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Le français, patrimoine en péril

Communautarisme

Promotion des langues régionales, valorisation des cultures importées, invasion du globish : l'avenir du français se complique. La France compte 75 langues minoritaires, dont 28 pour la seule Nouvelle-Calédonie...

C'est un constat indiscutable et souvent passé sous silence. Lors de la Journée défense et citoyenneté organisée par le ministère de la Défense, près de 20 % des candidats sont classés SLE, «sait lire et écrire »— qui signifie plutôt «sait à peine lire et écrire ». SLE a rem­placé l'ancienne dénomination `Ille, tré", jugée trop péjorative. Soumis à ces tests de connaissance de la langue française mis au point par l'Éducation nationale, un jeune Français de 18 ans sur cinq ânonne, déchiffre avec peine, a oublié le début d'une phrase lorsqu'il en a atteint le bout. Les chiffres sont têtus : cette même proportion, un sur cinq, s'applique aux enfants présentant "de sérieuses difficultés" (là encore un euphémisme) en entrant au collège —un taux qui dépasse 50 % dans certains départements, notamment en banlieue parisienne (lirepage36).

Dans ce contexte de dégradation continue de la maîtrise du français, le gouvernement vient de relancer le processus de ratification de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, serpent de mer du débat parlementaire. Faut-il, comme le suggérait l'écrivain Gérard de Cortanze dans le Figaro, voir « un lien entre le voyage de Jean-Marc Ayrault à Quimper en décembre dernier, annonçant devant un parterre de frondeurs en bonnets rouges la ratification imminente de la Charte, et le fait que quelques heures plus tôt le groupe socialiste venait de déposer dans l'urgence une proposition constitu­tionnelle sur le sujet» ?

Langues régionales L'imbroglio législatif

Rédigée en1992, la Charte. destinée à promouvoir l'emploi des langues

« régionales ou minoritaires » dans l'enseignement, les médias ou les services admi­nistratifs. Sur les 47 États membres du Conseil de l'Europe, 33 Pont signée et 25 Pont ratifiée. Signataire depuis le 7 mail999, la France avait vu le processus de ratifica­tion interrompu par le Conseil constitutionnel, au motif que la Charte était contraire à l'égalité devant la loi de tous les citoyens et qu'elle contrevenait à l'arti­cle 2de la Constitution qui précise que « la langue de la République est le français ». La ratification de la Charte nécessite donc une révision constitutionnelle quine peut être obtenue, à l'initiative du Parlement, que par la voie du référendum. Pour éviter cela, il faut que l'initiative vienne du gouvernement, par un projet de loi, et non de la commission des lois de l'Assemblée. Or le gouvernement n'a pas annoncé de pro­jet, se contentant de soutenir la commission. Tout ça pour ça? M. F.

Au-delà d'une simple tactique politique, qu'y a-t-il derrière cette Charte? Pour ses défenseurs, de droite comme de gauche, mais souvent élus de Bretagne, de Corse ou d'Alsace, il y a la prise de conscience d'un sentiment d'urgence. Selon eux, l'effondrement de la pratique des langues régionales est tel que, sous peine de perdre ce «tré­sor culturel" (que nul ne conteste), il est vital que la puissance publique intervienne. Il faudrait sécuriser le statut, encourager la pratique, promouvoir la formation. Rapporteur de la proposition de loi, Jean-Jacques Urvoas a ainsi décrit les tracasseries innombrables que rencontre un maire lorsqu'il souhaite donner plus de place — une signalétique, une formation du soir — à la langue régionale dans sa commune. Du côté des opposants, on rétorque que ce qui existe mérite d'être encouragé mais qu'il est possible de le faire moyennant une adaptation des dispositifs légaux existant, sans qu'il soit nécessaire de modifier la Constitution, condition impérative de la ratification de la Charte (lire encadré).

Quelles conséquences cela aurait-il pour le français, langue unique et ciment de la nation ? Si la crainte d'une «Europe des ethnies" paraît exagérée, celle d'un régionalisme exacerbé, « le local aux locaux.» pour reprendre l'ex­pression de Marie-Françoise Bechtel, députée chevènementiste hostile à la ratification, semble plus sérieuse, d'au­tant que certains élus ne cachent pas être favorables à une "co-officialité" d'une langue régionale avec le français ou à l'existence d'emplois réservés. Quelle place, alors, pour le simple locuteur du français ?

«Je suis citoyen français et j'attends, dans toutes les parcelles du territoire de la République, où qu'elles se trouvent, de pouvoir comprendre et être compris » , rappelait ainsi le député Guy Geoffroy, pour- tant favorable à la Charte. Aujourd'hui, les cas d'un prévenu exigeant un pro­cès en catalan ou d'une mairie forcée de créer des guichets doubles — en français et en bre­ton — ne semblent pas encore envisageables (sans pour autant relever du «fantasme"), mais demain? Autre problème : l'interprétation du droit. La Charte ne concerne pas les

langues des migrants, mais l'expression «locution parlée par un groupe minoritaire de personnes» est floue. Comme le faisait remarquer Marion Maréchal- Le Pen, « la langue romani est parlée aujourd'hui en France par200000 personnes» — soit davantage que le catalan, le corse ou le basque. Comment s'opposer, à l'avenir, à de nouvelles revendications? «Le communautarisme linguistique sera la matrice de tous les autres», a affirmé Henri Guaino, farouche adversaire de la proposition de loi. Du reste, même si les migrants venaient à n'être jamais concernés, il existe en France 75 langues minoritaires (28 pour la seule Nouvelle-Calédonie). Obligation serait faite aux pouvoirs publics de fourniraux enfants dont les parents le souhaite­raient un enseignement en langue régionale. Quel coût présentera une augmentation de la de­mande, « alors que la France est déjà au bord de l'implosion économique et sociale », comme le rappelait un opposant?

Plus profondément, que peut l'action publique en matière de transmission ? Qu'a-t-elle fait, depuis plusieurs années ?

Vincent Peillon. Est-ce à l'école d'enseigner l'arabe aux petits Maghrébins?

27 février 2014 Valeurs actuelles

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