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19 décembre 2009 6 19 /12 /décembre /2009 16:32
TAIRE LA MISE À MORT DU TRAVAIL  © FTV Pôle France 2
Questions à J.-R. Viallet
Dans l’esprit managérial, le collectif, c’est  le contre-pouvoir le plus puissant donc le plus inquiétant

L’US : Le 20 octobre dernier,Xavier Darcos, ministre du Travail a déclaré devant les députés « il y a pire que le stress au travail, il y a le stress au chômage ».Votre documentaire lui apporte un démenti cinglant.jean-robert-viallet.png
Jean-Robert Viallet : L’expression « stress au chômage » ne me semble pas très heureuse. Il y a plutôt une peur du chômage, une angoisse de l’avenir mais le stress est vraiment indissociable du travail. L’actualité nous le prouve. Il est le lot quotidien de milliers de salariés. Au départ du projet il y a une demande de Christophe Nick, le producteur, qui souhaitait poursuivre son travail documentaire sur les grandes fractures de la société contemporaine. Après la violence et l’école, le thème du travail s’imposait mais c’est un sujet difficile à aborder car les entreprises sont très fermées et contrôlées.
Notre volonté était de nous y installer, d’y rester longtemps pour y faire un travail de sociologie appliquée. Le deuxième pari de départ était cinématographique:comment filmer la banalité du travail en entreprise et en particulier dans le secteur des services ?
C’est le temps qui nous a permis de dégager des grandes lignes de forces et les mécanismes des techniques de management.
L’US : Tout autant que la souffrance au travail, votre documentaire nous montre un travail en souffrance.
J.-R. V. : C’est tout à fait le sens du titre du documentaire. Au fil des heures passées dans les entreprises, j’ai commencé à cerner les contradictions entre le discours managérial, qui est très pointu, psychologisant, manipulateur, et la réalité du terrain. J’ai alors compris que je tenais mon sujet. Il fallait décortiquer ces méthodes de gestion qui sont reproduites dans toutes les entreprises. Comme par exemple la logique de la prime par équipe.
On fait croire aux salariés à un « tous ensemble » mais derrière la prime au mérite se cache une manipulation qui fait de chaque salarié le surveillant de l’autre tout en augmentant la productivité. Ces constructions managériales, comme la théorie du client roi, sont extrêmement efficaces
et imparables. Elles minimisent le rôle du profit en mettant la satisfaction de l’individu au premier plan.
L’US : Un des objectifs de ces méthodes managériales c’est aussi d’isoler l’individu.
J.-R. V. : L’objectif est clairement de casser toutes les démarches collectives qui ont permis à travers l’histoire d’obtenir des acquis sociaux. Dans l’esprit managérial, le collectif, c’est le contre-pouvoir le plus puissant donc le plus inquiétant.
C’est collectivement qu’on peut refuser de se soumettre. Les entretiens individuels d’évaluation, les fausses promesses de travail en équipe ou de promotion n’ont qu’un seul but : isoler le salarié et produire de la solitude au sein de l’entreprise.
L’US : Ceux qui tentent de faire respecter le droit du travail comme les militants syndicaux ou les inspecteurs du travail se trouvent eux aussi particulièrement isolés.
J.-R. V. : Les salariés connaissent très mal leurs droits et vivent parfois l’arrivée d’un inspecteur du travail comme une menace 
individuelle. Cette méconnaissance s’explique aussi par le fait qu’il y a à peine un inspecteur du travail pour 10 000 salariés en France. Les salariés peuvent faire valoir leurs droits comme je le montre lors d’une séance aux prud’hommes, mais ils hésitent beaucoup à entreprendre cette démarche. Dans un contexte de chômage endémique et de crise économique, les rapports de forces sont très déséquilibrés et beaucoup de salariés préfèrent se taire plutôt que d’engager un combat.
L’US : Les syndicats sont peu présents dans votre documentaire et les quelques salariés syndiqués sont très exposés, ce sont des salariés sentinelles.
J.-R. V. : Des entreprises comme Carglass sont des structures jeunes qui pratiquent une forte mobilité interne et dont l’organisation est très éclatée. Il est
donc difficile d’y développer une action syndicale Mais plus largement, je crois que les organisations syndicales ont été très déstabilisées par les nouvelles formes d’organisation du travail.
J’ai l’impression que les syndicats sont restés performants sur les questions liées au droit des salariés, mais avec l’arrivée du toyotisme chez Fenwick, entreprise où les syndicats étaient pourtant bien implantés, ils ont été pris au piège. On leur a parlé d’ergonomie, de réorganisation des conditions de travail et on les a sollicités pour faire des propositions. Mais en réalité, produire mieux était automatique
ment associé à produire plus.C’est bien le seul et unique but. Il faut réussir à décrypter ces agendas cachés avec, en plus, des directions qui pratiquent le turn-over des managers afin de limiter au maximum le dialogue social.
Ces techniques sont parfaitement pensées

L’US : Avez-vous identifié des tentatives de reprise en main par les salariés eux-mêmes?

J.-R. V. : Il faudrait regarder les courbes du syndicalisme qui est la voie royale pour cela... La crise est tout compte fait du pain béni
.pour les directions des ressources humaines qui ont entre leurs mains un extraordinaire levier de pression comme les délocalisations. Comment peut-on espérer changer l’organisation du travail sans rééquilibrer les pouvoirs entre des salariés tenus par la peur du chômage et des actionnaires habitués au profit ? Ce qui m’inquiète aussi c’est de constater que des services publics comme l’inspection du travail sont eux aussi soumis à des évaluations individuelles. On est dans une société malade de la gestion, dans le délire du management alors que nous savons que ces méthodes d’évaluation sont en grande partie fausses car elles nient toute la dimension psychologique et créative du travail.
L’US : Quelles sont les retombées de cette série documentaire?
J.-R. V. : Les retombées du côté de la presse sont positives et France Télévisions a compris l’intérêt de ce documentaire dans le contexte actuel. Sur le forum Internet, nous avons un nombre records de connexions. J’ai l’impression que notre travail interroge, donne à penser et libère la parole. Je souhaite vraiment que les réseaux sociaux, les associations, les grandes écoles, les syndicats saisissent cette opportunité pour organiser des projections et des débats. ■
Biographie
Chef opérateur en documentaire et en fiction, Jean-Robert Viallet a travaillé, entre autres, aux côtés de Tony Gatlif et de Lars Von Trier sur Dancer in the dark. En 2005 et 2006, il a réalisé avec Mathieu Verboud "Les Enfants perdus de Tranquility Bay" et "Une femme à abattre", qui ont été primés.
Il est le réalisateur de la série documentaire "La Mise à mort du travail" qui sort en DVD le 18 novembre.
Portrait réalisé par Carole Condat
  (Supplément aun°685 US Magazine du 16 Octobre 2009)
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NDLR : Pas un mot bien sur sur le stress enseignant au Collège et au Lycée, on ne parle que du stress des élèves ou des apprenants.
 Que VIALLET vienne avec ses équipes faire un tour du côté de certains collèges de la banlieue nantaise ou de Montpellier par exemple et on verra si l'US osera publier un reportage "vrai" sur "l'entre les murs" et les techniques managériales des "petits chefs" qui ne se comportent pas différemment que ceux de l'entreprise privée.
"Seniors au placard" qu'on attend avec impatience de mettre dehors pour ne pas les remplacer. Main d'oeuvre inutile, béton fonctionnaire inamovible peu flexible et peu rentable dans une dynamique de projet qui servira à l'autopromotion des mêmes "petits chefs".

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