, ou sur sa tombe, si on la retrouve, puis de l'arroser de pisco, d'eau bénite, et d'allumer quatre bougies piquées sur deux chandeliers de fer-blanc, comme à Iru-Itu. Liturgiquement, surnaturellement, religieusement, bondieusement, comme on voudra, ainsi survivront les Onas. Mais pas à 33 tours-minute, 33 tours et puis s'en vont...

S'en sont allés aussi les Alakalufs que je vis disparaître avec leur barque, du pont de mon cargo, au détour du cap Tama, dans le canal austral désert qui longe l'île de la Désolation. Sous la pluie glaciale. Dans le vent. Il pleut trois cents jours par an dans les canaux patagons. Le vent y souffle en tempête la moitié de l'année. je ne connais rien de plus effrayant que ces montagnes opaques, gorgées d'eau ruisselante, qui forment à travers le déluge permanent une interminable succession de refuges inabordables. Un immense empire liquide où la terre et l'eau se fondent en un seul élément. Un univers de désespérance. En lisière de cet empire, sur la côte est de l'île Wellington, à mi-chemin du canal Messier, se trouve le poste de Puerto Eden : un môle, une station de radio, un sergent et deux hommes, quelques baraquements délabrés et vingt Alakalufs, les derniers des derniers. Les nomades de la mer ont renoncé à l'empire. Leurs canots pourris-sent sur la grève. Ils ne font rien. Ils regardent la pluie. Ils remâchent leurs souvenirs. Le gouvernement chilien les nourrit et les soigne, mais on ne peut plus rien faire pour eux. Le point de nonretour est dépassé. Ils meurent l'un après l'autre, dévorés par la syphilis, la tuberculose, la tristesse, l'inutilité, et surtout la conscience qu'ils ont de leur mort définitive. Les femmes sont devenues stériles. Les Alakalufs de Puerto Eden n'engendrent plus que des tombes. Les croix faites de deux planches clouées ne portent ni nom, ni date. A quoi bon ? Tout est accompli.

Enfin, il y a les Alakalufs fantômes. Ceux que j'ai vus s'éloigner, un matin de février, au-delà de la frontière invisible des dix mille années qui nous séparaient. En ce temps-là (le début des années cinquante), deux ou trois familles, une poignée d'hommes, de femmes, d'enfants refusaient encore de se fixer. Tout aussi malades et plus misérables encore que ceux de Puerto Eden, ils avaient au moins conservé le choix de leur mort. C'était une forme de liberté, la dernière dont ils pouvaient disposer à leur guise. De temps en temps, à bout de courage, ils se portaient au point de passage des rares navires qui se risquaient dans les canaux.

Silencieusement, ils entassaient sur leur barque tout ce qu'on leur jetait, vivres, hardes, tabac, boîtes de lait, toiles de tente, puis on ne les revoyait plus durant de longues périodes qui pouvaient aller jusqu'à plusieurs années. Ensuite, ils ne réapparurent qu'en de si rares occasions qui s'espaçaient de plus en plus, qu'à présent l'on peut supposer qu'ils ont définitivement disparu.

Cette disparition fascine un petit nombre d'explorateurs, de voyageurs et d'écrivains. J'ai connu naguère un Canadien qui avait passé dix ans de sa vie à les chercher sans succès, pour les apercevoir un matin, tout comme moi, à la sortie du canal Smith, qui fuyaient sous la tempête, dans leur barque.

L'amiral Barthes se souvient d'avoir repéré leurs tentes en peau de phoque au fond du canal Molyneux, sur l'îlot Vaudreuil. Le Français José Emperaire, ethnologue, est mort en explorant une grotte qui leur avait servi de refuge. je considère son unique livre, Les Nomades de la mer, comme la bible des Alakalufs, un chef-d'oeuvre que 'e conseille vainement aux éditions Gallimard de rééditer. La mort prend toujours son tribut : on m'a signalé, il y a trois ans, la disparition d'un jeune Français qui avait formé le projet de suivre la trace des Alakalufs en kayak. Il s'était enfoncé, seul , dans le dédale des fjords, et on ne l'a jamais revu. L'écrivain Saint-Loup, exilé en Argentine, a lui aussi hanté, c'est le mot - ce qu'il appelle les îles de la pluie. En cinq années, il n'a pas rencontré un seul Indien, mais de nombreux emplacements de camp, certains récents, éloignés parfois de plusieurs centaines de milles les uns des autres. Sa conclusion exprime la tristesse de ses chasses mystiques : " Les Indiens ont emporté

l'âme de la Cordillère australe et ce désert surnaturel représente pour nous le poids du péché... " Et cependant, il y a quelques mois seulement, un jeune Valaisan de mes amis qui nomadisait en bateau à voile dans les parages nord de Magellan, en a croisé deux, sur une grève, qui campaient près de leur minuscule canot. Ceux-là venaient de Puerto Eden dont ils fuyaient la torpeur mortelle, un peu comme des prisonniers évadés.

Ce fait exceptionnel ne m'a été signalé qu'une fois.

Car on m'écrit souvent, des confins de ces chemins parallèles, d'Ushuaia, de Punta Arenas, de Puerto Natales, de Puerto Montt, escales obligées de quelques petits navires à voile, menés par des équipages de rêveurs mythiques, qui s'enfoncent dans le labyrinthe patagon à la recherche des Alakalufs. Le plus souvent des Français, des Suisses, un ou deux Allemands, mais point d'Américains, faut-il en déduire un jugement ? Un autre Français, Jean Delaborde, ne vit, lui aussi, que pour cette chasse au fantôme. Officier de marine en retraite, il y consacre toutes ses ressources, qui sont modestes, s'embarquant pour Magellan dès qu'il déniche l'un des rares navires, le plus souvent au départ de Hambourg, à emprunter encore cette voie. En quinze ans, sa route a croisé trois fois celle des barques alakalufes nomades. C'est le champion de cette quête du Graal, le plus chanceux, si l'on peut dire, de nos chevaliers de la pluie. Chance ô combien mélancolique! Je le sais, puisqu'elle me fut donnée.

Plus qu'une rencontre, pour moi. Une vision, une apparition, une sorte de tragique miracle qui me rapprocha de Dieu plus qu'en toute autre circonstance de ma vie. J'ai déjà évoqué cette scène dans deux de mes romans. Kandall, le héros de Septentrion, la raconte à des enfants dans un train qui les emporte à travers la nuit des temps. C'est également à un enfant qu'un autre de mes personnages, le vieux monsieur du jeu du Roi 1, l'écrit pour l'initier au royaume et au mythe de la Patagonie. J'y fais aussi allusion dans l'avertissement aux lecteurs de qui se souvient des Hommes ... @ un livre que je portais en moi depuis trente-cinq ans et qui est un chant de vie et de mort à la mémoire des Alakalufs. C'est dire le long cheminement qui s'est fait depuis ce jour de février 1951 o˘ m'étaient apparus ces fils de Dieu dans leur misère et leur solitude.

Ils étaient six dans cette barque. Trois hommes, deux femmes et un enfant d'une huitaine d'années.

Ils ne venaient pas de Puerto Eden mais de " par là ", et ils montraient, derrière eux, le sombre décor d'où ils avaient surgi, le labyrinthe de l'Ultima Esperanza, un dédale de canaux obscurs qui s'ouvre au cap Tama. Et où allaient-ils? " Par là. " Par là, se dressait l'île de Santa Ifies, un massif montagneux inexploré, recouvert de glaciers, battu par le Pacifique qui s'y abat en vagues énormes, au sud du détroit de Magellan. Il était parfaitement inconcevable qu'une vie humaine pût s'y accrocher, et cependant, c'était bien cette masse blanc et noir, là-bas, qu'ils désignaient. Saint-Loup y avait d'ailleurs découvert, au péril de sa vie, plusieurs années auparavant, les traces inconstestables d'un bivouac.

1. Editions Robert Laffont, Paris, 1976.

2. Editions Robert Laffont, Paris, 1986.

 

L'enfant ne souriait pas. Tous avaient le regard mort, ils nous regardaient sans nous voir. Ils étaient d'une saleté repoussante, couverts de croûtes. L'un d'eux, blessé, avait le pied enveloppé dans des chiffons sanglants. Ils ne prononcèrent pas un mot de plus, tandis que le commandant faisait descendre le long du bord, au bout d'une corde, une palanquée de vivres et de vêtements qu'il avait rassemblés à la hâte. Tout cela ne dura pas plus de cinq minutes, car le navire, ayant stoppé, dérivait dangereusement vers des rochers.

je criai dans le vent pour savoir au moins leurs noms. Sans réponse. Une femme leva la tête vers moi. Elle avait les cheveux plaqués sur le visage par la pluie qui tombait à torrents. J'aperçus une épaule décharnée à travers un trou de la couverture trempée qui lui servait de vêtement et me souvins que les Alakalufs, jadis, vivaient nus par les froids les plus rigoureux. Accroupie au fond de la barque non pontée, l'autre femme écopait avec une boîte de conserve. Déjà, les hommes et l'enfant avaient empoigné les avirons. La barque déborda rapidement, s'éloignant du navire qui avait repris sa route.je fis un geste de la main, en adieu. La femme qui me regardait baissa aussitôt la tête. J'ai dit la conviction que j’avais que dix mille années nous séparaient. Il s'en ajouta une autre : ces malheureux le savaient aussi, écrasés par cet éloignement sidéral.

Sur l'autre rive d'un fossé de cent siècles, les derniers Alakalufs nomades s'enfuyaient encore plus loin, volontairement, dans le passé.

Transi, mouillé jusqu'à l'os, l'âme désolée, je regagnai ma cabine. Par le hublot, je ne vis plus rien que la pluie.

Allongé sur ma couchette, je repris la lecture de mon livre de chevet. C'était aussi, je l'ai appris plus tard, celui de Giono : les Instructions nautiques. Bien que ne quittant plus Manosque, Giono était un familier de la haute montagne et de la haute mer.

" Pour la montagne, écrivait-il, j'ai quelques poèmes tibétains; pour la mer, j'ai les Instructions nautiques. "

Nul besoin de battre le rappel de mes souvenirs. Il me suffit de relire l'étonnante litanie géographique qui scanda la route de mon cargo vers Punta Arenas, où je débarquai : le havre du Dernier-Espoir, le cap Anxieux, l'île de la Désolation, Port-Famine, les Furies orientales et les Furies occidentales, le récif des Rôdeurs, le cap des Veuves, semé d'épaves fracassées. Il n'y a pas de cap Alakaluf, de Port-Yaghan ou d'île des Fuégiens. Rien qui rappelle les pitoyables seigneurs de ces lieux dans la toponymie des Blancs. Trois hommes, deux femmes, un enfant, l'arche sous le déluge, sauvant la mort, et non la vie.

Ils furent partout. Ils sont nulle part.

Nos chandeliers de fer-blanc s'éteignent. La nuit est aveuglante...

C'est plus au sud, encore, que j'ai découvert le mot de la fin, au moins celui de ce chapitre. Voulant visiter d'autres îles au-delà du canal Beagle à la recherche des derniers Yaghans, j'avais embarqué sur une grande chaloupe à moteur appartenant à des prospecteurs yougoslaves émigrés en Terre de Feu.

Naturellement, je savais que je ne trouverais pas un Yaghan, mais peut-être au moins une trace de campement, un lieu où fermer les yeux, méditer, se laisser emporter par le silence qui ressuscite les peuples morts. Au lieu de cela, nous sommes tombés sur une ancienne base stratégique abandonnée depuis la fin de la guerre.

Tous les oiseaux qui avaient fui l'envahisseur, autrefois, les grands pétrels, les pingouins manchots, tous les lions de mer à crinière avaient repris possession de leur empire. Mes Yougoslaves et moi, nous nous sommes frayé un chemin à travers cette foule animale jusqu'aux baraquements abandonnés, et là, comment l'expliquer ? cette base morte s'est mise à vivre. Les chemins parallèles se sont peuplés.

L'impression était si forte que j'en ai fait beaucoup plus tard une courte scène du jeu du Roi. Il se passait quelque chose d'étonnant...

Cent portes battaient au vent, s'ouvraient, se fermaient. Poussée par le vent, une neige poudreuse glissait à toute vitesse sur le plancher. On la voyait se déplacer, grimper le long des couchettes, courir sur le bar de la salle à manger et recouvrir d'un tapis blanc tous les bureaux de l'état-major en épousant la forme des objets, téléphones, lampes et paniers à courrier. D'autres bruits se faufilaient à travers le vent, chocs sourds, plaintes, craquements. Une étagère s'écroula devant moi, laissant filer une pile de dossiers que la neige emporta. Tout était moisi, décomposé, rongé. Par une fenêtre, je vis un petit avion tout blanc se déplacer lentement sur la piste enneigée. Il avait rompu ses amarres rouillées et le vent le poussait. Il heurta un baril vide, puis un autre, avec un bruit de cloche, perdit son aile sous le choc, l'empennage de sa queue, son hélice, tout cela gangrené jusqu'au coeur de l'acier, puis s'agenouilla au bord de l'eau, ses roues ayant cédé. Dehors, il y avait aussi des machines étranges caparaçonnées de glace, sauterelles géantes en fil de verre qui avaient d˚ être des engins de levage. Elles tremblaient sur place, s'ébrouaient, sursautaient, et des milliers de cristaux de glace jonchaient le sol sous leurs pieds.

Photos Croisière NCL "Norwegian Sun" Janvier 2017 @pchevrel
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