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24 février 2011 4 24 /02 /février /2011 21:37

L'homme est-il propriétaire de la nature? Emission "Du grain à moudre" Brice Couturier France Culture  21.02.2011 - 18:20
C’était fatal. Un jour ou l’autre, les philosophies environnementalistes allaient rentrer en collision avec l’humanisme. En effet, si l’homme cesse d’être la

« mesure de toute chose » (Protagoras) pour rétrograder au statut d’espèce animale parmi d’autres, comment lui conserver sa primauté ?

S’il dégringole même au rang d’espèce particulièrement nuisible pour son comportement irresponsable envers la planète, pourquoi le tenir pour supérieur ? Si toute sa science et ses techniques cessent d’être mises au crédit de ses capacités rationnelles et figurent, elles aussi, à l’acte d’accusation au titre du pillage des ressources naturelles et de la détérioration du climat, où est sa fameuse « dignité » ?

L’éthique environnementale est une branche de la philosophie développée surtout en Amérique du Nord depuis la fin des années 1970. Elle nous invite à repenser à nouveaux frais nos catégories morales en cessant de nous focaliser sur nos rapports avec nos seuls semblables. Reconnaître une « valeur intrinsèque » aux créatures du monde naturel, c’est de facto réclamer pour les animaux, mais aussi pour les végétaux, une dignité propre, et pourquoi pas ? des droits. Et du coup, la morale ne peut plus se limiter aux relations des hommes entre eux, en tant que, seuls, ils seraient « doués de raison ».

Il est tentant de déceler, dans ces pensées, une « haine de la modernité », comme le font les défenseurs de l’humanisme, dans la mesure où elles tendent à voir dans l’action de l’homme sur la nature, non plus le « progrès » à la manière des libéraux et des marxistes, mais au contraire, une sorte de viol. Doit-on aller jusqu’à les dénoncer comme un paganisme rétrograde qui nous ferait revenir jusqu’aux époques où nos ancêtres adoraient l’esprit des sources et ménageaient les forêts, dont les chênes étaient censés abriter les âmes des héros ?

Invité(s) :
Stéphane Ferret, philosophe et Consultant d'entreprise
Emilie Hache, philosophe
Samuele Furfari, fonctionnaire européen à la Commission de Bruxelles. Enseigne la géopolitique de l'énergie à l'Université libre de Bruxelles

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Commentaire : Aurélien Péréol  23.02.2011
Je suis surpris et déçu de cet abord historico-religieux. Pour ma part, il me semble que la notion fondamentale est que la technique (ce que l'homme met en oeuvre dans sa vie et son développement en vue d'améliorer ses conditions de vie, les améliorer de son point de vue...) que la technique donc est tissée de nature (et non pas établie par domination de la nature, contre la nature, à l'opposé). La technique est contre la nature comme une échelle est contre un mur. IL me semble qu'il y aurait beaucoup à gagner si l'imaginiaire commun qui est plutôt du côté de l'idée d'une domination passait à l'idée d'un tissage.
J'ai écrit en ce sens un article : http://www.lemonde.fr/opinions/chronique/2010/04/20/nous-avions-des-avions_1340362_3232.html
Cet article est tourné vers le futur, dans une éthique de responsabilité et non vers le passé dans une éthique de conviction, comme l'a été votre émission.

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Emilie HACHE, philosophe
Stéphane FERRET :Philosophe auteur de éthique de la nature et Philosophie de la Crise écologique (Seuil)
Samuele Furfari, fonctionnaire européen à la Commission de Bruxelles. Enseigne la géopolitique de l'énergie à l'Université libre de Bruxelles
"Dieu l'Homme et la nature" (Bourrin 2010)
L'éthique environnementale est une branche de la philosophie développée en Amérique du Nord
Comment repenser nos rapports avec la nature et pas seulement avec nos seuls semblables, reconnaître une dignité propre aux animaux et aux végétaux et des droits.
La Morale ne peut plus se limiter aux hommes entre eux, qui seraient seuls à être doués de raison, certains animaux ne le sont-ils pas ?
  Haine de la modernité chez les penseurs humanistes traditionnels car l'action de l'homme sur la nature ne tend plus au progrès, à la manière des libéraux et marxistes d'autrefois mais au contraire on assiste à une sorte de viol.Doit on aller jusqu'à les dénoncer comme adeptes d'un paganisme rétrograde qui nous feraient remonter aux esprits des sources de nos ancêtres,et les forêts de chênes qui abritaient les âmes de nos héros...
  Bertrand de Jouvenel 1965 :"Pour une conscience écologique"
  "Nous les hommes sommmes les grands parvenus de la biosphère, les conquérants, les colonisateurs,les maîtres. Nous nous considérons comme la race des seigneurs et la nature comme notre esclave."
  Et Jouvenel faisait remarquer que dans notre système économique,on ne comptabilisait que le travail nécessaire à l'extraction des ressources, et jamais la déperdition de ces ressources elles mêmes. Et il ajoutait que l'homme était la seule créature de la terre à changer et à perfectionner sans cesse ses méthodes d'extraction des ressources naturelles alors que la fourmilière ne saurait être améliorée car elle avait atteint son degré maximum d'efficacité. Donc, il concluait, nous devons cesser d'être le pillard habile et irresponsable des ressources naturelles pour devenir gardiens de notre demeure terrestre.  
  Est-ce que cela ne veut-il pas dire Stéphane Ferret que les Français n'étaient pas si en retard que cela sur les Américains que vous aimez tant ?
  Je pense que la philosophie française est très en retard par rapport à la philosophie analytique.On peut trouver chez Montaigne ou Rousseau quelques traces d'une pensée pré-écologiste, au demeurant, il est bien clair que l'éthique environnementale est bien une pensée nord américaine foncièrement analytique.
  Et donc cette pensée de Bertrand de Jouvenel ne s'inscrit pas dans le courant de pensée que vous essayez de nous présenter ?
  -Je suis désolé d'avouer mon ignorance mais je ne connais ni cet auteur ni ce texte.Je peux par contre vous parler des philosophes contemporains américains.
  Y-a-il une éthique protestante de la nature comme il y a une éthique protestante du capitalisme ou du moins anglosaxonne ?
  "Les Racines historiques de la crise écologique" (Lyn White Jr) critique des racines du mal qui serait que l'homme serait le maître et possesseur de la nature: thèse fameuse et conceptualisée par Descartes dans le Discours de la Méthode.
Dénoncer l'anthropocentrisme qui serait comme une tare de la culture occidentale comme la cause principale de l'environnement, est-ce que ce n'est pas tourner le dos et c'est là dessus qu'il y a débat,à tout l'humanisme occidental. J'ai cité la phrase de Protagoras,"l'homme mesure de toute chose" puis Descartes, "que l'homme par sa technique puisse se rendre comme maître et possesseur de la nature" et puis on peut aller jusqu'à Hegel et Marx avec le fait que par le travail considéré comme une lutte avec la nature,l'homme fait son histoire.
Est-ce que vous n'êtes pas à la lumière de ces philosophies anglosaxonnes de l'Environnement,à tourner le dos à toute la tradition humaniste occidentale depuis les Grecs, Descartes et jusqu'à Marx ?
Je me suis intéressé à l'éthique écologique via les maîtres à penser que sont Spinoza et Darwin qui sont à la racine de la philosophie écologique.
Ca a mauvaise presse de dire "je suis anti humaniste" et mieux vaut se dire "Humaniste" pour se faire aimer.
Comment définissez vous la pensée écologique entre ceux qui mettent l'Homme au centre de leur pensée écologique et le pensent autrement.
Il y a deux visions du monde , une vision H (Humanocentriste) et une pensée non H (donc non humanocentriste)
D'un côté l'écrasante philosophie occidentale: Aristote, saint thomas, Descartes, Kant etc.. et de l'autre,les deux auteurs cités: Spinoza et Darwin, pour qui "l'homme est un fragment du monde" .
On retrouve ces deux tendances dans la philosophie écologiste , autrement dit ,d'une part "l'Ecologie H" qui est un environnementalisme: la nature doit être préservée, non par pour elle même mais pour l'homme, c'est une ressource, un grand magasin à ciel ouvert et on peut y picorer comme bon nous semble ,et d'autre part une "Ecologie non H" qui ne se traduiit pas derrière une pensée unique, mais une galaxie de pensées:
1- l'éthique animale qui met en avant la primauté de l'animal comme être souffrant, comme être sensible, cette pensée est incarnée par l'australien Peter Singer,et par l'Américain Tom Reagan.
2 - le bio-centrisme il s'agit d'élargir les êtres doués de considérabilité morale à travers les plantes,les arbres, on pense à des auteurs comme Ruth Pastor, Paul Taylor par exemple.
Dans ces deux éthiques le primat est accordé à l'individu.
3- l'éthique éco-sphérique  qui elle accorde les primats à des écosystèmes; ce qui prime ce ne sont pas les spécimens mais la totalité autrement dit,ce qui compte c'est le système et l'équilibre dans son ensemble, la nature elle même.  
Face à ces deux conceptions écologiques H et non H , l'une vous semble-t-elle plus pragmatique que l'autre, on pourrait penser que quoi qu'on en pense éthiquement,il est plus pragmatique de choisir la première théorie, c'est à dire celle où l'homme est au centre de la pensée environnementale,parce qu'il est plus facile d'avoir à convaincre les gens d'avoir un comportement politique,un comporement pratique, pour l'environnement si on leur explique que c'est dans leur intérêt même si c'est un petit peu terre à terre.
Emilie Hache apporte une attention particulière aux conséquences des décisions ou des actions que l'on peut entreprendre. Est-ce la première écologie H qui prend le plus en compte les conséquences de nos actions ?
 Tous les partis Ecologistes ou Verts adoptent la position "H" à droite comme à gauche.
Samuele Furfari "Dieu l'Homme et la nature" critique la philosophie environnementaliste, au nom de l'Humanisme. Il est paradoxal de voir aujourd'hui les Chrétiens adopter cette position de repli partagée par les libres penseurs, favorables à la modernité démocratique comme Luc Ferry qui avait réglé un compte assez virulent envers les environnementalistes il y a une vingtaine d'années.  
Il y a un temps, pas si lointain où l'Humanisme représentait un courant de pensée qui célébrait, contre le Christianisme, le progrès en tant que développement historique accompli par l'homme hors de tout horizon transcendant, l'oeuvre purement humaine par rapport à la providence divine, l'homme qui accomplit ce qu'il a de plus spécifique par ses seules forces: sa raison, sa volonté,sa culture, sans recours à la Grâce, après tout le Christianisme n'a loué ses liens avec l'Humanisme que de manière assez tardive avec Brémont et Maritain.
Est-ce que ce n'est pas une position de repli un peu fragile,pour les Chrétiens que de défendre, l'Humanisme qui longtemps encore une fois, l'a combattu ?
- Je crois que ce n'est pas suffisamment comprendre les fondements du judeo-christianisme dans une optique où Dieu crée le monde, et l'Homme à son image donc Créateur, c'est fondamental et en ce sens il ne peut-être que participant à cette création, il s'inscrit dans une démarche de poursuite de la création et donc tout ce qu'il doit faire c'est achever ou parachever cette Création et cela s'inscrit tout à fait dans la logique de l'Humanisme, il n'y a pas de rupture, c'est une continuité de travail pour permettre à l'Homme de croître et de se multiplier dans le sens du travail( de former quelque chose de dynamique ,de la valeur ajoutée à la Nature).
Rappelons ce passage de la Genèse qui est très critiqué,par vos adversaires environnementalistes: "Les animaux,Tu seras leur maître et tu les terroriseras" mais il y a d'autres Versets qui disent que l'Homme doit respecter la Nature porter de la valeur ajoutée mais pas lui porter atteinte..
Comment peut-on transformer la Nature en la respectant ?
Dans ce schéma anthropocentrique, la Nature est là pour l'utilisation de l'homme et il ne la détruit pas contrairement à la litanie communément entendue aujourd'hui et devenue un fait.L'Homme l'utilise mais ne la détruit pas, il n'est pas un prédateur comme on le décrit partout.
Mais toutes les utilisations de la Nature ne se valent pas.L'Homme a été chargé par Dieu d'être le lieutenant de la Création, il est là pour vivre et se développer et donc il a un intérêt à la maîtriser et pas à la détruire..
  "Vous serez un objet de crainte et d'effroi pour toutes le bêtes sauvages,et pour tous les oiseaux du ciel,pour tout ce qui rampe sur le sol et pour tous les poissons de la mer, entre vos mains, ils seront livrés" (La Genèse) C'est l'illustration de la thèse despotique: l'Homme est le maître de la Création et il utilise les ressources naturelles à  sa guise.
Mais on peut en faire une autre lecture, la thèse du métayer, du contre maître ou de l'intendance via ses propres conceptions.

Je peux utiliser mon téléviseur mais aussi le briser en mille morceaux d'un coup de marteau en revanche, je peux être propriétaire d'un chien mais je ne peux pas en jouir à ma guise, et il est exlu que je puisse lui fracasser le crâne à coups de marteau; certes je peux le faire,rien ne m'en empêche si ce n'est précisément le droit.Mon chien a le droit de préserver son être en fonction de sa nature, en ce sens il n'y a pas de rupture ontologique entre l'Homme et mon chien.
Cependant, Stéphane Ferret vous établissez une hiérarchie des êtres de nature dominées par l'Homme: qu'est-ce que ça change  par rapport à l'Humanisme traditionnel,qui fait aussi de l'Homme le maître et le possesseur de la nature ?      
Livre raisonnable et tempéré même si je proclame un "anti-Humanisme théorique"et en aucun cas pratique, et que je ne suis pas prêt à verser dans l'écologisme radical ou "Deep Ecology" qui prescrit la suppression de l'Humanité parce que c'est une gêne pour la Nature..
Disons pour dire les choses de façon plus argumentée, la "deep ecology" défend un principe fondamental qui est le principe de biosphérisme égalitaire ou d'"égalitarisme biosphérique" autrement dit , tous les êtres de nature sont mis sur le même plan.Si tous les êtres ont la même valeur, alors il n'y a plus de valeur, qui dit valeur dit hiérarchisation, autrement dit on peut défendre une écologie "Non-écolocentrée"  et en même temps prôner, ce que je fais dans mon texte,une hiérarchie des êtres de nature.   
Que penser du succès du film "Avatar" où l'on retrouve des théories d'une planète qui serait une identité d'êtres reliés les uns aux autres ?
C'est un BD à la Walt Disney ! La Nature est cruelle et il faut relire "Voyage autour du Monde" de Darwin où le sansg est présent à chaque page.
Danger à attaquer l'Humanisme qui a ressurgi après la 2è Guerre mondiale et après l'eugénisme des nazis.
Consensus des phisosophes après la guerre de Mauffret qui interpelle Heidegger: Comment pouvez-vous avoir frayé avec les Nazis, et vous dire Humaniste.
Lettre sur l'Humanisme de Heidegger  très ambigüe: "L"homme n'est pas le maître de l'étang, l'homme est le berger de l'être"  
Ferret est "H"  Hache est "non H"
    
 
 
 
 

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